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jeudi 21 mars 2024

Le pacte de minuit de C.L. Polk

 Le pacte de minuit de C.L. Polk VLB imaginaire 442 pages


Résumé:

Béatrice Clayborn a 18 ans et veut devenir une grande magicienne, être de celle qui noue un pacte avec un esprit majorae, les plus puissants d'entre tous. Toutefois, dans son pays natal, les femmes mariées ne peuvent plus pratiquer la magie à partir du jour de leurs noces: enfermées dans un collier de protection qui les coupent de leurs pouvoirs, elles ne peuvent plus pratiquer leur art, tout ça afin de protéger leurs futurs enfants d'une possession. C'est pourquoi Béatrice souhaite avant tout devenir une vieille fille et faire profiter sa famille de ses talents. Mais son père, criblé de dettes, a d'autres idées en tête pour elle: il veut qu'elle fasse un bon mariage et pour cela, a misé pratiquement tout ce qu'il possède sur la saison des pactes, période où les jeunes gens se réunissent pour conclure des alliances avantageuses. Déchirée entre ce qu'elle veut pour elle-même et pour ce qui est nécessaire de faire pour assurer l'avenir de sa famille, Béatrice voit la situation se compliquer encore plus lorsqu'elle croise le regard d'Ianthe Lavant, homme qui ne la laisse pas indifférente et qui représente une opportunité unique de mariage... Entre ses propres désirs, ceux de sa famille et ce à quoi la pousse son coeur, que fera Béatrice?


Mon avis:

Bridgerton au pays de la fantasy est l'image qui m'est venue en tête dès les premières pages du livre. Autant par le fait que c'est une excellente romance (Et côté romance, on est bien servi!) que par la critique sociale faites au travers. Ici, c'est la condition des femmes qui est critiquée, mais au travers d'un angle particulièrement intéressant: comment le monde construit autour de l'intrigue fait tout pour retirer aux femmes leur plus grand atout: leur pouvoir magique.

Évidemment, comme c'est une romance, les événements sont centrés sur Ianthe et Béatrice, mais aussi sur Ysbeta, la soeur de Ianthe, tout aussi déterminée que Béatrice à échapper au mariage, mais pour des raisons qui lui sont propres. L'histoire ne commence pas par un coup de foudre et la relation amoureuse ne se construit pas non plus sur deux personnes qui se détestent, mais bien sur deux personnes qui apprennent à se découvrir et à se respecter avant de s'aimer. Béatrice, auquel on recommande le classique, soit belle et tais-toi pour se trouver un mari va commencer à parler de ses idées à Ianthe et celui-ci, bien que déstabilisé au départ, va finir par en admirer autant le courage et l'intelligence de la jeune femme, bien plus que sa beauté, bien que comme il se doit, il la remarque. C'est le respect de ce qu'elle est comme être humain qui va pousser Béatrice vers Ianthe, même si tout en elle se révulse contre le mariage. Pas contre le fait d'aimer quelqu'un, non: c'est le collier de protection, la prison, l'absence de magie dans sa vie qui la fait fuir. Ainsi se croise et s'entrecroise plusieurs trames narratives dans ce récit: la quête de Béatrice pour son avenir, le désir de ne pas causer la faillite de sa famille, son amour pour Ianthe qui bien que réel, la mènerait à renoncer à ce qu'elle souhaite pour elle-même et son soutien à Ysbeta, doublé d'une pointe de rivalité. Les deux femmes feront alliance pour développer leur magie, malgré tous les tabous de la société dans laquelle elles vivent.

Autre personnage important du récit, Harriet, la petite soeur de Béatrice, celle qui rêve de sa saison des pactes alors que Béatrice subit la sienne à son corps défendant. Les disputes entre les deux soeurs sont épiques, mais on sent l'amour entre elles. Si Béatrice ne veut pas d'un mariage, elle ne veut en aucun cas gâcher l'avenir que sa soeur souhaite pour elle-même. Mais pour cela, il faudrait que Béatrice accepte de faire un bon mariage afin de ne pas briser la réputation de la famille. Et cela, bien sûr, il n'en est pas question pour elle!

Le père des deux soeurs a un rôle ambivalent dans l'intrigue. Il est évident que Béatrice l'aime, même cherche son approbation et son amour et qu'il l'aime aussi, mais il ne voit pas le potentiel et les désirs de sa fille à cause de son genre. Il se détourne systématiquement des possibilités que pourraient lui apporter le talent de sa fille, la pousse sans cesse vers une voie qui la terrifie au plus profond d'elle-même, allant à certains moments jusqu'à user de violence, surtout psychologique. Certains éléments de l'intrigue laissent penser qu'il est lui-même en train d'essayer de prouver au monde qu'il est capable de réussite, sans voir que sa fille mène la même quête. La mère de son côté est une figure très en retrait, presque absente du récit. Quand elle apparaît c'est surtout l'aura de sa présence qui ressort: le collier de protection autour de son cou met sa fille mal à l'aise. Les relations mère-fille sont donc peu développées, mais on sent leur importance sous le vernis du malaise.

La trame est assez classique pour une romance: deux personnes se rencontrent et tombent amoureuses l'une de l'autre avec au travers toute une série d'obstacles qui se met au travers de leurs sentiments. Sauf qu'ici, les obstacles sont à la fois traditionnels, comme le fait que Ianthe et Béatrice n'appartiennent pas à la même classe sociale et très moderne, par la volonté d'émancipation de Béatrice. Les deux s'emmêlent et influencent l'histoire d'amour. À cela s'ajoute une intrigue magique qui s'avère intéressante par elle-même. Car le collier de protection s'avère une métaphore efficace du fait que l'on retire aux femmes leur pouvoir et qu'on les enferme dans une sorte de servitude. Même si elles le font par amour, ça n'en reste pas moins une servitude. Sauf que Béatrice, résolument féministe sans connaître ce mot, se bat de toutes ses forces contre cette servitude. Au fil de l'intrigue, les allusions au fait que bien des hommes sont confortables dans cette situation ou au contraire, travaillent à la renforcer sont nombreuses. Une métaphore efficace, je disais.

Un mot sur les esprits. Béatrice est liée pendant presque tout le livre à un esprit minorae, Nadi. Celui-ci, facétieux, enfantin par certains aspects, guidé par ses pulsions et ses envies, est représenté par le pronom ael tout au long du livre, une innovation du traducteur pour représenter le it anglais. Une excellente idée, parce qu'il représente ce qu'est cet esprit: une créature sans corps, non genrée, mais oh combien désireuse de se lier à un corps! La relation entre Nadi qui veut tout, tout de suite et qui est tenté de piqué des crises et Béatrice, qui s'attache à ael malgré tout, évolue grandement durant le livre, au fil des convocations et du temps passé à partager le même corps. Ce qui était pour elle au départ un moyen d'obtenir ce qu'elle veut finir par devenir bien plus que ça.

Dernier point: j'ai adoré ce livre et pourtant, je repousse la publication de cette critique depuis un grand bout de temps. Même si j'essaie, il me semble que je n'arrive pas à rendre l'immensité des thématiques abordées et l'intelligence avec lesquelles elles l'ont été. C'est un livre qui m'a fait réfléchir et rêver bien après que je l'ai terminé. Comme tous mes grands coups de coeur.

jeudi 16 novembre 2023

Collegium Chronicles : Bastion de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles tome 5 Bastion Mercedes Lackey Daw 391 pages


Résumé:

De retour à Haven, Mags sait que même s'il a échappé au peuple de ses parents, sa sécurité n'est pas garantie: ils savent où le trouver. La solution trouvée par Nikolas est tout simplement de faire mourir Mags... aux yeux de tous. Pour cela, il faut l'éloigner de la cour et quel meilleur choix pour cela que son année de probation, dans un secteur reculé de Valdémar? Il faut aussi mettre à l'abri ses amis, Lena, Bear et surtout Amylie. La décision de cacher tout ce petit monde dans le Bastion, une ancienne place forte de bandits, facile à défendre et bien cachée est donc logique. C'est aussi l'endroit où Mags a été trouvé et où ses parents ont été assassinés. Sera-t-il cette fois assez loin pour ne pas être retrouvé par les siens? Et en ce lieu où ses parents ont vécu, trouvera-t-il enfin des réponses à la question de ses origines?

Mon avis:

Ce tome-ci est sans doute le plus cohérent dans son histoire et sa structure de la série et celui que j'ai sans doute le plus apprécié. L'auteure boucle les divers arcs narratifs de son intrigue et nous donne enfin des réponses. Qui plus est, c'est bien fait. Mais elle cède toutefois à ses vices. Encore une fois, il faut passer une centaine de pages qui n'apporte pas grand-chose à l'histoire. Cette partie comporte même une contradiction assez hallucinante: à peine revenu de son enlèvement, alors que tous les adultes qui entourent Mags savent qu'il est une cible, on le laisse aller se balader sans escorte en plein milieu d'une foire remplie d'étrangers... Mouais, repassons pour la cohérence.

