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jeudi 3 octobre 2024

Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma

 Les soleils des indépendances Ahmadou Kourouma Points 196 pages


Résumé:

Fama est un homme qui a tout perdu: son cousin lui a pris le trône héréditaire des Doumbouya, sa femme, la belle Salimata, ne lui a pas donné d'enfants et il est réduit à la pauvreté, lui qui devait être prince. Par-dessus tout, les indépendances ont sapé les structures traditionnelles qui devaient assurer son rôle dans sa société. Alors qu'il s'échine à faire perdurer les usages et les rites immémoriaux, une nouvelle inattendue lui parvient de l'intérieur des terres. Son cousin usurpateur est mort. Commence alors un retour vers le pays d'origine et avec lui l'espoir d'une vie nouvelle. Mais est-ce vraiment possible sous les soleils des indépendances, qui avaient promis des jours heureux et avaient fini par des dictatures?

Mon avis:

Ne pas lire ce livre si vous êtes déprimé... Parce que ce roman, c'est le revers des espoirs suscités par la vague des indépendances africaines. La pente vers la dictature, le désespoir causé par un avenir qui avait été bloqué par les colonisateurs et qui l'est toujours, cette fois par les siens. Fama est un homme moyen, ni particulièrement courageux, ni particulièrement intelligent, dont toute la vie avait été construite autour de l'idée qu'il allait un jour hériter du trône de ses ancêtres et qui se retrouve totalement démuni face à l'usurpation de son cousin. Fama ne sait pas comment s'adapter, comment changer. D'ailleurs, il le refuse. Il cherche à tout prix à garder vivantes les anciennes traditions, même si cela entraîne un violent décalage entre le monde tel qu'il existe et le monde tel qu'il voudrait qu'il soit.

Il ne survit que grâce à sa femme, la belle Salimata au ventre sec. Ce personnage, dont deux des chapitres sont écrits de son point de vue, est un personnage courage. C'est elle qui réussit à faire vivre le ménage par un dur labeur de vendeuse à la criée. Elle se veut bonne musulmane et généreuse, ce qui ne l'empêche par d'être exploitée par des hommes qui la manipulent pour prendre plus qu'elle ne peut donner. Ce qui est particulier, c'est de voir toute la violence que vit le personnage. Entre l'excision qu'elle a subie jeune adolescente (la scène est terriblement graphique et racontée par elle du point de vue de son propre corps), le viol qui a suivi (parce qu'elle est belle) et la violence conjugale avec son premier mari, on se dit qu'elle a déjà tout subi. Mais non, elle sera agressée au marché, volée et laissée sur place, pratiquement nue devant tout le monde. Son seul souhait, son seul espoir, est d'être mère un jour, un but qu'elle poursuit avec acharnement. Le problème est que le roman laisse clairement entendre que c'est son époux qui est stérile, mais, société patriarcale oblige, c'est elle qui porte le poids des regards plein de jugement.

Lorsque la nouvelle de la mort du cousin arrive et que le retour vers le pays natal commence, Fama pense qu'il va renaître, que sa vie va enfin reprendre le cours interrompu qu'elle aurait toujours dû avoir. Il se leurre bien sûr: son pays natal est plein de marécages, les gens y meurent de faim et le nouveau climat politique local, avec les membres du comité ultrapuissant lui mettent des bâtons dans les roues. C'est l'échec de sa vie qui se déroule devant lui. Alors qu'il attendait la gloire du retour, il se retrouve à régner sur les restes de son peuple. Mais quelle magnifique description de ce retour, des traditions, des usages et des coutumes, dans le détail et combien chaque élément est important pour l'ensemble.

Malgré le sujet oh combien difficile, la plume d'Ahmadou Kourouma est sublime. Elle reprend le rythme de l'oralité des grios et multiplie les images et les allusions à la nature sauvage africaine. C'est une vision du monde et une philosophie du quotidien que l'auteur explore, dans un monde où tout le monde est musulman, fait les cinq prières quotidiennes et va consulter le marabout en sortant de la mosquée sans y voir la moindre contradiction. Un océan de contrastes qui s'entrechoquent tout en restant cohérents, avec des personnages broyés par le poids de ce que leur vie aurait pu être et qu'elle n'a pas été. Un roman très dur, mais j'oserais dire nécessaire, car il gratte les plaies des indépendances, car sous leurs soleils, tout n'a pas été rose.

jeudi 16 novembre 2023

Collegium Chronicles : Bastion de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles tome 5 Bastion Mercedes Lackey Daw 391 pages


Résumé:

De retour à Haven, Mags sait que même s'il a échappé au peuple de ses parents, sa sécurité n'est pas garantie: ils savent où le trouver. La solution trouvée par Nikolas est tout simplement de faire mourir Mags... aux yeux de tous. Pour cela, il faut l'éloigner de la cour et quel meilleur choix pour cela que son année de probation, dans un secteur reculé de Valdémar? Il faut aussi mettre à l'abri ses amis, Lena, Bear et surtout Amylie. La décision de cacher tout ce petit monde dans le Bastion, une ancienne place forte de bandits, facile à défendre et bien cachée est donc logique. C'est aussi l'endroit où Mags a été trouvé et où ses parents ont été assassinés. Sera-t-il cette fois assez loin pour ne pas être retrouvé par les siens? Et en ce lieu où ses parents ont vécu, trouvera-t-il enfin des réponses à la question de ses origines?

Mon avis:

Ce tome-ci est sans doute le plus cohérent dans son histoire et sa structure de la série et celui que j'ai sans doute le plus apprécié. L'auteure boucle les divers arcs narratifs de son intrigue et nous donne enfin des réponses. Qui plus est, c'est bien fait. Mais elle cède toutefois à ses vices. Encore une fois, il faut passer une centaine de pages qui n'apporte pas grand-chose à l'histoire. Cette partie comporte même une contradiction assez hallucinante: à peine revenu de son enlèvement, alors que tous les adultes qui entourent Mags savent qu'il est une cible, on le laisse aller se balader sans escorte en plein milieu d'une foire remplie d'étrangers... Mouais, repassons pour la cohérence.

Dès le départ de Haven par contre, les événements s'enchaînent. Le mentor de Mags, Jakyr, qui est aussi celui qui l'a sauvé de la mine, l'emmène. De son côté, Lena, qui est elle aussi dans son année de probation du Cercle bardique, se retrouve également avec une mentore  et la place de cette femme, Lita, ancienne amoureuse de Jakyr, éclipse totalement la jeune barde. Elle aurait pratiquement pu ne pas être là et ça n'aurait rien changé. Bear aussi en prend pour son rhume, mais comme il est guérisseur, il garde au moins une petite place. Le personnage d'Amylie par contre, gagne en profondeur. La jeune fille, amoureuse de Mags et récemment guérie de son handicap, peut enfin explorer et s'épanouir. Disons que le Bastion, pourvu de multiples caves et endroits discrets laisse enfin la place à leurs désirs. La scène où Jakyr, devant un Mags désarmé, décide de prendre en charge son éducation sexuelle est à la fois drôle et touchante : le célibataire endurci donne des conseils à l'adolescent encore vierge et on devine qu'il n'a pas peur des détails!

Cependant, le coeur de l'intrigue repose sur la rencontre entre Mags et son cousin Bey. Les deux adolescents ont le même âge et pourraient être des frères jumeaux tellement ils se ressemblent, ce qui est vraisemblable parce que leurs parents respectifs étaient des jumeaux identiques qui ont chacun épousé le jumeau de l'autre. Dans le récit que fait Bey, on comprend la source de bien des événements de la vie de Mags, mais aussi, à quel point le fait d'être un héraut l'a transformé. Sa relation avec Dallen, son compagnon, son entraînement avec Nikolas, sa vie au Collegium, tout ceci en a fait un être profondément différent de ses origines, tout en y étant ancré. 5 tomes pour arriver à cette conclusion, mais ça en aura valu la peine. 

