lundi 16 juillet 2018

Comment faire plaisir à un/e auteur/e que vous aimez?

Salut!

Je côtoie beaucoup d'auteurs/es, souvent à des événements littéraires, souvent par d'autres moyens.  J'ai vécu la vie de librairies pendant plusieurs années et j'ai même collaboré à une revue traitant de littérature.  Ça me donne souvent une bonne idée de ce qui peut faire la différence pour un/e auteur/e.  On sait que le marché de la littérature au Québec n'est pas nécessairement facile pour tous,  mais si vous aimez un/e auteur/e, voici quelques petits choses simples que vous pouvez faire pour l'aider.

1- Lisez ses livres

Ok, ça paraît peut-être niaiseux, mais c'est la base.  Les auteurs/es veulent être lus, alors, lâchez-vous lousse!  Acheter des livres, emprunter-les à la bibliothèque ou à un ami si vous êtes fauché, mais lisez-les.  Il n'y a rien de pire pour un/e auteur/e que de travailler sur un livre pendant des mois voir des années et d'ensuite, se retrouver le bec à l'eau parce que leur livre arrive au monde dans la plus parfaite indifférence.  Alors, qu'il y ait quelqu'un quelque part qui a lu le livre, c'est un sentiment rassurant et vraiment encourageant.  C'est avant tout pour ça que les auteurs écrivent, être lus!

2- Commentez les livres

Que ce soit sur votre blogue, sur le site de l'empire au sourire en coin, sur Goodreads, sur l'album de visage, dans une revue, lors d'une discussion entre amis parlez de vos lectures.  Le bouche-à-oreille est le meilleur moyen pour les auteurs de faire connaître leurs oeuvres.  Vu la portion congrue auquel en est réduite la couverture littéraire dans les médias en général, chaque mention ailleurs sur le web compte.  D'autant plus que le site de recherche en .com le plus consulté au monde se révèle très précieux quand vient le temps de faire une critique.  Alors d'en avoir une, deux ou trois, peut faire une grosse différence dans la carrière d'un livre!  Quand aux discussions entre amis, n'avez-vous jamais été tenté de lire un bouquin recommandé par un ami? ;)

3- Acheter les livres

Pourquoi je mets ce conseil en troisième?  Parce que si vous vous contentez d'acheter un livre sans le lire, ni en parler autour de vous ou sur le web, et bien...  Ça rapporte à l'auteur/e, mais sans rendre véritablement hommage à son travail!  Acheter des livres est très important, cela permet aux auteurs/es de vivre, mais un livre qui reste sur une tablette est un livre qui n'a pas réellement vécu sa vie.  Acheter est un acte important, mais la lecture l'est tout autant!

Bonus: Parler avec l'auteur/e de son livre

Je le mets en point bonus, parce que rien ne peut battre le contact avec un/e lecteur/trice avec  l'auteur que ce soit dans un sens ou dans un autre.  Aller voir les auteurs/es esseulés/es dans un Salon du livre (croyez-moi, ils vous seront reconnaissants!), prenez le temps de poser des questions, de prendre des notes, de s'intéresser au livre autant qu'à l'auteur/e.  Si vous l'avez lu, c'est encore mieux, sinon, et bien, ça peut vous permettre de faire de magnifiques découvertes!  Même si vous n'achetez rien, ça encourage énormément d'avoir de l'intérêt de la part des lecteurs.  Évidemment, les encourager en achetant est toujours énormément apprécié!  Si le livre ne vous plaît pas, il peut être un cadeau pour une autre personne dans votre entourage après tout (Perso, j'adore acheter des livres à des auteurs jeunesse inconnus au Salon du livre de Montréal et déposer le tout dans les boîtes de la lecture en cadeau!)

Voilà donc quelques petits conseils pour rendre heureux les auteurs/es que vous connaissez et aimez.  À utiliser sans modération!

@+ Mariane

lundi 9 juillet 2018

Le mythe de l'homme d'affaire

Salut à tous!