Dès le départ de Haven par contre, les événements s'enchaînent. Le mentor de Mags, Jakyr, qui est aussi celui qui l'a sauvé de la mine, l'emmène. De son côté, Lena, qui est elle aussi dans son année de probation du Cercle bardique, se retrouve également avec une mentore  et la place de cette femme, Lita, ancienne amoureuse de Jakyr, éclipse totalement la jeune barde. Elle aurait pratiquement pu ne pas être là et ça n'aurait rien changé. Bear aussi en prend pour son rhume, mais comme il est guérisseur, il garde au moins une petite place. Le personnage d'Amylie par contre, gagne en profondeur. La jeune fille, amoureuse de Mags et récemment guérie de son handicap, peut enfin explorer et s'épanouir. Disons que le Bastion, pourvu de multiples caves et endroits discrets laisse enfin la place à leurs désirs. La scène où Jakyr, devant un Mags désarmé, décide de prendre en charge son éducation sexuelle est à la fois drôle et touchante : le célibataire endurci donne des conseils à l'adolescent encore vierge et on devine qu'il n'a pas peur des détails!

Cependant, le coeur de l'intrigue repose sur la rencontre entre Mags et son cousin Bey. Les deux adolescents ont le même âge et pourraient être des frères jumeaux tellement ils se ressemblent, ce qui est vraisemblable parce que leurs parents respectifs étaient des jumeaux identiques qui ont chacun épousé le jumeau de l'autre. Dans le récit que fait Bey, on comprend la source de bien des événements de la vie de Mags, mais aussi, à quel point le fait d'être un héraut l'a transformé. Sa relation avec Dallen, son compagnon, son entraînement avec Nikolas, sa vie au Collegium, tout ceci en a fait un être profondément différent de ses origines, tout en y étant ancré. 5 tomes pour arriver à cette conclusion, mais ça en aura valu la peine. 

La fin nous laisse sur des jours plus radieux, mais connaissant l'auteure (et après quelques recherches sur le web), Mags risque de revenir dans un autre cycle de Valdémar. Ça promet!

jeudi 17 août 2023

Collegium Chronicles : Redoubt de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles tome 4 Redoubt Mercedes Lackey Daw 394 pages


Résumé:
Après le mariage princier, la cour de Valdémar retourne à ses habitudes. L'occasion a été bonne pour Mags de mettre en pratique et de développer ses talents d'espion. Même si Amylie, fraîchement remise de son opération, occupe toutes ses pensées, y compris celles, très peu chastes, que tout adolescent éprouve un jour ou l'autre... Après une suite d'événements où ses deux meilleurs amis finissent par se marier et les conséquences de ce mariage, le jeune homme revient donc à sa priorité: son entraînement. Un domaine où il se montre très doué. Au point que Nikolas lui offre de tenir lui-même la boutique de prêt sur gages qui sert de couverture à leurs opérations. Là, Mags est à son meilleur, mais à chaque fois qu'il quitte l'endroit, l'étrange impression d'être observé revient. Et tout à coup, il n'est plus à Valdémar, il n'est plus un héraut, il est de retour à la mine, là où il avait toujours faim et était à risque de mourir à tout moments. Mais l'est-il vraiment?

Mon avis:
Quatrième tome de la série, celui-ci ne fait pas exception sur le fond dans la structure générale. Une première partie qui est liée très lâchement au reste de l'intrigue, puis un démarrage sur ce qui fera le reste du livre après une centaine de pages. Au moins, dans ce tome, cette partie sert à développer les personnages secondaires: ainsi Bear et Lena ont l'idée de convoler en justes noces. Ils s'aiment et veulent prendre leur indépendance de leurs parents respectifs ; quoi de mieux pour ça que de se marier? Il y a aussi la relation entre Amylie et Mags, qui, si elle reste chaste, ne se développe pas moins. D'ailleurs, Mags ressent avec beaucoup d'acuité la «surveillance bienveillante» qui entoure la fille du Hérault du roi. Pas facile d'explorer ses envies physiques quand on sait que pas mal de gens regardent par-dessus votre épaule...

La rupture vient environ à la moitié du livre et d'un chapitre à l'autre, on change radicalement d'ambiance et d'atmosphère. Tout à coup, Mags est de retour dans la mine, là où il craint à nouveau les colères de Cole Pieters, la mort qui rôde dans les galeries, les fantômes des enfants qui n'y ont pas survécu... Sauf que quelque chose lui rappelle que ceci n'est pas la réalité. Quelque chose de profond en lui. Ce passage et ce qui suit, quand il découvre qu'il a été enlevé et drogué, sont parmi les plus intéressants que l'auteure a écrit. Parce que l'on est avec Mags dans cette plongée dans ses souvenirs, là où résident ses peurs les plus profondes, mais on est aussi dans son entrée en résistance, face à ses traumatismes, autant qu'à ses kidnappeurs.

Le passage par la survie, quand il réussit à s'échapper, est à la fois très bien écrit... et un peu étrange, parce que Mags fait beaucoup appel à des connaissances qu'il a acquises à la mine. On est un peu surpris par la diversité de ce qui peut être appliqué à la survie en forêt. C'est bien écrit, mais peu en lien avec le personnage comme tel.

Pour qui est familier avec l'univers de Mercedes Lackey, le passage par Karse rappelle beaucoup de souvenirs et autant de petits plaisirs de lecture, car on sait, on devine ce qui va se passer. Pour qui n'a jamais lu une ligne de cet auteure, c'est une belle entrée en matière. Surtout en ce qui concerne un félin un peu trop grand pour être un félin ordinaire

Les trente dernières pages sont bourrées d'action et le rythme est haletant. Mais c'est parce que l'on s'est attaché aux personnages en premier lieu. Si ça n'avait pas été le cas, ces pages, au lieu d'être palpitante, aurait juste été une scène d'action ordinaire, bien écrire, mais sans plus.

La fin est un peu abrupte, sans réelle conclusion, mais bon, c'est ainsi. On en saura plus dans le dernier tome sûrement!

jeudi 29 juin 2023

Collegium Chronicles : Changes de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles Tome 3 Changes Mercedes Lackey Daw 388 pages


Résumé:

Au Collegium, tout le monde est désormais épris d'une nouvelle passion: le kirball. À ce nouveau sport, Mags est un héros aux yeux de tous, adulé pour son agilité et pour celle de Dallen son compagnon. Mais en dehors de ce sport, il suit un autre entraînement. Le Héraut du Roi, Nikolas, commence discrètement sa formation pour en faire un espion. Ce qui inclut d'apprendre à se faire passer pour qui il n'est pas. Sauf que les mystérieux assassins qui s'en sont déjà pris à Valdemar ne les ont pas oubliés. Ils seraient de retour, cachés quelque part dans Haven. Et prépareraient une autre manoeuvre: enlever Amylie, la fille de Nikolas et amoureuse de Mags, pour faire chanter son père et ainsi, contrôler le royaume.

Mon avis:

Ça faisait un bout de temps que je ne m'étais pas plongée dans un bouquin de Mercedes Lackey et je suis retombée avec plaisir dans son univers qui m'est si familier. Les problèmes avec l'écriture aussi: une écriture qui tend au tell beaucoup trop, de grandes longueurs qui retardent le début de l'action et certains éléments de l'intrigue qui font se gratter la tête, mais tout de même, un vrai plaisir de lecture, car elle a le don de nous plonger dans les aventures de ses personnages.

Mags, dans sa double vie de héros de kirball (un match occupe tout le premier chapitre, quand je disais des longueurs qui retardent le début de l'action...) et d'apprenti espion, reste Mags: l'enfant obligé de travailler dans une mine dans des conditions d'esclavage qui sait qu'il ne sera jamais complètement comme les autres. Malgré tout, ce rôle d'espion qu'on lui offre lui plaît, à la fois parce qu'il lui donnera une place utile et que ses habiletés naturelles s'y prêtent. Lui qui a un Don particulièrement puissant de télépathie, une très grande facilité au maniement d'armes et une capacité quasiment féline de se promener sur les toits. Ses incessants questionnements, à savoir ce qu'il fait est-il juste, qu'est-ce qui est attendu de lui, sont autant celles d'un adolescent que d'un enfant qui veut se prouver aux adultes qui l'entourent. Et qui doit affronter les changements que le passage à l'âge adulte provoque.

À ses côtés, ses meilleurs amis Bear le guérisseur et Lena la barde ont aussi leurs propres combats à mener, contre leurs propres parents. Le père de Bear désapprouve le fait que son fils soigne avec des herbes parce que soigner devrait être réservé à ceux qui ont un Don, ce dont Bear est dépourvu. Alors que pour ce père, les herbes sont une perte de temps, le jeune guérisseur réussit de petites merveilles qui sont reconnues par ses pairs. Mais comment grandir lorsque l'on n'est pas reconnu par nos parents? Lena fait face au même problème: son propre père, le célèbre barde Marchand va jusqu'à dire qu'il n'est pas sûr qu'elle est sa propre fille pour éviter qu'elle ne lui fasse de l'ombre! Le combat contre les parents, contre l'autorité, est la trame de fond de ce tome, mais il m'a semblé qu'elle était surfaite pour les amis de Mags. Même leurs disputes ne semblaient exister que pour nourrir la trame de ce dernier. De quoi s'ennuyer de Ron et Hermione!

