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jeudi 28 mai 2020

Cheval Indien de Richard Wagamese

Cheval Indien  Richard Wagamese  XYZ éditeur  265 pages


Résumé:
Saul Cheval Indien est dans un centre de désintoxication.  Incapable de parler lors des cercles de partage, son thérapeute l'encourage à écrire son histoire.  Il a grandi dans la forêt du nord de l'Ontario, dans ses dédales de lacs, de rivières et d'épinettes.  Depuis son plus jeune âge, il est habitué, dès que des blancs s'approchent, de fuir dans les bois avec sa grand-mère et son frère.  Sa mère craint les pensionnats, qui lui ont déjà volé sa fille.  Après la mort de sa grand-mère, il est lui aussi pris et emmené dans ce sinistre endroit, conçu pour «tuer l'indien dans le coeur de l'enfant», quand ce n'est pas l'enfant lui-même qui en meurt.  C'est à travers un sport de blanc, le hockey, mais auquel il se consacrera de tout son être, qu'il parviendra à survivre.  Mais à quel prix?

Mon avis:
Ce qui est intéressant dès le départ, c'est que l'histoire est raconté par un homme en désintoxication, donc, le style de l'histoire reste très simple.  Pas le moindre lyrisme et malgré le sujet grave, très peu de pathos.  C'est la parole d'un survivant des pensionnats, mais aussi de quelqu'un qui garde enfoui en lui tant de choses pénibles que c'est par petites couches, presque par coups de pinceaux sur une toile, que l'auteur dessine son histoire.  Il raconte, il montre, il explique, mais comme son personnage, il ne descend pas dans les tréfonds des émotions que toutes ces pénibles expériences recouvrent.  C'est trop douloureux, c'est trop fort.  Il énonce les faits, mais ne s'étend pas là-dessus.

Son histoire commence pourtant bien.  Son enfance n'est pas parfaite et comporte des zones d'ombre (l'alcool entre autre est dans l'air), mais il est aimé.  C'est l'existence nomade, entourée de ses proches, d'un jeune ojibwé, partagée entre sa grand-mère, porteuse des traditions et des coutumes, pleine d'histoires et de connaissances sur leur environnement et ses parents, qui rejettent déjà en grande partie le mode de vie traditionnel, sont christianisé et en un sens, déjà déchiré dans leur identité.  Cette plongée dans une existence simple, mais sur lequel on sent toutes les menaces et sa fragilité ne fait que plus contraste avec ce qui va suivre.  L'arrivée au pensionnat, après la mort de sa grand-mère dans des circonstances terribles, ne montre que mieux l'immense fossé entre les deux mondes, même si, étant donné que Saul parle déjà la langue des blancs (son père lui en a montré les bases), son intégration semble beaucoup plus facile.  Pendant des pages, il raconte le pensionnat, mais le détachement dont il fait preuve, même face aux pires horreurs, est quasiment aussi effrayante que ce qu'il vit lui-même.  Il raconte, mais avec un noeud dans le coeur.

Le seul moment où ses émotions se déploient, c'est lorsque le hockey entre dans sa vie.  Ce sport, qu'il observe d'abord de loin, promu par un des prêtres du pensionnat, le fascinera dès le début.  Il en deviendra fan, y consacrant toute ses énergies, trouvant là une soupape à l'atmosphère étouffante dans lequel il grandit.  Les descriptions du hockey sont absolument hallucinantes, on sent la glace, le contact des lames sur elle, les jeux avec les bâtons, le vent dans les casques, le son de la rondelle dans le filet.  Cette partie est extraordinairement charnelle, contrairement à toute la description de la vie dans les pensionnats, qui est désincarnée, quoique sous les mots, on devine l'innommable.  (En fait, j'ai presque trouvé qu'il y avait trop de descriptions de hockey dans ce livre...)

C'est à travers le hockey que Saul quittera le pensionnat, mais c'est la morsure de ses années passées là-bas qui le poursuivra.  On sent le venin qui le suit partout, un venin qui finira par contaminer jusqu'à son amour du hockey. 

Ce livre est un coup de poing, mais comme un coup de poing qui te rentre dedans au ralentit, la douleur se déploie tout au long, mais le choc le plus dur survient à la fin, quand une révélation oblige à remonter le livre et à voir l'empreinte profonde d'un fait que la douleur a empêché Saul lui-même de comprendre pendant des années.  C'est aussi l'histoire d'une certaine rédemption ainsi que l'illustration de la puissance de la résilience dont les communautés des Premières Nations ont dû puiser au fond d'eux-même.  En ce sens, la scène finale du livre serre le coeur autant qu'il le réchauffe. 

