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jeudi 16 février 2023

Crépuscules, Collectif

 Crépuscules  Collectif  Les Six brumes 235 pages


Résumé:

Recueil de nouvelles sur les genres de l'imaginaire, science-fiction, fantasy, horreur, pour les 20 ans de la maison d'édition Les Six brumes et réunissant des auteurices marquants qui ont publié chez eux.

Mon avis:

Diversité est un mot clé de ce recueil, qui va dans les registres de la fantasy, de l'horreur, de la science-fiction et même dans celui des histoires de bûcherons! Un joyeux mélange qui met en scène de très belles plumes. Détail remarquable, le niveau est relativement égal entre les nouvelles du recueil: pas de nouvelles qui se démarquent particulièrement par leur qualité supérieure ou inférieure à la moyenne. La différence est dans les histoires racontées, dans les styles et dans les thèmes abordés, ce qui est très agréable.

Et côté thème, on va dans tous les registres, de l'horreur plus psychologique au fantastique à la Maupassant, de la fantasy classique, à la science-fiction policière. La nouvelle qui introduit le recueil, Du sang sur  le mackinaw de Luc Dagenais donne le ton de ce mélange des genres avec une nouvelle mélangeant l'univers des camps de bûcherons, une enquête sur un meurtre et des amours gais, rédigé dans un registre que n'aurait pas renié Honoré Beaugrand. C'est l'une des nouvelles que j'ai préférée dans le recueil.

Mes autres coups de coeur sont les nouvelles de Pierre-Luc Lafrance, qui avec Retrouvailles, signe une nouvelle qui met en scène deux anciens camarades de classe se croisant à la veille de leurs retrouvailles du secondaire. Une rencontre qui finit par revenir sur les événements arrivés dix ans plus tôt, avec une note fantastique qui se glisse dans le récit au fil de celui-ci, par gouttes. La nouvelle d'Ariane Gélinas, Quatre fois l'île, qui mêle univers nordique, fées et volonté de la nature s'inscrit dans la lignée de ses autres textes. L'érotisme y tient bien sûr une part importante, mais aussi le bizarre et l'étrange s'y glissent. La dernière nouvelle, Crépuscules de Frédéric Durand, est sans doute la plus étonnante et la plus efficace du recueil parce qu'elle met en scène une lectrice lisant le recueil et par un effet de miroir et de mise en abîme, joue avec les perceptions du lecteur sur sa lecture.

En fait, le seul reproche concernant ce recueil est l'ordre dans lequel les nouvelles ont été placées, celles contenant un contenu sexuel explicite se retrouvant placé les unes à la suite des autres et les nouvelles d'horreur elles aussi rassemblées à la queue leu leu. Pour le reste, peu de reproche à faire!

Idéal pour découvrir une grande variété de plumes, autant dans les styles que dans les thèmes.

jeudi 6 août 2020

Binti de Nnedi Okorafor

Binti  Nnedi Okorafor  Tor publishing  90 pages



Résumé:
Binti quitte tout, famille, amis, tribu pour se joindre à la prestigieuse université Oomza, première des siens à rejoindre cette élite de chercheurs sur une lointaine planète entièrement dédiée à la recherche.  À 16 ans, elle croit avoir tout à prouver au monde, elle qui est destinée à être une maîtresse de l'harmonie parmi les siens.  En route, son vaisseau spatial croise la route d'une autre espèce, les Méduses, qui eux aussi veulent se rendre à Oomza, mais pour une raison très différente: la vengeance.

Mon avis:
Ce livre, c'est au départ un pied de nez à une vision occidentalo-centrée de la science-fiction: son héroïne principale est une adolescente appartenant à une ethnie africaine appelée Himba.  Et ne vous méprenez pas, loin d'être représenté comme des chasseurs-cueilleurs vivants dans la brousse, son peuple est décrit comme des inventeurs de technologie à la fine pointe et Binti elle-même est une brillante mathématicienne.  Assez pour être acceptée dans une université située sur une autre planète qui ne recrute que l'élite... et de faire en sorte de prendre la navette de départ, même si sa famille s'y oppose.  Ancrés dans leurs territoires ancestraux, ceux-ci ne les quittent pas.  Binti fait donc un geste d'indépendance, mais elle sait que cela aura des conséquences.  Et elle le fait en toute connaissance de cause. 

L'intrigue en elle-même n'est pas révolutionnaire, mais elle est bien amenée.  En cours de route vers l'université, le vaisseau accueillant Binti est attaquée par une espèce appelée les Méduses, qui grosso modo, ressemblent bien à des méduses, avec leurs tentacules.  Le coeur du livre est la relation que Binti tissera avec cette espèce étrange qu'elle réussira à comprendre, malgré les barrières de langue.  La façon dont l'auteure tisse son histoire sur ce point est particulièrement bien réussie à mes yeux.  Binti devra donc, utilisant ses propres capacités, mais aussi l'apport de sa culture et de ses origines, trouver une solution à la crise qui s'annonce entre l'Université et les Méduses.  La façon dont elle s'y prend ne renouvelle pas non plus le genre, mais encore une fois, c'est très bien fait.

L'un des aspects les plus intéressants du livre est l'apport de cette importante différence culturelle que porte l'héroïne.  Soyez clairs: y'a pas de blancs dans cette histoire.  Et d'une certaine façon, ça fait du bien!  Beaucoup d'aspects de l'univers matériel et mental de l'héroïne sont donc teintés par cette culture, entre autre l'otjize, un mélange dont les femmes de son ethnie s'enduise le corps et les cheveux et qui jouera un grand rôle dans l'intrigue.  Ses cheveux (dans lequel elle tresse du code informatique!), sa manière de parler, de s'habiller, tout lui donne un autre regard sur le monde et l'auteure utilise cette vision différente de manière très intelligente:  elle sert à donner une autre tonalité à une histoire qui a été déjà mille fois racontée en SF.  J'ai deux minuscules points négatifs: de un, l'obsession de Binti de ses chances de mariage et de deux, le fait que l'auteure insiste tant sur ses origines.  La ligne est mince entre, ceci est au coeur de la vie de mon héroïne et regarde comme elle est différente!  De mon point de vue, elle a légèrement trop basculé dans le deuxième, mais c'est une question de goût.

Mon premier livre de SF afro-futuriste et une très belle découverte!  Je vais relire cette auteure, c'est sûr.

Ma note: 4.5/5

jeudi 18 juin 2020

Les déserteurs temporels de Robert Silverberg

Les déserteurs temporels  Robert Silverberg  Presse-Pocket  Collection SF 192 pages


Résumé:
2490.  Joseph Quellen est un agent de septième classe qui a enfin réussi à obtenir le droit d'avoir son propre logis... où il a installé un téléporteur le menant à un petit coin paradisiaque en Afrique, un rêve totalement inaccessible pour quelqu'un de sa classe vu la surpopulation de la planète.  S'il est autrement un agent efficace du gouvernement, il se retrouve face à une cause difficile: il est écrit dans les annales que depuis quatre ans et jusqu'à l'année suivante, des déserteurs temporels feront le saut dans le passé pour fuir leur avenir bloqué.  On le sait à cause des dates d'arrivées de ceux qui sont retournés dans le passé.  Mais voilà, comment découvrir la vérité sans compromettre le passé et par le fait même, modifier le présent?

Mon avis:
Robert Silverberg est un auteur prolifique de science-fiction.  Sa liste de parutions n'a aucune chance de tenir sur une seule page, ni même sur deux.  Ce qui en fait un auteur qui a un métier énorme et donc une grande facilité dans certains domaines, mais également un auteur qui a dû développer des techniques pour réussir à publier autant.  Les deux se ressentent dans ce livre.

De un, les personnages, à l'exception de Quellen sont assez grossièrement définis.  Ils n'ont souvent qu'une ou deux motivations, essentiellement liés à leur statut professionnel ou conjugal, n'ont aucune vie en dehors de ce qui est directement lié à l'intrigue, sont peu décrits physiquement et leurs rôles sont essentiellement utilitaires à l'histoire.  Mais comme l'auteur a du talent, ça passe presque comme du beurre dans la poêle.

