lundi 17 juin 2019

Que fait-on des livres du passé?

Salut!

Quand je l'ai lu, j'avais beaucoup aimé Notre-Dame de Paris.  C'est un classique!  J'avais dévoré le livre.  Je n'étais pas très vieille, c'était vers la fin du primaire, j'avais quoi, 10-12 ans?  J'en aie retenu bien des choses, mais je sais que mon regard d'adulte qui le relirait serait très différent.  Il y a le personnage d'Esméralda, en lutte contre un monde qui lui refuse une place au soleil, parce que femme et gitane, faisant d'elle un jouet du sort dans les mains des hommes.  Sa beauté et ses talents de danseuse, seules armes qu'elle a face à la vie, seront utilisées contre elle.  Il y a Frollo, l'archidiacre de Notre-Dame, homme de science, mais qui n'hésitera pas à abuser de son pouvoir parce qu'il ne peut avoir Esméralda.  Parce qu'elle ne répond pas à son désir...  Quasimodo, le difforme sonneur de cloche, sans doute le personnage masculin le plus équilibré de ce roman.  Et tous les autres... Je me rappelle surtout, un personnage absent de l'adaptation en opéra rock: Paquette, la mère d'Esméralda, une recluse dévote, fanatique de l’auto-mortification.  Depuis qu'elle a perdu sa fille, cette femme ne vit que pour sa propre mort et sa haine des gitans.  Et il y a aussi Fleur-de-Lys, parfaite illustration de la petite bourgeoise de service qui veut avant tout mettre le grappin sur un homme pour faire un bon mariage le plus vite possible.

Aujourd'hui, je vois très bien dans ce livre les préjugés de l'époque où le livre a été écrit envers les femmes, les handicapés et les personnes racisées.  Je pourrais dire, tout ce qui est différent des personnes au pouvoir de l'époque, des gens de la bourgeoisie, blanche, scolarisée et masculine.  Est-ce que ça en fait une mauvaise oeuvre pour autant?

La bonne réponse est non.  Notre-Dame de Paris reste un chef d'oeuvre.  C'est une réussite tant au point de vue de l'écriture que de l'intrigue et si les personnages sont le reflet de la vision d'une époque (le XIXe siècle) sur une autre (le Moyen-Âge), il n'en reste pas moins que Victor Hugo a su écrire des personnages magnifiques, humain, imparfait, mais riches (sauf Fleur-de-Lys).  Va-t-on jeter le bébé, tout ça, avec l'eau du bain, l'enrobage et ses préjugés?  Je suis d'avis que non, mais le hic, c'est que je cite une oeuvre parmi tant d'autres...

Je crois que je pourrais énumérer toute la journée des oeuvres qui parlent de femmes uniquement obnubilées par l'idée de faire un riche mariage sans autre ambition dans la vie.  Je pourrais recenser des dizaines de livres qui parlent des Noirs comme étant inférieurs ou juste représentés comme des esclaves bêtes.  Je pourrais citer des tas d'histoires qui parlent de pauvres handicapés en les réduisant à ça, leur handicap.  Et je ne parlerais pas ici d'homosexualité, de religion ou de pauvreté...  La liste est longue!

Ce qui me dérange, ce n'est pas que l'on parle encore de Notre-Dame de Paris.  Parce que c'est un excellent roman.  Sans doute qu'il est le reflet de son époque, mais le hic, c'est que la majorité des livres qui sont lus datant de la même période dressent souvent le même portrait de toutes les personnages n'étant pas blanche, de sexe masculin, hétérosexuelle et d'une classe sociale moyenne, voire élevée.  (Petit indice: la majorité des auteurs de ces oeuvres sont blancs, homme, hétéro et de classe moyenne...)  Ça fige dans le temps une vision du monde comme de quoi, avant, les choses étaient «comme ça».  Comme si la vision de Victor Hugo du monde représentait le monde tel qu'il existait à l'époque.  Ouille pas sûre...

