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jeudi 24 février 2022

«C'est le Québec qui est né dans mon pays!» d'Emmanuelle Dufour

 «C'est le Québec qui est né dans mon pays!» Carnet de rencontres, d'Ani Kuni à Kiuna  Emmanuelle Dufour  Collection Ricochets Écosociété 176 pages


Résumé:

Lors d'un voyage en Nouvelle-Zélande, Emmanuelle Dufour se fait poser une question somme toute innocente par une petite fille: connais-tu les premiers peuples de ton pays.  Pour elle qui a parcouru la planète à la rencontre des peuples autochtones a ressenti un choc: elle ignorait tout de ceux qui vivaient sur la terre où elle a elle-même grandi.  Décidée à combler cette lacune, elle se lance dans la découverte des Premières Nations du Québec, une trajectoire qui soulèvera de nombreuses questions sur son propre nationalisme québécois.

Mon avis:

Au départ un mémoire de maîtrise, ce récit a volontairement été rédigé en bandes dessinées et c'est une grande force. Parce que l'iconographie y occupe une place très importante.  Dans l'une des pages, elle dessine tous les personnages ''indiens'' qui ont peuplé notre imaginaire d'enfants occidentaux: Pocahantas, Yakari, Astérix chez les Indiens, le personnage des chips YumYum et combien d'autres qui ont influencé notre imaginaire face aux Premières Nations. Des images qui sont soient fantaisistes, soient fortement stéréotypés, parfois mêmes racistes de ces peuples. Le fait de mettre toutes ces images les unes à côté des autres donne une idée de l'ampleur de cet imaginaire construit.  Le reste de l'album sera consacré à aller voir de l'autre côté de la barrière, à donner la parole à ceux que l'on a trop souvent décrits à leur place.

Ce qui est particulier, c'est qu'elle fait des liens entre l'éveil des Premières Nations à la fierté d'être ce qu'ils sont et le mouvement nationaliste québécois.  Ce qui soulève en elle de nombreux questionnements.  Le titre, lourd de sens, révèle alors toute l'ampleur des angles morts dont les Québécois ont fait preuve: comment réclamer un territoire qu'ils ont eux-mêmes pris à d'autres? Les nombreux stigmates de la crise d'Oka sur les relations entre les Québécois et les peuples autochtones sont d'ailleurs clairement montrés: un cas typique de la façon dont les premiers n'ont tout simplement pas tenu compte des droits et des volontés des seconds.  Mais surtout, elle donne la parole à de nombreux membres des Premières Nations, partout au Québec, bien souvent dans leur langue (avec une traduction pour les francophones).

À aucun moment le discours ne se fait culpabilisant.  Une des intervenantes autochtones le dit d'ailleurs clairement: ils n'en ont rien à faire de notre culpabilité, elle ne sert à rien, ils veulent des actions. Et dans ce sens, aller vers l'autre est la première action. Connaître et comprendre vient ensuite. Le livre montre toutes les étapes que l'auteure franchit dans cette volonté d'aller vers l'autre, les remises en question, les réflexions qui l'ont nourrie, les rencontres.  C'est ce cheminement que l'on suit, sur plusieurs années, en même temps que l'on voit l'éveil de la population en général sur les questions concernant les Premières Nations.

Le dessin est très documentaire et c'est volontaire, mais le coup de crayon est juste et elle joue beaucoup avec les images.  Parfois, on dirait un collage, parfois, elle consacre une pleine page à la parole de quelqu'un avec son dessin et elle n'hésite pas à mettre des pages en noir pour parler des histoires sombres, comme celles abordant les pensionnats.  Bref, le livre est autant une réussite au point de vue visuel qu'au point de vue du récit.  D'ailleurs, ce choix de présentation rend le sujet d'autant plus facile d'accès pour une personne qui s'intéresserait au sujet en ne connaissant strictement rien.  Une oeuvre nécessaire, une oeuvre bien faite et je l'espère, un pas de plus vers la réconciliation.

Ma note: 4.5/5

jeudi 15 avril 2021

Kagagi de Jay Odjick

 Kagagi  Jay Odjick Hannenorak 80 pages


Résumé:
Matthew est un adolescent ordinaire, qui est amoureux de la fille populaire de son école, a un meilleur ami et vit avec une ancienne employée de ses parents qui l'a adopté.  Une vie assez normale quoi.  Le jour où un mystérieux homme débarque pour lui annoncer qu'il est l'élu de son peuple, destiné à sauver l'humanité entière du Windigo.  Pour le faire, il se retrouve doué de pouvoirs super-héroïques et devient Kagagi.

