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jeudi 21 juillet 2022

Les Annales du Disque-Monde: Trois soeurcières de Terry Pratchett

 Les Annales du Disque-Monde  Trois Soeurcières  Terry Pratchett  L'Atalante 314 pages


Résumé:
Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et Magrat Goussedail sont les trois sorcières du royaume de Lancre. Peu portées à se mêler des affaires du royaume et pas mal plus préoccupées par les leurs, elles sont bien obligées de s'en mêler le jour où un soldat vient déposer dans leurs bras le fils du roi qui vient tout juste d'être assassiné. Le roi défunt, réduit à l'état de fantôme, cherche à prendre sa revanche sur celui qui a pris sa place sur le trône, le Duc de Kasqueth, qui est aussi son assassin. Pendant ce temps, le Fou, témoin du meurtre, ne sait plus trop comment placer ses blagues qui ont le don d'importuner le nouveau souverain. Bref, tout ne tourne pas rond dans le royaume de Lancre...

Mon avis:
Ma première incursion dans les Annales du Disque-monde, cet univers loufoque créé par Terry Pratchett. Si je ne suis pas entièrement convaincue, je crois que je comprends l'engouement pour ce disque supporté sur quatre éléphants eux-mêmes monté sur une tortue à la dérive dans le cosmos. Le ton est satirique, les personnages à la fois archétypaux et brisant les archétypes et les intrigues s'amusent à secouer les habitudes du genre de la fantasy.

Au coeur de l'intrigue, trois sorcières, dont on se demande au juste si elles ont des pouvoirs magiques au départ. Il y a Esmée Ciredutemps, la vieille fille acariâtre, Nounou Ogg, la reine de clan aux multiples fils et Magrat Goussedail, la petite nouvelle en sorcellerie. Trois personnalités totalement différentes, mais sorcières du même royaume. Lequel vient de voir son roi assassiné. Et les trois soeurcières, habituées de se mêler de leurs affaires sont bien obligées, à leur corps défendant, de se mêler de celles des autres!

À partir de là, l'auteur s'amuse à nous plonger dans des situations bizarres où l'on s'attend à A et où il nous sort B sans que l'on sache comment il a fait un tel détour et que malgré tout, ça fonctionne. Par contre, ça a un certain effet déstabilisant. Agréable, certes, mais déstabilisant. 

Au travers de cela, le Fou, qui on le comprend, ne l'a pas si drôle, le duc de Kasqueth, angoissé chronique dominé par sa femme, le roi défunt, réduit en fantôme et le fils de celui-ci, devenu acteur dans un théâtre itinérant, jouent les seconds violons, mais qui finissent toujours par rebondir au coeur de l'intrigue. Car justement, ils ne sont pas si secondaires que ça à l'histoire, lequel a le talent de donner la même place ou presque à tous ses protagonistes. Et ça marche! Malgré toutes les cabrioles avec les archétypes, malgré les digressions avec les codes du genre, l'auteur réussit à nous livrer des personnages solides, complets et qui plus est, réalistes. 

Il faut s'accrocher un peu au début, parce que l'auteur ne prend pas la peine de nous expliquer son univers, mais au fil du livre, celui-ci se dévoile: complexe, inattendu, parfois violent, souvent drôle, par moment tendre, il nous tiraille dans toutes les sens, mais caché derrière des montagnes de détails, une direction, forte et précise, se dégage.

Bref, on peut aimer ou non ce tome unique, on peut dire que Terry Pratchett a un don, mais on peut aussi dire que l'hommage au théâtre shakespearien est manifeste dans ce tome,  tout comme l'hommage qui est fait au pouvoir de la fiction. Bref, on peut dire plein de choses, mais au final, ça se résume à une phrase: lisez-le donc, juste pour voir!

Ma note: 3.75/5

jeudi 23 juin 2022

Lud-en-brume de Hope Mirrless

 Lud-en-brume Hope Mirrless  Le livre de poche  419 pages


Résumé:

Trois siècles plus tôt, les bourgeois de Lud-en-Brume, riche cité commerciale, ont chassé les anciens Ducs et ont établi une république. Leurs descendants se sont depuis fort ramollis. Maître Nathaniel Chanteclerc, actuel maire, en est la preuve vivante: plus préoccupé de dégustation de fromage et d'alcools fins que de la chose publique, il ne se préoccupe pas assez de son fils Ranulph, jusqu'au jour où celui-ci montre des réactions étranges, semblables à celles de ceux qui ont mangé un fruit de la Faërie. Ce royaume à l'ouest, tabou depuis le départ des ducs, dont on nie même l'existence.  Sauf quand il s'agit des fruits maudits, bien sûr.