Notre-Dame de Paris a été publié en 1831.  Un an après paraissait un roman qui fit scandale à l'époque et éclipsa le succès du roman d'Hugo: Indiana de George Sand.  Dans ce roman, une femme mariée à un homme plus âgé qu'elle n'aime pas, est séduite par un homme libertin et si elle cherche à s'échapper de sa vie en tentant de fuir avec lui, il se montre inconstant et elle finira par prendre elle-même les choses en main.  Mais qui lit Indiana de nos jours à part les étudiants en littérature...

Il est là le problème.  On lit Notre-Dame de Paris, qui nous donne une vision du monde, mais pas Indiana qui nous en donne une autre.  Ce qui fait que même si on lit des oeuvres qui datent d'il y a longtemps et même si on exerce son esprit critique par rapport à celle-ci, on ne lit rien pour les contrebalancer.  On ne peut pas les voir pour ce qu'elles sont, des oeuvres qui sont le reflet de la vision du monde d'une personne, à une époque, parce qu'on a pas de point de comparaison!  Faut-il arrêter de les lire pour autant?  Non, pas du tout!  Mais faire un sérieux travail de mémoire sur les oeuvres oubliés montrant une toute autre vision du monde, ah ça oui et ça urge!

Ce travail est en cours et c'est tant mieux.  Parce que des femmes ont tenus la plume, des Noirs ont écrits et des pauvres ont réussi à trouver un peu de temps pour créer une oeuvre dans toutes les époques, dans toutes les cultures et dans tous les coins de la planète.  La seule différence entre eux et un Victor Hugo, c'est qu'ils ont moins de chance de garder un contact avec les lecteurs sur le long terme.

Que fait-on des grands classiques?  On les garde, mais on ne cherche pas seulement à les lire eux, mais aussi ceux qui les ont côtoyés sur les rayons des librairies lors de leur sortie.  Parce que c'est comme ça que l'on aura le meilleur portrait de la littérature d'une époque et non pas ce que les dominants de cette époque espérait que l'on garde comme image d'eux.

@+! Mariane

jeudi 13 juin 2019

Repentir(s) de Richard Ste-Marie

Repentir(s)  Richard Ste-Marie  Alire  336 pages


Résumé:
Deux cadavres sont retrouvés dans une galerie d'art moderne, tués avec un couteau d'une artiste branchée.   L'un d'entre eux est le galeriste lui-même, qui semble avoir multiplié les entourloupes devant de nombreuses années et auquel bien des gens en veulent.  Mais l'autre victime est un policier du SPVM exemplaire et sans histoire.  C'est donc à l'inspecteur Francis Pagliaro de la SQ que l'enquête est confiée.  Celui-ci prend vite l'habitude d'aller voir l'exposition en cours dans la galerie, le soir.  Il lui semble que dans la série de tableau réside une partie de l'énigme...

Mon avis:
Hum, je vais platement dire pas son meilleur.  Pas que le livre ne soit pas bon, mais sois je commence à connaître la patte de l'auteur, sois l'auteur a commencé à porter des pantoufles d'intrigue un peu trop confortables. L'inspecteur Pagliaro est fidèle à lui-même.  C'est un policier méthodique, qui cherche à comprendre au-delà de résoudre une énigme.  Cette partie de l'ouvrage reste maîtrisée, quoique j'ai moins aimé le dénouement de l'intrigue qui s'explique une certaine nervosité de Pagliaro à différents moments de l'histoire.

Quand à l'enquête proprement dite...  Je n'y aie pas trop crue.  La recette est là, les ingrédients sont là, mais la pâte n'a pas levée.  J'ai particulièrement tiqué sur la partie très pédagogique de l'intrigue concernant l'art contemporain.  L'auteur voulait nous faire découvrir le milieu de l'art visuel, ce qui est correct en soi, mais il y consacre beaucoup de temps et d'énergie, au détriment de son intrigue.  On apprend beaucoup de choses, mais est-ce que ça fait progresser l'enquête?  Non.  Un peu plus loin dans l'histoire, un témoin apparaît comme par magie ou presque et fait redécoller l'enquête, qui commençait à traîner en longueur.  Ça sonnait tellement comme le gars des vues que j'en aie lâché un petit juron.

