jeudi 12 septembre 2019

Écrire et publier au Québec: Les littérature de l'imaginaire de Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau

Écrire et publier au Québec: Les littératures de l'imaginaires  Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau  Collection Légion des Brumes  Les six brumes  279 pages


Résumé:
Vous êtes un auteur, ou du moins, vous souhaitez le devenir.  Vous trippez sur les littératures de l'imaginaire, dévorant séries de science-fiction, de fantasy et de fantastique à la chaîne.  Vous voulez publier.  Que faire?  Où allez?  Comment faire?  Voici donc un guide qui vous offre des réponses à ces questions et à quelques autres importantes à se poser!

Mon avis:
Critiquer ce livre est un peu particulier parce que... j'y aie collaboré.  Ça date d'il y a quelques années, mais j'avais reçu une série de courriel me demandant mon opinion sur différents sujets lié au milieu du livre.  D'ailleurs, il y a une citation de moi à la page 271!  Ceci dit, je n'avais eu qu'une vague idée de ce que donnerait le projet final, n'ayant pas participé à sa rédaction.  C'est donc avec plaisir que je l'ai lu.  Je n'ai par contre pas un oeil totalement neutre sur ce livre.

À titre de lectrice, j'ai beaucoup apprécié ma lecture.  Le style adopté par les auteurs est simple, accessible, tout en étant concret et non dépourvu d'une touche d'humour bienvenue.  Le livre fait un tour d'horizon complet du milieu des littératures de l'imaginaire au Québec et du processus de publication.  Je suis d'accord avec la vaste majorité de ce qui y est avancé, même si j'aurais volontiers étoffé et nuancé la partie sur les librairies (on sort la fille de la librairie, mais pas la librairie de la fille!).  J'ai confirmé plusieurs éléments que je connaissais déjà et j'ai appris certaines choses (le chapitre sur les contrats de publications et l'aspect plus juridique sont très pertinents).  Une bonne partie du livre a été pour moi une révision, mais une révision en profondeur et bien vulgarisée.

Bon, étant donné que je connais plusieurs des collaborateurs et déjà pas mal de monde du milieu, j'ai eu l'impression à quelques reprises de savoir de qui on parlait quand on citait anonymement des collaborateurs.  Intéressant exercice, mais bon, c'était plus pour mon plaisir personnel qu'autre chose...

Je le répète, je ne suis pas totalement objective envers ce livre, mais je le recommande à quiconque souhaiterait publier des littératures de l'imaginaire au Québec.  Il fait un excellent tour d'horizon pour les néophytes, les amateurs et les curieux.

Ma note: 4.5/5

P.S. Je confesse avoir éclaté de rire à la lecture de certains conseils: pour publier, faites-vous connaître, aller parler aux gens sans nécessairement vouloir leur vendre quelque chose, fréquentez les salons du livre et les événements littéraires!  Non, non, je n'ai rien fait de tout ça :p

lundi 9 septembre 2019

Du pain et des séries télés

Salut!

Depuis un certain temps, j'observe le web et je constate un phénomène intéressant, quoique inquiétant: les fans.  De séries télés, de films, de mangas et de bien d'autres choses.  Les gens se regroupent sur Internet, à l'affût du moindre spoilers sur le film ou la série télé qui va bientôt sortir.  Ils se perdent en conjonctures, en supputations, en folles théories sur ce qui va advenir de leurs héros et héroïnes favoris.  Et quand un nouveau film/épisode/livre sort qui ne correspond pas à leurs désirs sort, c'est la déferlante: Twitter et Facebook se gorgent de message de haine et les créateurs passent à la version réseaux sociaux du tabassage en règle.  Que d'énergie les fans mettent-ils dans ces fictions!

Pendant ce temps, nos écosystèmes meurent à cause de nos habitudes de vies, nos gouvernements prennent des décisions qui ne sont pas toujours dans l'intérêt commun, des entreprises font des affaires pas super catholique/anglicane/musulmane/hindouiste/ou/ce/que/vous/voulez/d'autre, des milliers d'êtres humains meurent dans l'indifférence à cause de guerres sans fin...  mais on voudra absolument comprendre comment les scénaristes ont pu rater à ce point la fin de Games of thrones.

