lundi 18 octobre 2021

Épisodique et sériel

 Salut,

Pas qu'en SF/fantasy, mais en général, on peut distinguer deux façons de concevoir une histoire à long terme: l'épisode et la série.  Attention!!!  Je ne dis pas que toutes les histoires au long cours sont tout à fait l'un ou l'autre.  C'est toujours un mélange.  Parce que oui, l'épisode a besoin de sérialité et la série a besoin d'épisodique.  C'est avant tout une façon de voir l'importance de chaque événement dans l'ensemble d'une histoire.

Un épisode est une aventure en elle-même, qui est complète et qui n'a pas d'impact à long terme comme tel.  C'est typique de la série télé.  Prenons par exemple Buffy contre les vampires: elle affronte un nouveau vampire ou une nouvelle situation chaque semaine, mais la plupart du temps, ça se règle avant la fin et on a une petite conclusion sur leur aventure.  On y fera peut-être référence ensuite, mais comme tel, l'aventure est finie.  Et point important, ça n'a aucune importance pour la suite de l'histoire.  Vous pourriez très bien sauter cet épisode et ça ne vous empêcherait pas d'apprécier le reste de la série.  Mais ça permet toujours de vivre une petite aventure intéressante, d'approfondir une caractéristique d'un personnage, de prendre un temps de recul parmi d'autres aventures plus difficiles au point de vue émotionnel.  L'épisode se consomme en lui-même, mais il est toujours lié à un tout.

La série quant à elle a une direction: en avant.  Les personnages partent du point A et finissent au point Z.  Et il y a une progression entre les deux.  Les événements ont un impact sur la suite de l'histoire, si vous avez loupé la partie de l'histoire qui raconte un élément important, vous n'allez rien comprendre à la suite de l'intrigue.  Pensez Inception: si vous loupez un détail, vous êtes facilement largué!  Le schéma classique du personnage qui part de rien et fini héros est typique de ce parcours.  Le cinéma est gorgé d'exemple et pas uniquement du côté des super-héros: les films d'action, les contes et les films d'espionnage tendent vers cette direction: on commence dans situation X, on progresse et on fini dans situation Y.  Pas de temps à perdre dans des ronds de jambe qui n'apportent rien de concret à l'histoire.  On file droit vers la fin de l'histoire et on laisse de côté les détails.

La série romanesque (et télé), me semble tenir des deux: si on prend comme exemple, une série au long cours comme Harry Potter (les livres, pas les films), on se rend compte que plein de petites histoires y ont lieu qui n'ont pas d'impact sur l'histoire finale, mais qu'ils constituent une part importante de l'intrigue.  Par exemple, dans le premier tome, on a une petite intrigue avec le dragon Norbert qui ne change absolument rien à la résolution de l'intrigue du tome, mais qui pousse les trois héros du livre dans de petites aventures.  Ces petites aventures en elle-même nous permettent de mieux connaître nos héros.  Bref, ça ne change rien au fond, mais ça ajoute à la forme.  Et bon, ça prolonge le plaisir.

Par contre, d'autres événements dans le livre, comme la retenue dans la Forêt interdite (et ils pensent vraiment qu'avec un nom pareil, aucun élève de Poudlard ne va avoir envie d'y aller?), nous font progresser dans l'intrigue du livre et même, plus généralement, de la série.  Par petites touches, sans nécessairement que cela soit souligné, mais tout de même.

D'une certaine façon, les deux sont complémentaires et se nourrissent quand il s'agit d'une histoire au long cours.  Même s'il s'agit  de deux façons totalement distinctes de raconter.  

@+ Mariane

lundi 27 septembre 2021

Oui, mais moi, je n'aime pas ça les trucs de SF/ Fantasy/ Fantastique

Salut!

J'ai grandi dans une famille où l'on trippait Star Trek et Star Wars sans distinction.  J'ai regardé Cosmo 1999 avec Frérot et j'ai dévoré les films de Retour vers le futur avec mes parents.  J'ai vu (et lu Dune) très jeune.  J'ai trippé sur des récits fantastiques, sur les contes de fées, les récits de l'imaginaire.  J'ai fréquenté des trucs archi-connus autant que des récits plus nichés.  Bref, j'étais branché dans les genres de l'imaginaire pratiquement à partir du berceau.  Ça a toujours été comme ça.  Et puis est venue cette collègue de travail, alors que je commençais à travailler.  Je n'avais pas encore vingt ans et elle me déclare:

-Ah, moi, j'aime pas ça ces trucs-là.

Ce que je me rappelle le plus, c'est le petit nez en l'air méprisant, le dédain de son expression et le dégoût dans ses yeux.

-Mais comment tu fais pour ne pas aimer ça?

-C'est pas réaliste!

Hum, ok.  Mettons.  Les histoires de Sex in the city qu'elle dévorait était plus... réaliste?  Se passait dans notre monde, avait des personnages qui avaient des chances d'exister, oui.  Mais les Carrie Bradshaw ne courent pas les rues: leurs chances d'exister sont infiniment supérieures à celles d'un Spock et d'un Han Solo, certes,  mais est-ce que ses aventures sont plus réalistes?  Oui, si on ne pense qu'à ce qui est possible dans les limites de notre monde.  Non quand on pense au nombre d'aventures qu'elle vit et je ne parle pas de sa vie sexuelle: elle n'a pas une vie normale, elle a une vie de personnage dans une fiction.  Donc, ses chances de vivre des choses qui sortent de l'ordinaire sont de loin supérieures à la moyenne.  Mais oui, on pourrait aller dans les mêmes restos qu'elle et siroter un verre du même vin qu'elle, contrairement à la bière romulienne.  Quoique...

Bref, réaliste comme se passant dans notre monde, non, vous ne trouverez pas ça dans les genres de l'imaginaire.  Mais réaliste comme étant une métaphore de notre monde, y reproduisant des situations qui pourraient survenir (conflits, guerre, histoires d'amour, déchirement entre tradition et modernité, intrigues politiques, etc, etc, etc), mais dans un cadre différent, avec des références différentes, oui.  Quand on connaît bien le genre, on voit comment ce que l'on y écrit est profondément humain.  Alors pourquoi certaines personnes n'aiment-elles pas les littératures et les oeuvres de l'imaginaire en général?

Je crois que ce n'est pas tout le monde qui est capable d'apprécier l'abstraction que le genre demande.  Parce qu'il faut savoir sortir de ses pantoufles confortables pour savoir aller vers un enrobage qui peut être déstabilisant.  Parce qu'une course-poursuite soit en voiture ou en vaisseaux spatiaux, on peut embarquer autant dedans!  Il faut aussi devoir être capable de développer de l'empathie envers des gens, des situations et des causes qui nous sont étrangères.  On sait très bien combien peuvent être déchirant les séparations de couple, mais si on voit dit que dans une espèce extraterrestre, les couples sont faits de quatre personnes, ça peut être... déstabilisant! Ces petites sorties de notre réalité concrète, ces pointes d'imagination qui vont voir ailleurs, poussent un peu plus loin, réinventent notre réalité ne plaisent pas à tout le monde, je le reconnais.  Mais c'est aussi ce qui fait le charme du genre: sa seule limite est celle de l'imagination humaine et bon, ça, on est pas trop en manque de stock.

Je crois que les littératures de l'imaginaire sont faits pour tout le monde, mais ceux qui ont grandi dedans savent à quel point ce genre demande juste à ne pas s'attendre à croiser nos personnages favoris au coin de la rue.  Mais que derrière les artifices, ces histoires parlent profondément de l'humanité.  Et ça, et bien, toutes les personnes qui aiment la fiction ont ça en commun!

@+ Mariane

lundi 20 septembre 2021

La maigre pitance du/ de la blogueur.se

 Salut!

Vous savez, quand on blogue, ça ne rapporte pas un rond.

Rien, nada, nothing.

À moins de farcir son blogue de pubs et je m'y suis toujours refusée.

Mon salaire de blogueuse est donc simple: la reconnaissance.

Ça se manifeste de différentes façons:

-Les commentaires, qui restent la meilleure façon de savoir que l'on est lu.

-Les liens vers notre travail.

-Les citations

-Les prix, mais les chances d'en gagner sont rares...

Au fil des ans, j'en aie eu de la chance: deux prix Boréal entre autre qui m'ont fait vraiment plaisir, parce que ça venait d'un milieu et de gens que j'apprécie beaucoup.  Pleins de petits commentaires aussi, de réactions, de discussions.  (Ici, la blogueuse se désole de l'absence d'archives des commentaires de blogue sur FB.  Mais bon...).  Des liens vers mon travail que j'ai parfois découvert plusieurs années après (dont un projet pédagogique qui utilise une de mes critiques et qui m'a fait vraiment plaisir).  Des maisons d'éditions ou des auteurs qui ajoutent des liens vers mes critiques également, souvent sans même que je le sache.

Je l'ai dit des dizaines de fois déjà, mais le travail de blogueur.se est immensément solitaire.  On se retrouve souvent à regarder notre écran blanc, à la recherche de l'inspiration.  C'est un travail silencieux, récurrent et demandant.  Je l'ai déjà dit, mais pondre un billet de blogue par semaine depuis dix ans est exigeant.  Ça demande de la discipline et de la constance.  Ce qui reste bien peu par rapport à tous les cheveux blancs que je me suis fait au fil des années avec ce blogue, les heures à me creuser les méninges et les autres innombrables passées à essayer d'écrire de façon convenable une idée dont je perçois moi-même avec difficulté les tours et les coutours.

Donc s'il y a une chose qui me met en rogne, c'est l'absence de reconnaissance.  Parce que c'est me priver de la principale source de satisfaction que je tire de mon travail.  Y'en a déjà pas beaucoup, parce que bien des gens me lisent, mais ne commentent pas et c'est par hasard que j'apprends qu'ils me lisent!  Alors, le peu que j'ai...

Si ce blogue vous inspire, rebondissez sur mes idées, poussez-les plus loin et servez-vous-en pour garnir joyeusement votre propre roue à hamster d'idées.

Mais je vous en prie, faites comme tous les bons universitaires qui se respectent: citez vos sources et rendez hommage à l'origine de vos idées.  

Je me plains un peu en tant que blogueuse, mais le sujet est un peu plus large que ça.  Je sais, mon travail n'est pas rémunéré, mais imaginez n'importe quel créateur et le principe est le même: nous priver de notre principal source de revenus, même si c'est symbolique, fait mal. Un petit hyperlien est tellement facile à ajouter de nos jours!  Une petite citation pour dire d'où nous viennent nos idées est si rapide à écrire!  Pourquoi ne pas le faire?

Et croyez-moi, ça fera une immense différence dans la vie de votre blogueur.se préféré quand il.elle sera en train de suer sur son prochain billet...

@+ Mariane

lundi 13 septembre 2021

On pardonne les défauts des oeuvres qu'on aime

 Salut!

L'autre jour, une amie me parlait d'un livre qu'elle avait adoré.  Son enthousiasme était vibrant quand elle m'en parlait: j'imaginais ses yeux pétiller et son ton de voix au téléphone était terriblement enthousiaste.  Sauf qu'ayant lu le dit-livre, je ne le partageais pas.

-Les personnages sont pas très forts dans ce livre.

-Ah, non, c'était génial, j'ai tellement embarqué dans...

Je ne vous mets pas la suite de la conversation.  Parce que mon cerveau a fait tilt à j'ai tellement embarqué.

Prenons un exemple: si on a adoré le Seigneur des anneaux, on a tendance à oublier les longueurs, les moments où Tolkien nous détaille telle partie de son univers, les longs poèmes que les Hobbitts chantent (surtout si vous ne trippez pas sur la poésie), le fait que l'histoire n'avance pas toujours au même rythme...  On oublie tout ça, tout simplement.  Parce que l'on est avec Frodon quand il est tenté par l'anneau, aux côtés d'Aragorn dans le gouffre de Helm, on chevauche des arbres avec Merry et Pippin.  On s'attache aux personnages, à leurs aventures et au final?  On oublie les faiblesses de l'oeuvre que l'on est en train de lire.

