lundi 16 mai 2022

La chanson, la littérature des mots en musique

 Salut!

Récemment, quelqu'un m'a dit: «Le Dôme est sorti avant que je ne m'intéresse à la musique de Jean Leloup.» Et moi Le Dôme, c'est... 

1998, l'année où j'avais 15 ans.

L'année où j'ai fait un camp de cadet de 6 semaines qui a foutu en l'air ma confiance en moi, mais qui m'a aussi introduite à la musique, à Jean Leloup et surtout, au Dôme...

Le Dôme...

La musique fait partie de la vie, de toutes les vies. Qui ne se souvient pas des musiques qui les ont retournés dans tous les sens à l'âge tendre de l'adolescence, quand nos goûts pas encore formés sont prêts à entendre tous les rythmes, tous les sons, toutes les paroles...

Les paroles...

Edgar était un vrai soûlon

Il écrivait toute la journée

Il n'écrivait pas de chansons,

Mais des contes où l'assassin¸

L'emportais toujours haut la main

La victime était homme de bien

YÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂ!!!!!!!!!!!!!!!


Juste entendre le nom d'Edgar y'a pas si longtemps et j'ai entendu le riff de guitare du début de la chanson. Et j'étais dans cet antre, aux côtés d'Edgar Allan Poe, écrivant des récits fantastiques frisant avec l'horreur...

La musique, les chansons, ce sont des mots aussi.  Des mots qui nous apprennent d'une autre manière la littérature, la poésie surtout.  Je n'aime pas la poésie est facile à dire, mais rare sont les gens qui n'aiment pas une chanson, surtout quand elle est particulièrement bien écrite.  Comme les textes de Jean Leloup, qui s'ils ne respectent pas toutes les règles de la poésie, racontent des histoires bien ficelées dans des images qui frappent souvent l'imaginaire.  

Combien d'autres auteur.e.s-compositeurices-interprètes au Québec ont utilisé la chanson pour déconstruire et reconstruire la langue et la poésie? De Gilles Vigneault à Daniel Bélanger, des Colocs à Bleu Jeans Bleu, de Louky Bersianik (qui a signé plusieurs des chansons marquantes de Richard Séguin) à Lynda Lemay, on a pris la plume pour chanter la langue, passant de l'écrit à l'oralité.

La chanson évolue plus vite que la littérature et elle est souvent plus rapide à s'approprier les nouvelles expressions, qu'elles aient la vite courte ou longue dans la langue parlée.  Elle forme des images mentales, mais elle est aussi la trame sonore de nos vies, qui peut nous rappeler en un instant à une époque ou à une émotion.  Si vous entendez une turlute de la Bolduc, vous serez dans une autre ambiance que si vous entendez un des accords de guitare de Beau Dommage.

La chanson est une forme de littérature, comme l'a bien fait remarquer le comité du prix Nobel en donnant ce prestigieux prix à Bob Dylan en 2016. C'est juste qu'elle est conçue pour l'oralité bien plus que pour l'écrit.

Je vous laisse, je vais réécouter Le Dôme encore une fois... À des milles à la roooonnnde!

@+ Mariane


lundi 2 mai 2022

Je refuse de le lire

Salut!

Je ne lirais pas la Servante écarlate.  Comme dans jamais.  Ok, non, il ne faut pas dire jamais, mais disons que les chances sont minces.  J'avais acheté un exemplaire et je l'ai laissé repartir vers un autre lecteurice sans l'avoir lu.  Ce livre me fait peur.  Je ne veux pas le lire.  Je refuse de le lire.

Personne ne m'interdit de le lire ou ne m'y encourage, c'est un choix purement personnel.  J'ai lu dans ma vie des livres qui me faisaient peur, qui m'ont confronté dans mes idées, des livres qui m'ont révolté, mais il y a aussi des livres que j'ai décidé tout bonnement de ne pas lire.  Pour me protéger, oui, mais aussi parce que parfois, je sais que les lire ne m'apportera rien. Et refuser de lire quelque chose est très différent de n'avoir aucune envie de lire quelque chose: l'un part d'un refus clair et net, même si parfois l'oeuvre nous attire. Dans l'autre cas, on en a pas envie, point.

