lundi 28 novembre 2022

Combien de véritables histoires d'amour est-ce que j'ai lu?

 Salut!

Quand j'étais jeune, ma mère m'interdisait de lire des romans Harlequins. À l'entendre, ça allait construire dans ma tête une vision de l'amour complètement faussée. Je n'étais pas particulièrement rebelle, mais cette fois-là, j'ai désobéi: j'ai lu en cachette plusieurs romans Harlequin durant ma jeune adolescence. Je n'ai pas été particulièrement impressionnée, mais c'était de bonnes histoires. À vrai dire, je voulais la plupart du temps donner des baffes aux deux protagonistes , mais les histoires ne manquaient pas de rebondissements et se laissaient lire facilement.

Cependant, ma mère n'avait pas tort sur un point: l'image de l'amour qu'on y montrait était foncièrement tordue. Les hommes y étaient souvent stoïques, braves, musclés et riches, savaient harceler la demoiselle au bon moment et faire repentance au besoin. Et la plupart du temps, ça finissait en scène où la femme, le plus souvent, renonçait à sa propre vie pour suivre son homme. Certes, il y avait des nuances: souvent le comportement de l'homme était expliqué par un sombre passé. Ses mensonges finissaient par être pardonnés et même, par conduire à la magnifique histoire d'amour que l'on nous racontait. Histoire d'amour qui au fond, se résumait à raconter pendant 250 pages comment ils allaient finir ensemble. Jamais rien sur le lendemain matin, les disputes, les négociations, les déceptions, les échecs, les périodes creuses et les trucs plus prosaïques. Combien de couples réels se disputent sur le fait de baisser ou non le siège de la toilette? Comparez ça à la fréquence avec lequel ça arrive aux personnages des romans Harlequins et vous allez tout de suite voir la différence.

Quand j'y repense, j'ai lu très peu de réelles histoires d'amour. Roméo et Juliette se connaissent à peine et leur histoire dure quelques jours et fait cinq morts au passage. Dans Twilight, Edward remplit toutes les conditions pour une relation abusive. Et bon, inutile de faire la liste de ce qui cloche dans Cinquante nuances de Grey. Dans les Hauts de Hurlevent, HeathCliff fait une fixation malsaine sur Catherine, même après sa mort. Dans Jane Eyre, M. Rochester entend régir la vie de Jane, qui a le bon sens de protester. Je pourrais continuer encore et encore.

Dans Mister Big ou la glorification des amours toxiques, India Desjardins réfléchit justement à cette notion. C'est comme si la fiction nous a habitués à présenter des situations qui sont loin d'être saines comme étant profondément romantiques. Le contrôle est une forme de protection, la violence psychologique est dû à un traumatisme passé, la violence physique parce que l'un des partenaires a exagéré. D'ailleurs, la plupart des histoires d'amour que l'on raconte sont situées avant l'engagement, dans cette période où les protagonistes sont en train de se connaître et de se découvrir. On parle des débuts du sentiment amoureux, pas de l'amour comme tel. Et quoi de mieux pour raconter ce genre d'histoire que de présenter les futurs amants comme des antagonistes? La finale les laisse au seuil de la vie à deux. Et ce qu'on présente comme des histoires d'amour sont au fond des histoires de comment deux personnes tombent amoureuse, ou, si on prend le cas de Roméo et Juliette, comment deux personnes tombent amoureuse malgré le monde entier entre eux. 

Et les autres histoires d'amour? Celles de couples qui s'aiment, mais qui font face aux aléas de la vie quotidienne? J'avoue avoir un faible pour le couple de Mr et Mrs Weasley dans les Harry Potter là-dessus. Un couple qui s'aime, qui se dispute, mais reste loyal l'un envers l'autre et affronte les épreuves en faisant front commun. Leur histoire, même si elle est en trame de fond, reste une histoire d'amour, une vraie, celle de deux personnes qui s'aiment, même si parfois les défauts de l'un et l'autre ressortent, ce qui dans les livres et les films donnent l'occasion de beaucoup de ressorts comiques.

Mais l'une de mes histoires d'amour préféré est celle d'Evelyn et Rick dans Le retour de la momie. Si le premier film nous montrait une histoire d'amour basée sur la rencontre, le deuxième film nous montre un couple qui s'obstine, mais se connaît, respecte les forces et les faiblesses de l'autre et surtout, a appris l'un de l'autre. Ils ont construit quelque chose ensemble, sans nier leur individualité. Et ils sont toujours amoureux l'un de l'autre. 

Très différent des romans Harlequin que ma mère m'interdisait de lire.

@+ Mariane

lundi 31 octobre 2022

Les légendes font de la mauvaise Histoire, mais de très bons livres

 Salut,

J'étais dans un lancement de livres l'autre jour (joie retrouvée après deux ans de disette pandémique) lorsque l'auteur, interrogé sur ses sources par un historien, a tout simplement avoué que les sources historiques étaient peu nombreuses, mais que les légendes abondaient sur le sujet. Il a alors lancé une phrase qui m'a fait réfléchir: «Les légendes font de la mauvaise Histoire, mais de très bons livres.»

Je suis tout à fait d'accord avec ce que l'auteur a dit, mais surtout parce que cette phrase résume si bien: les légendes et l'Histoire ont une base en commun, mais divergent profondément sur à peu près tout le reste.


L'Histoire est basée sur l'étude des traces du passé, avec ses méthodes et ses techniques. Non, on ne s'improvise pas historien ou historienne et non, on ne peut pas faire de l'Histoire sérieusement sans un sacré travail derrière. Entre chercher des documents d'époques, les trouver, les analyser, les faire parler, appuyer tout ce que l'on avance sur ces sources, interpréter les faits pour qu'ils nous informent sur le passé sans tomber dans le farfelu ou se laisser emporter par des chimères ou nos biais conscients ou inconscients, ça demande une grande somme de travail et surtout, de rigueur. Et le résultat? Il peut être aussi obscur et pointu que grand public et convivial, dépendant de qui le produit et du public visé. 


Mais surtout, l'Histoire se base sur des faits vérifiables et prouvés.


Les légendes n'ont aucunement ce problème.


Par définition, une légende n'a pas besoin d'être prouvée au départ. Elle peut être grandiose, improbable, obscure ou perdue dans les limbes du temps. Sauf qu'elle reposera, à différents degrés, sur un fait. Souvent lointain, pris isolément d'un contexte plus large, mais un fait tout de même. Oui, le roi Arthur aurait bel et bien existé, mais son royaume et sa cour ont sûrement été à des années-lumière de ce qui est représenté dans les mythes arthuriens. Oui, les Templiers ont bel et bien existé, mais la malédiction du dernier de ses grands maîtres, Jacques Maulay, sur les rois de France... ne l'est sans doute pas. Mais reste qu'une légende repose sur une possibilité, aussi mince soit-elle, qu'elle soit vraie. Et il faut avouer que les légendes sont pas mal plus emballantes et vendeuses que l'Histoire, qui n'ose jamais faire un seul pas de côté sur ce qu'elle ne peut pas prouver.


Quand on arrive au niveau de la fiction, les livres historiques demandent donc une quantité de recherche faramineuse et une grande minutie à leurs patients rédacteurices. Car écrire un roman historique est un travail de moine, excusez-moi l'expression. Parce que la plus petite erreur peut leur être remise sous le nez. Je me rappelle une anecdote racontée par Michel David qui s'était fait dire par un lecteur que son personnage préféré était celui du nageur. Michel David essayait en vain de se rappeler d'un personnage de nageur dans son oeuvre quand le lecteur lui a dit qu'un de ceux-ci traversait à un moment un pont qui a été construit un an après dans la réalité!


Mais les légendes... Tant que l'histoire que l'on raconte se tient, on se fout de l'Histoire avec un grand H. Tout est permis. Les dates perdent de leur importance, les grands personnages historiques peuvent dire des choses qu'ils n'ont jamais dites historiquement parlant et de simples événements anodins devenir de superbes revirements. Mais surtout, on peut se permettre d'inventer autre chose, un monde différent.. sur les bases de quelque chose de réel, donc de quelque chose qui aurait pu arriver dans notre propre monde et qui est parfois peut-être même arrivé, mais on ne sait pas, on n'a pas de preuve, sauf que peut-être... Quelle merveille pour celui ou celle qui prend la plume!

Dans l'oeil du public non averti, l'Histoire et la légende sont d'ailleurs bien proches. Malheureusement. L'un comme l'autre peuvent être la source de merveilleux livres. Sauf qu'il faut bien avouer que seule l'Histoire a le mérite d'être vraie.

@+ Mariane

lundi 17 octobre 2022

L'herbe est toujours plus verte dans le livre

Salut!

Quand les multiples controverses (la plupart justifiées) sont tombées sur JK Rowling, je fais partie de ceux qui sont tombés des nues. Mais aussi de ceux qui se sont retrouvés dans un dilemme cornélien. Oui, mais j'aime Harry Potter. Oui, mais JK Rowling! Oui, mais Harry Potter... Oui, mais l'auteure! Bref...

Au-delà du, on doit séparer l'oeuvre de l'artiste (qui a majoritairement servi à justifier le comportement injustifiable de pas mal d'hommes, juste parce qu'ils étaient des artistes brillants), je ne trouvais pas de réponse. Il ne semblait pas y avoir d'alternative entre tourner carrément le dos à l'oeuvre ou rester en ayant honte et en même temps... en continuant à tripper sur les aventures d'Harry, Ron et Hermione. Parce que c'est sur eux, avant tout, que mon attirance vers l'oeuvre va. Oui, JK Rowling a conçu un narratif autour de sa vie, oui, elle a été dans la pauvreté et a su se tirer de là par son imaginaire. Oui, elle en a bavé et elle a su triompher. On aime les histoires de gens qui partent de rien et qui réussissent après tout. Ça n'excuse pas ses commentaires plus récents. Ni son entêtement à rester dans ses idées et à refuser d'écouter ceux qui lui parlent.

Et moi, je suis un peu restée mêlée, jusqu'à ce que je vois cette vidéo sur YouTube. Je vous encourage à la regarder au complet. On parle de JK Rowling, mais aussi de Joss Whedon et de Mel Gibson. Ce n'est pas une vidéo qui juge, mais qui essaie de comprendre avec beaucoup de nuances. Et ça m'a fait beaucoup de bien.

Sans reprendre toute cette vidéo, je pense qu'une idée qu'elle développe est très valable: quand les artistes produisent, ils produisent l'œuvre qui représente le monde tel qu'ils et qu'elles veulent qu'il soit, pas tel qu'ils et qu'elles sont eux-mêmes. L'œuvre est une métaphore du monde qu'ils et qu'elles désirent. Un monde dans lequel on accepte la différence, on pardonne à ceux qui nous font mal et qui se tient debout devant les injustices, comme dans Harry Potter par exemple.

C'est facile en papier, surtout quand l'artiste qui tient la plume contrôle tous les paramètres. C'est foutument dur dans la vraie vie quand ça peut vous tomber dessus à tout moment, que vous soyez fatigué.e.s, malade.s, frustré.e.s par une autre situation ou encore tout simplement pas alerte ce jour-là. La vraie vie est pas mal plus dure que la fiction. Je sais que je peux réécrire mille fois un texte avant qu'il soit publié. Dans la réalité, j'ai une chance et elle se joue en millisecondes. Pour des tas de gens, la réponse ne va pas être la bonne ou on aura l'impression de s'être plantée, on se reprochera pendant des jours une mauvaise réaction, on se rendra compte après coup qu'on a loupé une belle occasion de se tenir debout. Bref, dans la vraie vie, on est humain et donc on est faillible.

