jeudi 23 juin 2022

Lud-en-brume de Hope Mirrless

 Lud-en-brume Hope Mirrless  Le livre de poche  419 pages


Résumé:

Trois siècles plus tôt, les bourgeois de Lud-en-Brume, riche cité commerciale, ont chassé les anciens Ducs et ont établi une république. Leurs descendants se sont depuis fort ramollis. Maître Nathaniel Chanteclerc, actuel maire, en est la preuve vivante: plus préoccupé de dégustation de fromage et d'alcools fins que de la chose publique, il ne se préoccupe pas assez de son fils Ranulph, jusqu'au jour où celui-ci montre des réactions étranges, semblables à celles de ceux qui ont mangé un fruit de la Faërie. Ce royaume à l'ouest, tabou depuis le départ des ducs, dont on nie même l'existence.  Sauf quand il s'agit des fruits maudits, bien sûr.

Mon avis:

Sans être un chef-d'oeuvre, ce livre mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs de fantasy. Publié dix ans avant Bilbo et la mise en place des canons du genre, il est iconoclaste, inclassable et diaboliquement bien mené. On est dans le fantasy, nul doute là-dessus. Mais sans respecter aucun des codes, aucun des tropes du genre. Donc, à la fois intelligente, inattendu et.. frustrant dans une certaine mesure, parce que l'auteure nous mène là où on ne s'y attend pas.

Maître Nathaniel, anxieux, bien ancré dans ses pantoufles et fort peu porté à l'aventure ne correspond pas du tout au héros traditionnel du genre, mais justement, cela ne le rend que plus intéressant. Alors que d'autres auraient pris l'intrigue qui anime le livre à bras le corps, il est au départ désemparé et multiplie les erreurs. Le courage ne lui viendra qu'après la disparition de son fils (pas de sa fille hein! grmpf!). Le récit est donc une enquête, plus qu'une quête. Mais au travers de cette enquête, l'auteure se permet un récit à la fois sociologique et historique.

Parce que le récit porte sur la réalité: celle que l'on croit qu'elle est, celle que l'on voudrait qu'elle soit et celle qui platement, existe, peu importe le nombre de mensonges et de faux-semblants auquel on lui ajoute. Il y a une certaine mise en abîme de ces trois niveaux de réalité. Et ce qui est intéressant, c'est que ce ne sont pas tous les personnages qui le comprennent au même rythme. Donc, il y a une mise en abîme entre ceux qui ont compris et ceux qui ont encore à comprendre. L'intelligence du texte consiste à faire de constants allers et retours entre les personnages et leurs différentes visions du monde. C'est déboussolant, décoiffant, mais, c'est diablement intéressant.

La fin a le malheur d'être abrupte, comme si à un moment, l'auteur n'avait plus eu envie d'écrire cette histoire. De larges pans sont laissés dans l'ombre. C'est regrettable, mais en même temps, c'est ainsi. Néanmoins, le livre nous laisse en tête avec un concert de riches descriptions de la nature, de la vie et l'envie de nous demander, comme dans la Matrice: est-ce que j'ai pris la pilule bleue, finalement?

Ma note: 4.5/5

lundi 20 juin 2022

Résolution de problème et description

 Salut!

Dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas une blogueuse à temps plein ni une écrivaine professionnelle. Loin de là! J'ai comme tout le monde un boulot qui sert à payer le loyer et à remplir les bols de croquettes. Dans la vraie vie, je travaille depuis des années en support logiciel. Je ne travaille pas pour le grand public, j'ai toujours été dans des domaines spécialisés, donc, avec des clients qui reviennent souvent. Et que je me casse régulièrement la tête à savoir comment expliquer à des gens pas pros de l'informatique du tout comment fonctionne un logiciel.

Ne vous y méprenez pas, c'est tout un art! Un logiciel c'est comme une réaction en chaîne... mais où on peut prendre à gauche ou à droite à tout moment. Un peu dans ce genre-là. On part dans une direction, il y a une croisée des chemins, on prend à gauche, une autre croisée, on prend à droite, etc. Et au final, on arrive au bon endroit. Mais répétez ça des milliers, des dizaines de milliers, parfois même des millions de fois. J'utilise une image, mais le processus se fait en quelques centièmes de seconde. Alors que pour un être humain normal, multiplier 56 par 87 et diviser par 7 peut prendre pas mal de temps (mes chances de remporter une médaille d'or à cette discipline sont infimes!), un ordinateur le fait en moins d'un claquement de doigts. Multipliez ça par des millions de milliards d'opérations chaque jour.

Sauf que...

C'est tellement gros que la plupart des gens ne comprennent pas au juste ce que fait leur logiciel. 

Alors, il faut utiliser un bon vieux truc de l'humanité: une métaphore. Un exemple, une histoire, un personnage, une anecdote, une allusion, une image, utilisez tous les synonymes possibles, mais ça prend quelque chose de concret pour faire comprendre ce que fait votre PC ou l'internet. J'ai déjà expliqué le principe des tâches planifiées avec un gars qui se faisait réveiller chaque jour à la même heure pour faire un seul boulot... avant de retourner dormir.  Bref.

Ça prend de l'imagination, de la suite dans les idées et aussi une bonne capacité de vulgarisation. Mais il me semble que c'est aussi une bonne école pour les descriptions. Pas nécessaire des descriptions de lieux, ni de décor, ni d'atmosphère, mais des descriptions de concepts. Une station spatiale, ça peut aussi être une série de canettes reliées par des pailles, l'idée étant de faire comprendre l'assemblage de modules dans l'espace. Une espèce extraterrestre, un essaim d'abeilles de la taille de VUS, ce qui donne pleine d'images d'insectes géants, mais aussi l'idée de la différence profonde entre nos gentilles abeilles et ces extraterrestres. Une nouvelle forme de vie, une espèce de mousse phosphorescente, parce que voyez-vous, la vie sur Terre est une chose, mais ailleurs, ça peut être tellement différent! L'idée n'est pas que la personne qui reçoit l'information, lecteurice ou utilisateurice, comprenne tout le processus, mais qu'il ou qu'elle ait une image mentale suffisante pour saisir l'essentiel. Non, une tâche planifiée, ce n'est pas un gars qui dort en attendant une alarme, mais l'image nous dit ce qu'il y a à savoir: tant que l'alarme ne sonne pas, rien ne se passe. Et si la personne a compris ça, c'est l'essentiel.

Bref, je fais des liens entre mon boulot et ma passion. Et c'est vraiment intéressant que je pratique l'un quand je fais l'autre.

@+ Mariane

lundi 13 juin 2022

De la nécessité d'être curieux ou les bulles numériques version livres

 Salut,

On parle souvent de bulles numériques. C'est l'effet tunnel des réseaux sociaux. À force de ne se faire offrir que ce qui nous plaît, on s'enfonce dans des bulles de gens qui nous ressemblent, pensent comme nous, aiment les mêmes choses, etc.  On oublie qu'il existe ailleurs des gens qui pensent différemment ou encore on en vient à les considérer comme des «ennemis». Ça s'appliquer à tout, de la politique, aux religions, aux goûts musicaux aux... goûts en matière de livres. Ben oui, même là, ça s'applique aussi!

Évidemment, les réseaux sociaux ne sont pas responsables de tout. Il y a aussi le marketing qui entre en jeu. Et là-dessus, toutes les maisons d'édition du monde vous le diront, créer un lectorat fidèle qui les suis de publication en publication vaut de l'or. Pour ça, plusieurs sont prêtes à mettre le paquet: réseaux sociaux, bien sûr, mais aussi rencontres avec leurs auteurices, événements spéciaux, primeurs, etc. À cela s'ajoute l'effet des sites internet de librairie, qui multiplient les Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela! qui tourne souvent autour d'un petit nombre de titres. Les bulles des forums de lecteurices ont un peu le même effet, surtout s'ils ne concernent qu'un genre: les lectures des membres les plus actifs ou les plus populaires seront davantage lues que les autres. Ce qui mène un certain nombre de lecteurice à s'enfermer dans une bulle de genre, d'éditeurs, voir de collection. 

Et on oublie. Qu'il existe autre chose ailleurs. On peut même penser que l'on connaît tout étant donné que l'on connaît une petite parcelle de l'univers littéraire sur le bout des doigts. Je ne le sais que trop: en librairie, il y avait des lecteurices qui se présentaient en disant qu'ils connaissaient tout de tel ou tel genre. Et j'arrivais toujours, toujours à les étonner. À leur sortir une nouveauté inconnue, un auteureurice dont ils n'avaient jamais entendu parler, un roman à la frontière de leur genre favori qui était passé sous le radar. Aujourd'hui, j'en serais sans doute incapable, du moins, pas avec autant de facilité. Parce que je ne suis plus libraire depuis plus d'une décennie, mais aussi parce que je ne suis plus autant l'actualité des livres qu'avant.

On peut avoir l'impression de tout connaître, mais c'est rarement le cas. Les plus grands spécialistes d'un genre littéraire ou les éditeurs le savent bien: leur connaissance de la totalité de ce qui paraît, ne serait-ce que dans une seule année, est limitée. À une époque, c'était possible de tout suivre, mais plus aujourd'hui. Il se publie des milliers de romans chaque année, même en se concentrant sur un genre précis, on ne peut pas tout lire et même parfois, être au courant de tout ce qui se publie.

De là l'idée de créer des bulles de lecteurices pour les fidéliser. Ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi pour les éditeurs ou les sites internet, mais je ne suis pas sûre que cela soi une très bonne idée pour les lecteurices: on devient vite paresseux quand on nous sert tout le temps le même menu sur lequel on a presque pas à réfléchir. Et on oublie que pas plus loin que le bout de son nez, la découverte existe. Mais comment intéresser quelqu'un à quelque chose de différent, de nouveau, quand il est bien installé dans ses pantoufles littéraires?

Il y a une dizaine d'années, j'ai eu une vive discussion avec un lecteur qui dévalorisait le métier de libraire, disant que s'il avait besoin de suggestions de lecture, il n'avait qu'à demander à ses amis ou à son réseau. Je lui avais dit qu'il n'arriverait jamais à un aussi bon résultat qu'avec un libraire parce qu'un seul en connaissait plus que tous ses amis réunis. Fier comme un coq, il m'avait obstiné que non. Je pense parfois à lui quand je pense aux bulles numériques. On n'en parlait pas encore à l'époque, mais je ne peux m'empêcher de me demander aujourd'hui: et ce type aujourd'hui, dans quelle bulle il est? 

Mais surtout: est-il capable d'en sortir s'il pensait déjà à l'époque qu'une poignée de copains sur le web en savait plus qu'une personne passant ses journées en contact avec les livres?

@+ Mariane

lundi 6 juin 2022

Je comprenais Frodon et je n'en aimais que plus l'histoire

 Salut!

Je me rappelle d'être allée voir le film au cinéma. Le troisième Seigneur des Anneaux, la conclusion de la saga. Et là, au dernier moment, celui où Frodon n'a plus qu'à ouvrir la main pour laisser tomber l'Anneau dans la lave pour le détruire, l'instant ultime où il n'y a qu'un minuscule geste à faire pour que l'aventure que nous suivons depuis des heures se termine.. Frodon dit Non et passe l'Anneau à son doigt.

J'ai entendu le ahhh!!!! de toutes les autres personnes dans la salle, le glapissement de Non, ne fait pas ça Frodon! Et je l'ai fait aussi! Comme une grande inspiration qui m'a pourtant complètement coupé le souffle.

Mais en même temps, au plus profond de mon coeur, je le comprenais. Ce petit hobbit à la vie toute simple, chargé d'une mission trop grande pour lui, qui a résisté si longtemps au pouvoir de l'Anneau. Et au dernier moment, après toutes ces épreuves, après tous ces sacrifices, il cède. Je l'ai compris comme toutes les autres personnes dans la salle de cinéma ce jour-là.

Sauf que:

C'est parce que l'on a enduré aux côtés de Frodon toute la torture auquel l'Anneau le soumet qu'on le comprend.

C'est parce que l'on a vécu, tremblé, souffert à ses côtés qu'on le comprend.

C'est parce que l'on sait la puissance du pouvoir de l'Anneau, entre autres grâce à Gollum, qu'on le comprend.

Qu'on le comprend au dernier moment de céder.

On s'est attaché à Frodon, à son cheminement, à sa lutte, qui contrairement à celle de tout autre personnage dans la trilogie, en est une de combat intérieur. Tout du long, Frodon lutte  pour garde le contrôle qu'il a sur lui-même et pour empêcher l'Anneau de prendre le pouvoir sur lui. Ceci veut dire des couches et des couches d'histoire, qui est représentée par des anecdotes, des détails, des petits moments, des gestes, des réactions, d'infimes détails, mais qui nous disent: voilà où Frodon en est rendu face à l'Anneau.