Refuser de lire un livre pour des raisons personnelles est comme refuser de manger tel ou tel aliment pour des raisons tout aussi personnelles: c'est un choix qui dépend de chaque individu.  On peut le refuser pour des raisons de valeurs humaines (genre, je ne lirai pas les livres de cet auteur raciste ou antisémite), des raisons de valeurs liées à un groupe (ce livre parle de choses qui sont contre ma religion) ou des raisons de valeurs personnelles (ce livre contient des ragots et je n'aime pas ça).  Chacun a ses valeurs et chacun peut très bien refuser de lire des livres qui n'y correspondent pas.

On peut aussi refuser de lire un livre parce qu'il nous fait peur.  Peur de ce que le lire va provoquer en nous.  Je ne parle pas ici d'avoir peur à cause de l'histoire contenue dans le livre.  Je parle d'idées qui peuvent nous confronter. Lire une histoire d'amour homosexuelle peut-être être très confrontant pour des personnes religieuses. Lire les écrits d'un auteur de droite peut être très perturbant pour une personne qui carbure aux idées antiracistes et anticapitalistes.  Parce que malgré les grands écarts que l'on peut parfois faire en lisant des livres loin de nous, on découvre souvent que derrière chaque auteur, aussi éloigné de nous soit-il, il y aura quelque chose qui viendra nous toucher, nous chercher, nous bouleverser.  C'est pour ça que l'on fuit parfois certaines lectures, comme on peut se tenir loin de certains films ou de certaines séries télé.

Refuser de lire veut parfois dire refuser d'être en contact avec des idées différentes des nôtres, par peur parfois très intime de nous voir obliger de revoir notre vision du monde.  Mais il y a aussi des livres que l'on ne lit pas pour se protéger.  Chaque personne a ses zones de sensibilité, ses zones fragiles, et il est sain de savoir les respecter.  J'ai une bonne amie, qui comme moi, ne lit pas d'horreur parce que ce genre de lecture la terrifie.  Elle a s identifier sa limite et elle sait la respecter.  Ce qui est très sain.

Bref, refuser de lire un livre n'est pas nécessairement un signe d'étroitesse d'esprit. C'est parfois un signe que l'on se connait assez pour savoir que certains livres ne sont pas pour nous.

@+ Mariane


jeudi 21 avril 2022

Jane Eyre de Charlotte Brontë

 Jane Eyre  Charlotte Brontë *Lu en numérique



Résumé:

Jane Eyre, orpheline de dix ans, vit sous le toit de sa tante paternelle. Souffrant des négligences de celle-ci et des mauvais traitements de ses cousins, elle a développé un grand sens de l'observation des êtres.  Poussée à bout, elle réplique lorsque son cousin veut la battre et subit une punition injuste qui la fait tomber malade.  Découvrant par le pharmacien qui la soigne que des enfants vivent en pension, elle réclame le droit d'y aller.  Arrivée là, les conditions de vie sont pires encore: nourriture infecte, interminables journées et locaux glaciaux. Après une épidémie, les conditions s'améliorent et Jane y fait ses études.  À dix-huit ans, par goût du changement et désir d'améliorer sa vie, elle se trouve une place comme gouvernante.  À Thornfield, dont le mystérieux maître, M. Rochester, est absent à son arrivée.  Le troisième étage semble receler quelques mystères, mais Jane y est heureuse.  Jusqu'à l'arrivée de M. Rochester, qui bouleversera sa vie. Entre ces deux êtres, qui ne sont pas beaux physiquement, naîtra une idylle que ni les classes sociales ni la différence d'âge n'empêcheront. Mais le troisième étage n'a pas encore livré ses secrets.

