lundi 3 mai 2021

Crier de bonheur à en déranger le chat!

 Salut!

Patchoulie a fait un bond de deux pieds dans les airs quand j'ai lâché mon cri.  Bon, elle passe son temps à dormir (dur la vie de chat) alors je l'ai sûrement réveillé, mais ça valait la peine!

Parce que pour la 2e fois, j'ai remporté le Prix Boréal volet fanédition pour ce blogue!

JE SUIS SUPER CONTENTE!!!!!!!!!!!!

(Bon, imaginez-moi de sauter de joie, de danser sur place et de crier!)

C'est foutument agréable de savoir que je suis appréciée comme blogueuse, lue et reconnue.  Parce que bloguer est un métier solitaire et aussi parce que des fois, je me casse la tête pour trouver un sujet intelligent sur lequel écrire.

Ça me donne un super boost, ça me donne de l'énergie à revendre, ça me donne 10 millions d'idées!

Je suis super contente, mais...

Encore une fois, une deuxième fois, je remporte ce prix en direct de mon appart.

Encore une fois, une deuxième fois, il me manque les applaudissements, les tapes dans le dos autre que virtuelles, les visages réjouis, les Félicitations!!!! à l'annonce du résultat.  Le virtuel ne bat pas le réel, pas pour l'instant.

Mais quand même, je ne vais pas bouder mon plaisir!

On va continuer, comme avant, comme depuis dix ans maintenant.

MERCI À TOUS!!!!

Retour aux billets la semaine prochaine!

@+ Mariane

lundi 26 avril 2021

J'ai rien compris à ce livre

 Salut!

    Ça m'est arrivé quelques fois au fil des années de refermer un livre et de me dire: j'ai rien compris à ce bouquin.  Pas si souvent que ça bien sûr, mais c'est quand même arrivé quelque fois.  En fait, si c'est pas arrivé si souvent, c'est en grande partie parce que quand je ne pige rien à un livre, je préfère ne pas le terminer.  Mais bon, c'est déjà arrivé.

    Si le livre m'est incompréhensible, ça peut venir de trois facteurs, moi, l'auteur.e ou le manque de connexion entre les deux.

    Ça se peut très bien, que je ne pige rien à un livre en particulier.  Parce que le sujet m'ennuie, parce qu'il me manque des éléments de base, parce que je ne suis pas la présentation qui m'est faite.  Ça peut arriver.  Dans ce cas-là, ben, je ne m'en fais pas.  Je peux aussi tout bêtement ne pas être le public-cible du livre et par conséquent, ne pas comprendre toutes les allusions, les codes et les références destinées à être comprises par ceux qui savent à l'avance.  Par exemple, si je lis un policier, je risque d'en rater par mal plus que la moyenne des lecteurs de ce genre: je pige juste pas ces codes-là!

    La personne qui a écrit le livre a aussi sa responsabilité.  Parce que pour rendre sa pensée accessible et compréhensible, faut avoir ramé en amont (dixit la fille qui se casse la tête pour rendre les idées dans ses billets clairs depuis dix ans).  Ce n'est pas donné à tout le monde et même les meilleurs peuvent se planter!  On entre ici dans la relation de communication: L'auteur.e a un boulot à faire.  Et l'éditeur.rice aussi.  Après tout, il.elle est là pour botter le derrière à la personne qui tape sur le clavier et doit savoir alterner entre la carotte et le bâton (métaphorique) pour amener l'auteur.e à donner le maximum et amener l'oeuvre à son meilleur.  Mais bon, il y a des paresseux.ses, des moins compétent.e.s (ou des incompétent.e.s) ou des moins expérimenté.e.s.  Bref, ça prendre de tout pour faire un monde et si le résultat final n'est pas à la hauteur, ben, des fois, oui, ça peut être la faute du livre!

    Il y a aussi la troisième hypothèse: le lien ne se fait juste pas.  Le/la lecteur.rice a une bonne connaissance du sujet, L'auteur.e a fait son boulot, mais il manque un quelque chose qui facilite la compréhension qui ne passe pas.  Ce n'est pas la faute de personne, mais arrive.  Le livre sera alors incompréhensible pour le/la lecteur.rice.  C'est plate, mais c'est possible  Ça peut être dû au moment où on lira le livre, à de la fatigue, aux livres qu'on a lu juste avant, bref, à un paquet de petits détails.  Mais ça peut arriver.

    Et bon, il y a aussi une catégorie complètement à part: les livres conçus pour être incompréhensible.  Oui, ils existent!  Qu'ils soient écrit dans ce but par leurs auteur.rice.s afin d'être réservés à un public privilégié qui EUX pourront le comprendre, qu'ils soient rédigés avec des clés de lecture qui nécessitent d'être sus, qu'ils soient simplement un exercice de style synonyme de cassage de tête, bref, ça peut exister un livre auquel personne ne va rien piger.

    Mais sincèrement, sont chiants ceux qui font ça!  Fort heureusement qu'ils sont rares.

@+ Mariane

lundi 19 avril 2021

Des personnages comme un vieux chandail confortable

Salut!

J'ai un vieux kangourou en coton ouaté qui a... 23 ans.  Oui, oui, 23 ans!  Ce chandail, où la date 1998 est bien imprimée, me suit depuis mes 15 ans.  J'ai voyagé, j'ai été à la pêche, j'ai couru, je me suis emmitouflée dedans dans tout un paquet de circonstance, bref, ce chandail appartient à ma vie des vingt dernières années.  Il est complètement moulé à mon corps, mes coudes tombent pilent au bon endroit et mes épaules s'ajustent parfaitement dans le tissu.  Après toutes ces années, je le mets en éprouvant à chaque fois un sentiment de confort.  Ne manque que les cordons du capuchon.  Mes minettes les ont mangées il y a une dizaine d'années.

Tout ça pour dire que c'est toujours agréable de retrouver quelque chose de connu.  C'est rassurant.  Quand on lit et qu'on aime un type de lecture en particulier, on a cette même sensation de confort, de retrouver quelque chose de connu et d'aimé, et donc, de réconfortant.  Les lecteurs de genre le savent, peu importe le genre d'ailleurs: quand on s'installe pour lire quelque chose que l'on connaît, tous les petits éléments qui se retrouvent d'oeuvre en oeuvre sont autant de manière de se retrouver en terrain familier et connu.  Une façon de générer du bien-être.

C'est encore plus fort quand on parle de personnages.  Parce que les personnages, à force de les côtoyer dans des livres, on finit par les connaître, à savoir leurs histoires.  Même s'il leur arrive des aventures différentes à chaque fois, il reste que l'on parle du même personnage.  De livre en livre, on les voit grandir, souffrir, aimer, perdre des proches, tomber amoureux.ses.  Quand un lecteur de policier s'installer devant une aventure avec son détective préféré, il sait que cette personne a une approche particulière et qu'il ou elle sera ainsi plus sensible à tel ou tel indice.  Et si des éléments de l'intrigue lui rappelle une autre enquête et bien le lecteur comprendra les réactions du personnage, que ce soit de peur, de dégoût ou l'impression de vide sidéral soudainement apparu sous ses pieds.

Retrouver un personnage connu, même si tout le reste change, est une posture de continuité, de constance, dans un univers où tout le reste ou presque peut changer.  Et ça rend cette relation au personnage extrêmement confortable et réconfortante.  C'est comme enfiler un vieux chandail qu'on connaît tellement bien que les plis du coude sont au bon endroit, la capuche parfaitement adaptée à la tête et dont on se souvient de l'avoir porté mille fois.

Bref, c'est le fun des fois, de retrouver quelque chose comme un personnage-réconfort-parce-qu'archi-connu.  Ça fait tout simplement du bien!

@+ Mariane

jeudi 15 avril 2021

Kagagi de Jay Odjick

 Kagagi  Jay Odjick Hannenorak 80 pages


Résumé:
Matthew est un adolescent ordinaire, qui est amoureux de la fille populaire de son école, a un meilleur ami et vit avec une ancienne employée de ses parents qui l'a adopté.  Une vie assez normale quoi.  Le jour où un mystérieux homme débarque pour lui annoncer qu'il est l'élu de son peuple, destiné à sauver l'humanité entière du Windigo.  Pour le faire, il se retrouve doué de pouvoirs super-héroïques et devient Kagagi.

Mon avis:
L'auteur, lui-même issu des Premières Nations, s'est amusé à écrire une histoire de super-héros en s'inspirant de leurs mythes et légendes et ma foi, c'est plutôt bien.  Parfait, non, excellent, non plus, il a encore quelques croûtes à manger, mais n'empêche, le résultat est plutôt honorable.  

Matthew, adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, est présenté comme étant un personnage autochtone dès le départ, sans qu'il soit vraiment mêlé de près à ses origines culturelles, ayant été adopté assez jeune.  La découverte de son héritage se fera plus tard dans le livre, au même moment où ses pouvoirs, qu'il a toujours possédé, lui seront révélés.  Le super vilain est d'ailleurs un personnage important de la mythologie autochtone: le Windigo.  Bref, la manière dont l'auteur crée et met en scène un personnage issu de son imaginaire culturel est très bien et on accroche à cette partie de l'histoire.

Le bât blesse ailleurs.  Si dans les scènes où les personnages sont représentés en super-héros, l'auteur réussi avec un talent manifeste au niveau du dessin, il en va autrement dans les scènes ordinaires: le dessin souffre d'une absence de mouvements, le découpage est tout juste correct et certains plans sont carrément ratés (la scène sur la piste de danse où tous les personnages semblent couchés plutôt que debout, entre autres). 

De plus, l'intrigue est brouillonne et les personnages sont faits d'un bloc, sans la moindre nuance.  Ce qui explique qu'on écarquille des yeux devant la réaction de Matthew à un moment pivot de l'histoire: il n'a jamais eu ce genre de réaction avant et rien dans tout ce qui nous a été présenté depuis le début de l'histoire nous pousse à croire que cette réaction est logique.  Les dialogues sonnent d'ailleurs faux à certains moments, mais je ne sais pas s'il s'agit ici d'un effet de traduction.

Ce n'est pas que tout est mauvais, mais ça sent la première oeuvre: beaucoup de dévouement, une passion véritable et sincère pour les histoires de super-héros, mais encore des failles dans le rendu final.  Bref, de bonnes idées, mais il va falloir encore quelques albums à l'auteur pour emmener son talent à son plein potentiel.