Mon avis:
L'auteur, lui-même issu des Premières Nations, s'est amusé à écrire une histoire de super-héros en s'inspirant de leurs mythes et légendes et ma foi, c'est plutôt bien.  Parfait, non, excellent, non plus, il a encore quelques croûtes à manger, mais n'empêche, le résultat est plutôt honorable.  

Matthew, adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, est présenté comme étant un personnage autochtone dès le départ, sans qu'il soit vraiment mêlé de près à ses origines culturelles, ayant été adopté assez jeune.  La découverte de son héritage se fera plus tard dans le livre, au même moment où ses pouvoirs, qu'il a toujours possédé, lui seront révélés.  Le super vilain est d'ailleurs un personnage important de la mythologie autochtone: le Windigo.  Bref, la manière dont l'auteur crée et met en scène un personnage issu de son imaginaire culturel est très bien et on accroche à cette partie de l'histoire.

Le bât blesse ailleurs.  Si dans les scènes où les personnages sont représentés en super-héros, l'auteur réussi avec un talent manifeste au niveau du dessin, il en va autrement dans les scènes ordinaires: le dessin souffre d'une absence de mouvements, le découpage est tout juste correct et certains plans sont carrément ratés (la scène sur la piste de danse où tous les personnages semblent couchés plutôt que debout, entre autres). 

De plus, l'intrigue est brouillonne et les personnages sont faits d'un bloc, sans la moindre nuance.  Ce qui explique qu'on écarquille des yeux devant la réaction de Matthew à un moment pivot de l'histoire: il n'a jamais eu ce genre de réaction avant et rien dans tout ce qui nous a été présenté depuis le début de l'histoire nous pousse à croire que cette réaction est logique.  Les dialogues sonnent d'ailleurs faux à certains moments, mais je ne sais pas s'il s'agit ici d'un effet de traduction.

Ce n'est pas que tout est mauvais, mais ça sent la première oeuvre: beaucoup de dévouement, une passion véritable et sincère pour les histoires de super-héros, mais encore des failles dans le rendu final.  Bref, de bonnes idées, mais il va falloir encore quelques albums à l'auteur pour emmener son talent à son plein potentiel.

Ma note: 3/5

jeudi 16 juillet 2020

Kuessipan de Naomi Fontaine

Kuessipan  Naomi Fontaine  Mémoire d'encrier  111 pages


Résumé:
Par petites touches, par petits traits, la vie dans une communauté innue.

Mon avis:
Dur de faire un résumé de cette oeuvre, parce qu'elle ne raconte pas vraiment une histoire au sens classique du terme.  C'est un assemblage de petits instants, de morceaux de vies, des histoires petites et grandes qui font la vie d'une communauté, pas nécessairement d'un individu.  Rassemblés ainsi en un seul livre, on pourrait autant y lire un collage d'instantanée de la vie que la vie d'une communauté à travers de multiples points de vue, dépendant de la personne qui lit.

Même si chacun des «chapitres», faute de meilleur terme, est court, chacun porte en eux une poésie remarquable.  Le souffle de l'auteure est remarquable, fait d'un rythme, d'une façon de raconter, qui crée des images et des impressions plus qu'elle ne décrit.  Mais c'est là que réside la beauté du texte.  Il se dégage de l'ensemble une harmonie poétique parce que chaque son, chaque mot tombe juste et crée une musique particulière à la lecture.

La chasse, la vie sur dans la communauté, les petits tracas entre voisins, jamais nommés, l'alcoolisme des uns, la résilience des autres.  Ce livre, c'est tout ça.  C'est la vie quoi.