Un livre puissant, mais sobre et calme, comme l'eau d'un lac du nord de l'Ontario sur lequel plane l'amour profond d'un jeu: le hockey.

Ma note: 4.75/5

jeudi 20 février 2020

Toronto 2033 (Collectif d'auteurs)

Toronto 2033  Collectif d'auteurs Spacing Toronto  100 pages


Résumé:
10 nouvelles se déroulant sur le territoire de Toronto, dans un avenir proche marqué par les changements climatiques et technologiques, par 10 auteurs représentatifs de la diversité de cette cité.

Mon avis:
Ce livre se veut de s'inscrire dans le courant émergent de la clit-lit, le mot clit signifiant ici climatique (et non une abréviation d'une partie du corps féminin!), soit la littérature de fiction inspirée des changements climatiques, un courant qui risque de connaître un bel élan dans les prochaines années.

Dix auteurs nous parlent donc de leurs visions du futur de Toronto.  Plusieurs aspects sont abordés: changement dû aux technologies, aux impacts des changements climatiques (la nouvelle montrant les banlieues de Toronto immergée suite à une décision politique pour protéger Montréal fait réfléchir), aux virus et aux mouvements de population.  Chaque auteur tisse sa trame de son propre point de vue.  Si un esprit d'ensemble se dégage (plusieurs éléments d'arrière-plan sont communs à toutes les nouvelles), chacun explore l'avenir selon sa propre perception du présent.  Et comme le collectif avait une volonté claire de faire place à la diversité de Toronto, tant ethnique, culturelle ou sexuelle, ça donne des univers qui partent dans tous les sens, positivement, je tiens à le préciser.

Cette volonté de représentativité fait en sorte que trois nouvelles abordent le sujet des Premières Nations (dont deux extrêmement bien réussie), au point que je me suis demandée si ce n'était pas une gamique des auteurs, une met en vedette un personnage non-binaire et les noms d'ascendance non-caucasiennes sont légions.  J'aurais aimé avoir un peu plus de représentation linguistique de la diversité de Toronto, mais bon, c'était peut-être un peu trop demander.  À part dans Cracks, tous les personnages ne parlent que l'anglais, quelque soit leur origine et personne ne semble avoir d'accent.

L'aspect science-fiction m'a paru un peu exagéré à certains moments, surtout au niveau des technologies, mais l'ensemble reste très cohérent.  La variété des thématiques abordées est à l'égal des auteurs: ça part dans toutes les directions et c'est très bien ainsi.

La meilleure nouvelle du recueil, à mon avis, est The Ravine de Karl Schroeder sur un tueur à gage chargé de faire disparaître un planificateur urbain responsable de répartir la richesse de la ville entre tous, suivi de proche par We have everything the have nothing de Elyse Friedman sur les impacts de la technologie connectée qui envahi jusqu'au sommeil des gens.  La nouvelle Gut feelings de Peter Watts explore l'impact d'un monde dominé par Google poussé à son paroxysme et Surgical mask de Mari Ramsawakh réussi l'exploit de mettre en scène une personne non-binaire et une personne handicapée dans une nouvelle dont l'enjeu ne concerne ni le sexe de l'un-une, ni le handicap de l'autre (et bienvenue dans ce texte aux pronoms neutres, même si c'est encore plus déboussolant qu'en français!).  Cracks d'Elan Mastai, explore les liens de solidarité entre les communautés autochtones et les communautés hispaniques contre un gouvernement canadien rendu jaloux de la protection de ses frontières (les gardes-frontières ressemblant beaucoup à ce qui se voit au sud de la nôtre actuellement).  Cinq autre nouvelles complètent l'ensemble.

Vraiment, un recueil super agréable à lire!  Et vous savez quoi?  Je peux même dire que j'ai un coup de coeur pour lui!