Petite constatation: j'ai récemment vu la série Iron Fist sur Netflix (bof, bof!), mettant en vedette un xième héros de bande dessinée issu de l'univers Marvel.  Celui-ci, Danny Rand, est l'héritier d'un empire financier valant des milliards de dollars, rentrant au bercail après avoir été déclaré mort dans un accident d'avion avec ses parents alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années.  Les premiers épisodes racontent les difficultés de son retour et surtout à se faire reconnaître de son entourage.  Sauf que même pas dix minutes après le début de l'épisode, les ressemblances avec le Batman de Christopher Nolan me paraissaient juste trop énormes pour passer inaperçu: parents morts dans sa jeunesse, disparition des radars pendant de nombreuses années, héritage d'une entreprise valant des sommes folles, etc, la liste était longue.  Certes, les deux personnages sont différents, surtout par leur caractère (et pas à l'avantage de Danny Rand!), mais le truc qui m'a chicoté ensuite c'était leur point commun: chef d'entreprise.

Minute, minute, minute! On en est rendu là?  À une époque, la personne qui détenait du pouvoir, qui était reconnu, c'était le chef de l'état non?  Le roi, le prince, le général, ceux-là étaient les bons, les leaders, les chefs.  Ceux-là étaient les personnes dignes d'admiration, les modèles.  Ou les méchants totalement repoussoirs.  Pourtant, dans la fiction contemporaine, les exemples pullulent de personnages qui sont avant tout définis par leurs réussites dans le milieu des affaires, qu'ils aient créé leur propre entreprise ou qu'il en aient hérité.  Les leaders politiques?  On les représente souvent comme étant déconnectés ou corrompus, alors que les hommes d'affaires, même s'ils n'ont de comptes à rendre à personne ou peut-être parce qu'ils n'ont de comptes à rendre à personnes prennent le haut du pavé.  Des exemples?  Iron Man quelqu'un?  Ça ne vous rappelle rien?  C'est pourtant l'archétype du multimilliardaire, un brin narcissique et égocentrique qui n'hésite pas à étaler fortune et réussite autour de lui.  On insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'il soit riche et hommes d'affaires.  Idem pour Bruce Wayne, l'alter ego de Batman.  En dehors des supers-héros?  Le nom de Christian Grey vous dit quelque chose?  Et je ne parle même pas des multiples films, séries télés ou livres dans lequel un personnage secondaires est un riche homme d'affaire.  Rarement une femme, mais ça peut arriver.

Et les méchants?  Les James Bond depuis les années 1990 ont mis en vedette un certain nombre de gens d'affaires corrompus en vilain dans leur film, l'un des plus marquants étant certainement Elliott Carver dans Demain ne meurt jamais.  Un autre exemple est  Richmond Valentine du film Kingsmen: Services secrets.  Leur point commun? Mégalomanie, volonté de dominer le monde... et utilisation de toutes leurs ressources, financières et techniques, pour atteindre leurs buts.  C'est souvent exagéré et caricatural, mais reste que l'on est passé du méchant chef d'un état à un méchant qui n'est pas lié à une structure étatique, mais international, qui s'infiltre partout, se glisse partout et est au fond... très proche de nous.

Tous ces personnages nous emmènent dans un univers feutrés de bureaux en hauts de grands édifices, de luxes, de raffinement et où les guerres, même si elles ne font pas de morts ou de blessés, restent extrêmement violentes.  Par le biais de la fiction, on entre dans leurs univers et l'on comprend les codes de ces univers, les relations de pouvoirs qui s'y jouent.  Même si tout cela est ultra-fermé (les milliardaires-PDG ne sont qu'une poignée d'être humains sur terre), la fiction nous permet d'y prendre pied et comme c'est quelque chose de réel, d'y prendre un peu place.  Certes, la plupart des milliardaires ne se déguisent pas en chauve-souris pour combattre le crime la nuit (loin de là!), mais donne l'impression que ceux-ci ont naturellement des pouvoirs au-dessus du commun des mortels, même plus que les gouvernements en place dans certains cas.  Ah oui et autre point à noter, on les voit rarement faire véritablement des affaires, leur statut compte plus que leur travail.

Je pensais à cela lorsque j'ai vu le résultat des élections américaines de 2016.  L'homme qui a remplacé Barrack Obama à la tête des États-Unis correspond à cet archétype de l'homme d'affaires dont nous parle la fiction: riche, puissant, ne rendant de comptes qu'à lui-même, sauveur en quelque sorte.  Je m'interroge en voyant ça: et si la fiction nous avait préparé à voir ce genre d'individus au pouvoir?  Si les esprits avaient été préparés à cette idée, sans faire la distinction en ce qui concerne la réalité et l'imaginaire, comme si les qualités des super-héros homme d'affaires s'appliquaient à tous sans distinction?  Alors, facteur parmi beaucoup d'autres il faut l'avouer, mais le terrain a été préparé.  En ce sens, il y a un lien entre l'actuel président des États-Unis et Iron Man.  Je ne suis pas sûre que ce soit quelque chose de bien.