Ma note 4.5/5

jeudi 28 mai 2020

Cheval Indien de Richard Wagamese

Cheval Indien  Richard Wagamese  XYZ éditeur  265 pages


Résumé:
Saul Cheval Indien est dans un centre de désintoxication.  Incapable de parler lors des cercles de partage, son thérapeute l'encourage à écrire son histoire.  Il a grandi dans la forêt du nord de l'Ontario, dans ses dédales de lacs, de rivières et d'épinettes.  Depuis son plus jeune âge, il est habitué, dès que des blancs s'approchent, de fuir dans les bois avec sa grand-mère et son frère.  Sa mère craint les pensionnats, qui lui ont déjà volé sa fille.  Après la mort de sa grand-mère, il est lui aussi pris et emmené dans ce sinistre endroit, conçu pour «tuer l'indien dans le coeur de l'enfant», quand ce n'est pas l'enfant lui-même qui en meurt.  C'est à travers un sport de blanc, le hockey, mais auquel il se consacrera de tout son être, qu'il parviendra à survivre.  Mais à quel prix?

Mon avis:
Ce qui est intéressant dès le départ, c'est que l'histoire est raconté par un homme en désintoxication, donc, le style de l'histoire reste très simple.  Pas le moindre lyrisme et malgré le sujet grave, très peu de pathos.  C'est la parole d'un survivant des pensionnats, mais aussi de quelqu'un qui garde enfoui en lui tant de choses pénibles que c'est par petites couches, presque par coups de pinceaux sur une toile, que l'auteur dessine son histoire.  Il raconte, il montre, il explique, mais comme son personnage, il ne descend pas dans les tréfonds des émotions que toutes ces pénibles expériences recouvrent.  C'est trop douloureux, c'est trop fort.  Il énonce les faits, mais ne s'étend pas là-dessus.

Son histoire commence pourtant bien.  Son enfance n'est pas parfaite et comporte des zones d'ombre (l'alcool entre autre est dans l'air), mais il est aimé.  C'est l'existence nomade, entourée de ses proches, d'un jeune ojibwé, partagée entre sa grand-mère, porteuse des traditions et des coutumes, pleine d'histoires et de connaissances sur leur environnement et ses parents, qui rejettent déjà en grande partie le mode de vie traditionnel, sont christianisé et en un sens, déjà déchiré dans leur identité.  Cette plongée dans une existence simple, mais sur lequel on sent toutes les menaces et sa fragilité ne fait que plus contraste avec ce qui va suivre.  L'arrivée au pensionnat, après la mort de sa grand-mère dans des circonstances terribles, ne montre que mieux l'immense fossé entre les deux mondes, même si, étant donné que Saul parle déjà la langue des blancs (son père lui en a montré les bases), son intégration semble beaucoup plus facile.  Pendant des pages, il raconte le pensionnat, mais le détachement dont il fait preuve, même face aux pires horreurs, est quasiment aussi effrayante que ce qu'il vit lui-même.  Il raconte, mais avec un noeud dans le coeur.

Le seul moment où ses émotions se déploient, c'est lorsque le hockey entre dans sa vie.  Ce sport, qu'il observe d'abord de loin, promu par un des prêtres du pensionnat, le fascinera dès le début.  Il en deviendra fan, y consacrant toute ses énergies, trouvant là une soupape à l'atmosphère étouffante dans lequel il grandit.  Les descriptions du hockey sont absolument hallucinantes, on sent la glace, le contact des lames sur elle, les jeux avec les bâtons, le vent dans les casques, le son de la rondelle dans le filet.  Cette partie est extraordinairement charnelle, contrairement à toute la description de la vie dans les pensionnats, qui est désincarnée, quoique sous les mots, on devine l'innommable.  (En fait, j'ai presque trouvé qu'il y avait trop de descriptions de hockey dans ce livre...)

C'est à travers le hockey que Saul quittera le pensionnat, mais c'est la morsure de ses années passées là-bas qui le poursuivra.  On sent le venin qui le suit partout, un venin qui finira par contaminer jusqu'à son amour du hockey. 

Ce livre est un coup de poing, mais comme un coup de poing qui te rentre dedans au ralentit, la douleur se déploie tout au long, mais le choc le plus dur survient à la fin, quand une révélation oblige à remonter le livre et à voir l'empreinte profonde d'un fait que la douleur a empêché Saul lui-même de comprendre pendant des années.  C'est aussi l'histoire d'une certaine rédemption ainsi que l'illustration de la puissance de la résilience dont les communautés des Premières Nations ont dû puiser au fond d'eux-même.  En ce sens, la scène finale du livre serre le coeur autant qu'il le réchauffe. 

Un livre puissant, mais sobre et calme, comme l'eau d'un lac du nord de l'Ontario sur lequel plane l'amour profond d'un jeu: le hockey.