Panem et circenses.  Dans la Rome antique, c'est ainsi que l'on dénonçait la politique de certains empereurs de nourrir le peuple et de le divertir pour le détourner des questions importantes, mais aussi plus exigeantes.  On fournissait au peuple du pain et des jeux du cirque et il se tenait tranquille.  Marvel et le cirque romain, même combat?  C'est très réducteur que de dire ça, mais...

Mais, c'est justement ça, il y a des liens.  Ce n'est plus le pouvoir qui organise le divertissement des masses, mais avouez qu'il doit y avoir quelques politiciens qui apprécient vraiment le fait que les gens soient plus préoccupés de la sortie du nouveau Star Wars que de leur projet de loi!  Ce n'est peut-être pas le fait d'une volonté de détourner les gens de la politique, mais l'effet reste quand même présent.

On dirait que c'est devenu plus important de se divertir que de s'informer.  Personne ne sourcille devant le prix d'un billet de cinéma, mais on renâcle devant le prix d'un journal.  Pourtant, le journal, c'est souvent le lien qui nous relie au monde, à l'information nécessaire pour le comprendre, en suivre les dossiers, les enjeux, tout ce qui a un impact sur notre vie réelle.  Beaucoup qu'un film auquel on consacrera deux heures et qu'ensuite, qu'on oubliera parfois en sortant.  Même si on l'a attendu impatiemment durant des mois.

Il faut le dire, les experts en marketing font des pieds et des mains pour entretenir cette passion des fans.  On nous distille de petits bouts de films parfois même chaque jour pendant des semaines, on multiplie les bandes-annonces, les conférences de presse où tout le monde fait semblant de se retenir de parler pour mieux laisser un petit morceau d'information tomber, presque par inadvertance...  Toute cette énergie, toute cette passion, est alors centrée vers le divertissement plutôt que vers le reste de la vie.

Et il faut le dire, le reste de la vie, si on le compare, c'est plutôt fade à comparer.  Il n'y a pas de grand méchant à vaincre à la fin, il n'est même pas sûr qu'on va vaincre.  Le combat sera rude dans certains dossiers et il demandera un très grand engagement.  Parlez-en aux militants, peu importe la cause!  Faire bouger les choses peu demander des années, des décennies parfois, avant de voir un changement.  La satisfaction du divertissement est à comparer immédiate, facile, hyper-accessible... et surtout, elle ne demande aucun engagement sur le long terme.  On aime pas ce film?  On ferme la télé, c'est tout.

Évidemment, tout n'est pas si noir, une grande quantité d'individus sont engagés dans une grande variété de causes et ce quelque soit le nombre de séries télés fascinantes qui puissent exister.  N'empêche, je ne peux m'empêcher de penser que Netflix et Disney sont peut-être les formes modernes des fameux jeux du cirque romain..

@+ Mariane

jeudi 5 septembre 2019

La mémoire du lac de Joël Champetier

La mémoire du lac  Joël Champetier  Sextant  Québec-Amérique 297 pages


Résumé:
Daniel Verret n'est pas un homme chanceux.  Il y a d'abord eu cet accident, alors qu'il était pompier volontaire: une tige de fer lui a traversé le crâne, provoquant d'étranges amnésies sur son passé.  Puis, dix ans plus tard, l'accident sur le lac Témiscamingue, qui a vu mourir noyé ses deux enfants.  Depuis, suivi par une psychiatre, il essaie de recoudre le fil de sa vie.  Sauf que le fou du village, un gars étrange, le suit partout en disant: «Daniel, le lac attend...»

Mon avis:
Je suis pas convaincue disons.  La forme adoptée par l'auteur est assez éclaté.  Il y a de larges ellipses, certains événements ne sont pas traités dans l'ordre chronologique et évidemment, il y a un certain fond de confusion dû à l'état psychologique et neurologique du narrateur (et dans certains cas éthylique).  Je crois que c'est avec ce manque de clarté que j'ai le plus de mal.  Non pas que ce soit une mauvaise idée en soi ou que c'est un mauvais processus narratif, mais j'ai eu beaucoup de mal avec cette façon de faire durant ma lecture.