Mais quand l'inverse se produit, par contre, quand on n'est pas emporté par l'oeuvre, fiou, les défauts nous sautent au visage!  C'est alors que les pires critiques sortent: mal écrit, personnages mal foutus, absence de style, intrigue ennuyante, mettez-les tous on l'a tous déjà dit à propos d'un livre (sauf mon filleul de trois ans et demi, mais laissez-lui le temps, ça va venir!).  Parce qu'on n'a pas le petit houmpf qui dans une autre oeuvre, faire pâlir les défauts et les faiblesses d'une oeuvre.

J'ai déjà lu des livres que j'ai adorés tout en étant objectivement capable de dire que ce n'était pas de la grande littérature.  Mon souvenir de lecture reste encore enchanteur malgré tout.  Je voyais les erreurs, les coins tournés dans l'intrigue, les réactions des personnages mal enlignées, tous ces petits détails, mais j'étais tellement emportée par le récit que je l'oubliais un peu.  Par contre, une amie à laquelle je l'avais fait lire avait levé les yeux au ciel à bien des détails.  Je la comprenais, mais j'étais déçue qu'elle ne partage pas mon enthousiasme.  Parce que c'est ça que l'on aime le plus dans la lecture: quand on peut partager un trip avec un.e autre lecteur.rice.

Ce n'est pas faire preuve de manque de rigueur ou d'oublier ses principes quand on aime une oeuvre pleine de défauts.  Au contraire: le but de la littérature est d'emporter le lecteur et de le faire vibrer.  Ce n'est pas tout le monde qui vibre aux mêmes éléments d'un texte.  Et si ce qui vous fait vibrer est présent et bien fait... ben vous pouvez plus facilement pardonner le reste.  C'est aussi ainsi qu'un chef-d'oeuvre pour une personne est d'une nullité totale pour une autre, en dehors de toutes qualités littéraires: chacun ses goûts et chacun ses angles morts quand on a plein la vue de ce que l'on aime.

Et enfin, bref, c'est comme pour les gens qui nous entourent: vous allez toujours beaucoup plus facilement pardonner aux gens que vous aimez d'amour qu'aux autres.

@+ Mariane

jeudi 26 août 2021

Vent d'est vent d'ouest de Pearl Buck

 Vent d'est vent d'ouest  Pearl Buck  Le livre de poche 314 pages

Résumé:

Chine, début du XXe siècle.  La narratrice vient de se marier avec celui auquel elle fût promise avant sa naissance.  Mais cet étrange mari a vécu en Occident et s'oppose désormais aux traditions chinoises hérités de ses ancêtres.  Sa jeune épouse qui est incapable de gagner son affection, finit par délaisser l'art de la séduction transmis par sa mère pour adopter les méthodes modernes.  Si cela finit par réunir les deux époux, un obstacle plus grand attend la jeune femme: son frère, qui a lui aussi étudié en Occident, s'oppose à la volonté de son père d'épouser sa promise et souhaite unir sa vie avec une femme occidentale.

Mon avis:

Je retrouve Pearl Buck des années après l'avoir lue pour la première fois, à l'adolescence.  C'est l'un des quelques romans que je n'avais pas lu d'elle et c'est aussi paradoxalement son premier.

L'un des détails surprenant de ce livre est qu'aucun des personnages n'est nommé.  L'histoire est racontée par la narratrice à une amie très proche, comme si elle lui écrivait des lettres, mais la nature de leur relation n'est jamais détaillée.  Le reste des personnages est nommé par leur fonction dans sa vie: son père, sa mère, son frère, son mari, etc.  Cela crée un effet à la fois intemporel (même si l'on se doit que l'histoire se déroule au début du XXe siècle) et qui pourrait être transposé à toutes les époques: parce que la trame du livre, c'est celle du choc des cultures et des générations, bien plus que l'histoire d'individus.

Le roman est divisé en deux parties. La première est celle du choc du mariage de la narratrice avec son mari: lorsqu'elle découvre que son éducation, cet art de la séduction qu'on enseigne aux jeunes filles chinoises, ne sert à rien avec son époux qui a des attentes différentes de celles qu'on lui a appris.  Un choc qu'elle vit difficilement, mais ses efforts pour s'adapter finissent par payer et l'amour naît entre les deux époux.  Cependant, son mari lui ouvre les portes du monde (avec une bonne dose de mecsplication pour le.la lecteur.rice moderne, mais bon!) et avec les connaissances viennent les remises en question.  Elle est constamment confrontée à la différence entre le monde de la maison de ses parents et celui de la maison de son époux.

Lorsqu'arrive la nouvelle du mariage de son frère avec une occidentale, en deuxième partie du livre, le choc est brutal.  Sa mère en particulier, ne peut accepter cette union avec cette femme qu'elle détestera dès le premier instant.  Non pas pour la personne en particulier, mais pour la chaîne de transmission qu'elle rompt.  En refusant le mariage auquel il était promis, le frère de la narratrice empêche sa mère d'accomplir le but ultime de sa propre vie: transmettre à la génération suivante ce qu'elle-même a hérité de ses ancêtres.  Entre les deux, le choc sera violent, titanesque même.

Mais cette violence des sentiments est toujours exprimée avec une extrême retenue, voir une pudeur. L'écriture de l'auteure est complètement dépourvu de pathos, tout, même les émotions les plus violentes sont décrites avec une douceur surprenante.  La narratrice raconte, prend peu part aux événements quand ils ne la concernent pas elle-même.  Elle est témoin du choc des titans entre son frère et sa mère, mais ne peut pas ou ne sait pas comment intervenir.  Elle est impuissante face aux événements et s'en veut de l'être.

On en apprend beaucoup sur la Chine dans ce livre, avec ses traditions, ses coutumes, ses lois non-écrites, son sens des convenances et de la politesse raffiné, mais contraignant pour les individus.  C'est le regard aiguisé d'une observatrice sur un milieu qu'elle connaît bien.  Dans les gestes, la façon de raconter, l'atmosphère, on est plongé dans un monde bien loin du nôtre.

Un livre qui avec une écriture tout en douceur et avec une grande pudeur nous soulève le voile du choc immense des cultures qu'ont connus les dernières générations de la Chine avant l'arrivée des communistes.  Un regard sur un monde qui n'existe plus, mais qu'elle détaille avec la délicatesse d'un éventail.

Ma note: 4.25/5

lundi 23 août 2021

Les hommes qui ne lisent pas les femmes...

 Salut,

Je suis tombée récemment sur cet article du Guardian dont le titre m'a à peine surprise: Why do so few men read books by women?.  Autrement dit, les femmes lisent des livres écrits autant par des hommes que par des femmes, mais les hommes lisent surtout des livres écrits par des hommes.  Pourquoi ça?

Répondre à cette question est évidemment impossible dans le cadre de ce billet, mais je crois qu'au-delà de toutes les raisons historiques et culturelles, il reste un point essentiel caché derrière ce fait: la fiction forge notre vision du monde et par sa richesse, son amplitude et sa facilité d'accès, la littérature reste l'une de ses méthodes facile d'accès à la psyché des autres.  Pour faire de la littérature, on a besoin que d'un crayon, du papier et de son cerveau.  Je simplifie, je sais, mais la base, c'est ça.  Contrairement à la télévision et au cinéma qui monopolise des équipes entières (et beaucoup d'argent), la littérature se crée en grande partie en solitaire et a moins de contraintes en terme de créativité.  Décrire un vaisseau spatial coûte pas mal moins cher en littérature que de le voir en modèle 3-D ou effets spéciaux.

Donc, la littérature va où d'autres types de fiction ne peuvent aller, tout simplement parce que ses outils de base sont plus simples.  Ce qui nous donne accès à un vaste éventail: de la littérature écrite par des femmes?  Bien sûr! Par des personnes racisé.e.s? Emmenez-en! Par des minorités marginalisées, sexuelles, religieuses, de classes ou immigrantes? Aucun problème!  Bref, on peut aller partout, couvrir tous les sujets et sous tous les angles.  C'est facile, rapide et efficace, car la littérature est aussi une forme d'art très directe entre l'auteur.e et le.la lecteur.rice.  L'un.e écrit, l'autre lit.  

Pour développer l'empathie, rien de tel que de se mettre dans les souliers de quelqu'un et justement, lire des histoires provenant de différentes sources permet justement de multiplier les souliers dans lequel on glisse ses pieds de lecteur.rice.  Parce qu'être confrontés aux histoires dans autres, telle qu'ils ou elles les ont vécues, nous apprend beaucoup de choses et pas seulement des faits: des émotions, des sensations, des façons de voir le monde.  Certes, les auteur.e.s qui écrivent sur d'autres peuvent nous aider, mais ce ne sera jamais aussi complet et aussi profond.  Dans ce domaine, la représentation compte.

Sauf que... Encore faut-il faire le geste de lire ces autres qui nous sont étrangers.  L'article parle des hommes qui ne lisent pas les femmes, mais les blanc.che.s lisent-ils les noir.e.s, les religieux.ses les athé.e.s, les croyant.e.s les scientifiques et les hétéros les LGBTQ2A?  Le problème est beaucoup plus vaste que simplement les hommes qui ne lisent pas les femmes, même s'il est facile à identifier.  Le problème, c'est que la tendance naturelle des gens est de lire des gens qui leur ressemblent.  C'est un peu normal.  On cherche des modèles, à se comparer, à se comprendre, à se faire raconter des histoires qui nous parlent.  Mais on dirait que plus on monte dans l'échelle des privilèges, moins les gens ont tendance, en général (il y aura fort heureusement toujours des exceptions) à lire des gens qui ne leur ressemblent pas.  Si on revient à l'article, ils parlent des hommes qui ne lisent pas les femmes, mais ces femmes qui lisent des hommes, lisent-elles des hommes noirs ou asiatiques ou gay ou trans ou immigrants ou je ne sais quoi d'autres?  Ça serait une question intéressante à poser.  L'article n'y répond pas.

Depuis deux ans, je mène une petite expérience avec moi-même: je note tous les auteur.e.s que je lis dans un joli fichier excel.  Et je me rends compte que de dire que je lis environ 50-50 d'hommes et de femmes (je n'ai pas lu d'auteurs s'identifiant comme personne non-binaire ou du moins, pas que je le sache).  Ça me met dans la moyenne de l'article.  J'essaie aussi de voir qu'est-ce que je lis côté auteur.e.s de la diversité, et ouch... là, ça fait mal.  Ok, je lis quand même certaines oeuvres pour mes chroniques sur les classiques à Bouquins et confidences et bon, mes lectures sont sur ce point sont moins diversifiées (pour l'instant hein!  Je prends énormément de notes, je ne suis juste pas le rythme pour les lire!), mais même si j'essaie, malheureusement, mes lectures ne sont pas aussi diversifiées que je souhaiterais qu'elle le soit.  Mais j'essaie, tout le temps.  Même si je ne réussis pas toujours.

Le problème est beaucoup plus vaste que le simple fait que les hommes ne lisent pas les femmes, mais c'est vraiment le sommet de l'iceberg parce que les femmes représentent quand même la moitié de l'humanité.

@+ Mariane

lundi 16 août 2021

Structure et culture

 Salut!

Depuis que je chronique à Bouquins et confidences sur les classiques, je me tape beaucoup de recherches sur les auteur.e.s et il y a une constante que je ne peux m'empêcher de constater: ceux et celles qui ont réussi sont avant tout ceux qui ont bénéficié de la meilleure conjonction entre les outils de diffusion à leur disposition et une oeuvre qui savait répondre aux attentes du public.  Par exemple, Charles Dickens a su construire son succès essentiellement en publiant dans des journaux et des magazines.  Au début de sa carrière, c'était vraiment la meilleure façon de procéder: les livres étaient encore relativement coûteux pour la majorité des gens, mais un abonnement à un périodique donnait accès à de nombreuses histoires qui pouvaient se lire de semaine en semaine, gardant ainsi un public captif.  Les gens devaient acheter le numéro suivant pour savoir la suite.  Aujourd'hui, une telle stratégie serait caduque, sauf pour quelques gros noms.  De un, on a plus la patience d'attendre une semaine et de deux, le lectorat des périodiques a fondu comme neige au soleil.