Amylie de son côté est décidée à subir une opération qui lui permettra peut-être de remarcher. Le risque est grand, surtout que Bear n'a pas de Don et supervisera l'opération. Incapable de supporter plus longtemps d'être un poids pour tous, elle veut acquérir son indépendance. Car le temps presse: son statut de cible des assassins redouble la vigilance autour d'elle et lui fait encore plus ressentir le poids de son handicap. Son arc dans ce tome est intéressant, car autant elle souhaite acquérir son indépendance, autant son statut de cible lui attire une attention qui n'est pas sans lui plaire!

L'intrigue générale du tome suit la ligne classique déjà mise en place par les deux premiers tomes de la série: un début peu relié au reste des événements, un événement déclencheur qui survient autour de la page 100 (oui, je suis rendue à ce degré de précision!), une première montée en tension, puis une deuxième qui nous garde rivée sur notre bouquin pour savoir la fin. Avec au passage, beaucoup trop d'événements qui tombent un peu trop bien, comme, ah, tiens, le premier soir où Mags commence son apprentissage d'espion survient l'événement nécessaire pour faire avancer l'intrigue! Et la suite survient le lendemain soir! Quand je disais se gratter la tête. Mais bon, je pardonne ces faiblesses. Parce que l'univers qui entoure l'intrigue est très bien construit et que les personnages sont attachants. Même si ça me tape parfois un brin sur les nerfs, je vais lire la suite!

jeudi 16 février 2023

Crépuscules, Collectif

 Crépuscules  Collectif  Les Six brumes 235 pages


Résumé:

Recueil de nouvelles sur les genres de l'imaginaire, science-fiction, fantasy, horreur, pour les 20 ans de la maison d'édition Les Six brumes et réunissant des auteurices marquants qui ont publié chez eux.

Mon avis:

Diversité est un mot clé de ce recueil, qui va dans les registres de la fantasy, de l'horreur, de la science-fiction et même dans celui des histoires de bûcherons! Un joyeux mélange qui met en scène de très belles plumes. Détail remarquable, le niveau est relativement égal entre les nouvelles du recueil: pas de nouvelles qui se démarquent particulièrement par leur qualité supérieure ou inférieure à la moyenne. La différence est dans les histoires racontées, dans les styles et dans les thèmes abordés, ce qui est très agréable.

Et côté thème, on va dans tous les registres, de l'horreur plus psychologique au fantastique à la Maupassant, de la fantasy classique, à la science-fiction policière. La nouvelle qui introduit le recueil, Du sang sur  le mackinaw de Luc Dagenais donne le ton de ce mélange des genres avec une nouvelle mélangeant l'univers des camps de bûcherons, une enquête sur un meurtre et des amours gais, rédigé dans un registre que n'aurait pas renié Honoré Beaugrand. C'est l'une des nouvelles que j'ai préférée dans le recueil.

Mes autres coups de coeur sont les nouvelles de Pierre-Luc Lafrance, qui avec Retrouvailles, signe une nouvelle qui met en scène deux anciens camarades de classe se croisant à la veille de leurs retrouvailles du secondaire. Une rencontre qui finit par revenir sur les événements arrivés dix ans plus tôt, avec une note fantastique qui se glisse dans le récit au fil de celui-ci, par gouttes. La nouvelle d'Ariane Gélinas, Quatre fois l'île, qui mêle univers nordique, fées et volonté de la nature s'inscrit dans la lignée de ses autres textes. L'érotisme y tient bien sûr une part importante, mais aussi le bizarre et l'étrange s'y glissent. La dernière nouvelle, Crépuscules de Frédéric Durand, est sans doute la plus étonnante et la plus efficace du recueil parce qu'elle met en scène une lectrice lisant le recueil et par un effet de miroir et de mise en abîme, joue avec les perceptions du lecteur sur sa lecture.

En fait, le seul reproche concernant ce recueil est l'ordre dans lequel les nouvelles ont été placées, celles contenant un contenu sexuel explicite se retrouvant placé les unes à la suite des autres et les nouvelles d'horreur elles aussi rassemblées à la queue leu leu. Pour le reste, peu de reproche à faire!

Idéal pour découvrir une grande variété de plumes, autant dans les styles que dans les thèmes.

jeudi 21 juillet 2022

Les Annales du Disque-Monde: Trois soeurcières de Terry Pratchett

 Les Annales du Disque-Monde  Trois Soeurcières  Terry Pratchett  L'Atalante 314 pages


Résumé:
Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail sont les trois sorcières du royaume de Lancre. Peu portées à se mêler des affaires du royaume et pas mal plus préoccupées par les leurs, elles sont bien obligées de s'en mêler le jour où un soldat vient déposer dans leurs bras le fils du roi qui vient tout juste d'être assassiné. Le roi défunt, réduit à l'état de fantôme, cherche à prendre sa revanche sur celui qui a pris sa place sur le trône, le Duc de Kasqueth, qui est aussi son assassin. Pendant ce temps, le Fou, témoin du meurtre, ne sait plus trop comment placer ses blagues qui ont le don d'importuner le nouveau souverain. Bref, tout ne tourne pas rond dans le royaume de Lancre...

Mon avis:
Ma première incursion dans les Annales du Disque-monde, cet univers loufoque créé par Terry Pratchett. Si je ne suis pas entièrement convaincue, je crois que je comprends l'engouement pour ce disque supporté sur quatre éléphants eux-mêmes monté sur une tortue à la dérive dans le cosmos. Le ton est satirique, les personnages à la fois archétypaux et brisant les archétypes et les intrigues s'amusent à secouer les habitudes du genre de la fantasy.

Au coeur de l'intrigue, trois sorcières, dont on se demande au juste si elles ont des pouvoirs magiques au départ. Il y a Esmée Ciredutemps, la vieille fille acariâtre, Nounou Ogg, la reine de clan aux multiples fils et Magrat Goussedail, la petite nouvelle en sorcellerie. Trois personnalités totalement différentes, mais sorcières du même royaume. Lequel vient de voir son roi assassiné. Et les trois soeurcières, habituées de se mêler de leurs affaires sont bien obligées, à leur corps défendant, de se mêler de celles des autres!

À partir de là, l'auteur s'amuse à nous plonger dans des situations bizarres où l'on s'attend à A et où il nous sort B sans que l'on sache comment il a fait un tel détour et que malgré tout, ça fonctionne. Par contre, ça a un certain effet déstabilisant. Agréable, certes, mais déstabilisant. 

Au travers de cela, le Fou, qui on le comprend, ne l'a pas si drôle, le duc de Kasqueth, angoissé chronique dominé par sa femme, le roi défunt, réduit en fantôme et le fils de celui-ci, devenu acteur dans un théâtre itinérant, jouent les seconds violons, mais qui finissent toujours par rebondir au coeur de l'intrigue. Car justement, ils ne sont pas si secondaires que ça à l'histoire, lequel a le talent de donner la même place ou presque à tous ses protagonistes. Et ça marche! Malgré toutes les cabrioles avec les archétypes, malgré les digressions avec les codes du genre, l'auteur réussit à nous livrer des personnages solides, complets et qui plus est, réalistes. 

Il faut s'accrocher un peu au début, parce que l'auteur ne prend pas la peine de nous expliquer son univers, mais au fil du livre, celui-ci se dévoile: complexe, inattendu, parfois violent, souvent drôle, par moment tendre, il nous tiraille dans toutes les sens, mais caché derrière des montagnes de détails, une direction, forte et précise, se dégage.

Bref, on peut aimer ou non ce tome unique, on peut dire que Terry Pratchett a un don, mais on peut aussi dire que l'hommage au théâtre shakespearien est manifeste dans ce tome,  tout comme l'hommage qui est fait au pouvoir de la fiction. Bref, on peut dire plein de choses, mais au final, ça se résume à une phrase: lisez-le donc, juste pour voir!

Ma note: 3.75/5

jeudi 23 juin 2022

Lud-en-brume de Hope Mirrless

 Lud-en-brume Hope Mirrless  Le livre de poche  419 pages


Résumé:

Trois siècles plus tôt, les bourgeois de Lud-en-Brume, riche cité commerciale, ont chassé les anciens Ducs et ont établi une république. Leurs descendants se sont depuis fort ramollis. Maître Nathaniel Chanteclerc, actuel maire, en est la preuve vivante: plus préoccupé de dégustation de fromage et d'alcools fins que de la chose publique, il ne se préoccupe pas assez de son fils Ranulph, jusqu'au jour où celui-ci montre des réactions étranges, semblables à celles de ceux qui ont mangé un fruit de la Faërie. Ce royaume à l'ouest, tabou depuis le départ des ducs, dont on nie même l'existence.  Sauf quand il s'agit des fruits maudits, bien sûr.

Mon avis:

Sans être un chef-d'oeuvre, ce livre mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs de fantasy. Publié dix ans avant Bilbo et la mise en place des canons du genre, il est iconoclaste, inclassable et diaboliquement bien mené. On est dans le fantasy, nul doute là-dessus. Mais sans respecter aucun des codes, aucun des tropes du genre. Donc, à la fois intelligente, inattendu et.. frustrant dans une certaine mesure, parce que l'auteure nous mène là où on ne s'y attend pas.

Maître Nathaniel, anxieux, bien ancré dans ses pantoufles et fort peu porté à l'aventure ne correspond pas du tout au héros traditionnel du genre, mais justement, cela ne le rend que plus intéressant. Alors que d'autres auraient pris l'intrigue qui anime le livre à bras le corps, il est au départ désemparé et multiplie les erreurs. Le courage ne lui viendra qu'après la disparition de son fils (pas de sa fille hein! grmpf!). Le récit est donc une enquête, plus qu'une quête. Mais au travers de cette enquête, l'auteure se permet un récit à la fois sociologique et historique.