Ma note: 4.75/5

jeudi 9 avril 2020

Dire l'autre: Appropriation culturelle, voix autochtones et liberté d'expression d'Éthel Groffier

Dire l'autre  Appropriation culturelle, voix autochtones et liberté d'expression  Éthel Groffier  Collection Présent  Leméac  141 pages


Résumé:
L'appropriation culturelle, particulièrement celle des voix autochtones, est devenu un sujet important de l'actualité au cours des dernières années.  Mais que veut dire ce terme?  Quel est sa portée?  Comment l'éviter?  L'auteur s'attarde à ces questions importantes sur lequel on s'est beaucoup déchiré, sans pour autant en explorer le fond.

Mon avis:
Ce livre est à la fois extrêmement intéressant et très agaçant.  Intéressant parce que dans le brouhaha médiatique, il est l'un des premiers à prendre calmement le temps de déposer les faits et de les analyser.  Et il est agaçant parce qu'en 130 pages forcément le survol, même si excellent, reste justement un survol.  N'empêche, il pose une pierre importante.

Première des choses, le livre s'attaque à définir la notion même d'appropriation culturelle et montre que même si certaines choses sont entendues, la portée varie selon le porteur du concept.  Tout emprunt à une autre culture serait une appropriation culturelle selon certains défenseurs, niant le principe de l'emprunt et du mélange des cultures.  À l'autre bout du spectre, ceux qui voient les pratiques culturelles comme étant un immense bar ouvert où les créateurs peuvent piger sans retenue en niant les rapports de domination qui sous-tendent les échanges font également fausse route.  L'auteure dénonce les uns et les autres dans son livre, mais avant tout, elle décortique les tenants et les aboutissants de chacune des positions.

Ensuite, elle s'attaque aux abus des uns et des autres et souligne à grands traits les risques, autant pour les voix autochtones que pour la culture en général, que les accusations d'appropriation culturelle font peser sur la création.  Elle cite largement les textes d'auteurs et de penseurs autochtones sur la culture, montrant le fossé entre les conceptions des deux cultures et dans les moyens de transmission.  Elle donne aussi des exemples de collaboration, illustrant les écueils auquel se heurte les créateurs blancs, même plein de bonne volonté, quand ils arrivent sur le terrain miné des cultures des Premières Nations.  Et c'est sans doute là que se déploie le coeur de son argumentation: les créateurs sont jugés haut et court, sans que leurs intentions ne soient prises en compte.  Ainsi, un artiste qui souhaite sincèrement tendre une main pour aider, à sa façon, à la réconciliation entre les peuples, sera jugé aussi sévèrement que le premier venu qui emprunte sans un regard en arrière.

Elle consacre un chapitre entier à la difficile question de la réconciliation.  Car justement, cette réconciliation tant souhaitée, tant du côté des autochtones que d'une partie croissante des populations blanches, ne montre pas le même visage et ne se vit pas sur les mêmes bases.  Elle en explique les complexités, le mélange des attentes de chacun et surtout, du poids de la colonisation que les uns et les autres portent encore, les autochtones plus encore que les blancs.  Le chemin qui y mène passe aussi par l'art nous dit l'auteure, mais comment le faire sans une certaine forme d'appropriation culturelle?

Bref, comme je le disais, intéressant, mais agaçant.  Le grand livre sur le sujet n'est pas encore publié, mais ce petit opus sera sûrement cité dedans!

Ma note: 3.75/5

jeudi 14 novembre 2019

Shuni de Naomi Fontaine

Shuni  Naomi Fontaine  Mémoire d'encrier  149 pages


Résumé:
Par fragments courts, l'auteure adresse une longue lettre à son amie Julie, qui va bientôt s'installer sur sa réserve natale, auprès de son peuple.  Elle lui parle du passé, du présent, de l'avenir, de colonisation, de contacts entre les peuples, de réconciliation à venir et de sa culture, de son fils, des siens.

Mon avis:
L'auteure privilégie en tous temps la forme courte pour ce livre.  Les chapitres font une ou deux pages, rarement plus que quatre, comme si de cette façon, elle avait imposé son souffle au récit.  Inspiration, expiration.  Le rythme est d'ailleurs assez lent, posé.  On ne lit pas ce livre pour l'intrigue, mais pour le voyage qu'elle nous propose.  La forme de chapitre court invite d'ailleurs à en profiter lentement.  On lit un chapitre, on peut déposer le livre pour y revenir plus tard ou encore en lire un autre.  Elle ne nous dicte pas de rester accrocher à son texte, mais à en profiter librement.