Ma note: 3/5

lundi 12 avril 2021

Le lecteur-écureuil et le lecteur-cigale

 Salut, 

Il y a plusieurs types de lecteurs, cela est en soi évident.  Il y a aussi plusieurs types de relation aux livres.  Je veux dire, il y en a qui traînent leurs livres partout (coupable), d'autres qui les remplissent de notes (coupable) et d'autres qui pestent dès que la jaquette est moindrement abîmée (coupable).  Mais aujourd'hui, j'ai plutôt envie de parler de la relation à l'accumulation de livres.  On va donc parler pour les fins de la chose diviser les types de lecteur en deux grandes catégories: les lecteurs-écureuils et les lecteurs-cigales.

Les lecteurs-écureuils font comme leur version animale avec les noix: ils accumulent les livres, les ramassent et les préservent soigneusement.  On peut le savoir dès qu'on met le pied chez eux qu'ils en sont: leurs murs sont couverts de bibliothèques, souvent remplies à pleine capacité.  Mais il y a plus.  Les lecteurs-écureuils vivent dans la peur quasi permanente de manquer de lecture, même si c'est virtuellement impossible dans le monde moderne avec l'accès aux bibliothèques et aux livres numériques.  Le manque est impossible, mais ne fait pas disparaître le besoin d'accumuler, d'acheter, même parfois des livres qu'on a déjà lus!

Le lecteur-écureuil ramasse donc et il est souvent méticuleux avec ses précieux livres.  Je le confesse, je suis une lectrice-écureuil: j'ai beaucoup trop de bouquins chez moi!  Sauf que depuis quelque temps, il me semble que je regarde mes livres et je me dis: ai-je vraiment besoin de garder celui-ci?  Vais-je vraiment lire celui-là, acheté il y a plusieurs années?  J'ai commencé à faire du ménage.  Ça m'a beaucoup fait réfléchir à mon rapport aux livres.  Il y en a que je n'aurais jamais pensé mettre de côté il y a quelques années qui ont pris le chemin des bouquineries et des boîtes à livres.  Parce que même si j'ai toujours de merveilleux souvenirs de lectures, je sais que je ne les relirais pas.  Dans ce cas, pourquoi les garder?  

Les livres lus, à moins d'avoir une valeur quelconque ou d'être sûr qu'on va les relire, n'ont comme tel pas à être gardés.  Les livres que l'on n'a pas encore lus par contre, c'est une autre histoire.  D'ailleurs, quel lecteur lira vraiment la totalité des livres qu'il a dans sa bibliothèque, voir qu'il achètera dans sa vie?  C'est aspect du lecteur-écureuil en dit souvent bien plus sur lui que ce qu'il a déjà lu: les livres que l'on accumule dans le but de les lire sont autant de désirs que de promesses à soi-même, d'engagements envers des auteur.e.s (on ne les a pas lus, mais on a acheté leurs livres!), d'une certaine quantité de culpabilité (je l'ai acheté, je vais le lire!), mais aussi de passades (une brève passion pour les auteurs russes du XIXe siècle qui vous traîne sous pendant des années) tout comme de rappels de grands amours qui se perpétue et qu'on sait qu'on peut retrouver en tendant la main vers nos tablettes.

Le fait d'être un lecteur-écureuil en dit long sur le rapport aux livres, de la façon dont on les perçoit et de la place qu'occupe la lecture dans nos vies.  Et même si c'est très personnel, la majorité des grands lecteurs que je connais sont aussi des lecteurs-écureuils.

Le lecteur-cigale, lui, qui n'accumule rien, qui trouve ses lectures au jour le jour et vit sans penser à ses lendemains de lecteur.  C'est une espèce rare.  On m'a dit que ça existait, mais je n'en connais pas.  En fait, je pense que son existence est une légende urbaine...

@+ Mariane

jeudi 1 avril 2021

L'atelier de Marie-Claire de Marguerite Audoux

 L'atelier de Marie-Claire  Marguerite Audoux  Talents hauts Collection Les plumées 348 pages


Résumé:
Marie-Claire est désormais installée à Paris et travaille dans l'atelier de Madame Dalignac.  Celle-ci, une patronne généreuse, fourni du travail à ses employées et les paie le mieux possible. Ça n'empêche pas les périodes de chômage, les clientes difficiles, les logements minuscules et la maladie qui frappe, alors que l'on ne peut pas prendre une seule journée pour s'en remettre.  Dans cet atelier où elle est penchée sur son ouvrage, Marie-Claire continue sa vie.

Mon avis:
Suite sans en être une, ce roman peut se lire de façon tout à fait distincte de Marie-Claire, auquel il fait au fond très peu référence.  C'est le même personnage, mais à une autre époque de sa vie.  Marie-Claire est la même: toujours observatrice fine de son environnement, du comportement de ses compagnes de travail, sans jamais juger, ni même se mettre en avant dans les histoires.  Elle est plus active, plus présente dans cet opus, mais reste quand même effacée par rapport aux événements qui semblent la porter plus qu'elle les vit.

L'atelier est un lieu important de l'histoire.  C'est là que les ouvrières se rassemblent, parlent en cousant, chantent, se racontent des histoires.  Comme aujourd'hui, elles amènent des parcelles de leur vie quotidienne au travail et on est témoin des vies des unes et des autres.  De Bergeonnette la bretonne qui regrette son coin de pays et en chante les chants marins quand elles s'installent devant leurs machines à coudre.  De Bouledogue qui est l'éternelle fiancée et rêve du jour de son mariage.  De Sandrine, éprise du père de ses enfants, qui pourtant ne l'a pas épousée, même si tous deux s'usent au travail pour subvenir à leurs besoins.  De Mme Dalignac, femme bonne, qui se fait littéralement exploiter par ses clientes aux exigences impossibles et mauvaises payeuses, pourtant soutenue et aimée par le patron, son mari, ce qui ne suffit pas à payer les factures.

La description du travail de couture, la minutie et le talent exigée par celle-ci, tout autant que l'absence de reconnaissance et de salaire pour ceux-ci, sont décrites avec talent.  De même, l'atmosphère de l'atelier, les heures passées courbées sur l'ouvrage, parfois même toute la nuit.  La solidarité qui y règne face au dur labeur, alternant entre la surabondance sous laquelle elles croulent et les périodes mortes où elles doivent s'engager ailleurs, faute de travail.  L'impact sur leur santé, fait de dizaines de petits détails, nous plonge mieux que n'importe quel manuel d'histoire dans cette période, cette classe sociale et ce milieu de travail.  

On retrouve ici l'extrême sens de l'observation de l'auteure, ses descriptions aiguisées et qui rendent tellement bien les atmosphères que même si elle décrit peu les lieux, on croirait y être parce qu'on est plongée dans l'atmosphère sensorielle de ceux-ci.  Ceci dit, par rapport au premier, ou peut-être est-ce que j'avais déjà goûté à la plume de l'auteure, m'a moins plu: on est toujours dans la suite de tableaux qui sont plus ou moins liés aux autres, mais l'effet d'ensemble est plus réussi.  Peut-être est-ce en partie dû au fait que la campagne se prête mieux à ce genre d'exercice qu'un atelier de couture ouvrier.  L'écriture somme toute plutôt contemplative de l'auteure n'est pas entièrement adaptée à la ville.  Elle reste toutefois magnifique et porteuse de la poésie qui la caractérise.

Point à noter: un personnage que Marie-Claire croise est une personne noire.  Elle trouve le moyen de faire comprendre à une occasion qu'un autre personnage prononce ce mot aujourd'hui honni pour désigner les afro-descendants, sans le mentionner dans le texte.  Preuve que même à l'époque, il était connu comme une insulte et que ce n'est pas tout le monde qui était prêt à l'endosser.

Ma note: 4.5/5

lundi 29 mars 2021

Corpus littéraire et autres lectures scolaires

 Salut,

Récemment, l'idée est revenue dans l'actualité (merci l'aile jeunesse de la CAQ), de construire un corpus littéraire d'oeuvres obligatoires à lire au cours de nos études.  Dire que l'idée n'est pas nouvelle est un euphémisme: c'est comme la mauvaise herbe, cette idée finit toujours par revenir!  Elle a des pour et des contre, comme toutes les idées.  

Dans la colonne des pour, c'est l'idée d'une culture commune qui rassemble le plus.  Après tout, c'est plus facile d'avoir une discussion si on a les mêmes références.  Le hic étant: quelles oeuvres devraient devenir ces références.  Et c'est là que le bât blesse et fait très mal: lesquelles choisir?  Parce que la littérature québécoise, si jeune soit-elle, regorge de livres qui valent la peine d'être lus et même d'être connus d'un plus vaste public.  Si on sort la tête des romans du terroir (qui sont un instrument de torture pour adolescents et ne représentent vraiment plus les valeurs d'aujourd'hui), un paquet d'oeuvres valent la peine et limiter la liste à une poignée serait un exercice périlleux.  Juste cette partie représente un exercice d'équilibriste.  Sans compter que j'entends d'ici les glandes salivaires de quelques éditeurs face à l'opportunité de voir un de leurs livres à l'étude partout au Québec.

Parmi les contre, il y a le fait que ce ne sont pas toutes les oeuvres qui sont bonnes à lire pour tout le monde.  Les profs sont des professionnels après tout et c'est à eux de faire les choix.  Et que leur boulot est autant de donner le goût de la lecture que de faire découvrir la littérature.  Sauf que bien des livres gagnent à être lus même si on n'est pas porté vers eux, même s'ils demandent un effort.  Et que ça vaut parfois la peine d'être confronté ou mis au défi par une histoire.  J'ai des amis qui sont profs de français et qui se sont résolus, par simplicité et parce qu'ils en avaient marre de se battre, à mettre à l'étude des oeuvres plus faciles et à éviter les classiques.  Avoir un corpus obligatoire leur donnerait un bon coup de pied au derrière et leur donnerait un argument de poids face aux élèves: voyez, tout le monde y passe!

Je suis plutôt pour l'instauration d'un corpus, mais je le verrais plutôt comme une  liste souple ayant un certain nombre d'oeuvres et dans lequel les profs pourraient piger.  Ici, on lirait Anne Hébert, ici Gabrielle Roy et là Michel Tremblay, dépendant des profs et des écoles.  On pourrait comprendre les gens de Sorel de préférer Le Survenant à Maria Chapdelaine par exemple.  Faire une liste d'une trentaine de titres et dire: voilà, vous devez en lire une par année au secondaire.  J'ai récemment vu passer le dernier corpus littéraire du programme français et ça m'a fait passer l'envie des corpus rigides: 12 livres sur 15 étaient écrits par des hommes blancs...  Au XXIe siècle.  Vraiment, c'était pas demandé un peu de diversité?  D'autant plus que les plumes féminines françaises sont nombreuses et qu'un paquet de riches plumes issues de la diversité ont émergé depuis vingt ans. Je vais laisser aux Français le soin de faire leurs propres choix, mais il me semble qu'ils sont un peu répétitifs.