Mon avis:

Il est étonnant de voir qu'en plein XIXe siècle, une jeune femme à l'expérience du monde relativement limitée ait pu écrire un personnage féminin à la psychologie aussi raffinée.  Car Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Brontë, détonne au milieu de la production de son époque où les femmes étaient de perfides enjôleuses ou des demoiselles en détresse.  Bien au contraire, dès son jeune âge, la jeune orpheline montre de grandes prédispositions à comprendre les gens et n'hésite à parler et à dire leurs quatre vérités à ceux qui le méritent.  Sa personnalité affirmée et la façon dont elle réclame tout au long du livre le contrôle sur sa vie en fait une héroïne de roman tout à fait moderne.  Il y a même une scène remarquable où elle réagit à ce qui serait aujourd'hui considéré comme du mansplaning... de la même façon dont on pourrait le faire aujourd'hui.

Jane Eyre va travailler tout au long du récit pour que ses rêves se réalisent.  Ceux-ci ne sont pas de partir au loin ou d'accomplir un exploit, mais pour son époque, ils sont majeurs: elle souhaite avant tout être une femme indépendante.  Ainsi, elle prend les décisions importantes de sa vie en fonction de cette volonté et même son amour pour Rochester ne la fera pas s'en détourner.  D'ailleurs, même si elle souffre de leur séparation à un moment, jamais elle ne regrettera sa décision, car elle l'a prise pour elle-même, pour sa propre vie, c'est son choix. C'est remarquable à bien des égards, car Jane Eyre s'accomplira comme personne au lieu de renoncer à ses rêves pour épouser l'homme qu'elle aime.  En toutes choses, elle se respecte d'abord elle-même.  Ce faisant, elle s'éloigne des clichés de la romance où plus souvent qu'autrement, la femme abandonne ses rêves par amour.  D'ailleurs, je ne parlerais pas de romance en pensant à ce livre.  Le sous-titre original, mémoires d'une gouvernante, est plus juste: Jane Eyre est le personnage principal et l'amour fait parti de sa vie, mais ce n'est pas le coeur de l'intrigue.

Néanmoins, le roman reste ancré dans l'époque victorienne où il a  été écrit.  Le respect des convenances et tout le jeu entre les personnages qui en découle occupent une part importante du roman et les longs monologues explicatifs prennent des pages et des pages.  C'est le style de l'époque.  Peut-être même y en a-t-il une petite couche de trop parce que parfois, c'est long longtemps, mais reste que cela ne détonne pas trop parmi les oeuvres de l'époque.  Néanmoins, la peinture que l'auteure fait des paysages, des lieux et des gens est typique de cette Angleterre rurale de l'époque victorienne et de l'image que l'on s'en fait. Par contre, son regard sur celle-ci est typiquement féminin: les champs sont un décor et seuls les métiers accessibles aux femmes (gouvernantes, cuisinières, intendante, servantes) sont évoqués avec une minutie qui montre une très bonne connaissance de ceux-ci.  Les métiers plus masculins sont par contrastes, peu détaillés et accessoires à l'intrigue.

Le récit est divisé en plusieurs parties: l'enfance malheureuse, le passage en pension dont seule la première année sera racontée, le travail de gouvernante à Thornfield etc. L'auteure alterne entre les moments plus importants et passe beaucoup plus rapidement sur d'autres.  Des années complètes peuvent être résumées en quelques lignes! Ces sauts dans le temps se justifient, mais laissent de gros trous dans le récit.  On se demande comment Jane a traversé certaines étapes de sa vie qui sont laissées dans l'ombre.  Et bon, comme le récit est censé être une autobiographie, ces ellipses surprennent parfois.

Le style est parfois grandiloquent et comporte beaucoup de longueurs, mais Jane Eyre et tous les événements qui lui arrivent compensent largement.  Le ton et le style ont mal vieilli, mais pas le personnage ni l'intrigue qui pourrait, sur certains aspects, se passer encore aujourd'hui.