Parce que le récit porte sur la réalité: celle que l'on croit qu'elle est, celle que l'on voudrait qu'elle soit et celle qui platement, existe, peu importe le nombre de mensonges et de faux-semblants auquel on lui ajoute. Il y a une certaine mise en abîme de ces trois niveaux de réalité. Et ce qui est intéressant, c'est que ce ne sont pas tous les personnages qui le comprennent au même rythme. Donc, il y a une mise en abîme entre ceux qui ont compris et ceux qui ont encore à comprendre. L'intelligence du texte consiste à faire de constants allers et retours entre les personnages et leurs différentes visions du monde. C'est déboussolant, décoiffant, mais, c'est diablement intéressant.

La fin a le malheur d'être abrupte, comme si à un moment, l'auteur n'avait plus eu envie d'écrire cette histoire. De larges pans sont laissés dans l'ombre. C'est regrettable, mais en même temps, c'est ainsi. Néanmoins, le livre nous laisse en tête avec un concert de riches descriptions de la nature, de la vie et l'envie de nous demander, comme dans la Matrice: est-ce que j'ai pris la pilule bleue, finalement?

Ma note: 4.5/5

jeudi 12 novembre 2020

The Colleguim Chronicles: Intrigues de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 2  Intrigues  Mercedes Lackey  Daw Books  Collection Fantasy  391 pages


Résumé:
Désormais bien installé au Collegium, Mags est très occupé: en plus des tâches que lui confie discrètement le héraut Nikolas, de ses études où il doit travailler très dur pour rattraper son retard, on lui demande de faire partie de l'équipe de kirball.  Il accepte, un peu étonné, mais trouve du temps entre les entraînements pour finir ses recherches dans les archives.  Il y fait une découverte surprenante sur son passé: ses parents étaient des étrangers et non des Valdémarans.  Le seul problème, c'est que les précognitifs, tous les précognitifs ont eu une vision: le Roi, couvert de sang et devant lui, un étranger...

Mon avis:
Au risque de me répéter, je continue cette série parce que je suis très mordue de l'auteure, mais je suis tout aussi certaine de ses innombrables faiblesses.  Série à garder pour les fans finis seulement.

Mags continue donc son cheminement en tant qu'apprenti Héraut.  Il est toujours au Collegium et ma foi, si le premier tome était centré sur l'impact de la transformation majeure qu'implique sa création dans l'entraînement des hérauts, celui-ci ignore presque complètement cette donnée.  Mags a désormais des amis et beaucoup des aventures de ce tome tournent autour d'eux.  Bear le soigneur-sans-le-don qui soigne avec des herbes et que sa famille de soigneurs-avec-le-don veut marier à une fille pour qu'il ponde de nouveaux héritiers qu'on espère avec le Don.  Lena, la barde, fille de célèbre barde qui n'existe pas aux yeux de son père et qui ne vit que pour avoir un regard de lui.  S'ajoute à cela Amylie, la fille du héraut Nikolas, mentor de Mags, qui fera comprendre à Dallen que les préférences de son élu ne vont pas vers les garçons.  Attention par contre, les retournements tombent souvent de nulle part et font souvent sourciller.  Comme si l'auteure décidait que ça allait arriver là et ne se préoccupait pas que l'effet lapin sorti d'un chapeau s'enchaîne sans fin dans son livre.

La clé de ce tome-ci est la relation entre Mags et son Compagnon, Dallen.  Mags n'est jamais vraiment seul, Dallen est toujours à ses côtés.  Leur relation, déjà bien étoffée se développe encore plus.  On découvre d'ailleurs dans ce tome-ci le côté cabotin et même taquin du Compagnon.  Et ce sera d'autant plus nécessaire dans cet opus.

Déjà que Mags souffre d'un manque de confiance chronique en lui-même et en les autres, voilà que des précognitifs laissent entendre qu'un étranger pourrait attenter à la vie du roi, faisant de la vie de Mags un enfer.  Ses amitiés, encore récentes, seront mises à rude épreuve.   L'essentiel du roman se passe d'ailleurs entre les allers-retours de ces jeunes-là et les effets des prédictions sur Mags.  Ajouter à cela quelques matches de kirball, un sport à mi-chemin entre le drapeau que l'on jouait dans la cours d'école primaire et le trollball des GN.  Si vous ne connaissez pas les deux références précédentes pas grave!  Sachez juste que les descriptions sont excitantes, même si je ne suis pas sûre d'avoir entièrement compris le jeu.

Les situations sont simples, voir simplistes, on peut déplorer que l'intrigue principale soit à plusieurs moments complètement éclipsée par des détours sur des enjeux plus secondaires, mais reste que ça se lit bien et que j'ai passé un bon moment.  Si vous cherchez quelque chose de transcendant par contre, passez votre chemin.

Ma note: 3.25/5

jeudi 24 septembre 2020

The Collegium Chronicles: Foundation de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 1 Foundation  Mercedes Lackey  Daw Books  collection Fantasy  418 pages


Résumé:

Mags vit en esclavage, mais l'ignore.  Toute sa vie, il n'a connu que la mine, la faim et la brutalité de Maître Cole, le cruel propriétaire des lieux, qui malmène autant ses enfants que ses «ouvriers».  Le jour où un soldat vêtu de blanc l'arrache aux lieux pour le faire monter sur un cheval tout aussi blanc, Mags n'a aucune idée de combien son univers étroit va être bouleversé et combien lui-même aura bientôt un impact sur celui-ci.

Mon avis:

Pour moi, lire du Mercedes Lackey est comme lire un délicieux bonbon, mais je sais que là-dessus, mes goûts sont particuliers.  Ceci dit, ayant lu la majorité de son oeuvre, ses manies et ses retournements de situation me surprennent de moins en moins.  Ceci est l'une des dernières série situées dans son univers de Valdémar que je n'ai pas lu et ce n'est pas la meilleure.  Par contre, le plaisir reste là, ce qui va me pousser à continuer.

Je savais depuis longtemps que sa plume n'était pas exceptionnelle, mais n'ayant jamais lu l'oeuvre en version originale jusqu'ici, ça restait une question qui trottait dans mon esprit à savoir si c'était seulement la traduction qui empirait le tout ou non.  Réponse: non, ce n'est pas la traduction.  La plume de l'auteure est verbeuse et abuse des adverbes.  Par contre, son style simple et direct m'a plu pour sa facilité d'accès.  

Pour moi qui a lu plusieurs de ses oeuvres, je pouvais hocher la tête à certains moments du texte en me disant: ah oui, on est rendu là.  La trame de base est extrêmement semblable.  Ceci dit, Mags n'est ni Talia, ni Vanyel et encore moins Elspeth.  Propulsé dans un monde qu'il ne comprend pas, parlant avec un accent taillé au couteau dans un monde de raffinement (le texte original rend bien ses intonations rugueuse et son élocution traînante où il avale la moitié des syllabes), Mags comprendra qu'il peut enfin compter sur quelques personnes, malgré sa méfiance naturelle.  Sa relation avec Dallen, son Compagnon, est magnifique.  Tous les deux étant doué de Parler-par-l'Esprit (grosso modo, une forme de télépathie), leurs communications mentales sont à la base du récit, mais c'est surtout une forme d'union très particulière, une forme d'intimité qu'ils développent. Les autres personnages qui les entourent sont moins bien développés, mais restent crédibles.  Et le Héraut Jakyr pourrait bien revenir dans d'autres tomes.  Je l'ai bien aimé celui-là!

L'auteure ajoute une pierre à l'édifice de son oeuvre en posant cette opus dans une période charnière de l'histoire de Valdémar, à une époque où le Collégium des hérauts subit de profondes transformations, passant d'un système de mentorat à un système plus classique d'enseignement en classe.  Pour la fan de l'univers que je suis, ceci est un jalon manquant et je suis contente que l'auteure me raconte cette partie.  Mais reste qu'il faut être fan pour l'apprécier.

Ma note:3.75/5

jeudi 30 juillet 2020

Anan: 1- Le Prince de Lili Boisvert

Anan  tome 1  Le Prince  Lili Boisvert  VLB 373 pages


Résumé:
Dans un royaume matriarcal, le prince d'Anan, plus puissant royaume du continent, est promis en mariage à la reine d'Ouran en échange de leur aide contre les Inares, royaume en guerre contre Anan.  Une petite escouade de soldat triés sur le volet l'accompagne secrètement vers sa fiancée.  Car la seule route qui mène de Anan à Ouran qui n'est pas directement menacée par les Inares est un territoire occupé par des êtres étranges adeptes du cannibalisme.

Mon avis:
Oh boy...  Il y a beaucoup à dire sur celui-ci.