Mon avis:

Sans être un chef-d'oeuvre, ce livre mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs de fantasy. Publié dix ans avant Bilbo et la mise en place des canons du genre, il est iconoclaste, inclassable et diaboliquement bien mené. On est dans le fantasy, nul doute là-dessus. Mais sans respecter aucun des codes, aucun des tropes du genre. Donc, à la fois intelligente, inattendu et.. frustrant dans une certaine mesure, parce que l'auteure nous mène là où on ne s'y attend pas.

Maître Nathaniel, anxieux, bien ancré dans ses pantoufles et fort peu porté à l'aventure ne correspond pas du tout au héros traditionnel du genre, mais justement, cela ne le rend que plus intéressant. Alors que d'autres auraient pris l'intrigue qui anime le livre à bras le corps, il est au départ désemparé et multiplie les erreurs. Le courage ne lui viendra qu'après la disparition de son fils (pas de sa fille hein! grmpf!). Le récit est donc une enquête, plus qu'une quête. Mais au travers de cette enquête, l'auteure se permet un récit à la fois sociologique et historique.

Parce que le récit porte sur la réalité: celle que l'on croit qu'elle est, celle que l'on voudrait qu'elle soit et celle qui platement, existe, peu importe le nombre de mensonges et de faux-semblants auquel on lui ajoute. Il y a une certaine mise en abîme de ces trois niveaux de réalité. Et ce qui est intéressant, c'est que ce ne sont pas tous les personnages qui le comprennent au même rythme. Donc, il y a une mise en abîme entre ceux qui ont compris et ceux qui ont encore à comprendre. L'intelligence du texte consiste à faire de constants allers et retours entre les personnages et leurs différentes visions du monde. C'est déboussolant, décoiffant, mais, c'est diablement intéressant.

La fin a le malheur d'être abrupte, comme si à un moment, l'auteur n'avait plus eu envie d'écrire cette histoire. De larges pans sont laissés dans l'ombre. C'est regrettable, mais en même temps, c'est ainsi. Néanmoins, le livre nous laisse en tête avec un concert de riches descriptions de la nature, de la vie et l'envie de nous demander, comme dans la Matrice: est-ce que j'ai pris la pilule bleue, finalement?

Ma note: 4.5/5

jeudi 21 avril 2022

Jane Eyre de Charlotte Brontë

 Jane Eyre  Charlotte Brontë *Lu en numérique



Résumé:

Jane Eyre, orpheline de dix ans, vit sous le toit de sa tante paternelle. Souffrant des négligences de celle-ci et des mauvais traitements de ses cousins, elle a développé un grand sens de l'observation des êtres.  Poussée à bout, elle réplique lorsque son cousin veut la battre et subit une punition injuste qui la fait tomber malade.  Découvrant par le pharmacien qui la soigne que des enfants vivent en pension, elle réclame le droit d'y aller.  Arrivée là, les conditions de vie sont pires encore: nourriture infecte, interminables journées et locaux glaciaux. Après une épidémie, les conditions s'améliorent et Jane y fait ses études.  À dix-huit ans, par goût du changement et désir d'améliorer sa vie, elle se trouve une place comme gouvernante.  À Thornfield, dont le mystérieux maître, M. Rochester, est absent à son arrivée.  Le troisième étage semble receler quelques mystères, mais Jane y est heureuse.  Jusqu'à l'arrivée de M. Rochester, qui bouleversera sa vie. Entre ces deux êtres, qui ne sont pas beaux physiquement, naîtra une idylle que ni les classes sociales ni la différence d'âge n'empêcheront. Mais le troisième étage n'a pas encore livré ses secrets.

Mon avis:

Il est étonnant de voir qu'en plein XIXe siècle, une jeune femme à l'expérience du monde relativement limitée ait pu écrire un personnage féminin à la psychologie aussi raffinée.  Car Jane Eyre, l'héroïne de Charlotte Brontë, détonne au milieu de la production de son époque où les femmes étaient de perfides enjôleuses ou des demoiselles en détresse.  Bien au contraire, dès son jeune âge, la jeune orpheline montre de grandes prédispositions à comprendre les gens et n'hésite à parler et à dire leurs quatre vérités à ceux qui le méritent.  Sa personnalité affirmée et la façon dont elle réclame tout au long du livre le contrôle sur sa vie en fait une héroïne de roman tout à fait moderne.  Il y a même une scène remarquable où elle réagit à ce qui serait aujourd'hui considéré comme du mansplaning... de la même façon dont on pourrait le faire aujourd'hui.

