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jeudi 18 juillet 2024

Kindred d'Octavia E. Butler

 Kindred Octavia E. Butler Beacon press 280 pages


Résumé:

Dana vient d'emménager dans sa première maison avec son mari, Kevin. Alors qu'ils sont en train de défaire des boîtes de livres, Dana se sent soudainement étourdie et perd conscience. Elle se réveille au bord d'une rivière où un enfant est en train de se noyer. Sans attendre, elle saute à l'eau et elle le sauve, mais quelques instants plus tard, perd de nouveau conscience et se retrouve aux côtés de son mari, couverte de boue. Celui-ci lui dit qu'elle a littéralement disparu pendant quelques instants. Troublée par les événements qu'elle peine à comprendre, elle perd une deuxième fois conscience et retrouve le même petit garçon, âgé de quelques années de plus, qu'elle sauve à nouveau d'une mort certaine. C'est en discutant avec cet enfant qu'elle prend conscience de deux faits importants: le premier, c'est qu'elle est revenue physiquement dans le temps, au début du XIXe siècle, dans une plantation esclavagiste de la côte est. L'autre, encore plus dérangeante, est que l'enfant qu'elle a déjà sauvé deux fois est son ancêtre. Or, il est blanc et elle est noire.

Mon avis:

C'est le genre de livre dont on ne peut pas sortir sans avoir été, à un niveau ou à un autre, transformé. L'histoire de Dana, bien que relativement conventionnelle dans le genre des voyages dans le temps, ne l'est absolument pas par son traitement : l'autrice s'est servie de cette trame pour interroger la réalité de l'esclavage et même nous la mettre en plein visage, mais avec une intelligence redoutable. Dana n'est pas une victime, c'est une femme moderne, qui est habituée à la liberté et qui d'un coup doit apprendre à courber la tête et à accepter la servilité nécessaire à sa propre survie, tant physique que psychologique. Le poids énorme de l'esclavage, sa réalité, sa continuité, même quand les maîtres ne sont pas là et que le fouet ne guette pas, est représentée avec une telle acuité que l'on a l'impression de la ressentir. Même si ce n'est qu'un livre.

Dana en tant que personnage est une femme ordinaire: ni spécialement intelligente, ni particulière forte, elle se révèle pourtant douée d'un incroyable instinct de survie dans l'épreuve. Lors de ses retours dans le présent (elle fera plusieurs aller-retour tout au long du livre), elle travaille à se préparer pour les retours dans le passé, essayant de comprendre ce qui lui arrive et le lien mystérieux qui la lie à Rufus, ce fils de propriétaire terrien esclavagiste, qu'elle sauve encore et encore de la mort.

C'est d'ailleurs sur la relation entre les deux que repose l'intrigue. Rufus, qu'elle sauve d'abord enfant, qui grandira tout au long du livre, est un personnage ambigu capable de cruauté, mais qui cache au plus profond de lui un besoin sans fond d'être aimé. Par l'attention qu'elle lui porte, Dana devient son point de repère, mais aussi une personne qu'il aime. Et quand il aime, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour attacher les gens à lui, de crainte de les perdre, se faisant haïr d'eux, car il ne prête aucune attention à leurs désirs et à leurs sentiments. Égoïste, mais égoïste parce que fragile au plus profond de lui-même. Leur relation, tendue, tordue même, pleine de contradictions et de jeux de pouvoir, qui s'inverse alors que Rufus grandit et qu'il devient plus fort, forme le coeur du récit. Malgré les apparences, il ne contrôle pas tout : même avec son statut d'esclave, Dana parvient à tirer des ficelles.

La moitié du récit se passe à l'époque esclavagiste précédant la Guerre de Sécession, une période que l'autrice rend avec une vivacité incroyable. Tous ces petits détails que l'on oublie, comme le fait que Dana connaît la médecine moderne et la contamination bactérienne: doit-elle manger ce bout de jambon qui traîne sans doute sur la table en plein été depuis plusieurs heures? Les médicaments simples comme l'aspirine, qu'elle finit par ramener dans ses voyages, ont des effets démesurés parce qu'inconnus de ses contemporains. Si elle n'est pas médecin, sa connaissance des infections lui permettra de sauver des vies, dans ce monde où personne n'est conscient qu'une plaie mal nettoyée peut conduire à la mort.

L'esclavage est représenté avec précision, mais avec beaucoup de nuances. Les esclavages ne sont pas de pauvres victimes des méchants blancs, ils sont des personnes entières, capables et qui ont toutes leur propre agentivité. Les réflexions de Dana sur ce que les livres d'histoire qu'elle a lus et ce qu'elle constate sur le terrain sont particulièrement intéressantes. Non, l'horreur n'est pas là au quotidien, non, on ne fouette pas quelqu'un chaque jour, mais le poids de la peur et le fait que ça peut arriver n'importe quand, flotte partout et force ceux qui sont sous le joug de l'esclavage à s'adapter, à plier pour ne pas se briser et à développer un formidable instinct de survie.