Dickens était un homme ambitieux et intelligent.  Il a su utiliser au maximum les moyens de diffusion de son époque, ce qui lui a assuré un grand succès.  Or, ces moyens évoluent constamment.  Ce qui fonctionnait à son époque serait voué à l'échec aujourd'hui.  De la même façon, un.e auteur.e, brillant.e à l'époque victorienne pourrait très bien ne pas avoir eu le moindre succès et être aujourd'hui dans les limbes de la littérature, non pas à cause d'une absence de talent, mais bien d'une absence de structure adéquate pour diffuser ses oeuvres.  Et il en a été ainsi à toutes les époques.

La culture est en crise nous disent souvent les médias.  En fait, c'est faux: la culture n'a jamais été en crise.  La créativité, l'innovation, le renouvellement est et a toujours été le synonyme de la culture.  Ce qui est en crise, c'est ce qui soutient la culture, lui permet de vivre et de s'épanouir.  C'est la structure des moyens de diffusion.  C'est ça qui en rame.  Et ce n'est pas nouveau.

La culture comme telle est immatérielle, elle est émotion, sensation, histoire.  Mais elle doit pour être transmise, passé par des gens, qui y consacrent du temps, passer par des médiums qui demandent des ressources, bref, rien de tout cela n'est gratuit au final.  Et ces moyens de diffusions-là sont constamment sur la corde raide: comment convaincre les gens d'ouvrir les cordons de la bourse pour quelque chose d'immatériel?  Comment fixer un juste prix?  Comment les rejoindre?  Comment les convaincre de choisir une oeuvre ou une autre alors qu'ils ne l'ont pas encore vue?  Les publicitaires sont là pour ça, même leur pouvoir de persuasion a des limites.  Le public, en matière d'art et de divertissement a des goûts changeants: ce qui est au goût du jour un matin ne l'est plus la semaine suivante.  Suivre de tels cycles est essoufflant et l'industrie culturelle est rarement parfaitement arrimée aux bons moyens de diffusion.  De là une perpétuelle quête de la meilleure manière de rejoindre et de toucher le public et au passage, de les encourager à payer.

L'internet, avec sa capacité à tout démultiplier en une fraction de seconde, est venu donner des coups de pied sur un modèle qui tenait, même s'il n'était pas toujours facile à suivre.  Parce que même si c'est la dernière révolution en date, la radio, le cinéma, et la télévision avaient eu leur rôle à jouer.  On va encore au théâtre aujourd'hui, mais ce médium a-t-il autant d'impact qu'il y a 500 ans?  Shakespeare aurait-il eu une aussi longue longévité dans les mémoires et les coeurs s'il avait écrit ses pièces aujourd'hui?  Ou a-t-il, comme tant d'autres, eu la chance de voir moyens de diffusion et pièces capables de toucher son public venir au monde au bon moment?

La culture n'est pas en crise.  Ses moyens de diffusion sont constamment sur la corde raide par contre.  Et qu'on le veuille ou non, c'est une limite importante au travail des artistes.

@+ Mariane

jeudi 12 août 2021

Monstress: 2- The Blood de Marjorie Liu et Sana Takeda

 Monstress tome 2  The Blood  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda Image 149 pages

Résumé:

Arrivée dans la ville portuaire de Thyria en compagnie de Kippa et de Maître Ren, Maika n'a qu'une hâte: se rendre sur l'île des os, l'île dont personne ne revient.  Aidée d'un vieil ami de sa mère qui l'a connu enfant, elle monte à bord d'un vaisseau, mais le monstre qui est en elle est plus éveillé que jamais et  ses ennemis, plus près qu'elle ne le pense.

Mon avis:

Autant on peut trouver son caractère épouvantable, autant on peut comprendre cette Maïka.  Désormais privée de son bras gauche, dévoré par la créature qui est en elle, elle continue sa quête.  De façon opiniâtre, sans faire de compromis, mettant sa vie en danger et celle de ses compagnons de route également.  Kipa et Maître Ren y goûtent, mais restent à ses côtés.  Kipa parce qu'elle ne connaît rien d'autre, mais Maître Ren reste un chat, même à deux queues, capable de parler et de faire de la nécromancie: il a ses raisons très personnelles d'agir et on ne les connait pas toutes.

On en apprend plus dans ce tome sur sa mère, Mariko.  La relation entre la mère et la fille entre autre, y est beaucoup développée par des retours en arrière et le dialogue intérieur que Maïka a avec sa mère.  Et, bon, Mariko n'était pas spécialement une mère douce et gentille.  Elle a été dure envers son enfant, afin de la préparer au mieux à une vie difficile, mais c'est l'absence de tendresse qui est la pire.  Maïka n'était pas tant son enfant que son projet.  Elle l'a modelé dans un but précis, mais sans que la petite fille comprenne pourquoi.  Mais Mariko aimait sa fille, c'est indéniable: ce qui rend son côté impitoyable encore plus difficile à comprendre.  Maïka vit dans l'ombre de ce que cette mère a fait d'elle, incapable de sortir du chemin qui a été tracée pour elle, même si elle en souffre.  Cette ambivalence et cette relation mère-fille forment la trame de fond de ce tome.

L'univers, riche, pleine de courants contradictoires, d'intrigues politiques est parfois dur à suivre, surtout qu'il faut le maîtriser un minimum pour comprendre certains pans de l'intrigue.  C'est la partie la plus ardue de cette oeuvre, mais elle n'est pas tant inaccessible que complexe: faut être attentif aux détails et les retenir.  Sauf que ce n'est pas toujours simple vu leur quantité.  

Le dessin est, comme le premier tome, tout simplement splendide.  Flirtant toujours entre des inspirations de mangas et l'influence du comics, le dessin reste dans une case à part et trace son propre chemin ce qui fait franchement du bien.  La qualité des cadres est constante et suit bien l'intrigue: plus resserrée sur les visages aux moments critiques, tout en laissant de larges plans à d'autres moments.  La richesse des costumes et les arrière-plans plein de détails qui donnent vie à cet univers, reste constante.  On sent la minutie dans chaque case.  

Une partie des personnages sont anthropomorphisés, mais les dessins rendent l'humanité de chaque personnage, même celui qui est interprété par un requin.  Une large place est aussi accordé aux personnages racisés.  Seul mini-bémol: certaines d'entre eux sont faciles à mélanger car très semblable.  Mais c'est un détail.  D'ailleurs, chapeau à la parité dans cet univers: il y a autant de personnages féminins que masculins.  

Bref, toujours aussi bon, même si l'univers touffu est parfois un brin dur à suivre.

Ma note: 4.5/5

lundi 9 août 2021

À la génération suivante

 Salut!

Récemment, je discutais sur Zoom avec un ami et la discussion est tombée sur la toute récente bande-annonce de Dune. Sa fille adolescente, et très grande lectrice, est alors passé dans le champ de la caméra et n'ayant jamais eu l'occasion de faire sa connaissance, j'ai engagé la conversation avec elle.  Contrairement à bien d'autres spécimens de l'espèce humaine à l'adolescence, elle n'a pas pris la poudre d'escampette.  Au contraire!  Elle nous a très attentivement écoutés, son père et moi, discuter de l'œuvre majeure de Frank Herbert.  Avec un zeste d'indépendance typique de son âge (ah, les livres qui ont fait tripper mon père quand il était jeune, ça doit être vieux!), mais tout de même.  Une dizaine de jours plus tard, mon ami me glisse lors d'une discussion:

-Ma fille s'est couchée à deux heures du matin un soir cette semaine.

-Ah oui?  Oh, laisse-moi deviner, elle lisait!

J'ai eu une idée folle et j'ai demandé.

-Est-ce qu'elle lisait Dune?

-Oui!

Et quelque part en moi, il y a eu une petite voix qui m'a rappelé le mantra Je ne connaitrai pas la peur, car la peur tue l'esprit..., les Bene Gesserit manipulatrices, Paul Atréides aux yeux bleus sur fond bleu, l'épice, les vers géants, Dame Jessica et sa voix, les cruels Harkonnen et tant d'autres choses.  Rien que d'y penser, de savoir que quelqu'un est en train de redécouvrir cette oeuvre avec de nouveaux yeux, me remplit de bonheur.  Ça me donne aussi une idée de l'empreinte profonde que le livre a laissée sur moi.  Le film de David Lynch également, mais c'est une autre histoire.

Je suis rendue assez vieille pour voir des gens qui n'étaient pas encore nés quand j'ai lu un livre le lire à leur tour.  Bon, ça donne un coup de vieux, c'est sûr, mais en même temps, c'est agréable de voir que le bonheur de lecture se transmet, que l'oeuvre continue à tisser son chemin vers autre chose, vers d'autres lecteur.rice.s.  Vers une nouvelle génération qui va tripper sur les aventures se passant dans les dunes d'Arrakis...

Certaines oeuvres vieilliront mal et seront perdues ne seront lues que par une poignée de rats de bibliothèque à la génération suivante.  D'autres seront lus par une génération et pop, la suivante les boudera.  Il y a aussi des livres qui sont redécouverts.  Soyons honnête, à notre époque d'hyperaccessibilité des livres, que des titres soient perdus par une génération et redécouvert par une autre est tout à fait possible.  Et des fois, c'est plus cool de lire des livres lus par nos grands-parents que nos parents...

Neveu est à l'âge de commencer à lire les livres qui ont marqué ma jeunesse.  Je ne sais pas encore ce qu'il choisira, mais j'ai bien hâte de savoir si les livres qui le marqueront le plus seront les mêmes que moi.  Non sans doute pas, il pigera dans les nouveautés aussi.  Et c'est tant mieux comme ça, j'aurais une nouvelle source de découvertes grâce à lui!

@+ Mariane

lundi 26 juillet 2021

Gaslighting, complexe d'Oedipe et autres psychologies littéraires

 Salut!

    Récemment, en faisant quelques petites recherches, j'ai découvert l'origine de l'expression gaslighting: ça vient d'une pièce de théâtre publiée en 1939 écrite par l'auteur Patrick Hamilton.  On y raconte l'histoire d'une femme, Bella, qui se rend compte que les lumières au gaz de son appartement diminuent d'intensité à certains moments de la journée.  Quand elle en parle à son mari (qui est toujours absent au moment des faits), il nie la situation et prétend qu'elle imagine des choses.  Il lui sert la même réponse quand elle croit entendre des bruits de pas dans l'appartement au-dessus du leur, qui est inoccupé.  Le mari de Bella la pousse à croire qu'elle imagine la baisse de luminosité et les sons au-dessus de chez elle, alors que dans les faits, c'est lui qui ment: il monte chaque soir dans cet appartement à la recherche de bijoux laissés là par l'ancienne propriétaire assassinée (d'où les bruits de pas), allume les lumières (ce qui fait baisser la luminosité) et ment à sa femme de telle façon qu'elle doute de ce que ses sens lui disent et au final, pense qu'elle devient folle.  Le titre de la pièce?  Gaslight.  Et de là est passé dans le vocabulaire populaire l'expression gaslighting, une forme d'abus psychologique où un.e abuseur.se ment pour que la victime remette en question ses perceptions et dans les cas les plus graves, en vienne à douter de sa santé mentale.