Ma note: 4/5

*On peut trouver le fichier libre de droits ici.

lundi 18 avril 2022

Le ciel, la terre, le ciel, la terre ou l'art de transformer une tragédie en comédie

 Salut,

Adolescente (oui, l'histoire date de plus d'une vingtaine d'années!), il m'arrivait parfois de me retrouver en «gang» pour faire des partys.  Je n'étais pas party animal quand j'étais adolescente, bien que je n'étais pas autant du genre à me coucher à l'heure des poules.  Lors de l'une de ces soirées où tout le monde se mêle et où tout le monde finit par se raconter des histoires chacun de son bord, une des personnes que je fréquentais s'était mise à raconter une anecdote pas trop joyeuse: quelques années plus tôt, elle avait eu un accident de voiture.  OK, ce n'est pas drôle.  Mais ce dont je me souviens aujourd'hui, ce sont ses yeux écarquillés et faisant des allers-retours entre le haut et le bas, tandis qu'elle racontait la voiture faisant des tonneaux et qu'elle voyait alternativement le ciel et la terre.

Même son doigt faisait le geste de la voiture qui tournait dans les airs.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Puis-je vous avouer?  Au moment où elle le racontait, j'étais morte de rire. Parce que de la façon dont elle le racontait, c'était tordant.  Tout était là: les effets comiques, le ton, l'histoire tellement folle, les protagonistes qui se hurlent les choses les plus idiotes ou totalement hors de contexte. Par exemple, la personne qui nous racontait l'histoire s'était d'abord plainte d'être prise dans sa ceinture de sécurité... ce qui était logique parce que la voiture avait atterri sur le toit! Sa tante, qui était au volant, l'avait engueulée parce qu'elle ne se rappelait plus comment déboucler sa ceinture! Bref, on était quelques personnes à se pisser dans les culottes en l'entendant raconter.  Et pourtant, quelques secondes après, elle nous avait avoué, les yeux embués, que ce souvenir était pour elle traumatisant.  Sa façon de le raconter en avait fait une histoire abracadabrante et extraordinairement drôle.  Je pense, des années après, que le fait qu'elle nous avait raconté cette histoire de cette façon avait été pour elle une façon de l'exorciser, de la raconter sans tomber dans le pathos où on lui serait tous tombé dans les bras en pleurant.  Ce n'était pas ce qu'elle voulait.  C'était (et c'est toujours) une personne très forte.  

Je ne me rappelle plus des détails de son histoire, forcément, ça fait un bail, mais ses yeux et le ton de sa voix quand elle racontait, oui.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Une anecdote pas très drôle dont elle avait fait une histoire désopilante.

On peut raconter une histoire comme Shakespeare et en faire une tragédie touchant le coeur de l'âme humaine.  Ou l'on peut prendre le parti inverse et en faire une histoire à vous faire mal aux côtes à force de rire.  Ce n'est pas l'histoire qui est en elle-même tragique ou comique, c'est la façon dont on la raconte: le choix des mots, des expressions, du rythme, de la narration, tous ces petits éléments changent notre perception d'une même histoire.  Donnez exactement le même texte à un humoriste et à un acteur tragique et vous comprendrez vite la différence, même si l'histoire racontée est la même.

La personne qui raconte est celle qui fait la différence, quel que soit son outil: pour l'écrivain.e, les mots, pour l'acteur.rice, son visage et sa voix, pour le réalisateur.rice, le choix des images et des angles de caméra.  Certes, il y a aura toujours des drames duquel il sera plus difficile de rire: des tragédies, des drames, surtout quand les victimes sont nombreuses. Et des histoires drôles qu'il sera difficile de prendre au sérieux. Après tout, même si la personne se casse quelque chose, on aura tout d'abord tendance à rire devant une chute rocambolesque!

Aucune histoire n'est intrinsèquement désopilante ou tragique.  Les histoires sont ce qu'on fait d'elles.

@+ Mariane

lundi 4 avril 2022

Le chemin plutôt que la fin

 Salut,

Comme pas mal de gens, je me suis récemment confortablement installée devant mon (pas si) petit écran pour me délecter des amours de la famille Bridgerton, de l'aîné en particulier, Anthony, qui prendra épouse dans la saison 2.  En blague, j'ai lancé à une amie qui avait un peu d'avance sur moi dans son écoute: ne me raconte surtout pas avec qui Anthony finit à la fin!