Pas étonnant que ce roman ait fait date dans l'histoire des littératures de l'imaginaire et qu'il soit encore au programme de nombreuses écoles secondaires aux États-Unis. Parce le portrait qu'il propose, par la puissance de son récit et par la réflexion poussée des rapports entre les humains que crée l'esclavage, c'est un livre à lire. Pour moi, c'est un grand coup de coeur.

jeudi 2 mai 2024

The motivation myth de Jeff Haden

 The motivation myth de Jeff Haden Portfolio 260 pages


Résumé:

La motivation. On envie ceux qui en ont, on en voudrait plus, on pense que l'on pourra faire les choses quand on en aura assez, bref, personne ne se plaint d'en avoir trop! Mais au-delà des idées reçues, qu'est-ce que la motivation? Comment peut-on la susciter, comment la développer? Dans ce livre très motivant à lire, l'auteur nous parle de ses recettes et du résultat de ses recherches.

Mon avis:

Soyons honnêtes, ce livre est plus dans le registre de la psychopop, mais il a quand même quelques bonnes idées. Entres autres parce que son auteur provient du domaine des affaires et des communications, il aborde la question de la motivation non sous l'angle psychologique, mais sous l'angle de l'accomplissement personnel. C'est peut-être un peu prêchi-prêcha, mais ça a le mérite d'être clair, avec des concepts et des solutions réalistes et à la portée de tous.

Son idée de base? La motivation n'est pas quelque chose qui existe et qui un jour nous envahit comme par miracle et nous fait bouger des montagnes. C'est plutôt un construit, basé sur un élément très simple: la réussite. Pas la grande réussite, mais la petite, celle qui nous fait dire ce petit yé! quand on y arrive. Par exemple, il ne faut pas viser de monter sur le podium, mais se fixer des objectifs et les atteindre et ainsi entraîner un cercle vertueux qui mènera au podium. Le livre tourne autour de cette idée: faire vivre des réussites. Et son idée est loin d'être mauvaise, parce que souvent, la motivation doit tenir au quotidien, alors il faut y aller au quotidien la chercher.

Toujours dans le registre du quotidien, il parle de quelque chose de tout simple: aimer ce que l'on fait. Le gagnant de la médaille d'or aime s'entraîner bien plus que l'idée de la médaille. On ne sera jamais motivé à faire quelque chose que l'on déteste. C'est de la base, mais ça fait du bien de le rappeler.

L'auteur passe évidemment plusieurs chapitres à nous détailler des techniques et des astuces, mais comme tel, c'est pertinent. Et parmi ceux-ci, tout le monde trouvera chaussure à son pied, peu importe sa situation. Il y a des redondances et certains trucs sont vraiment destinés à un public qui cherche l'ultra motivation, mais ça reste intéressant. Cependant, il ne nous épargne pas la liste de personnes ayant brillamment réussi de ses connaissances et leurs exemples de vies édifiants. Le genre le veut, que voulez-vous!

Même si ce n'est sans doute pas LE livre qui vous donnera la solution à tous vos problèmes, il se lit facilement, contient une bonne d'idées intéressantes et nous emmène aussi à penser autrement à la motivation. Juste ça, c'est déjà très bien.


jeudi 16 novembre 2023

Collegium Chronicles : Bastion de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles tome 5 Bastion Mercedes Lackey Daw 391 pages


Résumé:

De retour à Haven, Mags sait que même s'il a échappé au peuple de ses parents, sa sécurité n'est pas garantie: ils savent où le trouver. La solution trouvée par Nikolas est tout simplement de faire mourir Mags... aux yeux de tous. Pour cela, il faut l'éloigner de la cour et quel meilleur choix pour cela que son année de probation, dans un secteur reculé de Valdémar? Il faut aussi mettre à l'abri ses amis, Lena, Bear et surtout Amylie. La décision de cacher tout ce petit monde dans le Bastion, une ancienne place forte de bandits, facile à défendre et bien cachée est donc logique. C'est aussi l'endroit où Mags a été trouvé et où ses parents ont été assassinés. Sera-t-il cette fois assez loin pour ne pas être retrouvé par les siens? Et en ce lieu où ses parents ont vécu, trouvera-t-il enfin des réponses à la question de ses origines?

Mon avis:

Ce tome-ci est sans doute le plus cohérent dans son histoire et sa structure de la série et celui que j'ai sans doute le plus apprécié. L'auteure boucle les divers arcs narratifs de son intrigue et nous donne enfin des réponses. Qui plus est, c'est bien fait. Mais elle cède toutefois à ses vices. Encore une fois, il faut passer une centaine de pages qui n'apporte pas grand-chose à l'histoire. Cette partie comporte même une contradiction assez hallucinante: à peine revenu de son enlèvement, alors que tous les adultes qui entourent Mags savent qu'il est une cible, on le laisse aller se balader sans escorte en plein milieu d'une foire remplie d'étrangers... Mouais, repassons pour la cohérence.

Dès le départ de Haven par contre, les événements s'enchaînent. Le mentor de Mags, Jakyr, qui est aussi celui qui l'a sauvé de la mine, l'emmène. De son côté, Lena, qui est elle aussi dans son année de probation du Cercle bardique, se retrouve également avec une mentore  et la place de cette femme, Lita, ancienne amoureuse de Jakyr, éclipse totalement la jeune barde. Elle aurait pratiquement pu ne pas être là et ça n'aurait rien changé. Bear aussi en prend pour son rhume, mais comme il est guérisseur, il garde au moins une petite place. Le personnage d'Amylie par contre, gagne en profondeur. La jeune fille, amoureuse de Mags et récemment guérie de son handicap, peut enfin explorer et s'épanouir. Disons que le Bastion, pourvu de multiples caves et endroits discrets laisse enfin la place à leurs désirs. La scène où Jakyr, devant un Mags désarmé, décide de prendre en charge son éducation sexuelle est à la fois drôle et touchante : le célibataire endurci donne des conseils à l'adolescent encore vierge et on devine qu'il n'a pas peur des détails!