L'auteur alterne entre des scènes de l'enfance et de l'adolescence d'un personnage anonyme et l'enquête proprement dite.  Ces scènes sont bien écrites, bien ficelés, mais n'apporte pas grand chose à la résolution du crime, parce que si le lien entre les deux existe, la conclusion m'a semblé tirée par les cheveux.  Je l'ai même trouvé forcé.  Par contre, une scène en particulier a été presque insoutenable à lire pour moi.  Sans dire c'est quoi, ça parle d'un chat et d'un destin sinistre...

L'auteur garde une excellente maîtrise de sa plume.  Même si des éléments font grincer des dents, on entre dans le livre et on lit quand même avec un plaisir certain.  Parce que Pagliaro est attachant, parce qu'il sait nous mettre dans le bain, parce que ça se lit bien.  Pas son meilleur, je le redis.

Ma note: 3.25/5

lundi 10 juin 2019

Apprivoiser une bibliothèque (ou savoir comment retrouver ses pénates, peu importe la situation)

Salut!

La bibliothèque de la municipalité de mon enfance, je ne l'ai jamais fréquenté.  Pas par snobisme, non, juste qu'entre fréquenter une bibliothèque de village ouverte trois jours par semaine, les mercredis soirs, vendredis soirs et samedis matins et la grosse bibliothèque municipale de la grande ville d'à-côté, bourrée de rayons débordants de livres, le choix était disons, très très vite fait.  Surtout pour la lectrice avide que j'étais.  Même si ça voulait dire du harcèlement parental (N.B. Y'aucune loi qui interdit ça)

Je me suis donc glissée dans le monde des bibliothèques comme on se glisse dans un gant.  La bibliothèque de mon ancienne municipalité (qui est devenue ensuite ma ville de résidence) avait un certain charme.  L'étage des adultes était au premier, accessible donc aux personnages âgées qui avaient du mal à monter les marches.  Les enfants, avec leurs petites jambes pleines d'énergie, étaient au deuxième.  Je me suis vite habituée à cet univers où trônait une étrange sculpture à mi-chemin entre le garage et l'atelier de métallurgie.  Autant à l'entrée de l'UQÀM que j'ai fréquenté, il y avait une paire de couilles, autant dans ma bibliothèque municipale, il y avait les restes d'un lave-auto figé dans le temps.  Ça faisait partie de l'ambiance de ma bibliothèque et quelque part, j'y étais aussi attachée qu'à la célèbre sculpture hommage à l'anatomie masculine de mon alma-mater.

J'ai quitté ma ville d'origine il y a quelques années.  Ok, mes priorités sont très différentes de celles d'autres personnes, mais l'une des premières que j'ai eu en aménageant dans mon nouveau logis était de savoir à quel endroit était ma nouvelle bibliothèque.  Ça en dit long sur mes priorités....  Ma nouvelle bibliothèque était donc située le long d'un boulevard passant.  En brique rouge, à l'ancienne.  Elle était un trésor de découverte, tant en livre qu'en CD, qu'en DVD, qu'en plein de choses.  J'y aie vue des bibliothécaires sabler la tranche des livres que l'oxydation avait rendue jaune.  J'y aie parlé avec bon nombre d'entre eux (elles surtout).  J'y aie réclamé des livres sortis de la réserve, qui m'y ont été donné avec le sourire et le «Ah, on a pas de place pour tous les garder sur les tablettes, on va bientôt rénover».

J'ai adoré cette bibliothèque.

Et puis sont venues ces fameuses rénovations....

 Ma bibliothèque a été fermée pendant deux longues années.

Après des mois d'obstination avec les charmantes préposées municipales du-311-pas-super-informées-du-des-travaux-dans-mon-arrondissement-loin-du-coeur-de-Montréal, ma bibliothèque a réouvert fin mai.  Que dire...

On a fêté dignement l'événement par quatre jours de célébrations.  On l'a annoncé à l'avance sur les panneaux municipaux qui annoncent entre autres, les séances du conseil municipal (que dis-je, d'arrondissement!) et les inscriptions aux équipes de balle molle.  Quatre jours de réjouissances pour nous réconforter de deux ans de vache maigre de bibliothèque (il y a bien sûr eu une bibliothèque temporaire et une autre permanente, mais en format de poche...  Ma bibliothèque me manquait...)

