lundi 18 octobre 2021

Épisodique et sériel

 Salut,

Pas qu'en SF/fantasy, mais en général, on peut distinguer deux façons de concevoir une histoire à long terme: l'épisode et la série.  Attention!!!  Je ne dis pas que toutes les histoires au long cours sont tout à fait l'un ou l'autre.  C'est toujours un mélange.  Parce que oui, l'épisode a besoin de sérialité et la série a besoin d'épisodique.  C'est avant tout une façon de voir l'importance de chaque événement dans l'ensemble d'une histoire.

Un épisode est une aventure en elle-même, qui est complète et qui n'a pas d'impact à long terme comme tel.  C'est typique de la série télé.  Prenons par exemple Buffy contre les vampires: elle affronte un nouveau vampire ou une nouvelle situation chaque semaine, mais la plupart du temps, ça se règle avant la fin et on a une petite conclusion sur leur aventure.  On y fera peut-être référence ensuite, mais comme tel, l'aventure est finie.  Et point important, ça n'a aucune importance pour la suite de l'histoire.  Vous pourriez très bien sauter cet épisode et ça ne vous empêcherait pas d'apprécier le reste de la série.  Mais ça permet toujours de vivre une petite aventure intéressante, d'approfondir une caractéristique d'un personnage, de prendre un temps de recul parmi d'autres aventures plus difficiles au point de vue émotionnel.  L'épisode se consomme en lui-même, mais il est toujours lié à un tout.

La série quant à elle a une direction: en avant.  Les personnages partent du point A et finissent au point Z.  Et il y a une progression entre les deux.  Les événements ont un impact sur la suite de l'histoire, si vous avez loupé la partie de l'histoire qui raconte un élément important, vous n'allez rien comprendre à la suite de l'intrigue.  Pensez Inception: si vous loupez un détail, vous êtes facilement largué!  Le schéma classique du personnage qui part de rien et fini héros est typique de ce parcours.  Le cinéma est gorgé d'exemple et pas uniquement du côté des super-héros: les films d'action, les contes et les films d'espionnage tendent vers cette direction: on commence dans situation X, on progresse et on fini dans situation Y.  Pas de temps à perdre dans des ronds de jambe qui n'apportent rien de concret à l'histoire.  On file droit vers la fin de l'histoire et on laisse de côté les détails.

La série romanesque (et télé), me semble tenir des deux: si on prend comme exemple, une série au long cours comme Harry Potter (les livres, pas les films), on se rend compte que plein de petites histoires y ont lieu qui n'ont pas d'impact sur l'histoire finale, mais qu'ils constituent une part importante de l'intrigue.  Par exemple, dans le premier tome, on a une petite intrigue avec le dragon Norbert qui ne change absolument rien à la résolution de l'intrigue du tome, mais qui pousse les trois héros du livre dans de petites aventures.  Ces petites aventures en elle-même nous permettent de mieux connaître nos héros.  Bref, ça ne change rien au fond, mais ça ajoute à la forme.  Et bon, ça prolonge le plaisir.

Par contre, d'autres événements dans le livre, comme la retenue dans la Forêt interdite (et ils pensent vraiment qu'avec un nom pareil, aucun élève de Poudlard ne va avoir envie d'y aller?), nous font progresser dans l'intrigue du livre et même, plus généralement, de la série.  Par petites touches, sans nécessairement que cela soit souligné, mais tout de même.

D'une certaine façon, les deux sont complémentaires et se nourrissent quand il s'agit d'une histoire au long cours.  Même s'il s'agit  de deux façons totalement distinctes de raconter.  

@+ Mariane

lundi 27 septembre 2021

Oui, mais moi, je n'aime pas ça les trucs de SF/ Fantasy/ Fantastique

Salut!