C'était une blague bien sûr.  On le savait à la seconde où elle a fait son apparition que la future vicomtesse Bridgerton serait Kate Sharma, bien que les attentions du vicomte se portent sur sa soeur Edwina durant la plus grande partie de la saison.  Et de savoir ça ne m'a pas empêché de dévorer les épisodes un bol de pop corn à la main.

Parce que dans ce genre, ce n'est pas la fin qui importe, c'est le chemin.

On le sait qu'ils vont finir heureux et auront sûrement beaucoup d'enfants (bon, étant donné la taille de la famille Bridgerton, c'est pas mal prévisible!). Mais le comment devient soudain très intéressant, parce qu'au départ, ils sont des antagonistes dans une lutte pour conquérir la jeune soeur de Kate, Edwina (dans le cas d'Anthony) ou de la protéger du vicomte Bridgerton (dans le cas de Kate).  Et lors de la série, une série de mésaventures, de moments cocasses, de surprise et de retournements de situation auront lieu.  Tout pour voir lentement, mais sûrement fondre les résistances de ces deux êtres et naître leur histoire d'amour., comme on avait suivi celle de Daphnée et de Simon à la saison précédente.

On le sait comment ça va finir, mais le plaisir repose à savoir comment ça va arriver.

Dans un polar, on le sait que l'enquêteureuse va finir par mettre la main au collet de l'assassin.  Au-delà de découvrir qui c'est, il y a un réel plaisir à le.la voir se débattre pour faire émerger la vérité.  On le sait aussi que dans une quête, le héros ou l'héroïne va atteindre son but: détruire l'anneau, vaincre le méchant, sauver le monde, etc.  Et pourtant, on va ouvrir le livre ou appuyer sur le bouton play avec d'autant plus d'intérêt.  C'est rassurant et c'est même un plaisir parfois délectable: on essaie de deviner ce que seront les prochaines étapes, on se félicite quand on réussit et on s'exclame dans un retournement inattendu.

Ce n'est pas comme une histoire où l'on ne sait pas comment cela va finir.  Dans un drame, tout peut arriver à la fin. C'est un genre qui justement, joue sur le fait que la fin est imprévisible et qu'il faut suivre pour connaître la fin.  La romance et le polar, ainsi que certaines franges de la fantasy, on les lit pour les étapes, moins pour la finale.  D'ailleurs, savoir la fin ne gâche pas nécessairement le plaisir.

Quand la fin importe moins que le chemin, le genre a aussi tendance à être plus codifié.  Une bonne romance implique que les deux amoureux doivent être attirés, mais ne pas être réunis avant la fin du livre.  Entre les deux, les événements extérieurs, les disputes, les malentendus, les épreuves se succèdent pour la plus grande délectation de ceux et celles  qui suivent l'histoire. Dans un polar, il y a à la base un crime, le plus souvent un meurtre, quoique qu'un vol puisse aussi faire l'affaire et quelqu'un.e qui décide de mettre au clair qui a fait le coup. De là, un festival d'indices qui mettront parfois sur la bonne piste, parfois sur la mauvaise, mais qui au final mèneront au ou à la coupable. Et ainsi de suite! Chaque retournement nous fait douter, puis nous remet sur la voie, puis nous refait douter et ainsi de suite à n'en plus finir.  Et le pire?  On aime ça...

Bref, parfois c'est le chemin qui est plus important que la destination.  Ça ne veut pas dire que cela soit moins intéressant pour autant!