 De deux, l'histoire réussit à très bien tirer son épingle du jeu envers les potentiels problèmes que peut avoir le fait d'empêcher des voyages vers le passé... sur le présent.  Les discussions qu'ont les personnages sur le sujet sont vraiment bien tournées et demeurent intéressantes tout au long du livre.  L'auteur explore ici un aspect pas si exploré de la SF: si on sait que des gens ont autrefois atterrit dans le passé depuis le présent, comment doit-on agir envers ces personnes dans le présent?  Grande question que l'auteur exploite avec un doigté évident.

On reste dans l'action tout du long et l'intrigue tient quand même bien la route, malgré une ou deux couleuvres ici et là que l'auteur nous balance.  (Vraiment, un chef suprême pareil?  Sérieux?)  On se laisse facilement emporter, mais on voit quand même les ficelles qui sous-tendent l'ensemble.  C'est un divertissement honnête, mais ce n'est pas un grand roman.  Silverberg a fait beaucoup mieux dans son oeuvre.

Ma note: 3.75/5

mardi 26 mai 2020

Tyranaël: 2- Le jeu de la perfection d'Élisabeth Vonarburg

Tyranaël  tome 2  Le jeu de la perfection  Élisabeth Vonarburg  Alire  320 pages


Résumé:
Simon Rossem est mort.  Il s'est senti mourir.  Et pourtant, il est revenu à la vie, avec l'énergie et la santé d'un jeune homme de vingt ans, malgré son apparence de vieillard.  Et il va vivre longtemps.  À travers cela, il va approfondir ses connaissances sur Tyranaël, sur les Anciens, mais aussi participer, de près ou de loin, à tous les bouleversements politiques de cette planète qui souhaite prendre son indépendance de la Terre.

Mon avis:
Alors que le premier tome nous promenait entre différents personnages et différentes époques de Virginia, ce tome-ci reste centré, de près ou de loin autour de Simon Rossem.  Celui-ci, doté pour une raison obscure d'une longévité exceptionnelle et de pouvoirs psychiques dont il ne comprend pas lui-même l'ampleur, est un personnage à fois ambigu, manipulateur et attachant.  Il essaie de faire le bien, se trompe, voit les conséquences de ses actes, commence une nouvelle vie à plusieurs reprises, parfois est ouvert sur son don, parfois il le cache.  Mais de toutes les façons possibles, il tire les ficelles, poussant l'un à agir, manipulant l'autre, intervenant ici ou là pour changer le cours de l'histoire vers l'indépendance de Virginia.  C'est un très beau personnage et le fait que sa présence soit une constante du livre lui donne un fil conducteur et aide à y plonger plus intensément.

Autour de lui, des personnages, tous plus jeunes que lui.  Tess, la première, sans doute aussi, la plus fragile et la plus forte, une véritable écorchée vive, Alyne, sa quasi-soeur, Éric, renfermé et au passé mystérieux, Martin enfin surtout, dont Simon usera la jeunesse et l'innocence pour atteindre ses buts.  Tous ces personnages aux pouvoirs psychiques extraordinaire, eux aussi en train de s'adapter.  D'où viennent leurs pouvoirs, pourquoi se développent-il, quels seront leurs effets sur le futur, comment les faire accepter du reste de la population? Autant de question qui sont abordées sur le long terme, au travers de la vie de Simon Rossem, mais aussi de la vie de ceux qu'il accompagne.

De temps en temps, par le contact de plaques mnémonique des Anciens, Simon commence à découvrir le passé de ceux-ci, à découvrir leurs coutumes, des pans de leurs histoires.  Ces passage éclairent parfois certains aspects du présent, mais sont rédigés de manière énigmatiques.  Connaissant l'auteure, ils contiennent des indices sur ce qui se passera dans l'avenir, mais on reste comme toujours dans le vague.  On nous lance des informations importantes comme autant de perches, mais sans nous donner de quoi les relier à d'autres informations.

Le style, un amalgame de précision et de flou, typique de l'auteure, est constant avec le premier tome.  C'est le genre d'oeuvre que l'on comprend à la fin du dernier tome de la série, alors, autant profiter du voyage qui y mène en savourant l'écriture particulière de l'auteure et accepter qu'elle sait très bien où elle va, sans que nous, on le comprenne de prime abord.

Ma note: 4.25/5

jeudi 26 mars 2020

Tyranaël: 1- Les Rêves de la mer d'Élisabeth Vonarburg

Tyranaël  tome 1  Les Rêves de la Mer  Élisabeth Vonarburg  Alire 363 pages


Résumé:
Eïlai est une Rêveuse.  Dans ses rêves, elle voit des étrangers arriver sur sa planète, Tyranaël.  Ils la colonisent, l'habitent et essaient de comprendre le plus étrange des phénomènes qui y arrive: la Mer, qui envahit tout et détruit toute vie sur les zones qu'elle recouvre lors de son passage.

Joris, Shandaar, Tige, David: ce sont les humains qui colonisent Tyranaël, qu'ils appellent Virginia.  Sans qu'ils le sachent, une Rêveuse venue d'un autre temps les accompagnent et les suit dans leur histoire.

Mon avis:
Soyons honnête, l'auteure ne nous facilite en rien la tâche avec ce livre: elle nous lance directement dans l'action, ne nous explique pas qui vient d'où et qui veut quoi ou fait quoi.  Il faut donc lire, comprendre au fil de la lecture et savoir à l'avance que bien des questions resteront sans réponse dans ce premier tome.  Malgré tout, il a un certain charme.

Cela tient beaucoup à la très grand maîtrise de l'écriture de l'auteure, qui fait de son livre  une fresque pleine de poésie.  On suit à tour de rôles une foule de personnages différents et à chaque fois, on plonge en eux, dans leurs émotions et dans leurs choix.  Dans leurs visions du monde aussi, aussi différentes qu'ils le sont tous.  La totalité du récit est racontée à hauteur de personnage, ce qui en fait une mosaïque éclatée ou bien évidement, il y a des trous, des zones d'ombres où on ne comprend pas, où on manque d'explication.  C'est un peu normal: aucun individu ne peut comprendre le monde dans son entièreté.  

Chaque personnage est bien dessiné, même si à part Eïlai, on ne les survole que peu de temps et qu'on ne les revoit souvent pas ensuite.  Les personnages humains servent à dresser une toile de fond dans les Rêves d'Eïlai.  On suit l'histoire ainsi de l'un, puis de l'autre, dans une ligne qui semble chronologique, mais qui pourrait bien ne pas l'être.  C'est sans doute volontairement flou de la part de l'auteure.  Le Rêve est le thème majeur du livre et il teinte aussi la façon de raconter: tout y est empreint d'onirisme dans le ton et le style.

Le grand mystère du livre reste cependant la Mer.  Puissante, grandiose, elle envahit toute la planète aux quatre ans, empêchant l'usage de l'électricité sur une bonne partie de celle-ci, détruisant toute trace de vie sur les basses-terres.  C'est sur ce mystère qu'est basé la série dont ce livre n'est que le premier tome et même si je suis sûre que des indices ont été donné, il faut avouer que cette Mer garde son mystère profond.  À suivre donc.

Je ne peux pas dire que j'ai été follement emballée puisque le rythme de cette histoire est très lent.  Par contre, ça se laisse très bien lire et on sait au bout d'une poignée de page qu'on est entré dans un univers qui se dévoilera par petite dose et qu'il faut être patient pour en découvrir toute la saveur.

Ma note: 4/5

vendredi 12 juillet 2019

La suite du temps: 3- Les écueils du temps de Daniel Sernine

La suite du temps  tome 3  Les écueils du temps  Daniel Sernine  Alire  562 pages


Résumé:
Nicolas Dérec continue sa vie au sein d'Érymède au sein duquel une grande décisions est prise: agir pour réduire drastiquement la population humaine qui est sur le point de faire dérailler la planète Terre.  Les Aliis, race extraterrestre alliée des Mentors, offrent leur aide.

Mon avis:
J'ai eu l'impression en lisant ce tome de combler les trous que le deuxième avait laissé, comme s'ils avaient été pensés comme un livre unique qu'on aurait répartis équitablement en deux tomes, mais sans se préoccuper outre-mesure d'une logique dans la séparation entre chacun d'entre eux.  On fait de longs retours en arrière dans ce tome qui expliquent beaucoup de décisions prise par Nicolas dans le deuxième et aussi, lui donnent une touche plus humaine.  Il cesse d'être un robot agissant sans véritable motivation et commence à exister comme individu au-delà de ses changements de poste.  Autre point fort, on le sent véritablement changer et vieillir au fil du déroulement de l'histoire.