Mon ancienne bibliothèque était située, et est toujours (ils ont juste rénové les lieux) sur un boulevard passant...  Ce qui fait que pendant deux ans, je suis passée devant en allant travailler, un oeil sur la route, l'autre sur les travaux.  Je les aie vue démolir le bâtiment en brique rouge, presque brique par brique pour en reconstruire un autre, en béton blanc.  Morceau par morceau.  Longtemps avant la fin des travaux, j'avais de longues discussions au sujet des travaux finis ou pas avec les charmantes-préposées-au-311.  Quand elles me disaient que les travaux n'étaient pas finis, je leur répondais que de la rue, je voyais les livres sur les étagères...  (même pas une blague!)  Misère...

Les travaux ont finis par finir et ma bibliothèque par rouvrir.  La première fois que j'y suis allée, il y avait fête de la réouverture.  Un orchestre jeunesse composé de cuivres jouait juste en bas du nouvel escalier....  Mettons que les sons de tubas, répercutés par tous ces nouveaux espaces vides n'aidaient pas mon mal de tête naissant...  Le nouveau système informatique, un brin kafkien, non plus.  Et en plus, tout était blanc...  Pas juste les murs, non, les planchers, les étagères, les plafonds, TOUT est blanc dans ma nouvelle bibliothèque.  À en avoir mal au coeur!

Malgré tout, fidèle à moi-même, j'ai farfouillé dans ma nouvelle bibliothèque.  J'y aie trouvé une salle en référence à la généalogie, avec un cahier nommant tous les immigrants venus de France avant 1759, bien en place sur une table.  J'y aie fouillé un brin, parce qu'au fond de moi, reste une question: suis-je une descendante des Filles du Roy?  Du côté de ma mère, le plus lointain de mes ancêtres aurait pris racine en terre nord-américaine sous Jean Talon, alors...

Je ne l'ai pas trouvé dans les cahiers de généalogie, mais j'ai trouvé des noms très proches du mien du côté de mon père, avec une orthographe différente.  Les discussions familiales veulent que mes ancêtres paternels viennent de Provence et j'en aie trouvé, des courageux qui ont traversé l'Atlantique, à une époque où l'on pouvait autant y trouver la fortune... qu'y mourir.

J'étais là, en train de regarder la liste des immigrants en terre d'Amérique au temps du Régime français, au son discordant des tubas mal accordés et des trombones tonitruants, quand on a annoncé la fermeture de la bibliothèque.  Pas pour longtemps, non, juste pour la soirée.  La bibliothèque rouvrait le lendemain.  Retour à la vie normale en terre de bibliothèque.

En sortant, j'ai croisé un couple de jeunes au début de la vingtaine à l'accent distinct (né ici ou ailleurs?  sais pas!), qui se sont fait dire, par un responsable de la sécurité à l'allure haïtienne ou africaine (aucune idée!) que la bibliothèque fermait à six heures les vendredis.  Désemparés, ils sont resté quelques secondes devant l'entrée du temple du savoir qui leur était interdit pour quelques heures.  Je leur aie donné les horaires que j'avais pris sur une pile dans la bibliothèque.  Ils m'ont dit merci en français, avec un magnifique sourire, un brin déçu, certes, mais radieux.  Comme un lien discret avec mes ancêtres que je venais de fréquenter.  Eux aussi avaient immigré dans une nouvelle terre qui ne leur livrait pas tout ses secrets au premier jour.

Je suis retournée une seule fois depuis à ma nouvelle bibliothèque depuis, sans les trombones et les tubas.  Une de mes bibliothécaires m'a guidé vers la section que je cherchais, avec le sourire, comme dans le temps que je leur faisais sortir des livres de la réserve.  Je ne suis pas encore habituée à ma nouvelle bibliothèque.  Je cherche encore mes pénates dedans.

Dans l'antiquité romaine, les Pénates étaient des divinités mineures, propres à chaque famille.  Ma professeure de latin (au secondaire, époque lointaine!) nous avait dit d'eux que c'était des dieux discrets, effacés, des dieux du foyer.  Quand on disait regagner ses pénates, dans le fond, on parlait de rentrer à l'endroit où sur toute la terre, on se sent chez soi.  Ma bibliothèque, au fond, c'est un peu un chez moi.  On y a fait de sérieux changements, on a changé les murs, les plafonds, les planchers, mais j'espère y retrouver les bases de ce que j'y trouvais autrefois.