Dans la fiction, on voit le monde tel qu'on voudrait qu'il soit et on est inspiré par lui. Alors quand on se rend compte que la personne qui l'a produit n'applique pas les mêmes principes dans sa propre vie... la chute est rude. Parce qu'on perd avant tout notre source d'inspiration, notre petite poussée en avant, notre coup de pied qui nous pousse à devenir meilleur.e.s. Oui, en effet. Mais ce n'est pas dans l'artiste que l'on a trouvé l'inspiration avant tout, c'est dans son œuvre.

L'artiste est un être humain. Ils ou elles rêvent aussi et ils ou elles mettent dans leurs créations ce qu'ils désirent et non ce qui est. Ils ou elles peuvent faillir comme êtres humains. Et même faire l'inverse de ce qu'ils promeuvent dans leurs œuvres, parce que le créer est une chose, l'être est une autre.

Ça ne résout en rien le dilemme éthique auquel font face tous les lecteurices du monde quand leurs auteurices favoris ne sont pas dans la vraie vie comme les protagonistes de leurs œuvres. C'est juste que je comprends mieux le mien : j'aimerais vivre dans le monde de Harry Potter à cause des valeurs qu'il prône, pas à cause de JK Rowling. D'une certaine façon, elle a mis le meilleur d'elle-même dans son œuvre. Autant profiter de cette partie et faire du mieux qu'on peut avec le reste.

@+ Mariane

lundi 3 octobre 2022

De la contamination de l'imaginaire

 Salut,

L'autre jour, je me repassais dans ma vie quelques grands classiques. Dickens, Poe, Stevenson, Caroll, Doyle, je me faisais un plaisir à me remémorer mes lectures et à plonger dans ces histoires qui ont fait le tour du monde. Sauf qu'à un moment donné, un fait m'a fait sursauter comme si j'avais reçu un coup dans le ventre: aucune des œuvres auquel j'avais pensé n'avait été écrite en français...

Pourtant, nombre d'histoires ont été écrites en français à la même époque et sont aussi des chefs-d'œuvre. Par ici les Dumas, Verne et cie. Mais leur influence diminue avec le temps. Les classiques qui envahissent nos univers sont souvent ceux qui ont nourri l'imaginaire de gens vivant dans une autre langue que celle dans laquelle j'ai grandi: l'anglais.

Je n'ai rien contre l'anglais comme tel. Mais j'en ai contre le système qui fait que beaucoup de ce qui a été produit en anglais finira par être traduit et trouvera un nouvel écho dans d'autres langues, alors que moi, qui écrit et qui vit en français a des chances infinitésimales de trouver pareil écho en anglais. Question de marché, certes, mais aussi question de culture. Je suis habituée à vivre dans un univers de traduction, où le 221b Baker Street a une signification. Mais si j'étais habituée à ne connaître que des œuvres qui ont été pensées et produites dans ma langue, avec mes codes culturels, lire rue St-Denis ou avenue Mont-Royal dans une œuvre peut me faire sursauter. Parce que ça ne ne me parlera pas autant. Ce sera la culture d'une autre personne, d'un autre groupe, alors que ma propre culture pourra sembler plus universelle. Même si elle ne l'est pas nécessairement.

Ce mouvement qui part de pays qui sont majoritairement anglophones n'est pas anodin: c'est aussi une façon de prolonger au niveau culturel les relations de pouvoir économiques et politiques déjà existantes. Et même, je parle de l'anglais, mais tout n'est pas égal: un auteur américain aura plus de chance qu'un auteur britannique ou qu'un auteur canadien à ce grand jeu. Les relations de pouvoirs entrent en jeu là aussi: ceux qui sont au sommet auront tendance à privilégier ceux qu'ils connaissent. Pour le succès d'une Margaret Atwood, combien d'auteurs moins talentueux, mais avec un drapeau à cinquante étoiles sur leur passeport seront traduits, adaptés au cinéma et auront la chance de se faire connaître au-delà de leurs frontières? 

Et encore là, même au sein des États-Unis, les voix de personnes racisées ou marginalisées seront moins entendues. Rien n'est simple.

L'imaginaire se construit jeune. Être habituée à connaître des voix qui ne viennent pas du même contexte que nous avec des codes culturels différents est essentiel. Apprendre que d'autres langues existent et apprécier les œuvres qui en proviennent aussi. Le hic, c'est que ce mouvement doit être réciproque. Si on ne maîtrise pas une seconde langue, la traduction existe, mais encore faut-il qu'elle soit de bonne qualité, ce qui n'est pas toujours le cas. L'échange est de loin préférable.

Cette contagion de l'imaginaire finit par être telle que l'on se reconnaît de moins en moins dans les oeuvres qui ont été produites dans notre propre langue que celle qui se passe dans une ville à des milliers de kilomètres de chez nous. Et peut finir à long terme par diminuer la valeur de notre propre culture à nos propres yeux.

@+ Mariane

lundi 26 septembre 2022

Des politiciens et des livres

 Salut,

Ça m'a frappé en 2015, mais ça aurait sans doute dû me frapper avant: Justin Trudeau avait sorti son autobiographie quelques mois avant les élections.  Remarquez qu'il n'était pas le premier politicien à avoir fait cet exercice. Pauline Marois, François Legault et nombre d'autres sont passés par la case «livre» avant d'accéder au pouvoir. Mais pourquoi donc?

Bon, il faut le dire, si je parle de politicien.ne.s du XXIe siècle, la tendance n'est pas récente. Des politicien.ne.s petit.e.s et grand.e.s s'y sont essayé. Et déjà Jules César s'adonnait à un genre proche il y a deux mille ans: le livre comme porte ouverte vers une carrière politique. Dans celui-ci, la personne qui désire le pouvoir se présente, a le temps d'exprimer ses idées et de montrer sa valeur. Militaire dans le cas de Jules César. Sa détermination et les valeurs qui l'animent au travers de sa vie dans le cas de Winston Churchill.

Et bien oui, même Churchill a publié ses mémoires dans le but de se faire du capital politique. On l'oublie, mais le vieux lion, vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, a eu ses moments difficiles en politique et il a lui aussi publié ses mémoires au début des années 1930 pour se refaire un nom. Des mémoires très intéressantes au demeurant, bien que fondamentalement ancrées dans le colonialisme de l'Empire britannique d'alors. Mais pourquoi a-t-il écrit ses mémoires à ce moment de sa vie? Churchill a vécu des moments de dépression tout au long de sa vie et le début des années 1930, qui correspond à une période noire de sa vie, tant au niveau personnel qu'au niveau politique qu'au niveau... financier. On l'oublie parfois, mais l'essentiel des finances de Winston Churchill lui provenait de sa plume! Pas étonnant qu'il ait gagné le Prix Nobel de littérature et non celui de la Paix qu'il désirait tant!

Le livre, surtout l'autobiographie hagiographique comme moyen de relancer une carrière politique? Ou pour se faire connaître de la population dont on souhaite le vote? Un peu des deux à chaque fois, il faut l'avouer. Le livre politique se présente souvent comme le premier et fini facilement comme le second. Il faut le dire, le livre a beaucoup d'avantages. Contrairement à l'entrevue, il ne contient pas de déclarations échappées: tout a été minutieusement révisé avant publication. Il ne contient pas non plus de scandales retentissants parce que justement, il est écrit par la personne qui désire présenter une image d'elle-même flatteuse. Et surtout, c'est un excellent véhicule pour se faire bien paraître. Même à l'ère du numérique, le livre garde une aura de crédibilité que des millions de tweets n'ont pas. La preuve? Même le fils de Donald Trump a écrit un livre! 

Dans un livre, la personne de pouvoir contrôle le message. Le politicien ou la politicienne (on se rappellera que Nathalie Normandeau a publié un livre pour laver sa réputation) peut se permettre d'exposer sa vision des choses sans risquer d'être contredit.e et de créer un narratif le représentant. Pour les personnes qui prendront la peine de lire le livre, c'est aussi une façon d'avoir un contact direct avec un ou une élu.e qu'ils n'auraient pas autrement. C'est également une excellente façon de promouvoir ses idées, de créer un impact et bon, disons-le aussi, de rallier ses troupes en prévision des campagnes électorales. Parce que le livre crée un sentiment de proximité entre l'auteur et le lecteur, on sera plus attentif au discours d'un politicien dont on aura lu le livre, parce qu'on pourra aller au-delà du bref commentaire dans les médias ou du tweet dans les médias sociaux.

Enfin, c'est l'idée. Sauf que certains ont plus de talents que d'autres dans ce domaine.

@+ Mariane

lundi 12 septembre 2022

La monarchie des contes de fées

 Salut!

La reine Élisabeth II est morte jeudi dernier. Je dis ça juste au cas où vous ne seriez pas au courant. Quelle étrange institution dans notre monde moderne que cette monarchie, d'autant plus qu'elle n'a plus la moindre autorité. Anachronique, certes, mais aussi rassurante dans un sens parce que si bien des choses changent, si notre monde peut prendre toutes les directions, elle est toujours là, inutile dans les faits, sauf pour faire un lien entre le passé et le présent. 

Qu'on le veuille ou non, la monarchie est profondément ancrée dans notre psyché. Même ma filleule de deux ans a compris c'était quoi une princesse, c'est dire combien ça commence tôt! Des contes de fées aux romans de fantasy l'institution est partout. La figure du monarque est celle de l'autorité, souvent sage, parfois cruelle, mais toujours enveloppée d'un voile de mystère. Un roi ou une reine ne sont pas seulement une personne, ils sont une fonction et cette fonction est à vie : ce n'est pas comme les présidents américains qui doivent quitter le pouvoir au bout de huit ans ou les premiers ministres qui peuvent occuper ce poste encore moins longtemps. La monarchie est dans une autre sphère. En démocratie, le peuple peut mettre dehors un dirigeant. Rare sont les peuples qui ont renversés leurs souverains dans l'histoire. Des frondes menées par les puissants ont eu lieu et comment! Mais leurs tentatives ont été plus souvent couronnées de succès (scusez-là!) que celle des peuples que gouvernaient ces souverains. Et habituellement, ça n'a pas très bien fini pour ces têtes couronnées. Pensez à Charles 1er d'Angleterre et à Louis XVI de France...

C'est surtout une façon de forger notre rapport à l'autorité. Un roi (ou une reine) a typiquement tous les pouvoirs, c'est présenté ainsi, mais dans la réalité, ils sont aussi prisonniers que les autres dirigeants : ils doivent respecter des règles et jouir de l'appui de larges pans de leurs populations pour maintenir leur pouvoir. Car non, les souverains ne peuvent pas tout faire. Ils ont des gens à leur service, par choix ou par contrainte, et c'est à eux de faire respecter l'autorité royale. Le roi, lui, doit surtout se faire respecter de ceux qui se chargent pour lui de faire respecter son autorité: ministre, vassaux, ducs, etc. La plupart des rois détrônés l'ont été dans l'histoire par ces seconds, bien plus que par leurs peuples. 