J'ai moins senti ce qui m'avait dérangé dans les deux autres tomes, soit le fait que l'intrigue prenne presque le tiers du livre avant de décoller, ou peut-être était-ce simplement le fait que je m'y étais habituée.  Il m'a semblé embarquer dans le vif du sujet beaucoup plus vite et comme pour les deux premiers tomes, le dernier tiers est absolument impossible à lâcher avant la fin.

Ce qui marque surtout, c'est la pensée écologique profonde qui traverse tout le livre.  On connaît toutes ces données, on en entend parler chaque jour, mais le sentiment d'urgence qui habite l'intrigue est remarquablement bien rendue.  Je ne suis pas d'accord avec la méthode choisie au final pour régler le problème, mais de lire ce livre fait énormément réfléchir.

La fin, parlons-en.  Je crois qu'elle va me rester dans la tête pendant très très longtemps.  Je me refuse ici d'en dire plus car ce serait absolument criminel de divulgâcher quoi que ce soit à son sujet.  Mais elle est marquante.  Si je croise l'auteur un de ses quatre, je sens que j'ai quelques questions pour lui!

Ma note: 4.5/5

jeudi 30 mai 2019

De synthèse de Karoline George

De synthèse  Karoline George Alto  Lu en audio  Raconté par Magalie Lépine-Blondeau  5h 06 min  Disponible gratuitement sur le site de Radio-Canada


Résumé:
La narratrice de cette histoire est une femme qui cherchera toujours à fuir, à fuir son corps, à fuir sa famille, à fuir son image pour ne devenir qu'une image inventée, une impression, un avatar.  Perdue dans l'univers numérique, elle est forcée de revenir à la réalité quand la maladie de sa mère la confronte à la réalité de son propre corps.

Mon avis:
Ce livre est très particulier, dans le sens de personnel, d'intime.  Il parle de la relation avec le corps, de la relation avec l'univers numérique, de la relation avec l'image que l'on a de soi-même et de la façon dont on peut la façonner à sa guise.

Le récit est un long, très long monologue, qui part de l'enfance et se rend jusqu'à l'âge adulte et même un peu plus.  À travers ce monologue, on comprend la vie de cette personne, mais pas au niveau de ses interactions avec les autres ou des événements extérieurs, non.  Cette vie est entièrement tournée vers elle-même, vers ses propres réflexions, son propre cheminement, isolée des autres.  Ses liens avec le monde, elle les vivra à travers l'art, sous toutes ses formes, littérature, cinéma, séries télés, de tous les genres et de toutes les époques qu'elle traversera, autant pointu que populaire.  Elle baigne d'ailleurs dans la culture pop de belle façon.  Les hommages aux personnages de notre enfance et aux comics sont nombreux et bien ficelés dans l'histoire.  On comprend à quel point, mais dans ce roman très littéraire, Batman, Captain America et les autres font intégralement parti de sa psyché, autant que les films de répertoire et la peinture des siècles passés.  Sans même que ça fasse tâche ou forcé.

Quand à la langue...  Ouf, ce livre est un petit bijoux d'écriture, ciselée, élégante, puissante, poignante et en même temps aérienne.  À travers ses mots, l'auteure nous fait ressentir la légèreté de celle qui ne veut plus au fond être autre chose qu'une image.  La narratrice n'a pas de corps dans son esprit et ça se sent dans la façon dont elle manie les mots.  Son rapport à son corps changera quand celui de sa mère, avec qui elle a une relation extrêmement complexe, sera ravagé par le cancer.  Toute la complexité de cette relation, ainsi que les problèmes de santé mentale de la narratrice, on le ressent, on le vit à ses côtés.

La narration de Magalie Lépine-Blondeau, avec sa voix chaude et suave, donne une belle vie à ce roman, qu'elle lit avec une grande précision dans la prononciation, rendant toute la saveur du texte.  C'est une belle réussite.

Ma note: 4.5/5

jeudi 25 avril 2019

La suite du temps: 2- Les archipels du temps de Daniel Sernine

La suite du temps tome 2  Les archipels du temps  Daniel Sernine  Alire  521 pages


Résumé:
Nicolas Dérec est désormais un membre de la société éryméenne et étudie pour développer ses pouvoirs psychiques.  Devenu métapse, il essaie toujours de retrouver le chronode prédisant une guerre entre Érymède et la Terre, celui-là même identifié par Karel Karrilian plus de trente ans auparavant.

Pendant ce temps, pour Barry Bruhn, Bril Ghyota et la présidente du conseil, le suicide inexpliqué de Karel Karrilian reste une énigme à résoudre.  Avec peu de moyens, mais une volonté ferme, tous les trois essaient de comprendre ce qui s'est passé pour que leur ami choisisse la mort... même si les indices sont minces.

Mon avis:
Comme pour le premier tome, c'est long avant que les choses se mettent en place et que l'on sente que l'on avance vraiment dans l'histoire.  Pourtant, c'est un second tome et l'arrière-plan est bien installé!  Il faut donc s'accrocher un peu durant les 200 premières pages en se demandant où diable l'auteur veut nous mener.  Ensuite, on tombe dans un véritable plaisir de lecture.

Nicolas reste le personnage principal que l'on suit, mais la dimension temporelle du livre est beaucoup plus vaste: on le suit de la fin de l'adolescence jusqu'à la cinquantaine.  Le seul problème, c'est que cela ne paraît pas.  Entre le Nicolas de vingt ans et le Nicolas de cinquante ans, il n'y a pas de différence de personnalité ou d'expérience de vie.  Le fait que ses relations personnelles soient presque toutes traitées en surface y ait sans doute pour quelque chose.  Ses amoureuses n'ont pas beaucoup de personnalité, peu d'ambition propre et il ne développe pas de véritables liens avec elles.  D'un point de vue extérieur, si, mais d'un point de vue intérieur?  Les moments où l'on sent qu'il a de la chaleur humaine envers un autre être humain sont rares et c'est surtout envers son ami Owen.  Car autant les questions existentielles de Nicolas autour de certains sujets sont bien développées, autant ses relations humaines restent en surface, ce qui coupe de beaucoup d'éléments importants de sa vie.

D'autant plus que l'intrigue reste en grande partie centrée sur sa carrière professionnelle.  Étudiant psy, métapse, pilote dans la flotte éryméenne, espion sur Terre, Nicolas effectuera une longue valse de métiers, une longue carrière fructueuse.  Mais pourquoi au juste?  Il devient agent sur Terre... sans que l'on sache trop pourquoi.  Il devient métapse... parce qu'on semble insister pour qu'il le devienne.  En fait, Nicolas ne semble jamais rien désirer comme boulot ou comme relation.  Il prend rarement des décisions et fini la plupart du temps par suivre les ordres qui lui sont donnés, sans trop les remettre en question.  Le seul désir qu'il éprouve est d'ordre sexuel.  Chacune de ses étapes le préparant pour ce qui deviendra la finale du roman, on a plus l'impression d'un parcours planifié un peu arrangé avec le gars des vues plutôt que de la véritable évolution d'un personnage au fil des années.

Mais justement, cette étape finale, elle est magnifique, à un détail près.  Durant toute cette scène, on ne peut pratiquement plus lâcher le livre, on est scotché, on veut savoir comme tout ça va se terminer.  C'est un page turner absolu que cette conclusion.  Sauf que l'on a pas droit à un détail pourtant extrêmement important: pourquoi l'antagoniste a-t-il agit ainsi?  Ce personnage n'a pas de motivation précise.  On a des indices, mais rien de concret.  J'ai guetté une phrase, un geste qui pourrait expliquer le pourquoi, surtout que le plan élaboré a demandé des décennies d'engagement de sa part.  On ne peut pas mettre en place un tel plan sans avoir des raisons précises d'agir.  Le problème, c'est que l'auteur n'explique pratiquement rien...