Ma note: 5/5 💖

mardi 10 juin 2014

La chanson d'Arbonne de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne  Guy Gavriel Kay  Flammarion/ XYZ 562 pages


Résumé:
Blaise de Gorhaut est un coran, un mercenaire qui vend ses services au plus offrant.  Anonyme, il a quitté sa partie et depuis parcours les six pays.  En Arbonne, il découvre des coutumes qui le dépasse: dans ce pays, l'amour est chanté et célébré, les femmes ne sont pas soumises aux hommes et c'est même l'une d'entre elle qui détient le pouvoir!  Habitué à voir ce pays comme peuplé d'hommes faibles, il devra remettre en question tous ses préjugés, car, sans qu'il le sache encore, l'Arbonne mettra sur son chemin un avenir qu'il n'aurait jamais pu soupçonner.

Mon avis:
L'écriture de Kay est... féminine.  Je dis ça parce qu'il accorde une grande importance aux nuances dans les émotions de ses personnages.  Aucun d'entre eux ne peut être perçu comme un héros parfait.  Ils ont tous leurs faiblesses, leurs failles, mais elles sont d'une certaine façon que j'aurais plus vu sous la plume d'une auteure féminine que d'un auteur masculin.  Si la virilité n'est pas absente, le pouvoir de la Cour d'amour et des troubadours donne un aspect différent à l'expression de celle-ci.  C'est moins abrupt, plus raffiné, plus subtil.  D'ailleurs, le livre au complet m'a laissé une impression de légère différence.  L'histoire suit les grandes lignes des récits épiques, mais en même temps, elle le fait d'une façon qui laisse beaucoup de place à la féminité.  Les personnages féminins, même s'ils ne combattent pas, sont d'ailleurs très puissants, nuancés, vrais: Cygne, Ariane, Rosala, Béatrice, Lisseult.  Face à elles, les hommes sont tout aussi riches, plein de subtilités.  La psychologie des personnages est très belle, bien décrite, jamais simpliste.  Même celle du père de Blaise, personnage manichéen à l'extrême est bien développée et on le comprend, sans pouvoir l'approuver bien sûr.  J'ai trouvé étrange que le contexte, où les femmes semblent jouir de tant de droits, reste très proche de celui-ci du Moyen Âge (période d'inspiration de l'auteur pour ce livre) sur la question des mariages arrangés.  Ariane s'en plaint à un moment, mais pour le reste, ça semble normal pour tout le monde!  Une petite faille dans la cohérence du récit.  Pour le reste, la façon dont il déploie son univers est vraiment très belle, empreinte de la poésie de ces troubadours qu'il met à l'honneur.  Il y a juste assez de chants pour mettre dans l'ambiance, mais pas trop.  Tant mieux pour ceux qui comme moi ne trippent pas sur la poésie!  Cela reste un récit médiéval, mais pas vraiment fantastique, le surnaturel n'y prenant au final que très peu de place.  Juste quelques petites touches.  Cela rend ce roman difficile à classer dans un genre en particulier.  Je reste avec une drôle d'impression avec ce roman.  C'est bon, mais en même temps, ça ne m'a pas transporté outre mesure, ce qui est étrange vu le sujet traité.  Avec les récits épiques, on s'attend normalement à plus de montée en puissance à certains moments!  Pas vraiment le cas ici.  Cependant, c'est un roman intéressant car il nous fait glisser à la limite des codes des genres et nous donne l'occasion de voir ainsi les coutures de celui-ci en les remettant en question.  À lire pour remettre en question nos certitudes littéraires!

Ma note: 3.75/5

lundi 8 octobre 2012

Les frères Sisters de Patrick de Witt

Les frères Sisters  Patrick de Witt  Altò  401 pages

Résumé:
Le Commodore envoie ses hommes de main, les frères Charlie et Eli Sisters tuer un homme, Hermann Warm, en Californie, en pleine ruée vers l'or.

Mon avis:
Ok, résumé très bref, mais je ne peux faire autrement.  Parce que raconter un bout de l'histoire de ce livre, c'est commencer et on doit ensuite tout raconter.  Tout simplement parce que cette histoire, c'est un road trip à cheval, un horse trip si vous préférez.  On part et on suit les frères Sisters tout au long de leurs aventures sur le chemin vers la Californie.  C'est Eli qui raconte leur histoire.  Charlie est le frère aîné, dominant, agressif, c'est lui qui a entraîné son petit frère dans cette vie de dangers et de mort.  On sent très vite qu'Eli ne partage pas les goûts de son frère pour le sang et les aventures, mais il le suit par loyauté.  En tombant amoureux de toutes les filles qui lui accorde un peu d'intérêt en chemin!  Ce n'est pas une intrigue solide et étoffée, on suit les personnages le long de leur route, sans qu'il y ait véritablement d'histoire.  Et le livre a avantage pour conserver l'intérêt à être lu dans une période rapprochée (ce que je n'ai pas fait).  Bien écrit par contre et démystifiant largement le mythe des cow boys et de la ruée vers l'or.  Un western spaghetti en quelque sorte.  Intéressant, mais sans plus.