C'est pas encore parfait, mais j'espère bien retrouver mes pénates dans ma nouvelle bibliothèque.

@+ Mariane

jeudi 6 juin 2019

La grosse femme d'à côté est enceinte de Michel Tremblay

La grosse femme d'à côté est enceinte  Michel Tremblay  Nomades  284 pages


Résumé:
Le 2 mai 1942, rue Fabre sur le Plateau Mont-Royal.  Autour d'une famille vivant tous dans le même appartement, se tissent des histoires, grandes et petites, unissant tous ceux qui vivent dans cette petite rue.

Mon avis:
Il n'y a pas vraiment d'histoire dans ce livre.  Surprenant non?  Mais c'est le cas.  Et pourtant, le magique dans tout ça, c'est qu'on accroche quand même.  Parce que les personnages sont magnifiques avant tout, mais surtout parce que la langue qui les sert touche à un niveau rarement atteint.

Commençons par les personnages.  Chacun d'entre eux (et ils sont nombreux) a droit à son moment privilégié avec le lecteur, un moment où, à tour de rôle, chaque personnage, va voir sa vérité profonde révélée.  Pas par de grandes circonstances grandiloquentes, non, pas du tout.  On est dans le concret et le simple du quotidien.  Tous les personnages vont simplement vivre un moment où par des mots, pas des gestes, ils exprimeront quelque chose de puissant, de vrai, révélant les failles profondes de leur être.  Et tout au long de la journée, on va donc sauter d'un personnage à un autre, chacun avec leur histoire, chacun avec les dizaines de petites décisions différentes dans une journée qui finissent par définir le cours d'une vie.  Personne n'est parfait dans ce livre, mais les failles et les entêtements de chacun finissent par les rendre proche de nous.  On se reconnaît dans la colère d'Albertine, dans la faiblesse de Gabriel, dans la langue de vipère de Violette, dans les premiers frémissements de sensualité de Richard.  Les personnages de femmes en particulier, toutes autant qu'elles sont, touchent au sublime.

J'ai eu un peu de mal à démêler au départ qui était fils de qui et qui était marié avec qui dans cet appartement surpeuplé où règne un chaos de champ de bataille.  Pourtant, c'est la vie quotidienne qu'on y décrit, les disputes pour qui va en premier à la toilette, les tâches ménagères à faire, les balades au parc, le magasinage...  Rien d'extraordinaire au fond.  Mais sous la plume de Michel Tremblay, tout se transforme en toile de Vermeer.  Il a le don de mettre de la couleur par touches et de de pointer la lumière sous un angle tel qu'un geste du quotidien atteint le rang d'art.  Tout
ça, en utilisant une langue qui n'a pourtant rien de si artistique à part la manière de la manier.  Les tirades de Violette valent celles de Cyrano, mais elles sont livrées dans une langue tout à fait autre: c'est celle du peuple, du parlé populaire, avec ses expressions, ses inflexions, son accent et surtout, sa manière propre de déformer et de reformer les mots.  La graphie des mots dans le livre reprend la forme parlée, ce qui sort de l'ordinaire, mais donne en même temps sa texture au texte.

Je comprends pourquoi ce livre est un classique de notre littérature...  Même si au cours de cette journée de 1942, il ne s'est, au fond, rien passé d'extraordinaire.

Ma note: 4.75/5

lundi 3 juin 2019

La haute-couture et le prêt-à-porter

Salut!

J'ai une passion dont je parle peu, mais qui est bien présente: la haute-couture.  Oui, oui!  Moi, la fille qui passe ma vie en jeans et en souliers de course, j'aime beaucoup regarder les photos des défilés de mode et visiter les rétrospectives de créateurs au Musée des Beaux-Arts ou au Musée McCord.  J'avais adoré Yves Saint-Laurent et été très dérangée par Jean-Paul Gaultier.  J'ai vu d'autres expositions aussi.  Durant mon passage à Paris, j'avais profité de l'occasion pour visiter l'exposition sur Dior.  Et pour aller faire un tour dans la boutique de Chanel sur la rue de Gambon...  OK, ça ce sont des très beaux souvenirs!  Et vous pouvez être sûrs que je vais aller voir l'expo sur Thierry Mugler!