Première des choses, je ne comprends pas comment ce livre a pu être publié si l'on tient compte du nombre d'incohérences dans le texte, petites, moyennes et grandes.  Dans le registre des petites, il y a tout un tas de détails qui ne tournent pas rond (un prisonnier avec les mains attachées dans le dos qui doit monter une échelle de corde deux paragraphes plus loin, une archère donc l'arc apparaît toujours dans ses mains au moment opportun, mais qu'elle ne semble jamais avoir sur elle autrement, torturer quelqu'un qu'on veut faire parler dans un fort rempli de soldats endormis, alors qu'on a tout fait pour entrer discrètement, etc).  Ce sont pourtant des détails tellement visibles qu'en lisant, on lève les yeux au ciel.  Le livre en est truffé de part en part.  Dans la catégorie des grandes, il y a ce qui sous-tend l'intrigue principale du roman: pourquoi, dans un royaume où il est clairement établi au départ que la reine est élue et que ses enfants n'ont aucun droit à la couronne et aucune importance politique, conclure une alliance par un mariage entre un prince et une souveraine a-t-elle le moindre sens?  Directement en partant, il y a là une contradiction totale et un manque de cohérence.  Le livre au complet en souffre.

Ce qui pourrait aider à croire dans le reste de l'histoire, ce sont les personnages, mais eux aussi souffrent du problème de manque de cohérence.  Le personnage principal, une capitaine de l'armée, que l'on présente comme une guerrière accomplie, héroïne de guerre auréolée de gloire, a un comportement extrêmement changeant et prend toujours les mauvaises décisions au pire moment qui soit...  Ce personnage résume à lui-même beaucoup de problèmes récurrents du livre avec autant avec les personnages qu'avec le reste de l'intrigue.  L'auteure nous dit que ses personnages sont X, alors que leur comportement est A, M, Z ou Q.  Par exemple, alors que dans les premières pages, on décrit l'événement qui fait accéder la capitaine à la gloire, où sous une énorme pression, elle a su prendre une décision stratégique en quelques secondes, elle se laisse dominer par ses émotions à plusieurs reprises, toujours au pire moment, pour euh, ben, aucune raison.  Par exemple, lors d'un simple interrogatoire, qui n'a aucune importance vitale, elle laisse voir son irritation au bout de trois questions.  Elle est parfois capable d'analyser froidement des situations et au moment où elle devrait prendre les décisions les plus en phase avec son comportement précédent, elle fera le contraire.  C'est à en hurler par moment.  

Ce qui vaut pour elle vaut aussi pour l'ensemble des personnages, mais j'ajouterais un point encore plus dérangeant: on ne les connaît pas, même au bout de presque 400 pages.  Que veulent-ils vraiment, ces gens qui partent pour cette mission?  Aucune idée.  Chacun a UNE motivation, bien mince, à faire parti de la mission et leur comportement n'est en aucun cas lié à celle-ci.  On a droit à quelques bribes de leur histoire personnelle pour nous les faire comprendre, beaucoup trop tard dans le roman.  Tous semblent agir pour faire avancer l'intrigue, sans souci pour la cohérence (oui, je reviens là-dessus) de la personnalité de chacun.  Ce sont des marionnettes qui vivent une aventure, pas des êtres de chair et de sang.  On a donc d'énormes difficultés à s'attacher à eux.  Et on s'en fou un peu au fond si la mission réussit ou non.  Le fameux prince entre autre, sur qui tout repose pourtant, est tellement mince qu'on dirait qu'il est fait de papier de soie.

Si on penche du côté de l'écriture, c'est... assez catastrophique: l'auteure multiplie les infodumps , même dans les moments de tension, cassant son élan (on sent ici l'influence de l'écriture journalistique, ce qui n'a pas sa place dans un roman).  Elle a une tendance au tell agaçante tout au long du livre, qui nuit entre autre beaucoup au lien d'attachement avec les personnages.  Les scènes de combat sont rythmée, mais à pleurer tellement elles sont truffées d'invraisemblances.  Elle a prit la solution de facilité de changer de narrateur au gré de ce qu'elle raconte, une tendance contemporaine, mais qui ne sert pas du tout son récit.  Éparpillé entre les points de vue, on se perd et on ne gagne rien.  Par contre, je donne à la plume de l'auteure d'avoir su créer quelques moments de très bonne tension qui donne envie de tourner la page pour savoir la suite.   Le roman est truffé de rebondissements qui nous tiennent en haleine.  Plusieurs m'ont fait lever les yeux au ciel d'exaspération, mais ils étaient là.  Sans ces moments-là, j'aurais viré le livre longtemps avant la fin.

L'univers de fantasy représenté a des idées intéressantes, mais elles sont partielles ou inabouties.  C'est que l'auteure les lance en l'air... puis, comme elle l'a dit, elle poursuit son intrigue sans plus en tenir compte.  L'idée d'une reine élue est bonne, mais ne cadre pas avec le reste de l'intrigue.  L'idée d'un sénat élu qui gouverne, reléguant la reine à un poste de type présidentiel, est très bonne, mais c'est beaucoup trop secondaire à l'histoire.  La façon de fonctionner du gouvernement d'Anan est un modèle de quelqu'un qui a essayé de faire différent... mais uniquement en plaquant des trucs dans un univers, sans chercher à en voir les travers, les défauts, les impacts, bref, ce qui permet à un univers d'être réaliste.  Personne à Anan ne peut hériter de la fortune de ses parents, pas même les enfants de la Reine?  Mais alors pourquoi sont-ils comme des princes classiques de fantasy, pétris de privilèges au point d'être gâté pourri?  Leur vie n'est pas destinée à être éternellement telle quelle est pendant la période du règne de leur mère.  Alors pourquoi ne pas intégrer cette donnée dans l'intrigue?  C'est pourtant la base de la fantasy que de créer des univers et de voir comment les personnages vont interagir avec celui-ci, créant des contraintes et des possibilités.  De ce côté-là, c'est une immense déception parce que ce n'est pas du tout maîtrisé dans le livre.

L'auteure est une féministe connue et dans cette oeuvre, elle a essayé de détourner les clichés de la fantasy, mais justement, elle s'en est tenue à ça: des clichés.  Si on renverse les rôles des genres, cela peut être intéressants, mais si ce renversement est dépourvu de réflexion sur les impacts du renversement... et bien, ça fait couic au mieux et ça ne passe pas pour le reste, soit la grande majorité.  Les femmes occupent tous les postes de pouvoir?  Mais pourquoi donc on retrouverait quasiment à l'identique les mêmes structures de pouvoir classique?  Ce sont les hommes qui sont des esclaves sexuels?  Il ne suffit pas de le dire, il faut explorer l'idée, entre autre l'impact sur la vision d'eux-même des hommes.  Et quel est l'impact du matriarcat sur ceux-ci?  Ils sont admis dans l'armée, pour des postes inférieurs seulement semble-t-il, mais outre cela, ils n'ont pas l'air d'être victimes de sexisme.  Les effets sur la famille, les relations sociales sont complètement évacuées.  Ce qui entraîne, et oui, j'y reviens, de l'incohérent dans le récit.  Parce que les idées lancées à un moment ne sont pas utilisées par la suite.  Vers la moitié du livre, un personnage amorce un début de réflexion sur le sujet, mais cela dure une page à peine et le sujet n'est qu'effleuré, alors que soyons honnête, l'auteure a fait de ce renversement la base de son livre (p.176-177 pour ceux que ça intéresserait).  Cela aurait été très intéressant de l'explorer, par petites touches tout au long du livre, mais là, ça tombe à plat parce que c'est beaucoup trop dans le genre, dans ta face!  C'est comme le passage un autre personnage utilise des arguments typiques du véganisme pour justifier le cannibalisme...  C'est trop flagrant, ça ne passe pas.  

C'est pas qu'il n'y a rien dans ce roman, certaines idées sont bonnes et l'auteure a un embryon de talent, mais ceci aurait dû être la version de pré-travail du roman, pas l'oeuvre finale.  Elle est trop écartelée, trop pleines d'erreurs, pas assez peaufinée dans ses idées.  Dommage...

Ma note: 2/5

vendredi 24 avril 2020

Le mystère des Sylvaneaux de Joël Champetier

Le mystère des Sylvaneaux  Joël Champetier  Alire  528 pages


Résumé:
À Contremont règne le roi Japier, inconsolable depuis la mort de sa femme la reine Anne.  Sur ses terres vit un Agg, une ancienne race qui se nourrit de chair humaine¸ Barrad.  Tous les cadavres de Contremont lui sont envoyés pour être dévorés.  Sauf que le chef des armées, profitant de la faiblesse du roi et ne voulant pas finir en pâté pour Agg, décide de chasser Barrad.  Celui-ci fou furieux, prend le roi en otage et demande en échange quelque chose de rare, quelque chose de précieux, quelque chose d'impossible: un sylvaneau.

Mon avis:
La première chose qui m'a frappé, c'est que si ce livre respecte toutes les apparences des romans de fantasy épique, il n'en est pas un.  Parce que si les situations et les personnages de base est à l'avenant, le traitement ne l'est pas.  Les personnages (un vieux sage, un jeune serviteur futé, un général d'armée ambitieux, un roi puissant, mais sage, une jeune princesse dégourdie, une chasseuse habile au combat) ont les habits des récits épiques, leurs personnalités sont plus complexes, plus nuancées, en un mot, plus humaines que ne l'exige ce genre de récit.  Ils font des erreurs, ont parfois l'air idiot, ne triomphent pas de leurs épreuves dans de grands mouvements grandiloquents.  Non, ce sont des humains ordinaires, plongés dans des circonstances extraordinaires.