Ma note: 3.5/5

Je remercie les éditions Altò et plus particulièrement Isabelle pour ce service de presse.

lundi 27 février 2012

Dolce Agonia de Nancy Huston

Dolce Agonia  Nancy Huston  J'ai lu 298 pages

Résumé:
Sean Farrell a invité plusieurs de ses amis pour Thanksgiving.  Mais il y a aussi un invité auquel personne ne s'attendait: Dieu en personne se penche sur les invités à ce dîner.  Car il les connaît, il connaît leurs pensées les plus secrètes, leurs secrets les plus inavouables, leurs petites mesquineries, mais aussi leurs digressions personnelles au milieu des conversations de ce souper d'amis.  Et Il ne peut s'empêcher de raconter comment vont mourir chacun des invités, parfois très peu de temps après, parfois des années plus tard.  C'est donc le récit de ce repas entre amis qui nous est raconté, avec un grain de sel divin.

Critique:
C'est surprenant.  Je n'en attendais pas moins de Nancy Huston par contre.  Elle a une façon très personnelle de placer ses phrases et ses dialogues.  Et la façon dont elle le fait transforme le récit.  Les longues digressions que font les personnages quand momentanément, en plein milieu de la discussion, ils commencent à se rappeler tel détail, à se remémorer tel souvenir crée une dynamique particulière.  Je me reconnaissais dans ces digressions, c'est fou, ce que c'est vrai que parfois, ça arrive comme ça.  Entre chaque chapitre, Dieu «s'amuse» à nous expliquer comment il emportera chacun des invités.  Étrange de savoir comment vont mourir chacune des personnes présentes, même le bébé, alors qu'ils sont là, vivants, en pleine forme, en train de manger, de boire, de rire et de discuter. On s'attache aux personnages, à leurs petitesses, à leurs imperfections, à leur humanité quoi.  Rien n'est aussi beau et parfait que ne le laisse croire les apparences et il n'y a personne pour «sauver» la situation, pas de personnage dont la perfection rattraperait l'imperfection des autres.  On est pas dans le domaine des héros.  On est dans l'humanité avec tout ce que ça comporte de beauté et de laideur.  Beth et son surpoids, Rachel et la dépression, Brian et son boulot qu'il déteste parfois, Aaron qui fait semblant de ne pas entendre, Charles et ses apitoiements sur lui-même pour son unique infidélité, Sean enfin, l'homme qui a invité tout le monde et qui en même temps est plutôt un égoïste qu'un altruiste.  Dépressif, alcoolique, poète: mauvais mélange!  Le roman en lui-même est surprenant, on ne raconte pas vraiment une histoire, mais bien une soirée.  Je le redis, c'est du Nancy Huston, donc, c'est surprenant au possible.  Dans ses livres, autant que le plaisir de l'histoire, il y a le plaisir des mots et que la façon dont elle les utilise.  J'ai étiré en longueur une bonne partie de ce roman, donc, mon avis n'est peut-être pas aussi pertinent que si je l'avais lu d'une seule traite, mais reste que c'est une lecture que j'ai vraiment apprécié.

Ma note: 4.5/5

mardi 19 juillet 2011

Ultraviolet de Nancy Huston

Ultraviolet  Nancy Huston  Thierry Magnier  79 pages

Résumé:
Lucy Larson a 13 ans et vit avec son père pasteur dans la poussiéreuse et desséchée Alberta des années 30, entre la crise économique et la sécheresse qui ravage le pays depuis 3 ans.  Son univers est étriqué comme seul peut l'être celui d'une fille de pasteur par trop conformiste et de son épouse elle aussi soucieuse des apparences.  Mais l'intelligence bout sous son crâne, c'est pourquoi elle commence à tenir un journal.  Néanmoins, c'est sa rencontre avec le docteur Bernard Beauchemin, médecin chassé du Québec pour un crime que l'on ne connaîtra que plus tard qui marquera le tournant, à la fois de cet été trop chaud et aussi, de sa jeune vie.

