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lundi 1 mars 2021

Auteur.e.s mort.e.s avant 1950 ou les joies du domaine public!

 Salut!

Je ne suis pas une grande fan de livres numériques, sauf pour une chose: tout ce qui appartient au domaine public, aussi appelé libre de droits.

Ok, ça mange quoi en hiver ce truc-là?

Par la loi de la nature et jusqu'à preuve du contraire, tous les êtres humains vont mourir un jour.  Quand, on ne le sait pas.  En attendant, tous les êtres humains peuvent produire une oeuvre, qu'elle soit écrite, peinte ou sculptée (on ajoute les enregistrements sonores et visuels, mais c'est pas le point ici).  Ça a été une longue bataille sur lequel je ne reviendrais pas, mais les artistes ont gagné le droit de se voir payer un montant quand leur oeuvre est vendue/interprétée/tout autre variante où elle est utilisée.  On appelle ça le droit d'auteur.  Au moment de la mort d'un.e artiste, peu importe son domaine de création, les droits d'auteur.e passent à ses ayants droits, soit les personnes qui par filiation ou par testament, héritent de ceux-ci.  Ceux-ci peuvent donc toucher les dits-droits d'auteurs pour une certaine période de temps.

(À partir d'ici, oublier les autres domaines de la création autre que l'écrit, je suis loin d'être assez calée dans le domaine pour répondre à vos questions.  Oublier aussi tous les autres territoires en dehors du Canada et pour certains cas, la France et les États-Unis (parce que je zieute aussi ce que font la France et les États-Unis dans ce domaine!).)

Après un certain nombre d'années, les oeuvres tombent donc dans ce que l'on appelle le domaine public.  C'est-à-dire que les oeuvres ne sont plus soumises à des droits d'auteur, peuvent être reproduites, copiées et adaptées sans avoir à payer un sou de redevance.  De même, elles peuvent être téléchargées librement sur Internet, sans le moindre souci.  Le texte devient libre!  Certes, on doit le citer si on l'utilise (rende à César quoi!), mais on n'a pas à débourser un sous pour le faire, on ne peut pas le faire passer pour le sien (ça reste du plagiat), mais tant que la source est bien identifiée, et bien, amusez-vous!

C'est génial n'est-ce pas?  Oui, mais c'est aussi un joyeux bordel. 

Parce que voyez-vous, les pays ne sont pas tous d'accord avec le nombre d'années après la mort de l'auteur.e l'oeuvre tombe dans le domaine public.  Pour le Canada et jusqu'à nouvel ordre, c'est 50 ans suivant l'année de décès de l'auteur.e pour les oeuvres écrites (romans, poésie, essai, pièce de théâtre, etc).  La loi sera bientôt modifiée pour être portée à 70 ans après l'année de décès de l'auteur.e, suite aux renégociations de l'ALENA (ici, un gentil doigt d'honneur à Donald Trump!).  Donc, au moment de la publication de ce billet (mars 2021), tous les auteur.e.s mort.e.s avant 1970 sont dans le domaine public au Canada, à l'exception des cas où l'oeuvre a des  co-auteur.e.s (dans lequel cas, faudra attendre la date de décès ou des co-auteur.e.s)... mais pas en Europe pour qui la référence est de 70 ans.  Aux États-Unis, suite à une modification législative en 1998 (Surnommée le Mickey Mouse protection act... devinez qui a poussé pour son adoption?)  c'est un bordel encore plus grand parce que dépendant si l'oeuvre a ou non été publiée avant 1978, les règles diverges et... j'irais pas plus loin!  Je suis moi-même perdue devant leurs façons de traiter le domaine public!

Donc, si vous avez une tablette ou une liseuse, vous pouvez prendre l'aéroport à Montréal avec des fichiers légaux qui deviennent illégaux à la douane...  Conseil d'amis, tenez-vous en à 70 ans, c'est plus sûr.

Dernier point, la traduction: si l'oeuvre a été traduite, la traduction a aussi ses droits d'auteur.  Au Canada, je n'ai trouvé aucune information à ce sujet, mais en France, vous devez attendre les 70 ans après la mort du traducteur...  Donc, zéro inquiétude pour les textes du XIXe siècle et pour les livres en langue originale.  Les traductions plus récentes sont exclues du droit public.  Et vous pensiez que retraduire certains livres était seulement pour la beauté de la chose?  Bien sûr que non, il y a également des raisons commerciales derrière.

Mais bref, faut être au courant des règles, faut surveiller, cela veut surtout dire que chaque année, au 1er janvier, une floppée de nouvelles oeuvres deviennent accessibles.  En 2021, nul autre que George Orwell est entré dans le domaine public en Europe (attendez-vous à quelques adaptations de 1984!). 

Ça veut aussi dire que des milliers d'oeuvres, parfois indisponibles depuis des années sur le marché du livre régulier deviennent accessibles.  Tout est à portée de main: c'est légal et c'est gratuit.  On peut aller les chercher sans problème.  Mes sites chouchous pour en trouver, c'est ici pour l'international et ici pour le québécois.  Il y a une véritable mine d'or là-dedans.  Bien sûr, le temps ayant écrémé, on a gardé les oeuvres les plus populaires ou considérées comme étant les meilleures des auteur.e.s, mais souvent, leur oeuvre est plus vaste.  Des auteur.e.s oublié.e.s peuvent ressurgir de l'ombre.  Des voix différentes aussi, parce que l'histoire ne les a pas toutes retenues (penser ici à la littérature des femmes, des différentes communautés culturelles ou religieuses, etc).  Ce n'est pas toujours le  meilleur (j'ai lu un Jules Verne qui m'a fait mourir de rire tellement s'était médiocre), mais ça reste une façon d'accéder à tellement plus vaste que ce que le marché de l'édition est capable de supporter.  Parce que non, on ne peut pas garder tous les livres disponibles tout le temps.  Alors le numérique aide à pallier ce trou.

Maintenant, à moi les Dumas, Verne, Zweig, Saint-Exupéry, Dickens, Austen, Woolf, Brontë, Conan Doyle et cie!  À moi les trésors et les perles!  Un clic et c'est sur la liseuse et on est parti pour un grand tour sur leur plume!

Maintenant, le grand problème: trouvez plus de temps pour lire...

@+ Mariane

jeudi 2 octobre 2014

Durée d'oscillation variable de Martin Lessard

Durée d'oscillation variable  Martin Lessard  Long Shu publishing  110 pages Lu en numérique


Résumé:
Une série de nouvelles de science-fiction mettant en scène des êtres humains à la croisée des chemins.

Mon avis:
Ce recueil de nouvelles est relativement égal entre les textes, ce qui est un fait rare.  Il n'y a pas de très mauvaise nouvelle ou d'excellente dans ce recueil.  On sent beaucoup d'exploration par contre, tant dans les avenues empruntées que dans les styles utilisés.  Beaucoup de recherche du côté des effets stylistiques entre autre.  Cela se sentait à la lecture, mais c'était réussi dans la plupart des cas.  J'ai bien aimé les brèves explications précédents chaque nouvelle pour mieux les situer par rapport à d'autres oeuvres ou sources d'inspiration.  Chose qui me perturbe assez rarement d'habitude, la police de caractère choisi pour le texte m'a demandé un certain temps d'adaptation.  Et oh surprise, j'avais déjà lu au moins une des nouvelles dans une revue!  La version avait été retravaillée, mais c'était la même histoire à la base.  Intéressant.  Il y avait de très bonnes idées dans la plupart des nouvelles, mais le format le voulant, peu de place pour les développer.  Un recueil de nouvelles intéressant, mais dans lequel on sent beaucoup de recherche et d'essais, ce qui n'est pas en soi négatif.

Ma note: 3.75/5

mardi 23 septembre 2014

Malphas: 3- Ce qui se passe dans la cave reste dans la cave de Patrick Senécal

Malphas  tome 3  Ce qui se passe dans la cave reste dans la cave  Patrick Senécal  Alire  415 pages Lu en numérique


Résumé:
Après avoir échappé à une tentative d'assassinat, Julien Sarkozy reprend les cours au Cégep de Malphas pour une nouvelle session.  Si on ne l'a pas tué, il apparaît bien vite que quelqu'un souhaite qu'il quitte la région.  Obsédé par l'idée de savoir ce qui se cache dans le sous-sol du Cégep de Malphas, il se rend également compte que la magnifique Rachel Reed ne lui dit pas toute la vérité.  Alors que Simon Gracq revient après un détour en prison, Julien se décide à utiliser les grands moyens pour entrer dans la cave.