    C'est un exemple.  La littérature est truffée de ses histoires qui finissent par devenir des termes en psychologie.  Évidement, beaucoup viennent de la mythologie grecque: le syndrome d'Oedipe et le narcissisme, en sont, pour ne nommer que ces deux exemples.  Évidemment, il y en a d'autres, mais ce qui m'importe ici est moins de faire une liste que de pointer l'idée que partout, à toutes les époques, des gens ont imaginé des histoires qui ont servi de modèle, de référence, pour que l'on soit capable de mettre un nom sur un comportement humain.  Et l'imagination humaine étant sans limite, la littérature a permis de montrer ce qui existait déjà à travers des personnages.  À défaut d'être réels, ils sont incarnés: on peut s'identifier à eux, montrer les mécanismes, les tenants et les aboutissants, les comportements et les impacts.  Et cela met aussi un projecteur sur certains détails que l'on ne remarquerait pas nécessairement dans notre vie quotidienne, parce que justement, là, on a le nez dessus, c'est de ça qu'on parle.

La psychologie est l'étude des comportements et des processus mentaux, à la fois des individus et des groupes.  Or, qui dit comportements, dit bien souvent interactions, parce que les animaux sociaux que sont les êtres humains ont besoin de ces interactions.  Comme le confinement l'a bien prouvé, nous ne sommes pas fait comme espèce pour rester enfermé chez nous pendant des semaines.  Justement, toutes les formes de narration se basent sur ces interactions, qu'elles en soient le moteur.  Et il arrive qu'un.e auteur.e vise juste: il ou elle démontre un comportement de façon si efficace que tout le monde fait EURÊKA ... et la psychologie adopte ce nom.  Pour bien des raisons: c'est plus facile de retenir une histoire qu'une liste de comportements, plus facile, de se reconnaître dans une situation qu'une description, plus facile de se projeter dans des personnages que dans une explication...

Et puis, qui n'a jamais, en lisant un livre, levé soudainement les yeux en se disant: mais oui, c'est ça!

Les psys aussi le font, la seule différence, c'est qu'ils peuvent ensuite glisser ça dans un livre savant.

@+ Mariane

lundi 12 juillet 2021

Ventes postumes

(conversation avec un grand ami libraire)

-Salut!

-Salut!

-Pourrais-tu me sortir la liste de tous les livres de Serge Bouchard s'il te plaît?

(L'ancienne libraire en moi peste encore de ne plus avoir accès à Memento)

-Bien sûr!

(et pendant qu'il pitonne)

-Vous avez dû en vendre pas mal dernièrement.

-Ouin...

Juste au ton de sa voix, j'ai compris qu'il n'en était pas particulièrement heureux.  

-Ça n'a pas l'air de te faire plaisir?

Il a poussé un long, un très très long soupir.

-Ça me fait juste chier que l'on vende autant de livres à chaque fois qu'un auteur meurt.  Les gens pourraient pas les acheter pendant qu'ils sont vivants?

Ouf, ça c'est vrai...

J'ai continué à discuter avec lui pendant quelques minutes, le temps qu'il complète ma recherche.  À vraie dire, je suis plutôt d'accord avec lui: il faut encourager les auteur.e.s quand ils sont vivants, pas quand ils sont morts.  Parce que pour créer, il faut avoir des revenus et quand bon, les morts ont quand même pas mal moins de factures à payer que les vivants.  Alors acheter un livre d'une personne alors qu'elle est en pleine période créative, c'est faire en sorte de contribuer à sa prochaine oeuvre, qui pourra nous émouvoir, nous faire rire, pleurer ou réfléchir.

Quand un.e auteur.e est mort, ben...  Cette personne ne sortira plus jamais de nouveau livre, alors, on ne nourrit pas vraiment une oeuvre créative en action.  On lit toujours un.e auteur.e que l'on aime, mais on sait en lisant chaque livre de son oeuvre que ce qui reste à lire de cette oeuvre diminue...  Ça, c'est pour ceux qui lisent parce qu'ils aiment l'écrivain.e et ses livres.

Il y a toujours un mouvement de moutons qui suit la mort de quelqu'un, quand tout le monde se précipite en librairie pour acheter ses livres.  J'ai l'impression que c'est autant une forme d'hommage qu'une façon d'apprivoiser la mort. On rend hommage en se disant, oh, il est mort, je ne peux rien y faire, rien y changer, je peux plus lui dire à quel point j'ai adoré ce qu'il.elle a fait, le seul geste concret que je peux maintenant faire, l'unique, c'est d'acheter ses livres.  On fait notre deuil aussi en achetant un livre, comme on garde un signet funéraire ou un souvenir d'une personne décédé.  On emporte avec nous à la maison une parcelle de ce que l'on a tant aimé chez elle.  Même longtemps après, on peut regarder un livre dans notre bibliothèque et se dire qu'on l'a acheté au moment du décès de son auteur.e.  Comme un geste concret que l'on peut faire.  Le même phénomène a eu lieu à la mort de rock stars: les ventes d'albums plafonnent.  Ça retombe ensuite évidemment, mais un petit tour chez le libraire, comme chez le disquaire, est souvent le seul geste concret que l'on peut faire.  C'est aussi un geste très facile, même s'il est posthume: on ne peut pas tout le temps se précipiter aux funérailles de quelqu'un qui nous a marqués d'une manière ou d'une autre.

C'est donc un phénomène très humain au fond, qui fait partie du processus de deuil.  On peut pester que de leur vivant, les créateur.rice.s n'aient pas eu droit à ces revenus, que ceux-ci vont aller à leurs proches, qu'ils et elles soient privé.e.s de cette reconnaissance face à leur travail, on peut tout dire ça.

Et on peut aussi comprendre que c'est une façon comme une autre de dire au revoir à une personne dont les mots nous ont portés sur leurs ailes.

@+ Mariane

lundi 28 juin 2021

Le vernis qui s'écaille

Salut!

Quand on regarde une belle manucure, on voit des ongles parfaitement bien faits, surtout s'ils ont été faits par un.e professionnel.le.  C'est chatoyant, c'est brillant et on s'habitue à imaginer les mains d'une personne comme ça, avec ce petit surplus qui rend les ongles si attirants et si beaux à regarder.  Si les mains n'ont pas ce petit quelque chose de plus, elles peuvent paraître fades: elles ne le sont pas, mais on les remarque moins, c'est plus ordinaire, plus courant.  Je lève très haut la main parmi les représentants de cette partie de l'humanité.  Mais entre les deux, il y a quelque chose de pire: c'est le vernis qui s'écaille, qui se brise, qui laisse voir qu'en dessous, les ongles sont tout à fait ordinaires.  On peut vouloir attirer l'attention par ses jolis ongles, mais s'ils ne sont pas parfaits, les imperfections sauteront vite aux yeux.  Parce que le vernis est fait pour être voyant, ces imperfections seront jugées encore plus sévèrement.

Il en est de même des gens que l'on admire.  Ils et elles sont plus voyant.e.s que la moyenne des gens, on ne les voit pas comme étant ordinaires, mais comme étant bien au-dessus de nous.  Ils ont le vernis de la célébrité, du succès.  Quand celui-ci s'écaille et nous montre que ce sont des personnes tout à fait normales, on n'aime pas ça.  Pourtant, c'est nous qui nous sommes fié à l'apparence brillante et oublié que des ongles, sous le vernis, ça reste des ongles!  Et qu'on en a pas mal tous au bout des doigts...

Depuis quelques années, j'ai l'impression qu'avec les réseaux sociaux, nous ayons de plus en plus d'espaces pour que certaines personnes se mettent à briller encore plus.  Alors qu'avant l'avènement de l'internet, les médias étaient un filtre, de nos jours, certaines personnes ont un contrôle quasi exclusif de leur image et se mettent en scène, poussant à surligner certains traits de leur personnalité et à effacer quelques côtés moins agréables.  On a donc une image de la personne, essentiellement positive, mais pas la personne au complet.  Mais c'est un vernis.  Et comme tous les vernis, ils peuvent s'écailler...

Le milieu littéraire n'est pas épargné.  On l'a vu avec de nombreux auteur.rice.s au fil des années.  Je crois que ce n'est même pas nécessaire de nommer de noms.  Tout le monde a des idées en tête quand je parle.  Ce n'est pas neuf de perdre sa réputation et bien des personnes qui ont tenu la plume au fil des années sont passé.e.s au tordeur.  Mais les réseaux sociaux ont ouvert la porte à encore plus de possibilités de dérapages et de dénonciations. Ça va dans les deux sens: les gens peuvent être hypersensible à une remarque anodine ou au contraire, les créateur.rice.s peut montrer un bout de sa personnalité qui dépasse du vernis et les fait voir sous un moins joli jour.

Mais c'est tellement joli du vernis!  On aime le vernis!  La réalité est tellement moins brillante à côté!  Sauf que c'est une illusion: tout le monde est imparfait.  On veut croire à cette version améliorée des gens, qui gomment les défauts, met une loupe sur les qualités et grossit la perfection de quelque chose.  Sauf que le vernis finira toujours par s'écailler.

Personne n'est parfait, pas plus les auteur.e.s que les artistes en général, que le premier ou la première quiddam venu.e.  Mais c'est facile à oublier.  Surtout quand de leurs cerveaux, de leurs talents et de leurs efforts sont nés des oeuvres qui nous fascinent, nous font rêver et oublier, parfois, le temps de quelques heures, la réalité sans vernis de notre vie.

@+ Mariane


lundi 21 juin 2021

Le fantastique, sans doute

 Salut!

Tzevan est né en Bulgarie en 1939 et est mort à Paris en 2017, étant au passage le mari de Nancy Huston pendant plus de trois décennies.  Ce type a été un universitaire très impliqué dans le milieu littéraire et un de ses livres a marqué les genres de l'imaginaire.  Mais bref, même si je vous dis, ça ne vous dit probablement rien.  Je vais vous donner son nom de famille, ça devrait plus clair: Todorov.  Et là, dans la tête des amateurs des littératures de l'imaginaire, un déclic s'est fait: ah oui, mais c'est ce  Todorov-là, le gars qui a théorisé sur les genres de l'imaginaire.  Il se peut que quelques personnes aient des jurons en tête.  C'est que notre grand ami Todorov les a aussi figé dans une espèce de carcan.  La science-fiction, la fantasy... et le fantastique.

À vraie dire, surtout le fantastique.

Parce que Todorov est fan du doute.  Ce qui fait la définition du fantastique, ce n'est pas le fait que le surnaturel inonde notre bon vieux monde pépère, ni que des créatures qui ne respectent aucune des lois de la physique ou de la chimie existent, ni que dans une histoire un cellulaire et une baguette magique puissent se côtoyer.  Bon, ok, les cellulaires n'existent que depuis peu de temps au fond, mauvais exemple.  Disons, les voitures côtoient les baguettes magiques.  Nope, rien de tout ça.  Ce qui définit le fantastique, c'est le doute par rapport aux phénomènes surnaturels.

Me semble que j'entends le Horla de Maupassant ricaner...

Parce que ça fait très 19e siècle cette définition. 

Je me rappelle quand j'étais en librairie comment on classait les livres: si ça se passe dans un autre monde, c'était de la fantasy, dans le nôtre du fantastique.  Aucun doute à avoir, la ligne était nette.  Cette définition ferait sûrement friser les cheveux de quelques spécialistes, mais elle avait le grand avantage d'être simple et précise.  Ainsi donc, la grande vague de la bit-lit se trouvait dans la section fantastique, même si les personnages n'avaient aucun doute sur le fait que les vampires, les loups-garous, les changelings, les démons ou n'importe quelle autre créature qualifiée communément de fantastique fasse partie du quotidien des personnages.  Que l'histoire se passe à New York, Los Angeles ou Toronto (oui, je suis tombée sur une série qui se passait à Toronto à l'époque.  Et même sur une qui se passait à Longueuil!), si ça se passe dans notre monde, c'est du fantastique.  Mais aussitôt que l'on est ailleurs, on tombe dans le fantasy.

Les libraires étant avant tout pratico-pratiques, il n'y a pas grand support théorique à cette définition, mais c'était celle dans laquelle la plupart de notre clientèle se retrouvait.  Donc, on l'utilisait.  Le glissement entre l'importance du doute et la présence du surnaturel dans notre propre monde s'est fait à un moment ou à un autre, faisant en sorte que par une espèce de transition, la majorité des lecteur.rice.s a finit par donner une définition très loin d'être universitaire, mais qui semble convenir à peu près à tout le monde.  La pertinence de la théorie de Todorov soulevait pas mal de doutes dans notre système de classement.  C'est dans le cas des ouvrages où le doute sur le surnaturel était permis que l'on se grattait la tête: littérature générale ou fantastique?