Mais bon, je crois que personnellement, je décollerais le nez du roman.  C'est un genre majeur, je sais, mais il demande du temps pour s'y investir.  Pourquoi pas ne pas privilégier les nouvelles quand il s'agit de corpus obligatoire?  Pas mal tous les grands auteurs ont publié des nouvelles ou même des recueils de nouvelles.  C'est un genre négligé et qui pourrait, par son format et son abondance, fournir largement une culture commune et ouvrir des portes.  Lire une nouvelle d'une trentaine de pages, si c'est plate, ça peut être pas mal moins rébarbatif qu'un roman, mais ça peut fournir autant la conversation.  Pour le reste, laisser aux profs leur autonomie.

De même, on pourrait varier les oeuvres d'une année à l'autre.  Dire, voici les cinq nouvelles au programme au secondaire, une par niveau et on change à chaque année.  Ça détruirait l'idée de culture commune?  Pas nécessairement, l'idée d'une culture commune est que tout le monde ait des points de référence en commun, pas que tout le monde ait lu exactement la même chose.  Si tous les élèves d'une cohorte ont lu Michel Tremblay et ceux de la suivante Anne Hébert, ce n'est pas si grave: tous les deux auront en commun d'avoir été lus par une grande quantité de personnes et en bien ou en mal, on parlera d'eux.  C'est comme ça que se construisent les références communes: quand on en parle.

Bref, j'aime bien l'idée d'avoir un corpus en commun, de bâtir des références culturelles communes, mais je crois que les vieilles formules ont besoin d'un peu d'époussetage.  On peut très bien atteindre certains objectifs sans imposer des lectures mur à mur.

@+ Mariane

lundi 22 mars 2021

L'imaginaire importé de la jeunesse

 Salut!

Si je vous disais, citez-moi un classique de la littérature jeunesse, que répondriez-vous?  Peut-être que quelques-uns me citerait les grands conteurs, en partant, le trio des Grimm, Andersen et Perreault.  Peut-être que vous me parleriez de Peter Pan, de Bambi et d'Alice au pays des merveilles.  D'autres me citeraient Mary Poppins, Le Magicien d'Oz et autres Mulan.  Ce sont d'excellentes histoires.  Elles ont d'ailleurs presque toutes passées par la moulinette Disney!  Elles ont aussi un autre point en commun: à l'exception de Perreault, elles n'ont pas été écrite en français.

Je n'ai absolument rien contre le fait de lire des textes créés originalement dans une autre langue.  Au contraire, je trouve que la capacité d'appréhender d'autres imaginaires que le nôtre est un atout, une force même.  Sur notre belle planète où les informations circulent à la vitesse grand V, connaître l'Autre avec tous les petits détails, manières d'être, références culturelles qui en font une société, une culture même est quelque chose de positif.  Et quel meilleur moyen de plonger dans une autre culture que par la fiction?

Le hic, c'est qu'en faisant la liste de toutes les oeuvres classiques pour la jeunesse que je connaissais, je me suis rendue compte que parmi elles, bien peu sont en version originale française.  Ok, il y a Les trois Mousquetaires!  Mais combien d'autres?  Plus jeune, j'ai lu la Comtesse de Ségur, j'ai été en contact avec Jean de la Fontaine et je me suis délectée avec Jules Verne, Tintin et Astérix.  Sans oublier un peu plus tard les Yoko Tsuno, Scrameustache et cie...

Je cite surtout des oeuvres françaises, je sais, mais j'ai beau réfléchir, je ne suis pas capable de nommer des oeuvres jeunesse québécoise qui auraient traversé les âges depuis ma jeunesse.  Notre littérature, particulièrement jeunesse, est encore jeune et elle n'a pas encore produit de grands classiques qui se transmettent de génération en génération.  Ça peut arriver, il va forcément en avoir à un moment ou à un autre, mais là-dessus, je ne suis pas inquiète.  Le milieu de la littérature jeunesse au Québec est bouillonnant de créativité, ce n'est qu'une question de temps.

Ce qui m'inquiète un peu, c'est le fait que notre imaginaire soit dominé par d'autres imaginaires venus d'ailleurs.  Les grands récits que tout le monde connait sont aujourd'hui majoritairement issus du monde anglo-saxon et sont porteurs des valeurs et des références qui les supportent.  Pour le monde francophone, beaucoup sont en communs, d'autres non.  Si toutes vos histoires se passent à Londres, ont des noms à consonnance anglaise et des appellations anglophones (Mr, Mrs et Miss au lieu de M. Mme et Mlle par exemple), comment se reconnaître dans la vie quotidienne dont les références sont autres?  Et en plus, le pouvoir des histoires rend incroyablement cool tous ces petits détails: on veut tellement s'identifier aux personnages quand on est jeune!  À côté de ça, le quotidien peut paraître tellement fade: s'il n'est pas enrichi des couleurs de la fiction, comment s'y projeté?

Je rêve en couleur parfois, mais j'aimerais voir accéder à autant de visibilité des oeuvres écrites dans toutes les langues, provenant de toutes les cultures.  Parce que l'important, c'est le contact avec ces oeuvres et ces cultures.  En ce moment, celle qui traversent le plus facilement les frontières, autant physiques que celles des langues sont produites dans un univers anglo-saxon.  On en oublie d'excellents contes qui sont issus du monde arabe (comme ceux des 1001 nuits, y'a pas juste Aladin tsé!), de la Chine et du Japon, du territoire africain au grand complet, de l'Amérique du sud, des Premières Nations ici...  Le monde est tellement plus vaste que les grands récits qui en ce moment sont les plus rassembleurs parce que les plus répandus.

Ça ne m'empêchera pas de garnir les bibliothèques de mes filleul.e.s des aventures de Peter Pan et cie.  Je vais peut-être être juste un petit peu plus attentive à y ajouter des oeuvres d'ici et d'ailleurs, moins connues, même si ce ne sont pas des classiques, qu'ils s'habituent à y voir l'égal de leurs si sympathiques congénères fictionnels.

@+ Mariane

jeudi 18 mars 2021

La pensée blanche de Lilian Thuram

 La pensée blanche  Lilian Thuram  Mémoire d'encrier 308 pages


Résumé:
D'où vient le fait que les Blancs se considèrent supérieurs aux Noirs?  À l'esclavage, à une supposée infériorité naturelle ou culturelle?  D'où cette idée est-elle partie et pourquoi perdure-t-elle?  Dans cet essai, Lilian Thuram essaie d'aller à la source des choses pour faire la différence entre le construit et le réel et faire un peu de ménage dans les grandes raisons qui ont mené à l'existence des races et du racisme, sans mettre la faute sur les uns et les autres.

Le livre est divisé en trois parties: l'histoire de l'infériorité et de l'esclavage, la mise en place de la suprématie blanche et les pistes de solutions pour sortir de ce qu'il appelle la pensée blanche.

Mon avis:
Faites vos recherches qu'ils disent.  Visiblement l'auteur les a faite et en profondeur, mais ce qui est fascinant, ce sont ses conclusions: les Blancs, comme les Noirs sont prisonniers d'un système de pensée qui perpétue les inégalités, évidemment au bénéfice apparent des premiers, mais sans tout à fait l'être.  La pensée blanche a été créé de façon verticale pour que les blancs pauvres appuient leurs dirigeants de la même couleur de peau, quand bien même qu'ils se feraient autant exploiter par eux que leurs camarades de misère noirs!

La première partie fait d'abord l'historique de l'esclavage et de la différence de statut entre les Blancs et les Noirs: non, ils n'ont pas toujours été vus comme inférieurs et durant la grande majorité de l'histoire, les esclaves ont été des Blancs, propriété d'autres Blancs.  Ensuite, les Blancs ont retenu de l'histoire ce qui les avantageaient.  L'Égypte est africaine, pas européenne et les Grecs étaient bien plus proches, culturellement, des courants de pensée de l'Asie Mineure que de l'Europe avant l'avènement de Rome.  Pourquoi alors en faire les racines de la civilisation occidentale?  Poser la question est important, car on voit que l'appropriation culturelle ne date pas d'hier.

C'est avec le contact avec les Amériques que tout change et que la couleur de la peau devient un marqueur social d'importance: car voyez-vous, les Européens qui s'élançaient par-delà les océans n'avaient pas grand-chose d'autres en commun, mais ils se sont servi de cela pour se distinguer de l'Autre, d'abord habitants des Amériques, puis l'Africain.  Pour ajouter une couche de respectabilité, on a ajouté la religion (on va les sauver!), mais au fond, la motivation première était simple: le profit.

Cette première partie est profondément nourrie d'exemples et de contre-exemples.  L'auteur va là où d'autres auteurs n'ayant probablement pas ses sensibilités n'oseraient pas aller.  Il montre les mêmes événements par un prisme différent.  Évidemment, il y a une argumentation derrière la présentation de ces faits (c'est le cas de tous les essais), mais sa logique est extrêmement intéressante à suivre et il sort de bien des sentiers battus.

La deuxième partie, plus idéologique, est aussi le coeur de l'argumentation de l'essai et montre ce que l'auteur appelle la pensée blanche: comment un système, créé de toutes pièces, a conçu une échelle sociale basée sur la couleur de la peau.  Comment ce système s'est autojustifié (sauvage versus civilisé, chrétien versus païens, blancs contre noirs, etc) et comment à chaque fois que des arguments contraires apparaissaient, il a su se renouveler pour maintenir le statu quo (par les armes, par la religion, par la biologie, par la sociologie, par l'économie).  Cette partie est un peu plus ardue à lire, mais elle est passionnante, car l'on voit que si les époques et les arguments varient, la logique reste la même: justifier une pyramide sociale au profit d'une élite.  L'auteur par contre, va ici beaucoup plus loin que les différences de couleur de peau et montre que les Blancs ont eux aussi été instrumentalisés, surtout ceux des classes les plus pauvres.  Comment l'argument de la couleur de la peau a été utilisé pour mieux diviser de potentielles alliances de classe.  Cette partie est largement fouillée et bien expliquée et elle montre aussi l'absurdité des distinctions de couleurs de peau: à une époque, les Irlandais n'étaient pas considérés comme blancs...

Au travers de cette partie, il fait aussi l'apologie de tous ceux, qui, au fil des siècles et souvent au péril de leur vie sont allés contre le courant dominant et ont dénoncé ce système de pensée.  Manière de montrer que la pensée blanche n'a au fond jamais fait l'unanimité.