Cependant, le coeur de l'intrigue repose sur la rencontre entre Mags et son cousin Bey. Les deux adolescents ont le même âge et pourraient être des frères jumeaux tellement ils se ressemblent, ce qui est vraisemblable parce que leurs parents respectifs étaient des jumeaux identiques qui ont chacun épousé le jumeau de l'autre. Dans le récit que fait Bey, on comprend la source de bien des événements de la vie de Mags, mais aussi, à quel point le fait d'être un héraut l'a transformé. Sa relation avec Dallen, son compagnon, son entraînement avec Nikolas, sa vie au Collegium, tout ceci en a fait un être profondément différent de ses origines, tout en y étant ancré. 5 tomes pour arriver à cette conclusion, mais ça en aura valu la peine. 

La fin nous laisse sur des jours plus radieux, mais connaissant l'auteure (et après quelques recherches sur le web), Mags risque de revenir dans un autre cycle de Valdémar. Ça promet!

jeudi 29 juin 2023

Collegium Chronicles : Changes de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles Tome 3 Changes Mercedes Lackey Daw 388 pages


Résumé:

Au Collegium, tout le monde est désormais épris d'une nouvelle passion: le kirball. À ce nouveau sport, Mags est un héros aux yeux de tous, adulé pour son agilité et pour celle de Dallen son compagnon. Mais en dehors de ce sport, il suit un autre entraînement. Le Héraut du Roi, Nikolas, commence discrètement sa formation pour en faire un espion. Ce qui inclut d'apprendre à se faire passer pour qui il n'est pas. Sauf que les mystérieux assassins qui s'en sont déjà pris à Valdemar ne les ont pas oubliés. Ils seraient de retour, cachés quelque part dans Haven. Et prépareraient une autre manoeuvre: enlever Amylie, la fille de Nikolas et amoureuse de Mags, pour faire chanter son père et ainsi, contrôler le royaume.

Mon avis:

Ça faisait un bout de temps que je ne m'étais pas plongée dans un bouquin de Mercedes Lackey et je suis retombée avec plaisir dans son univers qui m'est si familier. Les problèmes avec l'écriture aussi: une écriture qui tend au tell beaucoup trop, de grandes longueurs qui retardent le début de l'action et certains éléments de l'intrigue qui font se gratter la tête, mais tout de même, un vrai plaisir de lecture, car elle a le don de nous plonger dans les aventures de ses personnages.

Mags, dans sa double vie de héros de kirball (un match occupe tout le premier chapitre, quand je disais des longueurs qui retardent le début de l'action...) et d'apprenti espion, reste Mags: l'enfant obligé de travailler dans une mine dans des conditions d'esclavage qui sait qu'il ne sera jamais complètement comme les autres. Malgré tout, ce rôle d'espion qu'on lui offre lui plaît, à la fois parce qu'il lui donnera une place utile et que ses habiletés naturelles s'y prêtent. Lui qui a un Don particulièrement puissant de télépathie, une très grande facilité au maniement d'armes et une capacité quasiment féline de se promener sur les toits. Ses incessants questionnements, à savoir ce qu'il fait est-il juste, qu'est-ce qui est attendu de lui, sont autant celles d'un adolescent que d'un enfant qui veut se prouver aux adultes qui l'entourent. Et qui doit affronter les changements que le passage à l'âge adulte provoque.

À ses côtés, ses meilleurs amis Bear le guérisseur et Lena la barde ont aussi leurs propres combats à mener, contre leurs propres parents. Le père de Bear désapprouve le fait que son fils soigne avec des herbes parce que soigner devrait être réservé à ceux qui ont un Don, ce dont Bear est dépourvu. Alors que pour ce père, les herbes sont une perte de temps, le jeune guérisseur réussit de petites merveilles qui sont reconnues par ses pairs. Mais comment grandir lorsque l'on n'est pas reconnu par nos parents? Lena fait face au même problème: son propre père, le célèbre barde Marchand va jusqu'à dire qu'il n'est pas sûr qu'elle est sa propre fille pour éviter qu'elle ne lui fasse de l'ombre! Le combat contre les parents, contre l'autorité, est la trame de fond de ce tome, mais il m'a semblé qu'elle était surfaite pour les amis de Mags. Même leurs disputes ne semblaient exister que pour nourrir la trame de ce dernier. De quoi s'ennuyer de Ron et Hermione!

Amylie de son côté est décidée à subir une opération qui lui permettra peut-être de remarcher. Le risque est grand, surtout que Bear n'a pas de Don et supervisera l'opération. Incapable de supporter plus longtemps d'être un poids pour tous, elle veut acquérir son indépendance. Car le temps presse: son statut de cible des assassins redouble la vigilance autour d'elle et lui fait encore plus ressentir le poids de son handicap. Son arc dans ce tome est intéressant, car autant elle souhaite acquérir son indépendance, autant son statut de cible lui attire une attention qui n'est pas sans lui plaire!