Jane Eyre va travailler tout au long du récit pour que ses rêves se réalisent.  Ceux-ci ne sont pas de partir au loin ou d'accomplir un exploit, mais pour son époque, ils sont majeurs: elle souhaite avant tout être une femme indépendante.  Ainsi, elle prend les décisions importantes de sa vie en fonction de cette volonté et même son amour pour Rochester ne la fera pas s'en détourner.  D'ailleurs, même si elle souffre de leur séparation à un moment, jamais elle ne regrettera sa décision, car elle l'a prise pour elle-même, pour sa propre vie, c'est son choix. C'est remarquable à bien des égards, car Jane Eyre s'accomplira comme personne au lieu de renoncer à ses rêves pour épouser l'homme qu'elle aime.  En toutes choses, elle se respecte d'abord elle-même.  Ce faisant, elle s'éloigne des clichés de la romance où plus souvent qu'autrement, la femme abandonne ses rêves par amour.  D'ailleurs, je ne parlerais pas de romance en pensant à ce livre.  Le sous-titre original, mémoires d'une gouvernante, est plus juste: Jane Eyre est le personnage principal et l'amour fait parti de sa vie, mais ce n'est pas le coeur de l'intrigue.

Néanmoins, le roman reste ancré dans l'époque victorienne où il a  été écrit.  Le respect des convenances et tout le jeu entre les personnages qui en découle occupent une part importante du roman et les longs monologues explicatifs prennent des pages et des pages.  C'est le style de l'époque.  Peut-être même y en a-t-il une petite couche de trop parce que parfois, c'est long longtemps, mais reste que cela ne détonne pas trop parmi les oeuvres de l'époque.  Néanmoins, la peinture que l'auteure fait des paysages, des lieux et des gens est typique de cette Angleterre rurale de l'époque victorienne et de l'image que l'on s'en fait. Par contre, son regard sur celle-ci est typiquement féminin: les champs sont un décor et seuls les métiers accessibles aux femmes (gouvernantes, cuisinières, intendante, servantes) sont évoqués avec une minutie qui montre une très bonne connaissance de ceux-ci.  Les métiers plus masculins sont par contrastes, peu détaillés et accessoires à l'intrigue.

Le récit est divisé en plusieurs parties: l'enfance malheureuse, le passage en pension dont seule la première année sera racontée, le travail de gouvernante à Thornfield etc. L'auteure alterne entre les moments plus importants et passe beaucoup plus rapidement sur d'autres.  Des années complètes peuvent être résumées en quelques lignes! Ces sauts dans le temps se justifient, mais laissent de gros trous dans le récit.  On se demande comment Jane a traversé certaines étapes de sa vie qui sont laissées dans l'ombre.  Et bon, comme le récit est censé être une autobiographie, ces ellipses surprennent parfois.

Le style est parfois grandiloquent et comporte beaucoup de longueurs, mais Jane Eyre et tous les événements qui lui arrivent compensent largement.  Le ton et le style ont mal vieilli, mais pas le personnage ni l'intrigue qui pourrait, sur certains aspects, se passer encore aujourd'hui.

Ma note: 4/5

*On peut trouver le fichier libre de droits ici.

jeudi 3 mars 2022

Comment dresser votre dragon de Cressida Cowell

 Comment dresser votre dragon  Cressida Cowell Casterman poche 205 pages


Résumé:

Pour Harrold et les autres enfants de son âge, le grand jour est arrivé: ils doivent grimper une falaise, entrer dans une grotte plein de dragons endormis et... voler un oeuf.  Qu'ils devront ensuite entraîner afin d'en faire leur dragon personnel.  S'ils échouent à le faire, ils seront bannis de la tribu!  Mais le livre que vous avez entre les mains raconte une histoire très particulière, parce qu'en fait, ce n'est pas un livre ordinaire, non, c'est le premier tome des aventures d'Harrold , celui qui sera un jour appelé avec respect «celui qui murmure à l'oreille des dragons».

Mon avis:

Soyons honnêtes, l'intrigue n'a à peu près aucun lien avec l'adaptation qui en a été tirée.  Je dirais même que pour une rare fois, j'ai préféré le film au livre!  Dans le livre, la relation entre les dragons et les dragonniers est très différente: au lieu d'être ennemis, les dragons sont plus ou moins les chiens de chasse des humains et leur taille est considérablement plus petite.  Exit aussi la furie nocturne, la blessure de Krokmou et le fait de chevaucher des dragons, du moins dans le premier tome.  Par contre, la relation complexe père-fils entre Harrold et son père Stoïk y est, ainsi que la finale montrant un énorme dragon.  Pour le reste, les deux oeuvres sont aux antipodes.