C'est parce que l'on s'est attaché à Frodon que l'on embarquait à fond dans son périple. On vivait son histoire, à ses côtés. Et c'est là l'important: on s'était attaché à lui. Comme à Aragorn, comme à Gimgli, comme à Legolas, comme à Gandalf. Comme à Gollum même d'une certaine façon. Pas qu'on les aimait nécessairement, mais leur histoire nous importait parce qu'on les connaissait.

On dit souvent en parlant d'une bonne histoire que l'on a adoré l'intrigue.  Mais c'est souvent en parlant des personnages, en décryptant leurs comportements, leurs attitudes et leurs actions que l'on entre dans le coeur de l'oeuvre. Qu'on les aime ou qu'on ne les aime pas, on trouvera toujours une histoire meilleure quand on s'est attaché à leurs protagonistes et même à leurs antagonistes. Un méchant que l'on comprend est toujours meilleur qu'un méchant à la sauce James Bond des années 60 qui veut juste détruire le monde, car il est un mégalomane fini. 

Pour s'attacher à quelqu'un par contre, il faut un personnage qui ait une personnalité. Un passé, mais aussi quelqu'un dont les actes sont cohérents tout au long de l'histoire, quelqu'un qui agit et qui réagit, pas quelqu'un dont on a l'impression qu'il est une marionnette dont l'auteurice tire les ficelles pour mener à bien l'histoire qu'il a imaginée. On voit Frodon évoluer tout au long des trois tomes de l'oeuvre de Tolkien. De simple hobbit menant une vie prévisible et surtout préoccupé par la bonne bière et l'herbe à pipe, on le voit quitter sa zone de confort, partir dans une aventure qu'il n'a pas choisie, affronter des épreuves, perdre des amis, ne plus savoir à qui faire confiance. On le voit souffrir, on le voit faiblir, douter, hésiter, foncer. Mais jamais on a un truc qui tombe de nulle part qui fait en sorte qu'il céderait à l'Anneau comme ça parce que ça lui chante un matin. Frodon est une personne de papier, mais une personne quand même.

Et c'est ça qui est le plus important. On aura beau avoir un univers riche à foison, une intrigue palpitant, de multiples rebondissements, si on n'arrive pas à connecter avec les personnages, la sauce ne prendra pas. C'est bien dommage, mais il est toujours plus intéressant de suivre des personnages qui vivent une histoire que de suivre une intrigue où vivent des personnages. 

@+ Mariane

lundi 30 mai 2022

Des nouvelles pattes de velours dans ma vie

 Salut!

Quand ma Prospéryne est morte, j'ai littéralement pleuré pendant trois jours.  Sans blague là!  Elle me manque encore d'ailleurs, même si le deuil a fait son temps. Je garde le meilleur d'elle. Même si elle n'est plus là.

Me restait ma Patchoulie, que j'adore.  Qui a maintenant 15 belles années, avec qui la communication est tellement bonne que c'est tout juste si elle ne parle pas. (Miaou!!!!  Ah, tu veux aller dehors? Miaou!!! Ah, tu veux de la bouffe? Miaou!!! Non, Patchoulie, tu as déjà mangé, n'essaies pas de me faire le coup!). C'est une chatte merveilleuse... sauf sur un point. On parle souvent des chats pots de colle. Moi, j'ai une chatte antiadhésive. Sérieusement, je pense que c'est le félin le moins colleux que j'ai jamais rencontré dans ma vie!  Le temps moyen d'un câlin avec elle se compte en secondes et c'est TOUJOURS trop long à son avis. Elle n'aime pas être caressée et se coller, pff, jamais de la vie! Bref, bref, c'est pas la minette la plus généreuse en affection.

C'est aussi une chatte qui est facile à stresser et qui a du mal à s'adapter aux nouvelles situations.

Alors, adopter un nouveau chat...

J'avais fait une croix dessus, jusqu'à sa mort. Pas tant que ma Patchoulie sera vivante me disais-je. Et à  moi et aux autres. Plein, plein de fois. Parce que j'avais peur pour elle, peur de sa réaction, peur qu'elle ne soit pas bien, tsé, à son âge, peur que ça vire en conflit, peur de... bref. Sauf que ça m'arrivait régulièrement d'aller zieuter les sites des refuges, à regarder tous les jolis minets à la recherche d'une famille. Je ne cherchais pas un chaton, mais un chat adulte. J'ai toujours préféré les chats adultes. Et dans ma tête, j'écrivais la lettre que j'enverrais au refuge quand Patchoulie ne serait plus de ce monde. Je leur disais que j'étais prête à prendre dans ma vie un chat plus âgé, que les chats noirs ne me dérangeaient pas, que les petits problèmes de santé, dans la limite où je pouvais les gérer, n'étaient pas un obstacle. Et comme je préfère les chats d'intérieurs, un chat FIV (Sida félin, ne se transmet pas aux humains et aux autres chats seulement en cas de morsures ou de galipettes) qu'il est préférable de ne pas faire sortir ne me dérangeait pas. Je me préparais mentalement à accueillir un chat griffu (Patchoulie n'a plus ses griffes, un de mes grands regrets aujourd'hui). Mais, pas tant que mon trésor de 15 ans sera de ce monde je me disais.

Jusqu'au jour où il y a quelques semaines, je suis tombée sur une annonce d'un chat et je me suis dit: je VEUX ce chat! Une magnifique minette toute blanche, du même âge que Patchoulie! Et toutes mes hésitations, toutes mes peurs sont passées à la trappe: je voulais un deuxième chat, tout simplement. Bon, la jolie minette blanche réjouit finalement les jours d'une autre famille et je lui souhaite de tout mon coeur une fin de vie pleine de bonheur. Mais à partir de ce moment-là, j'ai zieuté les sites des refuges plus sérieusement. Je voulais un deuxième chat! Quel minet saurait gagner mon coeur?

J'ai commencé mes recherches tout en compulsant les méandres de YouTube à la recherche de toutes les vidéos et ressources pour aider ma Patchoulie à accepter ce nouvel arrivant dans notre vie. Je recommande particulièrement celle-ci, mais bon, mes recherches ont fait virer les algorithmes de YouTube à l'envers, donc, c'est loin d'être la seule que j'ai regardé...

J'ai épluché les annonces de chats pendant plusieurs semaines. J'ai déposé plusieurs demandes, mes élu.e.s ont souvent trouvé d'autres familles. J'ai visité des refuges, j'ai vu des chats et j'ai dit non plusieurs fois. Souvent en me disant: ouf, ça, ça ne marchera pas avec Patchoulie! Et puis, je suis tombée sur cette annonce. Un magnifique gentleman au poil soyeux et au regard magnifique. Qui n'avait rien pour lui par contre: noir (les chats noirs sont moins adoptés), âgé de 10 ans (les chats âgés sont moins adoptés) ayant quelques petits problèmes de santé (urinaires, mais ça, ça va, je connais et ma Patchoulie mange de la bouffe urinaire depuis des années). J'ai été lui rendre visite. Et ça a été le coup de foudre. J'ai signé sur le champ les papiers d'adoption. Une des personnes travaillant au refuge pleurait de bonheur quand elle est partie, tellement elle est contente: j'ai alors appris que ce chat était au refuge depuis presque 6 mois. À croire qu'il m'attendait.

Je suis revenue à la maison, j'ai annoncé la bonne nouvelle à mes amies: j'allais avoir un nouveau chat! Restait le prénom à trouver. Au début, je penchais vers Anubis, mais tout le monde m'a fait remarquer que c'était un dieu à tête de chien (oups...). L'une de mes amies, qui aime autant que moi les vieux prénoms, s'est lancé avec moi sur la piste du prénom de chat le plus joli en me lançant à la tête des dizaines de vieux prénoms: Célestin (ça ne lui allait pas), Augustin(non plus), Napoléon (hors de question!), Léopold (ishh), Aurélien (hé, mon grand-père s'appelait comme ça!), Paul-Émile (PAUL-ÉMILE, DESCEND DE LA TABLE! ne sonnait pas bien à mes oreilles), Rogatien (coudonc, ya donc ben des vieux noms qui finissaient en in!), Edgar...

Quand j'ai lu ce nom, j'ai immédiatement entendu le son d'un riff de guitare. Et la chanson de Jean Leloup. Retour direct à mon adolescence. Mais c'est aussi une chanson hommage à Edgar Allan Poe, un auteur donnant dans le fantastique et l'horreur. Un bon nom pour un chat noir non?

J'avais trouvé son nom: ce serait Edgar.

Restait à finir de trouver le nécessaire pour l'accueillir. J'ai préparé la pièce où l'isoler lors de son arrivée (dixit, la salle de bain, pas le choix!) J'ai été le chercher pour le ramener à la maison le 12 mai dernier. Adopter un chat noir la veille d'un vendredi 13... Hihihi!  Edgar a été sage comme une image tout le long du voyage de retour (contrairement à Patchoulie qui s'égosille comme si j'essayais de l'épiler dès qu'elle met une patte dans son transporteur). Il a fait ça comme un professionnel tout du long. Les instructions d'introduction mentionnaient de mélanger les odeurs des deux félins pour qu'ils s'habituent l'un à l'autre avant de se voir pour la première fois. J'ai donc laissé un de mes vieux t-shirt de pyjama dans la cachette que j'avais emménagé pour Edgar et le lendemain, je l'ai laissé traîner à porté de museau patchoulien. La face qu'elle a faite après l'avoir senti (NON, MAIS QU'EST-CE QUE T'AS FAIT BORDEL!), m'a fait sentir coupable quelques instants, mais ensuite, ça s'est dissipé. 

Ça fait maintenant deux semaines qu'il est arrivé. Au final, après quelques grondements et crachats, Patchoulie le tolère très bien et zieute régulièrement son bol de bouffe. Edgar est pas mal plus colleux qu'elle et j'ai retrouvé un partner in crime de télé et de lecture. Bref, j'ai quatre nouvelles pattes de velours dans ma vie. Et j'en suis très heureuse!

Voici quelques photos:

Les pattes de velours d'Edgar!


Une de mes premières photos, au refuge.


Je pense qu'il est pas trop malheureux chez nous...


Chacun son coin de lit, mais ils y dorment sur leurs deux oreilles pointues.



Bref, si vous trouvez que j'ai un trip de chat noir... c'est normal!

@+! Mariane

lundi 16 mai 2022

La chanson, la littérature des mots en musique

 Salut!

Récemment, quelqu'un m'a dit: «Le Dôme est sorti avant que je ne m'intéresse à la musique de Jean Leloup.» Et moi Le Dôme, c'est... 

1998, l'année où j'avais 15 ans.

L'année où j'ai fait un camp de cadet de 6 semaines qui a foutu en l'air ma confiance en moi, mais qui m'a aussi introduite à la musique, à Jean Leloup et surtout, au Dôme...

Le Dôme...

La musique fait partie de la vie, de toutes les vies. Qui ne se souvient pas des musiques qui les ont retournés dans tous les sens à l'âge tendre de l'adolescence, quand nos goûts pas encore formés sont prêts à entendre tous les rythmes, tous les sons, toutes les paroles...

Les paroles...

Edgar était un vrai soûlon

Il écrivait toute la journée

Il n'écrivait pas de chansons,

Mais des contes où l'assassin¸

L'emportais toujours haut la main

La victime était homme de bien

YÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂ!!!!!!!!!!!!!!!


Juste entendre le nom d'Edgar y'a pas si longtemps et j'ai entendu le riff de guitare du début de la chanson. Et j'étais dans cet antre, aux côtés d'Edgar Allan Poe, écrivant des récits fantastiques frisant avec l'horreur...

La musique, les chansons, ce sont des mots aussi.  Des mots qui nous apprennent d'une autre manière la littérature, la poésie surtout.  Je n'aime pas la poésie est facile à dire, mais rare sont les gens qui n'aiment pas une chanson, surtout quand elle est particulièrement bien écrite.  Comme les textes de Jean Leloup, qui s'ils ne respectent pas toutes les règles de la poésie, racontent des histoires bien ficelées dans des images qui frappent souvent l'imaginaire.  

Combien d'autres auteur.e.s-compositeurices-interprètes au Québec ont utilisé la chanson pour déconstruire et reconstruire la langue et la poésie? De Gilles Vigneault à Daniel Bélanger, des Colocs à Bleu Jeans Bleu, de Louky Bersianik (qui a signé plusieurs des chansons marquantes de Richard Séguin) à Lynda Lemay, on a pris la plume pour chanter la langue, passant de l'écrit à l'oralité.

La chanson évolue plus vite que la littérature et elle est souvent plus rapide à s'approprier les nouvelles expressions, qu'elles aient la vite courte ou longue dans la langue parlée.  Elle forme des images mentales, mais elle est aussi la trame sonore de nos vies, qui peut nous rappeler en un instant à une époque ou à une émotion.  Si vous entendez une turlute de la Bolduc, vous serez dans une autre ambiance que si vous entendez un des accords de guitare de Beau Dommage.