L'intrigue générale du tome suit la ligne classique déjà mise en place par les deux premiers tomes de la série: un début peu relié au reste des événements, un événement déclencheur qui survient autour de la page 100 (oui, je suis rendue à ce degré de précision!), une première montée en tension, puis une deuxième qui nous garde rivée sur notre bouquin pour savoir la fin. Avec au passage, beaucoup trop d'événements qui tombent un peu trop bien, comme, ah, tiens, le premier soir où Mags commence son apprentissage d'espion survient l'événement nécessaire pour faire avancer l'intrigue! Et la suite survient le lendemain soir! Quand je disais se gratter la tête. Mais bon, je pardonne ces faiblesses. Parce que l'univers qui entoure l'intrigue est très bien construit et que les personnages sont attachants. Même si ça me tape parfois un brin sur les nerfs, je vais lire la suite!

jeudi 12 août 2021

Monstress: 2- The Blood de Marjorie Liu et Sana Takeda

 Monstress tome 2  The Blood  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda Image 149 pages

Résumé:

Arrivée dans la ville portuaire de Thyria en compagnie de Kippa et de Maître Ren, Maika n'a qu'une hâte: se rendre sur l'île des os, l'île dont personne ne revient.  Aidée d'un vieil ami de sa mère qui l'a connu enfant, elle monte à bord d'un vaisseau, mais le monstre qui est en elle est plus éveillé que jamais et  ses ennemis, plus près qu'elle ne le pense.

Mon avis:

Autant on peut trouver son caractère épouvantable, autant on peut comprendre cette Maïka.  Désormais privée de son bras gauche, dévoré par la créature qui est en elle, elle continue sa quête.  De façon opiniâtre, sans faire de compromis, mettant sa vie en danger et celle de ses compagnons de route également.  Kipa et Maître Ren y goûtent, mais restent à ses côtés.  Kipa parce qu'elle ne connaît rien d'autre, mais Maître Ren reste un chat, même à deux queues, capable de parler et de faire de la nécromancie: il a ses raisons très personnelles d'agir et on ne les connait pas toutes.

On en apprend plus dans ce tome sur sa mère, Mariko.  La relation entre la mère et la fille entre autre, y est beaucoup développée par des retours en arrière et le dialogue intérieur que Maïka a avec sa mère.  Et, bon, Mariko n'était pas spécialement une mère douce et gentille.  Elle a été dure envers son enfant, afin de la préparer au mieux à une vie difficile, mais c'est l'absence de tendresse qui est la pire.  Maïka n'était pas tant son enfant que son projet.  Elle l'a modelé dans un but précis, mais sans que la petite fille comprenne pourquoi.  Mais Mariko aimait sa fille, c'est indéniable: ce qui rend son côté impitoyable encore plus difficile à comprendre.  Maïka vit dans l'ombre de ce que cette mère a fait d'elle, incapable de sortir du chemin qui a été tracée pour elle, même si elle en souffre.  Cette ambivalence et cette relation mère-fille forment la trame de fond de ce tome.

L'univers, riche, pleine de courants contradictoires, d'intrigues politiques est parfois dur à suivre, surtout qu'il faut le maîtriser un minimum pour comprendre certains pans de l'intrigue.  C'est la partie la plus ardue de cette oeuvre, mais elle n'est pas tant inaccessible que complexe: faut être attentif aux détails et les retenir.  Sauf que ce n'est pas toujours simple vu leur quantité.  

Le dessin est, comme le premier tome, tout simplement splendide.  Flirtant toujours entre des inspirations de mangas et l'influence du comics, le dessin reste dans une case à part et trace son propre chemin ce qui fait franchement du bien.  La qualité des cadres est constante et suit bien l'intrigue: plus resserrée sur les visages aux moments critiques, tout en laissant de larges plans à d'autres moments.  La richesse des costumes et les arrière-plans plein de détails qui donnent vie à cet univers, reste constante.  On sent la minutie dans chaque case.  

Une partie des personnages sont anthropomorphisés, mais les dessins rendent l'humanité de chaque personnage, même celui qui est interprété par un requin.  Une large place est aussi accordé aux personnages racisés.  Seul mini-bémol: certaines d'entre eux sont faciles à mélanger car très semblable.  Mais c'est un détail.  D'ailleurs, chapeau à la parité dans cet univers: il y a autant de personnages féminins que masculins.  

Bref, toujours aussi bon, même si l'univers touffu est parfois un brin dur à suivre.

Ma note: 4.5/5

jeudi 12 novembre 2020

The Colleguim Chronicles: Intrigues de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 2  Intrigues  Mercedes Lackey  Daw Books  Collection Fantasy  391 pages


Résumé:
Désormais bien installé au Collegium, Mags est très occupé: en plus des tâches que lui confie discrètement le héraut Nikolas, de ses études où il doit travailler très dur pour rattraper son retard, on lui demande de faire partie de l'équipe de kirball.  Il accepte, un peu étonné, mais trouve du temps entre les entraînements pour finir ses recherches dans les archives.  Il y fait une découverte surprenante sur son passé: ses parents étaient des étrangers et non des Valdémarans.  Le seul problème, c'est que les précognitifs, tous les précognitifs ont eu une vision: le Roi, couvert de sang et devant lui, un étranger...

Mon avis:
Au risque de me répéter, je continue cette série parce que je suis très mordue de l'auteure, mais je suis tout aussi certaine de ses innombrables faiblesses.  Série à garder pour les fans finis seulement.