@+ Mariane

P.S. Anthony et Kate finissent ensemble...

jeudi 31 mars 2022

Casse-Noisette et le roi des souris de E.T.A Hoffmann

 Casse-Noisette et le roi des souris  E.T.A. Hoffmann (lu en version numérique)


Résumé:

C'est la veille de Noël et Marie et son frère Fritz ont été obligés de rester dans leur salle de jeux pendant que le reste de la maison s'anime.  Quand ils en sortent, un grand sapin trône dans le salon.  Les convives pour le repas de Noël arrivent, mais pour les enfants un seul invité compte: leur parrain Drosselmayer, conseiller municipal de la ville.  L'homme aux multiples talents crée des automates et chaque année, il se surpasse pour les épater.  Cette année-là, Marie reçoit un casse-noisette.  Son frère Fritz s'amuse à lui faire casser des noix trop dures et le casse-noisette est brisé.  Marie le met alors dans l'armoire à jouet, bien installé dans un lit.  Cependant, inquiète, elle se lève et va vérifier que tout va bien pour lui.  L'horloge de la salle de jeux (autrefois réparée par Drosselmayer) sonne étrangement et les aiguilles arrêtent de bouger tandis que les jouets s'animent, prêts à affronter la grande menace qui surgit de tous les interstices du plancher: l'armée des souris est venue leur faire la guerre!

Mon avis:

Je suis depuis ma tendre enfance une fan finie absolue de la musique de Tchaïkovski et de lire le conte original dont est issu l'un de ses plus célèbres ballets me remplissait de joie.  Première constatation, le célèbre compositeur russe ne s'est pas inspiré de cette version pour écrire son ballet.  Deuxième constatation, cette version est un peu plus sombre que celle qui anime nos mois de décembre depuis des lustres. Troisième constatation, le droit d'auteur au XIXe siècle n'est pas celui du XXe, ni du XXIe: Alexandre Dumas s'est inspiré des grandes lignes du conte d'Hoffmann pour écrire la version qui a servi à Tchaïkovski... sans trop le mentionner, apparemment.  Quatrième constatation, cette version est beaucoup plus proche du fantastique qui fera les beaux jours des Maupassant, Poe et autres grands du genre au XIXe siècle.  Bref, ça vaut la peine de lire ce conte pour ce qu'il est et non pour toutes les modifications que ses nombreuses versions subséquentes ont apportées.

L'atmosphère du conte est à cheval entre le fantastique et le réel, comme un pied dans un rêve et l'autre dans l'éveil.  La frontière est volontairement brouillée: les événements fantastiques du récit sont-ils le fruit de l'esprit endormi de Marie ou sont-ils la réalité?  Et quel rôle joue Drosselmayer, celui d'un guide dans les aventures de la petite fille ou d'un simple observateur de ses aventures?  Les deux sont possibles.  C'est sur cette fine ligne que joue le texte et c'est très bien fait.

Marie est une petite fille qui n'a pas beaucoup de personnalité, mais sur lequel repose quand même le récit.  Elle est naïve et est facilement éblouie, mais a un coeur d'or: un archétype féminin donc, plus qu'un personnage, mais comme on est dans un conte, ça passe.  Elle prend grand-soin de son Casse-Noisette lorsqu'il est brisé, ce qui mènera à la suite de ses aventures.  Elle n'y prend pas une part active, sauf au moment où elle lance un coussin au Roi des souris pour sauver son Casse-Noisette.

Le conte n'a pas été écrit pour des enfants et certains éléments sont plus sombres, mais il n'y a rien pour effrayer un petit lecteur moderne.  Par contre, il faudra prévoir plusieurs jours de lecture parce que le récit est assez long.  Il y a quelques longueurs, surtout dans la dernière partie, mais rien de majeur.  Le style par contre est celui d'un texte du début du XIXe siècle: un peu vieillot par moment.  N'empêche, certains éléments, comme les automates de Drosselmayer sont fascinants et donnent une idée de l'imaginaire débridé de l'auteur.  Il a d'ailleurs écrit un autre conte, lui aussi adapté en ballet, où il pousse encore plus loin ses idées dans le domaine.

La dernière partie, assez longue et surtout descriptive est consacré au voyage de Marie et Casse-Noisette au pays des poupées et des bonbons et n'est pas fait pour les gens au régime: les descriptions de friandises, plus alléchantes les unes que les autres durent des pages et des pages.  On a l'eau à la bouche à la lecture.