Mon avis:
J'avoue avoir eu de la difficulté de faire le résumé de ce livre: je ne veux pas donner trop de punchs à un lecteur qui s'intéresse à la série.  Il n'y a qu'un mot à dire: c'est excellent!  À la lecture, je me demandais comment l'auteur pourrait faire un quatrième tome, j'avais l'impression qu'à la fin du livre, toutes les intrigues seraient dénouées, tous les bouts d'histoires trouveraient une fin.  Mais non!  C'était mal connaître Senécal que de penser ça.  Malgré tout, il y a un sens à tout.  Et j'ai lâché un retentissant f*** en lisant les deux derniers mots du dernier paragraphe.  Oui, le suspense dure jusque là.  L'aspect enquête n'est sans doute pas ce qui m'a entraînée vers cette série, mais j'ai adoré, me prenant même à essayer de savoir ce qui allait se passer et de comprendre les visées du duo Archlax père et fils.  En éclatant de rire aux trois pages.  L'auteur a le talent de nous sortir des phrases au détour, quand on s'y attend le moins et qui nous fait rire, mais rire.  J'aimerais bien citer mes passages préférés, mais j'aurais peur de livrer des bouts d'histoires et honnêtement, ce livre, ça vaut la peine de le savourer entièrement.  L'auteur nous tient en laisse jusqu'à la fin, c'est très dur à lâcher.  Les personnages, maintenant qu'on les connaît, on s'y attache et en même temps, quand certains d'entre eux disparaissent, les circonstances font qu'on les remplace par d'autres, auquel on s'attache autant.  Les morts sont nombreuses, mais c'est ainsi depuis le début de la série.  L'horreur?  Présente, La violence également, mais le tout sous tellement d'humour que même le pire passe bien.  Quand au secret caché dans la cave...  Et bien, je ne vous dirais rien, mais sachez que ça valait la peine d'attendre pour le savoir!  C'est dur d'écrire une critique quand en dire on veut le moins possible.  Mais bon, résumons-ça en peu de mots: c'est excellent, lisez ce livre!

Ma note: 5/5

mardi 9 septembre 2014

Chroniques de l'Olympe: 1- Fils de Troie de Guy Bergeron

Chroniques de l'Olympe  tome 1  Fils de Troie  Guy Bergeron  Porte-Bonheur  208 pages


Résumé:
À Troie, la reine Hécube met au monde un fils, dont une prophétie dit qu'il sera responsable de la chute de Troie.  Aussitôt, l'enfant disparaît, pour mieux revenir des années plus tard, jeune homme plein de force et d'adresse.  Un jeune homme qui a été pris à partie par trois déesses pour déterminer laquelle est la plus belle.  L'une d'elle lui a promis l'amour de la plus belle des mortelles pour qu'il la désigne...

Mon avis:
Quand on se met à faire des critiques, on découvre qu'il y a un réel plaisir à parler des livres que l'on a aimé, surtout quand on connaît l'auteur.  Ce devoir devient plus pénible quand il s'agit d'un livre que l'on ne peut plébisciter.  C'est le cas de Fils de Troie.  J'ai grincé des dents tout au long du livre.  Le problème est essentiellement le niveau de langage: l'auteur a essayé de garder le souffle, la fougue du texte grec original, mais en utilisant des tournures de phrases et un vocabulaire qui appartiennent bien plus au registre familier moderne.  Je n'arrêtais pas de tiquer à la lecture tellement ça ne coulait pas, tellement ça grinçait.  Pour avoir lu l’Iliade, je voyais clairement les efforts faits pour se rapprocher du texte antique, mais ça sonnait faux.  Surtout dans les dialogues qui me paraissaient tenir à la fois du théâtre et de la déclamation.  Par exemple, le duo d'amoureux Laodicé-Acamas était dans des mises en scène digne de Shakeapeare, mais discutaient comme des ados rose-bonbon.  Les paroles de certains guerriers lancées sur le champ de bataille étaient du genre où on se demandait s'ils avaient le temps de penser à de telles phrases en plein milieu du champ de bataille.  Ça marche dans l'Iliade, mais aujourd'hui...  De plus, les libertés permises avec la trame originale me semblait empruntées plus qu'autre chose.  (Allo!  Cassandre et Pâris sont jumeaux!)  Certes, au travers, il y a eu un effort réel pour donner un peu plus de stature aux personnages féminins (entre autre Laodicé, très belle), mais étant donné le très grand nombre de personnages, ils ont peu de place pour se développer.   Même Hélène, qui est pourtant la source de tout et qui n'expliquera jamais vraiment pourquoi elle a quitté Mélénas.  Dans ce domaine, les dieux sont les mieux représentés, les plus réalistes: après tout, on en s'attend à rien de moins de la part de dieux de l'Olympe!  Le très grand nombre de guerriers grecs s'affrontant ont peu de personnalité distincte, ils sont tous habiles guerriers, forts et puissants et font des ravages parmi les rangs troyens.  À l'exception d'Ulysse et Nestor, ils ressemblent plus à des machines de guerre qu'à des rois.  Les interminables batailles avec leurs déclarations grandiloquentes entre les combattants occupent une très grand partie du récit, mais à un moment donné, c'est tellement répétitif...  J'ai lu plusieurs réinterprétations des mythes troyens et celle-ci n'est pas à la hauteur.  Elle aurait pu être beaucoup plus moderne, s'éloigner un peu de la manière de conter de la Grèce antique et prendre ainsi son envol.  C'est le mauvais mélange des niveaux de langage qui cale ce livre, le reste suit.

Ma note: 2/5

mardi 17 juin 2014

En état de roman: 35 portraits de géants des lettres de Robert Lévesque

En état de roman: 35 portraits de géants des lettres  Robert Lévesque  Les libraires  150 pages  Lu en numérique



Résumé:
Pour ses 15 ans, la revue Les libraires nous offrent un recueil de 35 des meilleurs chroniques tenues par Robert Lévesque dans la revue du même nom au cours des années.  Publiées à l'occasion de sortie d'anthologie, de biographies, de correspondances ou d'adaptations cinématographiques, ces chroniques nous font découvrir ou redécouvrir nombre de grands des lettres, qu'ils soient morts ou vivants.

Mon avis:
Aussi fervente lectrice de la revue Les libraires suis-je, je n'avais jamais véritablement porté attention à la chronique de Robert Lévesque.  Il faut dire que si on les lit une à la fois et qu'on attend quelques mois entre chacune d'entre elles, l'effet est moins puissant.  D'où l'excellente idée de les rassembler ici.  Ces chroniques sont ancrées dans le temps: l'auteur y mentionne souvent la raison qui le pousse à s'intéresser à tel ou tel auteur, habituellement au rythme des publications les concernant, plus rarement de leur mort ou dans certains cas des prix qu'on leur remet (un petit prix Nobel?  Bonne occasion d'en discuter!)  Peu importe d'ailleurs la raison, car elle est avant tout un prétexte pour discuter d'un auteur, de ce qui l'a allumé, fait écrire, passionné dans sa vie.  Aux côtés de Robert Lévesque, on plonge dans les eaux de la littérature et surtout de ceux qui la font vivre, les auteurs.  De Charles Dickens à Jules Verne, d'Alice Monroe à José Saramago, il nous raconte, décrit, fait connaître des auteurs qui se sont illustré par leurs écrits.  Certes, on aurait sans doute pu en mettre bien d'autres, mais la sélection demeure intéressante car elle laisse autant de place à des auteurs très connus qu'à des auteurs moins connus et qui sont très intéressants à découvrir.  Et même pour les très connus, il est plaisant de les redécouvrir sous la plume de l'auteur, car il nous livre des textes extrêmement littéraires pour nous faire découvrir ces auteurs.  Il n'hésite d'ailleurs pas à nous donner son opinion et à intervenir dans ses chroniques en nous racontant ses anecdotes de lecteurs.  Un seul auteur québécois dans le lot, Gilbert LaRoque.  Un oublié de nos lettres, mais comme l'auteur le mentionne, cet exception est avant tout dû au fait que sa chronique est dédiée aux lettres étrangères et la présence de cet auteur dans ce recueil à son quasi-oubli de notre culture littéraire.  Une façon de lui redonner sa place.  Le fichier epub était impeccable et j'ai beaucoup apprécié la césure entre les différentes chroniques: on avait toujours l'impression d'une «page blanche» entre les différentes chroniques, ce que j'ai beaucoup apprécié.  Étant donné qu'il n'y a pas de gaspillage de papier, pourquoi se gêner après tout!  Une excellente idée, espérons que la revue Les libraires  récidivera avec d'autres de ses chroniqueurs, mine de rien, ces chroniques sont de véritables mines d'or sur la littérature!

Ma note: 4.75/5

*Le fichier numérique est uniquement disponible sur le site leslibraires.ca.  Vous n'avez qu'à cliquer sur l'image pour le trouver facilement.

mardi 15 avril 2014

Marie-Antoinette de Stefan Zweig

Marie-Antoinette  Stefan Zweig  Texte lu en numérique libre de droit*


Résumé:
Biographie de la célèbre dernière reine de France au destin funeste.