La chanson est une forme de littérature, comme l'a bien fait remarquer le comité du prix Nobel en donnant ce prestigieux prix à Bob Dylan en 2016. C'est juste qu'elle est conçue pour l'oralité bien plus que pour l'écrit.

Je vous laisse, je vais réécouter Le Dôme encore une fois... À des milles à la roooonnnde!

@+ Mariane


lundi 2 mai 2022

Je refuse de le lire

Salut!

Je ne lirais pas la Servante écarlate.  Comme dans jamais.  Ok, non, il ne faut pas dire jamais, mais disons que les chances sont minces.  J'avais acheté un exemplaire et je l'ai laissé repartir vers un autre lecteurice sans l'avoir lu.  Ce livre me fait peur.  Je ne veux pas le lire.  Je refuse de le lire.

Personne ne m'interdit de le lire ou ne m'y encourage, c'est un choix purement personnel.  J'ai lu dans ma vie des livres qui me faisaient peur, qui m'ont confronté dans mes idées, des livres qui m'ont révolté, mais il y a aussi des livres que j'ai décidé tout bonnement de ne pas lire.  Pour me protéger, oui, mais aussi parce que parfois, je sais que les lire ne m'apportera rien. Et refuser de lire quelque chose est très différent de n'avoir aucune envie de lire quelque chose: l'un part d'un refus clair et net, même si parfois l'oeuvre nous attire. Dans l'autre cas, on en a pas envie, point.

Refuser de lire un livre pour des raisons personnelles est comme refuser de manger tel ou tel aliment pour des raisons tout aussi personnelles: c'est un choix qui dépend de chaque individu.  On peut le refuser pour des raisons de valeurs humaines (genre, je ne lirai pas les livres de cet auteur raciste ou antisémite), des raisons de valeurs liées à un groupe (ce livre parle de choses qui sont contre ma religion) ou des raisons de valeurs personnelles (ce livre contient des ragots et je n'aime pas ça).  Chacun a ses valeurs et chacun peut très bien refuser de lire des livres qui n'y correspondent pas.

On peut aussi refuser de lire un livre parce qu'il nous fait peur.  Peur de ce que le lire va provoquer en nous.  Je ne parle pas ici d'avoir peur à cause de l'histoire contenue dans le livre.  Je parle d'idées qui peuvent nous confronter. Lire une histoire d'amour homosexuelle peut-être être très confrontant pour des personnes religieuses. Lire les écrits d'un auteur de droite peut être très perturbant pour une personne qui carbure aux idées antiracistes et anticapitalistes.  Parce que malgré les grands écarts que l'on peut parfois faire en lisant des livres loin de nous, on découvre souvent que derrière chaque auteur, aussi éloigné de nous soit-il, il y aura quelque chose qui viendra nous toucher, nous chercher, nous bouleverser.  C'est pour ça que l'on fuit parfois certaines lectures, comme on peut se tenir loin de certains films ou de certaines séries télé.

Refuser de lire veut parfois dire refuser d'être en contact avec des idées différentes des nôtres, par peur parfois très intime de nous voir obliger de revoir notre vision du monde.  Mais il y a aussi des livres que l'on ne lit pas pour se protéger.  Chaque personne a ses zones de sensibilité, ses zones fragiles, et il est sain de savoir les respecter.  J'ai une bonne amie, qui comme moi, ne lit pas d'horreur parce que ce genre de lecture la terrifie.  Elle a s identifier sa limite et elle sait la respecter.  Ce qui est très sain.

Bref, refuser de lire un livre n'est pas nécessairement un signe d'étroitesse d'esprit. C'est parfois un signe que l'on se connait assez pour savoir que certains livres ne sont pas pour nous.

@+ Mariane


jeudi 21 avril 2022

Jane Eyre de Charlotte Brontë

 Jane Eyre  Charlotte Brontë *Lu en numérique



Résumé:

Jane Eyre, orpheline de dix ans, vit sous le toit de sa tante paternelle. Souffrant des négligences de celle-ci et des mauvais traitements de ses cousins, elle a développé un grand sens de l'observation des êtres.  Poussée à bout, elle réplique lorsque son cousin veut la battre et subit une punition injuste qui la fait tomber malade.  Découvrant par le pharmacien qui la soigne que des enfants vivent en pension, elle réclame le droit d'y aller.  Arrivée là, les conditions de vie sont pires encore: nourriture infecte, interminables journées et locaux glaciaux. Après une épidémie, les conditions s'améliorent et Jane y fait ses études.  À dix-huit ans, par goût du changement et désir d'améliorer sa vie, elle se trouve une place comme gouvernante.  À Thornfield, dont le mystérieux maître, M. Rochester, est absent à son arrivée.  Le troisième étage semble receler quelques mystères, mais Jane y est heureuse.  Jusqu'à l'arrivée de M. Rochester, qui bouleversera sa vie. Entre ces deux êtres, qui ne sont pas beaux physiquement, naîtra une idylle que ni les classes sociales ni la différence d'âge n'empêcheront. Mais le troisième étage n'a pas encore livré ses secrets.

Mon avis:

Il est étonnant de voir qu'en plein XIXe siècle, une jeune femme à l'expérience du monde relativement limitée ait pu écrire un personnage féminin à la psychologie aussi raffinée.  Car Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Brontë, détonne au milieu de la production de son époque où les femmes étaient de perfides enjôleuses ou des demoiselles en détresse.  Bien au contraire, dès son jeune âge, la jeune orpheline montre de grandes prédispositions à comprendre les gens et n'hésite à parler et à dire leurs quatre vérités à ceux qui le méritent.  Sa personnalité affirmée et la façon dont elle réclame tout au long du livre le contrôle sur sa vie en fait une héroïne de roman tout à fait moderne.  Il y a même une scène remarquable où elle réagit à ce qui serait aujourd'hui considéré comme du mansplaning... de la même façon dont on pourrait le faire aujourd'hui.

Jane Eyre va travailler tout au long du récit pour que ses rêves se réalisent.  Ceux-ci ne sont pas de partir au loin ou d'accomplir un exploit, mais pour son époque, ils sont majeurs: elle souhaite avant tout être une femme indépendante.  Ainsi, elle prend les décisions importantes de sa vie en fonction de cette volonté et même son amour pour Rochester ne la fera pas s'en détourner.  D'ailleurs, même si elle souffre de leur séparation à un moment, jamais elle ne regrettera sa décision, car elle l'a prise pour elle-même, pour sa propre vie, c'est son choix. C'est remarquable à bien des égards, car Jane Eyre s'accomplira comme personne au lieu de renoncer à ses rêves pour épouser l'homme qu'elle aime.  En toutes choses, elle se respecte d'abord elle-même.  Ce faisant, elle s'éloigne des clichés de la romance où plus souvent qu'autrement, la femme abandonne ses rêves par amour.  D'ailleurs, je ne parlerais pas de romance en pensant à ce livre.  Le sous-titre original, mémoires d'une gouvernante, est plus juste: Jane Eyre est le personnage principal et l'amour fait parti de sa vie, mais ce n'est pas le coeur de l'intrigue.

Néanmoins, le roman reste ancré dans l'époque victorienne où il a  été écrit.  Le respect des convenances et tout le jeu entre les personnages qui en découle occupent une part importante du roman et les longs monologues explicatifs prennent des pages et des pages.  C'est le style de l'époque.  Peut-être même y en a-t-il une petite couche de trop parce que parfois, c'est long longtemps, mais reste que cela ne détonne pas trop parmi les oeuvres de l'époque.  Néanmoins, la peinture que l'auteure fait des paysages, des lieux et des gens est typique de cette Angleterre rurale de l'époque victorienne et de l'image que l'on s'en fait. Par contre, son regard sur celle-ci est typiquement féminin: les champs sont un décor et seuls les métiers accessibles aux femmes (gouvernantes, cuisinières, intendante, servantes) sont évoqués avec une minutie qui montre une très bonne connaissance de ceux-ci.  Les métiers plus masculins sont par contrastes, peu détaillés et accessoires à l'intrigue.

Le récit est divisé en plusieurs parties: l'enfance malheureuse, le passage en pension dont seule la première année sera racontée, le travail de gouvernante à Thornfield etc. L'auteure alterne entre les moments plus importants et passe beaucoup plus rapidement sur d'autres.  Des années complètes peuvent être résumées en quelques lignes! Ces sauts dans le temps se justifient, mais laissent de gros trous dans le récit.  On se demande comment Jane a traversé certaines étapes de sa vie qui sont laissées dans l'ombre.  Et bon, comme le récit est censé être une autobiographie, ces ellipses surprennent parfois.

Le style est parfois grandiloquent et comporte beaucoup de longueurs, mais Jane Eyre et tous les événements qui lui arrivent compensent largement.  Le ton et le style ont mal vieilli, mais pas le personnage ni l'intrigue qui pourrait, sur certains aspects, se passer encore aujourd'hui.

Ma note: 4/5

*On peut trouver le fichier libre de droits ici.

lundi 18 avril 2022

Le ciel, la terre, le ciel, la terre ou l'art de transformer une tragédie en comédie

 Salut,

Adolescente (oui, l'histoire date de plus d'une vingtaine d'années!), il m'arrivait parfois de me retrouver en «gang» pour faire des partys.  Je n'étais pas party animal quand j'étais adolescente, bien que je n'étais pas autant du genre à me coucher à l'heure des poules.  Lors de l'une de ces soirées où tout le monde se mêle et où tout le monde finit par se raconter des histoires chacun de son bord, une des personnes que je fréquentais s'était mise à raconter une anecdote pas trop joyeuse: quelques années plus tôt, elle avait eu un accident de voiture.  OK, ce n'est pas drôle.  Mais ce dont je me souviens aujourd'hui, ce sont ses yeux écarquillés et faisant des allers-retours entre le haut et le bas, tandis qu'elle racontait la voiture faisant des tonneaux et qu'elle voyait alternativement le ciel et la terre.

Même son doigt faisait le geste de la voiture qui tournait dans les airs.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Puis-je vous avouer?  Au moment où elle le racontait, j'étais morte de rire. Parce que de la façon dont elle le racontait, c'était tordant.  Tout était là: les effets comiques, le ton, l'histoire tellement folle, les protagonistes qui se hurlent les choses les plus idiotes ou totalement hors de contexte. Par exemple, la personne qui nous racontait l'histoire s'était d'abord plainte d'être prise dans sa ceinture de sécurité... ce qui était logique parce que la voiture avait atterri sur le toit! Sa tante, qui était au volant, l'avait engueulée parce qu'elle ne se rappelait plus comment déboucler sa ceinture! Bref, on était quelques personnes à se pisser dans les culottes en l'entendant raconter.  Et pourtant, quelques secondes après, elle nous avait avoué, les yeux embués, que ce souvenir était pour elle traumatisant.  Sa façon de le raconter en avait fait une histoire abracadabrante et extraordinairement drôle.  Je pense, des années après, que le fait qu'elle nous avait raconté cette histoire de cette façon avait été pour elle une façon de l'exorciser, de la raconter sans tomber dans le pathos où on lui serait tous tombé dans les bras en pleurant.  Ce n'était pas ce qu'elle voulait.  C'était (et c'est toujours) une personne très forte.  

Je ne me rappelle plus des détails de son histoire, forcément, ça fait un bail, mais ses yeux et le ton de sa voix quand elle racontait, oui.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Une anecdote pas très drôle dont elle avait fait une histoire désopilante.

On peut raconter une histoire comme Shakespeare et en faire une tragédie touchant le coeur de l'âme humaine.  Ou l'on peut prendre le parti inverse et en faire une histoire à vous faire mal aux côtes à force de rire.  Ce n'est pas l'histoire qui est en elle-même tragique ou comique, c'est la façon dont on la raconte: le choix des mots, des expressions, du rythme, de la narration, tous ces petits éléments changent notre perception d'une même histoire.  Donnez exactement le même texte à un humoriste et à un acteur tragique et vous comprendrez vite la différence, même si l'histoire racontée est la même.

La personne qui raconte est celle qui fait la différence, quel que soit son outil: pour l'écrivain.e, les mots, pour l'acteur.rice, son visage et sa voix, pour le réalisateur.rice, le choix des images et des angles de caméra.  Certes, il y a aura toujours des drames duquel il sera plus difficile de rire: des tragédies, des drames, surtout quand les victimes sont nombreuses. Et des histoires drôles qu'il sera difficile de prendre au sérieux. Après tout, même si la personne se casse quelque chose, on aura tout d'abord tendance à rire devant une chute rocambolesque!

Aucune histoire n'est intrinsèquement désopilante ou tragique.  Les histoires sont ce qu'on fait d'elles.

@+ Mariane

lundi 4 avril 2022

Le chemin plutôt que la fin

 Salut,

Comme pas mal de gens, je me suis récemment confortablement installée devant mon (pas si) petit écran pour me délecter des amours de la famille Bridgerton, de l'aîné en particulier, Anthony, qui prendra épouse dans la saison 2.  En blague, j'ai lancé à une amie qui avait un peu d'avance sur moi dans son écoute: ne me raconte surtout pas avec qui Anthony finit à la fin!