La troisième fait un état des lieux actuels et des pistes de solution pour dépasser les différences construites de manière abstraite.  Cette partie, quoique aussi intéressante à lire que les autres, m'a parue un peu moins solide que les deux précédentes.  Ce qui y figure a déjà été dit et redit maintes fois.  Hélas, il faut le redire.

Cet essai, accessible, clair et riche en information sans être barbant est à mettre entre toutes les mains. Pas uniquement parce qu'il est très intéressant: parce qu'il refuse la culpabilité des uns et des autres et montre l'importance de construire ensemble un avenir meilleur.  Les Noirs tout comme les Blancs.

Ma note: 5/5 

jeudi 11 mars 2021

L'armée de volupté d'Alphonse Momas

 L'armée de volupté  Alphonse Momas  Lu en numérique libre de droits, disponible ici


Résumé:
Émile Lodenbach est amoureux fou de Lucette, une femme libre, qui ne se refuse à lui, tout en lui laissant vaguement croire qu'un espoir est possible.  Décidé à l'oublier dans les bras d'une autre, il tombe sur Lucie, un quasi-sosie de Lucette avec qui il entame une liaison.  Mais Lucie est elle aussi mystérieuse.  Bientôt lui parviennent de mystérieuses lettres, demandant dans des termes intriguants s'il souhaite se joindre à l'armée de volupté.

Mon avis:

Quoique en dise, la littérature érotique en dit souvent bien plus long sur une époque que l'on ne voudrait le croire.  Les tabous, les gestes transgressifs mais excitants, les signaux de disponibilités ou les gestes érotiques sont autant de révélateurs d'un climat social.  Bref, là, on est à la Belle Époque de Paris, soit le début du XXe siècle et les contraintes sociales sont lourdes sur les femmes autant que sur les hommes.  C'est pourquoi y imaginer une société basée sur le consentement *** (faut bien lire les notes de bas de pages sur ce point) et où les femmes ont le pouvoir est très révélateur.  Le problème est que dès que l'on gratte, les vieux clichés sur la sexualité des hommes comme des femmes ne sont pas loin.  Mais ça devait être révolutionnaire pour l'époque!

Notre héros donc, veut oublier une femme dans les bras d'une autre et sera progressivement introduit à l'armée de volupté, association qui fait la promotion de l'amour et du plaisir sans contrainte et où tous sont libres de céder à leurs désirs.  Le hic: les classes sociales de l'époque font que si maîtres et serviteurs se côtoient, les hiérarchies sociales y sont respectées et même reproduites.  Aux aristocrates les plus hauts niveaux du pouvoir et aux autres, le reste!  Et le tout est sous la supervision d'un ecclésiaste nommé l'Abbé Rectal (ça ne s'invente pas) et dirigé depuis un couvent.

Sa relation avec Lucette, puis Lucie (qui se révèleront être des soeurs) en bien évidement conçue pour émoustiller le lecteur, mais on se demande pourquoi certains allers-retours sont nécessaires.  On apprendra vers la fin qu'il se cache sous les apparences une histoire de famille que je qualifierais de bizarre (bon, le père de famille qui fait en sorte que ses deux filles soient initiées aux plaisirs de la chair en hébergeant un jeune prêtre dans la famille spécialement pour ça... entre autres!).

L'aspect littérature érotique peut être déroutant pour le lecteur moderne.  Beaucoup d'actions se passent par des dialogues, là où aujourd'hui on décrirait les sensations.  Le lecteur doit donc compléter avec sa propre imagination bien des passages.  De même, le livre a une obsession pour les rituels codifiés et les gestes de communication réservés aux seuls initiés.  Et époque oblige relever sa jupe est un acte hautement érotique.  Dépendant de quelle hauteur et de si on relève à la cheville, aux genoux ou aux épaules (dévoilant également la poitrine) est également un signe...  Bon point pour lui, l'auteur est au courant de l'existence du clitoris et de son rôle dans la sexualité féminine.

Le texte est fortement daté.  C'est plus un objet culturel à lire qu'un texte érotique comme tel.  Les fantasmes, les tabous et les interdits ont tellement changé en un siècle que bien des choses qui devaient être très émoustillantes à l'époque sont devenues de nos jours...  euh, ennuyantes.  Vous pouvez passer si vous cherchez de la littérature érotique comme tel.

Ma note: 2.5/5

lundi 8 mars 2021

Grimper sur les épaules des géants

Salut!

Je ne sais pas de quand datent les histoires.  Je sais juste qu'il y a très longtemps, quelqu'un a commencé à en raconter une.  Puis une autre a suivi, puis une autre.  Quelqu'un a inventé des effets de voix, un autre d'agencer les mots afin que le même son termine chaque phrase.  On a ensuite appelé ça la poésie.  Quelqu'un a mis du rythme dans les mots et a commencé à lier les syllabes en les mêlant à des notes et a ainsi créé la chanson.  Très longtemps après, quelqu'un a réussi à mettre les sons, puis les mots, puis les phrases sur un support écrit et encore là, les histoires et les humains qui les écrivent ont exploré, ont inventé de nouvelles façons d'écrire des histoires, de les raconter, de les faire parvenir à d'autres.  Chaque méthode a été la source de nouvelles idées, de nouvelles façons de les raconter et de les faire circuler.

La fiction est un gros morceau de pâte à modeler aux possibilités infinies.  C'est même mieux qu'un morceau de pâte à modeler à vrai dire: c'est une matière qui n'a pas de limite autre que celle de notre imagination.  Et ça, les êtres humains en ont à revendre.  Depuis d'aube de l'humanité, on joue avec cette matière, l'étirant, la tordant, la compressant dans tous les sens, de toutes les façons.  Mais ce n'est pas un processus qui se fait de façon individuelle, mais bien de façon collective.

Quelqu'un a inventé la poésie... Mais depuis des siècles, chaque génération a foutu le bordel dans le genre, le réinventant, le repensant en profondeur, lui imposant des limites, supprimant ses limites.  Des poètes symbolistes se sont amusés à écrire en faisant des calligrammes, on a eu des vers libres, des sonnets corsetés et plus récemment, le rap et le slam.  Les expériences de chacun nourrissent les idées et les conceptions des autres qui à son tour, les poussent plus loin, n'en retiennent qu'un élément ou créent autre chose en réaction.  Le roman par exemple, est une invention qui a à peine huit siècles, contrairement au conte, à la fable et à l'épopée et est directement conçu pour être lu et non raconté, ce qui est en soi une révolution par rapport à tout ce qui a existé avant.  Les techniques, les matériaux, les modes de diffusions, tout ça danse ensemble pour donner lieu à de nouvelles formes qui sont autant de ballons d'essai.  Certaines se développent, d'autres meurent sur place, ça, les créateurs ne peuvent jamais le savoir à l'avance.  Je pourrais continuer encore longtemps...

Je pense souvent à ça quand je m'assois à mon ordinateur pour écrire.  Je ne suis qu'une goutte d'eau dans un océan de création, mais je grimpe sur les épaules de chaque personne qui un jour, quelque part, a pris le temps de créer une histoire et de la partager.  Parce que dans le réseau dense des idées, chaque petit coup d'épaule à la roue a apporté quelque chose, même si parfois, ce n'était pas plus puissant que le souffle d'un battement d'ailes de papillon.  Peut-être suis-je ce papillon?  Je n'en aie aucune idée.  Je pense juste souvent, assise tranquille chez moi, alignant les mots sur mon clavier, que je suis à la fois une riche héritière et une future ancêtre.  Les deux à la fois.  La seule chose dont je suis sûre, c'est que je grimpe sur les épaules des géants qui m'ont précédé et que des fois, j'ai un peu peur d'où tout cela peut me mener.

@+ Mariane

jeudi 4 mars 2021

Marie-Claire de Marguerite Audoux

 Marie-Claire  Marguerite Audoux  Éditions Talents hauts  Collection Les plumées  


Résumé:
La mère de Marie-Claire est morte, son père, incapable de s'occuper de ses deux filles.  Les deux gamines sont confiées à l'orphelinat.  Là, la petite Marie-Claire, observe, découvre: les gens, les lieux, les sensations.  Elle tisse une relation avec Soeur Marie-Aimée, faite d'amour et de non-dits, même si enveloppé d'une réelle tendresse.  Arrivée à l'âge de prendre son envol hors du couvent, au lieu de l'atelier de couture, Marie-Claire sera envoyée comme bergère à la campagne.

Mon avis:
Oh là là... Il y avait un moment que je n'avais pas eu autant l'impression d'avoir une véritable plume sous les yeux.  Parce que le talent de l'auteure est indéniable.  Le rythme lui est très personnel.  Le vocabulaire est précis, sans être forcément riche.  La manière de bâtir l'histoire, par courtes histoires superposées, pas nécessairement liées, est personnelle, mais fonctionne très bien.  L'importance accordée aux cinq sens, et la façon de les décrire, donne une vivacité étonnante au récit.

C'est aux petits, aux personnes ordinaires et aux styles de vie simple que ce consacre ce roman.  Rien n'est riche, tout est simple, mais pourtant, elle fait ressortir les milles et une facettes de cette vie que l'on pourrait croire morne.  Dans les yeux de Marie-Claire, une visite chez l'infirmière du couvent devient un prétexte pour décrire le bruit des pas dans les escaliers, puis sur le gravier.  Une messe, l'occasion de décrire la lumière dans les quelques vitraux et comment ceux-ci, même imparfaits, filtrent la lumière du soleil.  Une leçon, l'odeur de la craie.

Son héroïne semble évanescente à force de ne jamais s'exprimer, mais d'être simplement l'observatrice plutôt que l'actrice des événements, même lorsqu'elle en est au coeur.  Pourtant, c'est justement cette observation d'une grande finesse qui fait sa caractéristique principale: car si elle voit, elle ne comprend pas tout et pose sur les choses et les gens un regard égal, dépourvu de jugement.  La personne qui lit comprendra selon ses propres références et juste en cela, elle réalise un petit exploit littéraire.

On se demande au fil du récit si à un moment, l'histoire va s'envoler, mais non, elle chemine, tranquillement, sans faire d'éclats, mais justement, à la lecture on réaliste que ce n'est pas nécessaire.  La beauté du texte réside dans son écriture, bien plus que dans son intrigue.  On est aux côtés de l'héroïne et l'on vit avec elle.  Tout simplement.  Ce livre n'a besoin de rien de plus pour charmer.

Ma note: 4.75/5

lundi 1 mars 2021

Auteur.e.s mort.e.s avant 1950 ou les joies du domaine public!

 Salut!

