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jeudi 7 mars 2019

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou  Michel Tremblay  Leméac  92 pages


Résumé:
Léopold et Marie-Louise, mari et femme, se disputent.  Dix ans plus tard, dans la même maison, Carmen et Manon, leurs filles, se disputent également.  Dans ce chassé-croisé entre deux époques, entre deux chicanes, reposent de grandes vérités et de sombres secrets.

Mon avis:
Lire du Michel Tremblay, c'est lire un texte qui est fait pour s'entendre plus que se lire, surtout ses pièces de théâtre.  Tout dans le texte est là pour rendre l'oralité.  L'orthographe des mots, le rythme des phrases, le rendu des dialogues, tout est là pour tendre à une représentation écrite d'une langue haute en couleur qui n'est pas fait pour l'être.  On peut en dire autant des personnages colorés qui portent le texte.  Ils sont archétypaux, mais on les montre dans leurs laideurs et non leurs beauté.  Ils en sont d'une justesse et d'une maîtrise incroyable.  On les voit littéralement.  Ce sont quatre membres d'une même famille, mais à part de vivre sous le même toit, on peut se demander ce qui les unit vraiment.  Ils sont liés, mais seuls chacun dans leurs coins, chacun dans leurs problèmes, sauf Carmen.  C'est justement ce personnage qui permet de montrer les autres tels qu'ils sont.

La situation de base a quelque chose de tellement universelle qu'elle pourrait être transposé à peu près n'importe où dans le monde, sauf que son enrobage est tellement local qu'il est impossible que cette histoire se passe ailleurs dans dans le Montréal ouvrier des années 1960.  Le texte sent les difficultés des femmes de cette époque, la lourdeur des tabous liés à la sexualité des femmes, mais aussi le poids du travail abrutissant pour les hommes.  Le père et la mère sont le fruit d'une époque, d'une mentalité et d'un milieu social qu'ils rendent bien.  En contre-point, les deux filles, celle qui poursuit dans cette voie et celle qui s'émancipe de son milieu.

À dix ans de distance, ont lieu deux disputes qu forment le coeur de la pièce.  Comme les deux sont entremêlées (une réplique, c'est Léopold qui parle à Marie-Louise, l'autre c'est Carmen qui parle à Manon, la troisième, c'est Marie-Louise qui répond à Léopold etc...)  C'est un peu mêlant au début à la lecture, mais ça finit par se placer.  L'effet par contre, est clairement visible et je ne que m'imaginer le rendu sur scène.  C'est du grand Michel Tremblay que cette pièce, avec sa touche toute particulière.

Ma note: 4.75/5

mercredi 30 janvier 2019

Incendies de Wajdi Mouawad

Le Sang des promesses 2- Incendies  Wajdi Mouawad Collection Babel  Leméac/Actes Sud  170 pages


Résumé:
À la mort de leur mère, Jeanne et Simon se voient remettre deux lettres.  Une pour leur père qu'ils croyaient mort et l'autre pour leur frère qu'ils ignoraient avoir.  Pour les deux jumeaux, le choc est brutal, mais va surtout les obliger à confronter le passé de cette mère qu'au font, ils connaissent si peu.

Mon avis:
L'adaptation cinématographique de Denis Villeneuve m'avait profondément marqué et c'est pourquoi j'avais le goût de me frotter à l'oeuvre originale.  Il y a certes des différences entre les deux oeuvres, mais dans l'ensemble, l'esprit de la pièce de théâtre a été préservée dans le film.  

La pièce est plus onirique, moins dans le concret.  Elle nous transporte très profondément dans les émotions de ses personnages, dans leurs déchirements, qui font échos aux déchirements vécus par ceux qui vivent les guerres.  Les jumeaux ont été épargnés, mais ils portent en eux cette part d'ombre, acquise à la naissance.  C'est sur cette part d'ombre que se joue toute la pièce.  Si comme dans le film, les noms de lieux sont en arabe, le fait que les paysages soient absents donne une impression encore plus universelle au récit.

Évidemment, il n'y a que le texte qui soit ici accessible et il comporte très très peu de didascalies, ce qui m'a légèrement frustrée.  Il y avait un niveau de la pièce qui m'était inaccessible et qui appartient aux mystères de la scène et du théâtre.  Particulièrement avec cette oeuvre, c'était criant.  Tout n'était pas dans le texte.