Il y a aussi que le personnage principal est dur à s'attacher.  Et ce ne sont pas que ses problèmes psychiatriques ou neurologiques qui sont en causent.  Il a une façon d'aborder la vie qui le rend très froid, détaché.  Le fait que le narrateur soit aligné sur lui renforce cette impression de froideur.  On a beau être dans sa tête, on est pas tant que ça dans ses émotions et c'est impossible qu'il n'aie pas d'émotions suite aux drames qu'il vit.  La perte de deux enfants, ça doit être un choc brutal, mais après leur mort, les deux enfants disparaissent de ses pensées.  Il n'y pense juste plus.  Et j'ai trouvé ça perturbant.

J'ai vu plusieurs éléments après que l'auteur les aies expliqués dans le texte.  Je voyais qu'il avait mis des indices pour expliquer certains éléments, mais ça ne coulait pas comme tel.  Je ne pense pas ici qu'il s'agit d'erreurs comme tel, mais juste du métier qui rentre pour un auteur.  Le genre de l'horreur a ses propres codes qu'il faut apprivoiser pour les utiliser avec talent (et encore, je en suis pas une fan d'horreur!).

Ça reste un bon roman, mais je regrette que la partie fantastique/horreur soit très concentrée dans le troisième acte, ce qui fait un peu plaqué.  Les allusions aux mythes algonquins et à la sorcellerie sont glaçants, mais ils arrivent bien tard dans l'histoire.  La partie la plus intéressante du livre commence pourtant au moment où ces éléments entrent vraiment en ligne de compte, le reste constituant une longue introduction servant à mettre en place le décor.  Une très très longue introduction.

Reste que l'écriture est forte, puissante et qu'elle charme immédiatement.  Et il y a le lac Témiscamingue, personnage en soi dans l'histoire, inquiétant, mystérieux, puissant et grandiose.  Juste pour ça, le roman vaut largement la peine d'être lu.

Ma note: 3.5/5

lundi 2 septembre 2019

Grand défi de la littérature québécoise 2018-2019: Bilan, coups de coeur et nuances

Salut!

Il y a un an, je me relançais dans l'enthousiasme dans le Grand défi de la littérature québécoise, version 2018-2019.  J'avais déjà fait part dans mon billet d'il y a un an de certaines réserves que j'avais par rapport aux catégories et j'avais détaillé les principes qui allaient me guider dans ce nouveau défi.  Donc, par rapport à cet aspect:

De un: prévoir surtout des lectures qui me tentent, d'abord et avant tout.
C'est sûr qu'avec un tel défi, ce n'est pas toujours évident de privilégier le plaisir, mais j'avoue avoir volontairement mis de côté plusieurs livres que je trouvais trop plate.  Ça a fait baisser ma PAL.  Entre autre!

De deux: répartir les lectures plates sur l'ensemble du défi.
Ça, j'ai travaillé dur là-dessus, surtout en faisant en sorte de livre les trucs qui me tentaient moins (la poésie???) en début de défi.  Pari réussi de ce côté-là!

De trois: ne pas viser tous les bonus
(Sifflements...)

De quatre: moins de pression...
Je n'ai pas pu m'en empêcher.  Je carbure aux défis.  Alors, j'ai doublé l'objectif à la mi-année.  Ce qui fait que le dernier quart du défi a été plus difficile (et explique l'échec du point 3).

De cinq: j'ai quelques réserves sur certaines catégories qui devraient à mon avis être incluses dans le défi et qui n'y sont pas.  Défi personnel: trouver des livres qui y correspondent et les lire!
Réalisé en partie.  J'aurais voulu lire un livre écrit par un québécois dans une autre langue que le français, mais de un, le livre que j'avais réservé à la bibliothèque écrit à l'origine en innu (Je suis une maudite sauvagesse de An Antane Kapesh) n'est jamais arrivé et la réédition est sortie à la mi-août, donc, je n'ai pas eu le temps de le lire.  Et puis, lire en anglais, même si ça reste un défi que je me lance, risque de prendre un certain temps.  Donc, exit cet aspect.  Par contre, du côté des littératures autochtones, j'ai fait plusieurs magnifiques découvertes!