Mais le livre donc.  Truffé d'illustrations, il est très facile à lire.  Le ton y est volontairement un peu grotesque pour montrer le côté rude des Vikings.  Pas de grands épanchements émotionnels non plus, mais de l'action, ça oui.  Les scènes intenses sont bien rendues et nous donnent quelques frissons en pensant à ce qui pourrait tourner mal, même si le ton général reste humoristique avant tout.

Harrold y est un personnage plutôt intello, pas spécialement fort ni courageux qui essaie de survivre dans un monde où les aptitudes physiques et les grosses voix sont plus importantes que la subtilité.  Ce qui rendra d'autant plus difficile le dressage de son dragon Krokmou, particulièrement têtu, même selon les standards de son espèce.  D'autant plus que la seule chose qui lui est enseignée pour dresser un dragon, c'est de lui crier dessus!  Aucune chance que cela fonctionne quand on a la constitution d'un cure-dent et l'autorité discutable d'un adolescent manquant de confiance en lui.

L'auteure a bourré son récit de jeux de mots et de situation drôles, ce qui m'a fait sourire à la lecture, sans toutefois rire aux éclats.  Les dialogues sont souvent écrits dans une police différente de celle du reste de l'action, ce qui donne du dynamisme au texte et permet de penser à de grosses voix vikings en le lisant.

Sincèrement, j'ai préféré le film.  Si vous l'avez vu, le livre risque de vous décevoir.

Ma note 3.25/5

jeudi 11 février 2021

Un chant de Noël de Charles Dickens

Un chant de Noël  Charles Dickens  Gallimard  Folio classiques  178 pages


Résumé:
Scrodge est pingre, vraiment!  L'avarice de cet homme le pousse aux économies les plus absurdes et le pousse à la misanthropie.  Mais voilà que le soir de Noël, qu'il passe seul bien entendu, le fantôme de son ancien associé lui rend visite et lui dit qu'il n'a qu'une chance de se racheter.  D'ici l'aube, trois fantômes lui rendront visite, celui des Noëls passés, des Noëls présents et des Noëls à venir.  À lui de comprendre la leçon qui lui sera donnée.

Mon avis:
Classique des classiques de Noël, l'histoire de Scrodge, autant elle est bien ancrée dans un contexte victorien, mais n'a pour autant pas pris une ride.  Parce que le centre de l'histoire, son essence, c'est l'esprit de Noël et son pouvoir de transformer les gens.  

Car Noël est partout dans ce livre: dans les branches de sapins partout, dans les glissades dans les rues, par les glaçons qui descendent des immeubles, par le parfum des dindes qui cuisent, mais aussi, par cette envie de se réunir, de se rassembler, de partager, amour et nourriture, que ce soit en famille, entre amis ou simplement entre gens heureux de se rassembler.  Mais c'est aussi un magnifique portrait de Londres: de ses rues, de ses gens, de leur manière de vivre, de toutes ces petites choses qui font la vie des villes.  Même son célèbre brouillard a droit à son moment de gloire.

L'écriture est très dickensienne: simple, sans être simpliste, très abordable, mais en même temps recherchée, bref, un équilibre délicat que l'auteur sait trouver sans trop de mal, mais sans jamais chercher non plus à sortir d'un certain cadre d'écriture.  Le personnage de Scrodge est peint par gros traits et à certains moments, on doute qu'il soit plus qu'un banal archétype de l'avare grincheux, mais à travers les fantômes, on finit par le découvrir dans sa complexité.  Ceux-ci font d'ailleurs davantage penser à des anges qu'à des fantômes, mais la peur inspiré par les fantômes leur donne un aura différent.

À lire avant Noël (ça a été mon cas) pour se mettre dans l'ambiance!

Mon avis: 4.5/5


jeudi 23 janvier 2020

La Reine des lectrices d'Alan Bennett

La Reine des lectrices  Alan Bennett  Gallimard  Collection Folio  122 pages


Résumé:
Par hasard, la Reine découvre l'existence d'un bibliobus dans la cours de Buckingham Palace.  Par politesse, elle emprunte un premier livre, puis un autre...  Voilà donc la monarque, rompue par cinquante ans de règne aux horaires rigides et aux visites protocolaires qui se met à négliger ses royaux devoirs pour plonger son royal nez dans des bouquins, au grand dam du Premier Ministre, du Duc D'Édimbourg et de sa royale famille.  Une situation qui ne manque pas de provoquer de nombreuses complications dans l'univers ultra-ordonné de Buckingham Palace!