J'ai grandi dans une famille où l'on trippait Star Trek et Star Wars sans distinction.  J'ai regardé Cosmo 1999 avec Frérot et j'ai dévoré les films de Retour vers le futur avec mes parents.  J'ai vu (et lu Dune) très jeune.  J'ai trippé sur des récits fantastiques, sur les contes de fées, les récits de l'imaginaire.  J'ai fréquenté des trucs archi-connus autant que des récits plus nichés.  Bref, j'étais branché dans les genres de l'imaginaire pratiquement à partir du berceau.  Ça a toujours été comme ça.  Et puis est venue cette collègue de travail, alors que je commençais à travailler.  Je n'avais pas encore vingt ans et elle me déclare:

-Ah, moi, j'aime pas ça ces trucs-là.

Ce que je me rappelle le plus, c'est le petit nez en l'air méprisant, le dédain de son expression et le dégoût dans ses yeux.

-Mais comment tu fais pour ne pas aimer ça?

-C'est pas réaliste!

Hum, ok.  Mettons.  Les histoires de Sex in the city qu'elle dévorait était plus... réaliste?  Se passait dans notre monde, avait des personnages qui avaient des chances d'exister, oui.  Mais les Carrie Bradshaw ne courent pas les rues: leurs chances d'exister sont infiniment supérieures à celles d'un Spock et d'un Han Solo, certes,  mais est-ce que ses aventures sont plus réalistes?  Oui, si on ne pense qu'à ce qui est possible dans les limites de notre monde.  Non quand on pense au nombre d'aventures qu'elle vit et je ne parle pas de sa vie sexuelle: elle n'a pas une vie normale, elle a une vie de personnage dans une fiction.  Donc, ses chances de vivre des choses qui sortent de l'ordinaire sont de loin supérieures à la moyenne.  Mais oui, on pourrait aller dans les mêmes restos qu'elle et siroter un verre du même vin qu'elle, contrairement à la bière romulienne.  Quoique...

Bref, réaliste comme se passant dans notre monde, non, vous ne trouverez pas ça dans les genres de l'imaginaire.  Mais réaliste comme étant une métaphore de notre monde, y reproduisant des situations qui pourraient survenir (conflits, guerre, histoires d'amour, déchirement entre tradition et modernité, intrigues politiques, etc, etc, etc), mais dans un cadre différent, avec des références différentes, oui.  Quand on connaît bien le genre, on voit comment ce que l'on y écrit est profondément humain.  Alors pourquoi certaines personnes n'aiment-elles pas les littératures et les oeuvres de l'imaginaire en général?

Je crois que ce n'est pas tout le monde qui est capable d'apprécier l'abstraction que le genre demande.  Parce qu'il faut savoir sortir de ses pantoufles confortables pour savoir aller vers un enrobage qui peut être déstabilisant.  Parce qu'une course-poursuite soit en voiture ou en vaisseaux spatiaux, on peut embarquer autant dedans!  Il faut aussi devoir être capable de développer de l'empathie envers des gens, des situations et des causes qui nous sont étrangères.  On sait très bien combien peuvent être déchirant les séparations de couple, mais si on voit dit que dans une espèce extraterrestre, les couples sont faits de quatre personnes, ça peut être... déstabilisant! Ces petites sorties de notre réalité concrète, ces pointes d'imagination qui vont voir ailleurs, poussent un peu plus loin, réinventent notre réalité ne plaisent pas à tout le monde, je le reconnais.  Mais c'est aussi ce qui fait le charme du genre: sa seule limite est celle de l'imagination humaine et bon, ça, on est pas trop en manque de stock.

Je crois que les littératures de l'imaginaire sont faits pour tout le monde, mais ceux qui ont grandi dedans savent à quel point ce genre demande juste à ne pas s'attendre à croiser nos personnages favoris au coin de la rue.  Mais que derrière les artifices, ces histoires parlent profondément de l'humanité.  Et ça, et bien, toutes les personnes qui aiment la fiction ont ça en commun!

@+ Mariane

lundi 20 septembre 2021

La maigre pitance du/ de la blogueur.se

 Salut!

Vous savez, quand on blogue, ça ne rapporte pas un rond.

Rien, nada, nothing.