Mon avis:
Il faut le dire en partant, j'aime beaucoup Stefan Zweig.  Cet auteur a une grande capacité de décrire les émotions humaines, de nous faire connaître les profondeurs des tourments de l'âme.  Ce qui fonctionne merveilleusement bien dans un roman, mais ici, c'est presque de trop.  Certes, l'histoire de Marie-Antoinette est tragique, mais il a cette manie qui m'irrite chez certains biographes de regarder l'histoire de la personne à travers la lunette de la fin.  Personne ne pouvait prévoir la Révolution française, non plus que le roi et la reine allait tous les deux finir leurs jours sur l'échafaud.  Alors de regarder l'histoire de la jeune Maria Antonia qui arrive, Archiduchesse d'Autriche, à la cour de France pour épouser le Dauphin est à mon sens une grave erreur.  D'autre part, la grande force et en même temps la grande faiblesse de cette biographie est l'aspect psychologique très poussé.  L'auteur essaie de comprendre la nature même de la personnalité de cette femme.  C'est à la fois intéressant et très troublant, puisque cela ouvre la porte à énormément d'interprétation.  D'ailleurs, à un certain moment, on tombe littéralement dans la recherche de la lettre ou du passage qui corroboreront les conclusions de l'auteur, particulièrement dans le cas de sa relation avec Fersen (ont-ils, ou non, été amants?).  De même, certains passages, surtout durant la Révolution, ressemblent davantage à des extraits de tragédies grecques que de la biographie.  Ceci dit, l'ouvrage a été écrit en 1932 (un bref passage dans le texte souligne d'ailleurs que le nazisme est aux portes, l'auteur faisant une brève analogie avec la Terreur) et les normes de la biographie n'étaient pas les mêmes que celles d'aujourd'hui.  On peut constater par l'abondance de citations que le travail de recherche a été soigneusement fait et que dans l'ensemble, les faits rapportés sont exacts.  Par contre, certaines anecdotes m'ont laissée songeuse, surtout celles se rapportant un peu trop bien à une mise en scène des événements liés à la vie de Marie-Antoinette.  Une biographie à prendre avec un gros grain de sel, mais intéressante tout de même à cause de l'aspect psychologique très développé.  Par contre, je suis certaine que beaucoup de biographes plus contemporains de la célèbre reine de France y trouveraient de nombreuses erreurs, inexactitudes ou serait en total désaccord avec les conclusions de Stefan Zweig.

Ma note: 3.75/5

* Le texte que j'ai lu est disponible ici.

mardi 18 février 2014

Gatsby le magnifique de Francis Scott Fitzgerald

Gatsby le magnifique  Francis Scott Fitzegerald  149 pages Texte lu en version numérique libre de droits*



Résumé:
Pour fuir son Middle West natal, Nick Carraway est parti vivre à New York, la ville de tous les possibles.  Il s'installe dans une petite maison de banlieue à l'ombre d'une splendide propriété, où il remarque de somptueuses fêtes, données régulièrement.  Par contre, il n'est introduit à ce monde qu'au moment où le propriétaire, l'excentrique Gatsby, lui fait remettre une invitation.  Nick va pénétrer dans ce monde miroitant qu'est celui de Gatsby, sans se douter que cet intense déploiement n'est destiné qu'à attirer l'attention d'une seule personne.

Mon avis:
La plume de Fitzegerald est vraiment à découvrir.  Souple, élégante, elle a le don de raconter une histoire en nous la rendant vivante.  On sent l'atmosphère des fêtes données chez Gatsby, ce mélange de déchaînement joyeux et factice à la fois.  Dans ce monde, les apparences ont une grande importance, il faut avoir l'air heureux, même si au fond, on ne l'est pas.  L'ennui guette les riches qui ne cherchent alors qu'une bonne occasion de partir, de fuir.  Mais on ne quitte pas son monde aussi facilement que ça.  Le roman tourne autour de cette idée, portée par le cheminement de Gatsby, sorte d'éminence grise qui est partout, mais qu'on ne connaîtra jamais vraiment.  Autant parce qu'il entretient savamment le mystère autour de lui que parce qu'il parle peu de lui-même.  On connaîtra les grandes lignes de son histoire, mais pas ses pensées personnelles, sa personnalité réelle.  On croit beaucoup le connaître et au fond, on le connaît si peu.  Le fait que toute l'histoire soit racontée du point de vue de Nick est très intéressant, parce qu'il permet justement d'établir cette distance avec Gatsby qui donne son charme au roman.  Les autres personnages sont tous aussi riches de leurs non-dits.  Peu de confidences dans cette histoire.  L'auteur laissent les lecteurs tirer leurs propres conclusions sur les personnages.  Il n'est aimable avec aucun d'entre eux.  Tous sont sur la pente, cherchant un avenir meilleur et en même temps, regrettant leurs erreurs du passé.  Je comprends pourquoi ce livre est un classique.  C'est un savant mélange entre une langue délicieuse et une histoire finement racontée.  J'ai eu des doutes à un moment sur le fait que l'histoire dans la version epub que j'ai lu était incomplète, mais finalement, non, je ne pense pas que ce soit le cas.  En tout cas, une lecture que je ne regrette pas.

Ma note: 4.5/5

*Le fichier epub gratuit et libre de droits que j'ai lu est disponible en cliquant sur l'image.

mardi 3 décembre 2013

L'île au trésor de Robert Louis Stevenson

L'île au trésor  Robert Louis Stevenson  Lu en numérique *


Résumé:
Jim Dawkins vit dans l'auberge de ses parents où s'incruste un mystérieux marin.  Lors que celui-ci meurt subitement, Jim et sa mère trouve dans ses affaires une mystérieuse carte menant au trésor du légendaire capitaine Flint, pirate de sinistre réputation.  Accompagné du Docteur Livesey et du Chevalier Trelawney, Jim part pour la mystérieuse île au trésor.  Cependant, le Chevalier, un peu naïf, embarque à son bord un équipage étrange, ayant à sa tête un certain Long John Silver...

Mon avis:
C'est le cas typique d'une histoire prise et reprise, adaptée au goût du jour, mais gardant toujours la même trame narrative.  La version de Robert Louis Stevenson est la version originale, mais j'avoue qu'elle a mal vieilli.  Le ton et la narration sont typique du XIXe siècle, avec son florilège de description, son esprit vieille époque et son amour des valeurs victoriennes d'alors.  Ses personnages stéréotypés et naïfs également.  Pour Jim, cela est un peu normal, vu son jeune âge, mais pour le Chevalier Trelawney, cela est moins sûr!  J'ai trouvé ce personnage d'une suffisance à en taper sur les nerfs!  Tout le contraire du Dr Livesey, ancien soldat, un homme pratique, juste et capable, qui sera le mentor de Jim.  Long John Silver est sans doute le personnage le plus intéressant de tous, machiavélique, retors, capable de changer de clan d'un claquement de doigts si son intérêt est là.  Quand à Jim, il est jeune, naïf, mais quand même futé, un enfant réaliste, vu son éducation et le milieu d'où il est issu, mais tout de même, ses éternels coups de chance vont un peu trop loin.  Cette aventure est intéressante, mais il faut apprécier le style littéraire de l'époque de sa rédaction.  Parce que si l'histoire, mise à la sauce moderne, reste en elle-même intéressante, la façon de raconter reste typique de son époque.  Cela m'a fait penser à Jules Verne, mais avec cependant plus d'action et une histoire écrite à la première personne.  D'ailleurs, la genèse du texte raconte que ce livre a d'abord été conçu par Stevenson pour être raconté au fils du premier mariage de sa femme lors d'un jour de pluie.  Une oeuvre adaptée à un jeune public donc, mais dont la résonance va bien au-delà, parce que grâce à ce livre, Stevenson va schématiser tout l'univers des pirates qui s'est perpétué jusqu'à nos jours.  Penser à tous les films de pirates que vous avez vu et tous, absolument tous, doivent un petit quelque chose à L'île au trésor:  Le trésor caché que l'on cherche, le look pirate, les constants retournements de ceux-ci dans les moments les plus critiques car ils ne sont menés que par leur intérêt.  Un classique à connaître, mais à lire?  J'en sais rien.  Je suis contente de l'avoir lu, mais je ne lui aie rien trouvé d'extraordinaire.

Ma note: 3.5/5

* Le fichier numérique libre de droit que j'ai lu peut se télécharger ici.  J'en profite pour dire que le fichier était de qualité à comparer de nombreux livres numériques gratuits que l'on retrouve sur le web.

mardi 29 octobre 2013

Chronoreg de Daniel Sernine

Chronoreg  Daniel Sernine  Alire  387 pages Lu en numérique


Résumé:
Dans un Québec du futur, indépendant et en guerre contre le Canada pour la possession des ressources en hydro-électricité du Labrador, Denis Blackburn est un officier du Contrex, le contre-espionnage du nouveau pays.  Il part au Mexique avant de tenter de sauver la vie (du moins, de ramener la dépouille) de celui qu'il a aimé sans retour, Sébastien.  C'est là qu'il fait pour la première fois la découverte d'une nouvelle drogue, le Chronoreg.  Ses effets?  Remonter le temps, revivre un moment du passé.  Sauf que le cerveau de Blackburn a déjà été soumis à bien des expériences chimiques.  Sur lui, le Chronoreg aura un effet encore plus puissant, celui de réellement remonter le temps.  Blackburn garde cette information pour lui, alors qu'entre les puissances, la tension monte et qu'une offensive destinée à mettre fin à la guerre se prépare.  Une offensive sur lequel se jouera le sort d'une nouvelle guerre mondiale.