Bilan général:
Ce genre de défi sert à nous sortir de nos pantoufles littéraires, à explorer et à découvrir.  De ce côté-là, aucun problème.  Parce que justement, ça m'a poussé à la fois à lire de nouveaux livres, des auteurs que je ne connaissais pas, mais aussi fouiner dans ma PAL pour en sortir des trésors cachées et enfin lire des livres que j'avais noté il y a des années.  Dans tous les cas, beaucoup de positif.

Une constatation?  La littérature québécoise est beaucoup plus vaste, riche, variée et couvre tous les champs du possible que ne le laisse croire les palmarès.  On a absolument rien à envier aux autres scènes littéraires!  Par contre, les publications en grand volume sont centrées sur un certain genre qui plaît au grand public.  Il faut aller chercher ailleurs pour trouver son bonheur et oui, ça demande parfois quelques recherches.

Coups de coeur:
Beaucoup de livres l'ont frôlé le coup de coeur!  Mais six élus en sont des vrais!
S'enfuir de Guy Delisle
Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier
Arvida de Samuel Archibald
La femmes aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Chroniques sauvages: Teshkan de François Lapierre
Ashini d'Yves Thériault

Parmi les non-coups de coeur à retenir, il y a le superbe Manikanetish de Naomi Fontaine, La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen et Ça sent le swing d'Enzo.

J'ai aussi exploré des livres qui trônaient dans ma bibliothèque depuis longtemps, entre autre la trilogie de La suite du temps de Daniel Sernine (il était temps que je la lise!) et la quadralogie des Fleurs du roi de Julie Martel.  Les défis sont utiles pour explorer la PAL!

Il y a une poignée de livres que je n'ai pas critiqué, pour diverses raisons.  La grande majorité des livres ont eu droit à une critique (ou en auront une!)

 Nuances:
Si jamais le défi revenait, je risque de ne pas rempiler pour une troisième fois.  Pas qu'il ne soit pas intéressant en lui-même.  Deux choses me poussent à dire ça.

Le premier: c'est long un défi d'un an!  Et c'est très exigeant parce que j'ai mis de côté toutes les autres lectures que j'aurais pu faire (mais j'ai pris beaucoup de notes!).  La littérature québécoise est certes riche à souhait, mais j'ai plusieurs volumes de littérature étrangère qui me font de l'oeil depuis un moment maintenant.  On va continuer à combiner mon amour des deux sur le long terme.

Le deuxième: ça tiens plus à l'organisation du défi.  Certes, il y a une page FB pour que les différentes participants puissent partager leur expérience, mais elle manque cruellement d'animation.  J'ai eu l'impression de faire le défi un peu toute seule dans mon coin.  Et même si ça m'a apporté beaucoup, c'est lourd de faire ça seule.  J'aurais aussi aimé avoir plus de différences dans le tableau de pointage par rapport à la précédente édition, mais j'ai eu l'impression que certaines choses dans le défi étaient coulées dans le béton et n'allaient pas évoluer si une troisième édition devait avoir lieu un jour.  Tout ça me pousse à dire que ce sera sans doute ma dernière participation.  Je crois par contre beaucoup au potentiel de ce genre de défi.  J'ai proposé à l'organisateur de le reprendre, mais il a décliné ma proposition.

Voici les tableaux excel complet de mes lectures du défi: 



293 points au final, je suis contente!

@+ Mariane

jeudi 29 août 2019

Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve

Borealium Tremens  Mathieu Villeneuve  De la Peuplade 347 pages


Résumé:
À la mort de son grand-oncle dont on a jamais retrouvé le corps, David Gagnon, un saguenéen, hérite de la terre et de la maison ancestrale de sa famille, surnommée la Maison brûlée, dans les rangs de St-Christophe-de-la-traverse, au Lac-St-Jean.  Il s'y installe dans le but de cultiver la terre familiale, mais aussi d'écrire un roman de la terre.