À moins de farcir son blogue de pubs et je m'y suis toujours refusée.

Mon salaire de blogueuse est donc simple: la reconnaissance.

Ça se manifeste de différentes façons:

-Les commentaires, qui restent la meilleure façon de savoir que l'on est lu.

-Les liens vers notre travail.

-Les citations

-Les prix, mais les chances d'en gagner sont rares...

Au fil des ans, j'en aie eu de la chance: deux prix Boréal entre autre qui m'ont fait vraiment plaisir, parce que ça venait d'un milieu et de gens que j'apprécie beaucoup.  Pleins de petits commentaires aussi, de réactions, de discussions.  (Ici, la blogueuse se désole de l'absence d'archives des commentaires de blogue sur FB.  Mais bon...).  Des liens vers mon travail que j'ai parfois découvert plusieurs années après (dont un projet pédagogique qui utilise une de mes critiques et qui m'a fait vraiment plaisir).  Des maisons d'éditions ou des auteurs qui ajoutent des liens vers mes critiques également, souvent sans même que je le sache.

Je l'ai dit des dizaines de fois déjà, mais le travail de blogueur.se est immensément solitaire.  On se retrouve souvent à regarder notre écran blanc, à la recherche de l'inspiration.  C'est un travail silencieux, récurrent et demandant.  Je l'ai déjà dit, mais pondre un billet de blogue par semaine depuis dix ans est exigeant.  Ça demande de la discipline et de la constance.  Ce qui reste bien peu par rapport à tous les cheveux blancs que je me suis fait au fil des années avec ce blogue, les heures à me creuser les méninges et les autres innombrables passées à essayer d'écrire de façon convenable une idée dont je perçois moi-même avec difficulté les tours et les coutours.

Donc s'il y a une chose qui me met en rogne, c'est l'absence de reconnaissance.  Parce que c'est me priver de la principale source de satisfaction que je tire de mon travail.  Y'en a déjà pas beaucoup, parce que bien des gens me lisent, mais ne commentent pas et c'est par hasard que j'apprends qu'ils me lisent!  Alors, le peu que j'ai...

Si ce blogue vous inspire, rebondissez sur mes idées, poussez-les plus loin et servez-vous-en pour garnir joyeusement votre propre roue à hamster d'idées.

Mais je vous en prie, faites comme tous les bons universitaires qui se respectent: citez vos sources et rendez hommage à l'origine de vos idées.  

Je me plains un peu en tant que blogueuse, mais le sujet est un peu plus large que ça.  Je sais, mon travail n'est pas rémunéré, mais imaginez n'importe quel créateur et le principe est le même: nous priver de notre principal source de revenus, même si c'est symbolique, fait mal. Un petit hyperlien est tellement facile à ajouter de nos jours!  Une petite citation pour dire d'où nous viennent nos idées est si rapide à écrire!  Pourquoi ne pas le faire?

Et croyez-moi, ça fera une immense différence dans la vie de votre blogueur.se préféré quand il.elle sera en train de suer sur son prochain billet...

@+ Mariane

lundi 13 septembre 2021

On pardonne les défauts des oeuvres qu'on aime

 Salut!

L'autre jour, une amie me parlait d'un livre qu'elle avait adoré.  Son enthousiasme était vibrant quand elle m'en parlait: j'imaginais ses yeux pétiller et son ton de voix au téléphone était terriblement enthousiaste.  Sauf qu'ayant lu le dit-livre, je ne le partageais pas.

-Les personnages sont pas très forts dans ce livre.

-Ah, non, c'était génial, j'ai tellement embarqué dans...

Je ne vous mets pas la suite de la conversation.  Parce que mon cerveau a fait tilt à j'ai tellement embarqué.