Mon avis:
Ok, il faut lire ce livre comme une bonne blague bien anglaise et ne pas y voir un grand récit, mais quand même, qu'est-ce que ça se laisse bien lire! Tout commence par une bonne journée bien tranquille à Buckingham Palace.  La reine est telle qu'on l'imagine, avec ses royaux corgies et tout le tralala.  Dès l'arrivée des livres dans la vie de Sa Majesté, tout prend tranquillement le bord.  D'abord, elle laisse entrer dans sa vie un jeune homme, Norman, amoureux des livres, de préférence des auteurs gays (on imagine mal la reine avec de tels livres dans les mains, mais il les lui fait découvrir).  Puis, tranquillement, on voit les conséquences des nouvelles habitudes de la reine sur le quotidien feutré, mais réglé au quart de tour de la maison royale.  Et tout fou très vite le camp.

La reine, si dans les premières pages du livre est la reine que la fiction à la The crown laisse entrevoir, cède vite le pas à un personnage qui vit la vie de la reine, sans être elle.  On ne l'imagine pas devenir tout à coup dingue des livres comme ça, mais le portrait que cela dresse d'une certaine manière de vivre, d'une certaine classe sociale, est excellent.  Parce que la dérape au coeur du livre en dit plus long que le portrait de la vie réelle.

Ce livre est aussi un hommage par la bande au pouvoir de la lecture.  Parce que c'est ce loisir en apparence toute simple qui en entrant dans la vie de la Reine provoque la suite des événements.  Au départ, personne ne s'en émeut, personne ne s'en préoccupe, mais la lecture deviendra vite le cheval de Troie qui ébranlera les fondations de la monarchie.  Rien n'est plus innocent qu'un livre et rien n'est plus pernicieux qu'un livre pourrait bien résumer cette histoire.

Quand à la conclusion, il me semble que je la ris encore.  Vraiment, une finale avec un humour british absolument corrosif.  Ça vaut la peine de lire ce livre juste pour la fin!.

Ma note: 4.5/5

jeudi 17 mars 2016

L'Autobiographie de Charles Darwin

L'Autobiographie de Charles Darwin


Résumé:
À la fin de sa vie, Darwin a raconté son histoire et ses découvertes.  Il relate dans ce livre son enfance, sa formation, son voyage sur le Beagle, ses relations avec d'autres chercheurs et la publication de ses livres.

Mon avis:
J'ai entendu parler de Charles Darwin très jeune bien sûr et de sa célèbre théorie de l'évolution également.  En lisant sa vie par contre, je me suis rendue compte à quel point l'homme derrière la science était profondément... victorien.  Logique quand on connaît la date de son voyage sur le Beagle (1831-1836) et la publication de De l'origine des espèces (1859) en plein milieu de cette époque victorienne justement, mais je n'avais jamais réalisé le contexte dans lequel il a élaboré sa théorie.  En ce sens, ce livre est éclairant, parce que Darwin parle de lui-même... à la manière ampoulée et pudique cette période de l'histoire.  Si son enfance ainsi que la personnalité de son père sont largement détaillées, il passe outrageusement par dessus de larges pans de sa vie, entre autre son mariage et la naissance de ses enfants, qu'il mentionne à peine!  Par contre, ses relations avec d'autres scientifiques et ses relations avec eux prennent un chapitre entier!  De même, aucune explication sur sa méthode de travail, juste qu'il travaille très dur, ainsi que les dates de publications de ses différents livres.  À noter aussi, la ligne chronologique parfois obscure de l'ensemble...  La maladie chronique dont il a souffert toute sa vie (je l'ignorais!) prend aussi beaucoup de place.  On peut en conclure après avoir lu ce livre que Darwin était un bourreau de travail, méticuleux et constant, ce qui lui a permis d'élaborer sa théorie.  Cette autobiographie est une vision de l'homme sur lui-même et l'édition que j'ai lu mentionne bien que certaines parties ont été expurgées par sa veuve avant publication, les passages parlant de sa relation avec le divin par exemple.  Darwin, de manière surprenante, n'était pas un athée, même s'il avait bien longtemps avant la publication de sa théorie rejeté la vision de la création en provenance de la Bible.  Malgré tout, je trouve que cette autobiographie a quelque chose de profondément honnête.  Homme humble, mais acharné, Darwin n'avait pas l'ambition de devenir un grand homme, il était simplement fasciné par la nature et la science.  Et ouvert d'esprit.  Ses nombreuses lectures, les découvertes de son époque, l'héritage familial (son grand-père avait élaboré une théorie semblable à la sienne, mais beaucoup moins argumentée), tout ça a pris racine dans le jeune Darwin et lui a permis de faire émerger ses idées sur l'évolution.  Cela a donné le résultat qu'on connaît.  Bien connaître l'homme derrière la théorie est très intéressant et surtout très éclairant sur le pourquoi elle a révolutionné la science.  Cependant, il faut se faire au style du bouquin qui n'est plus de notre époque.