Pourquoi j'aime ça?  Ce n'est pas le côté quoi porter avec quoi qui m'attire dans la haute-couture. Entendons-nous, ce monde, essentiellement basé sur l’apparence, le diktat de la maigreur et sur des tenues immetable en dehors des soirées hollywodiennes est bourré de préjugés, de laideurs et peut être un broyeur pour les vies humaines.  Cependant, ce qui m'intéresse est moins le domaine des mannequins et des flash de photographies, mais plutôt le patient travail des petits mains qui créent les modèles.  J'aime l'art derrière le vêtement.  Et la haute-couture est dans ce sens une extraordinaire vitrine du talent incroyable de dizaines d'artisanes et de créateurs(trices).

En haute-couture, tout est fait à la main et tout est le fruit d'un long travail.  Je me rappelle une veste Yves Saint-Laurent qui reprenait la toile des Tournesols de Van Gogh.

Source de l'image: Pinterest
Source de l'image: Pinterest

Chaque perle était cousue pour imiter les coups de pinceaux de la toile originale.  En haute-couture, chaque point de broderie est le fruit d'une main qui a tenu une aiguille, tous les tissus sont faits en quantité limité et avec les meilleurs matériaux.  Les boutons, les dentelles, les rubans, tout est choisi pour qu'une tenue soit aussi une création unique.  Une robe d'une grande maison de couture peut avoir nécessité le labeur de dizaines de personnes pour des dizaines, voire des centaines d'heures.  Et c'est ça que j'aime.

Entendons-nous que ce n'est pas nécessaire pour le commun des mortels.  On a pas besoin de porter de telles tenues dans la vie de tous les jours.  Mais de savoir que ça existe, ça nous fait voir le reste des vêtements d'un oeil différent.  Est-ce que ça pourrait être mieux, est-ce que je pourrais ajouter une touche de créativité, est-ce que je pourrais rechercher quelque chose de différent?  Et puis aussi, sans aller dans autant d'extravagance et de détails, puis-je m'en inspirer pour la vie quotidienne?

C'est un peu comme ça que je vois la littérature dite populaire, qui répond à des impératifs de masse, de quantité et de facilité d'accès, comparé à la littérature plus littéraire, dont les objectifs sont beaucoup plus dans la recherche et l'esthétisme.  Les deux sont nécessaires.  L'une explore, repousse les limites, mais l'autre garde des préoccupations concrètes.  L'un est à la fine pointe de l'inventivité, l'autre reprendre des méthodes connues et éprouvées.  L'une demande du temps pour être appréciée à sa juste valeur, l'autre est accessible et facile à utiliser.

Les deux sont essentielles.  La seule différence, c'est que la haute couture, pourtant archi-élitiste et ultra-chère, est beaucoup mieux considérée que la littérature littéraire.  Et que personne n'est prêt à payer plus cher pour un livre de ce genre.

@+ Mariane

jeudi 30 mai 2019

De synthèse de Karoline George

De synthèse  Karoline George Alto  Lu en audio  Raconté par Magalie Lépine-Blondeau  5h 06 min  Disponible gratuitement sur le site de Radio-Canada


Résumé:
La narratrice de cette histoire est une femme qui cherchera toujours à fuir, à fuir son corps, à fuir sa famille, à fuir son image pour ne devenir qu'une image inventée, une impression, un avatar.  Perdue dans l'univers numérique, elle est forcée de revenir à la réalité quand la maladie de sa mère la confronte à la réalité de son propre corps.

Mon avis:
Ce livre est très particulier, dans le sens de personnel, d'intime.  Il parle de la relation avec le corps, de la relation avec l'univers numérique, de la relation avec l'image que l'on a de soi-même et de la façon dont on peut la façonner à sa guise.