Prenons un exemple: si on a adoré le Seigneur des anneaux, on a tendance à oublier les longueurs, les moments où Tolkien nous détaille telle partie de son univers, les longs poèmes que les Hobbitts chantent (surtout si vous ne trippez pas sur la poésie), le fait que l'histoire n'avance pas toujours au même rythme...  On oublie tout ça, tout simplement.  Parce que l'on est avec Frodon quand il est tenté par l'anneau, aux côtés d'Aragorn dans le gouffre de Helm, on chevauche des arbres avec Merry et Pippin.  On s'attache aux personnages, à leurs aventures et au final?  On oublie les faiblesses de l'oeuvre que l'on est en train de lire.

Mais quand l'inverse se produit, par contre, quand on n'est pas emporté par l'oeuvre, fiou, les défauts nous sautent au visage!  C'est alors que les pires critiques sortent: mal écrit, personnages mal foutus, absence de style, intrigue ennuyante, mettez-les tous on l'a tous déjà dit à propos d'un livre (sauf mon filleul de trois ans et demi, mais laissez-lui le temps, ça va venir!).  Parce qu'on n'a pas le petit houmpf qui dans une autre oeuvre, faire pâlir les défauts et les faiblesses d'une oeuvre.

J'ai déjà lu des livres que j'ai adorés tout en étant objectivement capable de dire que ce n'était pas de la grande littérature.  Mon souvenir de lecture reste encore enchanteur malgré tout.  Je voyais les erreurs, les coins tournés dans l'intrigue, les réactions des personnages mal enlignées, tous ces petits détails, mais j'étais tellement emportée par le récit que je l'oubliais un peu.  Par contre, une amie à laquelle je l'avais fait lire avait levé les yeux au ciel à bien des détails.  Je la comprenais, mais j'étais déçue qu'elle ne partage pas mon enthousiasme.  Parce que c'est ça que l'on aime le plus dans la lecture: quand on peut partager un trip avec un.e autre lecteur.rice.

Ce n'est pas faire preuve de manque de rigueur ou d'oublier ses principes quand on aime une oeuvre pleine de défauts.  Au contraire: le but de la littérature est d'emporter le lecteur et de le faire vibrer.  Ce n'est pas tout le monde qui vibre aux mêmes éléments d'un texte.  Et si ce qui vous fait vibrer est présent et bien fait... ben vous pouvez plus facilement pardonner le reste.  C'est aussi ainsi qu'un chef-d'oeuvre pour une personne est d'une nullité totale pour une autre, en dehors de toutes qualités littéraires: chacun ses goûts et chacun ses angles morts quand on a plein la vue de ce que l'on aime.

Et enfin, bref, c'est comme pour les gens qui nous entourent: vous allez toujours beaucoup plus facilement pardonner aux gens que vous aimez d'amour qu'aux autres.

@+ Mariane

jeudi 26 août 2021

Vent d'est vent d'ouest de Pearl Buck

 Vent d'est vent d'ouest  Pearl Buck  Le livre de poche 314 pages

Résumé:

Chine, début du XXe siècle.  La narratrice vient de se marier avec celui auquel elle fût promise avant sa naissance.  Mais cet étrange mari a vécu en Occident et s'oppose désormais aux traditions chinoises hérités de ses ancêtres.  Sa jeune épouse qui est incapable de gagner son affection, finit par délaisser l'art de la séduction transmis par sa mère pour adopter les méthodes modernes.  Si cela finit par réunir les deux époux, un obstacle plus grand attend la jeune femme: son frère, qui a lui aussi étudié en Occident, s'oppose à la volonté de son père d'épouser sa promise et souhaite unir sa vie avec une femme occidentale.

Mon avis:

Je retrouve Pearl Buck des années après l'avoir lue pour la première fois, à l'adolescence.  C'est l'un des quelques romans que je n'avais pas lu d'elle et c'est aussi paradoxalement son premier.

L'un des détails surprenant de ce livre est qu'aucun des personnages n'est nommé.  L'histoire est racontée par la narratrice à une amie très proche, comme si elle lui écrivait des lettres, mais la nature de leur relation n'est jamais détaillée.  Le reste des personnages est nommé par leur fonction dans sa vie: son père, sa mère, son frère, son mari, etc.  Cela crée un effet à la fois intemporel (même si l'on se doit que l'histoire se déroule au début du XXe siècle) et qui pourrait être transposé à toutes les époques: parce que la trame du livre, c'est celle du choc des cultures et des générations, bien plus que l'histoire d'individus.