Je ne suis pas une grande fan de livres numériques, sauf pour une chose: tout ce qui appartient au domaine public, aussi appelé libre de droits.

Ok, ça mange quoi en hiver ce truc-là?

Par la loi de la nature et jusqu'à preuve du contraire, tous les êtres humains vont mourir un jour.  Quand, on ne le sait pas.  En attendant, tous les êtres humains peuvent produire une oeuvre, qu'elle soit écrite, peinte ou sculptée (on ajoute les enregistrements sonores et visuels, mais c'est pas le point ici).  Ça a été une longue bataille sur lequel je ne reviendrais pas, mais les artistes ont gagné le droit de se voir payer un montant quand leur oeuvre est vendue/interprétée/tout autre variante où elle est utilisée.  On appelle ça le droit d'auteur.  Au moment de la mort d'un.e artiste, peu importe son domaine de création, les droits d'auteur.e passent à ses ayants droits, soit les personnes qui par filiation ou par testament, héritent de ceux-ci.  Ceux-ci peuvent donc toucher les dits-droits d'auteurs pour une certaine période de temps.

(À partir d'ici, oublier les autres domaines de la création autre que l'écrit, je suis loin d'être assez calée dans le domaine pour répondre à vos questions.  Oublier aussi tous les autres territoires en dehors du Canada et pour certains cas, la France et les États-Unis (parce que je zieute aussi ce que font la France et les États-Unis dans ce domaine!).)

Après un certain nombre d'années, les oeuvres tombent donc dans ce que l'on appelle le domaine public.  C'est-à-dire que les oeuvres ne sont plus soumises à des droits d'auteur, peuvent être reproduites, copiées et adaptées sans avoir à payer un sou de redevance.  De même, elles peuvent être téléchargées librement sur Internet, sans le moindre souci.  Le texte devient libre!  Certes, on doit le citer si on l'utilise (rende à César quoi!), mais on n'a pas à débourser un sous pour le faire, on ne peut pas le faire passer pour le sien (ça reste du plagiat), mais tant que la source est bien identifiée, et bien, amusez-vous!

C'est génial n'est-ce pas?  Oui, mais c'est aussi un joyeux bordel. 

Parce que voyez-vous, les pays ne sont pas tous d'accord avec le nombre d'années après la mort de l'auteur.e l'oeuvre tombe dans le domaine public.  Pour le Canada et jusqu'à nouvel ordre, c'est 50 ans suivant l'année de décès de l'auteur.e pour les oeuvres écrites (romans, poésie, essai, pièce de théâtre, etc).  La loi sera bientôt modifiée pour être portée à 70 ans après l'année de décès de l'auteur.e, suite aux renégociations de l'ALENA (ici, un gentil doigt d'honneur à Donald Trump!).  Donc, au moment de la publication de ce billet (mars 2021), tous les auteur.e.s mort.e.s avant 1970 sont dans le domaine public au Canada, à l'exception des cas où l'oeuvre a des  co-auteur.e.s (dans lequel cas, faudra attendre la date de décès ou des co-auteur.e.s)... mais pas en Europe pour qui la référence est de 70 ans.  Aux États-Unis, suite à une modification législative en 1998 (Surnommée le Mickey Mouse protection act... devinez qui a poussé pour son adoption?)  c'est un bordel encore plus grand parce que dépendant si l'oeuvre a ou non été publiée avant 1978, les règles diverges et... j'irais pas plus loin!  Je suis moi-même perdue devant leurs façons de traiter le domaine public!

Donc, si vous avez une tablette ou une liseuse, vous pouvez prendre l'aéroport à Montréal avec des fichiers légaux qui deviennent illégaux à la douane...  Conseil d'amis, tenez-vous en à 70 ans, c'est plus sûr.

Dernier point, la traduction: si l'oeuvre a été traduite, la traduction a aussi ses droits d'auteur.  Au Canada, je n'ai trouvé aucune information à ce sujet, mais en France, vous devez attendre les 70 ans après la mort du traducteur...  Donc, zéro inquiétude pour les textes du XIXe siècle et pour les livres en langue originale.  Les traductions plus récentes sont exclues du droit public.  Et vous pensiez que retraduire certains livres était seulement pour la beauté de la chose?  Bien sûr que non, il y a également des raisons commerciales derrière.

Mais bref, faut être au courant des règles, faut surveiller, cela veut surtout dire que chaque année, au 1er janvier, une floppée de nouvelles oeuvres deviennent accessibles.  En 2021, nul autre que George Orwell est entré dans le domaine public en Europe (attendez-vous à quelques adaptations de 1984!). 

Ça veut aussi dire que des milliers d'oeuvres, parfois indisponibles depuis des années sur le marché du livre régulier deviennent accessibles.  Tout est à portée de main: c'est légal et c'est gratuit.  On peut aller les chercher sans problème.  Mes sites chouchous pour en trouver, c'est ici pour l'international et ici pour le québécois.  Il y a une véritable mine d'or là-dedans.  Bien sûr, le temps ayant écrémé, on a gardé les oeuvres les plus populaires ou considérées comme étant les meilleures des auteur.e.s, mais souvent, leur oeuvre est plus vaste.  Des auteur.e.s oublié.e.s peuvent ressurgir de l'ombre.  Des voix différentes aussi, parce que l'histoire ne les a pas toutes retenues (penser ici à la littérature des femmes, des différentes communautés culturelles ou religieuses, etc).  Ce n'est pas toujours le  meilleur (j'ai lu un Jules Verne qui m'a fait mourir de rire tellement s'était médiocre), mais ça reste une façon d'accéder à tellement plus vaste que ce que le marché de l'édition est capable de supporter.  Parce que non, on ne peut pas garder tous les livres disponibles tout le temps.  Alors le numérique aide à pallier ce trou.

Maintenant, à moi les Dumas, Verne, Zweig, Saint-Exupéry, Dickens, Austen, Woolf, Brontë, Conan Doyle et cie!  À moi les trésors et les perles!  Un clic et c'est sur la liseuse et on est parti pour un grand tour sur leur plume!

Maintenant, le grand problème: trouvez plus de temps pour lire...

@+ Mariane

jeudi 25 février 2021

Le voyage dans le passé de Stefan Zweig

 Le voyage dans le passé  Stefan Zweig Le livre de poche 177 pages


Résumé:
Louis est un jeune homme qui s'est tiré de la pauvreté à la force du poignet.  Entré dans une grande entreprise où il s'est taillé une place de choix, il est forcé de s'installer dans la demeure de son riche employeur malade, à titre de secrétaire particulier, retrouvant ce qui est pour lui son statut de pauvreté.  Comprenant instinctivement sa situation, la femme de son employeur fait tout en son pouvoir pour le mettre à l'aise, mais ce faisant, ces deux êtres lient une amitié qui lentement se transforme en amour.  Lorsqu'un an plus tard, il est chargé d'un important projet de l'entreprise, les deux amoureux en viennent presque à devenir des amants, mais se refusent l'un à l'autre avec une promesse: lorsque l'on se reverra, ce sera oui.  Mais plutôt que les deux années prévues, neuf années vont passer sans qu'ils se revoient.

Mon avis:
Lire du Stefan Zweig, c'est plonger dans toutes les nuances d'un orfèvre du sentiment amoureux.  Ce texte ne fait pas exception.  Loin des coups de foudre, cette histoire-ci est un lent apprivoisement entre deux êtres issus de milieux très différents, mais avec des personnalités et des intérêts communs qui les uniront au-delà des différences.  C'est aussi l'histoire d'une grande passion qui dure dans le temps avec en trame de fond la question: l'amour peut-il résister au temps et à l'éloignement?

De la première rencontre aux retrouvailles, c'est l'histoire de cet amour-passion dévorante que Zweig raconte, avec la part de lumière et la douleur, mais aussi tous ces petits allers et retours entre les deux personnages, ces coups d'oeil, ces expression du visage qu'on déchiffre, ces petits gestes qui ont beaucoup de sens, parce sur le moment, parfois après coup.

La plume de Zweig est comme toujours magnifique, tout à fait adaptée à l'histoire qu'il raconte.  Il a l'art de faire de superbe images qui nous montre les sentiments des personnages en utilisant les objets, les décors autant que les dialogues.  Sa plume est à la fois un écrin pour l'histoire et un révélateur des émotions que les personnages eux-mêmes de sont pas encore capable de comprendre.  C'est là une bonne partie du sommet dans l'art de Zweig et si ça couvre toute son oeuvre, je trouve que c'est particulièrement réussi dans cette novella. 

Bref, mon premier coup de coeur de 2021!

Ma note: 5/5

N.B. L'édition au Livre de poche contient aussi l'édition originale en allemand.  

lundi 22 février 2021

L'avenir vers le passé

 Salut,

Il y a un truc qui sincèrement me gosse en fantasy.  Et qui revient sans cesse.  Je crois que la première fois que ça m'a frappée, c'est dans la série Eragon: l'usage de la magie s'était perdu et... le monde n'avait pas trouvé d'autres façons de faire, n'avait pas innové, n'avait rien créé de neuf.  Et les gens continuaient de se battre avec les méthodes anciennes.  La connaissance était cachée dans le passé et la façon de battre le tyran du jour également.  M'est également revenu en tête le Seigneur des anneaux à l'époque.  Comment le fameux Anneau, source de tous les pouvoirs, trouvait sa source dans le passé.  

À partir de ça, m'est revenu une longue liste de séries de fantasy: tel artéfact des grands rois devait être retrouvé, tel sortilège enfoui, libéré, telle super arme récupérée ou détruite avant qu'ennemi X ne s'en empare.  Et ainsi de suite.  La fantasy n'a pas seulement lieu dans le passé, elle est tournée vers le passé.  Steve Jobs n'y vivrait pas heureux...

C'est pas illogique quand on pense que la fantasy s'inspire du Moyen Âge, où le fantôme du grand Empire romain était encore très présent.  Comme si l'âge glorieux du passé recouvrait le présent d'un immense linceul le faisant paraître fade, vide, insignifiant...  Et pourtant, notre monde est issu du Moyen Âge.  D'innombrables innovations techniques inconnues à l'époque de l'Empire romain ont fait des petits et ont emmené des changements dans la vie quotidienne, puis de nouvelles idées, de nouvelles manières de les diffuser, de voyager, de se nourrir ont émergées. Elles ont lentement transformé la vie des habitants de cette époque.  Oh, pas toujours de façon révolutionnaire, mais quand même.  Ce sont autant de petits changements successifs qui font qu'une société bouge et évolue.