Mags continue donc son cheminement en tant qu'apprenti Héraut.  Il est toujours au Collegium et ma foi, si le premier tome était centré sur l'impact de la transformation majeure qu'implique sa création dans l'entraînement des hérauts, celui-ci ignore presque complètement cette donnée.  Mags a désormais des amis et beaucoup des aventures de ce tome tournent autour d'eux.  Bear le soigneur-sans-le-don qui soigne avec des herbes et que sa famille de soigneurs-avec-le-don veut marier à une fille pour qu'il ponde de nouveaux héritiers qu'on espère avec le Don.  Lena, la barde, fille de célèbre barde qui n'existe pas aux yeux de son père et qui ne vit que pour avoir un regard de lui.  S'ajoute à cela Amylie, la fille du héraut Nikolas, mentor de Mags, qui fera comprendre à Dallen que les préférences de son élu ne vont pas vers les garçons.  Attention par contre, les retournements tombent souvent de nulle part et font souvent sourciller.  Comme si l'auteure décidait que ça allait arriver là et ne se préoccupait pas que l'effet lapin sorti d'un chapeau s'enchaîne sans fin dans son livre.

La clé de ce tome-ci est la relation entre Mags et son Compagnon, Dallen.  Mags n'est jamais vraiment seul, Dallen est toujours à ses côtés.  Leur relation, déjà bien étoffée se développe encore plus.  On découvre d'ailleurs dans ce tome-ci le côté cabotin et même taquin du Compagnon.  Et ce sera d'autant plus nécessaire dans cet opus.

Déjà que Mags souffre d'un manque de confiance chronique en lui-même et en les autres, voilà que des précognitifs laissent entendre qu'un étranger pourrait attenter à la vie du roi, faisant de la vie de Mags un enfer.  Ses amitiés, encore récentes, seront mises à rude épreuve.   L'essentiel du roman se passe d'ailleurs entre les allers-retours de ces jeunes-là et les effets des prédictions sur Mags.  Ajouter à cela quelques matches de kirball, un sport à mi-chemin entre le drapeau que l'on jouait dans la cours d'école primaire et le trollball des GN.  Si vous ne connaissez pas les deux références précédentes pas grave!  Sachez juste que les descriptions sont excitantes, même si je ne suis pas sûre d'avoir entièrement compris le jeu.

Les situations sont simples, voir simplistes, on peut déplorer que l'intrigue principale soit à plusieurs moments complètement éclipsée par des détours sur des enjeux plus secondaires, mais reste que ça se lit bien et que j'ai passé un bon moment.  Si vous cherchez quelque chose de transcendant par contre, passez votre chemin.

Ma note: 3.25/5

jeudi 24 septembre 2020

The Collegium Chronicles: Foundation de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 1 Foundation  Mercedes Lackey  Daw Books  collection Fantasy  418 pages


Résumé:

Mags vit en esclavage, mais l'ignore.  Toute sa vie, il n'a connu que la mine, la faim et la brutalité de Maître Cole, le cruel propriétaire des lieux, qui malmène autant ses enfants que ses «ouvriers».  Le jour où un soldat vêtu de blanc l'arrache aux lieux pour le faire monter sur un cheval tout aussi blanc, Mags n'a aucune idée de combien son univers étroit va être bouleversé et combien lui-même aura bientôt un impact sur celui-ci.

Mon avis:

Pour moi, lire du Mercedes Lackey est comme lire un délicieux bonbon, mais je sais que là-dessus, mes goûts sont particuliers.  Ceci dit, ayant lu la majorité de son oeuvre, ses manies et ses retournements de situation me surprennent de moins en moins.  Ceci est l'une des dernières série situées dans son univers de Valdémar que je n'ai pas lu et ce n'est pas la meilleure.  Par contre, le plaisir reste là, ce qui va me pousser à continuer.

Je savais depuis longtemps que sa plume n'était pas exceptionnelle, mais n'ayant jamais lu l'oeuvre en version originale jusqu'ici, ça restait une question qui trottait dans mon esprit à savoir si c'était seulement la traduction qui empirait le tout ou non.  Réponse: non, ce n'est pas la traduction.  La plume de l'auteure est verbeuse et abuse des adverbes.  Par contre, son style simple et direct m'a plu pour sa facilité d'accès.  

Pour moi qui a lu plusieurs de ses oeuvres, je pouvais hocher la tête à certains moments du texte en me disant: ah oui, on est rendu là.  La trame de base est extrêmement semblable.  Ceci dit, Mags n'est ni Talia, ni Vanyel et encore moins Elspeth.  Propulsé dans un monde qu'il ne comprend pas, parlant avec un accent taillé au couteau dans un monde de raffinement (le texte original rend bien ses intonations rugueuse et son élocution traînante où il avale la moitié des syllabes), Mags comprendra qu'il peut enfin compter sur quelques personnes, malgré sa méfiance naturelle.  Sa relation avec Dallen, son Compagnon, est magnifique.  Tous les deux étant doué de Parler-par-l'Esprit (grosso modo, une forme de télépathie), leurs communications mentales sont à la base du récit, mais c'est surtout une forme d'union très particulière, une forme d'intimité qu'ils développent. Les autres personnages qui les entourent sont moins bien développés, mais restent crédibles.  Et le Héraut Jakyr pourrait bien revenir dans d'autres tomes.  Je l'ai bien aimé celui-là!