Le roman est divisé en deux parties. La première est celle du choc du mariage de la narratrice avec son mari: lorsqu'elle découvre que son éducation, cet art de la séduction qu'on enseigne aux jeunes filles chinoises, ne sert à rien avec son époux qui a des attentes différentes de celles qu'on lui a appris.  Un choc qu'elle vit difficilement, mais ses efforts pour s'adapter finissent par payer et l'amour naît entre les deux époux.  Cependant, son mari lui ouvre les portes du monde (avec une bonne dose de mecsplication pour le.la lecteur.rice moderne, mais bon!) et avec les connaissances viennent les remises en question.  Elle est constamment confrontée à la différence entre le monde de la maison de ses parents et celui de la maison de son époux.

Lorsqu'arrive la nouvelle du mariage de son frère avec une occidentale, en deuxième partie du livre, le choc est brutal.  Sa mère en particulier, ne peut accepter cette union avec cette femme qu'elle détestera dès le premier instant.  Non pas pour la personne en particulier, mais pour la chaîne de transmission qu'elle rompt.  En refusant le mariage auquel il était promis, le frère de la narratrice empêche sa mère d'accomplir le but ultime de sa propre vie: transmettre à la génération suivante ce qu'elle-même a hérité de ses ancêtres.  Entre les deux, le choc sera violent, titanesque même.

Mais cette violence des sentiments est toujours exprimée avec une extrême retenue, voir une pudeur. L'écriture de l'auteure est complètement dépourvu de pathos, tout, même les émotions les plus violentes sont décrites avec une douceur surprenante.  La narratrice raconte, prend peu part aux événements quand ils ne la concernent pas elle-même.  Elle est témoin du choc des titans entre son frère et sa mère, mais ne peut pas ou ne sait pas comment intervenir.  Elle est impuissante face aux événements et s'en veut de l'être.

On en apprend beaucoup sur la Chine dans ce livre, avec ses traditions, ses coutumes, ses lois non-écrites, son sens des convenances et de la politesse raffiné, mais contraignant pour les individus.  C'est le regard aiguisé d'une observatrice sur un milieu qu'elle connaît bien.  Dans les gestes, la façon de raconter, l'atmosphère, on est plongé dans un monde bien loin du nôtre.

Un livre qui avec une écriture tout en douceur et avec une grande pudeur nous soulève le voile du choc immense des cultures qu'ont connus les dernières générations de la Chine avant l'arrivée des communistes.  Un regard sur un monde qui n'existe plus, mais qu'elle détaille avec la délicatesse d'un éventail.

Ma note: 4.25/5

lundi 23 août 2021

Les hommes qui ne lisent pas les femmes...

 Salut,

Je suis tombée récemment sur cet article du Guardian dont le titre m'a à peine surprise: Why do so few men read books by women?.  Autrement dit, les femmes lisent des livres écrits autant par des hommes que par des femmes, mais les hommes lisent surtout des livres écrits par des hommes.  Pourquoi ça?

Répondre à cette question est évidemment impossible dans le cadre de ce billet, mais je crois qu'au-delà de toutes les raisons historiques et culturelles, il reste un point essentiel caché derrière ce fait: la fiction forge notre vision du monde et par sa richesse, son amplitude et sa facilité d'accès, la littérature reste l'une de ses méthodes facile d'accès à la psyché des autres.  Pour faire de la littérature, on a besoin que d'un crayon, du papier et de son cerveau.  Je simplifie, je sais, mais la base, c'est ça.  Contrairement à la télévision et au cinéma qui monopolise des équipes entières (et beaucoup d'argent), la littérature se crée en grande partie en solitaire et a moins de contraintes en terme de créativité.  Décrire un vaisseau spatial coûte pas mal moins cher en littérature que de le voir en modèle 3-D ou effets spéciaux.