Le style du récit montre aussi que l'auteur s'est amusé à jouer avec les codes du genre.  À quelques reprises, il fait prendre des détours à l'histoire et nous emmène là où on ne s'y attend pas.  L'écriture est fluide, mais on sent l'adaptation du roman jeunesse au roman adulte à plusieurs moments.  C'est parfois un peu trop enfantin et à d'autres, non.  De plus le livre couvre deux histoires complètement différentes et liées uniquement par un personnage.  Ça n'aide pas beaucoup à créer un sentiment d'unité.

N'empêche, il se dégage une grande impression de réel, de vivant de cette histoire.  Les personnages sont loin d'être en carton-pâte et les lieux où ils vivent sont incarnés.  On sent la vie quotidienne du château et de ses habitants en quelques lignes.  Chaque lieu qu'ils visitent respirent, même si ils sont parfois décrit en quelques lignes.  C'est sûrement lié aussi à la profonde humanité des personnages: comme eux, les décors participent à l'histoire, avec leurs forces et leurs petites imperfections qui les rendent si réalistes.

Ce n'est peut-être pas un grand roman, mais c'est un roman qui s'adresse à tous les âges et à tous les publics.  On peut le mettre autant dans les mains d'un enfant que dans les mains d'un adulte.  Et juste ça, en soi, c'est un exploit!

Ma note: 4/5

jeudi 16 janvier 2020

Le dernier Héraut-mage: 3-Le prix de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier Héraut-Mage  tome 3  Le prix de la magie  Milady  Lu en intégrale  page 839 à 1293


Résumé:
Vanyel vit désormais à Valdémar, où le roi Randal, malgré le soutien des guérisseurs et de sa femme Shavri, est littéralement en train de mourir devant son peuple.  Un jeune barde, Stephen, parvient à le soulager en utilisant un don inconnu impliquant ses capacités musicales.  Vanyel se sent instantanément attiré vers ce jeune homme, shaych comme lui.  Stephen également.  Mais Vanyel n'a jamais pu oublier Tylendel...

Mon avis:
Un tiers du récit, Vanyel est pas sûr de lui, il trouve Stephen mignon, mais il n'a pas oublié son grand amour etc, etc.  Un autre tiers, les aléas de la vie de héraut et la vie de la cours se mettent en travers de leur belle histoire.  Et un dernier tiers qui mènera Vanyel vers sa mort, comme il en fait le rêve depuis le début de la trilogie.

Et tout ça prend un peu beaucoup de temps à raconter.

Dans ce tome, l'auteure abuse beaucoup du tell.  Certes, elle accorde toujours une grande importance aux émotions et au portrait psychologique de ses personnages, mais c'est presque trop.  Il y a très peu d'actions dans ce tome-ci et la valse-hésitation de Vanyel gruge la plupart du livre, au point où j'ai eu sérieusement envie de sauter dans le livre pour aller le secouer.  Beaucoup de situations sont montées en épingle pour retomber à plat.  Bref, c'est un tome assez inégal.

La fin n'est pas vraiment meilleure.  Elle met une terrible épreuve à la toute fin et Vanyel s'en sort en dix pages, grâce à son amoureux.  Le personnage de Stephen, presque tout au long, est assez réduit.  Il est comme la bonne épouse qui prend soin de son amoureux avec dévouement et patience, qui lui brasse les puces au bon moment et qui lui sert de boussole morale.  Ce dont Vanyel n'avait pas eu besoin dans les deux tomes précédents, mais qui lui semble maintenant indispensable.  Si au départ, Stephen a ses propres buts, sa relation avec Vanyel grugera toute sa vie.  Bref, même dans les couples gays, ça peut arriver.  Et d'ailleurs, l'auteure est d'une pudeur extrême face à leur sexualité: elle arrête les scènes d'amour dès que leurs lèvres s'approchent de celles de l'autre.  Elle n'a jamais eu autant de réserve avec les couples hétéros!

Et bon, la fin en apothéose que l'on voit venir depuis le début de l'histoire est expédiée et on fait même des ellipses sur de larges bouts.  Bref, le troisième tome donne une fin de trilogie en queue de poisson...

Ma note: 3/5

jeudi 9 janvier 2020

Le dernier Héraut-Mage: 2- Les promesses de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier Héraut-Mage  tome 2  Les promesses de la magie  Mercedes Lackey  Milady  Lu en édition intégrale page 429 à 837


Résumé:
Épuisé par une longue année de lutte sur le Front karsite, Vanyel, devenu un héraut-mage confirmé, le meilleur du Cercle Héraldique, retourne se reposer quelques semaines dans sa famille.  Il y aura l'occasion de régler quelques vieux conflits avec les siens, de rencontrer de nouveaux compagnons et... n'aura pas le temps de se reposer, les ennuis semblant définitivement le suivre partout!

Mon avis:
On commence le livre avec un Vanyel au bout du rouleau, littéralement, épuisé dans tous les sens du terme.  On finit le livre avec un Vanyel tout aussi épuisé.  Bref le but annoncé du livre était de lui permettre de se reposer et il ne se reposera pas du tout au cours de ce bouquin.  Si vous êtes exténué, ce n'est pas le bon moment de lire cet opus: vous allez beaucoup trop vous reconnaître dans le personnage principal.

Le livre est le prétexte à bien des égards, à régler les situations problématiques établies dans le premier tome avec les membres de sa famille.  Les relations complexes avec son père, avec son ancien maître d'armes, avec le prêtre de l'endroit, avec une ancienne servante de sa mère.  Un par un, Vanyel va les rencontrer, parfois les confronter et dénouer les fils complexes de ses relations avec eux.  Rendu au deuxième ou au troisième, on voit venir, mais l'auteure réussit à nous emmener là où on ne l'attend pas, en présentant les motivations profondes, voire les nuances des émotions de ses personnages.  Ce n'est pas un livre qui est une réussite au point de vue strictement littéraire et l'auteure a souvent la main lourde, mais reste qu'elle réussit à peindre de très beaux personnages.

Vanyel a gagné en maturité de bien des façons.  Douze ans séparent le premier du deuxième tome de la trilogie.  Vanyel a grandit, mais sa solitude n'en est que plus grande.  Son statut de Héraut-Mage lui pèse, car il transforme ses relations avec presque tout le monde, sauf ses amis très proche qu'il craint de devenir une cible.  Et sa solitude, infinie après la mort de Tylendel qui le poursuit encore.  Il aura l'occasion d'évoluer sur les deux questions au cours du livre.  Et sa relation avec Yfandes, son compagnon, balbutiante durant le premier tome, est désormais pleinement vécue.  C'est beau à voir.

Contrairement à la manie de l'auteure de changer sans cesse de point de vue entre les différentes personnages, ce tome-ci est écrit entièrement du point de vue de Vanyel, ce qui améliore beaucoup le texte.  Certes, cela nous oblige à vivre son état d'épuisement constant, mais cela renforce l'engagement auprès du personnage.  En d'autres mots, le deuxième tome est meilleur que le premier!

Ma note: 4/5

jeudi 19 décembre 2019

Le dernier-héraut-mage: 1- La proie de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier héraut-mage  tome 1  La proie de la magie  Mercedes Lackey  Milady  Lu dans l'édition intégrale de la trilogie, p. 1 à 426


Résumé:
L'avenir de Vanyel Ashkevron était tout tracé: reprendre le domaine de son père, Seigneur de Forst Reach, devenir un guerrier, être un homme...  Mais le jeune homme est rebelle: il préfère la musique aux armes, la souplesse et la rapidité à la force brute, les hommes aux femmes...  Envoyé auprès de sa tante, Héraut-mage, dans la capitale, sujet aux intrigues et aux tentations, Vanyel y découvrira l'amour, mais aussi autre chose, cette chose qu'il cherchait à fuir : le devoir.

Mons avis:
Pour qui n'est pas familier avec l'univers de Mercedes Lackey, l'auteure ne prend pas beaucoup de temps pour expliquer son univers comme tel.  On peut le lire de façon indépendante, mais pour quiconque a déjà lu d'autres tomes, les liens sont plus faciles à faire.  Le tout premier tome de cet univers, après tout, ne commençait-il pas par Talia lisant le récit de la mort héroïque du Héraut-Mage Vanyel, le principal protagoniste de cette trilogie?  Un antépisode donc, mais qui nous ramène aussi à une période de l'histoire de Valdémar plus primitive, où les hérauts existent déjà, mais où la magie est toujours présente.

L'auteure manie avec doigté l'art de prendre beaucoup de temps pour raconter certains passages avant d'accélérer pour nous garder littéralement rivé au livre.  Ainsi en est-il de la première partie, décrivant longuement le sort de Vanyel à Forst Reach et à quel point il y est un adolescent malheureux.  Son départ pour Haven emmènera de nombreux changements dans sa vie, entre autre la découverte de son homosexualité.  Puis à un certain point, on accélère encore vers la finale.  Ainsi en est-il de la presque totalité du livre: une grande précision, voire une sentimentalité dans certains moments, un grand flou dans d'autres, suivi d'une accélération.  Pourtant, sans tout le temps à placer les émotions de Vanyel, la finale n'aurait pas autant de force.