L'auteure ajoute une pierre à l'édifice de son oeuvre en posant cette opus dans une période charnière de l'histoire de Valdémar, à une époque où le Collégium des hérauts subit de profondes transformations, passant d'un système de mentorat à un système plus classique d'enseignement en classe.  Pour la fan de l'univers que je suis, ceci est un jalon manquant et je suis contente que l'auteure me raconte cette partie.  Mais reste qu'il faut être fan pour l'apprécier.

Ma note:3.75/5

jeudi 6 août 2020

Binti de Nnedi Okorafor

Binti  Nnedi Okorafor  Tor publishing  90 pages



Résumé:
Binti quitte tout, famille, amis, tribu pour se joindre à la prestigieuse université Oomza, première des siens à rejoindre cette élite de chercheurs sur une lointaine planète entièrement dédiée à la recherche.  À 16 ans, elle croit avoir tout à prouver au monde, elle qui est destinée à être une maîtresse de l'harmonie parmi les siens.  En route, son vaisseau spatial croise la route d'une autre espèce, les Méduses, qui eux aussi veulent se rendre à Oomza, mais pour une raison très différente: la vengeance.

Mon avis:
Ce livre, c'est au départ un pied de nez à une vision occidentalo-centrée de la science-fiction: son héroïne principale est une adolescente appartenant à une ethnie africaine appelée Himba.  Et ne vous méprenez pas, loin d'être représenté comme des chasseurs-cueilleurs vivants dans la brousse, son peuple est décrit comme des inventeurs de technologie à la fine pointe et Binti elle-même est une brillante mathématicienne.  Assez pour être acceptée dans une université située sur une autre planète qui ne recrute que l'élite... et de faire en sorte de prendre la navette de départ, même si sa famille s'y oppose.  Ancrés dans leurs territoires ancestraux, ceux-ci ne les quittent pas.  Binti fait donc un geste d'indépendance, mais elle sait que cela aura des conséquences.  Et elle le fait en toute connaissance de cause. 

L'intrigue en elle-même n'est pas révolutionnaire, mais elle est bien amenée.  En cours de route vers l'université, le vaisseau accueillant Binti est attaquée par une espèce appelée les Méduses, qui grosso modo, ressemblent bien à des méduses, avec leurs tentacules.  Le coeur du livre est la relation que Binti tissera avec cette espèce étrange qu'elle réussira à comprendre, malgré les barrières de langue.  La façon dont l'auteure tisse son histoire sur ce point est particulièrement bien réussie à mes yeux.  Binti devra donc, utilisant ses propres capacités, mais aussi l'apport de sa culture et de ses origines, trouver une solution à la crise qui s'annonce entre l'Université et les Méduses.  La façon dont elle s'y prend ne renouvelle pas non plus le genre, mais encore une fois, c'est très bien fait.

L'un des aspects les plus intéressants du livre est l'apport de cette importante différence culturelle que porte l'héroïne.  Soyez clairs: y'a pas de blancs dans cette histoire.  Et d'une certaine façon, ça fait du bien!  Beaucoup d'aspects de l'univers matériel et mental de l'héroïne sont donc teintés par cette culture, entre autre l'otjize, un mélange dont les femmes de son ethnie s'enduise le corps et les cheveux et qui jouera un grand rôle dans l'intrigue.  Ses cheveux (dans lequel elle tresse du code informatique!), sa manière de parler, de s'habiller, tout lui donne un autre regard sur le monde et l'auteure utilise cette vision différente de manière très intelligente:  elle sert à donner une autre tonalité à une histoire qui a été déjà mille fois racontée en SF.  J'ai deux minuscules points négatifs: de un, l'obsession de Binti de ses chances de mariage et de deux, le fait que l'auteure insiste tant sur ses origines.  La ligne est mince entre, ceci est au coeur de la vie de mon héroïne et regarde comme elle est différente!  De mon point de vue, elle a légèrement trop basculé dans le deuxième, mais c'est une question de goût.

Mon premier livre de SF afro-futuriste et une très belle découverte!  Je vais relire cette auteure, c'est sûr.

Ma note: 4.5/5

jeudi 2 avril 2020

Coraline de Neil Gaiman

Coraline  Neil Gaiman   Harper Collins Publisher  162 pages


Résumé:
Coraline est une petite fille intelligente, qui n'aime pas la cuisine raffiné et préfère le fast food, adore explorer et qui trouve que vraiment ses parents ne s'occupent pas assez d'elle.  Elle vient d'emménager  avec eux dans une nouvelle maison, dont ils n'occupent que la moitié du premier étage.  La maison est très ancienne et la petite fille s'y ennuie.  Que faire en effet quand on a pas d'amis proche, qu'on est curieuse comme quatre et que nos parents passent leur journée le nez sur leurs ordinateurs?  On explore!  Mais il y a un endroit, dans la salle de dessin, derrière une porte fermée à clé, qu'il vaudrait peut-être mieux ne pas explorer...

