mardi 1 avril 2014

Les Clowns vengeurs: L'Initié de Pierre H. Charron

Les Clowns vengeurs  L’initié  Pierre H. Charron Porte-Bonheur  129 pages



Fletcher Carter a perdu sa fiancée, Skye Desmond lors d’un raid des arcurides.  Fou de douleur, il accepte de se faire Clown vengeur.  Ce qu’il ignore, c’est qu’il n’est qu’un pion, un outil, manipulé à distance par des forces plus grandes que lui et considéré comme jetable après usage.  Malheureusement pour eux, un odi-menvatt n’est pas si facile à écarter de son chemin…

Ce qu’il y a de fascinant et de frustrant dans les Clowns vengeurs est cette absence de ligne du temps : on ne sait jamais à quelle époque précisément on se situe.  Dans le cas de cet opus, cela cause une distorsion qui perturbe beaucoup.  Dans l’une des premières scènes du livre, on voit un combat entre un aspirant clown vengeur et un simple civil dans un stade, en présence de milliers de spectateur.  Le civil combat purement pour l’argent alors que l’aspirant lutte pour se faire une place au sein de l’ordre menvatt.  Cette scène rappelle les combats de gladiateurs romains, pouce de l’empereur baissé ou levé en moins.  Pourquoi se faire affronter des clowns vengeurs contre de simples civils dans des stades?  Les odi-menvatts ne sont-ils pas censés être des justiciers de l’ombre, dont l’identité est cachée, voire secrète?  Comment expliquer cet étalage dans ce cas?  C’est incompréhensible à mon sens, surtout quand on met le tout en parallèle avec le reste de la série.

Il y a plusieurs incongruités du genre dans le livre, du moins si on se replace dans le contexte général de la série.  Comment est-il possible qu’un des chefs des Clowns vengeurs se laisse convaincre à la simple apparition d’une prostituée sublime de sacrifier certains de ses hommes?  Il me semble que ça ne cadre pas avec ce que l’on connaît de la personnalité de ces hommes et de leur code de conduite.  Comment fait un clown vengeur recherché mort ou vif pour entrer dans leur forteresse inexpugnable sans se faire prendre?  Ça me paraît plus qu’exagéré vu leur surentrainement.  La rapidité du recrutement de Carter m’a également fait tiquer. 

               Le personnage principal, Fletcher Carter, a une personnalité qui m’a semblé un peu fade.  Dans un premier temps, tout entier dévoué à sa cause et à sa belle, Skye Desmond.  Ensuite, complètement dédié à sa vengeance suite à l’assassinat de celle-ci, au point d’en être robotique.  Un détail de l’intrigue peut expliquer ce point, mais il m’a semblé que, côté vraisemblance du personnage, ça ne tenait qu’à un fil.  Tout au long du livre, il semble le jouet du destin et ne réagit que bien peu de façon autonome.  Son absence de réaction personnelle le rend moins crédible.

               Par contre, du côté des personnages secondaires, on est gâté : Stella Minoris, Maquerelle des prostituées de haut niveau et Elphyr Vorsky, Maquisard, mais surtout putschiste, superbes dans leurs tentatives de se poignarder l’un l’autre.  Noah-Jin Mantis dans son rôle d’arcuride essayant d’accomplir au mieux son travail et prêt à se sacrifier pour protéger ses camarades de combat.  Même Skye Desmond, à sa façon, est riche de ses dédoublements.  À vraie dire, leurs personnalités sont plus étoffées et mieux détaillées que celle de Fletcher lui-même!


L’intrigue en elle-même est très classique, celle d’un homme sur lequel s’abat le destin et qui décide de se venger.  C’est ce qui explique que plusieurs moments-clés de l’intrigue tombe à plat parce qu’ils sont, sinon prévisibles, du moins du genre à faire hocher la tête en se disant : ouais, c’est logique que ça soit ça qui se passe.  En fait, même si on parle de clown vengeur, j’ai eu un peu de mal à me retrouver dans leur univers.  Il ne suffit pas d’avoir une canne de bronze pour être l’un d’entre eux.

Critique originalement parue dans Brins d'éternité no 34 Hiver 2013

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