@+ Mariane

jeudi 5 juillet 2018

Maternité La face cachée du sexisme de Marilyse Hamelin

Maternité, La face cachée du sexisme  Marilyse Hamelin  Collection Présent  Boréa;  184 pages


Résumé:
Même si l'égalité homme-femme a fait des bonds de géants depuis quelques décennies, il reste un point où malgré tous les efforts, les progrès sont lents: la sphère privée et au centre de celle-ci, la parentalité.  Malgré tous les efforts, les campagnes de sensibilisation et les mesures adoptées, la mère est toujours considérée comme le «parent par défaut», celle qui sait quoi faire pour s'occuper des enfants, responsable de l'organisation du foyer et qui doit faire le tout avec le sourire et dans la bonne humeur.  Seulement, une majorité de femmes travaillent aujourd'hui à l'extérieur du foyer, mettant le modèle à mal sans que la base de celui-ci ait été remise en question.  Ce qui cause un déséquilibre, un sexisme mal nommé, auquel s'attaque l'auteure dans ce livre.

Mon avis:
Il faut parfois des livres pour jeter un pavé dans la marre et ébranler les idées reçues.  Celui-ci s'inscrit dans cette veine, mais il prêche beaucoup plus aux non-convertis qu'aux personnes déjà sensibilisées.  Le livre est, comme tout bon essai, un long argumentaire en faveur de la thèse qu'elle défend, soit que la parentalité est, pour un grand nombre de raisons, plus ou moins culturelles et plus ou moins ancrées dans notre psychée, encore bien plus le fardeau des femmes que des hommes.  Ce livre va sonner comme un éveil des consciences pour qui est moins au courant des enjeux féministes.  La démonstration est bien argumentée, dotée de nombreux exemples et de témoignages éclairants (paritaires, je tiens à le souligner, autant d'hommes que de femmes ont témoignés de leur expérience pour cet ouvrage).  Elle déplace le centre du débat de la maternité (associé aux femmes uniquement), à la parentalité (concernant les deux parents de façon égale).  La question des congés parentaux, centrale à son ouvrage y est décortiquée et l'influence des idées reçues sur la maternité et la paternité également.  Le partage des responsabilités ménagères y obtient aussi une petite place, un peu maigre à mon goût, mais quand même assez importante.  Le livre n'a aucun défaut majeur, mais il a constitué pour la lectrice déjà au courant des enjeux que je suis une excellente révision sur le sujet plus qu'un apport réel aux débats.  Pour quiconque n'est pas au courant des enjeux par contre, cet ouvrage est à mettre entre toutes les mains (surtout celles des futurs pères!).  Agréable à lire, bien argumenté, c'est un essai grand public qui réussit très bien l'objectif fixé, soit de brasser les idées reçues sans tomber dans le préchi-précha et qui démontre avec l'aide d'exemple concrets qu'autre chose de mieux est possible et souhaitable.

Ma note: 4.5/5

lundi 2 juillet 2018

Principal de l'un, secondaire de l'autre

Salut!

J'ai remarqué que certains auteurs utilisent une technique bien particulière pour nourrir leurs oeuvres.  Phénomène largement influencé par les suites et re-suite et autres spin-off parfois insipide du cinéma, mais pas que.  C'est celui des personnages qui se retrouvent parfois au coeur de l'histoire... et qui laissent la première place à un autre personnage lors d'un autre livre.  Personnellement, j'adore ce procédé dans les livres.  Mais il peut être utilisé à tellement de sauces!  C'est qu'en tant que tel, c'est un procédé qui permet d'élargir l'exploration d'un univers de bien des façons.  Certains en abusent pour allonger les profits, mais c'est une mauvaise utilisation: en tant que tel, cela peut enrichir un univers bien plus qu'il n'y paraît.