Mon avis:
J'ai été marquée par l'adaptation au cinéma de ce livre il y a une dizaine d'années.  J'étais sortie de la salle avec une collègue libraire et on s'était dit que c'était vraiment un film d'horreur pour enfant.  Le livre est à l'avenant, mais il est surtout une ode au courage.  Pas celui guerrier, de ceux qui partent à l'assaut, mais celui qui vous remue les trippes et vous glace la moelle des os, mais que vous arrivez à surmonter parce que vous devez le faire.  Tout simplement.

La mécanique de l'histoire est simple, mais terriblement efficace.  Les parents de Coraline s'occupent très peu d'elle, elle s'ennuie, mais il n'y a pas que ça.  Par une foule de petits détails, l'auteur nous montre le fossé qui se creuse parfois entre les parents et leurs enfants, quand les inquiétudes des adultes prennent le dessus et que la communication ne passe pas.   La tentation sera d'autant plus grande quand, au fond d'une salle de dessin, elle retrouve l'exacte réplique de sa maison, avec une autre mère et un autre père qui eux s'occupent d'elle, la comprennent et le lui font sentir de bien des façons.  La seule différence?  Ils ont des boutons à la place des yeux...  C'est un détail auquel Coraline s'adapte très bien au départ, c'est juste bizarre, sans plus, mais c'est aussi le point de bascule à partir duquel la peur prendra la place dans le livre.  Parce qu'il s'agit de la peur dont il est question, mais aussi de la façon dont on la combat.

L'auteur a réussit à dépeindre une petite fille de huit ans dans un contexte assez horrifiant, mais qui reste tout au long extrêmement crédible.  Ni stupide, ni superhéroïne.  Autour d'elle, une galerie de personnages étonnants, les deux anciennes vedettes de cabarets au sous-sol et le dompteur de souris au deuxième, mais surtout le chat, qu'elle retrouvera dans les deux mondes.  Le chat, qui dans l'autre monde parle et qui dit exactement ce que l'on pense que dirait un véritable chat!  Même l'autre mère, dans toute sa double-dimension, à la fois attraction et répulsion, a sa propre profondeur.

Tout l'univers est ainsi montré: le monde réel, fade et plein de contradictions et de déceptions, mais vrai, et l'autre monde, factice, mais tellement facile à aimer car répondant à tous les désirs de Coraline.  Mais souhaite-t-elle vraiment voir tous ses désirs comblés?  C'est là la grande question qui se dégage du livre.

À mettre dans les petites mains avec prudence, entre les mains des plus grands avec joie.

Ma note: 4.25/5

jeudi 20 février 2020

Toronto 2033 (Collectif d'auteurs)

Toronto 2033  Collectif d'auteurs Spacing Toronto  100 pages


Résumé:
10 nouvelles se déroulant sur le territoire de Toronto, dans un avenir proche marqué par les changements climatiques et technologiques, par 10 auteurs représentatifs de la diversité de cette cité.

Mon avis:
Ce livre se veut de s'inscrire dans le courant émergent de la clit-lit, le mot clit signifiant ici climatique (et non une abréviation d'une partie du corps féminin!), soit la littérature de fiction inspirée des changements climatiques, un courant qui risque de connaître un bel élan dans les prochaines années.

Dix auteurs nous parlent donc de leurs visions du futur de Toronto.  Plusieurs aspects sont abordés: changement dû aux technologies, aux impacts des changements climatiques (la nouvelle montrant les banlieues de Toronto immergée suite à une décision politique pour protéger Montréal fait réfléchir), aux virus et aux mouvements de population.  Chaque auteur tisse sa trame de son propre point de vue.  Si un esprit d'ensemble se dégage (plusieurs éléments d'arrière-plan sont communs à toutes les nouvelles), chacun explore l'avenir selon sa propre perception du présent.  Et comme le collectif avait une volonté claire de faire place à la diversité de Toronto, tant ethnique, culturelle ou sexuelle, ça donne des univers qui partent dans tous les sens, positivement, je tiens à le préciser.

Cette volonté de représentativité fait en sorte que trois nouvelles abordent le sujet des Premières Nations (dont deux extrêmement bien réussie), au point que je me suis demandée si ce n'était pas une gamique des auteurs, une met en vedette un personnage non-binaire et les noms d'ascendance non-caucasiennes sont légions.  J'aurais aimé avoir un peu plus de représentation linguistique de la diversité de Toronto, mais bon, c'était peut-être un peu trop demander.  À part dans Cracks, tous les personnages ne parlent que l'anglais, quelque soit leur origine et personne ne semble avoir d'accent.

L'aspect science-fiction m'a paru un peu exagéré à certains moments, surtout au niveau des technologies, mais l'ensemble reste très cohérent.  La variété des thématiques abordées est à l'égal des auteurs: ça part dans toutes les directions et c'est très bien ainsi.

La meilleure nouvelle du recueil, à mon avis, est The Ravine de Karl Schroeder sur un tueur à gage chargé de faire disparaître un planificateur urbain responsable de répartir la richesse de la ville entre tous, suivi de proche par We have everything the have nothing de Elyse Friedman sur les impacts de la technologie connectée qui envahi jusqu'au sommeil des gens.  La nouvelle Gut feelings de Peter Watts explore l'impact d'un monde dominé par Google poussé à son paroxysme et Surgical mask de Mari Ramsawakh réussi l'exploit de mettre en scène une personne non-binaire et une personne handicapée dans une nouvelle dont l'enjeu ne concerne ni le sexe de l'un-une, ni le handicap de l'autre (et bienvenue dans ce texte aux pronoms neutres, même si c'est encore plus déboussolant qu'en français!).  Cracks d'Elan Mastai, explore les liens de solidarité entre les communautés autochtones et les communautés hispaniques contre un gouvernement canadien rendu jaloux de la protection de ses frontières (les gardes-frontières ressemblant beaucoup à ce qui se voit au sud de la nôtre actuellement).  Cinq autre nouvelles complètent l'ensemble.