La reine Élizabeth n'avait aucun pouvoir dans les faits (et le roi Charles n'en aura pas plus). Elle était une monarque constitutionnelle, qui règne, mais qui ne gouverne pas. Elle n'avait rien d'une reine de contes de fées en dehors des attributs extérieurs: couronne, robes, palais, serviteurs en livrés, service aux petits soins, etc. Et pourtant, il y a quelque chose qui dépasse les apparences dans ce qu'elle a été. Bien que de nombreuses critiques (dont beaucoup de très valables) sont faites envers le coût de la monarchie, on ne peut pas dire que la reine n'a pas accompli sa part du contrat, se pliant sans rechiner à une vie bourrées de contraintes et en faisant payer le prix de l'institution à tous ses proches. Même dans son grand âge, elle a continué à remplir ses devoirs, aussi peu utiles parfois soit-il, comme couper des rubans, prononcer des discours ou assister à des dîners.

C'est peut-être de ça que la monarchie tire son attrait. Les individus qui sont l'institution, qui font l'institution, aussi factuellement inutile soit-elle au XXIe siècle, le font entièrement, totalement, payant le prix dans leur vie personnelle des sourires en public et des diadèmes. On peut leur reprocher bien des choses, mais pas de ne pas prendre au sérieux leur rôle et de ne pas y consacrer leur vie. C'est sans doute pour cela que des séries comme The Crown ont réussi à attirer un aussi large public : la fascination vient de comment un individu peut-il exister en étant en même temps une institution? Et ce, pour toute une vie? Pas de retraite pour les souverains, ils doivent tenir, personnellement, tout supporter, résister pour faire passer l'institution au travers des écueils d'un règne. 

Et cela, que ce soit en fiction ou dans la réalité, a fasciné, fascine et fascinera toujours les peuples.

@+ Mariane

lundi 29 août 2022

Oubliez ça, je suis nulle en auto-promotion et sur l'art de publier en pleine pandémie

 Salut,

Il y a deux semaines, j'ai reçu par la poste un cadeau bien précieux: la dernière édition de la revue Brins d'éternité... avec mon nom dessus!

Hasard de l'autre alphabétique si mon nom figure en premier!

Bref, j'étais très contente! J'ai vu que ma nouvelle figurait en premier au sommaire, j'ai prévenu famille et amis et... j'ai complètement oublié de partager l'heureuse nouvelle sur les réseaux sociaux. Ce n'est que lorsque l'une des autres auteures du recueil a partagé sur le grand catalogue de visage que je me suis dit oups! Je viens de rater une belle occasion de faire un brin d'autopromotion...

Ce n'est pas parce que je ne suis pas fière du texte pourtant: la gestation de L'expédition Crozier aura pris du temps, mais je suis très fière du texte qui est paru. Une histoire où je m'amuse joyeusement à tordre la ligne du temps et à mêler histoire réelle et science-fiction. C'est en partie inspiré d'un livre que j'ai lu, d'une exposition que j'ai visitée et aussi d'une idée qui m'a traversé un jour l'esprit: et toutes ces personnes qui sont mortes sans que l'on ne sache jamais la fin de leurs histoires, on pourrait aller les chercher dans le passé sans que cela change la ligne du temps, non? Voyez, je ne suis pas si nulle pour parler de mes textes!

Mais je n'ai absolument pas le réflexe de partager, de faire circuler et surtout, d'ouvrir ma grande trappe sur les médias sociaux quand arrive une nouvelle publication.

Je vais peut-être finir par prendre le réflexe, à force. Ce n'est que mon troisième texte publié après tout!

****

Parlant de cela, j'ai réalisé que mes deux derniers textes sont parus en temps de pandémie. Le premier, j'ai eu droit aux félicitations de tout le monde, étant donné que j'ai su qu'il serait publié en plein Congrès Boréal. Les deux autres... J'ai reçu mon exemplaire par la poste et à part quelques proches, je n'ai pas pu célébrer vraiment. 

Pas de lancement avec des amis, de 5 à 7, de soirée des revues, d'événements littéraires pour en parler, juste... rien. Bravo Mariane de la part de quelques amis, mais sans plus. L'excitation de faire lire mon texte, de recevoir des critiques, n'ont pas été expérimentée en présentiel, mais bien en virtuel. Ce qui est dommage parce que j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose à chaque fois. Vivement la fin de la pandémie pour que cela change! 

Parce que je n'ai pas l'intention de m'arrêter à trois en termes de publication!

@+ Mariane

lundi 22 août 2022

À armes égales, on est égal

 Salut,

Quand on regarde notre production cinématographique et qu'on la compare aux films provenant de Hollywood, on constate souvent que les histoires n'y sont pas aussi bien réglées, les plans de caméras aussi nombreux et bon, les effets spéciaux (s'il y en a!) vaudrait mieux ne pas en parler. Côté séries télé, surtout dans l'âge d'or de la télévision dans lequel nous sommes, de nombreuses productions semblent fades face à leurs concurrentes américaines ou britanniques. Quel que soit le genre. 

Pas que nos créateurs ici soient moins bons, que non! Le talent ici est aussi présent qu'ailleurs. Regardez ce que réussit à faire Denis Villeneuve! Mais il a la chance de bénéficier de ce qui manque à beaucoup de nos artistes de la caméra: des moyens. Un film tourné au Québec n'aura qu'une fraction du budget d'une superproduction. Comment compétitionner avec ça! Rien qu'à l'écran, la différence est flagrante et quand on est habitué à d'autres standards de qualité, on peut avoir de la difficulté à voir autre chose!

En musique aussi, les moyens jouent, même si de façon moindre. D'autant plus que les gros studios ont les moyens d'offrir de meilleurs moyens de production et de meilleurs salaires aux artistes qui derrière la scène peaufinent la musique que nous écoutons. Ça n'empêche pas les gens d'écouter de la musique d'ici, parce que le résultat ne dépend pas que des moyens qu'on y met. Reste que quand même, il y a une influence certaine du fric. Comme dans la plupart des arts.

Une seule exception à cette règle des moyens: la littérature.

Parce que les mots imprimés ne coûtent pas si cher, parce que les moyens nécessaires à la mise en place d'univers imaginaires sur papier ne sont rien comparés à ceux du cinéma ou de la série télé, parce que la littérature est surtout une question de personnes capables de créer des histoires, des personnages, des intrigues et des récits, notre littérature n'a strictement rien à envier à celle d'autres pays, qu'ils sont ou non plus fortunés que non.

Je parle de littérature. Certes, des différences existent. Dans la diffusion des oeuvres par exemple. Un auteur américain ou britannique peut espérer plus facilement être traduit et nous comptons pour un bon pourcentage des ventes de certains auteurs français. Mais ça n'a pas d'impact sur la création.

À la base, pour créer, il faut de l'espace mental, des idées et du temps. Oh et de la patience, beaucoup de patience! Des essais et des erreurs, souvent beaucoup d'essais et encore plus d'erreurs. Mais ça ne coûte pas si cher d'essayer d'écrire un texte. Et que notre littérature peut facilement rivaliser avec celle de partout dans le monde, peu importe les moyens des pays qui la produise.

C'était le 12 août j'achète un livre québécois récemment. Un événement qui nous rappelle, année après année que notre littérature existe, mais avec toute la promotion qui l'entoure, elle nous rappelle aussi à quel point elle est riche, diversifiée, qu'elle va dans toutes les directions, dans tous les genres et que dans tous ces domaines, elle recèle des perles à découvrir. 

À armes égales, nous sommes aussi bons que n'importe qui dans le monde. Et en littérature, où les moyens ne font pas foi de tout, nos histoires soutiennent facilement la comparaison.

@+ Mariane

lundi 8 août 2022

Lire pour l'auteur.e, lire pour l'histoire

 Salut!

Cette année encore, Amélie Nothomb va pondre son bouquin annuel, comme toujours au mois d'août. Cette écrivaine n'est plus à présenter tellement elle fait maintenant partie du paysage littéraire. On dira que l'on s'est acheté le nouveau Nothomb sans même savoir ce dont parle le livre. Ce qui nous pousse vers le livre, à la bibliothèque autant qu'en librairie, c'est le nom de la personne qui l'a écrit, bien plus que ce que cette personne va nous raconter dans le livre.

L'auteurice est ainsi une marque que l'on consomme bien plus qu'une histoire dans laquelle on se plonge.

On va lire un Terry Pratchett bien avant de lire une histoire de fantasy. Un livre de Patrick Senécal bien avant de lire une histoire d'horreur. Même chose pour un livre de Stephen King. Un Michael Connely ou un James Patterson sans intrigue policière ne peut exister dans l'esprit de bien des gens. Tellement que si ces auteurs veulent publier autre chose, vaut mieux pour eux le faire sous pseudonyme.

D'un autre côté, il y a toutes ces histoires qui n'attendent qu'à être lues, cachées entre leurs couvertures papiers ou numériques. Une histoire qui se passe sous la Révolution française? Les amours d'un trentenaire à l'ère de Grindrr? Une histoire d'adoption à l'ère post Roe Vs Wade? Un voisin louche qui a une passion aussi louche pour les échecs? (ok, je pique ici l'idée de Patrick Senécal pour 5150, rue des Ormes)

Malheureusement, ces histoires n'ont pas de nom connu d'auteurice pour les propulser dans la tête des gens. Ces histoires ne doivent compter que sur elles-mêmes pour se faire vendre. 

Ce qui est souvent la partie la plus compliquée. Après tout, des centaines de nouveaux titres sont publiés chaque année. Lequel, par sa présentation, sa couverture, son marketing, même parfois les scandales qui vont l'entourer vont réussir à faire parler d'eux sans la locomotive qu'est la personne qui l'a écrite? Alors qu'un nom d'auteurice connu donne une longueur d'avance, les autres livres, qui ne sont défendues que par leurs histoires, doivent se battre pour avoir une petite place au soleil.

Peut-être plus tard, quand le monde aura connu l'auteurice de leurs lignes pourront-elles se permettre le luxe de ne pas être intéressante ou fascinante en elle-même. Leurs 4e de couverture pourront être aussi vague que possible, leurs couvertures moches, rien n'arrêtera les lecteurices qui croiseront leur chemin: ces histoires seront portées par quelque chose de bien plus grand qu'eux.

En attendant, la majorité des gens qui sont à la recherche d'un livre pour s'asseoir et profiter d'une belle aventure portée par les mots veulent avant tout une bonne histoire. Sauf que si c'est un.e auteurice connu.e, l'histoire résonnera moins fort sans doute. La réputation de l'auteurice, méritée ou non, sonnera une cloche au lecteurice. La renommée vole dit-on. Le cerveau humain étant ainsi fait, on préférera le connu à l'inconnu. Pourquoi risquer une aventure dans une intrigue avec un inconnu quand une personne connue nous fait de l'oeil avec la sienne?

Et cela au fond, peu importe l'histoire! Un bon roman peut vous transporter, que la personne qui a tapoté sur le clavier soit ou non une vedette dans le monde littéraire. Même au contraire, être le premier à découvrir une nouvelle voix, une nouvelle plume, peut être extrêmement bon pour vous, autant et même sinon plus que pour l'auteurice. Pour cela, il faut la patience, le temps et la curiosité. Des qualités dont parfois, je me dis qu'il manque aux lecteurices.