Les autres personnages, continuant leur enquête sur la mort de Karel Karrilian, même si elle piétine durant des décennies, restent intéressant à suivre.  Ils essaient de comprendre, mais quoi?  Ils nous donnent une autre facette d'Érymède à voir, une autre partie de cet univers.  J'ai l'impression que cela aura fortement à voir avec la fin de la trilogie.  Et ce retournement d'histoire, à la toute fin, où intervient une substance déjà connue des lecteurs d'autres livres de cet auteur.  Brillante idée, mais comme elle n'avait pas été introduite avant, ça tombe un peu des nues.

En tout cas, c'est sûr que je vais lire la fin, même avec les défauts que j'ai mentionné, c'est une série qui se laisse dévorer!

Ma note: 4.25/5

jeudi 18 avril 2019

La suite du temps: 1- Les méandres du temps de Daniel Sernine

La suite du temps  tome 1  Les méandres du temps  Daniel Sernine  Alire  434 pages


Résumé:
Nicolas se sait différent.  Il peut parfois lire dans les pensées des gens qui l'entourent.  Recruté comme cobaye par la Fondation Peers, lié au Ministère de la Défense Nationale, il se soumet à des expériences grâce au Trancer, permettant de développer ses capacités psy avec une poignée d'autres adolescents de son âge.  

Karilian est un Éryméen, un humain provenant d'une civilisation plus avancée sur le plan technologique, vivant sur des astéroïdes ou sur la face cachée de la Lune.  Lors d'une transe prémonitoire psy, il entre en contact avec une entité bizarre, mi-féminine, mi-masculine, dont le futur pourrait détruire à la fois Érymède et la Terre.  Avec l'accord des autorités de son côté, il décide d'éliminer cette menace.

Mon avis:
Si je n'avais pas lu Chronoreg, j'aurais probablement abandonné la lecture de ce livre assez vite.  Mais voilà, j'ai lu Chronoreg.  Je sais qu'il faut aborder les oeuvres de cet auteur en sachant que ça prendra un long moment avant de comprendre dans quel direction il nous amène.  L'intrigue ressemble à l'oeuvre d'un maître d'échec qui prend tout son temps pour positionner ses points avant de passer à l'offensive.  Quand c'est le cas, on ne peut presque plus lâcher le livre.

L'auteur sait dessiné par petits traits un univers de SF riche et nous le faire comprendre sans le dévoiler complètement.  On finit par découvrir ce qu'est Érymède et quels sont ses buts, mais d'un autre côté, il reste encore de larges zones d'ombres dans le portrait, assez pour qu'on est largement envie d'en savoir plus (le livre est le premier tome d'une trilogie).

Nicolas et Karilian sont deux personnages en apparence aux antipodes et c'est tranquillement que l'auteur tissera les fils de leur rencontre et de leur relation.  Les deux personnages principaux sont bien dessinés, l'un, dans la lassitude du grand âge, l'autre dans les questionnements de la jeunesse.  Il y a des traits communs dans leur personnalité, un besoin d'aller plus loin de repousser les limites, chacun à leur façon.  Autour d'eux, beaucoup de personnages sont réduits à quelques détails de base sur leur personnalité ou leur fonction (l'auteur ne met pas l'emphase sur le côté physique des personnages).  Ainsi en est-il de Charles Dérec, père adoptif de Nicolas, dont on a du mal à comprendre les motivations et à l'infâme Lessard, gardien de sécurité de la Fondation.  Par contre, d'autres ont des caractères et des motivations riches et nuancés, comme par exemple Diane, le premier amour de Nicolas.

L'écriture de l'auteur se passe de toutes fioritures et restent essentiellement descriptives, mais c'est tout à fait au service de son histoire: aux figures de style, il préfère la précision des descriptions.  Et c'est très bien comme ça puisque que l'on voit Érymède et ses cratères remplis de vie.  Cela n'empêche pas une certaine poésie de se dégager de l'ensemble.  Cependant, dans les premiers chapitres, ça rend la lecture un peu moins intéressante.  Sur le long terme, ça se corrige.

La thématique SF est mêlée de façon intéressante à une intrigue qui laisse la belle part à la géopolitique, sans doute une façon de mettre la table pour les prochains tomes.  On est dans une SF intéressante et intrigante, sans être trop champ gauche pour perdre le lecteur néophyte.

Bref, un bon livre, intéressant à lire et dont la fin gagne à être lue d'une traite... en attendant la suite.

Ma note: 4.5/5

mercredi 12 décembre 2018

Motal Galactic: 3- Comme dans le temps de Pierre Bouchard et Francis Desharnais

Motel Galactic  tome 3  Comme dans le temps  Scénario de Francis Desharnais Dessins de Pierre Bouchard  Pow Pow 107 pages


Résumé:
Pierre Bouchard 1.0 ne se sent pas bien dans l'avenir finalement.  Le passé lui manque.  Avec l'aide de son 1.3 et des chansons de la Bolduc, il va retourner à son époque.

Mon avis:
J'avais adoré le premier tome de cette trilogie qui s'amuse à voir le Québec étendu à la grandeur de la galaxie.  Sauf que je ne sais pas, quelque part en route, j'ai décroché.  À un moment donné, c'est rendu trop gros pour être réaliste et trop décousu pour avoir du sens.  Et ce troisième tome fait encore plus dans l'hyperbole que les deux premiers.  La description des matchs de hockey du futur, où l'enjeu ressemble plus à un match de boxe sur patin qu'autre chose, m'a déplu.  Par contre, la méthode pour remonter dans le temps (faire le tour du soleil comme dans Star Trek... mais en chantant des chansons de la Bolduc!) m'a fait franchement rire!  Surtout quand ils se trompent de chanteur quelques instants et les effets que ça aura!  Même chose pour les clins d’œil que les deux auteurs se permettent à eux-même.  Néanmoins, je ne dirais pas que j'ai ri tant que ça à lecture, sinon jaune le plus souvent.

Le dessin est tout autant déconstruit que dans les deux premiers tomes.  Il n'y a pas de cases dans cette BD, ce qui n'empêche pas le dessinateur de jouer avec les prises de vues et d'insuffler beaucoup de vie et de mouvements dans ses pages.  Il y a quelque chose de spontanée et de léger dans le dessin, impression renforcée par le fait que les corrections ne sont pas toujours complètement effacées.  Les visions de l'espace envahie par les stands à patates frites sont toujours aussi réussies, mais j'ai préférée les scènes dans le passé, soit dans notre présent.  La différence entre les deux permettaient de voir les deux époques sans avoir à en ajouter beaucoup.  Même avec la présence du petit engin spatial avec lequel ils voyagent!

Bref, il y a du bon, mais dans mon cas, la sauce n'a pas prise du tout.

Ma note: 3/5

jeudi 25 octobre 2018

La ruche de Michèle Laframboise

La ruche  Michèle Laframboise Les six brumes  114 pages


Résumé:
Marilyn est une abeille.  Prisonnière de la Ruche, elle est une prostituée de luxe, modifiée pour être désirable et exploitée en tant que telle.  Dans cet univers où elle est un objet à consommer, elle n'entend que peu d'échos de l'extérieur.  Pourtant, les rumeurs de la guerre l'atteignent.

Mon avis:
Ce roman est un peu inégal.  La première partie, très descriptive, est centrée sur la vie quotidienne de Marilyn.  On y découvre la vie des abeilles, des prostituées de luxe.  Du moins pour un temps, puisque la longévité de celles-ci au sommet semble terriblement courte.  La deuxième partie est liée à l'enfance de Marilyn et à son arrivée à la Ruche, puis la troisième partie, au rythme très rapide, est concentrée sur sa volonté de fuir cet endroit.  L'ensemble fonctionne plus ou moins bien ensemble.  Il y a des parties descriptives très longue qui auraient pu être coupées (surtout dans la première partie) qui nous renseignent sur la vie des abeilles, mais est-ce utile de connaître autant de détails?  La plupart ne sont en rien liée au dénouement de l'intrigue.  Sûrement si le texte aurait été plus long, mais vu sa longueur, le tout aurait eu avantage à être reserré.  La deuxième partie était nettement plus intéressante, mais encore là très descriptive et ne nous en apprend pas beaucoup sur Marilyn elle-même qui se retrouve à être dépourvue de personnalité.  La dernière partie en revanche, plus centrée sur l'action, nous permet de mieux saisir le personnage et de s'identifier à elle.  C'est la partie la plus réussie de ce texte.  L'aspect science-fiction, qui traverse tout le roman est bien articulé, mais malheureusement encore là, très centré sur les descriptions des éléments de l'univers des abeilles, en particulier par le biais de la sordide araignée que toutes portent en elles et qui contrôlent leurs systèmes hormonaux.  Je ressors de ce livre en me demandant: qui est Marilyn, que veut-elle exactement?  Elle est tellement passive tout au long qu'il est difficile de savoir qui elle est.  Elle ne semble pas avoir d'opinion ou de personnalité à part un lien avec son enfance.  Autre point, les descriptions nombreuses et détaillées des scènes sexuelles sont très bien faites, mais on peut se demander pourquoi mettre tant d'efforts à ce que les abeilles aient des orgasmes lors de leurs rencontres avec leurs clients parce que ces messieurs ne semblent pas y accorder la moindre importance.  C'est un livre plutôt déroutant à bien des points de vue parce qu'il manque de vision d'ensemble.  Intéressant, mais désarticulé.