Le travail universitaire en littérature a toute sa pertinence.  Les universitaires savent parfaitement décortiquer des éléments qui passent loin au-dessus de la tête de la plupart des gens.  Mais ils sont aussi prisonniers de paramètres qui passent, la plupart du temps, largement au-dessus de la tête de la plupart des gens.  Ainsi en est-il allé de la définition du fantastique pour le grand public.  Ce qui ne veut pas dire qu'un ouvrage comme celui de Todorov n'a pas sa pertinence.  Mais que le sens commun est loin des bancs des études studieuses.  Je n'ai aucun doute sur le fait que les définitions générales des genres peuvent évoluer et même qu'on sortira peut-être un jour du trio Sf-fantastique-fantasy.

En attendant, je doute de la pertinence du doute comme seul critère.

@+ Mariane

jeudi 17 juin 2021

Les constellées de Daniel Grenier

 Les constellées  Daniel Grenier  Collection Bonzaï  Marchand de feuilles 603 pages

Résumé:

Durant une année entière, Daniel Grenier a relevé le défi lancé par son éditrice de ne lire que des livres écrits par des femmes et de tenir un journal de lecture racontant ses découvertes et ses réflexions.  Pendant un an donc, et à coup de thématique (le corps, les autrices autochtones, le genre, etc), l'auteur explore, se remet en question, découvre et nous fait par la même occasion connaître toute une littérature foisonnante de plumes féminines, connues ou moins connues.

Mon avis:

Je suis entrée dans ce livre sans trop d'attentes, surtout curieuse et ma foi, quel choc!  Pas parce que c'est particulièrement bien écrit (même si c'est le cas), mais par l'ampleur de la démarche de lecteur dans lequel l'auteur s'est lancé.  Il ratisse large, mais en le faisant, ne se contente pas de lire, il tente de comprendre.  C'est pourquoi ses lectures sont attentives, analytiques: il ne les survole pas, ne tente pas de lire au hasard, son parcours est choisi et réfléchi. Ce qui le rend d'autant plus intéressant.

L'auteur a choisi d'orienter ses lectures par thème: le corps, l'essai, l'autofiction, les autrices autochtones, etc.  Chacun est l'occasion de creuser le sujet et de confronter le point de vue de différentes autrices.  Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est qu'il met en lumière des autrices proches du point de vue de leurs écrits, mais qui peuvent avoir des points de vue très opposés.  Et c'est leurs textes qu'il questionne avant tout et surtout, s'il aborde leur vie, il ne lit pas leurs oeuvres à la lumière de celle-ci, mais bien pour enrichir son point de vue de lecteur.

Et il y a l'ampleur du sujet.  Loin de se contenter de lire des autrices connues, l'auteur prend le temps de gratter, de lire et de se renseigner sur leurs contemporaines, de faire des liens entre les sororités de plumes.  Le portrait qu'il en dresse fait montre de l'immensité de l'oubli dans lequel de nombreuses écrivaines ont basculé et sa façon de raconter nous montre qu'il ne s'agit pas de cas isolés: des mouvements complets sont tombés dans les oubliettes de l'histoire littéraire.  Attendez-vous donc à pas mal de découvertes!  Quand on ajoute à ça la qualité de la réflexion faite sur les textes, ça ne donne que plus de valeur et d'intérêt à sa démarche.

Le texte est particulièrement dense.  Tout à la fois, il explique, réfléchi, questionne et cite les textes lus.  Il faut parfois s'accrocher à certains chapitres ou à certaines autrices qui attirent moins notre attention, mais son travail est fouillé et soigné d'un bout à l'autre.  Un mini-point négatif: l'auteur lit couramment l'anglais et les citations de textes provenant de la langue de Shakespeare ne sont pas traduites.  Et certains textes sont écrits dans un anglais plus proche de l'argot, ce qui ne les met pas à la portée de tout le monde.  Je comprends la démarche, mais traduire les extraits et les mettre en lien sur le site web de la maison d'édition aurait été une façon de rendre ces textes plus accessibles.  Néanmoins, je suis heureuse du choix fait par l'auteur, car il permet de largement donner la parole aux autrices elles-mêmes.  

Ma liste de livres à lire a sérieusement pris du volume avec ce livre! On découvre une multitude de voix, qu'il met en relation entre elles pour nous faire découvrir des zones d'ombre de la littérature mondiale, des voix riches et variées.

Tout un exercice et une brique à lire, mais une traversée formidable et un livre que j'ai vraiment aimé!

Ma note: 5/5

lundi 14 juin 2021

Pourquoi mes livres traînent partout ou le paradoxe des tablettes

 Salut!

Chez moi, les livres traînent un peu partout: sur la table de cuisine, sur mon bureau d'ordinateur, sur ma table basse dans le salon, en piles que j'essaie de maintenir stables, mais qui ne le sont pas toujours.  Et je n'ai le réflexe de les ranger sur les tablettes de ma bibliothèque que lorsque je ne peux plus faire des piles.  C'est un comportement un peu instinctif, j'ai toujours fait ça.  Quand un nouveau livre arrive chez nous, il peut passer des semaines à traîner partout avant que manquant d'espace pour les empiler, je ne lui déniche un petit coin dans ma bibliothèque.

C'est avec le confinement puis mon déménagement que j'ai enfin compris pourquoi je faisais ça.  Tout simplement parce que quand un livre est sur une tablette... je l'oublie.  Les livres qui traînent un peu partout, je les aie sous les yeux en permanence, je les vois, les déplace parfois, ça oblige mon cerveau à prendre encore et encore conscience de leur présence.  Ça me rappelle qu'ils ne sont pas encore lus.  Et que je devrais bien me décider à les ouvrir.  Sauf qu'en bonne lectrice-écureuil, j'ai plus souvent des livres qui rentrent que des livres qui sortent et mon rythme de lecture est assez variable depuis quelques années.  D'où l'embouteillage un peu partout où ils sont visibles, autant de façon de faire, hé, tu l'as acheté il y a pas longtemps, mais tu l'as pas encore lu, c'lui-là, tu devrais t'y mettre!  Oui, oui, les livres sur mes tablettes, je les vois, je sais qu'ils sont là, mais ils sont justes moins tout le temps sous mon nez.  Et ça fait une différence.  

Une tablette de bibliothèque, c'est fait pour le long terme.  Les livres sont là pour y rester, on ne les en sort pas souvent ou plutôt, pas tous à la fois en même temps (sauf si on déménage!).  C'est totalement et entièrement psychologique, mais j'ai moins tendance à aller jouer dans mes livres tablettés (ouch l'expression) que dans mes livres qui traînent partout.  C'est aussi la raison pour laquelle je n'ai pas de portes en verre sur mes bibliothèques: obstacle de plus, minuscule, certes, mais réel.  Cette simple vitre est un obstacle de plus entre moi et l'objet.  Je préfère épousseter (même avec un chat qui perd ses poils).

Sauf que là, j'ai déménagé et donc, entièrement réarrangé mes bibliothèques.  J'ai toujours classé mes bibliothèques en deux zones: l'une est consacrée aux livres lus et l'autre aux livres non lus.  Dans mon ancien appartement, les livres non lus étaient situés de façon à ce que lorsque je m'asseyais sur mon divan (mon lieu de lecture favori), ils n'étaient pas visibles et les livres lus, devant moi.  Je ne m'en étais jamais rendu compte avant.  Donc, si je levais les yeux de mon livre ou détournait un instant le regard de l'écran de télé, je ne voyais que les livres que j'avais déjà lus.  De beaux souvenirs de lectures, certes, mais justement, des livres que j'avais déjà lus.  Pas besoin de me rappeler que je ne les avais pas encore lus, c'était déjà fait dans leur cas!

Et là, avec le bouleversement du déménagement et le reclassement de livres, je me suis retrouvée à avoir une bibliothèque, bien installée presque en face de mon divan, rempli des livres dont je n'ai pas encore tourné la première page.  Et donc, quand je lève les yeux de mon livre, détourne un instant les yeux de mon écran de télé ou regarde simplement dans le vague, je me retrouve à regarder les livres que je n'ai pas encore lus au lieu de ceux qui le sont déjà.

Et ça fait une différence!

Parce que j'ai un constant rappel des dizaines (ok, centaines) d'histoires que je n'ai pas encore lues directement sous mon nez et qu'ils reviennent souvent dans mon champ de vision, ça me donne encore plus envie de me lever, d'aller les chercher et de les lire.  Que ça fasse un bail que je les aie ou juste quelques mois.  C'est le pouvoir d'avoir quelque chose sous les yeux, de le voir en quelque sorte, qui fait la différence.

Cependant, cette découverte n'a pas changé mes vieilles habitudes: j'ai encore des livres qui traînent partout.  Et bon, je ne pense pas que ça va changer de sitôt.

@+ Mariane

lundi 7 juin 2021

Réinventer le passé

 Salut!

Récemment, j'ai écouté une série télé diffusée sur AppleTV, Dickinson sur la vie de la poétesse américaine Emily Dickinson.  C'est donc une série d'époque, mais avec une ''twist'' très moderne: les costumes sont d'époques, les normes sociales, les caractères, l'arrière-monde le sont aussi.  Mais dans le traitement des personnages, dans les réactions de ceux-ci, on apporte une touche très moderne.  Ainsi, Emily y est queer et féministe, revendique souvent, est amoureuse de sa belle-soeur (leur vie intime est clairement évoquée) et a souvent des réactions qui appartiennent clairement plus au registre du 21e siècle au 19e.  En écho, la trame sonore est bourrée de tubes d'aujourd'hui et les personnages, entre deux danses guindées, peuvent se permettre des mouvements de twerk en robes à crinolines.  

De la façon dont c'est fait, on comprend très vite que l'on est dans une réinvention du passé, dans un passé que l'on imagine, plutôt que celui, se voulant plus réaliste que de nombreuses séries télés et films sur le 19e siècle qu'on nous présente depuis quelques décennies.  Et pourtant, ça marche!  Le spectateur.trice fait la différence entre ce qui appartient au fantasme moderne et à la réalité.  À la fois parce que c'est assez évident et parce que c'est voulu ainsi.

Ça me fait penser à une autre série en jupons et corsets que j'ai vu à la fin de 2020: Bridgerton.  Celle-ci était plus proche du traitement habituelle pour cette époque (accent mis sur la course au mariage, commérage, importance des convenances, etc), mais s'attaquait plus frontalement que Dickinson à la problématique de la diversité à l'écran.  La moitié de la noblesse, même la reine, avec la peau noire?  Pas de problème!  Et passé la surprise initiale, on s'y fait très rapidement.  D'un seul coup, les domestiques blancs pour un duc noir, des couples interraciaux, les relations de pouvoir inversées entre les différentes couleurs de peau... existent sont acceptées, normales, circulez, y'a rien à voir.  Une idée du 21e siècle qui vient se greffer sur un contexte historique, mais en tord les codes et les représentations pour réinventer ces histoires et leur donner une touche de modernité qui les rendent immédiatement plus contemporaines.

Je donne des exemples issus des séries télés, mais la littérature fait la même chose depuis des décennies.  Le steam punk est en soi un genre où on réinvente l'époque victorienne.  Si les femmes y sont souvent aussi corsetées que sous le véritable règne de la reine Victoria, mais elles peuvent y être bien d'autres choses que préoccupées à faire un bon mariage, mères au foyer ou préoccupées par les commérages en buvant une tasse de thé.  Toutes les uchronies touchent un peu à cette idée, mais certaines embrassent plus l'idée de réinvention.  Et chaque époque réinvente en tenant compte de ce qui l'agite: de nos jours, c'est la diversité, de couleur de peau autant que d'orientation sexuelle ou de genre, qui importe.  