Dans ce récit, elle nous parle.  Elle nous parle de son père, mort avant sa naissance.  Elle nous parle de sa communauté, des gens qui la composent et des difficultés auquel ils font face.  Elle nous parle de l'importance des liens, des relations.  Elle nous parle de son fils, qu'elle adore.  De ses voyages à l'étranger, que son statut d'auteure lui permet grâce à de nombreuses invitations.  Elle nous parle de sa langue et de son rapport avec le français, malgré tout la langue qu'elle maîtrise le mieux.  Elle nous parle des aînés et de ce qu'ils ont connu, bref elle nous parle de la vie, de sa vie, mais toujours en s'adressant à cette amie, Julie, qui va bientôt s'installer parmi les siens.  C'est super intéressant pour une non-autochtones, parce que cela entrouve une porte dans un univers que l'on connaît peu et mal.  Elle le fait sans jugement.  Parfois, on sent sa colère, sa fragilité, mais partout aussi, on sent sa force, celle tranquille de la rivière et des montagnes, pas celle des armes et de la domination.

Son écriture me donne l'impression d'une doudou, d'une couverture toute douce qui nous enveloppe et nous garde au chaud.  Il n'y a pas d'aspérité, ça le claque pas, même quand elle dénonce des injustices criantes.  Reflet de sa culture ou de sa personnalité?  Je ne sais pas, sans doute un peu des deux.  Ce qu'elle réussit à faire en tout cas est magnifique.

Ma note: 4.75/5

jeudi 23 mai 2019

Les Iroquoiens de Sylvain Rivard et Philippe Charland

Les Iroquoiens  Sylvain Richard et Philippe Charland  Cornac éditeur 107 pages


Résumé:
Les Iroquoiens sont un groupe culturel et linguistique vivant majoritairement au centre et à l'est du continent nord-américain.  Ce livre est une présentation de leur culture, entrecoupés d'extraits de leurs contes et légendes, pour mieux expliquer leur vision du monde.

Mon avis:
Les Iroquoiens couvraient un territoire beaucoup plus limité que les Algonquiens, mais leur culture est riche et fascinante.  Plus sédentaires que nomades, ils étaient à la fois des agriculteurs, des chasseurs et des cueilleurs.  Ce livre, très facile d'accès et avec beaucoup d'illustrations précises, fourni énormément de réponses aux questions que l'on peut se poser à leur sujet.  Comment vivaient-ils, que mangeaient-ils, mais surtout, comment ils utilisaient tous les matériaux disponibles dans leur environnement.  L'artisanat est assez impressionnant et repousse les clichés des indiens vêtus de peau.  Au contraire, ils utilisaient une grande variété de matières et tout autant de techniques, montrant un véritable savoir-faire.  Quand on voit tout ça, on ne peut faire autrement que d'être impressionné!  Le tout est entrecoupé de légendes et d'histoires et d'explication sur certaines croyances comme celles sur l'ours et la tortue.   Elles donnent de la vie au récit qui reste pour le reste essentiellement documentaire.

À mettre entre toutes les mains!

Ma note: 4.5/5

jeudi 16 mai 2019

Chroniques de Kitchike de Louis-Karl Picard-Sioui

Chroniques de Kitchike La grande débarque  Louis-Karl Picard-Sioui  Hannenorak  171 pages


Résumé:
Recueil de nouvelles prenant place sur la réserve autochtone fictive de Kitchike, où vivent de nombreux personnages haut en couleurs.

Mon avis:
Ok, ce recueil de nouvelles est... surprenant.  Pour le décrire, le seul mot qui me vient en tête est cow-boy.  Pas parce qu'on y monte à cheval, ni qu'il y a des histoires de poursuite avec des indiens, non, loin, très loin de là même!  C'est dans le ton, dans la manière de raconter qu'il y a un hommage au genre.  Pour le reste, les thématiques des histoires sont très différentes.