Ma note: 4/5

P.S.  Je ne peux m'empêcher de mettre ici un extrait que je trouve vraiment charmant, où il parle de la lecture et de la place qu'elle a occupée dans sa vie: (p.122)
«D'un autre côté, les romans d'imagination, même quand il ne sont pas de premier ordre, m'ont été une merveilleuse source de distraction et de plaisir et je bénis souvent les romanciers.  Je m'en suis fait lire à haute voix un nombre étonnant et je les aime, même modérément, tous, à condition qu'ils ne finissent pas mal, - situation contre laquelle on devrait voter une loi!  À mon goût, un roman n'est pas réussi s'il ne se trouve aucun personne que l'on puisse aimer entièrement, et tant mieux si c'est une jolie femme.»

;)

jeudi 11 septembre 2014

Casper, le chat voyageur de Sue Finden

Casper, le chat voyageur  Sue Finden  First éditions  253 pages


Résumé:
Casper est un chat adopté dans un refuge,  Sa maîtresse, Sue, ne sait rien de son passé, excepté qu'il n'a pas peur des chiens et adore les camions.  Quelle n'est pas sa surprise quand elle découvre que son chat est un habitué du bus qui passe juste devant chez elle!

Mon avis:
Ok, les histoires de chats finissent toutes par se ressembler parce que les maîtres ont la fâcheuses tendances à croire que leurs chats sont les plus brillants, les plus beaux et les plus gentils du monde (ils ont torts, les plus merveilleuses, ce sont mes minettes! :P ).  Celui-ci fait à la fois exception et tâche.  Oui, sa maîtresse pare Casper de bien des qualités, mais il reste que le récit n'est pas dans le ce-chat-m'a-sauvé-la-vie.  Casper avait ses limites (elle le traite d'ailleurs de manière parfaitement justifiée de fripon à plusieurs reprises!), mais elle montre comment un chat un brin original a pu influencer de nombreuses personnes et leur faire voir un rayon de soleil dans leur vie.  Simplement parce qu'il prenait l'autobus, parce qu'il savait être présent et parce que... et bien, c'était un chat!  Le style ne fera pas date sans doute, mais c'est un récit honnête et sincère d'une femme madame-tout-le-monde qui a eu un chat au destin qui sortait de l'ordinaire.  Pas de chichi, pas de mon-chat-était-le-meilleur!, juste la belle histoire d'un chat du refuge qui a su inspirer des milliers de gens grâce à la magie des réseaux sociaux.  Une belle histoire, à la fin triste, mais bon, Casper était un vagabond, sa fin a été à la hauteur de son histoire.

 Ma note: 4/5

jeudi 15 août 2013

Lydia Cassatt lisant le journal du matin de Harriet Scott Chessman

Lydia Cassatt lisant le journal du matin  Harriet Scott Chessman  Folio  Gallimard  223 pages


Résumé:
Paris, 1878.  La famille Cassatt s'est installée dans la ville où la cadette, Mary s'adonne à la peinture.  À la fois parce que son visage la fascine et pour économiser sur les modèles, elle peint souvent sa soeur, Lydia.  Celle-ci, toujours vieille fille à quarante-trois ans, est atteinte de la maladie de Bright, qui mine lentement, mais sûrement sa santé.  Entre les deux soeurs, une relation très forte existe déjà, mais elle sera renforcée par la relation entre l'artiste et son modèle qui se tissera entre elles, ainsi que l'ombre de Degas qui plane sur les deux femmes.  Alors que la santé de sa soeur décline, Mary Cassatt développe son art au sein d'un des plus célèbres mouvements de l'art au XIXe siècle: les Impressionnistes.

Mon avis:
Les romans sur la peinture finissent tous par se ressembler.  On ne peut réinventer la roue à chaque fois!  Par contre, celui-ci fait très honnêtement son boulot de roman: nous divertir et nous faire découvrir un petit pan de l'histoire de la peinture.  Par le biais de Lydia, on entre dans l'univers des Impressionnistes.  On y parle pas de Monet et de Renoir, mais bien de Degas et de Mary Cassatt, deux peintres importants de cette école et par la bande, de tous ceux qui ne peignaient pas, mais faisait partie de leurs cercles.  On s'attarde aussi au métier de modèle, rarement évoqué.  Lydia nous raconte ce qu'elle pense en posant, comment elle ressent le fait d'être peinte.  L'atmosphère de ce Paris de la fin du XIXe siècle où vit cette famille américaine somme toute assez atypique est très bien rendue.  C'est d'ailleurs le point fort du roman: l'atmosphère.  On se sent à Paris, on se sent dans l'atelier des peintres, au milieu des odeurs de peinture, des questionnements artistiques et du lent travail de l'élaboration d'une oeuvre.  Le ton général est celui d'un roman pour dames à l'anglaise, mais comme je l'ai dit, l'ensemble est honnête, sans particulièrement briller.  Une bonne petite lecture, qu'on lit pour se détendre et apprendre, mais rien de plus.