La fin nous laisse sur des jours plus radieux, mais connaissant l'auteure (et après quelques recherches sur le web), Mags risque de revenir dans un autre cycle de Valdémar. Ça promet!

jeudi 17 août 2023

Collegium Chronicles : Redoubt de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles tome 4 Redoubt Mercedes Lackey Daw 394 pages


Résumé:
Après le mariage princier, la cour de Valdémar retourne à ses habitudes. L'occasion a été bonne pour Mags de mettre en pratique et de développer ses talents d'espion. Même si Amylie, fraîchement remise de son opération, occupe toutes ses pensées, y compris celles, très peu chastes, que tout adolescent éprouve un jour ou l'autre... Après une suite d'événements où ses deux meilleurs amis finissent par se marier et les conséquences de ce mariage, le jeune homme revient donc à sa priorité: son entraînement. Un domaine où il se montre très doué. Au point que Nikolas lui offre de tenir lui-même la boutique de prêt sur gages qui sert de couverture à leurs opérations. Là, Mags est à son meilleur, mais à chaque fois qu'il quitte l'endroit, l'étrange impression d'être observé revient. Et tout à coup, il n'est plus à Valdémar, il n'est plus un héraut, il est de retour à la mine, là où il avait toujours faim et était à risque de mourir à tout moments. Mais l'est-il vraiment?

Mon avis:
Quatrième tome de la série, celui-ci ne fait pas exception sur le fond dans la structure générale. Une première partie qui est liée très lâchement au reste de l'intrigue, puis un démarrage sur ce qui fera le reste du livre après une centaine de pages. Au moins, dans ce tome, cette partie sert à développer les personnages secondaires: ainsi Bear et Lena ont l'idée de convoler en justes noces. Ils s'aiment et veulent prendre leur indépendance de leurs parents respectifs ; quoi de mieux pour ça que de se marier? Il y a aussi la relation entre Amylie et Mags, qui, si elle reste chaste, ne se développe pas moins. D'ailleurs, Mags ressent avec beaucoup d'acuité la «surveillance bienveillante» qui entoure la fille du Hérault du roi. Pas facile d'explorer ses envies physiques quand on sait que pas mal de gens regardent par-dessus votre épaule...

La rupture vient environ à la moitié du livre et d'un chapitre à l'autre, on change radicalement d'ambiance et d'atmosphère. Tout à coup, Mags est de retour dans la mine, là où il craint à nouveau les colères de Cole Pieters, la mort qui rôde dans les galeries, les fantômes des enfants qui n'y ont pas survécu... Sauf que quelque chose lui rappelle que ceci n'est pas la réalité. Quelque chose de profond en lui. Ce passage et ce qui suit, quand il découvre qu'il a été enlevé et drogué, sont parmi les plus intéressants que l'auteure a écrit. Parce que l'on est avec Mags dans cette plongée dans ses souvenirs, là où résident ses peurs les plus profondes, mais on est aussi dans son entrée en résistance, face à ses traumatismes, autant qu'à ses kidnappeurs.

Le passage par la survie, quand il réussit à s'échapper, est à la fois très bien écrit... et un peu étrange, parce que Mags fait beaucoup appel à des connaissances qu'il a acquises à la mine. On est un peu surpris par la diversité de ce qui peut être appliqué à la survie en forêt. C'est bien écrit, mais peu en lien avec le personnage comme tel.

Pour qui est familier avec l'univers de Mercedes Lackey, le passage par Karse rappelle beaucoup de souvenirs et autant de petits plaisirs de lecture, car on sait, on devine ce qui va se passer. Pour qui n'a jamais lu une ligne de cet auteure, c'est une belle entrée en matière. Surtout en ce qui concerne un félin un peu trop grand pour être un félin ordinaire

Les trente dernières pages sont bourrées d'action et le rythme est haletant. Mais c'est parce que l'on s'est attaché aux personnages en premier lieu. Si ça n'avait pas été le cas, ces pages, au lieu d'être palpitante, aurait juste été une scène d'action ordinaire, bien écrire, mais sans plus.

La fin est un peu abrupte, sans réelle conclusion, mais bon, c'est ainsi. On en saura plus dans le dernier tome sûrement!

jeudi 29 juin 2023

Collegium Chronicles : Changes de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles Tome 3 Changes Mercedes Lackey Daw 388 pages


Résumé:

Au Collegium, tout le monde est désormais épris d'une nouvelle passion: le kirball. À ce nouveau sport, Mags est un héros aux yeux de tous, adulé pour son agilité et pour celle de Dallen son compagnon. Mais en dehors de ce sport, il suit un autre entraînement. Le Héraut du Roi, Nikolas, commence discrètement sa formation pour en faire un espion. Ce qui inclut d'apprendre à se faire passer pour qui il n'est pas. Sauf que les mystérieux assassins qui s'en sont déjà pris à Valdemar ne les ont pas oubliés. Ils seraient de retour, cachés quelque part dans Haven. Et prépareraient une autre manoeuvre: enlever Amylie, la fille de Nikolas et amoureuse de Mags, pour faire chanter son père et ainsi, contrôler le royaume.

Mon avis:

Ça faisait un bout de temps que je ne m'étais pas plongée dans un bouquin de Mercedes Lackey et je suis retombée avec plaisir dans son univers qui m'est si familier. Les problèmes avec l'écriture aussi: une écriture qui tend au tell beaucoup trop, de grandes longueurs qui retardent le début de l'action et certains éléments de l'intrigue qui font se gratter la tête, mais tout de même, un vrai plaisir de lecture, car elle a le don de nous plonger dans les aventures de ses personnages.

Mags, dans sa double vie de héros de kirball (un match occupe tout le premier chapitre, quand je disais des longueurs qui retardent le début de l'action...) et d'apprenti espion, reste Mags: l'enfant obligé de travailler dans une mine dans des conditions d'esclavage qui sait qu'il ne sera jamais complètement comme les autres. Malgré tout, ce rôle d'espion qu'on lui offre lui plaît, à la fois parce qu'il lui donnera une place utile et que ses habiletés naturelles s'y prêtent. Lui qui a un Don particulièrement puissant de télépathie, une très grande facilité au maniement d'armes et une capacité quasiment féline de se promener sur les toits. Ses incessants questionnements, à savoir ce qu'il fait est-il juste, qu'est-ce qui est attendu de lui, sont autant celles d'un adolescent que d'un enfant qui veut se prouver aux adultes qui l'entourent. Et qui doit affronter les changements que le passage à l'âge adulte provoque.

À ses côtés, ses meilleurs amis Bear le guérisseur et Lena la barde ont aussi leurs propres combats à mener, contre leurs propres parents. Le père de Bear désapprouve le fait que son fils soigne avec des herbes parce que soigner devrait être réservé à ceux qui ont un Don, ce dont Bear est dépourvu. Alors que pour ce père, les herbes sont une perte de temps, le jeune guérisseur réussit de petites merveilles qui sont reconnues par ses pairs. Mais comment grandir lorsque l'on n'est pas reconnu par nos parents? Lena fait face au même problème: son propre père, le célèbre barde Marchand va jusqu'à dire qu'il n'est pas sûr qu'elle est sa propre fille pour éviter qu'elle ne lui fasse de l'ombre! Le combat contre les parents, contre l'autorité, est la trame de fond de ce tome, mais il m'a semblé qu'elle était surfaite pour les amis de Mags. Même leurs disputes ne semblaient exister que pour nourrir la trame de ce dernier. De quoi s'ennuyer de Ron et Hermione!

Amylie de son côté est décidée à subir une opération qui lui permettra peut-être de remarcher. Le risque est grand, surtout que Bear n'a pas de Don et supervisera l'opération. Incapable de supporter plus longtemps d'être un poids pour tous, elle veut acquérir son indépendance. Car le temps presse: son statut de cible des assassins redouble la vigilance autour d'elle et lui fait encore plus ressentir le poids de son handicap. Son arc dans ce tome est intéressant, car autant elle souhaite acquérir son indépendance, autant son statut de cible lui attire une attention qui n'est pas sans lui plaire!

