mardi 4 juin 2013

Les monades urbaines de Robert Silverberg

Les monades urbaines  Robert Silverberg  Le livre de poche 252 pages



Résumé:
XXIVe siècle.  La quasi-totalité de l'humanité vit dans les monades urbaines, de méga-super-structures, des tours hautes de trois kilomètres accueillants chacune près d'un million d'habitants.  Dans la monade règne une liberté sexuelle absolue, de même qu'une absence totale d'intimité.  Des milliers d'êtres humains y vivent, entassés, compactés, érigeant une société très différente de la nôtre, auquel tous ne peuvent pas s'intégrer.

Mon avis:
Ce livre est qualifié de chef-d'oeuvre de Robert Silverberg et il le mérite amplement.  Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre tel que lui.  C'est de l'excellente science-fiction, celle qui dérange, qui fait se poser des questions et interroger l'Avenir avec un grand A.  En y apportant une réponse qui a toutes les allures d'une utopie et qui se trouve à être une dystopie.  Horrifiante quand on la découvre et qu'on la comprend.  Le livre est bizarrement structuré: en fait, ce sont sept histoires distinctes qui nous sont racontées.  Chacun prenant le point de vue d'un personnage.  On pourrait parfaitement les lire indépendamment les unes des autres, la seule chose qui les lie, ce sont justement les gens qu'on y découvre.  Ceux-ci se croisent dans les différentes histoires, le personnage principal de l'une devenant secondaire dans la suivante, le seul commun dans toutes étant le personnage de Siegmund Kluver.  Dans cet immense édifice, l'intimité a disparu et surtout, cette liberté sexuelle totale dérange profondément.  N'importe qui entre la nuit dans une chambre et couche avec la maîtresse des lieux, même si son mari est juste à côté dans le lit!  Attention, on dit liberté sexuelle, mais encore une fois, les femmes écopent dans la balance: elles font rarement les avances, ce n'est pas bien vu, et en prime, elles ne peuvent pas vraiment se refuser à un homme, sous prétexte que cela créeraient des frustrations incompatible avec la vie en monade urbaine.  Et il n'y a aucun moyen de contraception, la logique étant de toujours, toujours, avoir plus d'enfants.  Les enfants sont mariés à peine nubile et ne semblent pas choisir leur partenaire de vie.  Tout ça, choque, on a envie de dire aux personnages, mais merde, SVP, réagissez, c'est pas normal tout ça!  Mais le but du livre est justement de montrer comment les gens peuvent défendre un système, même s'ils les broient.  Comment ils se cachent la vérité les uns aux autres, faisant croire que tout est pour le mieux alors qu'ils en souffrent.  Ceux qui ne peuvent s'adapter sont appelés les anomos et sont exécutés.  Comme s'ils étaient des monstres, sans que personne ne remettent en question le système, qui justement les poussent à bout.  La monade en elle-même est vertigineuse et l'auteur accentue cette impression en parlant sans cesse de son immensité, de la verticalité qui la définit.  Les gens des étages les plus bas, donc les plus pauvres ont l'impression d'être écrasé par tout ce qui se trouve au-dessus de leurs têtes.  Comment quand ils pensent à l'immensité de la monade, la plupart des personnages sont perdus, tout petit.  Chacun d'entre eux se confrontera à sa façon à la monade, que ce soit par la drogue, par le sexe, par la fuite ou par la tentative de monter les échelons vers les sommets de celle-ci.  Le personnage de Siegmund Kluver est emblématique de la société des monades: il a tout réussi et tout pour réussir encore, mais dans les faits, il est rongé par le doute, se demande pourquoi il fait tout ça.  L'image de la réussite rongée de l'intérieur.  Ce personnage est emblématique de la société des monades et son destin n'en est que plus marquant.  Pour l'ensemble des personnages, le voyage est bien davantage dans leur psychologie fouillée que dans l'action.  Et c'est ce questionnement profond, avec la répétition continue du message des monades (croissez, multipliez-vous, les monades étaient nécessaires, l'humanité ne pouvait vivre autrement, etc) , jusqu'à l'abrutissement qui sert le mieux le livre.  Qui démontre le mieux le système et qui fait le plus de lien avec note présent si lointain et si proche.  Vraiment, pour ceux qui aiment la S-F, un truc à lire!

Ma note: 4.75/5

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