Mon avis:
J'aime ce genre de science-fiction qui nous amène dans un futur proche qui pourrait être le nôtre, où on peut reconnaître notre monde.  Mais où, en même temps, on comprend que ce n'est pas notre monde, du moins, pas encore.  Un avenir proche, suffisant pour qu'il soit différent, mais pas trop loin.  Dans cette dystopie qui se comprend au fur et à mesure que l'on progresse dans le texte, l'auteur nous fait découvrir un Québec indépendant, en guerre avec les autorités de ce qu'il reste du Canada pour la propriété des ressources énergétiques du bassin de la Churchill au Labrador.  Pour qui connaît le moindrement le dossier, c'est littéralement de la politique-fiction.  Certes, le livre est truffé de technologies plus ou moins futuristes, mais surtout, c'est la manière dont elles sont présentés, sans effort de les faire découvrir, simplement intégrées dans le texte selon le déroulement de l'histoire, qui m'a particulièrement plu.  Le fait aussi que ce récit de science-fiction se passe ici au Québec, dans notre univers m'a plu également, même si l'essentiel du récit se passe dans le Grand Nord québécois, lieu des combats.  Le personnage principal, Blackburn, est présenté avec une remarquable sobriété.  On le suit tout au long du récit, mais on aura jamais une description physique claire de lui, ce qui laisse une large place au lecteur pour se le représenter tel qu'il le souhaite.  Par contre, étant donné que l'on est sans cesse dans sa tête, on comprend bien sa psychologie et ses réactions.  On le suit littéralement dans le moindre de ses actes, la moindre de ses réactions, ce qui nous le rend très proche.  Le fait que Blackburn soit homosexuel (ou bisexuel?) dans ce livre m'a aussi paru comme un point fort.  J'ai rarement lu de livres présentant celle-ci comme étant naturelle, saine et belle comme dans celui-ci.  La peur de l'amour de Blackburn se comprend quand on voit l'ampleur des amours brisés qu'il a connu.  Amoureux de Sébastien, il n'en sera pas payé de retour.  Amoureux de Jac Marin, il n'aimera qu'un égoïste qui ne lui offrira pas grand-chose en échange.  Amoureux de Jodi, il craint de connaître à nouveau les mêmes déceptions.  Néanmoins, la grande innovation de ce livre, c'est d'avoir su utilisé les drogues d'une façon intelligente, innovante.  La première, celle qui laisse sa trace tout au long du livre, est bien évidemment le chronoreg, cette drogue permettant de remonter dans le temps et revivre un moment de sa vie.  Le cerveau de Blackburn, surutilisé par ses fonctions au Contrex et l'usage de drogues permettant la télépathie, de marijuana et d'autres substances encore, réagira en lui permettant de remonter physiquement dans le temps, un don rare, dont il usera pour résoudre la sérieuse crise internationale qui pointe aux portes.  Ce qui n'en fera pas pour autant un James Bond ou un super-héros, juste un homme intelligent qui, à force de refaire la même journée, apprendra de ses erreurs et pourra orienter sa ligne du temps dans une toute autre direction.  Un roman intelligent, bien écrit, bien raconté, de la science-fiction dans ce qu'elle a de mieux à offrir.  Et cerise sur le sundae, ça a été écrit par un auteur d'ici!

Ma note: 4.75/5

Je remercie les Éditions Alire et plus particulièrement Louise pour ce service de presse numérique.

vendredi 1 mars 2013

Et l'avenir?

Salut!

Quiconque suit ce blogue de manière régulière sait que je parle quand même souvent du numérique.  De ses possibilités, de ses limites.  Les tenants du tout au numérique me tape autant sur les nerfs que les tenants de l'antique papier comme seul et unique support du livre.  Et je dis livre et j'y tiens.  Qu'il soit numérique ou papier, un livre est un livre.  Je ne suis pas passéiste, je ne suis pas prête à me lancer dans l'avenir sans garde-fou, je suis une fille du juste milieu, de l'équilibre.  Et je suis une fille qui ne se laisse pas avoir facilement par les beaux discours.

Alors le numérique?  Indéniablement, il a ses avantages, mais il me semble que ceux qui sont le plus souvent cités par ses partisans ne sont pas les plus importants.  Ils disent, hé, vous pouvez avoir votre bibliothèque au complet dans votre main!!!  Oui et après?  Ça ne fera pas lire davantage qui que ce soit.  Et ça offre la merveilleuse possibilités (je suis sarcastique) de perdre d'un seul coup sa bibliothèque!  Ils disent, plus besoin de se déplacer dans une librairie!  Pour les paresseux de ce genre, il y avait déjà Amazon.  Et à moins de fréquenter une grande surface, le détour par une librairie sera souvent nécessaire pour qui aime la littérature.  Celle qui exige un tantinet plus d'effort, mais qui offre tellement plus que le prêt-à-lire offert chez Wal-Mart.

Pour les tenants du tout-papier, l'odeur du livre, sa texture, son poids, bref, tout ce qui fait qu'un livre est un livre est irremplaçable.  Ironiquement, en lisant un vieux livre poussiéreux, je me suis dit que je devrais plutôt aller le télécharger...  Les ADOPI (surnom ironique donné aux tenants du tout-papier par les tenants du tout-numérique) ne veulent rien savoir des tablettes.  Le seul problème, c'est que l'avenir ne va que dans une direction, vers l'avant. Peu importe ceux qu'elle laisse de côté sur sa route.  Et malheureusement pour eux, il se pourrait que quelques partisans du numérique en fasse parti, uniquement à cause de la nature hautement volatile de ce qu'ils défendent.  Bienvenue dans la réalité tout le monde! 

Alors l'avenir?  Petit rappel de mes films de Star Wars, réécouté au moins 100 fois chacun: Yoda disant à Luke que toujours en mouvement, l'avenir est.  On ne peut rien prévoir, rien prédire, juste essayer de voir.  Le numérique creusera sa niche, j'en suis sûre.  Mais au fond de moi, je suis presque sûre qu'il va créer celle-ci, bien plus que déloger le livre papier.  On assistera à la naissance d'autres formes littéraires.  On verra des trucs créé spécialement pour le numérique.  Et on continuera à voir des livres papiers, peut-être publiés en numérique, mais selon le même esprit.  Parce que dans la guerre papier/numérique, bien au-delà des supports, se pose la question de la culture du livre.  Et c'est ça la plus grande question, qu'est-ce qui va résister, qu'est-ce qui va survivre?  Qui vivra lira!

@+ Mariane

lundi 22 octobre 2012

Les couvertures de livres

Salut!

À la droite de votre écran se retrouve toujours une collection de couvertures de livres.  Ce sont ceux que je suis en train de lire et oui, je l'avoue, il n'y a jamais qu'un seul.  Si jamais ça devenait le cas pour un temps prolongé, vous pouvez m'emmener chez le médecin, je vais être rendue là... :P

Je suis un peu maniaque, il faut le souligner.  Je mets toujours la couverture du livre que je suis en train de lire.  S'il y a une couverture plus récente, plus facile à trouver, je m'obstine avec Google Images jusqu'à ce que je trouve.  Une seule exception et je m'en souviens:  Mademoiselle Else d'Arthur Schnitzler.  Après avoir consulté 20 pages sans trouver, j'ai abandonné...  C'est la seule fois où c'est arrivé.  En deux ans de blogue, je me suis fait un point d'honneur de toujours mettre la couverture exacte du livre que je lisais.

Ah oui, petit détail: souvent, je mets également le lien vers le site web de ma librairie.  Vous cliquer sur l'image et hop, vous voici à la porte de mon boulot.  Faut bien que je lui fasse un peu de pub à ce site web, je passe tellement de temps à le bichonner! ;)

Donc, disons que sur ce point, tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que débarque dans ma vie une petite révolution: les fichiers numériques libres de droits.  Ou si vous préférez, comme vous montez une extraordinaire bibliothèque pleines de classiques de la littérature sans vous casser la tête le moins du monde, ni sortir du confort de votre foyer.  Le hic?  Les fichiers numériques de livres libres de droits n'ont pas de couverture...  Ou si peu!

Alors, je fais quoi?  C'est le genre de question qui fait faire des pirouettes à mon sens de l'éthique et à ma conscience.  Écoutez, si je peux passer 20 minutes à chercher la couverture exacte d'un livre sur Google Images, comment voulez-vous que je me contente de simplement prendre l'image d'un autre livre pour la mettre sur un fichier numérique????  Parce que, et ça, c'est important de le savoir, le libre de droit, c'est une jungle.  Certains sites fournissent des fichiers d'excellente qualité et d'autres de la vraie merde.  On a pas de gage de qualité.  Et évidemment, je suis du genre à souligner ça dans mes critiques (Perfectionniste moi?  Mais pas du tout voyons! :P ) alors je n'irais pas mettre l'image ornant la couverture de l'édition Folio des Trois mousquetaires pour dire que le fichier est nul à c***.  Tout le monde, par très naturelle association, va faire le lien entre le Folio et ma critique, alors que ça ne serait pas le cas.  Alors quoi?