L'intrigue générale du tome suit la ligne classique déjà mise en place par les deux premiers tomes de la série: un début peu relié au reste des événements, un événement déclencheur qui survient autour de la page 100 (oui, je suis rendue à ce degré de précision!), une première montée en tension, puis une deuxième qui nous garde rivée sur notre bouquin pour savoir la fin. Avec au passage, beaucoup trop d'événements qui tombent un peu trop bien, comme, ah, tiens, le premier soir où Mags commence son apprentissage d'espion survient l'événement nécessaire pour faire avancer l'intrigue! Et la suite survient le lendemain soir! Quand je disais se gratter la tête. Mais bon, je pardonne ces faiblesses. Parce que l'univers qui entoure l'intrigue est très bien construit et que les personnages sont attachants. Même si ça me tape parfois un brin sur les nerfs, je vais lire la suite!

vendredi 31 mars 2023

Lady Snowblood: 3- Le livre de la résurrection de Kazuo Kamimura et Kazuo Koike

 Lady Snowblood tome 3 Le livre de la résurrection Dessins de Kazuo Kamimura Scénario de Kazuo Koike Sensei 314 pages


Résumé:

Après avoir accompli sa vengeance, Yuki a pris sa ''retraite'' et enseigne désormais la gymnastique suédoise dans un collège pour jeunes filles. Ce qui malheureusement déplaît aux mouvements nationalistes qui dénoncent l'occidentalisation du Japon. Après avoir échappé à une tentative d'assassinat, Yuki est entraînée vers ceux qui se battent contre l'obscurantisme et pour l'avenir du Japon. Encore une fois, elle va devoir dégainer son sabre.

Mon avis:

Ce troisième tome est dès le départ surprenant parce que sa quête initiale, venger ceux qui ont détruit sa famille, est atteinte à la fin du deuxième tome. On a donc ici une impression surprenante de «on a une bonne série alors on va étirer la sauce». Fort heureusement, c'est bien fait et ça ne gâche pas le plaisir de la lecture, même si les aventures de Yuki l'emmènent très loin de ses activités habituelles. 

Au départ, elle s'est complètement retirée du métier. Plus de contrats, plus de vengeance. Elle est simplement une prof de gymnastique suédoise dans un collège pour jeunes filles et ne fait pas de vagues. À part le fait qu'elle traîne son ombrelle partout, rien ne peut laisser soupçonner son passé. Ombrelle qui, les lecteurs le savent, contient sa lame. Comment elle s'est retrouvée là sera racontée par des flashbacks, mais ce qu'elle fera ensuite n'appartient qu'à elle. Alors que dans les autres tomes, elle poursuivait la quête de vengeance de sa mère, dans celui-ci, elle trace sa propre voie et fait ses propres choix par rapport à son avenir. Et surtout, elle choisit un camp et une cause par elle-même. Ce choix est d'ailleurs l'arc narratif qui mène le tome et qui la fera de nouveau basculer dans la violence alors qu'elle s'en était éloignée. 

Comme dans les premiers tomes, l'intrigue mêle personnage fictif et personnages historiques et un vrai conflit social qui a eu lieu à cette époque entre les traditionalistes et les modernistes. Je ne suis pas une experte de l'époque, mais le conflit m'a semblé bien rendu, surtout au niveau des individus qui le vivent. Et bon, certains événements liés aux nationalistes laissent envisager les agissements de l'armée japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale. Comme si les racines étaient déjà plantées. Contre cela, Yuki utilisera toutes ses ressources, même si dans un premier temps, elle hésite. Sortir de sa retraite, du calme? Et pourquoi le ferait-elle? L'habilité de l'intrigue est justement ici de nous faire suivre son cheminement et sa décision finale. La grande différence est que l'intrigue est beaucoup plus linéaire que dans les autres tomes. Si auparavant on alternait entre son métier de tueuse à gages et sa quête personnelle, ici, à l'exception de quelques flashback, l'intrigue avance de chapitre en chapitre. 

Le dessin est toujours aussi réussi, mais comme l'intrigue plonge davantage dans l'histoire de l'époque, les détails que le dessinateur inclut dans ses plans sont plus faciles à remarquer. Et des détails, il y en a. Petits et grands. Yuki elle-même d'ailleurs a changé. C'est subtil, et d'autant plus à l'honneur du dessinateur, qu'il ait réussi à nous faire comprendre que le temps passe aussi pour Yuki et qu'elle n'est plus la jeune fille que nous avons rencontrée dans le premier tome. Même si elle reste Lady Snowblood.

Un troisième tome un peu moins fort que les deux précédents, mais qui demeure quand même intéressant, même s'il n'était pas nécessaire.

mercredi 22 mars 2023

Lady Snowblood: 2- Qui sème le vent récolte la tempête de Kazuo Kamimura et Kazuo Koike

 Lady Snowblood tome 2 Qui sème le vent récolte la tempête Dessins de Kazuo Kamimura Scénario de Kazuo Koike Sensei 530 pages


Résumé:

Après avoir éliminé la première de ses cibles personnelles, Lady Snowblood fait face à une impasse: aucune trace des deux autres. Sur les conseils d'un groupe de mendiants, elle réussit à persuader un écrivain célèbre, mais excentrique de raconter son histoire afin de les pousser à sortir de l'ombre. Mais en révélant son identité, elle attire aussi vers elle des regards, ce qui ne l'aide pas dans sa profession: tueuse à gages.

Mon avis:

Ce deuxième tome reprend le schéma du premier, alternant les histoires reliées à ses contrats de tueuse à gages et ses efforts pour retrouver et tuer ceux qui ont détruit sa famille. Et si dans le premier tome, elle semblait souvent triompher sans trop d'efforts de ses ennemis, ici, ils seront à sa mesure. Chefs de clans de yakuzas, hommes politique, elle affrontera des ennemis qui sont aussi intelligents qu'elle. Et si elle demeure aussi adroite au sabre, elle a perdu l'avantage de la surprise. 

Dans ce tome, elle fait preuve de quelque chose que l'on soupçonnait, sans en avoir pleinement pris la mesure dans le premier tome: Yuki a une âme. Si elle demeure inflexible sur sa vengeance, on comprend vite qu'elle a aussi des aspirations personnelles. Son fort penchant pour les femmes se fait plus prononcé et plutôt qu'une tactique, on découvre que c'est simplement sa nature qui parle. Elle épargne un enfant handicapé intellectuel plutôt que de le tuer, car elle n'ose le faire sur une âme si pure et simple, même si ça la met en danger. Elle développera une relation d'affection sincère avec le vieil écrivain qui raconte son histoire au public. Tous ces petits événements, éparpillés au fil du récit, donnent de la chair à un personnage qui pourrait autrement être froid. Oui, Yuki est intrépide et déterminée, mais elle n'en est pas moins une personne avec ses failles.

On remarque une évolution dans sa manière d'aborder ses cibles personnelles. Au lieu de les pourchasser, elle se dévoile pour les faire venir à elle. Tactique qu'elle utilisera d'ailleurs dans certains de ses contrats. Elle utilise sa vulnérabilité et sa féminité comme des forces. Nombreux seront ceux qui tomberont dans le piège.  

Petit détail qui m'a un peu chicoté dans ce tome, Yuki ne semble jamais avoir de problèmes à avoir du travail, mais la façon dont ses clients la contactent n'est jamais expliquée. Ce n'est pas nécessaire à l'intrigue, mais quand même. A-t-elle des alliées, des intermédiaires? Aucune idée.

Le dessin est dans la droite ligne du premier tome. Les découpages rendent l'action du mouvement, sans essayer de montrer le mouvement lui-même. Cependant, ce tome-ci est moins sanglant. Certes, elle continue à tuer, mais sa quête personnelle prend plus de place que ses contrats et ce faisant, on en apprend plus sur elle. Il y a quelques magnifiques plans qui trôneraient bien tels quels dans une exposition tellement l'image est à la fois travaillée et parlante. 