Je l'avais remarqué en particulier dans le livre de Robert Silverberg, Les Monades urbaines.  Dans ce roman formé de nouvelles, tous les personnages principaux d'une nouvelle deviennent personnage secondaire dans l'une ou l'autre des suivantes, aucun n'étant à proprement parler un personnage principal de l'ensemble.  Cette situation est sûrement voulue par l'auteur qui parle sans cesse du vertige de cette société qui vit dans d'immenses tours de mille étages, chaque monade (tour) formant  des sociétés indépendantes les unes des autres.  En utilisant ce procédé, l'auteur permet de démultiplier les points de vue, mais aussi de reprendre l'idée centrale de son livre: l'individu écrasé par la masse des autres êtres vivants et de la structure physique même de la monade.  Silverberg a utilisé cet effet littéraire pour démultiplier l'effet du nombre, car ce qui concerne un individu concerne tous les habitants de la monade, tous prisonniers d'elles et pourtant, la nourrissant.  Chacun des personnages qui sont à la fois secondaires et principaux montrent l'impact de la monade sur eux: ce qu'un personnage remarque, un autre le verra aussi, mais autrement, mais les deux perceptions se complètent dans ce qu'est une monade et le fait d'y vivre.  C'est l'effet choral entre les différents personnages qui donnent l'effet voulu par l'auteur.

Dans les univers de Tolkien, les personnages d'un roman, comme par exemple, Bilbon Sacquet dans Bilbon le hobbit, deviennent les secondaires dans un autre roman, comme par exemple, dans la suite du Seigneur des anneaux.  Dans ce cas-ci, le personnage sert à alimenter une suite d'histoire qui se déroulent dans le temps.  Un personnage apparaît, prend place dans l'histoire a un impact sur l'intrigue qui va venir de par ses actions.  Bilbon quitte la Comté et vit de multiples aventures, devenant au passage porteur d'un mystérieux anneau, ce qui aura d'énormes impacts sur la vie de son neveu Frodon.  Et cela, sans que l'histoire même de Bilbon le hobbit portent des traces de ce qui allait arriver ensuite.  Un peu comme dans l'Histoire, celle avec un grand H qui nous concerne tous.  Et ainsi de suite sur ce qui peut s'étirer pendant longtemps.  Tolkien n'a-t-il pas écrit des dizaines de nouvelles, de romans et autres histoires se déroulant en Terre du milieu?  Il a donc utilisé des personnages principaux devenus secondaires pour montrer la continuité, la transmission, la suite entre les différentes histoires qu'il a écrit.  Sans compter qu'à quelques reprises, ses personnages font allusions à de lointains événements qui ont un impact sur eux... et qu'il a longuement raconté dans d'autres livres.  Un peu comme nous faisons allusion aux événements survenus au temps de nos aïeux.

Une autre façon d'utiliser le concept est celui que j'ai remarqué dans les romans de Mercedes Lackey.  Cette auteure a élaboré un univers aussi vaste que celui de Tolkien, mais dans un laps de temps considérablement plus court.  Dans la première trilogie, le personnage principal est Talia, héraut de la Reine.  Elle est entourée de nombreux personnages, dont la fille de la Reine, la princesse Elspeth.  Dans la seconde trilogie, le personnage principal est devenu Elspeth, mais Talia ne disparaît pas pour autant du portrait.  Son rôle est simplement beaucoup plus effacé, moins à l'avant-plan, mais le personnage est tout de même présent.  Idem dans la troisième série du cycle, où Elspeth elle-même est un personnage secondaire, mais où de nouveaux personnages sont à l'avant-plan, tout en lui laissant une place dans l'intrigue, de même qu'à Talia.  Vous me suivez?  Ici, c'est plus une course à relais qui est mis en place.  Chaque personnage a son moment sous les projecteurs et reste ensuite un personnage essentiel de l'histoire, mais en perdant le premier rôle.  Ainsi, tous les personnages, chacun à leur tour, deviennent principal, puis retournent secondaire.  Enfin, pas tous, mais la plupart.  Ainsi, si on a aimé le personnage de Talia, on pourra suivre son développement au fil des trilogies, même si elle n'est plus au centre de nos intérêts.  Par ce principe de relais, l'auteure crée un lien émotionnel fort au fil des histoires, mais par la bande, prépare à chaque tome la trilogie suivante.     

C'est un effet littéraire que de multiplier ainsi les personnages dans un même cycle, de leur permettre d'avoir la première place au soleil et une autre, un peu plus à l'ombre.  Cela nous permet de voir une histoire différemment, à travers les yeux de plusieurs personnes qui nous la racontent.  Comme dans la vraie vie, il n'y a jamais qu'une seule vision des événements.

@+ Mariane