Critique:
Le livre est le carnet tenu brièvement par Lucy le temps d'un été, été qui sera celui de sa transformation.  Tel un papillon, elle va sortir de sa chrysalide.  Pas pour les bonnes raisons sans doute, mais sa brève rencontre avec le Dr Beauchemin va être marquante pour la totalité de sa vie, on le sent.  On le sait d'ailleurs par Lucy elle-même.  Le livre est extrêmement court, mais aussi très intéressant.  On suit le cheminement de Lucy, sa relation avec le Dr Beauchemin, mais aussi la façon dont elle sort la tête de son univers étriqué où les choses sont ordonnées d'une telle façon que seule la mort peut les faire bouger.  L'écriture de Nancy Huston se transforme dans ce petit opus pour être au niveau de langage d'une adolescente de 13 ans (mais une adolescente amoureuse du dictionnaire et de l'étymologie grecque et latine).  On ne sent pas l'adulte, on sent la jeunesse, la fraîcheur des premières découvertes, de l'amour naissant, mais sans tomber dans le cucul la praline des premiers émois amoureux trop kitch repris dans certains livres.  On parle de la vérité d'un être humain.  La dernière scène entre le Dr Beauchemin et Lucy peut être interprétée de différentes façons, selon que l'on se mette du côté de Lucy ou de l'adulte qui regarde.  Comme souvent dans ses livres, Nancy Huston ne porte pas de jugement, elle laisse le lecteur trouver ses propres réponses à la question qu'elle pose.  Et elle le fait très bien, moins que dans d'autres livres, mais très bien quand même pour une lecture destinée aux ados.  Après tout, il faut les laisser grandir un peu pour qu'ils comprennent certaines choses! ;)

Ma note: 4/5

mardi 24 mai 2011

La voleuse d'hommes de Margaret Atwood

La voleuse d'hommes  Margaret Atwood  Collection Domaine étranger  10/18  655 pages


Résumé:
Tony, Charris et Roz sont des amies très différentes, mais unies par une chose: à un moment de leur vie, toutes trois ont perdu un homme.  À cause de Zenia.  Mais maintenant, Zenia est morte et elles sont en paix.  Elles se réunissent pour déjeuner entre amies, quelque fois, malgré leurs vies aux antipodes l'une de l'autre.  Mais lors de l'un de ces déjeuners, Zenia entre dans le restaurant.

Critique:
Il faut un certain temps avant de se faire à l'écriture très particulière de Margaret Atwood. Le rythme est lent.  Ça coule au départ difficilement et passé un certain point, tout coule, tout déboule et on suit le récit avec intérêt.  D'ailleurs, l'histoire n'est pas linéaire, on commence par le rendez-vous au Toxique qui permet une présentation des trois personnages principaux, ensuite seulement on plonge dans le passé pour voir les liens qui les unissent.  Et comment, Zenia, de différentes manières, mais toujours en traître leur a à chacune volée un homme auquel elles tenaient.  Tony, Charris et Roz sont pourtant loin d'être des saintes: elles ont leurs défauts et d'une certaine façon, on peut à toutes les trois leur reprocher de s'être accrochée à des hommes qui ne les aimaient pas.  Il y a quelque chose de pathétique dans ces trois femmes, mais en même temps de tellement vrai en elles.  De tellement humain, avec leurs petites misères et leurs grandeurs passagères.  Leurs relations compliquées avec leurs enfants en passe de devenir adulte et aussi, d'une certain façon, avec leurs estimes d'elles-mêmes.  De la femme qui prend soin de l'homme qu'elle aime qui en aime une autre, de celle qui fait vivre un homme qui abuse honteusement d'elle, de celle qui accepte d'être trompée et trahie pour ses enfants et parce qu'au fond, elle aime son mari.  Trois femmes qui pourtant vont finir par faire face et à se tenir debout devant l'espèce de sirène qui fait perdre la tête aux hommes qu'est Zenia.  D'ailleurs ce personnage, menteuse compulsive et séductrice en série est fascinant, parce qu'on ne sait jamais ce que ses actions visent.  On ne sait jamais quels sont ses buts, ce qu'elle veut, d'où elle vient.  Manipulatrice, championne des histoires inventées, des demi-vérités et des coups fourrés.  De toute les façons.  Et dont même la mort est une façon de faire.  Ce livre est magnifiquement écrit, on sent les faiblesses, les forces, la vérité des personnages que l'auteure ne cherche ni à améliorer ni à enlaidir.  Elle sont telles qu'elles sont et seule la maléfique Zenia semble porter un aura de perfection probablement dû à un contrôle de soi si total qu'elle en perd presque son humanité.  Et les hommes?  Faibles, mais en même temps, encore plus perdu que les femmes qui les aiment.  Ils ne sont pas des personnages principaux, ils sont secondaires dans cette histoire essentiellement féminine qui nous fait plonger au coeur des angoisses de chacune et dont chaque femme peut y trouver un écho.  J'aurais peut-être aimé être davantage emportée par le récit, mais le propos et l'écriture font que ce livre entre dans la catégorie des on adore, mais on ne dévore pas la brique en trois jours.  C'est différent de tout ça.  Mais en même temps, c'est excellent et on ne peut s'empêcher de vraiment s'attacher aux personnages, tellement Margaret Atwood nous les rend proche de nous. 