La fin m'a profondément surprise. Pas de spoilers ici, mais le simple résumé du troisième tome vous dira la fin de celui-ci. Je ne m'y attendais pas du tout. Cependant, elle est en droite ligne avec ce qui se passe depuis le début du premier tome. Yuki a un but et s'y tiendra, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas de coeur. Sa réaction, entre autres envers la fille d'une de ses cibles, montre que sa vengeance n'a toujours été que ça: oeil pour oeil, dent pour dent, rien de plus. La fin laisse Lady Snowblood sur un chemin auquel on se s'attendait pas. Comme il y a un troisième tome, on se pose d'ailleurs beaucoup de questions.

En droite ligne et aussi bon que le premier, tout en se gardant une bonne marge d'indépendance comme deuxième tome de la série.

jeudi 12 août 2021

Monstress: 2- The Blood de Marjorie Liu et Sana Takeda

 Monstress tome 2  The Blood  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda Image 149 pages

Résumé:

Arrivée dans la ville portuaire de Thyria en compagnie de Kippa et de Maître Ren, Maika n'a qu'une hâte: se rendre sur l'île des os, l'île dont personne ne revient.  Aidée d'un vieil ami de sa mère qui l'a connu enfant, elle monte à bord d'un vaisseau, mais le monstre qui est en elle est plus éveillé que jamais et  ses ennemis, plus près qu'elle ne le pense.

Mon avis:

Autant on peut trouver son caractère épouvantable, autant on peut comprendre cette Maïka.  Désormais privée de son bras gauche, dévoré par la créature qui est en elle, elle continue sa quête.  De façon opiniâtre, sans faire de compromis, mettant sa vie en danger et celle de ses compagnons de route également.  Kipa et Maître Ren y goûtent, mais restent à ses côtés.  Kipa parce qu'elle ne connaît rien d'autre, mais Maître Ren reste un chat, même à deux queues, capable de parler et de faire de la nécromancie: il a ses raisons très personnelles d'agir et on ne les connait pas toutes.

On en apprend plus dans ce tome sur sa mère, Mariko.  La relation entre la mère et la fille entre autre, y est beaucoup développée par des retours en arrière et le dialogue intérieur que Maïka a avec sa mère.  Et, bon, Mariko n'était pas spécialement une mère douce et gentille.  Elle a été dure envers son enfant, afin de la préparer au mieux à une vie difficile, mais c'est l'absence de tendresse qui est la pire.  Maïka n'était pas tant son enfant que son projet.  Elle l'a modelé dans un but précis, mais sans que la petite fille comprenne pourquoi.  Mais Mariko aimait sa fille, c'est indéniable: ce qui rend son côté impitoyable encore plus difficile à comprendre.  Maïka vit dans l'ombre de ce que cette mère a fait d'elle, incapable de sortir du chemin qui a été tracée pour elle, même si elle en souffre.  Cette ambivalence et cette relation mère-fille forment la trame de fond de ce tome.

L'univers, riche, pleine de courants contradictoires, d'intrigues politiques est parfois dur à suivre, surtout qu'il faut le maîtriser un minimum pour comprendre certains pans de l'intrigue.  C'est la partie la plus ardue de cette oeuvre, mais elle n'est pas tant inaccessible que complexe: faut être attentif aux détails et les retenir.  Sauf que ce n'est pas toujours simple vu leur quantité.  

Le dessin est, comme le premier tome, tout simplement splendide.  Flirtant toujours entre des inspirations de mangas et l'influence du comics, le dessin reste dans une case à part et trace son propre chemin ce qui fait franchement du bien.  La qualité des cadres est constante et suit bien l'intrigue: plus resserrée sur les visages aux moments critiques, tout en laissant de larges plans à d'autres moments.  La richesse des costumes et les arrière-plans plein de détails qui donnent vie à cet univers, reste constante.  On sent la minutie dans chaque case.  

Une partie des personnages sont anthropomorphisés, mais les dessins rendent l'humanité de chaque personnage, même celui qui est interprété par un requin.  Une large place est aussi accordé aux personnages racisés.  Seul mini-bémol: certaines d'entre eux sont faciles à mélanger car très semblable.  Mais c'est un détail.  D'ailleurs, chapeau à la parité dans cet univers: il y a autant de personnages féminins que masculins.  

Bref, toujours aussi bon, même si l'univers touffu est parfois un brin dur à suivre.

Ma note: 4.5/5

jeudi 12 novembre 2020

The Colleguim Chronicles: Intrigues de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 2  Intrigues  Mercedes Lackey  Daw Books  Collection Fantasy  391 pages


Résumé:
Désormais bien installé au Collegium, Mags est très occupé: en plus des tâches que lui confie discrètement le héraut Nikolas, de ses études où il doit travailler très dur pour rattraper son retard, on lui demande de faire partie de l'équipe de kirball.  Il accepte, un peu étonné, mais trouve du temps entre les entraînements pour finir ses recherches dans les archives.  Il y fait une découverte surprenante sur son passé: ses parents étaient des étrangers et non des Valdémarans.  Le seul problème, c'est que les précognitifs, tous les précognitifs ont eu une vision: le Roi, couvert de sang et devant lui, un étranger...

Mon avis:
Au risque de me répéter, je continue cette série parce que je suis très mordue de l'auteure, mais je suis tout aussi certaine de ses innombrables faiblesses.  Série à garder pour les fans finis seulement.

Mags continue donc son cheminement en tant qu'apprenti Héraut.  Il est toujours au Collegium et ma foi, si le premier tome était centré sur l'impact de la transformation majeure qu'implique sa création dans l'entraînement des hérauts, celui-ci ignore presque complètement cette donnée.  Mags a désormais des amis et beaucoup des aventures de ce tome tournent autour d'eux.  Bear le soigneur-sans-le-don qui soigne avec des herbes et que sa famille de soigneurs-avec-le-don veut marier à une fille pour qu'il ponde de nouveaux héritiers qu'on espère avec le Don.  Lena, la barde, fille de célèbre barde qui n'existe pas aux yeux de son père et qui ne vit que pour avoir un regard de lui.  S'ajoute à cela Amylie, la fille du héraut Nikolas, mentor de Mags, qui fera comprendre à Dallen que les préférences de son élu ne vont pas vers les garçons.  Attention par contre, les retournements tombent souvent de nulle part et font souvent sourciller.  Comme si l'auteure décidait que ça allait arriver là et ne se préoccupait pas que l'effet lapin sorti d'un chapeau s'enchaîne sans fin dans son livre.

La clé de ce tome-ci est la relation entre Mags et son Compagnon, Dallen.  Mags n'est jamais vraiment seul, Dallen est toujours à ses côtés.  Leur relation, déjà bien étoffée se développe encore plus.  On découvre d'ailleurs dans ce tome-ci le côté cabotin et même taquin du Compagnon.  Et ce sera d'autant plus nécessaire dans cet opus.

Déjà que Mags souffre d'un manque de confiance chronique en lui-même et en les autres, voilà que des précognitifs laissent entendre qu'un étranger pourrait attenter à la vie du roi, faisant de la vie de Mags un enfer.  Ses amitiés, encore récentes, seront mises à rude épreuve.   L'essentiel du roman se passe d'ailleurs entre les allers-retours de ces jeunes-là et les effets des prédictions sur Mags.  Ajouter à cela quelques matches de kirball, un sport à mi-chemin entre le drapeau que l'on jouait dans la cours d'école primaire et le trollball des GN.  Si vous ne connaissez pas les deux références précédentes pas grave!  Sachez juste que les descriptions sont excitantes, même si je ne suis pas sûre d'avoir entièrement compris le jeu.

Les situations sont simples, voir simplistes, on peut déplorer que l'intrigue principale soit à plusieurs moments complètement éclipsée par des détours sur des enjeux plus secondaires, mais reste que ça se lit bien et que j'ai passé un bon moment.  Si vous cherchez quelque chose de transcendant par contre, passez votre chemin.