Ma note: 3.75/5

jeudi 20 septembre 2018

Avance rapide de Michael Marshall Smith

Avance rapide  Michael Marshall Smith  Bragelonne 298 pages


Résumé:
Stark est une espèce de détective privé, caféinomane et fumeur compulsif qui vit avec son chat Spangle dans un futur où le moindre recoin de l'Angleterre est couvert de quartiers aux attributs fixe: l'un est le Coloré où la couleur prend toute la place, un quartier est dédié aux chats (:D ), un autre est fait pour les fonctionnaires hyperactifs...  Lorsqu'un fonctionnaire aux plus hauts niveaux de ce quartier est porté disparu, on l'engage pour le retrouver.  Vous avez compris?  Excellent!  Vous êtes largués.

Mon avis:
Résumé ce livre est à la fois facile et complexe, parce que si l'auteur nous met dans une direction au départ, il s'amuse ensuite, tout en gardant toujours une ligne narrative fixe, à brasser dans le lecteur dans toutes les directions: rien n'est jamais ce que l'on croit.  Cependant, il ne s'agit pas de détours, ni de rebondissements, c'est juste l'histoire, qui par une étrange volonté, semble se plier dans tous les sens.  Au centre, le détective, qui est aussi le narrateur, n'aide pas.  À plusieurs reprises, il va se jouer de nous, brisant le quatrième mur, en nous disant, par exemple, «j'ai pensé à un truc, je vous en reparlerai si c'est utile» et quand le truc en question devient utile, le lecteur comprend à quel point, en effet, ça aurait été utile de le savoir plus tôt!  Si, au départ, en lisant ce livre, on pense tomber dans un bon vieux SF classique, le livre s'en éloigne, joue avec le concept comme s'il était dans les pattes d'un chat fou et devient autre chose, comme un méta-livre de SF.  Il y a une mise en abîme dans une mise en abîme, mais le narrateur nie le tout et nous fait penser autre chose.  Bref, c'est un roman qui déconstruit le genre et qui à la fois, le reconstruit.  Un roman pourtant solide qui se lit d'une traite, avec beaucoup de moments d'actions, un humour absurde et une façon de jouer, avec les règles de la SF ET du roman, absolument uniques.  La préface est louageuse à un tel point qu'en la lisant, j'ai secoué la tête en me disant, mouais, on verra bien!  Pour une fois, c'était mérité!  Bref, c'est un petit bijou, mais avec un petit détail à la fin qui m'a laissé une drôle d'impression a un peu gâché l'ensemble, mais pour le reste, c'est un plaisir débridé à s'offrir!

Ma note: 4.5/5

jeudi 2 août 2018

Structura Maxima d'Olivier Paquet

Structura Maxima  Olivier Paquet  Collection La dentelle du cygne  L'Atalante  360 pages


Résumé:
Dans la Structure, c'est l'heure des choix: à dix-sept ans, Jehan s'apprête à tourner le dos aux Vapeuriers, maîtres du Mélange et de l'énergie qu'elle procure pour les Poutrelliers, maîtres des poutrelles qui soutiennent la Structure.  Ce qui est un rejet de la voie tracée pour lui est aussi une révolte envers le système qui a laissé son père Victor gravement brûlé suite à un accident.  Celui-ci, Grand-Maître de la Vapeur, voit un jeu subtil se développer parmi les différentes communautés de la Structure.  Les uns et les autres s'arment, inspirés par des textes anciens, le Poesia pour les Vapeuriers et les Évangiles pour les Poutrelliers.  Dans ce monde parfaitement clos, la tension monte...

Mon avis:
J'ai eu l'impression en commençant la lecture de ce livre que je montais un escalier en manquant la première marche, impression qui ne s'est presque jamais dissipée tout au long du livre.  On aurait dit qu'il me manquait des clés pour le comprendre.  Malgré tout, j'ai continué la lecture, en grande partie parce que je me disais que le brouillard finirait par se dissiper.  Ce ne fût pas le cas, mais je suis quand même contente de l'avoir lu.

L'histoire parle d'un univers clos, la Structure, où vit une population qui n'a d'autres horizons que les murs de celle-ci.  Elle est séparée en communita, essentiellement par métier.  À dix-sept ans, on choisit sa communita, ce qui mène à l'introduction du personnage de Jehan, qui fait son choix ce jour-là.  Jehan est un personnage plein de fureur et de colère contre ceux parmi lequel il a grandit, à cause de l'accident qui est arrivé à son père.  Il choisira donc le clan opposé, presque ennemi, des siens.  C'est un personnage intéressant, mais quelque chose m'a profondément agacé tout au long chez lui: ses parties sont rédigées au je et il a un niveau de vocabulaire et de réflexion qui forment un clash bien trop marquant par rapport à son âge.  Tout au contraire, son père, Victor, a gardé un esprit ouvert et sera plus capable d'évoluer tout au long du livre.  Le même accident qui provoquera tant de colère chez son fils, lui aura ouvert l'esprit.  D'ailleurs, toutes les parties des autres personnages excepté Jehan sont écrites à la troisième personne.  Cela nous permettra de connaître toute une galerie de personnages secondaires qui sont presque tous bien développés et intéressants.  Je dis presque parce que certains m'ont paru trop plaqué (Julie, cantonnée au rôle de l'amoureuse?  Il y aurait tellement eu plus à dire sur ce personnage!).

La structure est séparée en trois temps et le premier est terriblement long.  Tout aurait pu être dit en la moitié moins de pages.  Il y a beaucoup de répétitions: on le sait que Jehan est révolté!  La deuxième partie est consacrée à l'éclatement des difficultés de la structure et la troisième, qui file à une vitesse folle, est presque entièrement dédiée à la résolution.  Dans la deuxième, l'auteur montre une belle maîtrise des phénomènes politiques, de la façon d'aborder le pouvoir et de comment se jouent les jeux qui mènent aux affrontements.  Les réflexions de Victor y sont particulièrement intéressantes.  La dimension idéologique et religieuse des affrontements est tout aussi bien développée.  La partie du récit qui développe ces deux aspects est d'ailleurs ce que j'ai le mieux aimé.  L'utilisation des sens profonds des textes anciens sur le présent est aussi très bien emmené.  Petit détail qui a donné beaucoup de personnalité au texte: l'utilisation de l'italien.  Le texte est parsemé de petites phrases dans cette langue, ce qui lui donne une tonalité différente de beaucoup de texte de SF que j'ai lu et j'ai apprécié cette petite touche de vie et de couleur dans cet univers si étouffant qu'est la Structure.

Néanmoins, il y a un point négatif majeur à ce livre: je n'ai jamais été capable de voir l'univers de l'auteur.  La Structure n'était presque pas décrite et si l'univers des Vapeuriers et de leurs chaudières étaient très visuellement réussi, je n'ai presque pas réussi à comprendre l'univers des poutrelles.  D'ailleurs, celle-ci sont-elles verticales ou horizontales?  Ce n'est jamais clairement spécifié et c'est l'une des points qui m'ont un peu perdue.  D'autres part, même si l'on sait que c'est une structure fermée, j'ai constamment manquée de points de repaire pour avoir une idée de la taille de celle-ci.  Certains bâtiments semblaient demander un espace immense, mais comment en juger?