J'ai réussi à éviter cet écueil avec mes trois premières lectures, soit Le pays des fourrures de Jules Verne (pour laquelle j'ai mis la couverture originale de la toute première édition) ainsi qu'avec Oliver Twist et Le blé en herbe (pour lesquelles j'ai trouvé des couvertures génériques sans mention de maisons d'éditions).  Avec Marianne de George Sand, j'ai frappé un très sérieux mur.  Parce que j'ai battu mon record de recherche de 20 pages avant de trouver une couverture générique que je trouvais laide, mais que j'ai pris, faute de mieux.  

Ça commençait à devenir pour moi un problème, d'autant plus sérieux que très honnêtement, j'aime bien avoir de jolies images à droite pour annoncer mes lectures.  Alors est venu le flash: Eurêka!  Je vais les faire moi-même!  Bon, après quelques recherches, je découvre que j'ai un logiciel d'édition d'images fourni avec Windows et ça n'a pas pris 10 minutes pour que je comprenne que lui et moi n'étions pas sur la même longueur d'ondes (mon ordinateur peut témoigner du nombre de mots d'église que j'ai prononcé durant ces dix minutes).  Finalement, grâce à une graphiste de mes amis (encore merci ClaudeL!), j'ai pu mettre la main sur un logiciel avec lequel travailler s'est avéré un bonheur!  Vous avez vu (et reverrez) le fruit de mes premiers essais pour Léon Tolstoï et son Maître et serviteur.  Ok tout le monde, prenez bonne note qu'il s'agit de mon premier essai.  Je vais essayer de faire encore mieux la prochaine fois.  Maintenant que je sais comment faire! :P

@+ Mariane

vendredi 21 septembre 2012

Le numérique et les classiques

Salut!

S'il y a bien un avantage que je reconnais totalement au numérique, c'est l'accès facilité aux grands classiques de la littérature qu'il permet.  Ok, la majorité d'entre eux sont déjà disponible en format de poche à un coût vraiment modique, mais là, c'est entièrement, totalement et complètement gratuit.  On se branche sur le web et en moins de deux, pop, c'est sur la liseuse et on peut le savourer.  Génial vous dites?  Vous avez pas idée!

La gratuité est souvent un facteur d'accès.  De gaspillage aussi, mais ce n'est pas le cas ici puisque le numérique fait disparaître le papier et le transport.  Juste la culture en accès gratuit illimité.  Pas tout par contre, hein, faites attention!  Je ne parle ici que des textes vraiment libres de droits.  Ceux dont les auteurs sont morts depuis plus de 50 ans et qui n'ont même jamais pensé que le numérique arriverait un jour (ceci est valide au Canada seulement, je ne connais pas les règles concernant le droit d'auteur ailleurs dans le monde).  Je ne pense pas que le fait de lire Jules Verne en numérique le fera se retourner dans sa tombe, lui qui aimait tant le progrès.  Quand c'est rendu que tu vois une nouvelle disant on célèbre le 50e anniversaire de la mort de tel auteur et que tu fais, yé!, ben c'est peut-être parce que tu sais ce que ça veut dire: de nouvelles oeuvres à découvrir ou redécouvrir!  Le mini-gémissement de déception qui accompagne la découverte que l'auteur est mort il y a à peine trente ans fait aussi parti de la vie, mais tout de même.

Un des grands arguments du numérique est justement le fait que ces oeuvres soient désormais accessibles au plus grand nombre.  C'est vrai.  Totalement et complètement vrai.  Ça ouvre des portes littéraires immenses. Mais c'est aussi une jungle le libre de droit.  Un ami me faisait récemment une remarque concernant les traductions.  Et c'est vrai: si on peut facilement avoir accès à tous les textes librement et gratuitement, la qualité baisse.  Parce que c'est gratuit, que c'est facile et que c'est simple comme bonjour!  On peut trouver les textes et avoir une bonne qualité, mais on peut aussi trouver des horreurs comprenant des tas de coquilles d'erreur typographique, des traductions tronquées et des versions expurgées, voire carrément mauvaise.  Il faut être prudent.  Et parfois même songer à acheter certains fichiers pour être assurés d'avoir une certaine qualité.  Pour les textes en français, ça va relativement bien, mais pour les traductions de l'anglais ou d'une autre langue?  Ça reste à voir.  Pensez à L'art de la guerre de Sun Zu.  C'est un texte vieux de plusieurs millénaires et en chinois, donc libre de droits.  Mais quel sera la qualité de la traduction que l'on retrouvera sur le net?

Mais au fait, cette accessibilité nouvelle est-telle une bonne chose?  Je serais tentée de dire que oui.  Et non en même temps.  Parce que si on rend les textes accessibles, ça ne veut pas dire que les gens vont les lire plus.  Et que comme c'est librement accessible, ça va peut-être perdre de sa valeur en temps que tel, en partie parce que ce n'est pas relié à un objet, donc, ça n'a pas de valeur autre que culturelle.  Et quand on sait que la valeur culturelle de quelque chose est extrêmement variable, il y a des raisons de s'interroger.  N'empêche, je persiste à mettre les oeuvres libres de droits dans la colonne avantage du numérique.  Tout simplement parce que je crois aux beautés de l'accessibilité!

@+ Mariane

lundi 20 août 2012

Après quelques semaines avec la Bête...

Salut!

Bon, premier détail pour ceux qui ne me suivrait pas régulièrement, la Bête, c'est ma liseuse.  C'est son petit surnom doux.  Doux parce que de prime abord je ne suis pas une fan absolue du numérique et que c'est ainsi que je la vois.  Surnom parce que honnêtement, je trouve ça plus cute de dire la Bête que ma liseuse qui réfère plus dans ma tête à un étui en cuir pour protéger un livre.  Le e-reader de l'anglais me semble mieux désigner cet appareil, mais comme on m'a greffé la loi 101 dans le cerveau à la naissance, ça m'horripile d'utiliser des néologismes anglais à toutes les sauces.  Alors, tout simplement, la Bête.  Qui ne m'a pas dévoré loin de là.

Je l'utilise déjà depuis plusieurs semaines.  J'ai complété la lecture de deux ouvrages dessus depuis.  Pas deux livres, deux ouvrages.  Je n'ai pas lu ces livres, mais j'ai lu leur texte.  C'est étrange comme impression.  Je n'ai pas tenu l'objet dans mes mains, mais je connais leurs mots.  Il faut le dire, j'ai choisi pour débuter la lecture en numérique deux valeurs sûres: Jules Verne et Charles Dickens.  Deux auteurs connus et reconnus.  Et surtout, deux auteurs qui ont été publiés en papier avant.  Et ça, peu importe ce que l'on en dira, c'est très important pour moi.  Pour moi, c'était lire de vrais livres, des livres qui ont passé l'étape de la réalité  Qui existent vraiment.  Pas des fichiers numériques en l'air qui n'existe que de façon virtuelle.  Je n'ai pas encore décroché de cette idée que pour qu'un livre existe, il doit exister de manière physique avant tout.  Sans ça, c'est incomplet et, à mes yeux à tout le moins, c'est comme un article sur Wikipédia: c'est bien, mais il manque quelque chose et je ne lui ferais jamais autant confiance qu'à un bon vieux bouquin aussi périmé soit-il.  L'épreuve de la réalité à mes yeux reste quand même celle du papier avant tout et surtout.

Est-ce à cause de la machine éditoriale?  Je connais un éditeur numérique et je ne peux que m'imaginer l'entendre soupirer en secouant la tête en lisant ce texte.  Et en se disant: elle a rien compris.  Pourtant, une bonne partie de cette impression vient de la façon dont je l'ai vu travailler.  Je me suis frottée à pas mal d'éditeurs depuis que je fouinasse dans le milieu du livre et ils avaient tous un point en commun:  l'étincelle brillante dans leurs yeux quand venait le temps de parler de leurs livres, de leurs auteurs.  Chez cet éditeur numérique, je voyais la flamme s'allumer quand il parlait des possibilités du numérique.  Pas quand il parlait de ses textes où des auteurs qu'il publiait.  Rien de tout cela.  Et ça m'a sérieusement refroidie.  Parce que la passion première que je retrouve dans le milieu du livre, celle qui me fait vibrer et qui me prend aux trippes, était totalement absente de cet univers.  Quand on parle de numérique, on parle d'accessibilité, de technologies, de potentiel, mais pas de littérature, de mots, de passion pour les textes des auteurs.  Que les gens lisent en numérique ou non, ce qui est important après tout, c'est d'aimer la littérature, point barre.  Et de ce point de vue-là, le débat numérique/papier est complètement et totalement stérile, que les gens lisent ce qu'ils veulent, la liseuse étant dans ce cas un simple outil, pas le Saint-Graal!