Ma note: 3.25/5

Je remercie Gallimard et plus particulièrement Michel pour ce service de presse.

jeudi 16 août 2012

Oliver Twist de Charles Dickens

Oliver Twist  Charles Dickens  450 pages  Livre lu en numérique *

Résumé:
Né au dépôt de mendicité, Oliver Twist n'a pas eu de chance dans la vie.  Survivant d'abord à une enfance sans amour et pratiquement sans nourriture, il est ensuite placé chez un fabricant de cercueil dont il s'enfuit pour aller à Londres et là, de se retrouver prisonnier d'une bande de voleurs.  Mais les coeurs purs peuvent triompher de toutes les épreuves...

Mon avis:
Mon premier Charles Dickens.  Ok, c'est du britannique!  On retrouve dans ce texte quelques-uns des trucs qui m'horripile un peu des auteurs français de la même époque (les textes à rallonge entre autre!), mais le ton et l'humour sont typiquement britanniques.  Une certaine façon de raconter aussi, plus légère, plus vive que la manière française.  Et une ironie mordante.  J'adore l'ironie!  Les premiers chapitres décrivant les conditions de vie dans le dépôt de mendicité sont à eux seuls une totale dénonciation des vues des élites sur la pauvreté, sans jamais le dire clairement.  Pas besoin, si on ne met du point de vue du pauvre, on est aussitôt frappée par ce fait.  Par la stupidité des bien-pensants sur les pauvres.  Oliver subit tout ça avec la naïveté de l'enfance.  Il survivra en gardant son coeur pur et noble, ce qui est quasiment un exploit vu la façon dont il est traité et les épreuves qu'il traverse.  Il est pratiquement trop bon!  N'empêche, on le suit avec intérêt dans ses aventures.  Les autres personnages, comme Fagin et Sikes, sont typés, mais aussi très bien représentés.  On les dirait vivant, de par leur caractère et leur façon d'agir. J'ai adoré Mr Brownlow et Mme Maylie, le premier encore plus que la seconde.  Il sera la première personne à être humaine avec Oliver, ce qui n'est pas rien.  Mme Maylie sera la seconde, cependant, ce qui est à déplorer, c'est que dès son apparition dans la vie du jeune garçon, celui-ci devient pratiquement un personnage secondaire dans sa propre histoire.  J'ai trouvé que la fin était comme complètement détaché du personnage principal de l'histoire, ce qui fait bizarre!  La fin se dénoue pratiquement sans lui, par les adultes qui l'entourent.  Et l'épilogue laisse un goût de ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants qui commencent sérieusement à me lasser en littérature.  J'ai passé l'âge des contes de fées.  Ok, c'est l'époque qui veut ça, mais bon, j'ai le droit de trouver ça rasoir!    Enfin, ce livre a été écrit en feuilleton et je crois que ça vaut la peine de le lire sur le long terme.  Les aventures de la bande de voleurs sont intéressantes, mais lues trop rapprochées, elles perdent de leur charme et deviennent répétitives.  De même, elles prennent beaucoup trop de place dans le livre.  On se détache trop souvent d'Oliver pour aller vers eux et ma foi, souvent, je ne trouve pas que ça apporte trop de choses à l'histoire.  N'empêche, je suis bien contente d'avoir lu ce livre, j'ai découvert un auteur que je vais sûrement relire.

Ma note: 4/5

* Le fichier epub que j'ai lu est disponible gratuitement ici.

mardi 17 janvier 2012

Raison et sentiments de Jane Austen

Raison et sentiments  Jane Austen  Archipoche  441 pages


Résumé:
Elinor et Marianne sont deux soeurs qu'un retournement de sort brutal a privé de leur héritage.  Recueilli avec leur mère et leur petite soeur chez un cousin qui les héberge à peu de frais, elles ne tardent pas à être toutes les deux courtisées.  Néanmoins, alors que la nature d'Elinor est d'être raisonnable et de cacher ses sentiments, celle de Marianne est de les montrer à tous et d'être passionnée en toutes choses.  C'est pourquoi lorsque l'amoureux d'Elinor se détourne d'elle pour répondre à un engagement précédent, elle cache ses sentiments alors que Marianne de son côté montre librement et totalement sa passion pour Willoughby.  Jusqu'à ce qu'il disparaisse sans retour lui aussi.