C'était une blague bien sûr.  On le savait à la seconde où elle a fait son apparition que la future vicomtesse Bridgerton serait Kate Sharma, bien que les attentions du vicomte se portent sur sa soeur Edwina durant la plus grande partie de la saison.  Et de savoir ça ne m'a pas empêché de dévorer les épisodes un bol de pop corn à la main.

Parce que dans ce genre, ce n'est pas la fin qui importe, c'est le chemin.

On le sait qu'ils vont finir heureux et auront sûrement beaucoup d'enfants (bon, étant donné la taille de la famille Bridgerton, c'est pas mal prévisible!). Mais le comment devient soudain très intéressant, parce qu'au départ, ils sont des antagonistes dans une lutte pour conquérir la jeune soeur de Kate, Edwina (dans le cas d'Anthony) ou de la protéger du vicomte Bridgerton (dans le cas de Kate).  Et lors de la série, une série de mésaventures, de moments cocasses, de surprise et de retournements de situation auront lieu.  Tout pour voir lentement, mais sûrement fondre les résistances de ces deux êtres et naître leur histoire d'amour., comme on avait suivi celle de Daphnée et de Simon à la saison précédente.

On le sait comment ça va finir, mais le plaisir repose à savoir comment ça va arriver.

Dans un polar, on le sait que l'enquêteureuse va finir par mettre la main au collet de l'assassin.  Au-delà de découvrir qui c'est, il y a un réel plaisir à le.la voir se débattre pour faire émerger la vérité.  On le sait aussi que dans une quête, le héros ou l'héroïne va atteindre son but: détruire l'anneau, vaincre le méchant, sauver le monde, etc.  Et pourtant, on va ouvrir le livre ou appuyer sur le bouton play avec d'autant plus d'intérêt.  C'est rassurant et c'est même un plaisir parfois délectable: on essaie de deviner ce que seront les prochaines étapes, on se félicite quand on réussit et on s'exclame dans un retournement inattendu.

Ce n'est pas comme une histoire où l'on ne sait pas comment cela va finir.  Dans un drame, tout peut arriver à la fin. C'est un genre qui justement, joue sur le fait que la fin est imprévisible et qu'il faut suivre pour connaître la fin.  La romance et le polar, ainsi que certaines franges de la fantasy, on les lit pour les étapes, moins pour la finale.  D'ailleurs, savoir la fin ne gâche pas nécessairement le plaisir.

Quand la fin importe moins que le chemin, le genre a aussi tendance à être plus codifié.  Une bonne romance implique que les deux amoureux doivent être attirés, mais ne pas être réunis avant la fin du livre.  Entre les deux, les événements extérieurs, les disputes, les malentendus, les épreuves se succèdent pour la plus grande délectation de ceux et celles  qui suivent l'histoire. Dans un polar, il y a à la base un crime, le plus souvent un meurtre, quoique qu'un vol puisse aussi faire l'affaire et quelqu'un.e qui décide de mettre au clair qui a fait le coup. De là, un festival d'indices qui mettront parfois sur la bonne piste, parfois sur la mauvaise, mais qui au final mèneront au ou à la coupable. Et ainsi de suite! Chaque retournement nous fait douter, puis nous remet sur la voie, puis nous refait douter et ainsi de suite à n'en plus finir.  Et le pire?  On aime ça...

Bref, parfois c'est le chemin qui est plus important que la destination.  Ça ne veut pas dire que cela soit moins intéressant pour autant!

@+ Mariane

P.S. Anthony et Kate finissent ensemble...

jeudi 31 mars 2022

Casse-Noisette et le roi des souris de E.T.A Hoffmann

 Casse-Noisette et le roi des souris  E.T.A. Hoffmann (lu en version numérique)


Résumé:

C'est la veille de Noël et Marie et son frère Fritz ont été obligés de rester dans leur salle de jeux pendant que le reste de la maison s'anime.  Quand ils en sortent, un grand sapin trône dans le salon.  Les convives pour le repas de Noël arrivent, mais pour les enfants un seul invité compte: leur parrain Drosselmayer, conseiller municipal de la ville.  L'homme aux multiples talents crée des automates et chaque année, il se surpasse pour les épater.  Cette année-là, Marie reçoit un casse-noisette.  Son frère Fritz s'amuse à lui faire casser des noix trop dures et le casse-noisette est brisé.  Marie le met alors dans l'armoire à jouet, bien installé dans un lit.  Cependant, inquiète, elle se lève et va vérifier que tout va bien pour lui.  L'horloge de la salle de jeux (autrefois réparée par Drosselmayer) sonne étrangement et les aiguilles arrêtent de bouger tandis que les jouets s'animent, prêts à affronter la grande menace qui surgit de tous les interstices du plancher: l'armée des souris est venue leur faire la guerre!

Mon avis:

Je suis depuis ma tendre enfance une fan finie absolue de la musique de Tchaïkovski et de lire le conte original dont est issu l'un de ses plus célèbres ballets me remplissait de joie.  Première constatation, le célèbre compositeur russe ne s'est pas inspiré de cette version pour écrire son ballet.  Deuxième constatation, cette version est un peu plus sombre que celle qui anime nos mois de décembre depuis des lustres. Troisième constatation, le droit d'auteur au XIXe siècle n'est pas celui du XXe, ni du XXIe: Alexandre Dumas s'est inspiré des grandes lignes du conte d'Hoffmann pour écrire la version qui a servi à Tchaïkovski... sans trop le mentionner, apparemment.  Quatrième constatation, cette version est beaucoup plus proche du fantastique qui fera les beaux jours des Maupassant, Poe et autres grands du genre au XIXe siècle.  Bref, ça vaut la peine de lire ce conte pour ce qu'il est et non pour toutes les modifications que ses nombreuses versions subséquentes ont apportées.

L'atmosphère du conte est à cheval entre le fantastique et le réel, comme un pied dans un rêve et l'autre dans l'éveil.  La frontière est volontairement brouillée: les événements fantastiques du récit sont-ils le fruit de l'esprit endormi de Marie ou sont-ils la réalité?  Et quel rôle joue Drosselmayer, celui d'un guide dans les aventures de la petite fille ou d'un simple observateur de ses aventures?  Les deux sont possibles.  C'est sur cette fine ligne que joue le texte et c'est très bien fait.

Marie est une petite fille qui n'a pas beaucoup de personnalité, mais sur lequel repose quand même le récit.  Elle est naïve et est facilement éblouie, mais a un coeur d'or: un archétype féminin donc, plus qu'un personnage, mais comme on est dans un conte, ça passe.  Elle prend grand-soin de son Casse-Noisette lorsqu'il est brisé, ce qui mènera à la suite de ses aventures.  Elle n'y prend pas une part active, sauf au moment où elle lance un coussin au Roi des souris pour sauver son Casse-Noisette.

Le conte n'a pas été écrit pour des enfants et certains éléments sont plus sombres, mais il n'y a rien pour effrayer un petit lecteur moderne.  Par contre, il faudra prévoir plusieurs jours de lecture parce que le récit est assez long.  Il y a quelques longueurs, surtout dans la dernière partie, mais rien de majeur.  Le style par contre est celui d'un texte du début du XIXe siècle: un peu vieillot par moment.  N'empêche, certains éléments, comme les automates de Drosselmayer sont fascinants et donnent une idée de l'imaginaire débridé de l'auteur.  Il a d'ailleurs écrit un autre conte, lui aussi adapté en ballet, où il pousse encore plus loin ses idées dans le domaine.

La dernière partie, assez longue et surtout descriptive est consacré au voyage de Marie et Casse-Noisette au pays des poupées et des bonbons et n'est pas fait pour les gens au régime: les descriptions de friandises, plus alléchantes les unes que les autres durent des pages et des pages.  On a l'eau à la bouche à la lecture.

La fin du conte ramène le personnage de Casse-Noisette dans la réalité, brisant un sort et malgré son très jeune âge (7 ans à peine!), Casse-Noisette et Marie convolent en justes noces pour devenir les roi et reine du royaume des poupées et des bonbons.  C'est le seul endroit du récit qui laisse poindre que tout n'était pas dans l'imagination de la petite fille, mais l'ombre de Drosselmayer reste très présente, alors le lecteur se pose la question: vérité ou surnaturel?  Encore là, le conte n'est pas tout à fait clair, même si on souhaite bien à Marie son royaume, son prince Casse-Noisette et son royaume de bonbons.

Ma note: 4/5

lundi 28 mars 2022

Lectrice masochiste

 Salut!

Ça ne m'arrive que quelques fois par année sans doute, mais je tombe sur un livre que je trouve... difficile, ou plate, ou qui me fait sortir de mes gonds...  Neuf fois sur dix, je le mets de côté et basta.  Mais la dixième fois...  je persiste.  Et je me fais souvent un point d'honneur de finir ce foutu bouquin.

Les raisons sont multiples: je veux pouvoir copieusement descendre le livre dans une critique, je veux savoir la fin, même si tellement de choses me font hurler, je m'obstine purement et simplement... Bref, je suis une lectrice masochiste.  Je m'assume.  Je peux lire jusqu'à la dernière page un livre que je déteste par pur esprit d'obstination.

Sauf que je dois, en cours de lecture, laisser un peu sortir la broue qui me monte au toupet: je vais pester, rager, chialer contre le livre.  Si je vous croise au moment où je lis un de ces livres, il se peut que je vous en parle en fulminant.  Et à ceux qui me disent dans ces moments-là: «Mais... tu pourrais le laisser tomber?», je réponds invariablement: «Non, lui, je vais le finir!».  Et je le fais.

Lire est une activité qui se doit d'être agréable, disons la plupart du temps.  On peut parfois se taper des livres qui nous déplaisent parce que l'on doit le faire, quand ce sont des lectures obligatoires ou pour le travail. Choisir de lire jusqu'au bout une oeuvre qui nous déplaît est donc quelque chose de contre nature, mais j'ai appris une chose avec le temps: ce sont souvent des lectures qui malgré tout, nous apportent quelque chose.

Souvent, c'est parce que si on le déteste, c'est parce qu'on a quelque chose à apprendre de ce livre.  J'ai détesté Kamouraska d'Anne Hébert.  Le personnage principal me tapait sur les nerfs.  J'ai détesté l'histoire, j'ai détesté l'intrigue et les personnages.  C'est en lisant la toute dernière page du livre que j'ai accroché et d'un seul coup, j'ai vu toute l'histoire de ce livre d'un oeil différent.  Et j'ai compris ce qui me tapait sur les nerfs.  Je trouvais le personnage faux. Je trouvais qu'elle vivait sa vie comme à côté d'elle, comme si elle était incapable d'être elle-même.  Et la fin, la toute fin du livre, m'a appris que c'était le cas.  L'aurais-je compris si je n'avais pas été au bout de cette lecture?

À l'inverse, il m'arrive de repenser à un livre que j'ai (figurativement) pitché par la fenêtre tellement il m'horripilait.  Des personnages, des situations, des manières d'écrire.  Je n'ai pas été jusqu'au bout.  Tiens, L'homme-ouragan de Lucie Dufresne. J'ai détesté le personnage principal de ce livre au point de le haïr!  Un être misogyne, imbu de lui-même, uniquement préoccupé par sa propre ascension, incapable d'apprendre de ses erreurs.  Je l'ai haï, c'est pas peu dire!  Ce qui me tracasse en y repensant par contre, c'est à quel point ne pas faire le cheminement complet de ce personnage m'a peut-être privé de comprendre quelque chose.  Je pourrais peut-être aller chercher le livre à la bibliothèque, mais j'ai trop de mauvais souvenirs de lecture pour ça!

Bref, je suis (parfois, mais pas toujours) une lectrice masochiste qui termine des livres qui lui font réviser son vocabulaire religieux en cours de lecture.  C'est parfois utile de le faire.  Mais pas tout le temps!

@+ Mariane

jeudi 24 mars 2022

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell  Gallimard Folio tome 1 701 pages, tome 2 705 pages



Résumé:

1861: Scarlett O'Hara a 16 ans et est la reine du comté de Clayton, en Géorgie.  Fille de propriétaire de plantation et d'esclaves, elle a été élevée comme une femme du sud: elle est belle, mais modeste en apparence et polie à souhait.  Sa mère et sa Mama ont veillé à camoufler son caractère bouillant. Car Scarlett n'est pas une demoiselle sage et délicate. Elle est volontaire, déterminée et n'hésite pas à manipuler ceux qui l'entourent pour arriver à ses fins.  Elle a d'ailleurs tous les jeunes hommes du comté à ses pieds. Tous, sauf Ashley Wilkes.  Le jour où Scarlett apprend qu'il a l'intention d'annoncer ses fiançailles avec sa cousine, elle se résout à lui avouer son amour, dans une mise en scène destinée à le faire plier. Lorsqu'il décline son affection, elle cède à la rage, mais malheureusement, un témoin a tout entendu: Rhett Butler, un paria de la bonne société, un homme que l'on n'invite pas aux mondanités, car il traîne une réputation de scandale.  Peu après, un messager arrive, annonçant le début de la Guerre de Sécession.  Affolée à l'idée que Rhett parle, Scarlett accepte la demande en mariage du frère de la fiancée d'Ashley.