Toutes les nouvelles mettent en place la galerie des personnages habitant la réserve fictive de Kitchike.  La vie sur la réserve en tant qu'autochtones y occupe la majeure partie de l'histoire et permet d'ouvrir une fenêtre sur un univers que l'on connaît finalement assez peu.  La première surprise, c'est que la plupart des habitants se définissent comme étant le nous et l'autre, c'est le blanc, qu'il soit voleur, naïf ou simplement là.  Les bons blancs dans ce recueil de nouvelles, ils n'existent pas et ça fait un choc de voir que c'est ainsi que l'on peut être vu.

Parlons-en des personnages d'ailleurs!  Ils reviennent de nouvelles en nouvelles, permettant au tout d'être un choeur d'histoires montrant une grande diversité autant qu'une grande unité qui nous fait voir la communauté au complet, avec toutes ses tendances, traditionalistes comme progressistes, champ gauche comme conservateur.  On sent dans l'écriture l'atmosphère de la réserve, ses conflits de personnalité, ses mémérages, ses modus operandi communautaire.  Par la bande, l'auteur y lance des piques contre le racisme, montre des aspects de culturels moins connus, dépeint les conflits entre les différentes factions de la réserve.  Tout cela sans jamais tomber dans le récit pédagogique.  On s'attache à eux même si certains sont droits comme des points d'interrogation (bonjour Monsieur le Chef du Conseil de bande!), d'autres naïfs au dernier degré et certains, de vrais idiots!

L'auteur a fait le choix de lier toutes ses nouvelles entre elles, en faisant une histoire complète racontée par le point de vue de chacun des personnages.  Comme un kaléidoscope de toute une communauté avec un projecteur sur un membre à la fois, dans chaque nouvelle.  J'ai adoré  en particulier la nouvelle Chez Alphonse où le dépanneur du village un dimanche matin devient le centre de la réserve, mais aussi le révélateur des tensions, des caractères et de la vérité des personnages.  En fait, il n'y a aucune nouvelle de ce recueil que je n'ai pas aimé, celle-là, est juste ma préférée.

Un agréable moment de lecture, dépaysant, intéressant et franchement rafraîchissant!

Ma note: 4.5/5

jeudi 9 mai 2019

La femme tombée du ciel Mythe wendat de la création par Huwennuwanenhs et Louis-Karl Picard-Sioui

La femme tombée du ciel  Huwennuwanenhs Louis-Karl Picard-Sioui  Illustrations de Christine Sioui Waeanoloath  59 pages


Résumé:
Ceci est une présentation d'une des versions du mythe wendatt de la création du monde.

Mon avis:
Je vais préciser d'entrée de jeu que je ne peux pas, d'aucune façon, donner un avis quelconque sur un récit mythologique en tant qu'oeuvre.  Je peux simplement vous donner mon appréciation sur la version de celle-ci qui a été publiée.

Et bien, c'est un mythe, une histoire que l'on raconte pour expliquer le pourquoi du monde.  Ses racines sont bien ancrées dans le bestiaire nord-américaine et dans une vision du monde très différente, mais pour le reste, j'ai trouvé que le ton, la manière de raconter et quelque chose dans l'art de tirer des conclusions de l'histoire ressemblait beaucoup aux récits bibliques.  Quand on sait qu'ils sont basés sur une tradition orale, c'est même logique.

Autre point, on ne peut pas parler d'un mythe, mais bien de des mythes.  Le recueil concerne plusieurs mythes distincts.  L'un explique la création du monde, la différence entre la terre et le ciel, l'autre la dispute fondamentale entre deux frères, l'autre le récit de la création des humains...  On comprend beaucoup de choses à la lecture de ces récits.  On se sort pas des questions fondamentales de l'être humain, mais le décor lui, change et le sens des symboles aussi.  La tortue et le cerf par exemple, ont des rôles et des symboliques profondes qu'ils n'ont pas dans d'autres cultures.

Le livre est rempli de magnifiques illustrations.  Celles-ci ne sont pas purement explicative, mais sont une forme d'art en soi.  Je ne sais pas s'ils sont d'inspiration d'autres formes d'arts wendatts ou une forme d'art contemporaine, mais elles sont magnifiques.

Bref, ce recueil est une belle forme d'introduction à une mythologie qui est moins familière, dans un écrin magnifique.  C'est simple à lire et cela peut être lu autant par des adultes que par des enfants, car enfin, qui sommes nous pour décider quand arrêter de nous faire conter des histoires...