Une chose est sûre, les nuances émotionnelles que vit Vanyel sont soigneusement détaillées.  On se reconnaît dans ce personnage mal dans sa peau et on l'accompagne dans les difficiles épreuves qu'il traversera.  Par contre, à un certain point, on peut trouver que l'auteure en beurre pas mal épais.  Toutes ces épreuves sur un seul être humain?  En si peu de temps?  Mouais...

L'écriture n'est pas très riche et bon, la principale qualité de l'auteure n'est pas son style qui est assez fade.  Mais elle est une très bonne raconteuse d'histoire, qui nous donne envie de continuer auprès de ses personnages, qui s'ils sont au départ archétypaux, sont capables d'évolution sans que cela fasse niais.  Même ceux qu'elle s'amuse presque à torturer pour mieux nous les rendre humain et proches.  Et l'univers qu'elle a su créer est riche de tellement de nuances que l'on voit dans peu d'univers de fantasy que l'on accroche. Quoique ce tome-ci, et je dirais même cette trilogie-ci, est réservée aux fans déjà conquis.

Ma note: 3.5/5

jeudi 5 décembre 2019

Monstress: Awakening de Marjorie Liu et Sana Takeda

Monstress  tome 1  Awakening  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda  Images comics  Non-paginé


Résumé:
Maika Halfwolf est une arcanique, une race issue d'un croisement entre les humains et une ancienne race.  Contrairement aux autres membres de son peuple, elle a une apparence entièrement humaine, à l'exception de son bras gauche, amputé.  Maika cherche quelque chose et se laisse même vendre comme esclave pour l'obtenir.  Seulement, les personnes qu'elle croit être ses pires ennemis sont autant à l'extérieur d'elle qu'à l'intérieur.

Mon avis:
Décoiffant.  Tant par le style narratif très proche des comics de super-héros (que je n'ai guère lu, je le confesse) que par un esthétique qui lui propre, à cheval entre les traditions graphiques issues de l'Asie et d'autres traditions, dans un mélange surprenant, mais dont le résultat est se démarque au niveau du dessin.  La dessinatrice a su créer un univers hautement cohérent, tout en étant totalement unique.  Un exploit à lui seul.

L'histoire de Maika se révèle par couche.  L'histoire commence au moment où elle est vendue aux enchères comme esclave, une situation qui s'avérera volontaire par la suite.  Car Maika cherche quelque chose.  Qui plus est, une part d'elle-même lui échappe.  Cette double situation, qui la confronte sans cesse à elle-même, la suit tout au long du récit.  Le récit est donc une double quête, extérieure d'abord, puis intérieure, qui se mélangent et se répondent tout au long de l'intrigue.

L'univers dans lequel cette histoire se déroule étant un matriarcat, on est au départ un peu surprise par la quantité de personnages féminins, mais ce n'est que justice: on est tellement habituées à l'inverse!  Les hommes sont relégués à des rôles secondaires, voire tertiaires, laissant toute la place à de riches personnages féminins, nuancés et crédibles, Maika au premier rang.  Aucun d'eux n'est d'ailleurs sexualisé à outrance.  Cela ne correspondrait pas à cet univers.  Et il y a bien sûr les non-humains, à premier chef les chats à multiples queues...  Comment pourrais-je seulement résister à ce genre de récit où des chats jouent un rôle principal?

Ce n'est que le premier tome, mais tant par son intrigue, nuancée et complexe, que par par son esthétique, ce livre révolutionne bien des choses.  Intriguant à souhait.  J'ai hâte de connaître la suite.

Ma note: 4.5/5

jeudi 28 novembre 2019

Le sorceleur: 1- Le dernier voeu de Andrzej Spokowski

Le Sorceleur  tome 1  Le dernier voeu  Andrzej Sapkowski  Milady  382 pages


Résumé:
Geralt de Riv est un sorceleur, un spécialiste des monstres magiques, un mercenaire qui ne combat que pour l'argent.  Enlevé à sa famille dans son jeune âge, il a été transformé par un traitement cruel afin d'améliorer ses sens et sa rapidité.  Dans son monde, où les humains ont colonisé une terre autrefois peuplée d'elfes, de nains et d'autres créatures magiques innombrables, il est un errant, payé au travail accompli, souvent craint, parfois méprisé.  Au fil de ses aventures, il ne cherche au fond qu'une seule chose: son humanité perdue.

Mon avis:
C'est... différent.  À la fois dans la manière de raconter, dans les sujets, dans la façon dont l'auteur a choisi de cadrer son héros.  Geralt de Riv n'est pas un homme bon ou mauvais.  Il fait ce qu'il a à faire et entend être payé pour.  Il ne s'implique d'ailleurs jamais dans les causes pour lequel il a des contrats.  C'est la totale antithèse du héros défenseur d'un idéal.  On pourrait donc le croire cynique ou désabusée, mais c'est simplement que sa propre quête est personnelle et non collective.  Il ne cherche à sauver personne d'autre que lui-même.  Et il vit quête au travers de ses aventures, elle n'en constitue pas le coeur.

Le livre se tient aussi à distance des grands canons de la fantasy par sa structure.  Il n'y a pas de véritable début ou de fin à l'histoire parce que le récit est constitué d'une série de nouvelles entrecoupés par une autre raconté entre les autres épisodes qui constitue un peu le fil rouge, très mince certes, du livre.  C'est à la fois efficace et surprenant, parce que ça sort le lecteur de sa zone de confort.  Le récit n'offre d'ailleurs pas vraiment de ligne chronologique, ou du moins, bien peu de repères.  Oubliez donc les grandes envolées vers la fin, on est pas dans ce registre.  Le récit prend très peu d'essor au fil des pages.  La tension monte et descend lors des combats, mais sans porter une grande histoire qui nous ferait dévorer les dernières pages.  Les scènes de combat sont nombreuses et très bien décrites.  Je n'ai pas trouvé l'info, mais il ne serait pas surprenant si l'auteur était lui-même un adepte de l'escrime tellement les détails des combats sont précis.

Autre chose, le récit est différent par le choix des créatures que Geralt combat, mais aussi par le choix du vocabulaire utilisé.  Le récit tire ses racines des contes et légendes de l'Europe de l'est et non de celui de l'ouest comme on est habitué et cela donne une saveur différente au récit.  Le rythme, les enjeux, les créatures magiques, la façon de raconter, tout a une texture légèrement différente.  D'ailleurs, je me demande à quel point la traduction du polonais a eu ici de l'influence sur le texte.  Je vais rester avec ma question, je n'ai aucune notion du polonais!

Sans être passionnant, c'est intéressant et c'est une porte ouverte vers un autre genre d'univers.  Quand à lire la suite, pas sûre.

Ma note: 3.75/5

jeudi 7 novembre 2019

Le livre des chevaliers d'Yves Meynard

Le livre des chevaliers  Yves Meynard  Alire  308 pages


Résumé:
Adelrune est un enfant trouvé, adopté par un couple sévère, observateurs scrupuleux de la Règle.  Seulement, l'enfant trouve un jour un étrange livre dans le grenier, surnommé Le livre des chevaliers.  Fasciné par les images, il fera tous les efforts pour apprendre à lire afin d'en comprendre le message.  Et une fois qu'il l'aura lu, son but sera à son tour de devenir chevalier.  Mais être chevalier sera-t-il vraiment comme il l'a imaginé?

Mon avis:
Ce livre tire visiblement son inspiration des vies de chevalier du Moyen Âge et montre l'importante que pouvait acquérir ce genre de récit.  L'auteur en reprend donc les codes et en grande partie aussi la façon de raconter.  Ce qui en fait un récit intéressant, mais pas nécessairement passionnant.

La première partie, où Adelrune est enfant et où sa vie morne et austère, dépourvue d'affection parentale (il est un enfant trouvé et on le lui rappelle constamment) est éclairée par la présence de ce livre qu'il trouve au grenier.  J'ai beaucoup aimé cette partie, parce qu'elle démontre parfaitement comme le pouvoir de la lecture peut transformer une vie.  Quand notre héros, convaincu par ses lectures décide de quitter son patelin pour entamer une aventure qui lui conférera son titre de chevalier, le récit change énormément.  Il trouve son maître et entame sa formation, qui représente au fond une partie assez courte du livre, avant de le quitter pour des aventures qui lui permettront de devenir lui-même chevalier.  C'est un schéma assez classique donc, mais en même temps, il s'en éloigne.

De un, lors de sa formation, la personnalité de son mentor est très peu explorée et son entraînement reste vaguement décrit.  On s'en remet aux connaissances du lecteur sur la chevalerie pour le déduire.  Ensuite, lors de ses aventures, Adelrune ne poursuit pas une quête classique.  Il vit une série de péripéties, qui semble avoir peu d'impact sur sa personnalité et ses capacités.  Certes, il trouve son arme, mais il ne développe que peu de liens avec elle et ne s'en sert pas souvent pour se battre.  Certes, il est nommé chevalier, mais cela a moins à voir avec ses capacités qu'avec les circonstances dans lequel il se trouve et le monarque qui le sacre.  Certes, il accomplira la quête qu'il s'était donné au départ (découvrant au passage ses origines), mais on dirait qu'il fait tout ça pour pas grand chose.  En cela, la fin donne à l'ensemble une cohérence que le reste du livre portait très peu.