Mon avis:

Que dire de ce livre...  Bon, commençons par parler de la longueur.  C'est long, 1400 pages.  Une sacrée brique à traverser.  Oui, il y a des longueurs à certains moments, mais malgré tout, le rythme est assez soutenu.  C'est juste que l'histoire traverse douze années de la vie de Scarlett et douze années lourdement chargées de l'histoire des États-Unis.  L'auteure se permet d'ailleurs quelques fois de longs paragraphes pour nous raconter l'atmosphère, les événements, petits et grands, qui ont lieu tout au long de la guerre et de la décennie qui a suivi.  Il y a donc beaucoup d'anecdotes tout au long du récit, ce qui  à la fois agaçant et intéressant,  parce que ça rallonge le récit, mais aussi parce que ça donne à celui-ci un ton résolument réaliste.

Le personnage de Scarlett en lui-même est tout un numéro.  Une femme volontaire, orageuse, qui fonce tête baissée, n'écoute pas les préjugés de son époque et fait en sorte d'obtenir ce qu'elle veut.  Éduquée dans la tradition du sois belle et tais-toi, dans lequel les jeunes filles doivent être de délicates fleurs qui doivent avant tout faire un bon mariage, elle n'hésitera pas à bafouer les règles apprises dans l'enfance pour entrer de plain-pied dans le monde nouveau d'après la guerre. Elle est consciente que son éducation ne l'a pas préparée à faire face au monde qu'elle affronte: tant pis, elle inventera, foncera, quitte au scandale. Ce n'est pas un personnage qui est aimable et je comprends certains lecteurs de l'avoir détesté.  Son total aveuglement par rapport à ses propres sentiments, mais aussi face à ceux des autres la rend antipathique et donne à plus d'une occasion l'envie de l'attraper par le chignon du cou et de lui dire Hé, ho! Tu ne vois pas ça?  Ça crève les yeux pourtant. Cependant, elle a une psychologie complexe et cohérente tout au long du roman et c'est vraiment un personnage féminin fort, avec ses forces et ses faiblesses. 

Autour d'elle tourne une galerie de personnages aussi colorés que divers, au premier chef Rhett Buttler, le paria de la bonne société qui prend un plaisir fou à mettre Scarlett en rogne.  C'est la seule et unique personne dans son entourage qu'elle est incapable de manipuler et malgré les événements, ils reviennent toujours l'un vers l'autre, comme attirés par un aimant.  Pour le lecteur moderne, beaucoup d'éléments de leur relation sont toxiques à souhait et l'un comme l'autre ont leurs torts. Si le roman est souvent présenté comme une romance entre eux, je ne partage pas cette opinion: le roman raconte la vie de Scarlett avant tout et il s'avère que Rhett en est une partie importante.  Autour d'eux, Mélanie, la femme d'Ashley, bonne et généreuse, quoique capable de discernement face à Scarlett, son époux, Ashley, un être faible qui ne sait pas faire face aux bouleversements de la guerre, son père, force de la nature qui ne se remettra pas de la mort de sa femme, sa femme, la mère de Scarlett, dont le lecteur saura beaucoup plus sur elle que sa propre fille, les habitants d'Atlanta, tous avec leurs personnalités, leur passé, leurs préjugés. Il y a là une superbe galerie, où chacun a un rôle à jouer dans la vie de la protagoniste principale.  Ils ne sont pas des pions, ils existent et donnent au roman, une impression de réalisme et de pittoresque.

Sauf et c'est là le grave problème de ce roman, les personnages noirs, d'abord esclaves, puis affranchis.  Le mot en n** est régulièrement utilisé pour les décrire (la traduction que j'ai lue date de 1937, mais le mot figure dans le roman en version originale) et si tous les personnages blancs ont une personnalité et une profondeur, la plupart des personnages noirs sont caricaturaux, stupides ou paresseux. La traduction les affuble en plus d'une incapacité à prononcer les r, qu'ils soient esclaves dans la maison ou travailleurs dans les champs, ce qui est complètement illogique. Certes, le roman fait le portrait d'une époque, mais l'auteure force le trait pour que ses personnages correspondent aux préjugés plus qu'à la réalité.  Il y a quelques éclairs qui montrent qu'autre chose est possible, mais c'est superficiel.

Une chose qui m'a frappé cependant à la lecture, c'est à quel point les relations raciales, certes, hiérarchisées et à l'avantage d'un seul groupe, existaient.  Les deux groupes se parlaient, coexistaient, alors que pour les personnes du Nord qui débarquent à la fin de la guerre, les noirs sont des gens qu'ils ne veulent pas fréquenter et surtout pas dans leurs maisons. Comme de quoi le racisme peut prendre bien des formes.

Portrait d'une personne, d'une époque et d'un moment charnière de l'histoire des États-Unis, le livre garde quand même une grande valeur tant au point de vue littéraire que comme roman historique.  Une grande épopée, menée par un personnage riche qui était digne d'un tel roman.

Ma note: 4.5/5   

lundi 21 mars 2022

Inspiré par un rêve

Salut,

Stephenie Meyer, l'auteure de la série Fascination a raconté qu'elle s'était inspirée d'un rêve pour écrire sa saga racontant l'histoire d'amour entre un vampire et une humaine. Certes, son exemple est célèbre, mais elle n'est pas la seule. Nombre d'écrivains se sont inspirés des élucubrations nocturnes de leur inconscient comme source d'inspiration. Parfois, c'est un fragment, parfois un personnage, parfois une ambiance ou une scène.  La matière de base est là.

Ce n'est pas surprenant quand on pense que notre cerveau est, durant le sommeil, libéré de notre conscient. Celui-ci dirige souvent nos pensées, les limitant et les associant selon certaines structures qui sont propres à chaque individu.  Durant le sommeil, cette barrière tombe.  C'est pourquoi on peut rêver de chutes de bananes au lieu de pluie ou d'édifices construits en papier. Notre conscient sait que c'est impossible, mais notre inconscient, lui, s'en fout éperdument.  Dans un rêve, vous pouvez rencontrer Albert Einstein prenant le thé avec Anne Boleyn, revoir un parent décédé dans sa prime jeunesse, visiter une ville qui n'existe pas ou qui a été détruite depuis longtemps.  Il n'y a pas de règles, pas de contraintes et pas de jugement.  Sauf celui qui nous vient à l'esprit le lendemain matin en se disant que l'on fait vraiment des rêves bizarres...

C'est justement cette absence de contraintes qui finit par faire s'entrechoquer des idées.  Si quelque chose vous traîne dans la tête, dans un rêve, il peut se mêler avec un élément complètement nouveau.  Vous pouvez rêver que les arbres fruitiers produisent de l'électricité ou que les robots deviennent fous des vidéos de chats.  C'est fou, c'est dingue, ça ne rime à rien en lui-même. Mais c'est là qu'arrive le cerveau d'écrivain: un.e auteur.e peut en faire quelque chose. Non, les arbres fruitiers ne produisent pas d'électricité dans la vraie vie et les robots n'en ont rien à foutre des vidéos de chat, contrairement à moi.  Mais il y a là des possibles pour la fiction.  Et créer, broder sur ces possibles devient le jeu de la personne qui tient la plume.

Et les exemples sont infinis. Joyce Carol Oates a rêvé d'une femme qui avait trop de maquillage et en a fait un roman. Elle a saisi dans son rêve une essence, un concept, quelque chose qu'elle a ensuite passé à la moulinette de son conscient, allant ensuite piger dans ce qu'elle connaissait et ce qui l'intriguait dans le monde pour en faire une histoire.  Le choc des idées éparses avait eu lieu dans son inconscient, mais la matière littéraire était née du travail qu'elle avait fait ensuite.  On a beau avoir une bonne idée, le résultat sera parfois très éloigné de ce dont on a rêvé et c'est très bien ainsi.  Rares sont ceux, qui comme H.P. Lovecraft ont rêvé d'une histoire qui n'a presque pas eu de modification pour être publiée.  Le rêve est une source d'inspiration, pas une contrainte.

J'avoue que sur les bons conseils d'un proche, j'ai commencé à noter mes rêves depuis quelques mois.  De un, il est d'ores et déjà certain que j'ai un cerveau d'écrivain. De deux, la grande majorité de mes rêves sont constitués de trucs stupides qui ne valent pas la peine d'être conservés.  De trois, pourquoi y'a si peu de chats dans mes rêves???  Mais je me suis bien et bien levée un matin et j'ai jeté tout ce que je me rappelais de mon rêve à la vitesse grand V tellement j'avais peur de l'oublier.  Après avoir fini d'écrire, j'ai lâché à voix haute un F*ck, j'ai un roman!  Vais-je l'écrire?  Ça, c'est une autre histoire.

À suivre...

@+ Mariane

lundi 14 mars 2022

Bannir des livres

 Salut!

Récemment, une controverse a éclaté quand un conseil scolaire du Tennessee a écarté du programme scolaire le magnifique Maus d'Art Spiegelman pour quelques mots vulgaires et une image de femme nue.  Je n'ai pu m'empêcher de lâcher un vibrant What the f*ck! en lisant cette nouvelle.  Quelques mots vulgaires?  Les membres du comité ont-ils déjà mis les pieds dans une cour d'école de nos jours?  Leurs oreilles risquent de friser. Une femme nue? Il y a des chances que des jeunes de treize ans (âge de la majorité des jeunes qui lisaient la bande dessinée) qui ont accès à l'internet aient déjà vu bien pire! Mais par ici la sortie Maus, pourtant une oeuvre majeure sur le sujet.

Le mouvement de bannissement des livres a le vent dans les voiles ces dernières années.  Et ne soyez pas naïfs, la gauche comme la droite s'adonne à ce sport.  Combien de livres mis au pilori parce qu'elles représentaient mal certaines communautés, comme les afro-américains, les Premières Nations, les communautés LGBTQ ou certains groupes religieux?  Je ne parle pas de livres écrits il a quelques décennies, qui parfois, méritent parfaitement leur réputation (Allo Autant en emporte le vent!), mais d'oeuvres plus contemporaines, comme celles qui ont récemment été brûlées en Ontario. Parlant de brûler des livres, un pasteur encore là du Tennessee (coïncidence?) a lui aussi brûlé des livres, mais plutôt des oeuvres parlant de magie ou de surnaturel.  Bref le sujet est, sans mauvais jeu de mots, brûlant.

Quand l'affaire de Maus est sortie, mon premier réflexe a été de réfléchir.  Avais-je été moi-même déjà heureuse de voir une oeuvre bannie des bibliothèques et des librairies?  M'est alors revenue en tête l'affaire Gabriel Matzneff, dont les livres ont été retirés, puis remis sur les tablettes de la BANQ. Je n'étais pas d'accord avec la décision de les retirer. Tout le monde a le droit de se faire sa propre opinion sur un livre publié.  Publié je dis bien! J'en voulais à Gallimard, son éditeur, de l'avoir mis en marché pendant tant d'années sans sourciller ni se questionner sur le contenu des livres qu'ils mettaient à la disposition du public. Dans ce cas-là, j'étais séparée en deux: d'un côté, ma tendance naturelle à ne pas vouloir censurer et bannir un livre et de l'autre, oh, je me mettais à la place de Vanessa Springora, dont la lecture du Consentement m'a profondément remuée.  Même au nom de l'accès du public à la littérature, est-ce que je pouvais moralement soutenir la disponibilité au public d'un livre qui présente l'abus dont elle a été victime comme une grande histoire d'amour?  La vérité des uns n'est pas celle des autres.  Je crois que dans cette histoire, Springora a eu la meilleure réaction possible: elle a pris l'auteur à son propre piège et l'a, selon ses mots, enfermé dans un livre.  Mais tous ne naissent pas avec un don pour la plume.

Prenons un autre exemple, Mein Kampf d'Adolf Hitler. Ce livre est un brûlot antisémite et pour en avoir lu de longs extraits, ce n'est pas un bon livre. (j'ai étudié en histoire!).  Quand on pense aux ravages qu'il a provoqués, il serait naturel de vouloir bannir ce livre des mémoires, mais justement, à cause de ce qu'il a provoqué, ne serait-il pas naturel de vouloir le lire comme moyen de prévention et de rappel?  À sa sortie dans les années 20, parce qu'il était mal écrit, on a considéré que ce livre n'aurait jamais d'importance.  L'Histoire en a décidé autrement. Doit-il pour autant rester accessible au public, surtout sachant, que même près d'un siècle après sa rédaction, certains le lisent et adhèrent à ses idées?  Qui ont fait 62 millions de victimes, dont une majorité de civils, lors du conflit le plus meurtrier que l'humanité ait connu... jusqu'à maintenant?  Il y de quoi revoir ses principes...