Car la réinvention du passé dans la fiction est peut-être une façon de faire oublier les laideurs que l'on y voit trop souvent: le 19e siècle a été le siècle de l'esclavage, de la colonisation et du sexisme, toutes choses que notre époque combat, mais que les livres d'histoire nous ramènent en plein visage comme étant notre passé.  En le réinventant, en lui donnant un autre visage, mais inventé, même fictif, on essaie un peu de corriger nos erreurs et de le transformer pour qu'il soit plus semblable à ce que l'on aimerait qu'il soit aujourd'hui.  Réinventer le passé en fiction pour se construire un passé imaginaire plus près de ce que l'on aimerait qu'il soit.

La fiction le permet alors pourquoi pas?  Parce que créer des images du passé plus proche de ce qu'on aimerait qu'il soit, plutôt que comme il a été, nous permet aussi d'imaginer une société plus juste pour l'avenir.  Ce n'est pas parfait, ça ne règle rien, mais ça permet d'ancrer dans les esprits des images différentes et quelque part, c'est peut-être ainsi que l'on réussira à construire un avenir loin des images figées de notre réel passé.

@+ Mariane

lundi 31 mai 2021

Je déballe ma bibliothèque

 Salut!

Je pique ici un titre à Walter Benjamin, mais je ne peux pas m'en empêcher: c'est très représentatif de ce qui s'est passé chez moi dans les derniers jours.  Parce qu'au cours des dernières semaines, j'ai méticuleusement, soigneusement et patiemment emballé tous les livres contenus dans mes bibliothèques, je les aie mis dans des boîtes et j'ai déménagé les-dites boîtes... dans mon nouveau chez moi.

Parce que nouveau chez moi il y a!  Patchoulie et moi sommes redevenues rive-sudiennes!

Patchoulie découvrant son nouveau royaume

Sauf que, en bonne lectrice avide, j'ai des bibliothèques et qui dit déménagement et bibliothèque, dit, boîtes et boîtes de livres!  Ça n'a pas été trop pire de les faire.  Ayant été libraire, j'ai de l'expérience dans les boîtes de livres (cinq ans à faire des retours...) et bon, ça a été la partie facile de la mise en boîtes!  La cuisine a été bien pire!

Je vais faire une affirmation en partant: je déteste déménager.  Pas pour rien que mon animal fétiche est le chat: comme lui, il me faut un territoire et rien ne me dérange plus dans mes habitudes que de devoir tout changer de place d'un coup.  Mais ça en a valu la peine!  

Mais les défaire...

Prendre des livres sur une tablette et les mettre dans des boîtes est une chose, les sortir de là pour les placer en est une autre.  Parce que déposer les livres sur les tablettes signifie aussi faire des choix, un certain classement, créer un décor que l'on va caresser des yeux pendant longtemps.  Les critères qui déterminent comment on va les placer sont de tous genres: esthétiques (les classer par hauteur, par couleur), pratique (par auteur.rice, par genre, par maisons d'éditions) ou par manie du/de la lecteur.rice (par exemple, je sépare les lus des non-lus et la fiction de la non-fiction).

Reproduire l'ordre exact d'une bibliothèque à une autre demande une minutie que je n'ai pas et c'était même impossible dans mon cas parce que déménageant dans plus petit, j'ai dû couper des bibliothèques...  Un reclassage s'imposait. Par contre, le fait de prendre physiquement dans mes mains les livres que j'ai, surtout ceux que j'ai depuis des années, pour les replacer, les déplacer, les reclasser, redonne conscience de leur existence.  

Il y en a que j'ai vu si souvent que j'oublie presque que je les aie, d'autres que je me regarde et me dit oh boy, celui-là, ça fait une éternité (pensez genre le cégep ou l'université) que je l'ai!  C'est d'autant plus triste que je n'ai pas encore lu certains d'autres eux.  Certains me rappellent des rencontres, des événements, des commentaires qu'ont faits des gens à un certain moment ou à un autre.  Beaucoup, beaucoup de souvenirs de lectures aussi et pas mal également de, ah, je serais bien dû pour lire celui-là!

Les livres sont aussi des objets physiques qui ont un poids, une texture, une odeur et qui assemblés, forment un ensemble visuel.  Vivre avec les livres signifie les exposer et les regarder aussi.  On est en contact avec eux, même s'ils sont sur des tablettes et mine de rien, quand on les déplace, c'est l'une des seules occasions où on entrera physiquement en contact avec chacun d'entre eux dans un court laps de temps.  Un rappel de ce qu'ils sont des objets à part entière, même si en tant que lectrice, le contenu m'intéresse infiniment plus que le contenant.

Sauf quand il s'agit de les déménager...

@+ Mariane

lundi 17 mai 2021

Ancrer dans le nommé ou non?

 Salut!

M'est remonté un vieux, très vieux souvenir l'autre jour.  J'étais adolescente et avec une amie, on était partie en camping avec sa famille.  On était à Old Orchard...  Il y avait un motorisé typique des années 90 et deux tentes, une pour mon amie et moi, l'autre pour son frère-par-sa-belle-mère (vive les familles reconstituées!) et l'ami qu'il avait amené.  Sous la tente, mon amie et moi écrivions des histoires. Je n'ai aucune idée si j'ai encore ça quelque part, mais petit doigt me dit que c'est disparu depuis un moment!  C'était des écrits d'adolescent, en partie inspiré d'une série télé de sf dont nous étions deux inconditionnelles.  Une sorte de fanfiction sans que nous sachions que ce mot existait.  Ayant revu quelques épisodes récemment, juste pour le plaisir, je peux vous affirmer que cette série a très mal vieilli et nos histoires, ça doit être pire!

Mais bref, cet été-là, sagement installée sous la tente un jour de pluie, rouges comme des homards d'un coup de soleil attrapé le premier jour à la plage, nous avions écrit une histoire, chacune de notre côté.  C'est drôle, c'est en repassant devant un Wendy's que le souvenir m'est revenu, dans un de ces curieux ressorts de la mémoire dont Marcel Proust avait si bien trouvé su capter l'essence avec sa madeleine.  Bref, dans ses histoires, elle envoyait ses personnages au Wendy's, les faisait loger dans un RamadaInn et leur faisait faire le plein chez Shell.  Moi, j'évitais soigneusement ce genre de précision: mes personnages mangeaient un hamburger dans un resto, ils dormaient dans un hôtel anonyme et ne se préoccupait pas de l'enseigne où ils remplissaient leurs réservoirs.  Deux approches différentes qui nous avaient valu une discussion où nous étions toutes deux certaines d'avoir raison.

Pourtant les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Si on nomme les lieux et les enseignes visitées, voire les marques de commerce, on ancre résolument le texte dans une ambiance et une époque.  Parce que si on parle d'un produit d'Apple, il y a un monde entre le  McIntosh et le iPhone!  C'est faire référence à la même entreprise, mais on en aura des visions très différente.  Parce que les deux produits sont sortis dans des contextes séparés par presque trois décennies et que durant cette période, le monde a beaucoup changé.  Par exemple, dans un roman historique, utiliser les noms de marques populaires à l'époque permet en un claquement de doigts de faire entrer le.la lecteur.rice dans l'ambiance de cette période.  Dire, personnage X attrapa son IPhone et dire personnage X attrapa son cellulaire donne deux tonalités bien différentes à un texte.  L'une est ancrée dans le concret, l'autre est moins précise, mais donne quand même la même information.  Il lui manquera peut-être juste une nuance, un double sens, un ancrage.

Mais ce qu'on perd en précision en ne le mettant pas en étant clair, on le gagne en liberté.  Parce que de dire un cellulaire au lieu de nommer un modèle permet de situer l'histoire de façon moins précise.  Autant au niveau géographique que temporel.  Et ça peut rendre une histoire intemporelle.  J'ai récemment relu La chatte de Colette et c'est précisément le fait qu'elle utilise si peu d'éléments clairement définis qui fait que le.la lecteur.rice peut si facilement imaginer que cette histoire se passe autant dans les années 20, les années 40, les années 50 même que dans les années 30 où elle a été écrite.  On pourrait changer à peine quelques éléments et on aurait une histoire qui pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.  En ce sens, c'est un immense avantage que de ne pas être trop précis et de ne pas nommer les marques.

Bref, les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Ce qui est important, c'est l'intention de l'auteur.rice et la constance tout au long du texte.

@+ Mariane

lundi 10 mai 2021

La classe moyenne n'est pas très fantasy

 Salut,

L'autre jour, en fouinant dans mes livres, je suis tombée sur mes romans de fantasy.  Dans ce type de roman, le personnage du chevalier/guerrier/mage/roi/prince etc domine, c'est souvent l'une des caractéristiques du genre.  Les versions plus actuelles mettent aussi en vedette leurs contreparties féminines et on y verra sûrement des personnes non-binaires un jour, si ce n'est pas déjà fait.  À l'autre bout, on se frottera aussi à la populace, ceux qui vivent dans la pauvreté et la crasse, voir la criminalité.  Ceux qui se battent pour manger chaque jour et où vont s'encanailler ceux de la haute société.

Entre les deux?  Pas grand chose.

Il y a les aubergistes, les marchands et les artisans, grosso modo.  Certes, la société médiévale était séparée entre des classes sociales ne laissant pas beaucoup de place entre le peuple et les nobles, mais entre les deux, prise en sandwich, la classe moyenne a pas mal toujours existé, plus ou moins grosse selon les époques.  Seulement, dans les romans de fantasy, elle est juste.. en arrière-plan.  Et pourtant!

Celui qui n'a jamais croisé un aubergiste dans un roman de fantasy n'a probablement pas lu grand chose: roman de fantasy = voyage et donc, de devoir se loger de temps en temps.  L'aubergiste, homme ou femme, est donc un personnage qui fait partie du décor.  Le hic, c'est qu'il n'est jamais le personnage principal.  C'est toujours un personnage en lisière de l'histoire, qui sert le plus souvent  à alimenter les péripéties, rarement un protagoniste et si c'est le cas, il sera le plus souvent secondaire.  Pourtant, des histoires qui se passent dans une auberge, ça pourrait alimenter pas mal d'univers, tout simplement parce que toute la société finit par avoir besoin de cet endroit un jour ou l'autre.  Mais... non.

L'artisan est aussi présent, mais encore là, il n'est pas le protagoniste de l'histoire.  Il ou elle est le soutien du héros ou de l'héroïne, c'est la personne qui forge les armes, répare les armures, invente parfois de nouveaux objets.  Mais rarement a-t-il ou a-t-elle le premier plan.  Comme si les aventures d'un.e artisan.e, de la création à la vente, n'était qu'un fond sonore, alors que souvent, se batailler avec une épée à forger dans un métal rare, une armure à réparer dans un temps record ou un vêtement à coudre avec la pression d'un.e client.e ingrat.e sur le dos peut être assez houleux comme aventure.  Quant au service à la clientèle, peu importe l'époque, il aura toujours une part d'épique...

Ce qui me tape un peu sur les nerfs par contre, c'est la quasi-absence du marchand comme figure.  Ok, sa place est moins réduite, il aura plus de chances d'être un personnage, voire même principal parfois et ça se comprend: après tout, les marchands voyagent autant que les chevaliers!  Ils peuvent en vivre des aventures!  On parle ici des voyageurs, mais ceux qui restent en ville et brassent des affaires peuvent très bien avoir un joli impact sur les affaires de la cour, surtout s'ils sont riches.  

L'absence de cette classe moyenne en fantasy est parlante par ce qu'elle ne dit pas.  Après tout, soyons honnêtes: la majorité des lecteur.rices du genre sont des membres de la classe moyenne.  Pas parce que les riches n'en font pas partie, mais ils sont moins nombreux.  Et pas parce que les pauvres ne lisent pas, mais ils en ont souvent moins le temps, voire moins les moyens s'ils n'ont pas une bonne bibliothèque à proximité.  Donc, une bonne partie de la classe sociale qui consomme de la fantasy... ne retrouve pas son équivalent dans la fantasy.  On cherche à rêver et à s'évader en lisant ce genre de livres, mais quand même.  On dirait que l'on a du mal à s'imaginer l'entre deux, quelque part entre le haut de l'échelle sociale et le bas.