Donc, la littérature va où d'autres types de fiction ne peuvent aller, tout simplement parce que ses outils de base sont plus simples.  Ce qui nous donne accès à un vaste éventail: de la littérature écrite par des femmes?  Bien sûr! Par des personnes racisé.e.s? Emmenez-en! Par des minorités marginalisées, sexuelles, religieuses, de classes ou immigrantes? Aucun problème!  Bref, on peut aller partout, couvrir tous les sujets et sous tous les angles.  C'est facile, rapide et efficace, car la littérature est aussi une forme d'art très directe entre l'auteur.e et le.la lecteur.rice.  L'un.e écrit, l'autre lit.  

Pour développer l'empathie, rien de tel que de se mettre dans les souliers de quelqu'un et justement, lire des histoires provenant de différentes sources permet justement de multiplier les souliers dans lequel on glisse ses pieds de lecteur.rice.  Parce qu'être confrontés aux histoires dans autres, telle qu'ils ou elles les ont vécues, nous apprend beaucoup de choses et pas seulement des faits: des émotions, des sensations, des façons de voir le monde.  Certes, les auteur.e.s qui écrivent sur d'autres peuvent nous aider, mais ce ne sera jamais aussi complet et aussi profond.  Dans ce domaine, la représentation compte.

Sauf que... Encore faut-il faire le geste de lire ces autres qui nous sont étrangers.  L'article parle des hommes qui ne lisent pas les femmes, mais les blanc.che.s lisent-ils les noir.e.s, les religieux.ses les athé.e.s, les croyant.e.s les scientifiques et les hétéros les LGBTQ2A?  Le problème est beaucoup plus vaste que simplement les hommes qui ne lisent pas les femmes, même s'il est facile à identifier.  Le problème, c'est que la tendance naturelle des gens est de lire des gens qui leur ressemblent.  C'est un peu normal.  On cherche des modèles, à se comparer, à se comprendre, à se faire raconter des histoires qui nous parlent.  Mais on dirait que plus on monte dans l'échelle des privilèges, moins les gens ont tendance, en général (il y aura fort heureusement toujours des exceptions) à lire des gens qui ne leur ressemblent pas.  Si on revient à l'article, ils parlent des hommes qui ne lisent pas les femmes, mais ces femmes qui lisent des hommes, lisent-elles des hommes noirs ou asiatiques ou gay ou trans ou immigrants ou je ne sais quoi d'autres?  Ça serait une question intéressante à poser.  L'article n'y répond pas.

Depuis deux ans, je mène une petite expérience avec moi-même: je note tous les auteur.e.s que je lis dans un joli fichier excel.  Et je me rends compte que de dire que je lis environ 50-50 d'hommes et de femmes (je n'ai pas lu d'auteurs s'identifiant comme personne non-binaire ou du moins, pas que je le sache).  Ça me met dans la moyenne de l'article.  J'essaie aussi de voir qu'est-ce que je lis côté auteur.e.s de la diversité, et ouch... là, ça fait mal.  Ok, je lis quand même certaines oeuvres pour mes chroniques sur les classiques à Bouquins et confidences et bon, mes lectures sont sur ce point sont moins diversifiées (pour l'instant hein!  Je prends énormément de notes, je ne suis juste pas le rythme pour les lire!), mais même si j'essaie, malheureusement, mes lectures ne sont pas aussi diversifiées que je souhaiterais qu'elle le soit.  Mais j'essaie, tout le temps.  Même si je ne réussis pas toujours.

Le problème est beaucoup plus vaste que le simple fait que les hommes ne lisent pas les femmes, mais c'est vraiment le sommet de l'iceberg parce que les femmes représentent quand même la moitié de l'humanité.

@+ Mariane

lundi 16 août 2021

Structure et culture

 Salut!