L'écriture comporte peu d'envolées, reste très terre-à-terre et ne donne pas des envies chevaleresque.  On est plutôt dans le concret de la vie de chevalier avec ses erreurs et ses doutes plutôt que dans l'hagiographie, ce qui est bien, mais quand même, on ressent un petit manque parce que cela ne correspond pas aux codes du genre.  Adelrune est un personnage assez froid et peu incarné.  Il semble être là pour permettre au récit d'exister plutôt que d'en être le moteur d'action.  Encore là, l'auteur joue avec les codes du genre.  L'auteur en a le droit, mais on garde l'impression à la lecture qu'il a raté sa cible plutôt que celle d'une réinvention du genre.  Ce qui fait que j'ai trouvé la lecture à distance et non prenante.

Je ne saurais mieux résumer ce livre que comme une réinterprétation des récits de chevalerie en essayant d'en modifier les codes.  C'est intéressant comme exercice, mais pas tant comme lecture.

Ma note: 3.5/5

jeudi 11 avril 2019

Les fleurs du roi: 4-La vengeance des fleurs de Julie Martel

Les fleurs du roi  tome 4 La vengeance des fleurs  Julie Martel  Collection jeunesse-plus  fantastique-épique  Médiapaul  235 pages


Résumé:
Vingt ans plus tard, Amaryllis rend visite à Capucine, qui vit cloîtrée dans un temple isolé dans les montagnes.  Même si sa soeur refuse de la voir, la reine du Techtamel est tenace.

Au présent, Dahlia part en compagnie des mercenaires pour trouver les raisons de la mort de Tadéo Blamqui.  Pendant ce temps, Capucine et Amaryllis aident au déménagement des conspirateurs dans les grottes des Plaines trouées.  Dans les dédales de la rivière souterraine reliant les grottes, elles découvrent une autre cité saecula...

Mon avis:
Mais pourquoi donc?  Pourquoi commencer le récit vingt ans plus tard alors que l'on sait très bien que la vengeance des fleurs aura eu lieu alors que durant les trois autres tomes, l'auteure centre toute la tension autour de l'idée de savoir si elles réussiront ou non?  Et là, au début du tome 4, on sait que oui, dès la première scène...  C'est étrange, parce que la résolution de l'intrigue s'en trouve fortement ébranlé.  Au lieu de se demander si la vengeance aura lieu, on se demande comment et les scènes dans le passé entre les soeurs n'ont plus de réel enjeu, justement parce que peu importe comment, on le sait que ça va arriver.  L'auteure n'arrive malheureusement pas à créer une tension qui nous donnerait envie de savoir comment et donc on lit... ben, juste pour savoir comment ça va finir, sans réellement avoir plus d'intérêt qu'il ne le faut.

On se permet aussi une large ellipse sur les Saeculas qui ne serviront au final.. à rien.  Pas d'évolution psychologique du personnage d'Amaryllis (elle reste campée sur ses positions), pas d'élément nouveau qui fera la différence dans la bataille finale, non, juste une petite balade pour leur rendre visite et ensuite, retour au sujet principal.

Les motivations de Capucine dans cette partie du récit sont assez peu claires, ce qui fait qu'on se demande quel rôle ce personnage a à jouer dans l'histoire.  Elle souhaite la vengeance, mais elle n'aime pas la violence, elle redoute Amaryllis, qui elle s'en remet uniquement aux étoiles...  Bref, ça devient brouillon.  La partie concernant Dahlia, plus dans l'action porte une ligne narrative plus claire et sont nettement plus intéressantes.

L'auteur garde aussi la mauvaise habitude de nous raconter depuis le futur des événements qui auraient gagné à être vécu dans le présent pour les personnages.  Je ne comprends pas ce choix, elle ne dessert pas l'histoire qui est ainsi, moins proche, moins accessible et ressemble plutôt à une légende qu'aux événements ayant réellement touché la vie des trois soeurs.  Dommage donc.

Ma note: 3.25/5

jeudi 4 avril 2019

Les fleurs du roi: 3- La Reine rebelle de Julie Martel

Les fleurs du roi  tome 3  La Reine rebelle  Julie Martel 236 pages


Résumé:
Dahlia a grandi à la frontière avec la Sierra Gula, zone aride et désertique du royaume de Techtamel.  Elle a été élevée par un colonel de l'armée, rigide et austère, mais qui l'a formée à se défendre et à manier les armes.  Peu désireuse de finir mariée et d'avoir des enfants, elle cherche à s'enfuir quand le roi du Techtamel lui-même la demande en mariage!

Réunies et avec l'appui de l'héritier-machtli, les trois soeurs préparent leur vengeance envers le roi Déodato, d'autant plus que leur père, Tadéo Blamqui, est maintenant à leurs côtés.

Mon avis:
Des trois tomes, celui-ci est sans doute le plus cohérent dans son déroulement, puisque les scènes du passé et du présent alternent entre le personnage de Dahlia et les événements concernant l'ensemble du groupe, un an plus tard.  En ce concentrant sur un seul personnage dans le passé, il est plus facile de suivre l'intrigue.

Dahlia a d'ailleurs tout un caractère.  C'est la guerrière des trois soeurs, celle qui sait se battre, mais elle a de nombreuses faiblesses de ce côté (ses modestes talents de lanceuse de couteau n'en sont pas le moindre).  Ce n'est pas une combattante tellement dure qu'elle soit en manque de crédibilité.  Comme pour tous ses autres personnages, l'auteure marque là son talent pour montrer des personnages à la psychologie nuancée et riche et ce, en très peu de mots.  C'est la même chose du côté des histoires d'amours entre Lucio et Amaryllis ou entre Capucine et Tienko, qui ne tombe pas dans le romantisme à tous crins mais sont tout en nuances.  Malgré tout, on comprend mal les relations entre les soeurs parce que tout nous est raconté à rebours et que faisant, il en manque bien évidemment des bouts... 

Autant certains passages sont précis et cohérents, autant l'auteure néglige totalement de nous raconter certains passages qui sont simplement évoqués dans les périodes se produisant dans le futur.  Et c'est là que tout dérape.  On s'attend à les lire, à les voir, à comprendre un peu mieux les triplées grâce à leurs réactions à ce moment-là ou à celui-là, mais... non.  Ma grande déception: un passage que j'attendais depuis deux tomes, que je ne révèle pas pour éviter d'être une horrible divulgâcheuse, est absent du livre.  Étant donné que tout nous pointe vers cet événement depuis deux tomes, je ne m'explique pas son absence, d'autant plus que ça détruit une bonne partie de la portée de la relation entre les trois soeurs.  C'est évoqué dans les passages au présent, mais jamais raconté et ça fait un énorme trou dans l'intrigue.  Pourquoi cette absence?  Je ne me l'explique pas.

Ma note: 3.5/5

vendredi 4 janvier 2019

Les fleurs du roi: 2- Le deuxième dragon de Julie Martel

Les fleurs du roi  tome 2  Le deuxième dragon  Julie Martel  Collection Jeunesse-Plus fantastique épique Médiaspaul  193 pages


Résumé:
Amaryllis et Capucine sont toutes les deux à l'intérieur du labyrinthe.  Après la terrifiante scène avec Aliou dans les égouts, Capucine tente de passer dans un autre quartier, mais les manigances du sorcier ne l'aideront pas.  

Amaryllis de son côté, a été faite prisonnière par Sahale et lui prédit sa chute avec l'astromancie.  Cependant, elle tombe sous le charme de cet être étrange, qui n'est pas humain, sans comprendre sa véritable nature.  Quand à Capucine, elle croisera la route d'un autre dragon.  

Pendant ce temps, invitées au palais du neveu du roi Déodato, les trois soeurs continuent de raconter leur histoire.

Mon avis:
Encore une fois cette impression de frein à l'écriture de l'univers, mais comme on a désormais une idée plus précise de l'intrigue lequel s'appuyer, l'histoire gagnait d'autant plus en intérêt.  Les deux soeurs, on le devine, vont finir par se retrouver, mais dans cette suite d'événement, j'ai vu des trous.  Certains événements sont passés très en accéléré (la fuite d'Amaryllis du labyrinthe?  Résumé en une phrase!) et ça ne permet pas de plonger autant qu'on le voudrait.  Idem pour la pudeur avec laquelle la mort d'un personnage important est racontée.  (je ne dis pas qui pour ne pas spoiler).  Parce que c'est du jeunesse ou pour une autre raison?  Je continue à me le demander.

Par contre, encore une fois, l'auteure réussit à rendre de magnifiques personnages, tout en nuances.  Avec une grande économie de mots, elle réussit à rendre ses personnages complexes, chacun avec leurs motivations, leurs failles et leurs doutes.  Même s'ils sont nombreux!  Les moins achevés sont ceux du présent, mais ça se comprend à la lecture, parce qu'on a pas encore développé pleinement cette partie de l'histoire, elle vient simplement en contrepoint des événements du passé.  

La ligne générale de la quadrilogie gagne en précision vers la fin et on comprend que des événements importants viendront secouer le troisième tome.  Par contre, une énigme: des trois soeurs, nous n'en connaissons que deux.  Qui est Dahlia?  Et pourquoi attendre si longtemps pour introduire ce personnage alors que les deux premiers tomes laissent largement la place aux deux autres?  Je ne me l'explique pas, mais j'aurais sûrement ma réponse plus tard.

Ma note: 3.75/5