Voilà en bonne partie pourquoi, malgré la Bête, je ne m'intéressa pas aux livres publiés uniquement en numérique.  Pour l'instant, ça ne m'intéresse pas.  J'aurais des possibilités, mais rien n'a réussi à m'accrocher pour l'instant.  Parce que la mentalité du numérique est très différente de celle du papier et que je suis et resterai foncièrement une fille de papier.  Je pourrais l'exprimer autrement et dire que je suis avant tout une fille de littérature.  Et que comme dirais un intervenant du milieu du livre dans un article que j'ai lu récemment, le papier reste une technologie diablement efficace!  À voir le réseau de distribution du livre et son efficacité, on peut le constater.  Il a ses limites et ses défauts certes, mais il remplit relativement bien le boulot dont on le charge.  Aucun système n'est parfait après tout.  

Alors, c'est ça, j'en suis rendue là.  Je m'initie à la lecture numérique qui ne me procure jamais autant de sensation à la lecture que le livre papier, mais quand même, j'apprécie pour certaines choses.  Oui, c'est pratique de pouvoir télécharger tous les classiques sur Internet, ne plus avoir de date de retour à la bibliothèque est un sacré avantage!  Oui, c'est léger et j'ai découvert un avantage inattendu à la lecture numérique: on peut lire d'une seule main.  Ah, que vous pensez croche!  Non, je mets le livre sur un coussin et je tourne les pages d'un doigt pendant que de l'autre main... je gratte l'arrière des oreilles d'une chatte en manque grave d'affection!  Plus besoin de la repousser sans cesse pour pouvoir lire tranquille, ça a réglé le problème!  Ah oui et j'ai aussi pu découvrir les délices de la lecture en cuisinant, je laissais ma liseuse sur le comptoir loin des chaudrons et je lisais quelques pages entre l'ajout de chaque ingrédient.  Bon, surtout valide pour les livres que l'on veut absolument finir, mais tout de même!  Comme le Renard du Petit Prince, j'apprivoise la Bête.  Lentement, mais sûrement.

@+ Mariane

P.S. Le pire, c'est que je l'ai chargée en juin et jamais depuis.  J'attends de voir jusqu'où elle va se rendre...

lundi 11 juin 2012

Réactions et réflexions face à la bête

«C'est une insulte au livre ce truc-là!»

Je regarde la personne à qui je viens de montrer ma liseuse, toute fière.  Elle n'est pas la première à réagir comme ça.  Je l'ai déjà montré à une demi-douzaine de personnes jusqu'à maintenant et je n'ai eu aucun Wow ou encore aucun ah c'est cool.  Ok, c'est la réaction la plus violente que j'ai eu jusqu'à maintenant, mais elle montre parfaitement celle des autres: le numérique, ça ne passe pas.  De l'indifférence polie au petit coup d'oeil discret et à peine curieux au gadget, j'ai eu droit à plusieurs réactions différentes.  Une bonne façon de voir où en sont les gens par rapport au livre numérique en somme.  Je ne suis pas moi-même une fervente du livre numérique, alors là, pas le moins du monde, mais je ne vois pas de raison de ne pas m'y intéresser.  Parce qu'une liseuse et un livre numérique, c'est avant tout destiné à être lu, avant tout et surtout.

Je me revois encore au BookCamp Montréal, entourée de geeks, seule à défendre ma vision du livre et me faisant regarder de haut comme si j'étais une passéiste complètement out.  Je savais que ce n'était pas le cas.  J'en suis toujours convaincue.  Le milieu du livre va subir énormément de changements dans les prochaines années, c'est sûr et certain, mais je ne pense pas que la vision du livre auquel j'ai eu à faire face durant cette journée triomphera.  Parce que la résistance est profonde et qu'elle n'est pas dû au changement de technologie.  La vitesse auquel les gens se sont adaptés au MP3 montre bien que le problème n'est pas la liseuse en elle-même, mais l'attachement à une certaine façon de faire, à une certaine mentalité liée au livre papier duquel le livre numérique dans ses applications actuelles s'éloignent.  Il y a d'immenses possibilités liées au livre numérique certes, je suis tout à fait d'accord, je les vois très bien, mais le numérique a aussi ses limites bien réelles.  Et je constate que bien souvent, les gens qui sont des partisans du numérique préfèrent jouer à l'autruche avec les désavantages plutôt que de dire que le papier a lui aussi ses avantages, le plus grand d'entre eux étant avant tout d'être pérenne.  Un livre papier, avec un minimum de soin, ce n'est pas tuable.  Une liseuse, c'est plus fragile et ça nous rend dépendant de la technologie, de l'électricité et ça nous oblige à entrer dans la danse de la connexion internet à tout prix liée à celle aux réseaux sociaux, Facebook, Pinterest et tout le tralala.  On met le pied dans l'engrenage et on y passe au complet, à moins de résister et encore là, c'est pas évident: se laisser prendre aux filets est si facile...

Et moi dans tout ça?  Jusqu'à maintenant, je dois avouer que j'aime bien ma liseuse.  Si je fais abstraction du fait que je n'aime pas trop avoir à l'ouvrir à chaque fois que je veux lire, c'est même très sympa.  On aura beau dire, c'est très confortable.  On s'habitue à l'écran brouillé entre chaque page et au final, ça devient semblable à une expérience de lecture normale.  Moins le toucher et le contact physique avec le livre.  Bon, ok, j'ai pris un livre extrême pour commencer.  Soyons honnête, tous les Jules Verne que j'ai lu jusqu'à maintenant étaient de vieilles éditions de poche, souvent prise en bibliothèque.  Alors côté odeur de vieux papier poussiéreux et texture, j'étais servie.  Rien de tout ça avec ma chère liseuse.  Non, au contraire, le côté tactile est absent, on est moins stimulé.  Tout se passe au niveau des yeux.  Et aussi niaiseux que ça puisse paraître, ne pas voir mon signet avancer dans ma lecture et ne donc pas avoir de repaire visuel sur le où j'en suis rendue est perturbant.  Ok, je vois le nombre de pages lues, mais c'est pas la même chose.  Ce sont des chiffres et ils n'ont pas tant de réalité physique que ça.  Alors, je m'habitue tranquillement à ma chère liseuse.  J'apprivoise lentement la bête.  Pour l'instant, elle est sage et trône parmi mes pile de livres, attendant sagement son tour.  C'est un outil pour lire, pas mes livres eux-mêmes.  J'ai comme l'impression qu'elle ne sera pas trop souvent de côté, juste avec les livres libres de droit, tout ce à quoi on a accès est tellement génial que ce serait fou de s'en priver.  Laisser-moi vous dire que je regarde désormais la date de décès de certains auteurs avec attention!

Alors, j'en suis là.  La bête est là, elle m'attend, mais même si c'est une bête, je suis en train de l'apprivoiser.  Et pour ceux qui pense que je vais un jour lâcher le livre papier, oubliez-ça: ma liseuse et mes autres livres sont complémentaires, pas opposés.  Différents, ils ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients et avoir les deux me permet d'avoir le meilleur en tout.

@+ Prospéryne

lundi 5 mars 2012

Lire toujours sur le même truc

Salut!

Il y a une chose qui me perturbe du livre numérique, c'est que j'aurais éventuellement toujours le même truc dans les mains.  Exactement le même.  Aucun changement, livre après livre, roman après roman, essai après essai.  Juste à y penser, j'ai mal à la tête.  C'est plus fort que moi, j'ai besoin de changer un peu une fois de temps en temps.  Et juste changer les mots sur une page ne marque pas suffisamment de distance.

Pensez-y, sur Internet, quand on change de site, on change complètement de visuel.  Même si on reste sur le même écran, on change complètement d'univers en changeant de page Web.  Ce n'est pas le cas sur une liseuse.   On reste sur le même truc.  On peut changer la taille des caractères, modifier la police du texte, faire un tas de trucs, mais justement, toujours sur le même truc!  Ça me perturbe...

Que voulez-moi, je suis une romantique...  J'aime dire que j'ai lu un livre en disant que quand je l'ai fini, il y a un point final, je l'ai lu lui et hop, je l'ai mis de côté.  J'aime avoir une fin, une vraie fin, regarder le livre, l'objet en me disant, ah oui, toi je t'ai fini, complètement, point final, page tournée, on passe au suivant.  Avec une liseuse, je la regarde en me disant, hop, je t'ai fini et je continue de lire un autre bouquin exactement de la même façon dont je t'ai lu toi, sans aucune indication que je viens de changer d'oeuvre?  Oups!  Si je lâche un livre ennuyant, je ne peux pas non plus mettre la distance en disant, celui-là, je le met de côté pour quelques jours, le temps de le laisser mijoter un peu.  Je ne l'ai pas sous les yeux en train de me narguer en me rappelant que je ne l'ai pas fini...  Il est quelque part, caché, enseveli sous des tonnes de 0 et de 1.  Hors de ma vue.  Ouin...  J'aime pas trop ça.  En tout cas, pas tout le temps sur le même truc.

Bon, bon, bon, je fais quoi à la place?  Moi qui aie déjà de la difficulté à me procurer une liseuse, il faudrait que j'en aie trois: deux pour alterner entre mes au minimum deux livres que je lis en même temps et une troisième à lancer par la fenêtre si jamais je tombe sur un livre que je déteste.  Ouais, ça ça serait bien! :P

@+ Prospéryne

lundi 20 février 2012

Le numérique et les librairies

Salut!