Ma note: 3.25/5

jeudi 24 septembre 2020

The Collegium Chronicles: Foundation de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 1 Foundation  Mercedes Lackey  Daw Books  collection Fantasy  418 pages


Résumé:

Mags vit en esclavage, mais l'ignore.  Toute sa vie, il n'a connu que la mine, la faim et la brutalité de Maître Cole, le cruel propriétaire des lieux, qui malmène autant ses enfants que ses «ouvriers».  Le jour où un soldat vêtu de blanc l'arrache aux lieux pour le faire monter sur un cheval tout aussi blanc, Mags n'a aucune idée de combien son univers étroit va être bouleversé et combien lui-même aura bientôt un impact sur celui-ci.

Mon avis:

Pour moi, lire du Mercedes Lackey est comme lire un délicieux bonbon, mais je sais que là-dessus, mes goûts sont particuliers.  Ceci dit, ayant lu la majorité de son oeuvre, ses manies et ses retournements de situation me surprennent de moins en moins.  Ceci est l'une des dernières série situées dans son univers de Valdémar que je n'ai pas lu et ce n'est pas la meilleure.  Par contre, le plaisir reste là, ce qui va me pousser à continuer.

Je savais depuis longtemps que sa plume n'était pas exceptionnelle, mais n'ayant jamais lu l'oeuvre en version originale jusqu'ici, ça restait une question qui trottait dans mon esprit à savoir si c'était seulement la traduction qui empirait le tout ou non.  Réponse: non, ce n'est pas la traduction.  La plume de l'auteure est verbeuse et abuse des adverbes.  Par contre, son style simple et direct m'a plu pour sa facilité d'accès.  

Pour moi qui a lu plusieurs de ses oeuvres, je pouvais hocher la tête à certains moments du texte en me disant: ah oui, on est rendu là.  La trame de base est extrêmement semblable.  Ceci dit, Mags n'est ni Talia, ni Vanyel et encore moins Elspeth.  Propulsé dans un monde qu'il ne comprend pas, parlant avec un accent taillé au couteau dans un monde de raffinement (le texte original rend bien ses intonations rugueuse et son élocution traînante où il avale la moitié des syllabes), Mags comprendra qu'il peut enfin compter sur quelques personnes, malgré sa méfiance naturelle.  Sa relation avec Dallen, son Compagnon, est magnifique.  Tous les deux étant doué de Parler-par-l'Esprit (grosso modo, une forme de télépathie), leurs communications mentales sont à la base du récit, mais c'est surtout une forme d'union très particulière, une forme d'intimité qu'ils développent. Les autres personnages qui les entourent sont moins bien développés, mais restent crédibles.  Et le Héraut Jakyr pourrait bien revenir dans d'autres tomes.  Je l'ai bien aimé celui-là!

L'auteure ajoute une pierre à l'édifice de son oeuvre en posant cette opus dans une période charnière de l'histoire de Valdémar, à une époque où le Collégium des hérauts subit de profondes transformations, passant d'un système de mentorat à un système plus classique d'enseignement en classe.  Pour la fan de l'univers que je suis, ceci est un jalon manquant et je suis contente que l'auteure me raconte cette partie.  Mais reste qu'il faut être fan pour l'apprécier.

Ma note:3.75/5

mardi 9 juin 2020

Le poids du papillon d'Erri de Luca

Le poids du papillon d'Erri de Luca  Gallimard  Folio  81 pages



Résumé:
Un chasseur, alors qu'il était jeune, a tué une femelle chamois.  Depuis, son fils règne sans partage sur une harde.  Mais chasseur et chamois prennent de l'âge et voit venir leur fin.  L'occasion d'une nouvelle rencontre?

Mon avis:
Le livre commence par raconter l'histoire de la brève rencontre entre le chamois et le chasseur et explique que c'était il y a longtemps, que l'hiver vient et ce sera leur dernier.  Tous les deux le savent.  Et ensuite, l'auteur réexplique tout ça dans des mots différents, une première, puis une deuxième fois...  C'est verbeux à souhait, ça ne fait pas avancer l'histoire et plusieurs formulations de phrases me donnaient l'impression d'être boiteuses, comme s'il manquait un mot.  Effet de style sans doute volontaire, mais bon, ark.  Bref, c'était loin d'être excellent.

Une deuxième nouvelle complète le livre, qui a toute les défauts d'écriture du premier texte.  Rien à signaler.

Fort heureusement que c'était court...

Ma note: 2.5/5

jeudi 16 janvier 2020

Le dernier Héraut-mage: 3-Le prix de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier Héraut-Mage  tome 3  Le prix de la magie  Milady  Lu en intégrale  page 839 à 1293


Résumé:
Vanyel vit désormais à Valdémar, où le roi Randal, malgré le soutien des guérisseurs et de sa femme Shavri, est littéralement en train de mourir devant son peuple.  Un jeune barde, Stephen, parvient à le soulager en utilisant un don inconnu impliquant ses capacités musicales.  Vanyel se sent instantanément attiré vers ce jeune homme, shaych comme lui.  Stephen également.  Mais Vanyel n'a jamais pu oublier Tylendel...

Mon avis:
Un tiers du récit, Vanyel est pas sûr de lui, il trouve Stephen mignon, mais il n'a pas oublié son grand amour etc, etc.  Un autre tiers, les aléas de la vie de héraut et la vie de la cours se mettent en travers de leur belle histoire.  Et un dernier tiers qui mènera Vanyel vers sa mort, comme il en fait le rêve depuis le début de la trilogie.

Et tout ça prend un peu beaucoup de temps à raconter.

Dans ce tome, l'auteure abuse beaucoup du tell.  Certes, elle accorde toujours une grande importance aux émotions et au portrait psychologique de ses personnages, mais c'est presque trop.  Il y a très peu d'actions dans ce tome-ci et la valse-hésitation de Vanyel gruge la plupart du livre, au point où j'ai eu sérieusement envie de sauter dans le livre pour aller le secouer.  Beaucoup de situations sont montées en épingle pour retomber à plat.  Bref, c'est un tome assez inégal.

La fin n'est pas vraiment meilleure.  Elle met une terrible épreuve à la toute fin et Vanyel s'en sort en dix pages, grâce à son amoureux.  Le personnage de Stephen, presque tout au long, est assez réduit.  Il est comme la bonne épouse qui prend soin de son amoureux avec dévouement et patience, qui lui brasse les puces au bon moment et qui lui sert de boussole morale.  Ce dont Vanyel n'avait pas eu besoin dans les deux tomes précédents, mais qui lui semble maintenant indispensable.  Si au départ, Stephen a ses propres buts, sa relation avec Vanyel grugera toute sa vie.  Bref, même dans les couples gays, ça peut arriver.  Et d'ailleurs, l'auteure est d'une pudeur extrême face à leur sexualité: elle arrête les scènes d'amour dès que leurs lèvres s'approchent de celles de l'autre.  Elle n'a jamais eu autant de réserve avec les couples hétéros!

Et bon, la fin en apothéose que l'on voit venir depuis le début de l'histoire est expédiée et on fait même des ellipses sur de larges bouts.  Bref, le troisième tome donne une fin de trilogie en queue de poisson...

Ma note: 3/5

jeudi 9 janvier 2020

Le dernier Héraut-Mage: 2- Les promesses de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier Héraut-Mage  tome 2  Les promesses de la magie  Mercedes Lackey  Milady  Lu en édition intégrale page 429 à 837


Résumé:
Épuisé par une longue année de lutte sur le Front karsite, Vanyel, devenu un héraut-mage confirmé, le meilleur du Cercle Héraldique, retourne se reposer quelques semaines dans sa famille.  Il y aura l'occasion de régler quelques vieux conflits avec les siens, de rencontrer de nouveaux compagnons et... n'aura pas le temps de se reposer, les ennuis semblant définitivement le suivre partout!