L'écriture est toute en retenue.  Elle montre beaucoup plus qu'elle ne dit.  On a pas besoin de beaucoup de mots pour sentir la colère, la hargne, les déchirements, ce que la guerre fait aux êtres humains.  Nawal, au centre de cette histoire, reste, malgré ses actes, un personnage en faveur de la paix.  Dans un monde où tous perdent leur humanité, elle reste profondément humaine.

L'édition que j'ai lu était complété par un texte de l'auteur sur son processus de création que j'ai lu avec grand intérêt.  C'est une incursion rare dans des étapes de création faites de questionnements qui mènent à l'oeuvre finale.  

Ma note: 4.75/5

lundi 3 novembre 2014

Les belles-soeurs de Michel Tremblay

Les Belles-Soeurs  Michel Tremblay  Collection Théâtre  Leméac  151 pages



Résumé:
Germaine Lauzon a gagné un million de timbre-prime dans un concours.  Pour les coller dans les livrets, elle invite soeurs, belle-soeurs et voisines à un party de collage de timbres.  La soirée ne se passera pas comme prévu.

Mon avis:
Qui n'a jamais entendu parlé de cette pièce de Michel Tremblay, la plus marquante de ses oeuvres?  Beaucoup de gens, la plupart ayant en même temps entendu parler du scandale que la pièce a fait au moment de sa parution parce que les personnages y parlaient le joual, une langue française fourchue, tordue, celle qui prend place dans la bouche des classes ouvrières, mais qui dans celle des personnages de l'auteur, devient une forme d'expression complète, entière.  Une langue avec ses propres codes.  On en oublie combien elle est décriée dans certaines occasions, tellement elle est bien utilisée dans cette pièce.  À travers elle, on ressent les émotions de ces femmes, mères, épouses, réduites à leur rôle, bien souvent engluées dans des émotions qu'elles ne peuvent exprimer faute de mots pour le faire.  Une telle a découvert le plaisir à 55 ans en sortant dans les bars, l'autre doit subir la libido débordante de son mari, une autre est enceinte sans être mariée, une autre a pensé avoir trouvé la liberté dans une vie sortant du cadre traditionnel.  Toutes à un moment donné nous livre ce qui les ronge de l'intérieur.  Derrière le vernis des apparences apparaît une véritable détresse et une volonté farouche de ne pas laisser voir cette faiblesse aux autres, de maintenir le masque, on comprend qu'au fond, elles sont plus semblables qu'elles ne veulent l'admettre, montant en épingle de petites différences pour se maintenir à flot les unes face aux autres.  La langue écrite de cette pièce rend hommage à la langue parlée et est par ce fait même un peu ardue à aborder.  Il faut lire certains extraits à voix haute pour les comprendre, pour en extraire toute la saveur.  Ce n'est pas un texte facile à aborder et on se surprend à se demander comment serait rendue la pièce en vrai en la lisant.  Certes, les didascalies aident, mais ce n'est pas une pièce que l'on doit lire, mais bien que l'on doit entendre.  Les extraits des nombreuses critiques de l'époque en fin de texte donne une idée de la résonance de la pièce à sa sortie, en plein milieu de la Révolution tranquille.  Éclairant pour le lecteur qui veut aller plus loin que la simple lecture du texte de la pièce mythique.

Ma note: 4/5

mardi 13 mai 2014

La Guerre de Troie n'aura pas lieue de Jean Giraudoux

La Guerre de Troie n'aura pas lieue  Jean Giraudoux  85 pages  Texte lu en numérique libre de droit*


Résumé:
Hector ne veut plus de la Guerre, Hélène ne sait plus trop si elle aime Pâris et des légistes semblent vouloir pousser à la guerre.  La Guerre de Troie aura-t-elle lieu ou non?