Je suis plusieurs sites ou blogues qui parlent du numérique.  Souvent en grinçant des dents, parfois en rageant, mais la plupart du temps, je me tais.  Je sais que je parlerais dans le vide et que bien des fans du numérique sont tellement crinqués et pétris de leurs idées que de leur faire voir un autre point de vue est comme de remettre en question la Bible dans une assemblée de Mormons...  Soyons honnêtes, je ne magasine pas les claques et je ne cours pas après les tomates.  Je garde mes idées pour moi sur ces sites, mais disons que je n'en pense pas moins.  La plus grande connerie que j'y lis?  Que les libraires sont contre le numérique.  Quelle belle foutaise de la pire espèce!  C'est le numérique qui n'aime pas les libraires, pas l'inverse.

Soyons honnêtes, est-ce que je suis contre le numérique?  Non, pas du tout.  Je ne suis vraiment pas convaincue que ce soit pour moi, mais disons que je ne suis pas contre pour autant.  Tout comme le papier, il a ses avantages et ses inconvénients.  Si on me pose des questions sur le numérique en magasin, je réponds à toutes les questions que je peux.  Je manque parfois d'informations, je ne sais pas tout et j'ai parfois l'impression d'être un funambule en faisant ça, mais je le fais.  Les gens veulent connaître le numérique et veulent en acheter, ce n'est pas à moi de décider pour eux.  Je sais que quelques clients viennent me voir et achètent leurs livres en numérique.  J'espère qu'ils le font sur notre site internet, mais je n'ai aucune preuve et je ne le saurais sans doute jamais.  Tant pis.  C'est ainsi.  Mon boulot, c'est de faire connaître des ouvrages, des auteurs et de donner le goût de lire.  C'est dans ça que je suis la meilleure et je ne m'en prive pas. 

Alors les libraires, contre le numérique?  Pas du tout.  Mais ça emmène énormément de défis.  Ça c'est indéniable.  Et un sacré changement de paradigmes et de façons de faire.  On s'adapte, sans doute pas aussi vite que d'autres, mais on fait face.  Amazon avait déjà changé et de beaucoup la donne, mais la difficulté, c'est surtout de s'adapter au niveau des technologies.  Avec le numérique, je passe d'une spécialiste du livre à une spécialiste des technos des liseuses et des logiciels disponibles pour le livre numérique.  Vraiment pas ma tasse de thé.  Et ensuite, la difficulté, c'est que je vends du vide.  Des séries de 0 et de 1 alignés dans des fichiers compressés.  Ça me prend un ordinateur comme interface entre moi et le livre numérique pour en parler au client, pour lui permettre d'avoir un contact avec lui.  Et c'est d'autant plus difficile que j'ai l'habitude de fourrer le livre entre les mains des clients pour qu'ils puissent le découvrir.  Là, je ne peux plus faire ça.  Il m'arrive de vendre des livres qu'on a pas en magasin, quand les gens cherchent un livre et que je l'offre parce qu'il est disponible sur commande, mais encore là, je le connais.  Je peux en parler, le décrire, l'expliquer, le faire découvrir.  L'offre numérique, je la connais moins, je ne la vois pas en magasin, je n'ai pas d'occasions de la tâter, de lire les résumés, de feuilleter un peu les livres numériques sur mes heures de boulot.  Du moins, très peu.  N'ayant pas le livre entre les mains, je dois fouiner pour connaître l'offre numérique.  Et même si je fouille pour connaître et comprendre l'offre numérique, ce n'est pas comme avoir le livre entre les mains.  Et malheureusement, autant pour eux que pour nous, rare sont les éditeurs numériques qui prennent la peine de nous démarcher pour nous faire connaître leurs nouveautés*.  C'est toujours plus facile pour moi de parler de livres que j'ai lu et, hélas, je ne suis pas équipée pour lire du numérique.  Investissement à faire trop important pour moi.  Un jour, pas trop lointain j'espère, j'aurais une liseuse pour pouvoir avoir accès à cette production littéraire.  Je déteste avoir à dire ça, mais le sésame avec le numérique, c'est la liseuse ou la tablette.  Si on a pas la technologie, on peut difficilement plonger.  L'avantage du livre papier, c'est qu'il est à la fois le contenu et la technologie pour l'utiliser. 

N'empêche, on sent souvent une hostilité entre le numérique et les libraires.  J'assume que de mon côté, on aime pas trop cette technologie qui vient bouleverser nos plates-bandes si bien entretenues.  Ça nous oblige à faire face à des réalités qu'on aurait mieux aimé laisser de côté, mais en regardant ce qui est arrivé à l'industrie du disque, on peut se sentir chanceux d'avoir eu quelqu'un qui nous a montré ce qu'on risquait si on ne se bougeait pas les fesses.  Ce qu'on a fait.  Mais de l'autre côté, parce qu'on vend encore des livres papiers, on est traité de réactionnaires.  Et surtout, surtout, je crois que beaucoup de l'amour-haine des libraires envers le numérique vient de ce que dès l'avènement de celui-ci, quelques fortes gueules ont hurlé qu'on allait enfin se débarrasser des libraires et des librairies et des autres membres de l'écosystème actuel du livre.  Comme si on était des voleurs.  Comme si on voulait contrôler les lectures des gens.  Hélas pour eux, on peut recommander ce qu'on veut, ce sont les gens qui décident de ce qu'ils lisent, conseils de libraire ou pas!  C'est aussi méconnaître le rôle essentiel des librairies dans la diffusion de la littérature et de la connaissance que de nous réduire au fait que l'on vend plus cher qu'Amazon ou Wal-Mart.  Oui, on le fait, à la fois pour pouvoir survivre et aussi pour pouvoir avoir en magasin une offre variée.  Pour pouvoir faire notre boulot en somme.

Non, les libraires ne sont pas contre le numérique, mais on n'aime pas toujours la personne qui nous oblige à relever des défis et à revoir de fond en comble les bases de notre métier.  Taper sur le messager est souvent plus simple que de se retrousser les manches.  Ce qui ne veut pas dire que l'on soit inutile ou obsolète.  Je suis certaine que les partisans du numérique sont contents quand on parle de leurs ouvrages.  C'est notre boulot, mais même s'ils gueulent contre nous, ils finissent par reconnaître l'avantage de voir quelqu'un qui s'y connaît en littérature parler de ceux-ci.

Une chose est sûre: j'ai besoin d'une liseuse.

@+ Prospéryne

P.S.  Même si je parle en on au nom des libraires dans ce billet, je dois cependant dire que cela ne reflète que mes opinions.
* Je tiens d'ailleurs à dire un grand merci ici aux Éditions ELP de me faire parvenir les argumentaires de leurs nouveautés, c'est vraiment apprécier.

mercredi 11 janvier 2012

L'imaginaire du livre papier

Salut!

À la base, le livre est un objet.  Parce que cet objet a été pendant des siècles le support matériel de la connaissance et de la culture, il a su créer son propre imaginaire.  Industrie qui utilise et même souvent surutilise l'image, le cinéma s'est emparé de l'imaginaire du livre dans de nombreux films et séries télévisées.  Qui se souvient encore que l'un des ennemis de Batman dans la vieille série télé des années 60 était le Rat de bibliothèque?  L'imaginaire du livre est vaste et touche presque tous les genres.

L'image a été vue et revue dans tous les films où les gens fréquentent des bibliothèques: une salle pleine jusqu'au plafond de livres, de livres et encore de livres, ce qui donne une impression d'écrasement et d'émerveillement à la fois.  Les livres sont souvent vieux, reliés en cuir, plein de mystère.  On le croit dès le départ que ces livres pourraient contenir des mystères non-résolus depuis des siècles ou des esprits malveillants.  Qu'ils pourraient être des grimoires pleins de mystères et de formules magiques anciennes.  Le top du top dans cette catégorie n'est nulle autre que la bonne vieille bibliothèque de Poudlard, refuge et domaine sans conteste d'Hermione.

 Copyright Warner Bros

Mais il y en a d'autres qui ont marqué l'imagination.  Ici, Coeur d'encre.
Copyright NewLine Cinema

Ou encore, Le Seigneur des Anneaux.
  Copyright New Line Cinema

Il n'y a d'ailleurs pas que le cinéma fantastique qui aie pensé à utiliser l'image du livre.  Le film de Jean-Jacques Arnaud, Le nom de la rose, surfe sur la même vague.

 Bibliothèque où a eu lieu le tournage du Nom de la rose Crédit le Guide du routard

Et aussi le cinéma d'animation.  J'avais pas aimé La Belle et la Bête juste pour l'histoire d'amour moi!
Copyrights Disney
J'aimais surtout sa bibliothèque...
Copyrights Disney
Il y a au moins une personne sur cette planète qui bat ma PAL...

Le livre papier a une telle valeur visuelle dans notre imaginaire collectif.  On l'a vu dans tous les arts visuels en de multiples occasions.  Ya qu'à voir les photomontages de belles bibliothèques qui pullulent sur le net pour le comprendre.  Ça fait rêver, on associe ça à l'histoire, à l'art, à la culture.  Comment va-t-on réussir à faire évoluer cette vision emblématique dans le futur.  Il y a peut-être eu un début de réponse dans un film de science-fiction.  Star Wars 2, L'attaque des clones pour être précise.  Vous ne remarquez rien?