Mon avis:
On commence le livre avec un Vanyel au bout du rouleau, littéralement, épuisé dans tous les sens du terme.  On finit le livre avec un Vanyel tout aussi épuisé.  Bref le but annoncé du livre était de lui permettre de se reposer et il ne se reposera pas du tout au cours de ce bouquin.  Si vous êtes exténué, ce n'est pas le bon moment de lire cet opus: vous allez beaucoup trop vous reconnaître dans le personnage principal.

Le livre est le prétexte à bien des égards, à régler les situations problématiques établies dans le premier tome avec les membres de sa famille.  Les relations complexes avec son père, avec son ancien maître d'armes, avec le prêtre de l'endroit, avec une ancienne servante de sa mère.  Un par un, Vanyel va les rencontrer, parfois les confronter et dénouer les fils complexes de ses relations avec eux.  Rendu au deuxième ou au troisième, on voit venir, mais l'auteure réussit à nous emmener là où on ne l'attend pas, en présentant les motivations profondes, voire les nuances des émotions de ses personnages.  Ce n'est pas un livre qui est une réussite au point de vue strictement littéraire et l'auteure a souvent la main lourde, mais reste qu'elle réussit à peindre de très beaux personnages.

Vanyel a gagné en maturité de bien des façons.  Douze ans séparent le premier du deuxième tome de la trilogie.  Vanyel a grandit, mais sa solitude n'en est que plus grande.  Son statut de Héraut-Mage lui pèse, car il transforme ses relations avec presque tout le monde, sauf ses amis très proche qu'il craint de devenir une cible.  Et sa solitude, infinie après la mort de Tylendel qui le poursuit encore.  Il aura l'occasion d'évoluer sur les deux questions au cours du livre.  Et sa relation avec Yfandes, son compagnon, balbutiante durant le premier tome, est désormais pleinement vécue.  C'est beau à voir.

Contrairement à la manie de l'auteure de changer sans cesse de point de vue entre les différentes personnages, ce tome-ci est écrit entièrement du point de vue de Vanyel, ce qui améliore beaucoup le texte.  Certes, cela nous oblige à vivre son état d'épuisement constant, mais cela renforce l'engagement auprès du personnage.  En d'autres mots, le deuxième tome est meilleur que le premier!

Ma note: 4/5

jeudi 19 décembre 2019

Le dernier-héraut-mage: 1- La proie de la magie de Mercedes Lackey

Le dernier héraut-mage  tome 1  La proie de la magie  Mercedes Lackey  Milady  Lu dans l'édition intégrale de la trilogie, p. 1 à 426


Résumé:
L'avenir de Vanyel Ashkevron était tout tracé: reprendre le domaine de son père, Seigneur de Forst Reach, devenir un guerrier, être un homme...  Mais le jeune homme est rebelle: il préfère la musique aux armes, la souplesse et la rapidité à la force brute, les hommes aux femmes...  Envoyé auprès de sa tante, Héraut-mage, dans la capitale, sujet aux intrigues et aux tentations, Vanyel y découvrira l'amour, mais aussi autre chose, cette chose qu'il cherchait à fuir : le devoir.

Mons avis:
Pour qui n'est pas familier avec l'univers de Mercedes Lackey, l'auteure ne prend pas beaucoup de temps pour expliquer son univers comme tel.  On peut le lire de façon indépendante, mais pour quiconque a déjà lu d'autres tomes, les liens sont plus faciles à faire.  Le tout premier tome de cet univers, après tout, ne commençait-il pas par Talia lisant le récit de la mort héroïque du Héraut-Mage Vanyel, le principal protagoniste de cette trilogie?  Un antépisode donc, mais qui nous ramène aussi à une période de l'histoire de Valdémar plus primitive, où les hérauts existent déjà, mais où la magie est toujours présente.

L'auteure manie avec doigté l'art de prendre beaucoup de temps pour raconter certains passages avant d'accélérer pour nous garder littéralement rivé au livre.  Ainsi en est-il de la première partie, décrivant longuement le sort de Vanyel à Forst Reach et à quel point il y est un adolescent malheureux.  Son départ pour Haven emmènera de nombreux changements dans sa vie, entre autre la découverte de son homosexualité.  Puis à un certain point, on accélère encore vers la finale.  Ainsi en est-il de la presque totalité du livre: une grande précision, voire une sentimentalité dans certains moments, un grand flou dans d'autres, suivi d'une accélération.  Pourtant, sans tout le temps à placer les émotions de Vanyel, la finale n'aurait pas autant de force.

Une chose est sûre, les nuances émotionnelles que vit Vanyel sont soigneusement détaillées.  On se reconnaît dans ce personnage mal dans sa peau et on l'accompagne dans les difficiles épreuves qu'il traversera.  Par contre, à un certain point, on peut trouver que l'auteure en beurre pas mal épais.  Toutes ces épreuves sur un seul être humain?  En si peu de temps?  Mouais...

L'écriture n'est pas très riche et bon, la principale qualité de l'auteure n'est pas son style qui est assez fade.  Mais elle est une très bonne raconteuse d'histoire, qui nous donne envie de continuer auprès de ses personnages, qui s'ils sont au départ archétypaux, sont capables d'évolution sans que cela fasse niais.  Même ceux qu'elle s'amuse presque à torturer pour mieux nous les rendre humain et proches.  Et l'univers qu'elle a su créer est riche de tellement de nuances que l'on voit dans peu d'univers de fantasy que l'on accroche. Quoique ce tome-ci, et je dirais même cette trilogie-ci, est réservée aux fans déjà conquis.

Ma note: 3.5/5

jeudi 5 décembre 2019

Monstress: Awakening de Marjorie Liu et Sana Takeda

Monstress  tome 1  Awakening  Scénario de Marjorie Liu  Dessins de Sana Takeda  Images comics  Non-paginé


Résumé:
Maika Halfwolf est une arcanique, une race issue d'un croisement entre les humains et une ancienne race.  Contrairement aux autres membres de son peuple, elle a une apparence entièrement humaine, à l'exception de son bras gauche, amputé.  Maika cherche quelque chose et se laisse même vendre comme esclave pour l'obtenir.  Seulement, les personnes qu'elle croit être ses pires ennemis sont autant à l'extérieur d'elle qu'à l'intérieur.

Mon avis:
Décoiffant.  Tant par le style narratif très proche des comics de super-héros (que je n'ai guère lu, je le confesse) que par un esthétique qui lui propre, à cheval entre les traditions graphiques issues de l'Asie et d'autres traditions, dans un mélange surprenant, mais dont le résultat est se démarque au niveau du dessin.  La dessinatrice a su créer un univers hautement cohérent, tout en étant totalement unique.  Un exploit à lui seul.

L'histoire de Maika se révèle par couche.  L'histoire commence au moment où elle est vendue aux enchères comme esclave, une situation qui s'avérera volontaire par la suite.  Car Maika cherche quelque chose.  Qui plus est, une part d'elle-même lui échappe.  Cette double situation, qui la confronte sans cesse à elle-même, la suit tout au long du récit.  Le récit est donc une double quête, extérieure d'abord, puis intérieure, qui se mélangent et se répondent tout au long de l'intrigue.

L'univers dans lequel cette histoire se déroule étant un matriarcat, on est au départ un peu surprise par la quantité de personnages féminins, mais ce n'est que justice: on est tellement habituées à l'inverse!  Les hommes sont relégués à des rôles secondaires, voire tertiaires, laissant toute la place à de riches personnages féminins, nuancés et crédibles, Maika au premier rang.  Aucun d'eux n'est d'ailleurs sexualisé à outrance.  Cela ne correspondrait pas à cet univers.  Et il y a bien sûr les non-humains, à premier chef les chats à multiples queues...  Comment pourrais-je seulement résister à ce genre de récit où des chats jouent un rôle principal?

Ce n'est que le premier tome, mais tant par son intrigue, nuancée et complexe, que par par son esthétique, ce livre révolutionne bien des choses.  Intriguant à souhait.  J'ai hâte de connaître la suite.