Rien de tel dans la fantasy.  Les sociétés sont quasiment immuables depuis la chute des grandes époques révolues.  Le quotidien suit son cours, mais les gens n'inventent pas, n'essaient pas de nouvelles choses.  Les grands mouvements de société sont aussi souvent passés sous silence: on veut bien renverser le tyran, mais répandre de nouvelles idées?  Pas nécessairement.  On pige dans le passé les idées, on ne les crée pas.  

Bref, la fantasy a souvent lieu dans un monde figé, arrêté, attendant que la gloire du passé revienne.  Pas toujours évidemment, les tendances ont toujours leurs exceptions (bon, une pensée ici pour ma chouchou Mercedes Lackey qui dans une de ses séries fait inventer la machine à vapeur par ses personnages!), mais n'empêche, ce qui sous-tend la fantasy est souvent l'idée de fond que l'avenir est dans le passé et non pas dans ce que l'on va faire aujourd'hui pour le créer.  Drôle d'idée inhérent au genre.  Mais bon, quand on le sait, on hausse les épaules, on attrape son livre et on se délecte des aventures de nos héros.  Parce que ça reste de saprées bonnes histoires!

@+ Mariane

jeudi 18 février 2021

La chair décevante de Jovette Bernier

 La chair décevante  Jovette Bernier


Résumé:
Jeune, Didi Lantagne a aimé.  De cet amour est né un fils, mais son père a préféré en épouser une autre, plus riche et mieux placée socialement.  Didi s'est battue bec et ongles pour garder son enfant, a trouvé un homme près à le prendre comme son propre fils, l'a vu grandir.  À l'âge où il s'envole de ses propres ailes, il entre, sans le savoir, dans le cabinet d'avocat de son père biologique et tombe amoureux de celle qui est sa demi-soeur.

Mon avis:
Ce roman, c'est de la poésie écrite en prose.  Certes, la structure, la manière de raconter est typique du roman, mais la plume elle, est par moment tellement proche de la poésie que j'ai l'impression que l'on peut parler de roman-poème.  

Le thème n'est pas neuf, celui de la fille-mère abandonnée par son amoureux.  Mais ici, le récit fait quasiment l'impasse sur l'homme pour se concentrer sur la femme abandonnée, mais qui ne finit par en pauvresse rejetée de tous.  Au contraire, Didi rebondit, même si c'est difficile et retrouve au fil du temps toute la respectabilité que son statut de fille-mère lui avait fait perdre.  Ce n'est pas une personne écrasée ou amorphe.  On sent que l'auteure avait un message à livrer à travers ce livre, ce qui n'est pas surprenant pour l'époque et ce message est celui-ci: la personne à blâmer dans ce genre d'histoire n'est pas la femme, mais l'homme.  Elle le fait de manière très habile, en montrant la situation sous l'angle de Didi et en laissant volontairement très peu de place au personnage du père.

Mais surtout, elle donne une vie complète à Didi.  Celle-ci n'est pas réduite à cette maternité, elle a une vie, elle voyage, elle tombe amoureuse, se demande si elle est trop vieille à trente-huit ans pour attirer les hommes.  C'est une femme normale, de son époque, qui a un vrai arc narratif.

On peut reprocher à l'auteure d'avoir été un peu trop mélodramatique.  Surtout vers la fin, elle en beurre quand même pas mal épais.  Il y a quelques maladresses dans la psychologie des personnages masculins qui sont pour la plupart assez unidimensionnels, y compris son fils, mais dans l'ensemble, on retrouve surtout toute la naïveté et la fraîcheur d'un premier roman, tant dans le positif que dans le négatif.

Pour un des premiers romans écrit par une femme au Québec, c'est quand même une réussite.

Ma note: 4.25/5

lundi 15 février 2021

Ne pas commencer par le meilleur

Salut,

C'était il y a longtemps, mais un ami avait réussi à mettre la main dans une vente de livres usagés d'un livre d'un auteur qu'il aimait beaucoup et m'en avait fait cadeau.

-Désolé par contre, c'est pas son meilleur!

La remarque m'avait fait tiquer.  Parce qu'au fond, commencer par le meilleur livre d'un auteur n'est pas la première de mes priorités.  C'est bizarre cette obsession de toujours n'avoir que le meilleur: meilleur livre, meilleure série, meilleure ci ou ça...  Le monde n'est pas constitué que du meilleur.

Non, je ne commence pas toujours par le meilleur livre d'un.e auteur.e.  Ça arrive si ce livre-là en particulier me tombe dans les mains, mais je n'en fais pas une obsession.  Si j'entends parler d'un auteur, je vais aller vers le livre dont l'histoire m'accroche le plus, sur celui qui est le plus facilement disponible, sur celui qui m'arrive dans les mains (merci les bouquineries pour les merveilleuses découvertes!).  Si on s'intéresse à un livre en particulier, c'est une chose, mais si on s'intéresse à un auteur avant de s'intéresser à un livre, ne pas commencer par le meilleur peut être un avantage.

Les auteur.e.s sont des êtres humains.  Leur production n'est jamais égale.  Il y a des hauts et il y a des bas. Un seul livre ne constitue pas une oeuvre, c'est leur cumul qui le fait.  Alors, si on se donne comme objectif de commencer par le meilleur... le reste paraîtra fade, sans attrait même si objectivement, ce n'est pas le cas.  L'inverse n'est pas aussi vrai.

De plus, si on commence par «le meilleur», on met beaucoup de pression sur un auteur.  Si le livre nous déçoit (je lève ici la main), ça peut tout simplement être à cause du livre lui-même, du thème de celui-ci de ce que l'auteur a essayé de faire dans ce livre, parce que oui, des fois, les auteurs essaient quelque chose avec un livre.  Ça marche des fois, des gens adorent et d'autres fois, les gens détestent.  Et c'est normal.  La vie est ainsi faite et la littérature n'est pas différente.

Si je tombe sur le meilleur en premier et bien tant mieux!  La meilleure oeuvre est souvent plus facile à trouver, même si ce n'est pas toujours la meilleure pour nous.  Si c'est ce livre-là qui nous intéresse et bien, tant mieux!  Sinon, ne pas en faire une obsession est plus sain.  Si on veut lire ce livre-là, c'est parfait!  Aucun problème!  C'est le fait de vouloir découvrir une oeuvre par le biais d'un livre qui serait étiqueté le meilleur qui me chicote.

Entendons-nous, certain.e.s auteur.e.s sont plus faciles à aborder par certains livres que par d'autres, mais facile n'est pas synonyme de meilleur.  Si un.e auteur.e vous intéresse, commencer par celui qui vous tente le plus, ne vous limitez pas: il y aura toujours une bonne occasion de lire son meilleur si sa plume vous plaît.

@+ Mariane

jeudi 11 février 2021

Un chant de Noël de Charles Dickens

Un chant de Noël  Charles Dickens  Gallimard  Folio classiques  178 pages


Résumé:
Scrodge est pingre, vraiment!  L'avarice de cet homme le pousse aux économies les plus absurdes et le pousse à la misanthropie.  Mais voilà que le soir de Noël, qu'il passe seul bien entendu, le fantôme de son ancien associé lui rend visite et lui dit qu'il n'a qu'une chance de se racheter.  D'ici l'aube, trois fantômes lui rendront visite, celui des Noëls passés, des Noëls présents et des Noëls à venir.  À lui de comprendre la leçon qui lui sera donnée.

Mon avis:
Classique des classiques de Noël, l'histoire de Scrodge, autant elle est bien ancrée dans un contexte victorien, mais n'a pour autant pas pris une ride.  Parce que le centre de l'histoire, son essence, c'est l'esprit de Noël et son pouvoir de transformer les gens.  

Car Noël est partout dans ce livre: dans les branches de sapins partout, dans les glissades dans les rues, par les glaçons qui descendent des immeubles, par le parfum des dindes qui cuisent, mais aussi, par cette envie de se réunir, de se rassembler, de partager, amour et nourriture, que ce soit en famille, entre amis ou simplement entre gens heureux de se rassembler.  Mais c'est aussi un magnifique portrait de Londres: de ses rues, de ses gens, de leur manière de vivre, de toutes ces petites choses qui font la vie des villes.  Même son célèbre brouillard a droit à son moment de gloire.

L'écriture est très dickensienne: simple, sans être simpliste, très abordable, mais en même temps recherchée, bref, un équilibre délicat que l'auteur sait trouver sans trop de mal, mais sans jamais chercher non plus à sortir d'un certain cadre d'écriture.  Le personnage de Scrodge est peint par gros traits et à certains moments, on doute qu'il soit plus qu'un banal archétype de l'avare grincheux, mais à travers les fantômes, on finit par le découvrir dans sa complexité.  Ceux-ci font d'ailleurs davantage penser à des anges qu'à des fantômes, mais la peur inspiré par les fantômes leur donne un aura différent.

À lire avant Noël (ça a été mon cas) pour se mettre dans l'ambiance!

Mon avis: 4.5/5


lundi 8 février 2021

Comme un hameçon à l'attention

Salut,

Vous être en train de lire un livre.  Je veux dire, vous êtes vraiment dedans.  On est en plein milieu de l'action, l'intrigue déboule sous nos yeux, votre héros ou votre héroïne multiplie les péripéties et...  et sonne la fin de l'heure du dîner, l'heure d'aller dormir, l'heure d'aller s'entraîner, de faire le souper, de faire du ménage (non, ce c'est jamais une raison d'arrêter de lire).  Certaines personnes pourraient aussi entendre le son de leur réveille-matin, mais personnellement, ça ne m'est jamais arrivé.

Sauf que là, commence le moment de la torture.  On est bien accroché au livre, on veut savoir la suite, mais genre, vraiment beaucoup.  Sauf qu'on ne peut pas.  On est en voiture, au téléphone, au boulot (il y en a qui ne considère pas ça comme un obstacle, mais ce n'est pas mon cas!) et on pense à notre livre.  Ce n'est pas tout le temps-là, mais ça le reste, à la frontière de nos pensées.  Notre héroïne vient de découvrir le secret de la potion qui mettra fin à la famine dans son pays en restaurant l'abondance.  Trouvera-t-elle tous les ingrédients?  Notre héros a enfin réussi à comprendre le fonctionnement du nouveau logiciel.  Réussira-t-il son infiltration?  Et ainsi de suite et ainsi de suite.

On est fonctionnel, on avance, on fait nos trucs, mais!  Une partie de notre attention est ailleurs.  Notre livre nous attire comme un aimant.  Pourtant, il ne fait rien comme tel.  C'est nous, lecteur, qui sommes attirés par lui.  On veut retourner dedans, savoir la suite ou la fin.  Notre livre est le maître de notre attention, comme un pêcheur qui aurait ferré un poisson au bout de sa ligne.