Bref, lisez les histoires pour elles-mêmes et non pour la personne qui les écrit. Vous allez faire d'innombrables découvertes. Et qui sait, peut-être même découvrirez-vous avant out le monde le ou la prochaine auteurice qui fera les manchettes.

@+ Mariane

lundi 1 août 2022

Instrument de torture pour élèves du secondaires

 Salut!

Si vous posez la question à un adulte en lui demandant quelle a été la pire lecture de son adolescence, le risque qu'Agaguk sorte en tête de liste est très probable. Bonheur d'occasion aussi. Ou Le Survenant. Bref, à peu près n'importe quel classique de la littérature québécoise...

C'est peu surprenant. De l'autre côté de l'Atlantique, les adultes citent souvent la Princesse de Clèves comme source de torture. Qui pourtant, n'a rien à voir avec la littérature du terroir!

Ce dégoût n'a souvent rien à voir avec les oeuvres comme tel. Enfin, pas tout à fait à voir avec les oeuvres comme tel! C'est juste que...

De un, l'adolescence est un âge où nos goûts, nos personnalités et surtout, nos centres d'intérêt ne sont... absolument pas en phase avec des livres qui peuvent avoir été écrits un siècle auparavant! Et pour cause! Il y a eu plus de bouleversements sociaux durant les vingt premières années du XXIe siècle que lors de la première moitié du XXe siècle! Donc, lire un texte se passant à une époque où la religion était dominante, où la place de la femme très différente, où les minorités sexuelles n'existaient carrément pas dans la littérature, le tout écrit dans une prose décidément pré-Twitter... C'est tellement loin de leur univers et de leur quotidien que c'est difficile de les accrocher. À moins d'être une crac-pot de littérature comme moi. Ou d'avoir de très bons profs. J'ai eu la chance d'avoir les deux et de lire des classiques très jeune. Mais je suis une exception, pas la règle.

De deux, les classiques de la littérature sont connus pour être des chefs-d'œuvre, des pièces d'une exceptionnelle qualité, des incontournables... souvent par des gens qui ont pas mal de lectures derrière la cravate. Les adolescent.e.s, parce qu'ils en sont à leur stade de leur vie!, n'ont souvent pas les connaissances ou les capacités d'apprécier ces oeuvres. Comparons avec le vin. Si on vous mettait dans les mains un grand cru, mais que vous n'avez jamais goûté de vin avant, vous risquez de ne pas apprécier! C'est un peu la même chose avec la littérature. Ça prend du temps de former son goût. Il faut lire, se confronter, se former, lire des choses que l'on n'aime pas vraiment, lire des choses que l'on aime beaucoup, découvrir et apprendre. L'adolescence est justement l'âge où l'on forme ce goût-là. Mais il n'est pas encore formé! Alors vous obligez à lire un classique alors que votre goût n'est pas encore formé... Risque d'échec élevé! Même avec un excellent prof pour vous introduire à l'oeuvre et croyez-moi, les profs de français au Québec trippent leur vie à l'idée de parler de littérature! Mais bon, le dernier écueil est que...

Les livres qu'on est obligé de lire sont toujours les pires à lire. On se traîne les pieds à les lire parce qu'avant même d'avoir tourné la première page, d'avoir goûté les premiers mots de l'auteurice, on sait que l'on devrait naviguer dans ses pages jusqu'à la fin, plaisir ou non. Boire le calice jusqu'à la lie en d'autres termes! Il n'y a sans doute rien de plus tue-l'amour que l'obligation, mais hé, si on veut faire connaître ces livres, rien de mieux que de les faire lire de manière obligatoire non? Ouais, mais tsé... Ça n'a pas toujours d'heureux résultats.

J'ai lu, adulte, des livres dont j'ai pu m'épargner la lecture au secondaire. Et je les ai aimés. Oui, oui, aimés! Parce que la plupart du temps, ce sont de bons livres. Je n'avais pas de pression pour le lire, pas d'examen au bout du compte, pas d'analyse à faire, juste un livre et moi, et l'aventure littéraire entre les deux... Bien plus agréable de lire des classiques comme ça.

Au point où je me dis qu'Agaguk un jour... Mais pas Bonheur d'occasion! Ça j'ai déjà essayé et je remercie le ciel de ne pas avoir eu à le lire au secondaire!

Dernière question que je me pose, en finissant: si on ne fait pas lire des classiques au secondaire, l'un des derniers moments de leurs vies où tous les jeunes québécois ont les fesses bien installées à l'école, à quel autre moment pourrait-on leur faire découvrir les classiques d'ici?

@+ Mariane

jeudi 21 juillet 2022

Les Annales du Disque-Monde: Trois soeurcières de Terry Pratchett

 Les Annales du Disque-Monde  Trois Soeurcières  Terry Pratchett  L'Atalante 314 pages


Résumé:
Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail sont les trois sorcières du royaume de Lancre. Peu portées à se mêler des affaires du royaume et pas mal plus préoccupées par les leurs, elles sont bien obligées de s'en mêler le jour où un soldat vient déposer dans leurs bras le fils du roi qui vient tout juste d'être assassiné. Le roi défunt, réduit à l'état de fantôme, cherche à prendre sa revanche sur celui qui a pris sa place sur le trône, le Duc de Kasqueth, qui est aussi son assassin. Pendant ce temps, le Fou, témoin du meurtre, ne sait plus trop comment placer ses blagues qui ont le don d'importuner le nouveau souverain. Bref, tout ne tourne pas rond dans le royaume de Lancre...

Mon avis:
Ma première incursion dans les Annales du Disque-monde, cet univers loufoque créé par Terry Pratchett. Si je ne suis pas entièrement convaincue, je crois que je comprends l'engouement pour ce disque supporté sur quatre éléphants eux-mêmes monté sur une tortue à la dérive dans le cosmos. Le ton est satirique, les personnages à la fois archétypaux et brisant les archétypes et les intrigues s'amusent à secouer les habitudes du genre de la fantasy.

Au coeur de l'intrigue, trois sorcières, dont on se demande au juste si elles ont des pouvoirs magiques au départ. Il y a Esmée Ciredutemps, la vieille fille acariâtre, Nounou Ogg, la reine de clan aux multiples fils et Magrat Goussedail, la petite nouvelle en sorcellerie. Trois personnalités totalement différentes, mais sorcières du même royaume. Lequel vient de voir son roi assassiné. Et les trois soeurcières, habituées de se mêler de leurs affaires sont bien obligées, à leur corps défendant, de se mêler de celles des autres!

À partir de là, l'auteur s'amuse à nous plonger dans des situations bizarres où l'on s'attend à A et où il nous sort B sans que l'on sache comment il a fait un tel détour et que malgré tout, ça fonctionne. Par contre, ça a un certain effet déstabilisant. Agréable, certes, mais déstabilisant. 

Au travers de cela, le Fou, qui on le comprend, ne l'a pas si drôle, le duc de Kasqueth, angoissé chronique dominé par sa femme, le roi défunt, réduit en fantôme et le fils de celui-ci, devenu acteur dans un théâtre itinérant, jouent les seconds violons, mais qui finissent toujours par rebondir au coeur de l'intrigue. Car justement, ils ne sont pas si secondaires que ça à l'histoire, lequel a le talent de donner la même place ou presque à tous ses protagonistes. Et ça marche! Malgré toutes les cabrioles avec les archétypes, malgré les digressions avec les codes du genre, l'auteur réussit à nous livrer des personnages solides, complets et qui plus est, réalistes. 

Il faut s'accrocher un peu au début, parce que l'auteur ne prend pas la peine de nous expliquer son univers, mais au fil du livre, celui-ci se dévoile: complexe, inattendu, parfois violent, souvent drôle, par moment tendre, il nous tiraille dans toutes les sens, mais caché derrière des montagnes de détails, une direction, forte et précise, se dégage.

Bref, on peut aimer ou non ce tome unique, on peut dire que Terry Pratchett a un don, mais on peut aussi dire que l'hommage au théâtre shakespearien est manifeste dans ce tome,  tout comme l'hommage qui est fait au pouvoir de la fiction. Bref, on peut dire plein de choses, mais au final, ça se résume à une phrase: lisez-le donc, juste pour voir!

Ma note: 3.75/5

lundi 18 juillet 2022

Même Shakespeare n'a pas écrit que de grandes oeuvres...

Salut!

J'entends souvent dire que le niveau des livres a aujourd'hui baissé par rapport à avant. Que l'on ne produit plus de chefs-d'œuvre, que la littérature se résume aujourd'hui à ce qui se vend, que les auteur.e.s ne sont plus capable d'écrire de grandes épopées comme dans le temps, etc, etc.

Du bon gros fumier bien odorant!

Primo, les auteur.e.s du passé n'ont pas vécu aujourd'hui et seraient peut-être bien capable d'écrire leurs grands classiques à notre époque. Vous verriez Tolstoï écrire Guerre et Paix à l'heure de Twitter? Ou Dumas commenter l'actualité sur le catalogue de visage entre deux chapitres des Trois mousquetaires? Sans compter que la société, le monde ont changé! Don Quichotte chasserait sans doute aujourd'hui les éoliennes bien plus que les moulins à vent! L'imaginaire des gens a changé et c'est tant mieux. On ne peut plus faire comme les grand.e.s auteur.e.s du passé et c'est tant mieux. Proust ferait sans doute des phrases plus courtes aujourd'hui, mais justement parce qu'il a vécu à une autre époque, on ne peut qu'apprécier la différence entre son oeuvre et notre réalité contemporaine.

Deuzio, l'effet d'entonnoir, qui fait que pas mal de romans, de poèmes, de pièces de théâtre sont aujourd'hui disparus du paysage. Vous voulez un exemple? Qui a écrit les Joyeuses commères de Windsor? Une idée? Non? Bon, ok, si vous avez fait un lien avec le titre de ce billet, vous avez peut-être fait un lien avec Shakespeare et je vous dis bravo! C'est l'une de ses pièces les moins connues et pas pour rien: c'est l'une des moins bonnes aussi. On est loin d'Hamlet ou de Roméo et Juliette mettons. Et justement, cette pièce est tombée dans l'oubli. Tant mieux! 

Aujourd'hui, quand on publie un livre, qu'il soit excellent ou digne du recyclage, ils figurent côte à côte sur les tablettes des librairies. Tout le monde ou part presque au pied d'égalité. Je dis presque parce que si vous avez réussi à vous faire publier dans une grande maison d'édition, vous partez quand même avec une longueur d'avance, mais tout le monde a une chance de briller. Avancez de seulement trois petits mois et un premier écrémage a déjà eu lieu. Avancez de six et certains livres ne sont déjà plus là. Le destin de ces livres est déjà presque joué dans un grand nombre de cas: on n'en entendra plus parler, bien souvent et parfois, malheureusement. Un an après la date de publication, des livres sont déjà passés au pilon, disparus de l'horizon, pour de bonnes et parfois, de mauvaises raisons.

Imaginer cinq ans. Imaginer dix ans. Imaginer un siècle!