Commentaire:
Il faut avoir une certaine connaissance des personnages et du contexte dans lequel a lieu la pièce pour en comprendre toute la saveur.  Voir Hector demander résolument la paix, c'est faire faire une sacrée contorsion au personnage d'Homère!  Guerrier, Hector l'était, mais dans cette pièce, c'est la paix qu'il souhaite.  Tout comme Andromaque, sa femme et Hécube, sa mère.  Tandis que de l'autre côté, le roi Priam pousse pour la guerre, appuyé par un poète, Démékos, qui rêve de pouvoir à nouveau chanter les louanges de guerriers.  On voit même apparaître à un moment un juriste international interprétant le moindre des gestes des Grecs arrivant à Troie pour réclamer Hélène comme un geste de déshonneur.  Tout est bon pour déclencher la guerre!  Et Hélène...  Ouf!  Le modèle de la femme stupide, qui fait ce qu'on lui dit, aime griser les hommes autour d'elle et ne comprend pas les conséquences de ses actes.  Elle aimait bien Pâris, mais à un moment, s'en désintéresse.  Retourner en Grèce?  Peut-être, mais pourquoi au juste?  Et c'est pour cette femme que la guerre aura lieu...  Montrant qu'au fond, la guerre n'est jamais faite pour de bons motifs.  La pièce est truffée de réparties savoureuses, souvent en lien avec la personnalité historique des personnages.  Elles ont souvent un soupçon de double-sens qu'il faut connaître pour les apprécier, mais ils font quand même souvent mouche.  Ce qui est bien, c'est que le caractère des personnages de la légende troyenne est respecté, mais en même temps, modernisé.  La pièce a été écrite alors que menaçait le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale et on peut y voir un hommage à la paix, une volonté de montrer que la guerre ne se fera que pour des motifs stupides au fond.  Et que malgré tout, comme le dit si bien Cassandre, la Guerre de Troie aura lieue.  Mon seul regret est le peu de didascalies présents dans le texte que j'ai lu.  Ça empêche de «voir» la pièce.  Une belle lecture, je me demande vraiment ce que ça donnerait en live.

Ma note: 4/5

*Le texte en version numérique libre de droit que j'ai lu est disponible ici.

jeudi 28 mars 2013

Le vrai monde? de Michel Tremblay

Le vrai monde?  Michel Tremblay Collection Théâtre Leméac 100 pages


Résumé:
Claude a vingt-trois ans et rêve d'être écrivain.  Pour sa première pièce de théâtre, il a mis en scène les membres de sa famille.  Seulement, il les a forcé à dévoiler leurs secrets dans cette pièce, révélant la part d'ombre que tous portent.  Et quand ceux-ci découvrent comment il les voit, la réalité et la fiction s'entremêlera, empêchant de voir où commence l'une et où finit l'autre.

Mon avis:
Je m'étais promis de lire du théâtre cette année.  À part quelques pièces durant mes études, c'est un genre que j'ai peu côtoyé dans les faits.  Et voilà que me tombe dans les mains l'occasion de découvrir une pièce, qui plus est de Michel Tremblay, dont j'avais adoré Un ange cornu avec des ailes de tôles cet automne.  Et bien, plus je lis cet auteur et plus je comprends pourquoi son univers a tant marqué la littérature de notre coin du monde.  La langue de cette pièce est absolument savoureuse.  C'est notre langue parlée, mais en même temps, écrite, magnifiée parce que portée par un petit quelque chose de supérieur, de magique, qui lui donne toute sa saveur.  Les dialogues de cette pièce ne sont pas que des mots ordinaires, sous la plume de Michel Tremblay, l'ordinaire touche au sublime.  On plonge dans l'histoire tordue de cette famille.  De leurs travers, de leurs non-dits, de leurs petites misères et grandes faiblesses, et de toutes les conséquences qui en découleront.  De la lâcheté du père, de la résignation de la mère.  Les personnages de cette pièce s'entrecroisent, sur une même scène se côtoie le monde inventé par Claude et la réalité à un point qu'à un certain moment, on pourrait se mêler entre les deux, mais non, même sur papier, sans des comédiens différents pour jouer les personnages réels et fictifs, le texte est tellement finement écrit que le mélange n'est pas possible.  Il y a trop de décalage entre les deux pour que l'on s'y laisse prendre.  Une pièce magnifique à l'écrit.  Si quelqu'un sait si elle est à l'affiche quelque part, me faire signe!

Ma note: 5/5  Coup de coeur!