Mon avis:
Je suis partagée entre deux sentiments concernant ce roman.  Je vais le comparer à une pomme.  Sois c'est une pomme verte, pas assez mûre, qui a été lancée dans l'univers trop tôt.  Sois c'est une pomme trop vieille, tellement manipulée et tâtonnée qu'elle est remplie de poques.  Dans les deux cas, le résultat est le même: l'idée derrière le roman n'est pas mauvaise en soi, mais dans sa forme actuelle, je crois qu'il aurait mieux valu ne pas le publier.

Une des premières choses qui m'a sauté dans la face, c'est le temps de verbe utilisé pour le roman.  Il est écrit au passé, mais absolument rien ne le justifie.  Ça met les événements à distance, rend les personnages moins proche et je sais pas, ça m'a dérangé, alors que d'habitude, ce n'est pas le genre de choses que je remarque.  Il y a quelques changements de narrateur au cours du roman et ils me faisaient à chaque fois l'impression d'un bruit d'ongles sur un tableau à craie.  Ils n'apportaient rien à l'histoire et semblaient être là pour faciliter le travail de l'auteur plus qu'autre chose.

L'auteur a décidé de jouer dans les cordes du roman très alcoolisé.  Je n'ai rien contre, mais ce genre a ses codes.  Et l'auteur les rate admirablement bien.  Si le roman parle beaucoup de consommation d'alcool, ses personnages n'ont jamais l'air saoul.  Ni d'avoir de raison particulière de boire, sinon pour boire seulement.  Et ça, ça enlève pas mal de couche de sens.  D'ailleurs, à part un désespoir acquis à la naissance, on ne peut comprendre pourquoi ils lèvent autant le coude.  Qui plus est, le nombre de fois où tout le monde prend le volant avec un taux d'alcoolémie à saouler les alcootest est absolument invraisemblable.  Une vingtaine de bière dans une nuit et on tient encore le volant? À 130 km/h?  Vraiment?  Ça fait pas sérieux.

L'auteur a aussi voulu reprendre les codes des romans de la terre en version déjantée, mais je n'y aie pas cru.  Le langage est là, les mots sont là, les images sont là, mais la colle qui les lie n'y est pas.  Il ne suffit pas de parler de la terre pour lui rendre hommage, il faut qu'elle soit incarnée, un personnage en elle-même.  Mais là, elle n'est rien.  À peine un décor.  Par contre, le portrait tracé du Lac-St-Jean et l'amour de cette région transparaît à chacune des pages.

Quand aux personnages...  Je ne pourrais pas dire qui est David Gagnon ni ce qui l'anime dans la vie.  Au début du livre, il veut reprendre la terre familiale et écrire un roman de la terre.  C'est pas mal tout ce qu'on saura de tout le roman de ses motivations et même, je dirais, de lui.  Les autres personnages qui l'entourent ne sont guère mieux.  Lianah, son ancienne amoureuse, n'a même pas de famille ni de passé en-dehors de sa relation avec les deux frères Gagnon.  La scène où elle enfile juste comme ça une vieille robe trouvée dans un placard d'une maison incendiée que l'auteur nous a amplement décrite comme crasseuse à l'extrême ne fait absolument pas sérieux!  Son frère Alexis n'est guère mieux.  Ses deux-là auraient pu disparaître de l'histoire sans que cela n'y change rien.  Les personnages du village sont caricaturaux à l'extrême, souvent réduit à un seul aspect.  Pourquoi sont-ils comme ils sont?  On peut accuser entre les lignes du roman le travail, l'alcool et l'isolement, mais sincèrement, c'est bien mince pour expliquer le comportement de toute une population.  Personne n'a de motivation à agir comme ils le font, pas plus le personnage principal que les autres.

Les deux seuls personnages intéressants du roman sont Marie Bouchard et John Scott, deux demi-frère et soeur, qui savent quelque chose de plus que les autres.  C'est dans leurs mystères et dans leurs personnalités que résident leur intérêt, parce qu'eux, contrairement aux autres, semblent avoir un but.  On ne les voit pas beaucoup, mais ils donnent du tonus à une histoire qui n'a autrement aucun sens.  J'aurais juste mieux aimé comprendre leur destin final.