Ce qui m'amène à tertio: certaines oeuvres passent l'épreuve du temps et continuent à vivre parce qu'on continue à les lire. Certes, les oeuvres mal écrites passent mal la rampe, mais prenons la grande majorité. Leurs thèmes peuvent être universels, bien présentés et malgré la distance des années, continuer à toucher les gens. Elles passent l'épreuve du temps pas tant parce qu'elles sont si bonnes, pas tant parce qu'elles sont exceptionnelles, mais bien parce qu'on continue de les lire. Et parfois pour des raisons qui ont moins à voir avec leurs qualités intrinsèques que du contexte dans lequel elles sont nées. Car, on touche ici à quelque chose de profondément subjectif: qui décide de ce qui est bon ou non? Qui décide de ce qui vaut la peine d'être lu cinq ans, dix ans, un siècle après sa parution? C'est là que l'hypothèse de «dans le temps, on faisait mieux!» prend le bord. Parce que de merveilleux textes ont sombré dans l'oubli.

Catherine Bernard a été l'une des grandes autrices de théâtre de la fin du 17e siècle. Avez-vous déjà entendu parler d'elle? Non? Bizarre hein? Une femme qui en son temps a fait vibrer les foules avec ses tragédies, qui a été complètement oubliée depuis. Au premier plan de son vivant, accusée après sa mort de ne pas vraiment avoir été l'auteure de ses textes par nul autre que... Voltaire . Parce qu'il avait titré une de ses pièces du même nom qu'elle, Brutus, il a laissé courir la rumeur qu'elle n'avait pas vraiment écrit la sienne pour la discréditer! Et si on avait retenu le Brutus de Catherine Bernard au lieu du Brutus de Voltaire, quel serait le paysage littéraire de notre époque? Ceci n'est qu'un exemple de ce qui a pu mener un texte vers la porte de sortie de l'histoire qui n'a rien à voir avec le texte lui-même. Si on avait préféré les contes de la Baronne d'Aulnois à ceux de Perreault?  Si on avait privilégié les textes de Wilkie Collins à ceux de Charles Dickens? Multiplier ça par des dizaines, des centaines, que dis-je des milliers d'exemples. Il y a des choix qui ont été faits pour nous, parfois des siècles avant notre naissance, par des gens qui n'avaient pas notre sensibilité, nos goûts et notre appréciation de la littérature. 

Des textes publiés aujourd'hui sortiront quelques textes qui sauront faire leur chemin dans la durée. D'autres seront redécouverts plus tard. D'autres ne seront que des étoiles filantes dans le ciel littéraire. Comme certaines pièces de Shakespeare. 

@+ Mariane

lundi 4 juillet 2022

Dénoncer le présent, imaginer l'avenir

 Salut,

J'ai lu il y a plusieurs années un roman de fantasy où, il y avait un couple lesbien. C'est surtout le fait que pour les autres personnages du roman, ce couple était tout ce qu'il y a de plus normal qui m'a frappé: deux femmes qui s'aiment et qui partagent un lien puissant. Voilà tout. Encore plus surprenant pour moi, c'est la date de rédaction du roman: 1987. Certes, ce n'est pas si ancien et les mouvements LGBT étaient déjà actifs depuis un long moment. Mais c'est la première fois que personnellement, j'ai vu un couple homosexuel dans un livre de l'imaginaire traité comme si c'était la chose la plus normale du monde. Mais il y avait plus dans ce livre: des femmes aux postes de pouvoir, des gens de religions différentes qui coexistaient sans problème et autres inversement des genres: un cuisinier au lieu d'une cuisinière, une maîtresse d'armes au lieu d'un maître d'armes, etc.

Ce n'est qu'un exemple, évidemment, mais souvent, je remarque dans les genres de l'imaginaire, et particulièrement en science-fiction, une tendance: celle de créer l'avenir tel voudrait qu'il le soit. Les femmes occupent des postes de pouvoir dans Star Trek, les personnages LGBTQ2S et les couples mixtes dans Doctor Who, les scientifiques de renoms noirs dans The Expanse, etc. Bref, on corrige ce que l'on dénonce aujourd'hui comme étant des aspects problématiques de la société. On crée dans la fiction l'avenir dont on rêve.

D'un autre côté, je suis aussi en contact avec de la fiction produite aujourd'hui qui dénonce des situations actuelles, réelles: le sexisme, le racisme, le suprémacisme, l'homophobie, contre les religions autres que la nôtre (et ce, peu importe ce qu'elle est au départ!), etc. Parfois en allant fouiller le passé pour en  dégager les racines (LoveCraft Coutnry, Underground Railroad) ou en dénonçant le présent (X-Men et TrueBlood comme métaphore de l'homosexualité, entres autres).

Les littératures de l'imaginaire sont un immense terrain de jeu pour qui veut créer un univers différent. Rien ne nous oblige à respecter les grandes tendances de notre monde, les schémas inconscients, les biais que nous avons tous, plus ou moins consciemment.  On peut y dénoncer ce que l'on voit dans notre société, mettre une loupe dessus, parfois en utilisant une métaphore ou encore carrément, imaginer ce qui pourrait être si on avait passé par-dessus ce fait de société. Bref, on dénonce le présent ou on imagine l'avenir.

Il n'y a pas d'oppositions entre les deux: l'un comme l'autre sont des facettes d'une même médaille. La plupart du temps, ce sont des personnes qui sont conscientes de ces problématiques qui les mettent en scène dans la fiction. Aujourd'hui, pas mal tout ce qui promeut l'inclusion et la diversité est affublé du mot woke même si dans les faits, c'est beaucoup plus complexe que ça. C'est surtout parce que les littératures de l'imaginaire et ses dérivés dont ils sont souvent adaptés (films, séries télé), ont souvent été un reflet des sociétés dont elles ont été issues. La série Star Trek a été pionnière en mettant une femme noire dans un poste d'officier, égale en importance et en qualification des autres officiers à bord, mais elle l'a fait en pleine lutte pour les droits civiques des afro-américains. La série imaginait l'avenir. Moins de 15 ans plus tard, Kindred d'Octavia E Butler dénonçait le présent des afro-américains et montrait comment ce phénomène prenait racine dans le passé. Les deux sont également importants pour comprendre le lourd héritage des afro-américains, mais aussi pour montrer une facette de ce que pourrait être leur avenir.

Pour moi, il ne s'agit pas de moyens qui s'opposent. Bon, ma nature foncièrement optimiste n'est pas du genre à préférer les histoires qui dénoncent, même si je les sais absolument nécessaires: il faut parler de ce qui se passe ici et maintenant. Même si on en parle sous forme de métaphore, on dénonce quand même et c'est très important de le faire. Mais j'aime aussi imaginer l'avenir. Parce que justement, cela crée des modèles inspirants, des manières d'être différentes. On ne fait pas que dénoncer, on crée de nouvelles manières d'être et d'agir, ce qui est tout aussi important. 

@+ Mariane

jeudi 23 juin 2022

Lud-en-brume de Hope Mirrless

 Lud-en-brume Hope Mirrless  Le livre de poche  419 pages


Résumé:

Trois siècles plus tôt, les bourgeois de Lud-en-Brume, riche cité commerciale, ont chassé les anciens Ducs et ont établi une république. Leurs descendants se sont depuis fort ramollis. Maître Nathaniel Chanteclerc, actuel maire, en est la preuve vivante: plus préoccupé de dégustation de fromage et d'alcools fins que de la chose publique, il ne se préoccupe pas assez de son fils Ranulph, jusqu'au jour où celui-ci montre des réactions étranges, semblables à celles de ceux qui ont mangé un fruit de la Faërie. Ce royaume à l'ouest, tabou depuis le départ des ducs, dont on nie même l'existence.  Sauf quand il s'agit des fruits maudits, bien sûr.

Mon avis:

Sans être un chef-d'oeuvre, ce livre mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs de fantasy. Publié dix ans avant Bilbo et la mise en place des canons du genre, il est iconoclaste, inclassable et diaboliquement bien mené. On est dans le fantasy, nul doute là-dessus. Mais sans respecter aucun des codes, aucun des tropes du genre. Donc, à la fois intelligente, inattendu et.. frustrant dans une certaine mesure, parce que l'auteure nous mène là où on ne s'y attend pas.

Maître Nathaniel, anxieux, bien ancré dans ses pantoufles et fort peu porté à l'aventure ne correspond pas du tout au héros traditionnel du genre, mais justement, cela ne le rend que plus intéressant. Alors que d'autres auraient pris l'intrigue qui anime le livre à bras le corps, il est au départ désemparé et multiplie les erreurs. Le courage ne lui viendra qu'après la disparition de son fils (pas de sa fille hein! grmpf!). Le récit est donc une enquête, plus qu'une quête. Mais au travers de cette enquête, l'auteure se permet un récit à la fois sociologique et historique.

Parce que le récit porte sur la réalité: celle que l'on croit qu'elle est, celle que l'on voudrait qu'elle soit et celle qui platement, existe, peu importe le nombre de mensonges et de faux-semblants auquel on lui ajoute. Il y a une certaine mise en abîme de ces trois niveaux de réalité. Et ce qui est intéressant, c'est que ce ne sont pas tous les personnages qui le comprennent au même rythme. Donc, il y a une mise en abîme entre ceux qui ont compris et ceux qui ont encore à comprendre. L'intelligence du texte consiste à faire de constants allers et retours entre les personnages et leurs différentes visions du monde. C'est déboussolant, décoiffant, mais, c'est diablement intéressant.

La fin a le malheur d'être abrupte, comme si à un moment, l'auteur n'avait plus eu envie d'écrire cette histoire. De larges pans sont laissés dans l'ombre. C'est regrettable, mais en même temps, c'est ainsi. Néanmoins, le livre nous laisse en tête avec un concert de riches descriptions de la nature, de la vie et l'envie de nous demander, comme dans la Matrice: est-ce que j'ai pris la pilule bleue, finalement?

Ma note: 4.5/5

lundi 20 juin 2022

Résolution de problème et description

 Salut!

Dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas une blogueuse à temps plein ni une écrivaine professionnelle. Loin de là! J'ai comme tout le monde un boulot qui sert à payer le loyer et à remplir les bols de croquettes. Dans la vraie vie, je travaille depuis des années en support logiciel. Je ne travaille pas pour le grand public, j'ai toujours été dans des domaines spécialisés, donc, avec des clients qui reviennent souvent. Et que je me casse régulièrement la tête à savoir comment expliquer à des gens pas pros de l'informatique du tout comment fonctionne un logiciel.

Ne vous y méprenez pas, c'est tout un art! Un logiciel c'est comme une réaction en chaîne... mais où on peut prendre à gauche ou à droite à tout moment. Un peu dans ce genre-là. On part dans une direction, il y a une croisée des chemins, on prend à gauche, une autre croisée, on prend à droite, etc. Et au final, on arrive au bon endroit. Mais répétez ça des milliers, des dizaines de milliers, parfois même des millions de fois. J'utilise une image, mais le processus se fait en quelques centièmes de seconde. Alors que pour un être humain normal, multiplier 56 par 87 et diviser par 7 peut prendre pas mal de temps (mes chances de remporter une médaille d'or à cette discipline sont infimes!), un ordinateur le fait en moins d'un claquement de doigts. Multipliez ça par des millions de milliards d'opérations chaque jour.

Sauf que...

C'est tellement gros que la plupart des gens ne comprennent pas au juste ce que fait leur logiciel. 