C'est d'autant plus surprenant que le classique des classiques du genre met en vedette quatre membres de cette classe moyenne que tant d'autres oeuvres boudent: en effet, qui a-t-il de plus classe moyenne que quatre hobbits pantouflards lancés à l'assaut du Mordor?  Et pourtant, qui pourrait nier que ce livre ait une dimension épique?  Qu'il a passionné des millions de lecteur.rice.s?  

Oublier les hiérarchies, fouiller les zones inexplorées, renverser les clichés: la fantasy a encore bien des ressources et bien des choses à faire découvrir, il faut juste arrêter de retourner les mêmes pierres pour renouveler le genre.  Parce que bien des personnages, des situations et des intrigues moins clichés sont sous nos yeux depuis le début.

@+ Mariane

lundi 3 mai 2021

Crier de bonheur à en déranger le chat!

 Salut!

Patchoulie a fait un bond de deux pieds dans les airs quand j'ai lâché mon cri.  Bon, elle passe son temps à dormir (dur la vie de chat) alors je l'ai sûrement réveillé, mais ça valait la peine!

Parce que pour la 2e fois, j'ai remporté le Prix Boréal volet fanédition pour ce blogue!

JE SUIS SUPER CONTENTE!!!!!!!!!!!!

(Bon, imaginez-moi de sauter de joie, de danser sur place et de crier!)

C'est foutument agréable de savoir que je suis appréciée comme blogueuse, lue et reconnue.  Parce que bloguer est un métier solitaire et aussi parce que des fois, je me casse la tête pour trouver un sujet intelligent sur lequel écrire.

Ça me donne un super boost, ça me donne de l'énergie à revendre, ça me donne 10 millions d'idées!

Je suis super contente, mais...

Encore une fois, une deuxième fois, je remporte ce prix en direct de mon appart.

Encore une fois, une deuxième fois, il me manque les applaudissements, les tapes dans le dos autre que virtuelles, les visages réjouis, les Félicitations!!!! à l'annonce du résultat.  Le virtuel ne bat pas le réel, pas pour l'instant.

Mais quand même, je ne vais pas bouder mon plaisir!

On va continuer, comme avant, comme depuis dix ans maintenant.

MERCI À TOUS!!!!

Retour aux billets la semaine prochaine!

@+ Mariane

lundi 26 avril 2021

J'ai rien compris à ce livre

 Salut!

    Ça m'est arrivé quelques fois au fil des années de refermer un livre et de me dire: j'ai rien compris à ce bouquin.  Pas si souvent que ça bien sûr, mais c'est quand même arrivé quelque fois.  En fait, si c'est pas arrivé si souvent, c'est en grande partie parce que quand je ne pige rien à un livre, je préfère ne pas le terminer.  Mais bon, c'est déjà arrivé.

    Si le livre m'est incompréhensible, ça peut venir de trois facteurs, moi, l'auteur.e ou le manque de connexion entre les deux.

    Ça se peut très bien, que je ne pige rien à un livre en particulier.  Parce que le sujet m'ennuie, parce qu'il me manque des éléments de base, parce que je ne suis pas la présentation qui m'est faite.  Ça peut arriver.  Dans ce cas-là, ben, je ne m'en fais pas.  Je peux aussi tout bêtement ne pas être le public-cible du livre et par conséquent, ne pas comprendre toutes les allusions, les codes et les références destinées à être comprises par ceux qui savent à l'avance.  Par exemple, si je lis un policier, je risque d'en rater par mal plus que la moyenne des lecteurs de ce genre: je pige juste pas ces codes-là!

    La personne qui a écrit le livre a aussi sa responsabilité.  Parce que pour rendre sa pensée accessible et compréhensible, faut avoir ramé en amont (dixit la fille qui se casse la tête pour rendre les idées dans ses billets clairs depuis dix ans).  Ce n'est pas donné à tout le monde et même les meilleurs peuvent se planter!  On entre ici dans la relation de communication: L'auteur.e a un boulot à faire.  Et l'éditeur.rice aussi.  Après tout, il.elle est là pour botter le derrière à la personne qui tape sur le clavier et doit savoir alterner entre la carotte et le bâton (métaphorique) pour amener l'auteur.e à donner le maximum et amener l'oeuvre à son meilleur.  Mais bon, il y a des paresseux.ses, des moins compétent.e.s (ou des incompétent.e.s) ou des moins expérimenté.e.s.  Bref, ça prendre de tout pour faire un monde et si le résultat final n'est pas à la hauteur, ben, des fois, oui, ça peut être la faute du livre!

    Il y a aussi la troisième hypothèse: le lien ne se fait juste pas.  Le/la lecteur.rice a une bonne connaissance du sujet, L'auteur.e a fait son boulot, mais il manque un quelque chose qui facilite la compréhension qui ne passe pas.  Ce n'est pas la faute de personne, mais arrive.  Le livre sera alors incompréhensible pour le/la lecteur.rice.  C'est plate, mais c'est possible  Ça peut être dû au moment où on lira le livre, à de la fatigue, aux livres qu'on a lu juste avant, bref, à un paquet de petits détails.  Mais ça peut arriver.

    Et bon, il y a aussi une catégorie complètement à part: les livres conçus pour être incompréhensible.  Oui, ils existent!  Qu'ils soient écrit dans ce but par leurs auteur.rice.s afin d'être réservés à un public privilégié qui EUX pourront le comprendre, qu'ils soient rédigés avec des clés de lecture qui nécessitent d'être sus, qu'ils soient simplement un exercice de style synonyme de cassage de tête, bref, ça peut exister un livre auquel personne ne va rien piger.

    Mais sincèrement, sont chiants ceux qui font ça!  Fort heureusement qu'ils sont rares.

@+ Mariane

lundi 19 avril 2021

Des personnages comme un vieux chandail confortable

Salut!

J'ai un vieux kangourou en coton ouaté qui a... 23 ans.  Oui, oui, 23 ans!  Ce chandail, où la date 1998 est bien imprimée, me suit depuis mes 15 ans.  J'ai voyagé, j'ai été à la pêche, j'ai couru, je me suis emmitouflée dedans dans tout un paquet de circonstance, bref, ce chandail appartient à ma vie des vingt dernières années.  Il est complètement moulé à mon corps, mes coudes tombent pilent au bon endroit et mes épaules s'ajustent parfaitement dans le tissu.  Après toutes ces années, je le mets en éprouvant à chaque fois un sentiment de confort.  Ne manque que les cordons du capuchon.  Mes minettes les ont mangées il y a une dizaine d'années.

Tout ça pour dire que c'est toujours agréable de retrouver quelque chose de connu.  C'est rassurant.  Quand on lit et qu'on aime un type de lecture en particulier, on a cette même sensation de confort, de retrouver quelque chose de connu et d'aimé, et donc, de réconfortant.  Les lecteurs de genre le savent, peu importe le genre d'ailleurs: quand on s'installe pour lire quelque chose que l'on connaît, tous les petits éléments qui se retrouvent d'oeuvre en oeuvre sont autant de manière de se retrouver en terrain familier et connu.  Une façon de générer du bien-être.

C'est encore plus fort quand on parle de personnages.  Parce que les personnages, à force de les côtoyer dans des livres, on finit par les connaître, à savoir leurs histoires.  Même s'il leur arrive des aventures différentes à chaque fois, il reste que l'on parle du même personnage.  De livre en livre, on les voit grandir, souffrir, aimer, perdre des proches, tomber amoureux.ses.  Quand un lecteur de policier s'installer devant une aventure avec son détective préféré, il sait que cette personne a une approche particulière et qu'il ou elle sera ainsi plus sensible à tel ou tel indice.  Et si des éléments de l'intrigue lui rappelle une autre enquête et bien le lecteur comprendra les réactions du personnage, que ce soit de peur, de dégoût ou l'impression de vide sidéral soudainement apparu sous ses pieds.

Retrouver un personnage connu, même si tout le reste change, est une posture de continuité, de constance, dans un univers où tout le reste ou presque peut changer.  Et ça rend cette relation au personnage extrêmement confortable et réconfortante.  C'est comme enfiler un vieux chandail qu'on connaît tellement bien que les plis du coude sont au bon endroit, la capuche parfaitement adaptée à la tête et dont on se souvient de l'avoir porté mille fois.

Bref, c'est le fun des fois, de retrouver quelque chose comme un personnage-réconfort-parce-qu'archi-connu.  Ça fait tout simplement du bien!

@+ Mariane

jeudi 15 avril 2021

Kagagi de Jay Odjick

 Kagagi  Jay Odjick Hannenorak 80 pages


Résumé:
Matthew est un adolescent ordinaire, qui est amoureux de la fille populaire de son école, a un meilleur ami et vit avec une ancienne employée de ses parents qui l'a adopté.  Une vie assez normale quoi.  Le jour où un mystérieux homme débarque pour lui annoncer qu'il est l'élu de son peuple, destiné à sauver l'humanité entière du Windigo.  Pour le faire, il se retrouve doué de pouvoirs super-héroïques et devient Kagagi.

Mon avis:
L'auteur, lui-même issu des Premières Nations, s'est amusé à écrire une histoire de super-héros en s'inspirant de leurs mythes et légendes et ma foi, c'est plutôt bien.  Parfait, non, excellent, non plus, il a encore quelques croûtes à manger, mais n'empêche, le résultat est plutôt honorable.  

Matthew, adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, est présenté comme étant un personnage autochtone dès le départ, sans qu'il soit vraiment mêlé de près à ses origines culturelles, ayant été adopté assez jeune.  La découverte de son héritage se fera plus tard dans le livre, au même moment où ses pouvoirs, qu'il a toujours possédé, lui seront révélés.  Le super vilain est d'ailleurs un personnage important de la mythologie autochtone: le Windigo.  Bref, la manière dont l'auteur crée et met en scène un personnage issu de son imaginaire culturel est très bien et on accroche à cette partie de l'histoire.

Le bât blesse ailleurs.  Si dans les scènes où les personnages sont représentés en super-héros, l'auteur réussi avec un talent manifeste au niveau du dessin, il en va autrement dans les scènes ordinaires: le dessin souffre d'une absence de mouvements, le découpage est tout juste correct et certains plans sont carrément ratés (la scène sur la piste de danse où tous les personnages semblent couchés plutôt que debout, entre autres). 

De plus, l'intrigue est brouillonne et les personnages sont faits d'un bloc, sans la moindre nuance.  Ce qui explique qu'on écarquille des yeux devant la réaction de Matthew à un moment pivot de l'histoire: il n'a jamais eu ce genre de réaction avant et rien dans tout ce qui nous a été présenté depuis le début de l'histoire nous pousse à croire que cette réaction est logique.  Les dialogues sonnent d'ailleurs faux à certains moments, mais je ne sais pas s'il s'agit ici d'un effet de traduction.

Ce n'est pas que tout est mauvais, mais ça sent la première oeuvre: beaucoup de dévouement, une passion véritable et sincère pour les histoires de super-héros, mais encore des failles dans le rendu final.  Bref, de bonnes idées, mais il va falloir encore quelques albums à l'auteur pour emmener son talent à son plein potentiel.

Ma note: 3/5

lundi 12 avril 2021

Le lecteur-écureuil et le lecteur-cigale

 Salut, 

Il y a plusieurs types de lecteurs, cela est en soi évident.  Il y a aussi plusieurs types de relation aux livres.  Je veux dire, il y en a qui traînent leurs livres partout (coupable), d'autres qui les remplissent de notes (coupable) et d'autres qui pestent dès que la jaquette est moindrement abîmée (coupable).  Mais aujourd'hui, j'ai plutôt envie de parler de la relation à l'accumulation de livres.  On va donc parler pour les fins de la chose diviser les types de lecteur en deux grandes catégories: les lecteurs-écureuils et les lecteurs-cigales.