Depuis que je chronique à Bouquins et confidences sur les classiques, je me tape beaucoup de recherches sur les auteur.e.s et il y a une constante que je ne peux m'empêcher de constater: ceux et celles qui ont réussi sont avant tout ceux qui ont bénéficié de la meilleure conjonction entre les outils de diffusion à leur disposition et une oeuvre qui savait répondre aux attentes du public.  Par exemple, Charles Dickens a su construire son succès essentiellement en publiant dans des journaux et des magazines.  Au début de sa carrière, c'était vraiment la meilleure façon de procéder: les livres étaient encore relativement coûteux pour la majorité des gens, mais un abonnement à un périodique donnait accès à de nombreuses histoires qui pouvaient se lire de semaine en semaine, gardant ainsi un public captif.  Les gens devaient acheter le numéro suivant pour savoir la suite.  Aujourd'hui, une telle stratégie serait caduque, sauf pour quelques gros noms.  De un, on a plus la patience d'attendre une semaine et de deux, le lectorat des périodiques a fondu comme neige au soleil.

Dickens était un homme ambitieux et intelligent.  Il a su utiliser au maximum les moyens de diffusion de son époque, ce qui lui a assuré un grand succès.  Or, ces moyens évoluent constamment.  Ce qui fonctionnait à son époque serait voué à l'échec aujourd'hui.  De la même façon, un.e auteur.e, brillant.e à l'époque victorienne pourrait très bien ne pas avoir eu le moindre succès et être aujourd'hui dans les limbes de la littérature, non pas à cause d'une absence de talent, mais bien d'une absence de structure adéquate pour diffuser ses oeuvres.  Et il en a été ainsi à toutes les époques.

La culture est en crise nous disent souvent les médias.  En fait, c'est faux: la culture n'a jamais été en crise.  La créativité, l'innovation, le renouvellement est et a toujours été le synonyme de la culture.  Ce qui est en crise, c'est ce qui soutient la culture, lui permet de vivre et de s'épanouir.  C'est la structure des moyens de diffusion.  C'est ça qui en rame.  Et ce n'est pas nouveau.

La culture comme telle est immatérielle, elle est émotion, sensation, histoire.  Mais elle doit pour être transmise, passé par des gens, qui y consacrent du temps, passer par des médiums qui demandent des ressources, bref, rien de tout cela n'est gratuit au final.  Et ces moyens de diffusions-là sont constamment sur la corde raide: comment convaincre les gens d'ouvrir les cordons de la bourse pour quelque chose d'immatériel?  Comment fixer un juste prix?  Comment les rejoindre?  Comment les convaincre de choisir une oeuvre ou une autre alors qu'ils ne l'ont pas encore vue?  Les publicitaires sont là pour ça, même leur pouvoir de persuasion a des limites.  Le public, en matière d'art et de divertissement a des goûts changeants: ce qui est au goût du jour un matin ne l'est plus la semaine suivante.  Suivre de tels cycles est essoufflant et l'industrie culturelle est rarement parfaitement arrimée aux bons moyens de diffusion.  De là une perpétuelle quête de la meilleure manière de rejoindre et de toucher le public et au passage, de les encourager à payer.

L'internet, avec sa capacité à tout démultiplier en une fraction de seconde, est venu donner des coups de pied sur un modèle qui tenait, même s'il n'était pas toujours facile à suivre.  Parce que même si c'est la dernière révolution en date, la radio, le cinéma, et la télévision avaient eu leur rôle à jouer.  On va encore au théâtre aujourd'hui, mais ce médium a-t-il autant d'impact qu'il y a 500 ans?  Shakespeare aurait-il eu une aussi longue longévité dans les mémoires et les coeurs s'il avait écrit ses pièces aujourd'hui?  Ou a-t-il, comme tant d'autres, eu la chance de voir moyens de diffusion et pièces capables de toucher son public venir au monde au bon moment?

La culture n'est pas en crise.  Ses moyens de diffusion sont constamment sur la corde raide par contre.  Et qu'on le veuille ou non, c'est une limite importante au travail des artistes.

@+ Mariane