Alors, il faut utiliser un bon vieux truc de l'humanité: une métaphore. Un exemple, une histoire, un personnage, une anecdote, une allusion, une image, utilisez tous les synonymes possibles, mais ça prend quelque chose de concret pour faire comprendre ce que fait votre PC ou l'internet. J'ai déjà expliqué le principe des tâches planifiées avec un gars qui se faisait réveiller chaque jour à la même heure pour faire un seul boulot... avant de retourner dormir.  Bref.

Ça prend de l'imagination, de la suite dans les idées et aussi une bonne capacité de vulgarisation. Mais il me semble que c'est aussi une bonne école pour les descriptions. Pas nécessaire des descriptions de lieux, ni de décor, ni d'atmosphère, mais des descriptions de concepts. Une station spatiale, ça peut aussi être une série de canettes reliées par des pailles, l'idée étant de faire comprendre l'assemblage de modules dans l'espace. Une espèce extraterrestre, un essaim d'abeilles de la taille de VUS, ce qui donne pleine d'images d'insectes géants, mais aussi l'idée de la différence profonde entre nos gentilles abeilles et ces extraterrestres. Une nouvelle forme de vie, une espèce de mousse phosphorescente, parce que voyez-vous, la vie sur Terre est une chose, mais ailleurs, ça peut être tellement différent! L'idée n'est pas que la personne qui reçoit l'information, lecteurice ou utilisateurice, comprenne tout le processus, mais qu'il ou qu'elle ait une image mentale suffisante pour saisir l'essentiel. Non, une tâche planifiée, ce n'est pas un gars qui dort en attendant une alarme, mais l'image nous dit ce qu'il y a à savoir: tant que l'alarme ne sonne pas, rien ne se passe. Et si la personne a compris ça, c'est l'essentiel.

Bref, je fais des liens entre mon boulot et ma passion. Et c'est vraiment intéressant que je pratique l'un quand je fais l'autre.

@+ Mariane

lundi 13 juin 2022

De la nécessité d'être curieux ou les bulles numériques version livres

 Salut,

On parle souvent de bulles numériques. C'est l'effet tunnel des réseaux sociaux. À force de ne se faire offrir que ce qui nous plaît, on s'enfonce dans des bulles de gens qui nous ressemblent, pensent comme nous, aiment les mêmes choses, etc.  On oublie qu'il existe ailleurs des gens qui pensent différemment ou encore on en vient à les considérer comme des «ennemis». Ça s'appliquer à tout, de la politique, aux religions, aux goûts musicaux aux... goûts en matière de livres. Ben oui, même là, ça s'applique aussi!

Évidemment, les réseaux sociaux ne sont pas responsables de tout. Il y a aussi le marketing qui entre en jeu. Et là-dessus, toutes les maisons d'édition du monde vous le diront, créer un lectorat fidèle qui les suis de publication en publication vaut de l'or. Pour ça, plusieurs sont prêtes à mettre le paquet: réseaux sociaux, bien sûr, mais aussi rencontres avec leurs auteurices, événements spéciaux, primeurs, etc. À cela s'ajoute l'effet des sites internet de librairie, qui multiplient les Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela! qui tourne souvent autour d'un petit nombre de titres. Les bulles des forums de lecteurices ont un peu le même effet, surtout s'ils ne concernent qu'un genre: les lectures des membres les plus actifs ou les plus populaires seront davantage lues que les autres. Ce qui mène un certain nombre de lecteurice à s'enfermer dans une bulle de genre, d'éditeurs, voir de collection. 

Et on oublie. Qu'il existe autre chose ailleurs. On peut même penser que l'on connaît tout étant donné que l'on connaît une petite parcelle de l'univers littéraire sur le bout des doigts. Je ne le sais que trop: en librairie, il y avait des lecteurices qui se présentaient en disant qu'ils connaissaient tout de tel ou tel genre. Et j'arrivais toujours, toujours à les étonner. À leur sortir une nouveauté inconnue, un auteureurice dont ils n'avaient jamais entendu parler, un roman à la frontière de leur genre favori qui était passé sous le radar. Aujourd'hui, j'en serais sans doute incapable, du moins, pas avec autant de facilité. Parce que je ne suis plus libraire depuis plus d'une décennie, mais aussi parce que je ne suis plus autant l'actualité des livres qu'avant.

On peut avoir l'impression de tout connaître, mais c'est rarement le cas. Les plus grands spécialistes d'un genre littéraire ou les éditeurs le savent bien: leur connaissance de la totalité de ce qui paraît, ne serait-ce que dans une seule année, est limitée. À une époque, c'était possible de tout suivre, mais plus aujourd'hui. Il se publie des milliers de romans chaque année, même en se concentrant sur un genre précis, on ne peut pas tout lire et même parfois, être au courant de tout ce qui se publie.

De là l'idée de créer des bulles de lecteurices pour les fidéliser. Ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi pour les éditeurs ou les sites internet, mais je ne suis pas sûre que cela soi une très bonne idée pour les lecteurices: on devient vite paresseux quand on nous sert tout le temps le même menu sur lequel on a presque pas à réfléchir. Et on oublie que pas plus loin que le bout de son nez, la découverte existe. Mais comment intéresser quelqu'un à quelque chose de différent, de nouveau, quand il est bien installé dans ses pantoufles littéraires?

Il y a une dizaine d'années, j'ai eu une vive discussion avec un lecteur qui dévalorisait le métier de libraire, disant que s'il avait besoin de suggestions de lecture, il n'avait qu'à demander à ses amis ou à son réseau. Je lui avais dit qu'il n'arriverait jamais à un aussi bon résultat qu'avec un libraire parce qu'un seul en connaissait plus que tous ses amis réunis. Fier comme un coq, il m'avait obstiné que non. Je pense parfois à lui quand je pense aux bulles numériques. On n'en parlait pas encore à l'époque, mais je ne peux m'empêcher de me demander aujourd'hui: et ce type aujourd'hui, dans quelle bulle il est? 

Mais surtout: est-il capable d'en sortir s'il pensait déjà à l'époque qu'une poignée de copains sur le web en savait plus qu'une personne passant ses journées en contact avec les livres?

@+ Mariane

lundi 6 juin 2022

Je comprenais Frodon et je n'en aimais que plus l'histoire

 Salut!

Je me rappelle d'être allée voir le film au cinéma. Le troisième Seigneur des Anneaux, la conclusion de la saga. Et là, au dernier moment, celui où Frodon n'a plus qu'à ouvrir la main pour laisser tomber l'Anneau dans la lave pour le détruire, l'instant ultime où il n'y a qu'un minuscule geste à faire pour que l'aventure que nous suivons depuis des heures se termine.. Frodon dit Non et passe l'Anneau à son doigt.

J'ai entendu le ahhh!!!! de toutes les autres personnes dans la salle, le glapissement de Non, ne fait pas ça Frodon! Et je l'ai fait aussi! Comme une grande inspiration qui m'a pourtant complètement coupé le souffle.

Mais en même temps, au plus profond de mon coeur, je le comprenais. Ce petit hobbit à la vie toute simple, chargé d'une mission trop grande pour lui, qui a résisté si longtemps au pouvoir de l'Anneau. Et au dernier moment, après toutes ces épreuves, après tous ces sacrifices, il cède. Je l'ai compris comme toutes les autres personnes dans la salle de cinéma ce jour-là.

Sauf que:

C'est parce que l'on a enduré aux côtés de Frodon toute la torture auquel l'Anneau le soumet qu'on le comprend.

C'est parce que l'on a vécu, tremblé, souffert à ses côtés qu'on le comprend.

C'est parce que l'on sait la puissance du pouvoir de l'Anneau, entre autres grâce à Gollum, qu'on le comprend.

Qu'on le comprend au dernier moment de céder.

On s'est attaché à Frodon, à son cheminement, à sa lutte, qui contrairement à celle de tout autre personnage dans la trilogie, en est une de combat intérieur. Tout du long, Frodon lutte  pour garde le contrôle qu'il a sur lui-même et pour empêcher l'Anneau de prendre le pouvoir sur lui. Ceci veut dire des couches et des couches d'histoire, qui est représentée par des anecdotes, des détails, des petits moments, des gestes, des réactions, d'infimes détails, mais qui nous disent: voilà où Frodon en est rendu face à l'Anneau.

C'est parce que l'on s'est attaché à Frodon que l'on embarquait à fond dans son périple. On vivait son histoire, à ses côtés. Et c'est là l'important: on s'était attaché à lui. Comme à Aragorn, comme à Gimgli, comme à Legolas, comme à Gandalf. Comme à Gollum même d'une certaine façon. Pas qu'on les aimait nécessairement, mais leur histoire nous importait parce qu'on les connaissait.

On dit souvent en parlant d'une bonne histoire que l'on a adoré l'intrigue.  Mais c'est souvent en parlant des personnages, en décryptant leurs comportements, leurs attitudes et leurs actions que l'on entre dans le coeur de l'oeuvre. Qu'on les aime ou qu'on ne les aime pas, on trouvera toujours une histoire meilleure quand on s'est attaché à leurs protagonistes et même à leurs antagonistes. Un méchant que l'on comprend est toujours meilleur qu'un méchant à la sauce James Bond des années 60 qui veut juste détruire le monde, car il est un mégalomane fini. 

Pour s'attacher à quelqu'un par contre, il faut un personnage qui ait une personnalité. Un passé, mais aussi quelqu'un dont les actes sont cohérents tout au long de l'histoire, quelqu'un qui agit et qui réagit, pas quelqu'un dont on a l'impression qu'il est une marionnette dont l'auteurice tire les ficelles pour mener à bien l'histoire qu'il a imaginée. On voit Frodon évoluer tout au long des trois tomes de l'oeuvre de Tolkien. De simple hobbit menant une vie prévisible et surtout préoccupé par la bonne bière et l'herbe à pipe, on le voit quitter sa zone de confort, partir dans une aventure qu'il n'a pas choisie, affronter des épreuves, perdre des amis, ne plus savoir à qui faire confiance. On le voit souffrir, on le voit faiblir, douter, hésiter, foncer. Mais jamais on a un truc qui tombe de nulle part qui fait en sorte qu'il céderait à l'Anneau comme ça parce que ça lui chante un matin. Frodon est une personne de papier, mais une personne quand même.

Et c'est ça qui est le plus important. On aura beau avoir un univers riche à foison, une intrigue palpitant, de multiples rebondissements, si on n'arrive pas à connecter avec les personnages, la sauce ne prendra pas. C'est bien dommage, mais il est toujours plus intéressant de suivre des personnages qui vivent une histoire que de suivre une intrigue où vivent des personnages. 

@+ Mariane

lundi 30 mai 2022

Des nouvelles pattes de velours dans ma vie

 Salut!

Quand ma Prospéryne est morte, j'ai littéralement pleuré pendant trois jours.  Sans blague là!  Elle me manque encore d'ailleurs, même si le deuil a fait son temps. Je garde le meilleur d'elle. Même si elle n'est plus là.