La fin du conte ramène le personnage de Casse-Noisette dans la réalité, brisant un sort et malgré son très jeune âge (7 ans à peine!), Casse-Noisette et Marie convolent en justes noces pour devenir les roi et reine du royaume des poupées et des bonbons.  C'est le seul endroit du récit qui laisse poindre que tout n'était pas dans l'imagination de la petite fille, mais l'ombre de Drosselmayer reste très présente, alors le lecteur se pose la question: vérité ou surnaturel?  Encore là, le conte n'est pas tout à fait clair, même si on souhaite bien à Marie son royaume, son prince Casse-Noisette et son royaume de bonbons.

Ma note: 4/5

lundi 28 mars 2022

Lectrice masochiste

 Salut!

Ça ne m'arrive que quelques fois par année sans doute, mais je tombe sur un livre que je trouve... difficile, ou plate, ou qui me fait sortir de mes gonds...  Neuf fois sur dix, je le mets de côté et basta.  Mais la dixième fois...  je persiste.  Et je me fais souvent un point d'honneur de finir ce foutu bouquin.

Les raisons sont multiples: je veux pouvoir copieusement descendre le livre dans une critique, je veux savoir la fin, même si tellement de choses me font hurler, je m'obstine purement et simplement... Bref, je suis une lectrice masochiste.  Je m'assume.  Je peux lire jusqu'à la dernière page un livre que je déteste par pur esprit d'obstination.

Sauf que je dois, en cours de lecture, laisser un peu sortir la broue qui me monte au toupet: je vais pester, rager, chialer contre le livre.  Si je vous croise au moment où je lis un de ces livres, il se peut que je vous en parle en fulminant.  Et à ceux qui me disent dans ces moments-là: «Mais... tu pourrais le laisser tomber?», je réponds invariablement: «Non, lui, je vais le finir!».  Et je le fais.

Lire est une activité qui se doit d'être agréable, disons la plupart du temps.  On peut parfois se taper des livres qui nous déplaisent parce que l'on doit le faire, quand ce sont des lectures obligatoires ou pour le travail. Choisir de lire jusqu'au bout une oeuvre qui nous déplaît est donc quelque chose de contre nature, mais j'ai appris une chose avec le temps: ce sont souvent des lectures qui malgré tout, nous apportent quelque chose.

Souvent, c'est parce que si on le déteste, c'est parce qu'on a quelque chose à apprendre de ce livre.  J'ai détesté Kamouraska d'Anne Hébert.  Le personnage principal me tapait sur les nerfs.  J'ai détesté l'histoire, j'ai détesté l'intrigue et les personnages.  C'est en lisant la toute dernière page du livre que j'ai accroché et d'un seul coup, j'ai vu toute l'histoire de ce livre d'un oeil différent.  Et j'ai compris ce qui me tapait sur les nerfs.  Je trouvais le personnage faux. Je trouvais qu'elle vivait sa vie comme à côté d'elle, comme si elle était incapable d'être elle-même.  Et la fin, la toute fin du livre, m'a appris que c'était le cas.  L'aurais-je compris si je n'avais pas été au bout de cette lecture?

À l'inverse, il m'arrive de repenser à un livre que j'ai (figurativement) pitché par la fenêtre tellement il m'horripilait.  Des personnages, des situations, des manières d'écrire.  Je n'ai pas été jusqu'au bout.  Tiens, L'homme-ouragan de Lucie Dufresne. J'ai détesté le personnage principal de ce livre au point de le haïr!  Un être misogyne, imbu de lui-même, uniquement préoccupé par sa propre ascension, incapable d'apprendre de ses erreurs.  Je l'ai haï, c'est pas peu dire!  Ce qui me tracasse en y repensant par contre, c'est à quel point ne pas faire le cheminement complet de ce personnage m'a peut-être privé de comprendre quelque chose.  Je pourrais peut-être aller chercher le livre à la bibliothèque, mais j'ai trop de mauvais souvenirs de lecture pour ça!

Bref, je suis (parfois, mais pas toujours) une lectrice masochiste qui termine des livres qui lui font réviser son vocabulaire religieux en cours de lecture.  C'est parfois utile de le faire.  Mais pas tout le temps!

@+ Mariane