De l'extérieur, rien ne paraît.  Le processus est entièrement interne. Ça gruge de l'intérieur.  On peut être un peu plus grognon que d'habitude, expédier les tâches ingrates du quotidien avec un peu plus de vigueur, mais, mais...

Seul le lecteur connaît l'intensité du petit fil qui le relie à son livre et combien la hâte d'aller le retrouver pour plonger de nouveau dans son histoire peut le ronger.

Un lecteur bien ferré, au contraire d'un saumon, ne se débat pas pour s'éloigner du pêcheur.  Il se débat pour retourner le plus vite possible auprès de son livre.

@+ Mariane

jeudi 4 février 2021

Vol de nuit d'Antoine de Saint-Exupéry

 Vol de nuit  Antoine de Saint-Exupéry  Le livre de poche 124 pages

Résumé:

Argentine, début des années 1930.  L'aéropostale, récemment implantée, fait face à un défi: ne pas perdre l'avantage de la vitesse, pris durant le jour sur le chemin de fer, la nuit.  C'est pourquoi sous l'impulsion de Rivière, le chef de l'aéropostale, les vols de nuit ont été mis en place.  Dangereux, solitaires, ces vols représentent l'avenir, Rivière le sait et pour qu'ils triomphent, il est prêt, par sa seule volonté, à faire plier éléments, nature et hommes devant lui. 

Mon avis:

C'est un récit au rythme très lent et en même temps, l'auteur sait faire monter une tension palpable tout au long du récit.  Celle-ci est relié à la fois au vol de la Patagonie, qui connaîtra un destin tragique, mais aussi à la personnalité de Rivière, confrontée aux éléments, qui doute, mais ne laisse rien paraître.  Le livre est un très long crescendo, mais qui ne se termine pas en apothéose, contrairement aux attentes.  Non, le rythme suit l'histoire, qui elle-même suit les mots.  C'est un genre d'expérience, c'est dur à expliquer, mais en tant que littérature, c'est absolument fabuleux.

Ce rythme lent transpire jusque dans l'écriture qui est très sobre, mais qui respire, profondément.  La longueur des phrases, le rythme des mots se conjugue pour donner son effet d'ensemble au livre et c'est très réussi.  C'est un tout, un ensemble et même si on sait que la moitié de l'histoire tient à la façon dont elle est racontée, on la suit quand même.

Il y a beaucoup de répétitions dans l'intrigue, beaucoup de redite pour nous faire plonger dans la psychologie des personnages.  C'est une lecture que je recommande de faire par petits sauts, pas d'un seul coup, un peu comme on lirait un recueil de poésie: un chapitre, on prend une pause, un chapitre, etc.  C'est un texte qui respire beaucoup, pas un page turner.

Magnifique donc, mais le genre d'oeuvre qu'il faut savourer et non dévorer.

Ma note: 4.75/5

lundi 25 janvier 2021

Il faut lire de mauvais livres

Salut!

Je sais, je sais, personne ne va aimer le titre de ce billet, mais tout de même, il recouvre une réalité essentielle.

On ne peut pas lire que des bons livres.

De un, parce qu'il n'y a pas que des bons livres.

De deux, parce que les mauvais livres peuvent être très utiles.

Lire de mauvais livres apprend à voir les erreurs de façon flagrante

Il peut arriver à tous les lecteurs de terminer un livre et de se dire: mouais, il y a quelque chose qui me chicote.  Un bon livre n'est jamais parfait.  Il peut être excellent et avoir quand même des défauts.  Sauf que s'il a d'énormes qualités, comprendre et voir ses défauts peut être difficile.  Alors qu'on mauvais livre, ça nous saute dessus: c'est trop gros pour passer à côté.  Ça développe nos réflexes de lecteur et nous permet d'aiguiser notre sens critique.  Parce qu'on l'a déjà vu, bien identifié et bien appris à la voir, la maladresse, voir l'erreur, ne passera pas aussi facilement.

Lire de mauvais livres nous pousse à comprendre pourquoi on les déteste autant

Ok, je ne trippe pas sur le policier, en me prenant comme unique exemple.  J'ai lu des policiers qui ont passé la rampe de mes maigres attentes, mais c'est loin d'être le cas de tous les livres.  J'ai compris en lisant de mauvais policiers pourquoi je les détestais autant: parce que la trame narrative est atrocement répétitive.  Dans un bon policier, dans le sens de bien écrit et avec une bonne intrigue, c'est suffisant pour que je remarque pas  le schéma.  Dans un mauvais policier, qui reprend les mêmes codes et les mêmes postures, ça saute aux yeux.  Bref, lire de mauvais livres peut aider à clarifier ses goûts.

Lire de mauvais livres permet de voir vraiment la différence entre les oeuvres réussies et les oeuvres juste un peu moins réussie

La majorité des lecteurs lisent un grand nombre de livres d'une qualité à peu près égale.  Arrivée à un certain point, quand on lit surtout du même genre, la loi de la moyenne fait que la plupart des romans se ressemblent et que peu de choses les distinguent au point de vue de la qualité littéraire.  Oh, oui, il y a en a des différences, mais elles sont moins importantes.  Lire de mauvais livres entraîne un changement des perspectives.  Ça nous oblige à repenser nos barèmes en élargissant le registre (et sans doute au désavantage des mauvais livres) les nuances paraîtront plus si on étire le spectre entre lequel on compare les livres.  Si vous ne lisez que de la qualité égale et que vous lisez soudainement un très mauvais livre, vos barèmes de comparaisons changent.  Remarquez que sur ce point, lire un excellent livre peut avoir le même effet (et vous dégoûter de certains livres à tous jamais!)

Bref, lisez de mauvais livres!  Mais juste une fois de temps en temps, pas souvent quand même...

@+ Mariane

lundi 18 janvier 2021

Prospéryne

 -Mais d'où est-ce qu'il sort ce nom-là?

La vétérinaire venait d'ouvrir la porte de la salle de consultation.  J'étais assise dans la salle d'attente, une cage contenant mon chaton gris tout neuf sur les genoux.  D'où il venait ce nom-là?  C'est simple, j'avais fait la rencontre de cet adorable chaton une semaine plus tôt.  En la voyant, j'avais tout de suite su: celle-là, elle est pour moi.  Je voulais avoir un chat gris.  Pour la simple raison que j'avais déjà gardé des enfants qui avaient des chatons et que les gris étaient les plus affectueux.  Dès que je l'ai vu, ça a été un coup de foudre, pour sa fourrure, mais pas uniquement.  Je l'avais prise sous les pattes avant et l'avais levée dans les airs.  N'importe quel autre chat aurait rentré ses griffes dans mon bras, incertain de mon geste.  Pas elle.  Elle n'a jamais eu une once de malice en elle et a dû donner moins de dix coups de patte dans toute sa vie.  Dans ma tête, en la tenant dans les airs, ça a fait: Prospéryne.  Et c'est ainsi que je l'ai appelé.  Quelques années plus tard, au moment d'ouvrir mon blogue, j'avais d'abord essayé de le nommer du nom de mon autre chatte, Patchoulie, mais le nom était déjà pris.  J'avais alors levé les yeux de mon ordi et croisé son beau regard vert.  Et voilà pourquoi mon blogue porte son nom.

Et il continuera, même si elle, elle est partie.

La vie de mon petit trésor gris à quatre pattes a pris fin jeudi soir, le 14 janvier 2021, après 13 années passées dans ma vie.  

Prospéryne, mai 2007-14 janvier 2021


Dire que j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps est une assez bonne image.  Elle allait bien durant le temps des Fêtes.  Et puis, après le jour de l'An, j'ai remarqué son manque d'appétit.  Ça lui arrivait de temps en temps, quand elle avait l'estomac plein de poils.  Et après, j'ai remarqué une bosse sur son ventre en la caressant.  J'ai pris rendez-vous pour la faire examiner, mais mon instinct me disait que ça sentait mauvais: j'ai eu des chats plus jeune et croyez-moi, je sais à quel point ça peut partir vite ces petites bêtes-là.  J'avais un espoir, très mince, mais mon mauvais pressentiment a augmenté au fil des jours.  

J'ai pleuré quand le vétérinaire m'a annoncé qu'elle avait l'abdomen plein de liquide et que même si on investiguait pour trouver ce qu'elle avait, le pronostic n'était pas bon.  C'était soit un cancer, soit des problèmes cardiaques et au moment même où on se parlait, il m'a dit qu'elle avait probablement du mal à respirer.  Je crois que je vais être hantée jusqu'à la fin de ma vie par les images des radiographies, montrant son petit ventre distendu jusqu'à la limite de ce qu'il pouvait supporter.

J'ai regardé ses beaux yeux verts.  Elle était calme.  Même les techniciens en santé animale qui l'ont examinée l'ont trouvé remarquablement facile.  Elle ne se plaignait pas, n'a pas craché, n'a pas fait signe de vouloir les mordre.  Elle se laissait faire.  Elle était probablement épuisée et à bout.  Le dernier soir, quand je suis rentrée du travail, juste avant de l'emmener chez le vétérinaire, elle ne s'était même pas levée pour me dire bonjour, ce qu'elle avait pourtant fait chaque soir depuis que je l'avais adoptée.  J'ai eu peur qu'elle soit partie sans moi.  Mais non.  Elle m'a attendu.  Je savais qu'elle souffrait, même si elle ne se plaignait pas.  J'ai préféré ne pas la laisser souffrir plus longtemps.

Main dans la patte, jusqu'à la fin


Je l'ai tenu dans mes bras, tout du long.  Le personnel de la clinique m'a laissé seule avec elle, le temps que je lui fasse mes adieux.  Je l'ai cajolé jusqu'à la toute fin.  Son dernier souffle a été un ronronnement, à l'image de cette petite bête douce et gentille.  Fort heureusement, le personnel de l'hôpital a été compréhensif, surtout face à la cliente larmoyante que j'étais.  Avec les mesures actuelles et ils ont gardé son corps durant la nuit pour que je puisse aller la chercher le lendemain et aller l'enterrer.  Je ne supportais pas l'idée qu'elle finisse dans les poubelles.  