L'auteur consacre plusieurs chapitres à la destruction physique et mentale de son personnage principal, qui sombre dans l'ivresse la plus crasse, la déchéance la plus profonde... pour aucune raison.  On enfile les mots en se demandant pourquoi donc, mais aucune réponse ne sera apportée.  Et ça ajoute tellement au sentiment de non-sens de l'ensemble de l'histoire.  La langue utilisée pour les descriptions est belle, mais elle ne mène à rien et elle n'est pas suffisante en elle-même pour soutenir l'intérêt.

Parlons-en de la langue et du style.  Parce que du vocabulaire, l'auteur en a et on sent qu'il a déjà vu et vécu dans les lieux dont il parle.  C'est dans le rendu qu'est le problème.  Il accumule sans fin les descriptions, riches en mots et en termes précis.  Souvent, il commence à décrire un lieu et il fait des phrases à rallonge avec sept, huit, neuf virgules.  À la lecture, on devient assommé, ça devient lourd et on en perd le sens de ce qui nous est montré.  Ça et les innombrables répétitions.  On le sait qu'on est sur le bord de la Péribonka, pas besoin de le dire aux dix pages!

L'auteur se permet aussi quelques touches de fantastiques ici et là, mais j'ai trouvé que la moitié d'entre elles étaient atroces parce que complètement tombées du ciel.  Les autres peuvent faire penser à du réalisme magique, mais là où la quantité d'alcool ingurgité aurait très bien tout pu permettre de tout expliquer, on se demande pourquoi ces choses arrivent et bon, apportent-elles vraiment quelque chose à l'histoire?

Bon et bien, en guise de conclusion à cette critique résolument peu positive, je vais me permettre quand même de dire ceci: il y a quelque chose quand même dans l'écriture de l'auteur.  Quelque chose qui est harnaché dans un corset, comme une rivière est prise dans un réservoir, mais qui est là.  C'est dommage, mais au moins, on peut se permettre d'espérer mieux pour l'avenir.  Parce que s'il y a une chose qu'on peut donner à ce livre sans la moindre hésitation, c'est un amour profond pour la région du Lac St-Jean et une volonté de s'inspirer de son terroir et de ses histoires pour nous les faire connaître.  Et il y a amplement là matière à d'autres romans.

Ma note: 2.25/5

lundi 26 août 2019

Le syndrome du TLM

Salut!

Jeune adulte, j'ai fait du bénévolat dans un organisme.  Évidemment, c'était demandant en terme de temps, mais savez-vous quoi?  C'était pas mal tout le temps les mêmes personnes qui sacrifiaient soirs et fins de semaine pour être là quand besoin était tandis que d'autres, tout aussi bénévoles que nous, ne se pointaient que lorsque le regard des autres et la reconnaissance qui vient avec étaient au rendez-vous...  Mouais.

TLM, Toujours, Les, Mêmes.  Dans mon cas, c'était toujours les mêmes qui étaient de service pour faire le boulot sans récolter la gloire...  Mais ça me fait penser, dans les littératures de l'imaginaire, il y a des dons aussi qui sont toujours les mêmes...  Par exemple, la télépathie!  C'est la caractéristique principale du Professeur Xavier des X-Mens.  Faire se déplacer des objets?  Penser au Wingardium Leviosa qu'Harry, Ron et Hermione apprennent en première année (et qui s'avère très pratique contre les trolls) ou à Jean Grey, des X-Mens.  On pense aux voyages dans le temps, que ce soit avec un retourneur de temps qu'avec le pendentif magique du Dr Strange.  L'incroyable force est une caractéristique qui revient souvent, de Hulk à Obélix (ça fait bizarre à dire, mais c'est vraiment une caractéristique commune des deux personnages!).  Certes, il y a aussi des dons ou des capacités différentes, mais surtout dans les univers étendus comme ceux de Marvel ou des X-Men.  (Parce que, ben, on donne pas deux fois le même don quand même...)