Vraiment, un recueil super agréable à lire!  Et vous savez quoi?  Je peux même dire que j'ai un coup de coeur pour lui!

Ma note: 5/5 💖

jeudi 5 décembre 2019

Monstress: Awakening de Marjorie Liu et Sana Takeda

Monstress  tome 1  Awakening  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda  Images comics  Non-paginé


Résumé:
Maika Halfwolf est une arcanique, une race issue d'un croisement entre les humains et une ancienne race.  Contrairement aux autres membres de son peuple, elle a une apparence entièrement humaine, à l'exception de son bras gauche, amputé.  Maika cherche quelque chose et se laisse même vendre comme esclave pour l'obtenir.  Seulement, les personnes qu'elle croit être ses pires ennemis sont autant à l'extérieur d'elle qu'à l'intérieur.

Mon avis:
Décoiffant.  Tant par le style narratif très proche des comics de super-héros (que je n'ai guère lu, je le confesse) que par un esthétique qui lui propre, à cheval entre les traditions graphiques issues de l'Asie et d'autres traditions, dans un mélange surprenant, mais dont le résultat est se démarque au niveau du dessin.  La dessinatrice a su créer un univers hautement cohérent, tout en étant totalement unique.  Un exploit à lui seul.

L'histoire de Maika se révèle par couche.  L'histoire commence au moment où elle est vendue aux enchères comme esclave, une situation qui s'avérera volontaire par la suite.  Car Maika cherche quelque chose.  Qui plus est, une part d'elle-même lui échappe.  Cette double situation, qui la confronte sans cesse à elle-même, la suit tout au long du récit.  Le récit est donc une double quête, extérieure d'abord, puis intérieure, qui se mélangent et se répondent tout au long de l'intrigue.

L'univers dans lequel cette histoire se déroule étant un matriarcat, on est au départ un peu surprise par la quantité de personnages féminins, mais ce n'est que justice: on est tellement habituées à l'inverse!  Les hommes sont relégués à des rôles secondaires, voire tertiaires, laissant toute la place à de riches personnages féminins, nuancés et crédibles, Maika au premier rang.  Aucun d'eux n'est d'ailleurs sexualisé à outrance.  Cela ne correspondrait pas à cet univers.  Et il y a bien sûr les non-humains, à premier chef les chats à multiples queues...  Comment pourrais-je seulement résister à ce genre de récit où des chats jouent un rôle principal?

Ce n'est que le premier tome, mais tant par son intrigue, nuancée et complexe, que par par son esthétique, ce livre révolutionne bien des choses.  Intriguant à souhait.  J'ai hâte de connaître la suite.

Ma note: 4.5/5

mardi 2 octobre 2012

X'out de Charles Burns

X'out  Charles Burns  Pantheon Books  56 pages  Livre lu en anglais

Résumé:
Très dur à faire...  On joue avec la ligne du temps et on suit un personnage qui essaie de comprendre où il est, dans un étrange pays où les visages des gens sont étrangement déformés.  À travers des souvenirs plus que confus, il tente de trouver un sens à ce qu'il voit et à ce qui l'entoure.  Mais y-a-t-il un sens réel à tout ça?

Mon avis:
Inconfortable.  Je crois que ça résume vraiment cette bande dessinée.   Le but n'était pas de raconter une histoire de façon linéaire certes, mais bien de jouer avec la ligne du temps et le sens des choses.  On se retrouve avec des personnages comme une femme aimant se photographier dans des situations de soumission ou d'avilissement et qui met au défi le personnage principal de la prendre en photo au Polaroïd en train de s'entailler le poignet avec une lame de rasoir.  D'un autel consacré à un foetus de porc.  Sans compter ce monde étrange dans lequel s'éveille le narrateur où son visage est devenu le masque qu'il portait en faisant ses spectacles d'absurde.  Inconfortable je dis et l'absence de linéarité joue dans ce sens.  On ne comprend pas vraiment où tout ça s'en va tout en ayant la très ferme impression que l'auteur lui, le sait très bien.  Les dessins sont bien réalisés, il semble que l'auteur se soit inspiré de la méthode d'Hergé pour ceux-ci.  Si ce n'est pas le cas, en tout cas, il y a une très grande ressemblance.  La gamme de couleurs est restreintes, mais très bien utilisée, ce qui permet de détacher les différents moments de l'histoire et les lieux où il se passe.  Une drôle de BD aux accents surréalistes et absurdes, mais qu'on se surprend à suivre avec intérêt même si on ne sait pas trop où cela va mener...     

Ma note: 4/5

P.S. C'est mon premier livre lu en anglais et encore, c'est un ami qui m'y a poussé!  Le niveau d'anglais de cette BD étant plutôt basique, je n'ai pas trop eu de mal à m'y faire.  Une façon de me dire que je pourrais lire en anglais, mais uniquement des trucs très simple.  Disons qu'heureusement qu'il y a avait des images  dans ce cas précis!