Et là, il y a l'absence, le trou dans ma vie, comme une griffure en continu.  Un chat, c'est un petit être vivant qui emmène une incroyable vie dans un foyer.  Ma Prospéryne était pantouflarde et dormait une bonne partie de la journée, elle était goinfre et vidait ses bols de nourriture en un éclair et elle était peureuse comme quatre mais elle était aussi beaucoup plus que ça.  Elle avait tout un tas de petits rituels avec moi qui la rendait unique.  Elle venait dormir contre mon ventre la nuit et elle attendait que je sois couchée, les bras sous les couvertures pour venir s'installer, même si c'était complètement stupide parce que je ressortais mon bras dans les secondes suivantes pour la caresser.  Tant que mes bras étaient visibles, elle ne sautait pas.  Elle a toujours miaulé d'un miaulement de chaton, presque étouffé, même si elle avait le coffre d'une cantatrice d'opéra.  Attention par contre, si elle était dans une situation qu'elle détestait, comme un tour en voiture où un passage sous la douche, le volume pouvait atteindre des proportions épiques!  C'est elle qui venait s'installer contre moi quand je lisais ou regardais la télévision.  Elle pouvait rester là pendant très longtemps, à se faire gratter le bedon.  C'est aussi elle que je collais contre mon coeur au pire du confinement, quand le manque de contacts physiques frisait la douleur.

Depuis jeudi, je désapprends tous les petits gestes quotidiens qui liaient ma vie à la sienne.  J'ai pleuré en enlevant son bol de nourriture, quand j'ai mécaniquement remis la cuillère dans la canne de bouffe pour servir une deuxième portion, quand je me suis assise devant la télé et que j'ai fait son petit nid où elle venait s'installer dans la couverture...  Des dizaines de petits trucs comme ça, que l'on fait avec les êtres qui partagent notre vie au quotidien.  

En fin de semaine, j'ai passé l'aspirateur et vidé la litière, faisant disparaître les dernières traces de son passage chez moi.  Il me reste une touffe de poils et ses empreintes de pattes.  C'est tout.  Juste ça après treize années de vie commune.  

J'ai toujours ma Patchoulie et elle va bien.  Fort heureusement.  Sans ça, je ne suis pas sûre que j'aurais supporté le vide.  Elle a toujours été moins affectueuse que Prospéryne, mais elle est là, à sa façon à elle.  Ceci est un dernier hommage à une petite personne qui a vécu toute sa vie avec moi et qui me manque terriblement, même si elle restera toujours avec moi, mon identité numérique étant fortement liée à elle.  Et ça ne changera pas.  Je sais que ce n'est pas tout le monde qui a la même relation avec ses animaux de compagnie, mais moi, j'ai toujours considéré ces petits êtres comme des membres de ma famille.  Attention, je sais bien que ce ne sont pas des êtres humains, j'ai bien conscience que c'est d'un chat dont on parle, mais sa petite présence était quotidienne et me manque terriblement.  Je n'ose même pas penser au vide de ceux qui ont perdu un membre de leur famille en ces temps de pandémie...  J'ai un merveilleux réseau de soutien.  J'ai une famille et des amis qui m'ont entouré (virtuellement et par téléphone) depuis son départ.  Ça va aller, je vais passer au travers.  C'est juste qu'en ce moment, c'est dur.

Je tenais à faire ce billet, parce que c'est ma façon de lui dire: 

Bon voyage au paradis des chats, Prospéryne

@+ Mariane

lundi 11 janvier 2021

Lettre à moi-même de 1996

 Salut!

Je sais pas si vous aviez déjà entendu parler de ce truc: des gens qui s'écrivent une lettre, à leur futur eux-mêmes?  Et bien, moi, j'en avais entendu parler, il y a de ça longtemps.  Il y a plus de vingt-cinq ans même.  En fait, j'en aie sûrement entendu parler de la part d'un de mes profs au secondaire ou au primaire.  Assez pour que cela me décide à faire l'exercice... il y a vingt-cinq ans.  Oui, oui, je m'étais écrit une lettre à moi-même.  D'ailleurs, la voici:


Première des choses, constatation: J'aimais écrire mes 2 avec des boucles dans le temps.

Rappel: Ma prof de sixième année me l'interdisait.

Deuxièmement, euh, ah oui, 1996, la belle époque du papier à lettres parfumé que l'on achetait au marché aux puces...


Ça rappelle peut-être des souvenirs à quelqu'un?

J'ai donc gardé ce précieux document pendant les vingt-cinq dernières années.  Où donc.  Dans la copie du livre de recettes de Jehane Benoît que ma mère m'avait donné.  Elle est restée là pendant deux déménagements, des dizaines de consultations dudit ouvrage et non, je ne l'ai jamais regardé.  Je farfouillais dans mes livres de recettes récemment et j'ai eu un flash: Hé, ma lettre!  On est rendu en 2021 non hein?

Je l'ai donc ouvert en fin de semaine.  De mémoire, je n'avais rien raconté d'exceptionnel.  En la lisant, c'est le cas.  J'étais en secondaire I, j'avais un béguin pour un gars (raison pour laquelle je ne mets pas la lettre, je le nomme et comme nous nous sommes totalement brouillés depuis, je ne veux pas que son nom apparaissent ici, de quelque façon que ce soit).  Je parle de l'école secondaire que je fréquente, des cours de karaté que je suis, du fait que je garde des enfants et que ça ne rapporte pas (ça ne s'est pas amélioré avec les années), de SimCity (oh, retour dans les années 90) et de ma série télé préférée de l'époque, SeaQuest DVS (je me rappelle que je trouvais l'acteur qui jouait l'adolescent du bord très mignon...).

Je mentionne aussi que quand je serais grande, je veux faire des arrangements floraux?????  Non, mais qu'est-ce qui m'était passé par la tête au juste?  Le reste, je comprends, le reste, je me rappelle,  mais les arrangements floraux, je pige vraiment pas!  Sans doute une lubie du moment quand j'ai écrit cette lettre, mais vingt-cinq ans après, je me demande d'où est-ce que j'ai sorti ça!

N'empêche, c'est un bel exercice.  Ça me rappelle à la fois que la Mariane que je suis a beaucoup changé et que la Mariane d'autrefois n'est pas complètement disparue.  Je trippe toujours autant sur les séries de SF, je fais encore des arts martiaux, j'ai encore parfois des lubies, mais elles sont moins intenses.  Changement et permanence de moi à moi à vingt-cinq ans d'écart.  Intéressant comme exercice.

Vais-je écrire une autre lettre, à mon moi qui aura dans vingt-cinq ans 63 ans bien sonné?  Peut-être bien.  Je n'ai pas encore décidé.  Mais bon, j'ai jusqu'à la fin de 2021 pour le faire ;)

@+ Mariane

lundi 4 janvier 2021

Twistoire

 Salut!

En écoutant un balado l'autre jour (j'en écoute à tous les jours, ne me demandez quel jour je l'ai écouté), je suis tombée sur cette expression en anglais que je traduis avec son plus proche équivalent en français: twistory, l'art de tordre l'Histoire.  Le balado portait sur Hollywood en guerre et expliquait comment le cinéma, et plus tard la télévision, avait façonné l'image que nous nous faisons des deux guerres mondiales du XXe siècle, puis de celles qui ont suivi: Viêt Nam, Koweit, etc.  Ici, les faits peuvent être réels, mais l'histoire que l'on raconte peu être très éloignée de la réalité historique.  L'armée américaine, sauveuse du monde et porteuse de la flamme de la liberté face à l'Allemagne nazie?  C'est hautement simpliste, la réalité est plus nuancée: nos voisins du sud avaient des intérêts politiques, économiques et militaires à s'engager, ils ne l'ont pas fait par seule bonté d'âme.  D'ailleurs, ils ne se sont pas impliqués dès le début de la guerre, sauf qu'ils ont pris la majeure partie de la gloire de la victoire.  Mais bon, si vous avez vu n'importe quel film d'Hollywood sur cette période, ça fait de saprées bonnes histoires non?

L'Histoire, et cela, bien des historien.ne.s en sont conscient, n'est pas nécessairement quelque chose de vivant.  Des piles de documents poussiéreux ou des tablettes couvertes d'inscriptions incompréhensibles peuvent faire sauter de joie les chercheur.se.s, mais pour le commun des mortels, c'est, au mieux, ennuyant.  Mais si on raconte l'histoire derrière ce document poussiéreux ou cette tablette gravée, on va la rattacher à des gens et eux, ils ont une histoire.  Et d'un coup bang, ça peut devenir passionnant.  Le hic, c'est que la personne qui raconte a un but en racontant.  Aucune narration n'est neutre à la base.  Si on raconte le passé, on a un point de vue sur ce passé.  C'est souvent ainsi que le même événement historique est raconté de façon différente selon qui raconte.  Pensez aux Plaines d'Abraham...

Et quand la fiction s'en mêle, on brouille les cartes.  Quand on raconte la Deuxième Guerre mondiale, au cinéma ou à la télévision, si on ne montre que des mouvements de troupes à l'écran, les décisions des généraux ou l'entraînement des soldats, les gens n'accrocheront pas.  Mais si on leur donne un personnage auquel s'identifier, à suivre dans les dédales de cette histoire, qui entre en contact avec des faits déjà connus qui sont dans les bouquins d'histoires, les gens accrochent.  On se dit (et on se le dit tous, ne soyons pas naïfs), ah oui, c'était comme ça!  Et si on répète, film après film, série après série, la même version de qui est le gentil, qui est le méchant de l'histoire, qui avait raison, qui avait tort et qui était légitime à agir de la façon dont il l'a fait, on crée une version de l'histoire qui s'éloigne lentement des faits bruts.  Celle-ci finit par être plus importante dans la conscience des gens que la vérité historique.  Parce qu'elle est souvent plus intéressante, plus stimulante et bon soyons honnête, plus séduisante que les récits érudits...

Le dilemme est ici: la fiction est un excellent véhicule pour transmettre l'Histoire justement à cause de ces caractéristiques.  Le hic, c'est qu'il est facile de tordre l'Histoire grâce à la fiction.  Les connaissances historiques de la majorité des gens se fondent sur les récits de fiction et ici, je ne blâme pas les cinéastes qui se trompent dans les années de fabrication d'une voiture ou sur la longueur des robes dans une reconstitution historique.  Ça, ce sont des détails qui ne changent rien.  Pas comme prêter des intentions à un personnage historique.  Pas comme donner un autre sens à une bataille.  Pas comme ajouter des détails dont on n'est pas certain ou carrément en inventer quand on ne sait pas.  Ça c'est important, ça, ça change la perspective.  Mais ce sont aussi parmi les plus puissants moyens de transmettre une fiction et de faire en sortent que les gens prennent du plaisir à la lire ou à la regarder.  Alors...

C'est facile de tordre l'Histoire avec des histoires.  C'est pour cela que toute fiction historique doit être prise avec des pincettes.  L'essentiel peut être excellent.  Mais c'est si facile de le dénaturer avec la fiction qu'il faut prendre des précautions quand on est en contact avec elle.

@+ Mariane