Ma note: 4.5/5

jeudi 2 mai 2019

Manikanetish de Naomi Fontaine

Manikanetish  Naomi Fontaine  Mémoire d'encrier  136 pages


Résumé:
Yammie accepte un poste de professeure de français dans une école secondaire située sur une réserve innue.  Elle-même issue de cette nation, elle a depuis longtemps perdu le contact avec ses origines.  Devant cette classe confrontée à des défis humains immenses, elle sera établira un contact avec ses élèves qui lui en apprendra plus sur elle-même qu'elle ne l'aurait cru.

Mon avis:
L'écriture de ce livre est toute douce, comme une grande couverture dans lequel on voudrait s'envelopper, mais elle sait aussi affronter les situations difficiles et ne pas faire de son récit un ramassis de bons sentiments.  D'avoir su trouver la limite entre les deux, le juste ton, est un petit exploit.  Car, il y a une grande pudeur dans ce récit.  L'auteur ne nous bombarde pas d'exemples et ne nous raconte pas tout.  Elle nous plonge dans une atmosphère et l'on comprend sans qu'il y ait beaucoup de choses à ajouter.   

On y parle d'enseignement et il est facile de tomber dans ces cas-là dans le client du prof-sauveur.  Ce n'est pas le cas ici.  Yammie fait ce qu'elle peut, avec l'enthousiasme de la jeunesse.  Elle ne réussira pas sur tout, sauf sur un point: elle réussira à créer des liens avec ses élèves.  Elle hésite, se demande souvent quoi et comment faire, elle fait des erreurs, bref, elle est d'une grande humanité. 

Le portrait de la situation dans la réserve où elle enseigne montre une réalité au fond très proche de la nôtre.  La vie, la mort s'y côtoient et les épreuves de l'adolescence y sont les mêmes.  C'est quand on gratte que l'on se rend compte des différences.  L'importance accordée à la nature, à la chasse et à la pêche entre autre.  On sent une relation complètement différente avec le territoire.  Les liens familiaux, l'esprit communautaire sont différents de ce que l'on retrouverait dans une polyvalente de banlieue.  L'auteure ne nous raconte pas ces différences.  Elle nous les montre, avec un grand doigté.  Une des réalités qui m'a surprise est le nombre d'adolescentes qui sont mères très jeune, 17-18 ans.  Elles n'ont pas fini leurs études et vivent déjà la conciliation travail-famille.  C'est surtout la normalité de ce fait qui surprend.  

Ce livre est une petite percée dans un univers que l'on connaît peu ou mal, loin des préjugés et des clichés.  C'est rafraîchissant, mais c'est avant tout un très bon livre qui se laisse lire avec une grande facilité.

Ma note: 4.75/5

vendredi 1 février 2019

Les Algonquiens de Nicole O'Bomsawin et Sylvain Rivard

Les Algonquiens  Textes de Nicole O'Bomsawin  Illustrations de Sylvain Rivard  Cornac  90 pages


Résumé:
Les Algonquiens forment un groupe linguistique et culturel présent sur la quasi-totalité du territoire nord-américain, de la Baie James au nord du Mexique actuel.  Ce livre a pour but de présenter de façon simple, mais précise et détaillé les traits caractéristiques des peuples qui le composent.

Mon avis:
90 pages...  En ouvrant ce livre, je m'attendais à un documentaire jeunesse ou ado à cause du nombre de pages.  Erreur grossière!  Bien au contraire, ce livre est une petite mine d'or sur les Premières Nations du groupe linguistique algonquien.  Parce que même si c'est résumé, tous les aspects des sociétés sont abordés: les techniques, les matériaux, l'art, les modes de subsistances, la spiritualité.  Le livre reste en mode scolaire (il est mentionné en quatrième de couverture qu'il a été pensé pour les enseignants), donc la présentation visuelle est assez classique, mais enrichie d'illustrations qui appuient bien le texte.  Cela n'empêche pas qu'il est une mine d'informations pour qui s'intéresse aux Premières Nations, d'autant plus que les livres aussi bien vulgarisé et accessibles ne sont pas si communs (du moins, selon mes recherches actuelles).  Le livre laisse d'ailleurs la place à certains contes de la tradition orale pour expliquer un concept, un enrichissement très intéressant.  Le livre n'a d'ailleurs comme seul défaut que sa principale qualité: il est bref.  Sincèrement, j'aurais pris 300 pages d'un texte d'une telle qualité!

Ma note: 4.5/5