Pour le reste, il reste des archétypes de dons qui reviennent et qui sont à peu de choses près Toujours Les Mêmes.  C'est à ce demander ce qui fascine autant dans ceux-ci.  Outre le fait qu'ils ne sont pas possibles à des êtres humains normaux (même le meilleur des body builders ne peut pas rivaliser avec Hulk!), ils expriment, je crois, des frustrations profondes des êtres humains.  On ne peut pas faire voler des objets, c'est physiquement impossible.  Ni lire dans les pensées, mais on voudrait tellement!  Qui n'a jamais rêvé de revenir dans le temps pour corriger une erreur, un mot échappé?  Ou combattre avec l'entrain d'Obélix face à une patrouille romaine?

Reste que l'on a tellement entendu parler de télépathie, de télékinésie, de voyages dans le temps et de force surhumaine qu'à force, on  a finit par trouver ces pouvoirs normaux, acceptés et que chacun d'entre eux a fini par créer son petit sillon narratif dans nos esprit.  On a des attentes précises par rapport à des situations précises liées à la télépathie par exemple, parce qu'on sait que le fait de lire dans les pensées fait aussi en sorte de savoir ce que les gens pensent de nous qui n'est pas toujours glorieux, on s'attendra à voir ce côté dans une histoire.  Si le super pouvoir d'un personnage est de pouvoir provoquer des vibrations digne d'un tremblement de terre comme Skye dans Agents of Shield, on trace de nouveaux schémas narratifs, parce qu'elle aura tout à explorer de ses pouvoirs, autant en positif qu'en négatif.  C'est plus créatif pour l'auteur, mais pour le lecteur, ça le relie moins à du connu et demande donc un effort d'imagination un peu plus grand.  Certains vont apprécier, d'autres vont décrocher.

Dans tous les cas, ces pouvoirs qui sont Toujours Les Mêmes, finissent par lasser s'ils sont surutilisés.  Il faudrait y voir avant qu'ils ne deviennent des clichés.

@+ Mariane

jeudi 22 août 2019

Rewind de Philippe Girard

Rewind  Philippe Girard  Glénat Québec  135 pages


Résumé:
Un homme court dans la rue.  Il est blessé.  On lui a tiré dessus.  Cinq femmes sont devant lui.  L'une d'entre elle pourra le sauver, mais laquelle?

Mon avis:
Assez particulier comme BD.  Le personnage principal meurt et revient à chaque fois à la vie, faisant face à la même situation, essayant de mettre un terme à l'éternel recommencement de son histoire.  Un thème qui a déjà été exploré dans la fiction et que l'auteur a repris, sinon avec talent, du moins avec compétence.

C'est qu'au fil des retours en arrière, on remonte toujours un peu plus loin dans le fil du temps, ce qui éclaire le lecteur sur le pourquoi de cette situation.  Par contre, l'histoire est très répétitive (forcément, vu le thème), mais les différents retours en arrière n'amènent rien de vraiment concret.  Le personnage principal doit faire le bon choix entre cinq femmes, mais c'est chaque fois un hasard et la fin ne nous permet pas de conclure qu'un des choix serait le bon parmi toutes les options qu'il a.

Le dessin, qui m'a semblé fait au fusain, est très réussi dans la plus grand partie de l'album, mais bon, vu l'auteur, je ne suis pas le moins du monde surprise!  La plupart des dessins ont un trait volontiers épais, qui souligne beaucoup les traits des personnages.  Et c'est là que le bât blesse: l'auteur se laisse peu de marge au dessin pour distinguer ses personnages, en particulier les personnages féminins.  Deux des sauveuses étaient presque pareils: même bouche, même nez, mêmes yeux, presque la même coiffure.  Ce manque de variété, lié à la répétition, m'a beaucoup dérangé à la lecture.

Un bon opus?  Non, pas son meilleur, mais de reprendre cette thématique n'était pas une mauvaise idée en soi.  C'est juste que le rendu n'est pas à la hauteur.

Ma note: 3/5