Ma note: 4.5/5

vendredi 1 avril 2011

L'école des films de David Gilmour

L'école des films  David Gilmour  Leméac 216 pages


Résumé:
Un père, David Gilmour, se retrouve face à une situation presque sans issue quand il se rend compte que son fils Jesse est en rejet complet de l'école.  Il prend alors une drôle de décision: il accepte que Jesse cesse d'aller à l'école, en échange de quoi cet ancien critique de cinéma lui fera voir trois films par semaine.  Et durant un long moment, père et fils vont vivre ainsi, assis côté à côté sur le divan pour une odyssée cinématographique et humaine qui les fera grandir l'un et l'autre.

Critique:
Ce livre transpire l'authenticité.  C'est un roman d'initiation, un roman sur le passage à l'âge adulte, sur ce difficile chemin que tous doivent emprunter un jour où l'autre pour être une personne à part entière, détachée de ses parents, mais raconté du point de vue du père, du point de vue de celui qui est vu comme un guide, malgré que lui-même soit complètement désorienté dans ce rôle.  Jesse est dans une période d'angoisse profonde, d'anxiété même et cela se manifeste particulièrement dans sa relation avec l'école, lieu d'apprentissage avant tout.  Alors son père accepte qu'il ne fréquente plus l'école, qu'il cesse d'y aller.  Décision crève-coeur pour lui, car il ne sait pas s'il prend la bonne ni si elle n'aura pas de conséquences tragiques sur la suite de la vie de son enfant.  (Il s'inquiète à de nombreuses reprises de le voir finir chauffeur de taxi!)  Mais il la prend.  Il accepte de prendre le risque.  À deux conditions: un pas de drogue, c'est très clair là-dessus et l'autre, et deux, qu'il s'engage à regarder trois films avec son père par semaine.  À partir de ce moment, on aurait pu tomber facilement tomber dans un énième roman de quelqu'un qui voit transformer sa vie grâce aux films, etc, etc...  Ce n'est pas le cas, pas le moins du monde.  On reste centré sur quelque chose de beaucoup plus important, de beaucoup plus subtil: la relation entre un fils et son père et entre eux, toutes les phrases qui se diront, les non-dit, les angoisses respectives du fils et du père (qui durant cette période est la majeure partie du temps au chômage et presque en crise existentielle car il ne sait pas s'il se retrouvera du boulot stable un jour), mais aussi tout ces petits moments de bonheur, ces petites étapes que le père voit son fils traverser, en se posant tout le temps la question à savoir s'il a fait la bonne chose pour le guider dans la vie.  Avec au bout, la récompense paternelle: voir son fils devenir un homme, un adulte, sain et équilibré après avoir passé une étape difficile.  Le cinéma est ici un prétexte à amener le fils à passer du temps avec son père et à entamer le dialogue avec lui.  En ce sens, c'est encore la meilleure chose qui arrive dans le livre.  C'est ainsi.  Et en faisant ce qu'il a fait, l'auteur a réussi à nous offrir un magnifique livre, très beau, très doux et qui même s'il n'est pas romanesque, vient nous chercher aux trippes.  Un superbe morceau de littérature.  Je regrette juste qu'ils n'aient pas regardé de films de science-fiction comme 2001 l'odyssée de l'espace, ils auraient sûrement pu élargir ma culture cinématographique là-dessus...

Ma note: 5/5!

Je remercie Leméac/Actes Sud et plus particulièrement (et énormément!) Josée pour ce service de presse.