Ma note: 4.5/5

jeudi 10 octobre 2019

#bébéatrice de Béatrice Lepage et Éric Godin

#bébéatrice  Béatrice Lepage  dessins d'Éric Godin  Éditions La Presse  61 pages


Résumé:
Recueil illustré des meilleurs mots d'enfants de la fille de Guy A. Lepage, Béatrice.

Mon avis:
Évidemment, ce genre de bande dessinée basée sur les mots d'enfants est avant tout cute.  Et on en aurait peut-être pas fait un livre si son célèbre Papa n'avait pas partagé tous ces jolis mots sur son compte twitter (d'où le # du titre).  N'empêche, c'est une bd plutôt sympathique.

Comme tous les enfants, Bébéatrice est dotée d'une imagination débordante et fait des liens là où les adultes ne verraient que du feu.  Un dessinateur plutôt doué a illustré les scènes de l'univers de Bébéatrice, ce qui nous donne une porte d'entrée sur son univers.  On reconnaît évidemment son papa, mais pas tel que son image publique ne nous le fait paraître.  Ici, il est le complice et le personnage secondaire de la vie de cette turbulente et imaginative petite fille.

Le dessin, volontairement caricatural, épouse très bien la vision du monde que les répliques de Bébéatrice nous laissent voir.  On est à hauteur d'enfant et c'est vraiment drôle.  En quelques traits, peu de décor et beaucoup d'expressions faciales parentales de stupéfaction, on comprend très vite que la vie en compagnie de cette petite fille n'est pas de tout repos.

Mais il y a deux limites à ce livre: de un, des anecdotes d'enfant, c'est mignon, mais les unes à la suite des autres, ça devient un tantinet redondant.  De deux, aurait-on vraiment fait un livre de ce genre si elle avait eu un autre papa?

Mignon, donc, pas rien de vraiment incontournable.

Ma note: 3.75/5

jeudi 12 septembre 2019

Écrire et publier au Québec: Les littérature de l'imaginaire de Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau

Écrire et publier au Québec: Les littératures de l'imaginaires  Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau  Collection Légion des Brumes  Les six brumes  279 pages


Résumé:
Vous êtes un auteur, ou du moins, vous souhaitez le devenir.  Vous trippez sur les littératures de l'imaginaire, dévorant séries de science-fiction, de fantasy et de fantastique à la chaîne.  Vous voulez publier.  Que faire?  Où allez?  Comment faire?  Voici donc un guide qui vous offre des réponses à ces questions et à quelques autres importantes à se poser!

Mon avis:
Critiquer ce livre est un peu particulier parce que... j'y aie collaboré.  Ça date d'il y a quelques années, mais j'avais reçu une série de courriel me demandant mon opinion sur différents sujets lié au milieu du livre.  D'ailleurs, il y a une citation de moi à la page 271!  Ceci dit, je n'avais eu qu'une vague idée de ce que donnerait le projet final, n'ayant pas participé à sa rédaction.  C'est donc avec plaisir que je l'ai lu.  Je n'ai par contre pas un oeil totalement neutre sur ce livre.

À titre de lectrice, j'ai beaucoup apprécié ma lecture.  Le style adopté par les auteurs est simple, accessible, tout en étant concret et non dépourvu d'une touche d'humour bienvenue.  Le livre fait un tour d'horizon complet du milieu des littératures de l'imaginaire au Québec et du processus de publication.  Je suis d'accord avec la vaste majorité de ce qui y est avancé, même si j'aurais volontiers étoffé et nuancé la partie sur les librairies (on sort la fille de la librairie, mais pas la librairie de la fille!).  J'ai confirmé plusieurs éléments que je connaissais déjà et j'ai appris certaines choses (le chapitre sur les contrats de publications et l'aspect plus juridique sont très pertinents).  Une bonne partie du livre a été pour moi une révision, mais une révision en profondeur et bien vulgarisée.

Bon, étant donné que je connais plusieurs des collaborateurs et déjà pas mal de monde du milieu, j'ai eu l'impression à quelques reprises de savoir de qui on parlait quand on citait anonymement des collaborateurs.  Intéressant exercice, mais bon, c'était plus pour mon plaisir personnel qu'autre chose...

Je le répète, je ne suis pas totalement objective envers ce livre, mais je le recommande à quiconque souhaiterait publier des littératures de l'imaginaire au Québec.  Il fait un excellent tour d'horizon pour les néophytes, les amateurs et les curieux.

Ma note: 4.5/5

P.S. Je confesse avoir éclaté de rire à la lecture de certains conseils: pour publier, faites-vous connaître, aller parler aux gens sans nécessairement vouloir leur vendre quelque chose, fréquentez les salons du livre et les événements littéraires!  Non, non, je n'ai rien fait de tout ça :p

jeudi 18 juillet 2019

Alain Lacoursière Le Columbo de l'art de Sylvain Laroque

Alain Lacoursière Le Columbo de l'art  Sylvain Laroque  Flammarion Québec  276 pages


Résumé:
Alain Lacoursière est un policier hors-norme.  Souvent en grippe avec sa hiérarchie, porté aux coups d'éclats, branché avec les journalistes... et diplômé en histoire de l'art.  Il en fera d'ailleurs sa spécialisation.  Là où d'autres préfèrent faire joueur leurs muscles, ce policier iconoclaste fera sa marque dans un domaine moins connu, mais pourtant richement pourvu en crimes de tous genres: l'art.

Mon avis:
Résumons le livre en une phrase: Alain Lacoursière, il l'a l'affaire!  De son adolescence où il flirte avec les motards jusqu'à ses grands coups, ce policier semble survoler la scène criminelle, des arts en particulier, mais pas seulement, avec un flair inimitable. C'est ce qu'on se dit en finissant ce livre.  Sauf que...

Jetez ici le pavé dans la marre!  Cette biographie a tout de l'hagiographie.  Le portrait sans  nuance de Lacoursière qui y est brossé se dresse justement contre ce qu'il prêche.  Vraiment, un policier qui rue dans les brancards, qui montre autant d'audace contre sa hiérarchie et qui est presque systématiquement... récompensé?  Sérieux, on est pas au pays de Blanche-Neige!  Le manque de regard critique sur les exploits du policier nuit bien plus qu'il n'aide.  Parce que le récit presque sans pause de ses exploits contre les criminels en fait un être d'exception, un justicier... et un être totalement désincarné.

Le rôle de la biographie n'est pas d'être flatteuse, ni même d'être totalement véridique: elle vise à tracer un portrait.  Sauf qu'ici, le manque de nuance, doublé d'une tendance à la mythomanie du personnage (il avoue carrément avoir menti à plusieurs reprises à ses supérieurs!), nous pousse à tout remettre en question ce qu'il dit.  Est-ce vrai, est-ce faux?  Est-ce important de savoir?  Oui, justement.

Pour le reste, l'histoire est fascinante, car c'est dans le milieu de l'art québécois, un milieu mal connu et plutôt fermé que ce déroule toutes ces histoires.  On en apprend beaucoup sur l'histoire de l'art québécois (et même international!).  Sauf que la forme emprunté, avant tout un empilage des meilleures anecdotes de la carrière du policier, m'a semblé surfer sur le sujet plus que l'approfondir.

Sincèrement, avec un tel matériel, il aurait été facile de faire beaucoup mieux.

Ma note: 3.25/5

jeudi 28 février 2019

Chroniques sauvages: Teshkan de François Lapierre

Chroniques sauvages: Teshkan  François Lapierre  Glénat Québec  56 pages


Résumé:
Teshkan est un anishinabé du clan du cerf, clan paria parmi les siens suite à une vieille malédiction.  Jamais encore ils n'ont eu de contacts avec les blancs, d'après la volonté du chef du clan, grand-père de Teshkan.  Après sa mort, son fils envoie Teshkan chercher une robe noire, cherchant ainsi à briser la malédiction qui règne sur leur clan en changeant de religion.  Teshkan quitte donc son clan en plein hiver en quête d'une robe noire.  Mais depuis sa naissance, jamais rien ne s'est passé comme ça aurait dû l'être pour Teshkan.  Et cette mission ne fera pas exception.