Je crois que, peu importe nos opinions, nos allégeances politiques, nos principes et nos valeurs, il y aura toujours un livre qui nous fera sortir de nos gonds, rager intérieurement, voir littéralement crier à la censure et au bannissement de celui-ci.  On est tou.te.s suceptibles de céder un jour à la tentation de dire: ah, mais ça non, je ne veux pas que les idées véhiculées par ce livre soient lues par d'autres!  Personne n'est à l'abri de cette tentation, parce que l'on préfère tous, et bien naturellement, que nos idées et nos valeurs l'emportent.  Sauf que celles-ci ne représentent qu'une bien petite partie des mille et une facettes de l'humanité.  Et que c'est dans la différence et dans la découverte que l'on enrichit nos vies, pour le meilleur et pour le pire.

Je suis contre le bannissement des livres, contre la censure, même s'il m'arrive souvent de regretter cette position quand on voit ce que font certains de cette liberté.

@+ Mariane

jeudi 3 mars 2022

Comment dresser votre dragon de Cressida Cowell

 Comment dresser votre dragon  Cressida Cowell Casterman poche 205 pages


Résumé:

Pour Harrold et les autres enfants de son âge, le grand jour est arrivé: ils doivent grimper une falaise, entrer dans une grotte plein de dragons endormis et... voler un oeuf.  Qu'ils devront ensuite entraîner afin d'en faire leur dragon personnel.  S'ils échouent à le faire, ils seront bannis de la tribu!  Mais le livre que vous avez entre les mains raconte une histoire très particulière, parce qu'en fait, ce n'est pas un livre ordinaire, non, c'est le premier tome des aventures d'Harrold , celui qui sera un jour appelé avec respect «celui qui murmure à l'oreille des dragons».

Mon avis:

Soyons honnêtes, l'intrigue n'a à peu près aucun lien avec l'adaptation qui en a été tirée.  Je dirais même que pour une rare fois, j'ai préféré le film au livre!  Dans le livre, la relation entre les dragons et les dragonniers est très différente: au lieu d'être ennemis, les dragons sont plus ou moins les chiens de chasse des humains et leur taille est considérablement plus petite.  Exit aussi la furie nocturne, la blessure de Krokmou et le fait de chevaucher des dragons, du moins dans le premier tome.  Par contre, la relation complexe père-fils entre Harrold et son père Stoïk y est, ainsi que la finale montrant un énorme dragon.  Pour le reste, les deux oeuvres sont aux antipodes.

Mais le livre donc.  Truffé d'illustrations, il est très facile à lire.  Le ton y est volontairement un peu grotesque pour montrer le côté rude des Vikings.  Pas de grands épanchements émotionnels non plus, mais de l'action, ça oui.  Les scènes intenses sont bien rendues et nous donnent quelques frissons en pensant à ce qui pourrait tourner mal, même si le ton général reste humoristique avant tout.

Harrold y est un personnage plutôt intello, pas spécialement fort ni courageux qui essaie de survivre dans un monde où les aptitudes physiques et les grosses voix sont plus importantes que la subtilité.  Ce qui rendra d'autant plus difficile le dressage de son dragon Krokmou, particulièrement têtu, même selon les standards de son espèce.  D'autant plus que la seule chose qui lui est enseignée pour dresser un dragon, c'est de lui crier dessus!  Aucune chance que cela fonctionne quand on a la constitution d'un cure-dent et l'autorité discutable d'un adolescent manquant de confiance en lui.

L'auteure a bourré son récit de jeux de mots et de situation drôles, ce qui m'a fait sourire à la lecture, sans toutefois rire aux éclats.  Les dialogues sont souvent écrits dans une police différente de celle du reste de l'action, ce qui donne du dynamisme au texte et permet de penser à de grosses voix vikings en le lisant.

Sincèrement, j'ai préféré le film.  Si vous l'avez vu, le livre risque de vous décevoir.

Ma note 3.25/5

lundi 28 février 2022

Le pouvoir d'empathie des livres

Salut!

Vous savez, je n'ai jamais été sur un vieux rafiot crachotant une fumée noire en train de fuir mon pays d'origine empêtré dans une guerre.  Pas du tout.  Mais si je ferme les yeux, je peux m'imaginer y être, tout ça parce que Kim Thuy, dans son magnifique me l'a raconté.  Elle m'a raconté la peur, le danger, elle m'a raconté aussi l'angoisse, l'odeur du moteur que tout le monde craint de voir s'arrêter, la nuit noire, la saveur des biscuits qu'ils ont mangés, imbibés d'huile à moteur et qu'elle a malgré tout avalés parce qu'il n'y avait rien d'autre...

Des dizaines d'auteurs m'ont ainsi raconté leurs histoires, parfois la leur, parfois une autre, imaginée par eux.  Ils m'ont appris comment on fait un feu à partir de brindilles, comment on teint la laine et qu'on la tisse, comment on récolte les fraises sauvages et des dizaines et des dizaines d'autres choses.  C'est l'art de l'auteur de nous décrire comment on fabrique des dizaines d'objets, comment on se débrouille dans la nature, mais il y a plus.

Je n'ai jamais souffert de la faim, celle avec un grand F, celle qui déchire le ventre et qui fait faire des choses qu'on ne ferait pas autrement.  Mais je l'ai lu très souvent.  Je peux décrire ses sensations, comment elle transforme les sens, comment elle tord le ventre et rend sensible à tant de détails, petits et grands, qu'autrement, on ne remarque pas.  

Je n'ai jamais eu peur au point de craindre pour ma vie, mais je connais la peur, parce qu'on me l'a décrit.  Je n'ai jamais connu la pauvreté, mais le déchirement qu'elle cause, la griffure de son impact sur l'âme, même si ce n'est que pour de petites choses, je la connais.

Je n'ai jamais été dans un pays en guerre, mais je comprends les ravages que cela fait sur les relations sociales, combien on en vient à se méfier de tout le monde, combien le moindre geste, la moindre parole, peut décider de sa vie ou de sa mort.

Je n'ai jamais été trompée par un.e amoureux.se, mais j'ai lu bien des fois l'atroce déchirement que cela fait à la confiance, en soi et dans les autres, à l'amour, toutes les répercussions que ce manque de confiance finit par avoir, sur la personne qui trompe, la personne trompée et sur toutes les autres qui les entourent.

Parce qu'on l'a écrit et mieux, on l'a écrit en me parlant d'une personne.  Jeune, vieille, homme, femme, enfant, adolescent, riche, pauvre, privilégiée ou non, quelque soit la couleur de sa peau, son origine, sa foi son orientation sexuelle, son identité de genre ou ce qu'elle désire: pouvoir, éducation, dignité, etc.  C'est à travers cette personne que j'ai compris. Cette personne qui peut n'avoir existé d'abord que dans la tête de celui ou celle qui l'a écrit. Ce n'est peut-être même pas une vraie personne, ni même inspirée d'une vraie personne.  C'est un personnage, mais ce personnage peut nous faire ressentir tellement d'émotions qu'il en devient presque vrai.

C'est l'un des nombreux pouvoirs de la littérature: nous permettre l'empathie.  De marcher quelques kilomètres dans les souliers de quelqu'un d'autre, de faire l'expérience de leur propre vie, de leur point de vue.  Certes, on peut le faire d'une autre manière: la télévision, le cinéma, le journalisme, les biographies, etc, mais la littérature a ceci de particulier qu'elle nous permet de plonger profondément dans les pensées et les sensations d'un individu.  De nous mettre à sa place.

La science a déjà prouvé que la lecture permet de développer l'empathie.  On ne lit pas en se disant: je vais développer ma capacité à comprendre les autres, non, c'est un effet secondaire.  Ce qui est merveilleux, c'est que cela se fait naturellement, sans que l'on s'en rende vraiment compte.  Tout simplement parce que lorsque l'on est assit en train de lire un livre, on ne pense pas que l'on est en train d'apprendre à son cerveau à se mettre dans les souliers de quelqu'un d'autre, à sortir de notre propre cadre de pensée, de comprendre que différent ne veut pas dire dangereux et qu'il y a autant de beauté que de laideur dans toutes les cultures du monde : on est emporté par la magie d'une histoire, l'un des plus grands plaisirs de l'humanité depuis des temps immémoriaux.

@+ Mariane

jeudi 24 février 2022

«C'est le Québec qui est né dans mon pays!» d'Emmanuelle Dufour

 «C'est le Québec qui est né dans mon pays!» Carnet de rencontres, d'Ani Kuni à Kiuna  Emmanuelle Dufour  Collection Ricochets Écosociété 176 pages


Résumé:

Lors d'un voyage en Nouvelle-Zélande, Emmanuelle Dufour se fait poser une question somme toute innocente par une petite fille: connais-tu les premiers peuples de ton pays.  Pour elle qui a parcouru la planète à la rencontre des peuples autochtones a ressenti un choc: elle ignorait tout de ceux qui vivaient sur la terre où elle a elle-même grandi.  Décidée à combler cette lacune, elle se lance dans la découverte des Premières Nations du Québec, une trajectoire qui soulèvera de nombreuses questions sur son propre nationalisme québécois.

Mon avis:

Au départ un mémoire de maîtrise, ce récit a volontairement été rédigé en bandes dessinées et c'est une grande force. Parce que l'iconographie y occupe une place très importante.  Dans l'une des pages, elle dessine tous les personnages ''indiens'' qui ont peuplé notre imaginaire d'enfants occidentaux: Pocahantas, Yakari, Astérix chez les Indiens, le personnage des chips YumYum et combien d'autres qui ont influencé notre imaginaire face aux Premières Nations. Des images qui sont soient fantaisistes, soient fortement stéréotypés, parfois mêmes racistes de ces peuples. Le fait de mettre toutes ces images les unes à côté des autres donne une idée de l'ampleur de cet imaginaire construit.  Le reste de l'album sera consacré à aller voir de l'autre côté de la barrière, à donner la parole à ceux que l'on a trop souvent décrits à leur place.

Ce qui est particulier, c'est qu'elle fait des liens entre l'éveil des Premières Nations à la fierté d'être ce qu'ils sont et le mouvement nationaliste québécois.  Ce qui soulève en elle de nombreux questionnements.  Le titre, lourd de sens, révèle alors toute l'ampleur des angles morts dont les Québécois ont fait preuve: comment réclamer un territoire qu'ils ont eux-mêmes pris à d'autres? Les nombreux stigmates de la crise d'Oka sur les relations entre les Québécois et les peuples autochtones sont d'ailleurs clairement montrés: un cas typique de la façon dont les premiers n'ont tout simplement pas tenu compte des droits et des volontés des seconds.  Mais surtout, elle donne la parole à de nombreux membres des Premières Nations, partout au Québec, bien souvent dans leur langue (avec une traduction pour les francophones).

À aucun moment le discours ne se fait culpabilisant.  Une des intervenantes autochtones le dit d'ailleurs clairement: ils n'en ont rien à faire de notre culpabilité, elle ne sert à rien, ils veulent des actions. Et dans ce sens, aller vers l'autre est la première action. Connaître et comprendre vient ensuite. Le livre montre toutes les étapes que l'auteure franchit dans cette volonté d'aller vers l'autre, les remises en question, les réflexions qui l'ont nourrie, les rencontres.  C'est ce cheminement que l'on suit, sur plusieurs années, en même temps que l'on voit l'éveil de la population en général sur les questions concernant les Premières Nations.

Le dessin est très documentaire et c'est volontaire, mais le coup de crayon est juste et elle joue beaucoup avec les images.  Parfois, on dirait un collage, parfois, elle consacre une pleine page à la parole de quelqu'un avec son dessin et elle n'hésite pas à mettre des pages en noir pour parler des histoires sombres, comme celles abordant les pensionnats.  Bref, le livre est autant une réussite au point de vue visuel qu'au point de vue du récit.  D'ailleurs, ce choix de présentation rend le sujet d'autant plus facile d'accès pour une personne qui s'intéresserait au sujet en ne connaissant strictement rien.  Une oeuvre nécessaire, une oeuvre bien faite et je l'espère, un pas de plus vers la réconciliation.

Ma note: 4.5/5

lundi 21 février 2022

Le prétexte et la base

 Salut!

Je me rappelle une discussion assez vive sur le catalogue de visage autour d'un de mes billets qui parlaient du fantastique.

-Ouais, mais Diana Gabaldon c'est du fantastique! 

Je me rappelle avoir roulé des yeux.  Pour moi, Le chardon et le tartan, ce n'est pas du fantastique, du moins, pas selon les codes auquel je suis habituée, MAIS, c'est vrai qu'il y avait du vrai dans cette affirmation.  

(Pour ceux qui vivent sous une roche, Diana Gabaldon a écrit une série de romans forts populaires et adaptés en série télé qui raconte les aventures de l'infirmière Claire Beauchamp Randall, qui en 1945, se retrouve propulsée deux cents ans dans le passé et tombe amoureuse d'un Highlander, Jamie Fraser, qu'elle finit par épouser.)