Critique:
Je n'avais jamais lu Jane Austen et je ne voulais pas commencer par Orgueil et préjugés pour la connaître, ça faisait beaucoup trop cliché.  J'ai donc préféré commencer par Raison et sentiments, attiré par le prénom de l'une des héroïnes qui est le même que le mien.  Mais si on a le même prénom (à une lettre près), nos caractères sont diamétralement opposés et je dois avouer que je suis beaucoup plus proche de la raisonnable Elinor que de sa soeur!  D'ailleurs, les deux caractères des deux soeurs sont si opposés que l'on ne peut que se demander comment elles peuvent être aussi attachées l'une à l'autre.  Mais enfin bref, l'histoire tourne autour de deux soeurs dont les caractères opposées mèneront à des histoires d'amour aussi aux antipodes qu'il est possible d'être.  Et qu'après de nombreuses circonvolutions, quiproquos et heurts finiront toutes les deux heureuses en ménage.  On sent fortement le reflet de l'époque, où les mariages d'argent étaient monnaie courante et où les dots et les héritages étaient vus comme autant de façons de s'enrichir.  On en oubliait facilement que ceux qui possédait cet argent avait aussi des sentiments et étaient des êtres humains avant tout.  L'analyse psychologique que fait Jane Austen est remarquable: il n'y a pas la moindre caricature dans le portrait qu'elle trace de ses personnages, ils sont tous réels et réalistes, on sent leurs petites grandeurs et leurs faiblesses à la fois coupables et mesquines.  J'avais lu quelque part que Jane Austen avait un talent rare d'observation de la nature humaine et c'est très vrai.  Simplement en montrant les gens tels qu'ils sont, elle réussit à nous faire rire, avec un humour qui laisse toute la place à l'ironie.  Leur frère John par exemple est le parfait exemple de l'homme qui ne veut pas paraître faible... et finit manipulé comme une marionnette par son épouse!  Elinor et Marianne sont elles aussi très belles dans le portrait que l'on trace d'elle.  Amoureuses passionnées toutes les deux, elles finiront pourtant heureuses, malgré des destins fort différents.  L'histoire est lente et il ne s'y passe pas énormément de choses, tout est dans les relations entre les différents personnages et dans les discussions entre eux.  On est dans les chassé-croisés de la vie en société et ils sont très bien rendus.  Je ne sais pas quoi dire de plus, c'est le genre de livre dont l'atmosphère est dure à rendre dans une critique, il faut le lire pour comprendre.  En tout cas, me voici réconcilié avec les écrivaines anglaises du XIXe siècle, moi qui avait tant détesté Les Hauts de Hurle-vent d'Emily Brontë!

Ma note: 4.25/5

Je remercie Édipresse et plus particulièrement David pour ce service de presse.

dimanche 10 juillet 2011

De pierre et de cendre de Linda Newbery

De pierre et de cendre  Linda Newberry  Le livre de poche 370 pages

Résumé:
1898.  Samuel Godwin, jeune artiste peintre est engagé comme précepteur des filles de Ernest Farow, riche veuf installé dans une opulente maison de la campagne du Sussex.  Alors que Julianna est triste et dépressive, Marianne est vive, pleine d'esprit et on a des doutes sur sa santé mentale par moment.  Dans le cadre idyllique des Fourwinds, le jeune Godwin comprendra bien vite que les apparences sont trompeuses et que la beauté peut cacher de lourds secrets.

Critique:
D'un côté, ce livre c'est une excellente incursion du côté de l'art, de l'autre, une magnifique entrée dans les sentiments contradictoires des personnages.  Le manoir de Fourwinds est pratiquement un personnage en lui-même dans cette histoire.  Magnifique, parfait jusque dans ses détails, élégants, mais en même temps, caché sous la surface, tellement de secret, de colère, de tristesse, de haine même.  On alterne entre les points de vue de Samuel et de Charlotte Agnew, la gouvernante et dame de compagnie des deux filles.  Cet alternance donne un regard double sur l'histoire et est donne du cachet au récit.  D'ailleurs, le livre est parsemé de lettres échangées entre différents personnages, souvent extérieur à l'histoire, façon de couper dans la narration qui est elle aussi intéressante.  L'écriture n'est pas particulière, ni personnelle, on ne sent pas la patte de l'écrivain dans celle-ci, ce qui ne l'empêche pas d'être très belle.  Je ne suis juste pas certaine que je pourrais reconnaître l'auteur juste à son écriture.  Un petit livre léger, de vacances on pourrait dire, avec des personnages juste assez complexes pour être réalistes et juste assez réalistes pour être complets. 

Ma note: 3.75/5