Copright Lucasfilm
Et oui, les forces de l'habitude sont ici plus importantes que la puissance de l'imagination humaine.  En fait, les Archives Jedi du film ont été directement inspirés de la bibliothèque du Trinity College de Dublin.


Comme de quoi la science-fiction n'a pas encore réussi à trouver une solution autre pour remplacer la symbolique de cet objet unique qu'est le livre.  Enfin pas encore, parce que les auteurs de science-fiction n'ont pas encore ressenti le besoin de remplacer le symbole du livre par autre chose, même si dans ces univers, celui-ci s'est largement dématérialisé.  Pour l'instant donc, il en est ainsi, mais ça risque bien de changer, parce qu'au final, le but de la science-fiction est de poser aujourd'hui les questions auxquelles on aura besoin de réponses demain.  Et ça rien qu'en utilisant leur imagination.  Car s'il y a bien une seule chose qui soit infinie dans ce monde, c'est l'imagination humaine. 

@+ Prospéryne

jeudi 22 décembre 2011

Le désir de Benoît Boudreault

Le désir  Benoît Boudeault  Collection Voie lactée  Soleil Noir  257 pages Lu en format PDF

Résumé:
Après avoir perdu la garde de sa fille, alors qu'il noie son chagrin dans l'alcool, Richard Turbide se voit offrir un étrange contrat par la société Le désir: celui de pouvoir réaliser tous ces souhaits, simplement en commençant ses phrases par Je veux.  Mais Richard Turbide est un éternel enfant qui ne pense qu'à son plaisir immédiat.  De pouvoir réaliser tous ses souhaits ne lui apportera pas le bonheur, loin de là.

Critique:
Ça a dû être royalement jouissif pour l'auteur d'écrire un tel livre.  Un personnage tellement repoussant, écoeurant.  Je voulais lui foutre des baffes aux trois pages.  Richard Turbide est un des pires égoïstes que j'ai rencontré dans mes lectures, c'est pas peu dire!  Un monstre d'égo avec un esprit d'enfant de cinq ans.  Irrécupérable.  L'idée de base est archie connue et reconnue: un gars qui obtient le don de réaliser tous ses souhaits.  Le seul hic, c'est qu'en s'attaquant à ce sujet, l'auteur a pris un gros risque, celui de faire du déjà vu et qu'il est tombé dedans.  C'est un sujet riche en possibilité, mais dur à traiter de manière originale.  Et qu'après même pas 15 pages, je savais déjà comment allait se dérouler toute l'histoire et aussi comment elle allait finir.  Dur de trouver un intérêt réel à la lecture quand on devine tout ça par manque de surprise.  On aurait pu espérer qu'après les débuts tumultueux de Richard avec son don, il se prenne en main et réussisse sa vie, mais au contraire, il s'enfonce dans la mouise de plus en plus.  Bon, du point de vue d'une femme, son attitude envers nous est absolument débile, on est toute une bande de trous sur patte dédiée au plaisir de Monsieur, c'est déjà surprenant qu'une femme l'ait endurée au point de lui faire une fille.  Sa relation avec sa cousine Émilie est abominable.  Pauvre elle, il est obsédée par elle au point de ne plus voir la vérité.  Et de ne pas comprendre qu'il dépasse largement les limites du possible et du raisonnable ou même de la simple morale.  Qu'il faudrait qu'il change et qu'il accepte de prendre des responsabilités, en particulier avec sa fille.  Mais il ne le fait pas.  Il ne fait rien de plus que suivre sa queue et son besoin de drogue et de bière.  Affreux.  J'ai tellement détesté ce personnage que mon appréciation de l'histoire en général s'en ressent et je ne peux même pas parler du style d'écriture de l'auteur, tout ce que je me rappelle, c'est d'avoir détesté Richard Turbide!  Dégueulasse!  Je suis contente de ce qui lui arrive à la fin, mais soyons honnête, je suis heureuse d'avoir fini ce livre!

Ma note: 3.5/5

Je remercie Soleil Noir et plus particulièrement l'auteur, Benoît Boudreault, pour ce service de presse numérique.  Mon premier.  Je me rends compte avec ça que pour lire le travail de petites maisons d'éditions numériques, ça me prendrait une liseuse... (Soupir!)

mercredi 21 décembre 2011

La grande erreur du numérique

Salut!

J'ai souvent discuté dernièrement avec des avant-gardistes du numérique, qu'ils soient éditeurs ou tout simplement geek.  Une constante dans leurs discours: il y a très peu de différences entre la lecture numérique et papier.  Désolé messieurs, dames, il y a en une, et elle est énorme.  Elle est d'ordre conceptuelle, ce n'est pas l'interface qui gère cette différence, c'est la philosophie qui la sous-tend.  Et en arrêtant pas de dire que c'est aussi confortable de lire en numérique, qu'il n'y a pas de différences et blablabla, ces avant-gardistes et ces geeks se tirent joyeusement dans le pied.  Il y a une différence et elle est énorme pour quelqu'un qui est de la culture du papier.  J'ai bien hâte par contre de voir émerger un éditeur qui s'en foutra littéralement du débat et se mettra à faire ce qu'il a à faire: de bons livres.

Envie d'une autre rentrée littéraire titrait un blogue cet automne, comme si le numérique était une littérature à part.  Non, ça en fait partie, mais de la même façon que certains styles s'épanouissent mieux dans des revues littéraires comme la nouvelle, le numérique va trouver sa place dans l'écosystème littéraire.  Le truc, c'est de mettre ses énergies dans la ligne éditoriale, dans le travail des textes avec les auteurs, dans la promotion de leurs romans, essais, bandes dessinées ou autre.  Il y a des éditeurs numériques qui le font déjà et très bien, mais d'autres perdent une énergie, mais folle, à défendre le numérique versus le papier.  Débat stérile à souhait, les préférences de chacun sont à respecter.  J'aime mieux lire en papier?  Tous tes arguments entrent par une oreille et sortent par l'autre mon homme.  Et pendant qu'ils dépensent de l'énergie là-dedans, ils oublient d'investir leurs énergies dans le nouveau monde de la lecture.  On s'en fout de la bataille PDF et ePub, numérique ou papier, tablettes ou liseuses, moi si vous voulez me vendre le numérique, faut me vendre des livres que je vais avoir envie de lire, point final.  C'est ça et rien d'autre qui va me pousser à acheter des fichiers numérique pour lire, tout simplement.  Et quand j'entends parler un éditeur numérique contre le papier, ben... j'ai pas envie d'acheter ses livres numériques!  Non, mais parlons du respect du choix des gens: vous voulez publier en numérique, soit, assumez votre choix pardi!  Rien ne sert de vous débattre pour dire que le numérique est meilleur ou aussi bien que le papier, c'est comparer des pommes avec des oranges et perdre votre temps!

Alors, est-ce que le numérique va remplacer le papier.  Aucune idée!  Est-ce que le numérique va creuser sa niche?  Certainement.  Est-ce ceux qui parlent aujourd'hui pour le livre numérique qui vont remporter la mise demain?  Pas tous, il y en a qui seront trop épuisés par leur lutte contre le papier pour ramasser les fruits de leur travail quand viendra le temps de la récolte. 

@+ Prospéryne

mercredi 14 décembre 2011

Les dédicaces électroniques

Salut!

Je reçois un courriel d'une maison d'édition numérique m'invitant à un lancement de livre.  Numérique cela va de soi!  Charmante invitation!  Sauf que quand j'aperçois la mention «vous pourrez en profiter pour faire dédicacer votre livre numérique», j'ai eu comme une légère descente de mâchoire.  Comment dédicacer un truc immatériel?

Non, mais c'est vrai, un des désavantages du livre numérique sur son bon vieux cousin germain le livre papier est justement de pouvoir bénéficier de dédicace personnalisée, d'une trace du passage de l'auteur dans notre vie, une trace physique.  Réelle. Je garde soigneusement mes livres dédicacés, ils contiennent de précieux souvenirs pour moi.  Alors, comment on se débrouille avec un livre numérique?

La maison d'édition avait eu une bonne idée: le fichier numérique du livre était envoyé dans un courriel où on incluait la dédicace.  Intéressant comme procédé.  Le hic, c'est que c'est détaché du livre comme tel, alors à mes yeux, c'est pas une vraie dédicace.  J'ai une bien meilleure idée: le tatouage.  Principe simple, déjà utilisé pour identifier l'acheteur d'un livre numérique.  Il suffirait de quelques modifications du fichier pour pouvoir inclure un espace où l'auteur pourrait ajouter sa dédicace qui serait alors intégrée au livre.  Indissociables, la dédicace et le fichier partageraient ainsi leur vie numérique!

Drôle de chose ça, une dédicace numérique...  Les fous du numérique m'épateront toujours.

Mais ça ne remplacera pas les dédicaces papiers! :P

@+ Prospéryne