Les lecteurs-écureuils font comme leur version animale avec les noix: ils accumulent les livres, les ramassent et les préservent soigneusement.  On peut le savoir dès qu'on met le pied chez eux qu'ils en sont: leurs murs sont couverts de bibliothèques, souvent remplies à pleine capacité.  Mais il y a plus.  Les lecteurs-écureuils vivent dans la peur quasi permanente de manquer de lecture, même si c'est virtuellement impossible dans le monde moderne avec l'accès aux bibliothèques et aux livres numériques.  Le manque est impossible, mais ne fait pas disparaître le besoin d'accumuler, d'acheter, même parfois des livres qu'on a déjà lus!

Le lecteur-écureuil ramasse donc et il est souvent méticuleux avec ses précieux livres.  Je le confesse, je suis une lectrice-écureuil: j'ai beaucoup trop de bouquins chez moi!  Sauf que depuis quelque temps, il me semble que je regarde mes livres et je me dis: ai-je vraiment besoin de garder celui-ci?  Vais-je vraiment lire celui-là, acheté il y a plusieurs années?  J'ai commencé à faire du ménage.  Ça m'a beaucoup fait réfléchir à mon rapport aux livres.  Il y en a que je n'aurais jamais pensé mettre de côté il y a quelques années qui ont pris le chemin des bouquineries et des boîtes à livres.  Parce que même si j'ai toujours de merveilleux souvenirs de lectures, je sais que je ne les relirais pas.  Dans ce cas, pourquoi les garder?  

Les livres lus, à moins d'avoir une valeur quelconque ou d'être sûr qu'on va les relire, n'ont comme tel pas à être gardés.  Les livres que l'on n'a pas encore lus par contre, c'est une autre histoire.  D'ailleurs, quel lecteur lira vraiment la totalité des livres qu'il a dans sa bibliothèque, voir qu'il achètera dans sa vie?  C'est aspect du lecteur-écureuil en dit souvent bien plus sur lui que ce qu'il a déjà lu: les livres que l'on accumule dans le but de les lire sont autant de désirs que de promesses à soi-même, d'engagements envers des auteur.e.s (on ne les a pas lus, mais on a acheté leurs livres!), d'une certaine quantité de culpabilité (je l'ai acheté, je vais le lire!), mais aussi de passades (une brève passion pour les auteurs russes du XIXe siècle qui vous traîne sous pendant des années) tout comme de rappels de grands amours qui se perpétue et qu'on sait qu'on peut retrouver en tendant la main vers nos tablettes.

Le fait d'être un lecteur-écureuil en dit long sur le rapport aux livres, de la façon dont on les perçoit et de la place qu'occupe la lecture dans nos vies.  Et même si c'est très personnel, la majorité des grands lecteurs que je connais sont aussi des lecteurs-écureuils.

Le lecteur-cigale, lui, qui n'accumule rien, qui trouve ses lectures au jour le jour et vit sans penser à ses lendemains de lecteur.  C'est une espèce rare.  On m'a dit que ça existait, mais je n'en connais pas.  En fait, je pense que son existence est une légende urbaine...

@+ Mariane

jeudi 1 avril 2021

L'atelier de Marie-Claire de Marguerite Audoux

 L'atelier de Marie-Claire  Marguerite Audoux  Talents hauts Collection Les plumées 348 pages


Résumé:
Marie-Claire est désormais installée à Paris et travaille dans l'atelier de Madame Dalignac.  Celle-ci, une patronne généreuse, fourni du travail à ses employées et les paie le mieux possible. Ça n'empêche pas les périodes de chômage, les clientes difficiles, les logements minuscules et la maladie qui frappe, alors que l'on ne peut pas prendre une seule journée pour s'en remettre.  Dans cet atelier où elle est penchée sur son ouvrage, Marie-Claire continue sa vie.

Mon avis:
Suite sans en être une, ce roman peut se lire de façon tout à fait distincte de Marie-Claire, auquel il fait au fond très peu référence.  C'est le même personnage, mais à une autre époque de sa vie.  Marie-Claire est la même: toujours observatrice fine de son environnement, du comportement de ses compagnes de travail, sans jamais juger, ni même se mettre en avant dans les histoires.  Elle est plus active, plus présente dans cet opus, mais reste quand même effacée par rapport aux événements qui semblent la porter plus qu'elle les vit.

L'atelier est un lieu important de l'histoire.  C'est là que les ouvrières se rassemblent, parlent en cousant, chantent, se racontent des histoires.  Comme aujourd'hui, elles amènent des parcelles de leur vie quotidienne au travail et on est témoin des vies des unes et des autres.  De Bergeonnette la bretonne qui regrette son coin de pays et en chante les chants marins quand elles s'installent devant leurs machines à coudre.  De Bouledogue qui est l'éternelle fiancée et rêve du jour de son mariage.  De Sandrine, éprise du père de ses enfants, qui pourtant ne l'a pas épousée, même si tous deux s'usent au travail pour subvenir à leurs besoins.  De Mme Dalignac, femme bonne, qui se fait littéralement exploiter par ses clientes aux exigences impossibles et mauvaises payeuses, pourtant soutenue et aimée par le patron, son mari, ce qui ne suffit pas à payer les factures.

La description du travail de couture, la minutie et le talent exigée par celle-ci, tout autant que l'absence de reconnaissance et de salaire pour ceux-ci, sont décrites avec talent.  De même, l'atmosphère de l'atelier, les heures passées courbées sur l'ouvrage, parfois même toute la nuit.  La solidarité qui y règne face au dur labeur, alternant entre la surabondance sous laquelle elles croulent et les périodes mortes où elles doivent s'engager ailleurs, faute de travail.  L'impact sur leur santé, fait de dizaines de petits détails, nous plonge mieux que n'importe quel manuel d'histoire dans cette période, cette classe sociale et ce milieu de travail.  

On retrouve ici l'extrême sens de l'observation de l'auteure, ses descriptions aiguisées et qui rendent tellement bien les atmosphères que même si elle décrit peu les lieux, on croirait y être parce qu'on est plongée dans l'atmosphère sensorielle de ceux-ci.  Ceci dit, par rapport au premier, ou peut-être est-ce que j'avais déjà goûté à la plume de l'auteure, m'a moins plu: on est toujours dans la suite de tableaux qui sont plus ou moins liés aux autres, mais l'effet d'ensemble est plus réussi.  Peut-être est-ce en partie dû au fait que la campagne se prête mieux à ce genre d'exercice qu'un atelier de couture ouvrier.  L'écriture somme toute plutôt contemplative de l'auteure n'est pas entièrement adaptée à la ville.  Elle reste toutefois magnifique et porteuse de la poésie qui la caractérise.

Point à noter: un personnage que Marie-Claire croise est une personne noire.  Elle trouve le moyen de faire comprendre à une occasion qu'un autre personnage prononce ce mot aujourd'hui honni pour désigner les afro-descendants, sans le mentionner dans le texte.  Preuve que même à l'époque, il était connu comme une insulte et que ce n'est pas tout le monde qui était prêt à l'endosser.

Ma note: 4.5/5

lundi 29 mars 2021

Corpus littéraire et autres lectures scolaires

 Salut,

Récemment, l'idée est revenue dans l'actualité (merci l'aile jeunesse de la CAQ), de construire un corpus littéraire d'oeuvres obligatoires à lire au cours de nos études.  Dire que l'idée n'est pas nouvelle est un euphémisme: c'est comme la mauvaise herbe, cette idée finit toujours par revenir!  Elle a des pour et des contre, comme toutes les idées.  

Dans la colonne des pour, c'est l'idée d'une culture commune qui rassemble le plus.  Après tout, c'est plus facile d'avoir une discussion si on a les mêmes références.  Le hic étant: quelles oeuvres devraient devenir ces références.  Et c'est là que le bât blesse et fait très mal: lesquelles choisir?  Parce que la littérature québécoise, si jeune soit-elle, regorge de livres qui valent la peine d'être lus et même d'être connus d'un plus vaste public.  Si on sort la tête des romans du terroir (qui sont un instrument de torture pour adolescents et ne représentent vraiment plus les valeurs d'aujourd'hui), un paquet d'oeuvres valent la peine et limiter la liste à une poignée serait un exercice périlleux.  Juste cette partie représente un exercice d'équilibriste.  Sans compter que j'entends d'ici les glandes salivaires de quelques éditeurs face à l'opportunité de voir un de leurs livres à l'étude partout au Québec.

Parmi les contre, il y a le fait que ce ne sont pas toutes les oeuvres qui sont bonnes à lire pour tout le monde.  Les profs sont des professionnels après tout et c'est à eux de faire les choix.  Et que leur boulot est autant de donner le goût de la lecture que de faire découvrir la littérature.  Sauf que bien des livres gagnent à être lus même si on n'est pas porté vers eux, même s'ils demandent un effort.  Et que ça vaut parfois la peine d'être confronté ou mis au défi par une histoire.  J'ai des amis qui sont profs de français et qui se sont résolus, par simplicité et parce qu'ils en avaient marre de se battre, à mettre à l'étude des oeuvres plus faciles et à éviter les classiques.  Avoir un corpus obligatoire leur donnerait un bon coup de pied au derrière et leur donnerait un argument de poids face aux élèves: voyez, tout le monde y passe!

Je suis plutôt pour l'instauration d'un corpus, mais je le verrais plutôt comme une  liste souple ayant un certain nombre d'oeuvres et dans lequel les profs pourraient piger.  Ici, on lirait Anne Hébert, ici Gabrielle Roy et là Michel Tremblay, dépendant des profs et des écoles.  On pourrait comprendre les gens de Sorel de préférer Le Survenant à Maria Chapdelaine par exemple.  Faire une liste d'une trentaine de titres et dire: voilà, vous devez en lire une par année au secondaire.  J'ai récemment vu passer le dernier corpus littéraire du programme français et ça m'a fait passer l'envie des corpus rigides: 12 livres sur 15 étaient écrits par des hommes blancs...  Au XXIe siècle.  Vraiment, c'était pas demandé un peu de diversité?  D'autant plus que les plumes féminines françaises sont nombreuses et qu'un paquet de riches plumes issues de la diversité ont émergé depuis vingt ans. Je vais laisser aux Français le soin de faire leurs propres choix, mais il me semble qu'ils sont un peu répétitifs.

Mais bon, je crois que personnellement, je décollerais le nez du roman.  C'est un genre majeur, je sais, mais il demande du temps pour s'y investir.  Pourquoi pas ne pas privilégier les nouvelles quand il s'agit de corpus obligatoire?  Pas mal tous les grands auteurs ont publié des nouvelles ou même des recueils de nouvelles.  C'est un genre négligé et qui pourrait, par son format et son abondance, fournir largement une culture commune et ouvrir des portes.  Lire une nouvelle d'une trentaine de pages, si c'est plate, ça peut être pas mal moins rébarbatif qu'un roman, mais ça peut fournir autant la conversation.  Pour le reste, laisser aux profs leur autonomie.

De même, on pourrait varier les oeuvres d'une année à l'autre.  Dire, voici les cinq nouvelles au programme au secondaire, une par niveau et on change à chaque année.  Ça détruirait l'idée de culture commune?  Pas nécessairement, l'idée d'une culture commune est que tout le monde ait des points de référence en commun, pas que tout le monde ait lu exactement la même chose.  Si tous les élèves d'une cohorte ont lu Michel Tremblay et ceux de la suivante Anne Hébert, ce n'est pas si grave: tous les deux auront en commun d'avoir été lus par une grande quantité de personnes et en bien ou en mal, on parlera d'eux.  C'est comme ça que se construisent les références communes: quand on en parle.

Bref, j'aime bien l'idée d'avoir un corpus en commun, de bâtir des références culturelles communes, mais je crois que les vieilles formules ont besoin d'un peu d'époussetage.  On peut très bien atteindre certains objectifs sans imposer des lectures mur à mur.

@+ Mariane