C'est ici que début mon début de grincement des dents envers cette série.  Si la prémisse (une femme du XXe siècle qui atterrit au XVIIIe siècle) est du ressort du fantastique, ça s'arrête là: le reste des aventures de Claire est clairement réaliste, si l'on tient compte qu'elle a des connaissances du futur et qu'elle a voyagé dans le temps.  Pas de magie, pas de surnaturel, pas d'autres ruptures avec le réel.  Niet!  Le reste du récit est consacré à la romance de Claire avec le beau Jamie Fraser.  La suite montre une excellente romance, pas un roman fantastique.

Et là est la différence: l'élément fantastique est ici un prétexte à la suite de l'histoire et non sa base.

Comparons avec une autre histoire fantastique.  Prenons par exemple un classique contemporain: Twilight (ou Fascination si vous préférez!).

(Pour ceux qui auraient vécu sous une roche, la série raconte l'histoire de Bella, une humaine, tombant amoureuse d'un vampire, Edward et bon, tout ce qui arrive après.)

Ici, la prémisse, une humaine qui tombe amoureuse d'un vampire, est justement le coeur d'une histoire.  Encore une fois, l'amour est le moteur de l'intrigue, mais on diffère bien vite de la série de Diana Gabaldon sur un point : plus on va loin dans l'histoire, plus les implications de cet amour humain-vampire vont loin. Tiens le meilleur copain de Bella est justement un loup-garou et tiens, les vampires forment une société complète, avec ses propres lois et tiens, les vampires ont des pouvoirs aussi et tiens, ça finit par arriver des mélanges vampires-humaines, etc, etc.  Et de plus en plus, l'intrigue s'éloigne du commun des mortels pour plonger dans la réalité alternative créée par le fait que les vampires existent.

Claire Beauchamp Randall qui plonge deux cents ans en arrière: ok, c'est un fait de l'histoire, mais à part elle, personne ne trouve ça si bizarre.  Bella qui rencontre un type beau comme un dieu grec marmoréen (ceux qui ne savent pas ce que ça veut dire, vous n'avez pas lu les romans...) et découvre que c'est un vampire... l'introduit progressivement à un nouvel univers, caché à nos yeux.  À une nouvelle réalité.  Et c'est souvent pourquoi je grince des dents quand j'entends parler du nouveau roman fantastique qui bouleverse les littéraires.  À trop de reprises, j'ai trouvé qu'il y avait un élément de fantastique qui servait à raconter une autre histoire. Alors que la trippeuse de fantastique que je suis aime quand on raconte une histoire ayant à sa base un élément de fantastique et s'amuse à en raconter toutes les répercussions.

Bref, entre un truc bizarre qui permet de raconter une histoire et une histoire  qui prend racine sur un truc bizarre, je préfère la deuxième option.

@+ Mariane

lundi 14 février 2022

Ceux que l'on a lu et qu'on ne trouve plus

 Salut!

L'autre jour, je discutais avec une amie ayant des enfants d'une dizaine d'années, fort grands lecteurs pour mon plus grand bonheur.  Elle me demandait des suggestions d'auteur.e.s francophones, qu'elle connaît moins que les auteur.e.s anglophones.  Je me mets à lui parler de séries, je parle des livres qui marchaient fort lorsque j'étais en librairie, des succès plus récents et petit à petit, je plonge dans mes souvenirs et je me mets à penser à un livre de science-fiction jeunesse que j'avais lu quand j'avais une dizaine d'années...

-Celui-là, c'est bien dommage, mais il n'est plus disponible par contre.

-Ah oui?

-Non, il est épuisé depuis longtemps.

Et d'expliquer que les livres ne sont pas éternels, que beaucoup d'entre eux, malgré leurs qualités, finissent par passer de mode ou à ne plus avoir de public et la place en entrepôt coûtant cher, éditeurs et distributeurs les éliminent des tablettes.  Les plus chanceux dans le lot seront soldés (les fameuses tables de rabais des grands magasins ou des Dollarama) ou crève-coeur comme idée pour les amoureux des livres, pilonnés.  Bref, les livres sont comme le reste dans la vie: ils ont un cycle de vie, ils naissent, ils vivent et ils meurent.  À moins d'être un classique, un livre d'un.e auteur.e très connu.e ou d'être à l'étude dans un cadre scolaire, cinq ans après leur publication, beaucoup de livres ne sont tout simplement plus possibles à trouver qu'en bibliothèque ou encore d'occasion et encore, uniquement si l'on est chanceux.

Mais ceux-là...  Des fois, des années après, on y repense et on se dit: j'aimerais le relire.  Ou encore, j'aimerais le faire lire à quelqu'un.  Mais ils ne sont plus là.  Ça peut être un roman, un album, une bande dessinée, un livre de psycho-pop.  Parti disparu.  C'est dommage, parce que ces livres-là n'ont pas tant changé, ils peuvent encore être lus avec autant de plaisir par d'autres lecteurs.  Le livre numérique a permis à pas mal de bouquins d'être préservés de la disparition totale, et c'est l'un de ses grands avantages, mais il ne remplace pas le contact physique des livres.

C'est aussi un rappel que bien que la littérature soit une forme d'art, son commerce est une affaire capitaliste. Et que pour le capitalisme, ce qui ne bouge pas sur une tablette est un poids et un non un actif.

Je pourrais nommer une bonne dizaine de titres qui ne sont plus disponibles en moins d'une minute. Je les ai lus, je les ai aimés, mais je ne pourrais jamais partager ces lectures.  C'est bien dommage.  Parce que c'était de bonnes histoires.  Parce que je les ai aimées. Maintenant, ces histoires ont été emportées dans le trou noir de l'oubli.  À moins qu'un.e étudiant.e en littérature ne fassent sur eux une une thèse qui les ramène à la mode, ces livres-là auront bientôt disparus des mémoires.

@+ Mariane

lundi 7 février 2022

Qu'est-ce que ça veut dire vertueux?

 Salut,

Plus tôt cet automne, j'ai initié Neveu à l'univers de Marvel, au fil de ses visites.  À chaque fois, nous écoutons le film collé sous une couverture, un bol de pop corn frais éclaté et son Casal Domingo favori à porté de main (que voulez-vous, faut bien que je le maltraite un peu!).  Nous étions donc rendu à Thor, le premier, quand il m'a posé la question fatidique, une bouchée de maïs plein de beurre à mi-chemin entre le bol et sa bouche.

«Qu'est-ce que ça veut dire vertueux?»

J'ai émis une série de sons plus ou moins harmonieux dans le genre, aheuveouimaiszegenre, et j'ai mis le film sur pause.  J'ai tenté de lui expliquer le sens du mot sur le vif, mais à voir la lueur de doute dans ses yeux, j'ai royalement manqué ma cible.  Quoique, c'est pas nécessairement évident à expliquer, la vertu.  Bon, quand on parle de celle d'une femme (grrrmmphh) c'est plus simple, mais d'un comportement vertueux, comme celui qui vaut au frère adoptif de Loki le droit de soulever Mjolnir?

Les films de Thor ont un petit côté shakespearien dans la manière de raconter autant que dans les dialogues des personnages.  D'où leur utilisation de certains mots qui sont aujourd'hui moins courant dans le langage populaire.  Mais n'empêche, ça ouvre l'esprit que de connaître ces mots et malgré tout, ils sont encore tout à fait valable dans une discussion.  À vraie dire, même à la fin du film, Neveu n'avait pas compris le mot en lui-même: il m'a reposé la question plusieurs fois.  Mais le sens du mot, il l'avait compris.  

C'est comme ça aussi dans les livres.  Je n'ai pas cherché dans le dictionnaires la moitié des mots que je connais et pourtant, je les comprends et je peux les utiliser.  Parce que le contexte, l'histoire, nous guident dans la compréhension de ce que veut dire le mot.  Ce qui est parfois encore mieux qu'une définition car on apprend le mot dans l'action. Si je parle de vertu au sens large, je peux comprend le concept, mais si je vois le comportement de Thor avant et après sa prise de conscience qu'il se conduit en vilain égoïste, je mets le sens en action.  C'est comme ça que l'on retient et apprend de nouveaux mots.

C'est souvent comme ça que l'on acquiert du vocabulaire.  Pas en se le faisant expliquer, mais en voyant ou en lisant le mot dans son contexte.  Et c'est aussi comme ça qu'on apprend à utiliser ce nouveau mot.  Pensez-y: quand on apprend une autre langue, on nous donne la base, mais apprendre du vocabulaire veut dire être en contact avec les mots et avec leur(s) sens.  Et je mets sens au pluriel parce que oui, certains mots ont plusieurs sens.  C'est aussi de la même manière que la science-fiction et la fantasy nous permettent de comprendre des mots qui n'ont aucune assise dans notre réalité, d'en saisir pleinement la portée et de savoir les utiliser dans le contexte de l'histoire, tout autant que dans notre vie quotidienne.  

Au fait, Neveu a fini par comprendre encore mieux le sens de vertueux  après avoir vu Capitaine America.  Se faire du vocabulaire dans un film de super-héros, qui l'eût cru!

@+ Mariane

mardi 1 février 2022

Bilan culturel 2021 et les raisons d'un silence

 Bonjour à tous!

Alors on va commencer mes billets de 2022 avec mon traditionnel bilan culturel de 2021.  Alors!

Livres

J'ai lu à peine 25 livres en 2021... J'avoue que mon cerveau a fait hein? quand j'ai vu ça.  J'avais bien évidemment constaté que mon rythme de lecture avait beaucoup diminué, mais à ce point?  Disons que ça me fait réfléchir.  C'est sûr qu'un déménagement et tout le stress qui va avec n'a pas aidé, bien que ça me fasse réaliser à quel point ma PAL ne diminue pas, elle... Par contre, j'ai encore une fois, et ce sans le chercher, lu à peu près autant d'hommes que de femmes et autant d'auteur.e.s dont c'était pour moi la première lecture que d'auteur.e.s que j'avais déjà lu.  Pour le reste, les auteur.e.s étrangers ont dominé mes lectures en 2021, surtout européens.  Un seul gros coup de coeur, Les constellées de Daniel Grenier.  Dans les lectures marquantes, deux classiques, une redécouverte en la personne de Pearl Buck que j'ai beaucoup lu adolescente et la lecture de la sacrée brique d'Autant en emporte le vent qui en valait vraiment la peine!

Musées et expositions;

Voix autochtones d'aujourd'hui au Musée McCord: Ma seule sortie muséale de l'année, que j'ai bien aimé, mais pour qui s'intéresse au sujet, il y a beaucoup de choses que je savais déjà.

Cinéma:

Année dans la moyenne, n'étant pas une très grande cinéphile.

Stefan Zweig: Farewell to Europe de Maria Shrader (Kanopy): Film au rythme lent, mais très bien tourné portant sur l'exil de l'auteur Stefan Zweig après son départ de l'Europe en plein montée du nazisme.  C'est très Européen comme film, mais j'en garde un très bon souvenir.

Radioactive de Marjane Satrapi (Crave): Un film que je regarde plus comme un téléfilm sur la vie de Marie Curie.  Elle y est présenté comme une personne glaciale menée uniquement par la rationalité scientifique, même dans le domaine des sentiments.  L'actrice Rosamund Pike n'arrive pas vraiment à nous donner de la chair sur cette personne.  Je suis très mitigée disons.

Le magicien d'Oz de Victor Flemming (Netflix): Ce classique de 1939 reste tout aussi agréable à regarder aujourd'hui qu'à sa sortie!  Il n'a pas pris une ride!  Et sincèrement, j'ai été impressionnée par la qualité des effets spéciaux pour l'époque.

Grace de Monaco d'Olivier Dahan: Je suis habituellement un très bon public pour les films sur les royals, mais celui-ci était d'une nullité rarissime.  Passer votre tour, d'autant plus qu'ils se permettent énormément d'erreurs au point de vue historique.

Gunpowder Milkshake de Navot Papushado (Netflix): Un film de gangster mettant en vedette des femmes dures à cuire et rapides sur la gâchette.  Un divertissement bonbon, mais ça en valait la peine.

Creation de Jon Amiel (Kanopy): Un film sur la vie de Darwin, l'homme derrière le scientifique.  Un film au rythme un peu lent, mais un grand hommage à l'humanité derrière la science.

Cruella de Craig Billespsies (Disney+): Avant de voir ce film, je me demandais pourquoi on faisait un film sur Cruella.  Après l'avoir vu, je me pose toujours la question.  Intéressant pour le milieu de la mode, mais sans ça, j'aurais très bien pu me passer de cette écoute.

BlackWidow de Cate Shortland (Cinéma): Un film mettant en vedette ma superhéroïne préférée, je n'allais pas manquer ça!  Mon avis sur le film est plutôt moyen, même si côté effets spéciaux et cascades tout était au rendez-vous.  Et bon, Yelena valait à elle seule le film!