Malgré tout, l'auteur a une belle plume qui gagnerait à être plus claire, mais qui sont porteuses de belles idées.  Je n'ai probablement pas pris le meilleur livre pour le découvrir, du moins pas pour moi.  Parce que le sentiment qui domine en fermant le livre est que j'ai manqué un élément essentiel au début et que je n'ai pas pu l'apprécier pleinement à cause de ça.

Ma note: 3.25/5

vendredi 9 octobre 2015

Les eaux de Jade de Francine Pelletier

Les eaux de Jade  Francine Pelletier  Collection Jeunesse-Pop Science-fiction  Médiaspaul  160 pages


Résumé:
Jade, fille d'Arialde Henke, a failli se noyer lors d'une baignade dans la rivière.  Depuis, elle cache soigneusement sa phobie de l'eau.  Seulement, lorsqu'un étranger vient offrir à ses parents une mission secrète, elle apprend à l'insu de ceux-ci qu'elle va servir de couverture à une expédition de recherche.  Qui aura lieu dans l'océan et implique de faire la plongée sous-marine.  La jeune fille saura-t-elle triompher de sa peur de l'eau pour aider ses parents?

Mon avis:
Évidemment, c'est un roman jeunesse et c'est en quelque sorte un peu frustrant: j'aurais pris une bonne cinquantaine de pages de plus pour étoffer cette histoire.  Parce que les éléments de base étaient très intéressants: une jeune fille qui a peur de l'eau et devra affronter cette peur (même si l'on passe un peu vite sur la victoire sur cette peur), mais aussi tout le regard d'une enfant qui sait sur ses parents qui pensent lui cacher la vérité dans le but de la protéger.  Cet aspect est particulièrement bien développé dans le roman.  La relation de la jeune fille avec les zébréfants, étranges créatures marines, bien intelligentes pourtant, est aussi bien suffisamment étoffée pour en valoir largement la peine.  Mais en dehors de ces éléments, l'auteure passe vite, pour aller au plus court, au plus direct et éviter, sans doute, le trop grand nombre de pages.  De ce fait, l'univers est à peine esquissé.  Cela peut aussi venir du fait que la mère de l'héroïne a déjà fait l'objet d'une série de romans, l'auteure ne repassant donc pas dans des sentiers déjà parcourus, mais c'est un peu dommage quand même.  N'empêche, beaucoup de mystères restent, dont celui justement des zébréfants dont on sait au final peu de choses, même si on parle souvent d'eux.  L'auteure n'a pas creusé davantage alors que les occasions d'approfondir affluaient de par son imaginaire riche et foisonnant.  Les personnages, Jade en tête, sont tous attachants de par leur humanité, tous ayant des qualités et des défauts.  Évidemment, les méchants sont plus manichéens, mais sans être totalement dépourvus de chair, de contradictions, d'ambivalence.  Je l'ai déjà dit, mais la relation avec les parents est ici intéressante, car ceux-ci sont incarnés et ne servent pas seulement à planter le décor.  La relation avec leur fille comptera pour beaucoup.  Cette relation est au coeur des ressorts de l'intrigue.  Comme science-fiction, le roman est une très bonne introduction au genre, car si on est clairement dans le bain, on reste dans des zones simples à comprendre et à appréhender pour des jeunes lecteurs.  De quoi faire un voyage sur une autre planète, sans être trop dépaysé.  Le fait de centrer l'intrigue sur une cellule familiale y aide beaucoup.  Donc, bon livre, mais frustrée de sa brièveté: il y aurait eu là de quoi faire beaucoup plus.

Ma note: 4.25/5

mercredi 7 octobre 2015

Ab Irato : La trilogie de Thierry Labrosse

Ab Irato Tome 1 Riel Scénario et dessins de Thierry Labrosse  Vents d'Ouest 56 pages


Ab Irato Tome 2  Descente aux enfers  Scénario et dessins de Thierry Labrosse  Vents d'Ouest 56 pages


Ab Irato tome 3  L'enfant prodigue  Scénario et dessins de Thierry Labrosse  Vents d'Ouest 56 pages


Résumé:
Montréal, 2111.  Le réchauffement climatique a provoqué une montée des eaux apocalyptiques, faisant de la ville une sorte de Venise.  Dans ce monde, c'est la loi du plus fort qui règne et le plus fort, c'est la compagnie Jouvex, qui vend une cure de rajeunissement permettant de vivre jusqu'à 200 ans... si on en a les moyens.  Les inégalités et la violence règnent en maître, mais comme toujours, la marmite sociale surchauffe.  C'est dans ce contexte plus que tendu qu'arrive Riel de la campagne, jeune homme désirant s'installer en ville pour améliorer son sort.  Sa rencontre avec Nève, jeune femme cherchant comme lui à avoir une meilleure vie sera brève, mais suffisante pour laisser des traces.  Quand des terroristes prennent en otage des centaines de civils dont Nève, Riel se sent tout de suite interpellé.

Mon avis:
Ok, c'est assez rare que je fasse une critique pour trois tomes d'une même BD, mais là, j'ai réalisé à la lecture du troisième tome que ce n'était pas tant une série que ça, mais bien une seule histoire racontée en trois chapitres.  C'est le genre d'oeuvre qui se lit vraiment mieux si on a les trois tomes sous la main plutôt que de façon indépendante, les deux premiers tomes se finissant sur des espèces de points de suspension qui ne sont pas vraiment des fins.  Le genre de série qui serait très bien regroupée en une seule intégrale.  Mais bon, commençons.  L'auteur, qui est à la fois le scénariste et le dessinateur de cette série, a campé son action dans un Montréal futuriste.  On reconnaît plus ou moins les bâtiments à cause de la distance temporelle (forcément, ça a un impact sur l'architecture!) et de la montée des eaux, mais tout de même, on reconnaît l'ambiance de la ville, son mélange entre ses héritages francophone et anglophone et les noms de ses lieux.  L'action est d'ailleurs en bonne partie campée dans le Vieux-Montréal.  Pour donner à la ville un aspect futuriste, l'auteur a choisi de travailler avec des teintes rabattues et beaucoup de bleus.  Peu de couleurs vibrantes, mais beaucoup de camaïeu dans les teintes d'orangé sombre, de gris, de chair et aussi parfois d'une teinte de jaune.  Ce qui ne fait que davantage ressortir le sang quand il gicle et ici, ce ne sera pas qu'une fois.  Les scènes d'action sont magnifiquement bien faites, on sent la tension, le combat, le mouvement dans ces scènes.  Les personnages sont parfois très bien faits, parfois peu développé.  Riel est un archétype du jeune garçon perdu en ville qui tombe éperdument amoureux, mais on sent sa sincérité.  Nève est une fille fonceuse qui ne s'en laisse pas imposer, quitte à jouer les pickpockets quand elle en a besoin.  Malgré tout, mes préférés restent Chogan et Gana.  Chogan l'indien, au faciès clairement identifié à ses origines autochtones, mais chef de police et très capable, qui aura à faire un choix clair entre faire uniquement son devoir et faire ce qui est juste.  Et Gana, la mystérieuse et silencieuse Gana.  Je crois qu'elle ne parle pas avant le troisième tome de la série et même quand elle l'a fait, j'ai douté tellement j'étais certaine qu'elle était muette!  Gana aux étranges pouvoirs qui permettent littéralement à l'auteur de s'éclater côté effet spéciaux.  Et qui est la clé de cette histoire.  Le contexte est un peu mince puisqu'on a déjà vu des dizaines d'univers mettant en vedette les méchantes entreprise contre le pauvre peuple, mais en même temps, comme c'est archi-connu, l'auteur ne s'y attarde pas.  On comprend le filigrane de l'histoire assez vite ce qui est à la fois une force car on ne se perd pas dans les détails et une faiblesse car ça enlève de la richesse à l'univers.  Beaucoup de pistes sont d'ailleurs ouvertes au fil des tomes, mais certaines ne sont pas complètes ou du moins, auraient pu être étoffées.  L'intrigue est très riche, mêlant la crise des otages au parcours de Nève et Riel, ainsi qu'à la quête très personnelle de Gana.  Trop riche peut-être, l'univers créé étant très ambitieux.  Malgré tout, on plonge dans cette histoire.  Peut-être avec moins de satisfaction à la lecture des premiers et deuxièmes tomes, mais avec beaucoup de plaisir à la lecture du troisième car c'est à ce moment que toutes les ficelles se nouent pour que l'on découvre les fondements de ce que l'on voit sans comprendre depuis le premier tome être dévoilés.  Une BD qui ne passera sans doute pas à l'histoire, mais un vrai travail, réussi à bien des niveaux, mais sans avoir le fini d'une oeuvre finement ciselée, particulièrement au niveau du scénario.