Me restait ma Patchoulie, que j'adore.  Qui a maintenant 15 belles années, avec qui la communication est tellement bonne que c'est tout juste si elle ne parle pas. (Miaou!!!!  Ah, tu veux aller dehors? Miaou!!! Ah, tu veux de la bouffe? Miaou!!! Non, Patchoulie, tu as déjà mangé, n'essaies pas de me faire le coup!). C'est une chatte merveilleuse... sauf sur un point. On parle souvent des chats pots de colle. Moi, j'ai une chatte antiadhésive. Sérieusement, je pense que c'est le félin le moins colleux que j'ai jamais rencontré dans ma vie!  Le temps moyen d'un câlin avec elle se compte en secondes et c'est TOUJOURS trop long à son avis. Elle n'aime pas être caressée et se coller, pff, jamais de la vie! Bref, bref, c'est pas la minette la plus généreuse en affection.

C'est aussi une chatte qui est facile à stresser et qui a du mal à s'adapter aux nouvelles situations.

Alors, adopter un nouveau chat...

J'avais fait une croix dessus, jusqu'à sa mort. Pas tant que ma Patchoulie sera vivante me disais-je. Et à  moi et aux autres. Plein, plein de fois. Parce que j'avais peur pour elle, peur de sa réaction, peur qu'elle ne soit pas bien, tsé, à son âge, peur que ça vire en conflit, peur de... bref. Sauf que ça m'arrivait régulièrement d'aller zieuter les sites des refuges, à regarder tous les jolis minets à la recherche d'une famille. Je ne cherchais pas un chaton, mais un chat adulte. J'ai toujours préféré les chats adultes. Et dans ma tête, j'écrivais la lettre que j'enverrais au refuge quand Patchoulie ne serait plus de ce monde. Je leur disais que j'étais prête à prendre dans ma vie un chat plus âgé, que les chats noirs ne me dérangeaient pas, que les petits problèmes de santé, dans la limite où je pouvais les gérer, n'étaient pas un obstacle. Et comme je préfère les chats d'intérieurs, un chat FIV (Sida félin, ne se transmet pas aux humains et aux autres chats seulement en cas de morsures ou de galipettes) qu'il est préférable de ne pas faire sortir ne me dérangeait pas. Je me préparais mentalement à accueillir un chat griffu (Patchoulie n'a plus ses griffes, un de mes grands regrets aujourd'hui). Mais, pas tant que mon trésor de 15 ans sera de ce monde je me disais.

Jusqu'au jour où il y a quelques semaines, je suis tombée sur une annonce d'un chat et je me suis dit: je VEUX ce chat! Une magnifique minette toute blanche, du même âge que Patchoulie! Et toutes mes hésitations, toutes mes peurs sont passées à la trappe: je voulais un deuxième chat, tout simplement. Bon, la jolie minette blanche réjouit finalement les jours d'une autre famille et je lui souhaite de tout mon coeur une fin de vie pleine de bonheur. Mais à partir de ce moment-là, j'ai zieuté les sites des refuges plus sérieusement. Je voulais un deuxième chat! Quel minet saurait gagner mon coeur?

J'ai commencé mes recherches tout en compulsant les méandres de YouTube à la recherche de toutes les vidéos et ressources pour aider ma Patchoulie à accepter ce nouvel arrivant dans notre vie. Je recommande particulièrement celle-ci, mais bon, mes recherches ont fait virer les algorithmes de YouTube à l'envers, donc, c'est loin d'être la seule que j'ai regardé...

J'ai épluché les annonces de chats pendant plusieurs semaines. J'ai déposé plusieurs demandes, mes élu.e.s ont souvent trouvé d'autres familles. J'ai visité des refuges, j'ai vu des chats et j'ai dit non plusieurs fois. Souvent en me disant: ouf, ça, ça ne marchera pas avec Patchoulie! Et puis, je suis tombée sur cette annonce. Un magnifique gentleman au poil soyeux et au regard magnifique. Qui n'avait rien pour lui par contre: noir (les chats noirs sont moins adoptés), âgé de 10 ans (les chats âgés sont moins adoptés) ayant quelques petits problèmes de santé (urinaires, mais ça, ça va, je connais et ma Patchoulie mange de la bouffe urinaire depuis des années). J'ai été lui rendre visite. Et ça a été le coup de foudre. J'ai signé sur le champ les papiers d'adoption. Une des personnes travaillant au refuge pleurait de bonheur quand elle est partie, tellement elle est contente: j'ai alors appris que ce chat était au refuge depuis presque 6 mois. À croire qu'il m'attendait.

Je suis revenue à la maison, j'ai annoncé la bonne nouvelle à mes amies: j'allais avoir un nouveau chat! Restait le prénom à trouver. Au début, je penchais vers Anubis, mais tout le monde m'a fait remarquer que c'était un dieu à tête de chien (oups...). L'une de mes amies, qui aime autant que moi les vieux prénoms, s'est lancé avec moi sur la piste du prénom de chat le plus joli en me lançant à la tête des dizaines de vieux prénoms: Célestin (ça ne lui allait pas), Augustin(non plus), Napoléon (hors de question!), Léopold (ishh), Aurélien (hé, mon grand-père s'appelait comme ça!), Paul-Émile (PAUL-ÉMILE, DESCEND DE LA TABLE! ne sonnait pas bien à mes oreilles), Rogatien (coudonc, ya donc ben des vieux noms qui finissaient en in!), Edgar...

Quand j'ai lu ce nom, j'ai immédiatement entendu le son d'un riff de guitare. Et la chanson de Jean Leloup. Retour direct à mon adolescence. Mais c'est aussi une chanson hommage à Edgar Allan Poe, un auteur donnant dans le fantastique et l'horreur. Un bon nom pour un chat noir non?

J'avais trouvé son nom: ce serait Edgar.

Restait à finir de trouver le nécessaire pour l'accueillir. J'ai préparé la pièce où l'isoler lors de son arrivée (dixit, la salle de bain, pas le choix!) J'ai été le chercher pour le ramener à la maison le 12 mai dernier. Adopter un chat noir la veille d'un vendredi 13... Hihihi!  Edgar a été sage comme une image tout le long du voyage de retour (contrairement à Patchoulie qui s'égosille comme si j'essayais de l'épiler dès qu'elle met une patte dans son transporteur). Il a fait ça comme un professionnel tout du long. Les instructions d'introduction mentionnaient de mélanger les odeurs des deux félins pour qu'ils s'habituent l'un à l'autre avant de se voir pour la première fois. J'ai donc laissé un de mes vieux t-shirt de pyjama dans la cachette que j'avais emménagé pour Edgar et le lendemain, je l'ai laissé traîner à porté de museau patchoulien. La face qu'elle a faite après l'avoir senti (NON, MAIS QU'EST-CE QUE T'AS FAIT BORDEL!), m'a fait sentir coupable quelques instants, mais ensuite, ça s'est dissipé. 

Ça fait maintenant deux semaines qu'il est arrivé. Au final, après quelques grondements et crachats, Patchoulie le tolère très bien et zieute régulièrement son bol de bouffe. Edgar est pas mal plus colleux qu'elle et j'ai retrouvé un partner in crime de télé et de lecture. Bref, j'ai quatre nouvelles pattes de velours dans ma vie. Et j'en suis très heureuse!

Voici quelques photos:

Les pattes de velours d'Edgar!


Une de mes premières photos, au refuge.


Je pense qu'il est pas trop malheureux chez nous...


Chacun son coin de lit, mais ils y dorment sur leurs deux oreilles pointues.



Bref, si vous trouvez que j'ai un trip de chat noir... c'est normal!

@+! Mariane

lundi 16 mai 2022

La chanson, la littérature des mots en musique

 Salut!

Récemment, quelqu'un m'a dit: «Le Dôme est sorti avant que je ne m'intéresse à la musique de Jean Leloup.» Et moi Le Dôme, c'est... 

1998, l'année où j'avais 15 ans.

L'année où j'ai fait un camp de cadet de 6 semaines qui a foutu en l'air ma confiance en moi, mais qui m'a aussi introduite à la musique, à Jean Leloup et surtout, au Dôme...

Le Dôme...

La musique fait partie de la vie, de toutes les vies. Qui ne se souvient pas des musiques qui les ont retournés dans tous les sens à l'âge tendre de l'adolescence, quand nos goûts pas encore formés sont prêts à entendre tous les rythmes, tous les sons, toutes les paroles...

Les paroles...

Edgar était un vrai soûlon

Il écrivait toute la journée

Il n'écrivait pas de chansons,

Mais des contes où l'assassin¸

L'emportais toujours haut la main

La victime était homme de bien

YÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂ!!!!!!!!!!!!!!!


Juste entendre le nom d'Edgar y'a pas si longtemps et j'ai entendu le riff de guitare du début de la chanson. Et j'étais dans cet antre, aux côtés d'Edgar Allan Poe, écrivant des récits fantastiques frisant avec l'horreur...

La musique, les chansons, ce sont des mots aussi.  Des mots qui nous apprennent d'une autre manière la littérature, la poésie surtout.  Je n'aime pas la poésie est facile à dire, mais rare sont les gens qui n'aiment pas une chanson, surtout quand elle est particulièrement bien écrite.  Comme les textes de Jean Leloup, qui s'ils ne respectent pas toutes les règles de la poésie, racontent des histoires bien ficelées dans des images qui frappent souvent l'imaginaire.  

Combien d'autres auteur.e.s-compositeurices-interprètes au Québec ont utilisé la chanson pour déconstruire et reconstruire la langue et la poésie? De Gilles Vigneault à Daniel Bélanger, des Colocs à Bleu Jeans Bleu, de Louky Bersianik (qui a signé plusieurs des chansons marquantes de Richard Séguin) à Lynda Lemay, on a pris la plume pour chanter la langue, passant de l'écrit à l'oralité.

La chanson évolue plus vite que la littérature et elle est souvent plus rapide à s'approprier les nouvelles expressions, qu'elles aient la vite courte ou longue dans la langue parlée.  Elle forme des images mentales, mais elle est aussi la trame sonore de nos vies, qui peut nous rappeler en un instant à une époque ou à une émotion.  Si vous entendez une turlute de la Bolduc, vous serez dans une autre ambiance que si vous entendez un des accords de guitare de Beau Dommage.

La chanson est une forme de littérature, comme l'a bien fait remarquer le comité du prix Nobel en donnant ce prestigieux prix à Bob Dylan en 2016. C'est juste qu'elle est conçue pour l'oralité bien plus que pour l'écrit.

Je vous laisse, je vais réécouter Le Dôme encore une fois... À des milles à la roooonnnde!

@+ Mariane


lundi 2 mai 2022

Je refuse de le lire

Salut!

Je ne lirais pas la Servante écarlate.  Comme dans jamais.  Ok, non, il ne faut pas dire jamais, mais disons que les chances sont minces.  J'avais acheté un exemplaire et je l'ai laissé repartir vers un autre lecteurice sans l'avoir lu.  Ce livre me fait peur.  Je ne veux pas le lire.  Je refuse de le lire.

Personne ne m'interdit de le lire ou ne m'y encourage, c'est un choix purement personnel.  J'ai lu dans ma vie des livres qui me faisaient peur, qui m'ont confronté dans mes idées, des livres qui m'ont révolté, mais il y a aussi des livres que j'ai décidé tout bonnement de ne pas lire.  Pour me protéger, oui, mais aussi parce que parfois, je sais que les lire ne m'apportera rien. Et refuser de lire quelque chose est très différent de n'avoir aucune envie de lire quelque chose: l'un part d'un refus clair et net, même si parfois l'oeuvre nous attire. Dans l'autre cas, on en a pas envie, point.