Le récit est un long, très long monologue, qui part de l'enfance et se rend jusqu'à l'âge adulte et même un peu plus.  À travers ce monologue, on comprend la vie de cette personne, mais pas au niveau de ses interactions avec les autres ou des événements extérieurs, non.  Cette vie est entièrement tournée vers elle-même, vers ses propres réflexions, son propre cheminement, isolée des autres.  Ses liens avec le monde, elle les vivra à travers l'art, sous toutes ses formes, littérature, cinéma, séries télés, de tous les genres et de toutes les époques qu'elle traversera, autant pointu que populaire.  Elle baigne d'ailleurs dans la culture pop de belle façon.  Les hommages aux personnages de notre enfance et aux comics sont nombreux et bien ficelés dans l'histoire.  On comprend à quel point, mais dans ce roman très littéraire, Batman, Captain America et les autres font intégralement parti de sa psyché, autant que les films de répertoire et la peinture des siècles passés.  Sans même que ça fasse tâche ou forcé.

Quand à la langue...  Ouf, ce livre est un petit bijoux d'écriture, ciselée, élégante, puissante, poignante et en même temps aérienne.  À travers ses mots, l'auteure nous fait ressentir la légèreté de celle qui ne veut plus au fond être autre chose qu'une image.  La narratrice n'a pas de corps dans son esprit et ça se sent dans la façon dont elle manie les mots.  Son rapport à son corps changera quand celui de sa mère, avec qui elle a une relation extrêmement complexe, sera ravagé par le cancer.  Toute la complexité de cette relation, ainsi que les problèmes de santé mentale de la narratrice, on le ressent, on le vit à ses côtés.

La narration de Magalie Lépine-Blondeau, avec sa voix chaude et suave, donne une belle vie à ce roman, qu'elle lit avec une grande précision dans la prononciation, rendant toute la saveur du texte.  C'est une belle réussite.

Ma note: 4.5/5

lundi 27 mai 2019

C'est l'histoire d'une fille et de sacs de sable...

Salut!

Pour ceux qui ne savent pas, j'habite un arrondissement de la ville de Montréal qui a été visité par les eaux de sa rivière avoisinante par deux fois au cours des dernières années.  De façon un peu trop généreuse.  Je fais partie des chanceux qui n'ont pas été touchés, à part par des fermetures temporaires de route (et par une bonne frousse la première fois!).  Cette année, durant l'après, mon arrondissement a demandé des volontaires pour défaire les digues et ramasser les sacs de sable.

Je me suis donc présentée, un beau samedi matin de mai, au poste des bénévoles de la ville de Montréal.  Je me suis retrouvée avec une équipe fort charmante formée d'un représentant scout, d'un retraité et d'un vietnamien dont je n'ai jamais compris les motivations à être là, à part, comme moi, d'une volonté d'aider son prochain.  Constatation arrivée sur place: comme bien souvent dans ma vie, je me suis retrouvée la seule fille parmi une gang de gars.  Et il fallait lever des sacs de sables, parfois gorgés d'eau.  Ok, je ne me suis pas mise au bout de la chaîne humaine pour les lever du sol.  J'ai essayé de les lever, mais je n'étais pas capable.  J'ai laissé cette tâche à d'autres.  Par contre, j'étais capable de transporter les sacs une fois en l'air et je n'ai pas rechiné à lever des sacs de 50 lbs, voir plus (merci les arts martiaux pour la bonne forme physique et l'art de bien placer son poids pour forcer le moins possible!)

J'étais donc là, dans une équipe de joyeux bénévoles maniant le franglais comme un art (j'habite dans le West Island), quand une dame dont je défaisais la digue me lance:

-Vous devriez pas faire ça madame, c'est lourd ces sacs-là!

-(passe un sac de 20 lbs) C'est pas grave!

-Vous êtes sûre!

-(passe un sac de 50 lbs gorgé d'eau) arg, ben non, c'est pas grave!

J'étais prévenue!  Je le savais que la demande de bénévolat était de ramasser des sacs de sable.  Je le savais que le travail serait physique.  J'y suis allée quand même.  Pourquoi pas?  Je me savais capable de le faire!  Suis-je partie de là éreintée?  Certes!  Est-ce que j'ai eu des bleus/des courbatures le lendemain?  Certes!  Mais pourquoi mes bleus et mes courbatures seraient plus importantes que celle d'Eric le retraité, de Martin le chef scout ou de Dong le vietnamien?  Parce que je suis une femme?