Ma note (pour l'ensemble de la série): 4/5

lundi 28 septembre 2015

Ça existe parce qu'on l'a écrit ou c'est parce qu'on l'a écrit que ça existe?

Salut!

L'autre soir, j'étais sortie accompagné une amie qui avait vraiment, mais vraiment besoin d'une bonne bière.  Une de ses connaissances est venu nous rejoindre et wow, quelle chance pour moi, c'était un fan de science-fiction ce qui a donné une bonne discussion à bâtons rompus sur le sujet avec plein de répliques genre: as-tu lu ça???  Évidemment, on a parlé de nos coups de coeur, mais aussi d'auteurs plus pointu du genre.  Et la discussion de tomber finalement sur Philip K. Dick, un auteur que j'avoue ne jamais avoir lu, mais dont j'ai beaucoup entendu parlé et dont j'ai vu plusieurs adaptations cinématographiques. En parlant des univers qu'il a créé, je ne peux m'empêcher de remarquer à quel point il a su capter longtemps à l'avance des peurs collectives qui existent aujourd'hui.  Et là, l'ami en question de me lancer:

-Oui, mais ça existe parce qu'on l'a écrit ou c'est parce qu'on l'a écrit que ça existe???

Bon point l'ami!  Je suis revenue à la maison avec cette petite phrase qui me trottait dans la tête (soyez rassurés, je n'avais bu qu'une seule bière, contrairement à mon amie!).  On est avec le problème de l'oeuf et de la poule: lequel est arrivé en premier?  Est-ce l'écrivain qui a créé des possibles et par son oeuvre, l'a ancré dans la psyché des gens avant qu'elle ne se répande et deviennent réalité?  Ou les auteurs sont-ils simplement plus apte de par leur propre imaginaire à entrevoir l'avenir?  Ceci est particulièrement vrai des auteurs de science-fiction.

C'est connu, plusieurs innovations technologiques ont été créées après que l'idée première eut été écrite dans un livre (ou dans un film ou dans une série télé).  Que l'on parle du web, de Skype, des cellulaires, de l'iPad ou que sais-je encore, plusieurs de ces idées avaient existé avant de se retrouver dans notre quotidien.  Par contre, je ne me rappelle pas d'avoir entendu parler d'un réseau social servant en bonne partie à partager des photos de chats, mais bon...  (Remarquez que je suis une grande contributrice au phénomène...).  Cependant, les technologies sont une chose, mais la capacité de prédiction en est une autre.

Il faut aussi savoir que vu le nombre de livres publiés, il est un peu normal que les auteurs tombent parfois pile là où il le faut pour nous faire croire qu'ils l'avaient deviné.  Asimov avait prévu énormément d'inventions avec sa série Fondation, ce qui ne veut pas dire qu'elles se sont toutes réalisées!  Prenons exemple sur Jules Verne: il avait pensé à un système de distribution de nourriture par pneumatique, amenant les aliments chauds et fins prêts directement dans l'assiette des gens.  Mais il n'avait pas prévu le four à micro-ondes...  Comme de quoi, les auteurs peuvent se tromper.  Ou plutôt que leur imagination est parfois encore plus vaste que la technologie qui va les suivre.

Pour en revenir à Philip K. Dick, ainsi qu'à d'autres auteurs de science-fiction, ceux-ci sont considérés comme étant visionnaire non pas à cause des inventions qu'ils ont imaginés que des univers qu'ils ont construits, mélange de technologie, mais aussi beaucoup de faits de société.  Des peurs qui étaient à l'époque un mélange d'un brin de paranoïa et de beaucoup d'angoisses face à l'avenir.  Parce qu'au coeur de la science-fiction, il y a l'humain et la façon dont il réagit quand on change les paramètres de la vie telle qu'on la connaît aujourd'hui, autant individuellement que collectivement.  En ça, bien plus qu'en inventions à gauche et à droite, on construit le monde de demain et on construit surtout la façon dont on le verra.  Et ce qu'on s'attend à y trouver.

Mais attention, aucun auteur ne peut réellement prévoir l'avenir, ni décider de la direction qu'il va prendre, parce que l'avenir se construit chaque jour et est le fruit de milliers de minuscules décisions que l'on prend, en tant que personne et en tant que société.  Et puis, comme me disait Frérot, aucun auteur de science-fiction n'avait prévu que l'alunissage d'Apollo 11 serait diffusé en direct à la télévision...  L'avenir nous réservera toujours des surprises que même les auteurs les plus débordants d'imagination ne pourront pas prévoir.

@+ Mariane

mardi 22 septembre 2015

Yoko Tsuno: 27-Le secret de Khâny de Roger Leloup

Yoko Tsuno tome 27  Le secret de Khâny  Scénario et dessins de Roger Leloup  Dupuis  48 pages


Résumé:
Yoko est en vacances avec toute sa tribu en Écosse.  Voilà qu'un étrange robot, vraisemblablement d'origine vinéenne, essaie de la supprimer.  Khâny arrive bien vite et révèle un secret à Yoko: un des anciens bras droit de Karpan tente de mettre en oeuvre un projet de destruction de l'ensemble des bactéries terrestres afin de permettre la colonisation de celle-ci par les vinéens.  Le lancement de l'arme doit avoir lieu depuis Mars et Khâny sollicite l'aide de son amie pour l'en empêcher.  Sauf que tout au long, Yoko se doute que Khâny lui cache quelque chose...

Mon avis;
Bon, l'auteur nous lâche un peu les baskets avec Émilia et revient à l'essence de ce qui a fait de Yoko Tsuno une héroïne de la bande dessinée: elle-même.  Contrairement aux albums précédents, notre japonaise favorite est au premier plan et c'est son aventure à elle que l'on raconte.  Sa tribu est maintenant rendue vaste et je me perdais un peu dans les personnages secondaires qui s'ajoutent sans fin, problème que j'ai déjà vu chez d'autres auteurs, mais qui chez Roger Leloup me semble empirer avec le temps.  On en ajoutera encore une en cours de route d'ailleurs.  Par contre, on revient un peu aux origines avec Khâny et la relation entre elle et Yoko.  Khâny qui lui mentira, mais c'est pour la bonne cause.  De plus, le fait que l'intrigue se déroule en partie sur Mars et ramène Karpan au coeur de l'intrigue (mort depuis 25 albums quand même!) rejoint les sources de ce qui a allumé tant de lecteurs.  Les coloris dans les tons de rouge permettent de rendre l'atmosphère de Mars et font changement des mauves et violets qu'on a beaucoup vu dans les albums précédents.  Soyons honnête, cet opus ne réinvente pas la roue, mais Yoko Tsuno, c'est Yoko Tsuno: un héroïne mythique pour ceux qui ont découvert la BD il y a une vingtaine d'années.  Je dirais que cet album est quand même le plus réussi depuis cinq ou six tomes.  On croyait que Roger Leloup avait perdu la main, mais finalement non, il peut encore nous transporter avec son héroïne.

Ma note: 4/5

vendredi 31 juillet 2015

Mémoria: 2- L'abîme de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

Mémoria  tome 2  L'Abîme  Texte de Claude Paiement et Jean-Paul Eid  Dessins de Jean-Paul Eid  Les 400 coups  64 pages


Résumé:
Un an après avoir fermé son attraction la plus populaire, Mémoria, Brainstorm est sur le point de la rouvrir.  Mais Karina Kuan, la chef-conceptrice mis à pied à la suite de l'affaire Abel Schultz/ Benjamin Blake veut résoudre l'énigme qu'elle n'a pas su dénouer un an plus tôt.  Avec l'aide de celui qu'elle sait être Benjamin dans le corps d'Abel, elle va retourner à Mémoria.  Entre le PDG Steve Bates qui veut que la machine reparte et les deux alliés circonstanciés, le drame est en place.  D'autant que dans l'ombre de Mémoria, Zalupski n'est pas disparu.

