jeudi 10 janvier 2019

La femme aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

La femme aux cartes postales  Jean-Paul Eid et Claude Paiement  La Pastèque  227 pages


Résumé:
1957: Rose Grenier quitte son petit village gaspésien en laissant une lettre sur l'oreiller.  Elle veut connaître la ville, la scène et surtout le jazz.  En compagnie d'un vieil ami, pianiste, et d'un trompettiste, elle fera carrière à un moment où le Rock'n roll, la télévision et Jean Drapeau mettent fin à toute une époque.

2002: Un homme est interrogé par les autorités américaines à Paris.  Selon toute vraisemblance, il serait mort dans les attentats du 11 septembre.  Mais il est toujours vivant.  La seule possibilité?  Un frère jumeau inconnu.

Mon avis:
Je ne sais pas trop comment ni par où commencer pour parler de cette BD, parce que sur tous les points, c'est une absolue réussite.

Tiens, commençons par le dessin.  Tout, d'un bout à l'autre est dans un dégradé de gris et noir, mais malgré tout, on reconnaît la couleur qui devait émaner de toutes ces tenues de scène chatoyantes que portaient Rose.  On est dans le glamour d'une époque.  Cependant, ça ne s'arrête pas là.  Le moindre décor et arrières-plans regorgent de détails, autant à Montréal que dans le village natal de Rose.  On sent partout l'atmosphère de l'époque où ont lieu les événements.  Il y a une texture dans les dessins qui permet de savoir en une case à quelle époque on est situé.  Si j'ai eu un peu de mal par moment à reconnaître les deux principaux personnages masculines (Lefty et Tricky), ça n'a à aucun moment gâché ma lecture.

La BD s'amuse à se parsemer de cartes postales.  C'est Rose qui se les envoie à elle-même.  Un procédé narratif intéressant puisqu'elle se raconte les événements pour mieux se les rappeler plus tard, mais nous donne en même temps plein d'informations sur sa situation présente: où elle vit, ce qu'elle fait.  Les images des cartes postales sont souvent très révélatrices en elle-même.  D'ailleurs, à quelques reprises, les auteurs ont prévus des ellipses constituant essentiellement en pleines pages d'images d'époques, de la publicité, des programmes de concert, des articles de journaux mêlant réalité et fiction.  Même si cela peut paraître hors-contexte, ces images servent au contraire à nourrir l'histoire de bout en bout.  Elle ne l'enrichissent pas, elle raconte l'histoire d'une façon un peu inusité, mais elles font vraiment parti du récit.

Rose est le personnage principal de cette BD.  C'est elle, cette femme aux cartes postales du titre.  On la voit à travers le spectre des années, de jeune femme désireuse de gloire jusqu'à sa maison, après sa mort, où restent les dernières traces de sa vie.  On la voit passer sous nos yeux de jeune fille naïve à femme plus mature jusqu'au moment où le drame la frappe encore.  J'ai surtout trouvé intéressant que les dernières années de sa vie soient racontées à travers ce qu'elle laisse derrière elle.  Les objets parlent et racontent leur histoire.  Un flacon de médicament renseignera Victor plus qu'un long discours.

Victor est l'autre personnage principal.  Cet homme dans la mi-quarantaine voit sa vie bouleversée par la découverte de ce frère jumeau qu'il ne connaissait pas, lui qui a été adopté à la naissance.  Son enquête pour retrouver ses origines passera en grande partie par ce qu'il trouvera dans cette fameuse maison.  Alors que Victor cherche le passé, Rose continue sa vie vers l'avant.  Les deux histoires s'entrecroisent, se répondent, se nourrissent l'une l'autre. Elles trouveront leurs conclusions qui finira par n'en faire qu'une.

J'ai été bouleversée par cette histoire.  L'intrigue se noue lentement.  Alors que Victor essaie de comprendre à rebours les événements, Rose les vit.  La construction narrative de l'histoire est brillante puisque même si on devine certains éléments, la structure permet de nous garder en haleine tout au long et surtout, de comprendre la complexité de ce que vivrons les personnages.  Jusqu'à la toute fin ou en une réplique, un des personnages remet tout en question.  Et c'est très bien ainsi.

Je pourrais encore parler longtemps de cette BD, mais je vais résumer en une petite phrase:
C'est un coup de coeur!

Ma note: 5/5

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