Refuser de lire un livre pour des raisons personnelles est comme refuser de manger tel ou tel aliment pour des raisons tout aussi personnelles: c'est un choix qui dépend de chaque individu.  On peut le refuser pour des raisons de valeurs humaines (genre, je ne lirai pas les livres de cet auteur raciste ou antisémite), des raisons de valeurs liées à un groupe (ce livre parle de choses qui sont contre ma religion) ou des raisons de valeurs personnelles (ce livre contient des ragots et je n'aime pas ça).  Chacun a ses valeurs et chacun peut très bien refuser de lire des livres qui n'y correspondent pas.

On peut aussi refuser de lire un livre parce qu'il nous fait peur.  Peur de ce que le lire va provoquer en nous.  Je ne parle pas ici d'avoir peur à cause de l'histoire contenue dans le livre.  Je parle d'idées qui peuvent nous confronter. Lire une histoire d'amour homosexuelle peut-être être très confrontant pour des personnes religieuses. Lire les écrits d'un auteur de droite peut être très perturbant pour une personne qui carbure aux idées antiracistes et anticapitalistes.  Parce que malgré les grands écarts que l'on peut parfois faire en lisant des livres loin de nous, on découvre souvent que derrière chaque auteur, aussi éloigné de nous soit-il, il y aura quelque chose qui viendra nous toucher, nous chercher, nous bouleverser.  C'est pour ça que l'on fuit parfois certaines lectures, comme on peut se tenir loin de certains films ou de certaines séries télé.

Refuser de lire veut parfois dire refuser d'être en contact avec des idées différentes des nôtres, par peur parfois très intime de nous voir obliger de revoir notre vision du monde.  Mais il y a aussi des livres que l'on ne lit pas pour se protéger.  Chaque personne a ses zones de sensibilité, ses zones fragiles, et il est sain de savoir les respecter.  J'ai une bonne amie, qui comme moi, ne lit pas d'horreur parce que ce genre de lecture la terrifie.  Elle a s identifier sa limite et elle sait la respecter.  Ce qui est très sain.

Bref, refuser de lire un livre n'est pas nécessairement un signe d'étroitesse d'esprit. C'est parfois un signe que l'on se connait assez pour savoir que certains livres ne sont pas pour nous.

@+ Mariane


jeudi 21 avril 2022

Jane Eyre de Charlotte Brontë

 Jane Eyre  Charlotte Brontë *Lu en numérique



Résumé:

Jane Eyre, orpheline de dix ans, vit sous le toit de sa tante paternelle. Souffrant des négligences de celle-ci et des mauvais traitements de ses cousins, elle a développé un grand sens de l'observation des êtres.  Poussée à bout, elle réplique lorsque son cousin veut la battre et subit une punition injuste qui la fait tomber malade.  Découvrant par le pharmacien qui la soigne que des enfants vivent en pension, elle réclame le droit d'y aller.  Arrivée là, les conditions de vie sont pires encore: nourriture infecte, interminables journées et locaux glaciaux. Après une épidémie, les conditions s'améliorent et Jane y fait ses études.  À dix-huit ans, par goût du changement et désir d'améliorer sa vie, elle se trouve une place comme gouvernante.  À Thornfield, dont le mystérieux maître, M. Rochester, est absent à son arrivée.  Le troisième étage semble receler quelques mystères, mais Jane y est heureuse.  Jusqu'à l'arrivée de M. Rochester, qui bouleversera sa vie. Entre ces deux êtres, qui ne sont pas beaux physiquement, naîtra une idylle que ni les classes sociales ni la différence d'âge n'empêcheront. Mais le troisième étage n'a pas encore livré ses secrets.

Mon avis:

Il est étonnant de voir qu'en plein XIXe siècle, une jeune femme à l'expérience du monde relativement limitée ait pu écrire un personnage féminin à la psychologie aussi raffinée.  Car Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Brontë, détonne au milieu de la production de son époque où les femmes étaient de perfides enjôleuses ou des demoiselles en détresse.  Bien au contraire, dès son jeune âge, la jeune orpheline montre de grandes prédispositions à comprendre les gens et n'hésite à parler et à dire leurs quatre vérités à ceux qui le méritent.  Sa personnalité affirmée et la façon dont elle réclame tout au long du livre le contrôle sur sa vie en fait une héroïne de roman tout à fait moderne.  Il y a même une scène remarquable où elle réagit à ce qui serait aujourd'hui considéré comme du mansplaning... de la même façon dont on pourrait le faire aujourd'hui.

Jane Eyre va travailler tout au long du récit pour que ses rêves se réalisent.  Ceux-ci ne sont pas de partir au loin ou d'accomplir un exploit, mais pour son époque, ils sont majeurs: elle souhaite avant tout être une femme indépendante.  Ainsi, elle prend les décisions importantes de sa vie en fonction de cette volonté et même son amour pour Rochester ne la fera pas s'en détourner.  D'ailleurs, même si elle souffre de leur séparation à un moment, jamais elle ne regrettera sa décision, car elle l'a prise pour elle-même, pour sa propre vie, c'est son choix. C'est remarquable à bien des égards, car Jane Eyre s'accomplira comme personne au lieu de renoncer à ses rêves pour épouser l'homme qu'elle aime.  En toutes choses, elle se respecte d'abord elle-même.  Ce faisant, elle s'éloigne des clichés de la romance où plus souvent qu'autrement, la femme abandonne ses rêves par amour.  D'ailleurs, je ne parlerais pas de romance en pensant à ce livre.  Le sous-titre original, mémoires d'une gouvernante, est plus juste: Jane Eyre est le personnage principal et l'amour fait parti de sa vie, mais ce n'est pas le coeur de l'intrigue.

Néanmoins, le roman reste ancré dans l'époque victorienne où il a  été écrit.  Le respect des convenances et tout le jeu entre les personnages qui en découle occupent une part importante du roman et les longs monologues explicatifs prennent des pages et des pages.  C'est le style de l'époque.  Peut-être même y en a-t-il une petite couche de trop parce que parfois, c'est long longtemps, mais reste que cela ne détonne pas trop parmi les oeuvres de l'époque.  Néanmoins, la peinture que l'auteure fait des paysages, des lieux et des gens est typique de cette Angleterre rurale de l'époque victorienne et de l'image que l'on s'en fait. Par contre, son regard sur celle-ci est typiquement féminin: les champs sont un décor et seuls les métiers accessibles aux femmes (gouvernantes, cuisinières, intendante, servantes) sont évoqués avec une minutie qui montre une très bonne connaissance de ceux-ci.  Les métiers plus masculins sont par contrastes, peu détaillés et accessoires à l'intrigue.

Le récit est divisé en plusieurs parties: l'enfance malheureuse, le passage en pension dont seule la première année sera racontée, le travail de gouvernante à Thornfield etc. L'auteure alterne entre les moments plus importants et passe beaucoup plus rapidement sur d'autres.  Des années complètes peuvent être résumées en quelques lignes! Ces sauts dans le temps se justifient, mais laissent de gros trous dans le récit.  On se demande comment Jane a traversé certaines étapes de sa vie qui sont laissées dans l'ombre.  Et bon, comme le récit est censé être une autobiographie, ces ellipses surprennent parfois.

Le style est parfois grandiloquent et comporte beaucoup de longueurs, mais Jane Eyre et tous les événements qui lui arrivent compensent largement.  Le ton et le style ont mal vieilli, mais pas le personnage ni l'intrigue qui pourrait, sur certains aspects, se passer encore aujourd'hui.

Ma note: 4/5

*On peut trouver le fichier libre de droits ici.

lundi 18 avril 2022

Le ciel, la terre, le ciel, la terre ou l'art de transformer une tragédie en comédie

 Salut,

Adolescente (oui, l'histoire date de plus d'une vingtaine d'années!), il m'arrivait parfois de me retrouver en «gang» pour faire des partys.  Je n'étais pas party animal quand j'étais adolescente, bien que je n'étais pas autant du genre à me coucher à l'heure des poules.  Lors de l'une de ces soirées où tout le monde se mêle et où tout le monde finit par se raconter des histoires chacun de son bord, une des personnes que je fréquentais s'était mise à raconter une anecdote pas trop joyeuse: quelques années plus tôt, elle avait eu un accident de voiture.  OK, ce n'est pas drôle.  Mais ce dont je me souviens aujourd'hui, ce sont ses yeux écarquillés et faisant des allers-retours entre le haut et le bas, tandis qu'elle racontait la voiture faisant des tonneaux et qu'elle voyait alternativement le ciel et la terre.

Même son doigt faisait le geste de la voiture qui tournait dans les airs.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Puis-je vous avouer?  Au moment où elle le racontait, j'étais morte de rire. Parce que de la façon dont elle le racontait, c'était tordant.  Tout était là: les effets comiques, le ton, l'histoire tellement folle, les protagonistes qui se hurlent les choses les plus idiotes ou totalement hors de contexte. Par exemple, la personne qui nous racontait l'histoire s'était d'abord plainte d'être prise dans sa ceinture de sécurité... ce qui était logique parce que la voiture avait atterri sur le toit! Sa tante, qui était au volant, l'avait engueulée parce qu'elle ne se rappelait plus comment déboucler sa ceinture! Bref, on était quelques personnes à se pisser dans les culottes en l'entendant raconter.  Et pourtant, quelques secondes après, elle nous avait avoué, les yeux embués, que ce souvenir était pour elle traumatisant.  Sa façon de le raconter en avait fait une histoire abracadabrante et extraordinairement drôle.  Je pense, des années après, que le fait qu'elle nous avait raconté cette histoire de cette façon avait été pour elle une façon de l'exorciser, de la raconter sans tomber dans le pathos où on lui serait tous tombé dans les bras en pleurant.  Ce n'était pas ce qu'elle voulait.  C'était (et c'est toujours) une personne très forte.  

Je ne me rappelle plus des détails de son histoire, forcément, ça fait un bail, mais ses yeux et le ton de sa voix quand elle racontait, oui.

Le ciel, la terre, le ciel, la terre.

Une anecdote pas très drôle dont elle avait fait une histoire désopilante.

On peut raconter une histoire comme Shakespeare et en faire une tragédie touchant le coeur de l'âme humaine.  Ou l'on peut prendre le parti inverse et en faire une histoire à vous faire mal aux côtes à force de rire.  Ce n'est pas l'histoire qui est en elle-même tragique ou comique, c'est la façon dont on la raconte: le choix des mots, des expressions, du rythme, de la narration, tous ces petits éléments changent notre perception d'une même histoire.  Donnez exactement le même texte à un humoriste et à un acteur tragique et vous comprendrez vite la différence, même si l'histoire racontée est la même.

La personne qui raconte est celle qui fait la différence, quel que soit son outil: pour l'écrivain.e, les mots, pour l'acteur.rice, son visage et sa voix, pour le réalisateur.rice, le choix des images et des angles de caméra.  Certes, il y a aura toujours des drames duquel il sera plus difficile de rire: des tragédies, des drames, surtout quand les victimes sont nombreuses. Et des histoires drôles qu'il sera difficile de prendre au sérieux. Après tout, même si la personne se casse quelque chose, on aura tout d'abord tendance à rire devant une chute rocambolesque!

Aucune histoire n'est intrinsèquement désopilante ou tragique.  Les histoires sont ce qu'on fait d'elles.

@+ Mariane