Mon avis:
Encore une fois, chapeau!  Une excellente SF mis en place avec un très beau dessin pour l'appuyer.  On change de teinte pour les camaïeus en délavés qui peuplent le livre.  Ici, le vert domine dans Mémoria au lieu du bleu, symbole que si tout est comme avant, tout a quand même changé.  La quête de Kuan la scientifique, la rationnelle, confrontée à quelque chose qu'elle ne pouvait même pas imaginer est extrêmement intéressante.  Et nous ramène à la philosophie de manière habile: la matière qui acquiert la capacité de penser, la conscience de sa propre existence, qu'est-elle au fond?  Le plasmide, ce liquide intelligent présenté dans le premier tome permet ici de poser la question.  Zalupski, premier, unique, est la créature-créateur qui se rend compte que d'autres que lui tirent les ficelles.  Intéressante métaphore.  Ce qui est surprenant avec cet opus, c'est la grande qualité de la SF présente dans le livre, magnifiquement bien servi par le dessin.  Les idées sont présentées d'une manière que je n'avais jamais vu et le côté gouailleur du dessin issu des années 1930 donne une touche de légèreté au récit.  Les personnages sont bien développés, particulièrement Benjamin Blake, perdu, mais déterminé, avec un petit côté exalté qui convient bien.  Face à lui, Kuan est un peu un agent Scully face à Mulder.  Elle mettra du temps avant de comprendre.  Steve Bates (Bates?  Jobs?  une allusion?) est l'archétype du PDG qui regarde ses colonnes de chiffres plutôt que les vies en jeu.  Bien amené, mais nécessairement superficiel.  Par contre, Zalupski, oh, mais quel personnage!  Sombre, mystérieux, il en sait plus qu'il n'en a l'air et tire d'habiles ficelles!  Bref, une excellente BD que j'ai beaucoup aimé.  Par contre, ben, malgré tous les commentaires positifs, non, pas un coup de coeur.  Une réussite complète, mais ça ne trônera pas au sommet de mes meilleurs lecteurs parce que je n'ai pas été transportée comme dans d'autres BDs.  Peut-être un peu trop cérébrale.  Ce qui n'enlève rien à ses autres qualités!

Ma note: 4.5/5

mercredi 22 juillet 2015

Le Naufragés de Mémoria: 1- Scaphandre 8 de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

Le Naufragé de Mémoria  tome 1  Scaphandre 8  Texte de Jean-Paul Eid et Claude Paiement  Dessins de Jean-Paul Eid  60 pages


Résumé:
Benjamin Blake est chauffeur de taxi à Mémoria, une ville qui vit au rythme des années 30.  Un jour, une mystérieuse inconnue oublie son sac dans sa voiture.  Désireux de la lui rendre, il découvrira une réalité plus que troublante: son monde, loin d'être ce qu'il croit est une illusion, contrôlée par d'autres.  Ailleurs, les propriétaires de Brainstorm, une entreprise spécialisée dans les visites virtuelles éprouve des problèmes avec ses clients qui se rendent dans un de ses univers les plus populaires: la ville de Mémoria.

Mon avis:
Quand on pense avoir atteint les limites de la science-fiction, quelqu'un vient vous botter le derrière pour vous faire comprendre que non, on avait pas tout dit.  L'idée maîtresse de cette BD réside dans le plasmide, un liquide intelligent, capable de transmettre les informations pré-programmé aux personnes qui y sont immergés, leur permettant d'avoir l'illusion totale d'être dans un autre monde.  Le problème étant que les personnages programmés pour habiter ce monde virtuel prennent conscience que leur univers n'est pas ce qu'ils pensent et tombent dans les «craques» de celui-ci.Bien vite, la révolte gronde contre ceux qui les manipulent, dont ils ignorent tout.  La différence entre les deux mondes (réel et virtuel) est bien marquée par des changements dans les teintes de couleur, passant d'une dominante de bleu pour Mémoria à une dominante de vert et de gris pour le monde réel.  De même, dans les «craques» du monde de Mémoria, tout est en noir et blanc, ce qui nous permet de suivre l'action dans les différents univers de façon très précise.  Le personnage de Benjamin Blake est au départ convaincu de l'existence de son monde et sa découverte d'un autre monde le surprendra, mais il ne le remettra pas en question, ce qui est surprenant vu le genre.  Quoique les preuves sont plutôt accablantes, on le comprend de ne pas douter longtemps.!  Mené par un étrange personnage appelé Zalupski, les personnages de Mémoria se tentent de comprendre qui tire les ficelles de leur univers.  L'autre personnage intéressant dans le récit est Madame Kuan, une scientifique de notre monde qui essaie de découvrir la source des perturbations dans Mémoria.  Et qui constate que le plasmide, ce liquide intelligent pourrait bien être beaucoup plus qu'on ne le croit.  Sa volonté de comprendre se heurtera à quelque chose qu'elle ne peut même pas imaginer.  La fin nous laisse sur une réelle surprise, sur beaucoup de possibilités, sur une remise en question de l'univers des deux côtés.  Une belle fin qui donne envie de lire la suite.

Ma note: 4.25/5

mardi 16 juin 2015

Zog de Pascal Chaussé

Zog L'ultime expédition à la découverte d'un monde nouveau  Pascal Chaussé  Marcel Broquet  456 pages


Résumé:
Quelque part dans un avenir très très lointain, Hubert est un GNOM.  Pour Génétiquement NOn-Modifié.  Un des derniers humains à ne pas être bourré d'implants ou avoir vu son ADN modifié alors qu'il n'était qu'un embryon.  Mais bon, vu cette situation, tout le monde pense qu'il est débile.  Un bon moyen de ne pas attirer l'attention en même temps.  Ce dont lui et ses amis vont profiter pour aller faire un tour sur une lointaine planète aux frais de la princesse: leur mythique planète d'origine, la Terre.

Robin est un Zog, pacifique et destiné comme tous les siens à faire pousser des radis.  Mais Robin n'est pas un zog ordinaire.  De un, il est un à-l'envers, ses membres de longueur inégale ne sont pas du même côté que la majorité des siens.  En plus, il est curieux, défaut plutôt rare et mal vu.  Ce qui l'emmènera à examiner d'un autre oeil la rivière en damier qui traverse sa planète au sud, frontière infranchissable et qu'il va étudier avec attention, pour essayer de rejoindre l'autre peuple vivant de l'autre côté: les Zots.

Mon avis:
Vous êtes déjà sorti du cinéma en vous disant qu'un grand film avait accouché d'une puce?  Tout ça...  pour ça?  Ben, c'est ce que je me suis dit en fermant ce livre.  Beaucoup de pages, beaucoup de péripéties pour une intrigue qui se termine en une page et demie et qui laisse beaucoup plus de questions que de réponses.  J'ai trouvé que le récit était très longue, le roman aurait gagné à perdre une bonne centaine de pages et à resserrer son propos.  De qui parle-t-on?  De Robin ou d'Hubert?  Et à un moment donné, on peut se demander au fond qui dans les personnages secondaires est le plus important.  Qu'est-ce qui les relie, pourquoi alterne-t-on entre les deux personnages tout au long du livre?  J'ai l'impression qu'il y avait beaucoup trop d'idées pour un seul livre.  Quand l'auteur se concentrait sur un propos plus restreint (comme par exemple, la petite enquête de Robin dans la maison de l'ermite), on gagnait en profondeur.  Mais l'ensemble ne marchait pas.  Trop gros peut-être?  Je ne sais pas.  Les personnages sont bien développés, quoique ma préférence aille largement aux secondaires: Bébé, Ramon, Ahmed et Simon.  Même le grand-père de Robin était chouette.  L'écriture était essentiellement descriptive, mais c'était bien, sauf que ça n'aidait pas à entrer profondément dans l'histoire.  Disons que je n'ai pas été épatée, mais que j'ai quand même lu jusqu'au bout pour savoir comment ça allait finir.  Assez déçue de la fin par contre, j'avoue.

Ma note: 3/5