Shang-Chi et la légende des dix anneaux de Daniel Cretton (Cinéma):  Un Marvel classique ( je commence à mon tour à me lasser de la recette), mais de très belles images et un bel hommage à l'imaginaire asiatique.  Pratiquement aussitôt vu, aussitôt oublié.

Dune partie 1 de Denis Villeneuve (Cinéma): Je l'ai vu deux fois, dont une en 3-D, moi qui déteste la 3-D en général.  Une excellente adaptation de l'oeuvre d'Herbert et Timothée Chalamet a réussi à me convaincre dans le rôle de Paul alors que j'avais de sérieux doutes au départ.  Ma seule déception: le film finit au moment où ça devient vraiment intéressant...

La reine des neiges 2 de Chris Buck et Jennifer Lee (Disney+): Je me devais de faire un peu de rattrapage de film d'animation et je n'ai pas été déçue par celui-ci!  Même si le scénario est un peu plus faible que le premier opus, j'ai passé un très bon moment.

The electrical life of Louis Wain de Will Sharpe (Prime video): La vie du dessinateur qui a créé l'imaginaire sur les chats dont je me délecte aujourd'hui?  Je pouvais pas manquer ça!

Séries télés

2021 a été une année faste, entre le couvre-feu et ma nouvelle télé, j'ai pas mal visionné de trucs!

How I met your Mother, saison 2 à 9 (Netflix): J'avoue, j'ai dévoré en rafale cette série dans mes moments de blues et j'ai laissé partir ses personnages avec une pointe de regret.  Mais moi, je le savais que Robin et Ted allait finir ensemble depuis l'épisode 1.  Je ne comprends pas la déception de certains face à cette conclusion.

Fate: The Winx Saga Saison 1 (Netflix): Très, très, très, très ado, avec une traduction en français qui donnent l'impression que des ongles sur un tableau sont un son agréable.  J'aurais dû écouter la VO, mais c'était une série regardée en mode pyjama, donc, j'ai continué. Plutôt passable, à mon avis.

Wandavision (Disney+): Série duquel je n'attendais absolument rien, ne comprenant pas pourquoi Marvel se lançait dans les séries télés.  Mais ça s'est révélé un petit bijoux, avec deux personnages d'une très grande richesse.

The Falcon and the Winter Soldier (Disney+): Tant qu'à avoir commencé les séries Marvel sur Disney+, j'ai continué.  Un brin déçue par contre de celle-ci, Bucky Barnes étant un de mes personnages préférés.  Problème de scénario essentiellement.  Le reste y était!

Loki Saison 1 (Disney+): Paradoxalement, un de mes séries Marvel avec le moins de wow.  Je suis très mitigée.  Loki est meilleur en antagoniste qu'en protagoniste à mon avis.

Hawkeye Saison 1 (Disney+): Ma préférée sur le lot, bien que plusieurs éléments de l'intrigue au dernier épisode m'ont déçue dans le traitement du personnage de Kate Bishop.  Sérieux, je pense que c'était des mecs qui étaient à l'écriture de ce scénario.  Elle avait vraiment besoin de quelqu'un pour lui dire qu'elle était prête?

Staged Saison 1 (Kanopy): Bon, il faut un peu connaître et aimer les acteurs David Tennant et Michael Sheen, mais leur complicité et leurs micro-aventures hilarantes dans un univers pandémique où tout a lieu sur Zoom en vaut la peine.  En particulier l'épisode où Samuel L. Jackson fait un caméo!

The Nevers Première partie de la saison 1 (Crave): Wouah!  J'ai adoré... jusqu'au sixième épisode.  Si vous le commencez et que vous vous demandez si c'est bien la bonne série télé, oui.  Si on oublie ce détail, le reste est excellent.  Un genre de steampunk victorien mettant en vedette des femmes, des minorités et des exclus... en lutte contre l'autorité et le patriarcat de l'époque.  Foutument bien fait!  J'ai hâte à la suite!

The wheel of time Saison 1 (Prime video): Est-ce possible de tomber amoureuse d'une série en moins d'une minute?  C'est le cas avec celle-ci.  Tout y était: le ton, le style, l'ambiance, les personnages.  Et l'action!  Malgré une base littéraire qui me semble complexe, tout coule dans cette série.

Documentaires

J'en aie écouté un peu plus que d'habitude cette année et je me suis dit que ça valait la peine d'en parler.

Framing Britney Spears et Controlling Britney Spears de Samantha Stark (Crave): J'ai regardé le premier film, sorti en janvier par pure curiosité et ouf!  C'est le genre de documentaire qui pousse à faire un examen de conscience: comment a-t-on osé être aussi durs avec une jeune femme qui faisait simplement ce qu'elle aimait? Et comment une personne comme elle a fini sous tutelle pendant 13 ans?

Britney contre Spears de Jenny Eliscu et Errin Lee Carr (Netflix): Regarder ce documentaire est une ode au travail de Samantha Stark.  L'approche est beaucoup plus racoleuse, le récit plus dramatique et moins bien documenté, mais bon, ça restait intéressant.

Enslaved de Simchi Jacobovici (CBC/Gem): L'histoire de la traite transatlantique des noirs, mais avec une approche fondée sur l'archéologie sous-marine et qui donne la parole à beaucoup de personnes noires.  Souvent beaucoup trop dramatique,  avec des effets de tension très mélos, mais quand même très bien documenté et franchement, très inconfortable à regarder.

The story of Diana de Rebecca Gitliz (Netflix): L'histoire de Diana, mais dans un documentaire financé par son frère et qui donne la place à la femme derrière la légende.  Je regrette que Diana ne prononce pratiquement pas un mot du documentaire, mais en même temps, ça rend justice à ce qu'elle a été pour beaucoup de gens : une image, bien plus qu'une personne.

Balados

Soyons honnêtes: j'écoute énooormément de balados.  Donc, plutôt que de vous faire une liste exhaustive et barbante, je vais vous faire part de quelques découvertes intéressantes parmi les innombrables écoutes de 2021.  Et je ne vous reparlerai pas de ceux que j'écoute à peu près tout le temps, j'ai déjà fait le tour de la question en 2020.

Atlas obscura par Witness doc: Une série sur les lieux étranges et insolites du monde.  Excellent pour les accros au voyage et pour les gens en pandémie qui ne peuvent pas voyager!

Encyclopédia Womanica par Wonder media Network: En cinq minutes, la vie d'une femme qui a marqué l'histoire.  Ça reste un peu anglo-américanocentré, même s'il est visible que les poditrices essaient de voir large.

3.7 planètes, saison 2 par Radio-Canada: François Bellefeuille est de retour dans son exploration un peu échevelée des méthodes pour réduire son empreinte environnementale.  Toujours aussi drôle!

Moonrise par le Washington Post: Sans doute LE grand coup de coeur en balado de 2021.  L'histoire de la conquête spatiale comme on ne l'a jamais raconté, qui s'intéresse moins au quoi qu'au pourquoi.  Pourquoi au juste est-on allé dans l'espace?  La réponse est vaste et tire, en partie, du rapport que l'on a avec la fiction.  Avec un montage sonore superbe et une narration qui nous fait plonger dans cette époque comme un thriller.  Je le recommande à tout le monde qui maîtrisent la langue de Shakespeare.

Aparté: Au mieux un écho, Dompter la bête et Gardiennes averties par Altò: Série de balados sur les métiers cachés de l'édition.  Très intéressant à suivre, surtout que les thèmes choisis (la traduction, la direction littéraire et la révision) sont rarement abordées pour le grand public.

Spectaculars failures Saison 1 et 2 par American Public media: L'histoire du monde des affaires est faites de grands récits de réussites spectaculaires.  Cette série s'intéresse à toutes les fois où des entreprises se sont royalement plantées et pas de petites entreprises, des grosses, comme Kodak qui a raté le virage de la photo numérique, même s'ils l'ont inventé!  Excellente pour relativiser le culte du monde des affaires.

Day X par le New York Times: Série glaçante sur l'univers de l'extrême droite qui est infiltrée dans les militaires militaires et policiers.  Ça se passe en Allemagne, mais ça pourrait arriver n'importe où.  Que faire quand ceux qui sont sensés nous protéger sont aussi ceux qui propagent des idées radicales?

La bombe par Télé-Québec: Une série de balados sur l'extrême droite au Québec.  Ça date de 2018, mais le sujet est encore brûlant d'actualité.  Et l'écouter en pleine pandémie fait comprendre à quel point ça a été facile pour ses partisans de tomber dans le mouvement antivaccin.  Là aussi, glaçant.

Slowburn: The road to Irak War Saison 5 par Slate: Comment le gouvernement américain a vendu la guerre en Irak à coup de mensonges et de manipulation.  Encore là pas très joyeux, mais essentiel.

Build for tomorrow par Jason Feiffer: Sur un ton jovial et appuyé par des experts, cette balado se fait un plaisir de démolir nos peurs sur l'avenir et surtout, comment mieux nous y préparer, sans crier à la catastrophe, ni voir tout en rose.

Raconter Montréal par le Musée Pointe-à-Callières: Par le biais de l'archéologie, redécouvrir la petite et la grand histoire de Montréal.

Ma version des faits: Le trio infernal par Radio-Canada: Chaque saison de cette balado est un petit bijoux de série.  Je ne trippe pas sur les true crime, mais le point de vue de journaliste d'Isabelle Richer ajouter quelque chose à cette série qui me fait la dévorer d'une traite dès qu'elle sort.

Fascinant par Radio-Canada Ah la merveilleuse voix de Charles Tisseyre qui nous raconte la science avec des scientifiques.  Rien n'est hors de sa portée: biologie, astronomie, physique.  Bien vulgarisé et très intéressante à écouter.

CanadaLand: Je les aie découverts parce qu'ils ont fait un épisode en français avec Émilie Nicolas.  Étant donné que j'écoute très peu de contenu canadien, j'ai commencé à les suivre.  Pas toujours d'accord avec ce qu'ils disent, mais le travail journalistique derrière est solide et j'aime leur petit côté rebelle qui se permet des shit et des fuck quand la situation le mérite.

Laissez-nous raconter: L'histoire crochie par Radio-Canada: Des autochtones reprennent le sens de certains mots et se les réapproprient: sauvage, colonisation, Indian Time, Banik...  Entendre leurs voix parler de leurs réalités est parfois troublant, mais souvent éclairant.

The improvement association par Serial Production et le New York Times: Comment une bonne idée pour permettre aux Noirs d'avoir une juste représentation parmi les postes électifs s'est retournée contre ceux qui l'ont mis en place.  Et en grattant, on comprend que la situation est plus nuancée et plus complexe que le simple biais blancs/noirs.

Hors-catégorie

C'est deux chaînes YouTube cette année!

Girl with the dogs: Une toiletteuse torontoise qui fait des vidéos de ses clients canins ou félins en train de se faire pouponner...  et leurs réactions à ce traitement!  C'est à la fois, instructif, distrayant (elle a un très bon sens de la narration) et très drôle.  Ça donne envie d'avoir un chien... et de ma part, c'est tout un compliment!

Cinema Therapy: Un cinéaste et un thérapeute qui analyse des films de la culture populaire et décortiquent les personnages. Iron-Man 3 devient un prétexte pour parler du trouble post-traumatique et Twilight des relations de couple saines. Très révélateurs et on peut tous finir par se reconnaître dans une vidéo (non, non, je ne pense pas ici à la vidéo sur la mère dans Raiponce...) et bon, les deux gars s'amusent visiblement beaucoup en tournant ces vidéos!

Et les raisons d'un silence...

Je viens de passer près de deux mois sans bloguer.  Ce qui est quand même une assez longue pause.  Je ne le cacherai pas, 2021 a été pour moi une année très difficile et oui, ma santé mentale en a pris un coup.  Entre la mort de ma Prospéryne en janvier (le deuil d'un animal de compagnie en pandémie c'est pas terrible...), la recherche d'un nouveau toit dans un marché de dément et un déménagement, j'ai dû affronter mon lot de problèmes familiaux et les effets de la pandémie.  J'étais à un certain point complètement vidée, émotivement et physiquement.  J'ai donc laissé aller le blogue pendant un certain temps.  Ne vous inquiétez pas, je vais mieux maintenant.  J'ai pris beaucoup de repos, j'ai pris soin de moi, j'ai un merveilleux réseau d'ami.e.s qui m'entourent et bon, ma Patchoulie, elle, se porte à merveille.  On aborde 2022 avec un certain nombre de défis à relever (ce dont je reparlerai sans doute en temps et lieu) et deux publications à venir!  Bref, on regarde vers l'avant et on  sourit à la vie.  Même dans les moments durs, elle nous garde de petits moments de bonheur.

Bonne année 2022 un peu en retard!

Mariane

P.S. Étant donné un giga retard, attendez-vous à un certain rattrapage des critiques de 2021 dans les prochaines semaines.  J'ai lu bien des livres qui en valent la peine dans les derniers mois!