Mon avis:
Souvent, je trouve que lire une BD est trop rapide, je la relis parce que j'ai enfilé les pages trop vite et j'ai manqué des éléments.  Ce n'est pas le cas de celle-ci.  C'est une BD juste au bon rythme, ni trop rapide, ni trop lente.  Elle repose presque entièrement sur le personnage de Teshkan, jeune anishinabé du clan du cerf, envoyé par son père dans une mission qui le trouble.  A-t-il raison d'obéir?  De nombreux rêves où son grand-père, farouchement opposé de son vivant à la venue des robes noires, lui parle, maintient le doute en lui.

Sauf que comme souvent par le passé, pour Teshkan, rien ne se passera comme il se doit.  En ce sens, c'est là que son aventure deviendra le plus intéressante, parce que l'auteur mêle habilement légendes amérindiennes et européennes, formant un tout auquel on ne s'attendrait pas.  La source de la malédiction du clan du cerf n'est pas là où on aurait pu le penser.  Le jeune Teshkan sera confronté à des monstres pires que ceux qui peuplaient ses cauchemars.

Les dessins sont incroyables.  La patte de l'auteur se sent depuis le début de l'album et traverse les frontières des cultures.  Elle reste présente autant chez les autochtones que chez les français qui croiseront la route de Teshkan.  Elle présente avec un égal talent l'univers riche de la tradition orale anishinabé et les côtés sombres de la colonisation.  Un dessin suffit souvent à nous faire comprendre beaucoup de choses.  Quand on dit qu'une image vaut milles mots?  Cette BD, dans certaines cases, en est la parfaite illustration.  Le découpage n'est pas très original, mais ce n'était pas nécessaire.  L'essentiel est dans les dessins.

À mettre entre toutes les mains des amateurs de BD, vraiment!

Ma note: 5/5

vendredi 15 février 2019

1642: Ville-Marie de Tzara Maud, François Lapierre et Jean-Paul Eid

1642: Ville-Marie  Scénario de François Lapierre et Tzara Maud  Dessins et couleurs de Jean-Paul Eid 54 pages



Résumé:
C'est l'histoire de Tekola le Huron, Askou l'Algonquin et Gauthier le Français, Tous les trois ont grandi en harmonie, à Trois-Rivières.  Cependant, leurs destins et leurs vies vont prendre un tournant différent, mais ils seront tous les trois réunis autour d'une nouvelle ville fondée par les Français en plein territoire iroquois: Ville-Marie.

Mon avis:
Avertissement, ceci est le deuxième tome d'un diptyque que je critique.  Si vous n'avez pas vu la critique de l'autre partie, voir ici.

Ce tome se concentre sur les aventures de Gauthier, un des Montréalistes assez fou pour installer une petite colonie française en plein milieu du territoire iroquois.  On sent bien la folie de l'initiative, mais aussi la détermination de ceux qui se sont lancés dans l'aventure.  Personne n'approuvait leur initiative, ils l'ont fait quand même, à leurs risques et périls!  La place des femmes, comme Jeanne Mance et celles d'autres anonymes, comme le personnage de Brigitte, est abordée et leur importance dans la vie de la petite société également.  Il y a aussi la présence constante sur place des nations amérindiennes, amies comme ennemies et les liens qui s'établissent avec elles.  De la vision des Français sur ces gens si différents d'eux, mais dont au fond, ils dépendent cruellement.

Le dessin rend bien toute la fragilité de cette petite pointe de France plantée en plein milieu de l'Iroquoisie.  Le fort est minuscule, les bâtiments peu nombreux et une frêle palissade la protège.  La dureté du travail et la précarité de la vie y sont visible, bien que peu évoquée dans l'histoire comme telle.  On y suit plus les tribulations des Montréalistes, l'inondation qui a faillit détruire la colonie à l'hiver 1642-43, les tractations de Maisonneuve pour conclure des alliances avec les Algonquins ou les Hurons et l'importance de Jeanne Mance dans cette toute nouvelle colonie.  Les différents personnages ont droit à des dessins détaillés et précis, particulièrement en ce qui concerne les vêtements qui ont sûrement le fruit de recherches approfondies.  Mais il y a plus, dans l'attitude, dans la façon de se mouvoir des personnages, on peut les différencier en un regard des Premières nations présentes.

L'intrigue est centrée sur les relations entre les personnages et sur les conséquences que des décisions, à la base personnelles, auront sur la petite colonie.  Certes, il y a un triangle amoureux, mais ce n'est pas le seul ressort dramatique, cette histoire est imbriquée dans une mosaïque d'autres relations qui feront au final pencher la balance du sort de la petite colonie.  C'est bien fait, bien amené et bien tourné.

Ayant lu l'autre partie du diptyque en premier, je peux dire que les histoires sont étroitement liées.  On comprend les comportements de certains personnages car leurs motivations et leurs actions sont expliquées par ce que l'on apprend dans cet opus.  En ce sens, les deux oeuvres sont juste deux façons de voir une même situation et peuvent être lues de façon indépendante, tout en était profondément liées.  Et ça fait du bien de voir une telle oeuvre de nos jours.

Ma note: 4/5

vendredi 8 février 2019

Mes âmes soeurs de Kim Messier

Mes âmes soeurs  Kim Messier  De Mortagne  389 pages


Résumé:
La mi-trentaine, célibataire, Catherine est journaliste à la pige.  Ces amies n'arrêtent pas de souhaiter qu'elle rencontre enfin quelqu'un qui pourra la rendre heureuse.  Quand elle fait la rencontre d'Armando et d'Audrey, tout son univers s'effondre: pourrait-elle être le genre de personne qui en aime plusieurs à la fois?  Aime-t'elle autant les hommes que les femmes?

Mon avis:
Ce livre est étiqueté littérature érotique, mais moi je dirais plutôt que c'est une romance plutôt pimentée.  Quand la première scène de sexe arrive à la page 150, je n'appelle pas ça de la littérature érotique!  En fait, le roman se centre surtout sur le cheminement de Catherine, qui en viendra à accepter sa plurisexualité et à vivre avec ses deux amoureux.  Il y aura bien sûr la maladie de son père qui remettra tout en question (ça finit bien), ses amies qui l'accepteront après quelques hésitations (ça finit bien), des doutes de son côté (ça finit bien).  En fait, le roman est presque pédagogiques à bien des points, ce qui m'a un peu tapé sur les nerfs.  Le parcours de Catherine est presque sans heurts, tout va bien, ça coince parfois, mais on s'explique calmement et tout se règle.  Il y est fait mention de site internet sur la plurisexualité (avec lien en bas de pages), bref, c'était trop pour un livre qui se veut un simple divertissement.

Le style de l'auteure est plat, sans aspérité, sans tonus et presque sans saveur.  Il y avait des phrases dont la construction était intéressante, mais à cause d'un choix de vocabulaire trop faible, perdait toute chance de donner une quelconque saveur littéraire au texte.  De plus, elle passe son temps à raconter plutôt qu'à montrer son histoire.  Ça ne permet pas au roman de voler très haut.  Les scènes de sexualité étaient bonnes, mais sans plus.  J'ai déjà lu beaucoup mieux.

Une des forces du roman par contre, était de montrer des couples différents.  Catherine s'engagera dans une relation à trois, mais sa meilleure amie Sophie vivra pendant ce temps le naufrage de son mariage à cause de problèmes de relation de couples bien réels.  Ses deux autres amies sont respectivement en couple avec un ex-danseur nu et un adepte du libertinage à deux.  La norme du tout le monde est marié, heureux et en couple standard en prend un coup!  Tout ce beau monde finira par se comprendre, par s'apprécier et par s'accepter mutuellement.  Ce qui sera amplement souligné dans le texte.

Ma note: 3.5/5