J'espère que ce n'est pas un critère....  La plupart de mes nombreux confrères de corvée ont d'ailleurs, avant mon départ, souligné mon coeur à l'ouvrage.  J'étais la minorité visible.  J'étais la femme qui forçait.  Le hic, c'est que je ne me voyais pas comme une exception.  Mais bien comme une règle non appliquée...  Quelle femme n'est pas capable de soulever un 50 lbs?  Aucune?  Prenez un enfant de quatre ans dans vos bras: c'est pas loin de 50 lbs!  On est capable mesdames!  Mais quand c'est un sac de sable, oups, non, tout à coup, c'est trop lourd, on est pas capable...  Mais si mesdames!  Et vous le faites à tous les jours.  Vous le feriez en cas d'urgence!  Alors pourquoi pas?

C'est une frontière invisible.  Forcer, c'est une job de gars.  Comme de porter un fusil dans l'armée.  Comme de prendre la parole en politique.  Comme de faire rire les gens en riant d'autres choses que de son poids.  Comme de couper la parole dans une réunion parce que la personne devant soi blablatte sans intérêt...

C'est percer un plafond de verre.

Pour moi, ce n'est pas un personnage de fiction qui m'a inspiré.  Ce sont mes tantes.  Mes tantes que mon grand-père, fermier, a toujours traité comme ses garçons.  De sont elles qui conduisaient le tracteur, levaient les balles de foin de 75 lbs jusqu'à la réserve, sortaient les vaches et pestaient contre la mécanique.  Beaucoup plus tard (et je jure que c'est vrai!), j'ai croisé un prof de cégep qui a grandit dans le même village que mon père.  Un de ses souvenirs marquants datant de son enfance, est le souvenir de ma tante (oui, ma tante!), menant d'une main de fer le cheval familial jusqu'à l'école du village, arrêtant pour prendre en chemin le gamin qu'il était....  De ça, mon père a tiré une leçon: les femmes sont aussi forte que les hommes moyens, restent juste les muscles à développer.  Il l'a appliqué à son fils, un poids plume jusque dans sa trentaine et à sa fille, qui a levé et charrié des bûches pour remplir le poêle jusqu'au départ de la maison familiale (on chauffait au bois... Ça a été une bénédiction durant le verglas en '98!)

Mon père m'a montré qu'une femme était capable de faire la même chose qu'un homme, que la seule différence était les capacités physiques (je levais des bûches plus lourdes que mon frère à l'adolescence).  Mon père m'a appris que rien n'était à mon épreuve, suffisait de bien évaluer mes forces.  Ma mère m'a appris à coudre, à cuisiner et à ne jamais accepter de me laisser limiter par quoi que ce soit.  Mon frère m'a appris à tuer des monstres sur des jeux vidéos, à pester contre les lenteurs d'internet à à conduire en hiver (même s'il reste la seule personne avec qui j'ai jamais pris le champ lors d'une tempête!).

Alors, pourquoi est-ce que les personnages qui me ressemblent restent l'exception en fiction?

@+ Mariane

jeudi 23 mai 2019

Les Iroquoiens de Sylvain Rivard et Philippe Charland

Les Iroquoiens  Sylvain Richard et Philippe Charland  Cornac éditeur 107 pages


Résumé:
Les Iroquoiens sont un groupe culturel et linguistique vivant majoritairement au centre et à l'est du continent nord-américain.  Ce livre est une présentation de leur culture, entrecoupés d'extraits de leurs contes et légendes, pour mieux expliquer leur vision du monde.

Mon avis:
Les Iroquoiens couvraient un territoire beaucoup plus limité que les Algonquiens, mais leur culture est riche et fascinante.  Plus sédentaires que nomades, ils étaient à la fois des agriculteurs, des chasseurs et des cueilleurs.  Ce livre, très facile d'accès et avec beaucoup d'illustrations précises, fourni énormément de réponses aux questions que l'on peut se poser à leur sujet.  Comment vivaient-ils, que mangeaient-ils, mais surtout, comment ils utilisaient tous les matériaux disponibles dans leur environnement.  L'artisanat est assez impressionnant et repousse les clichés des indiens vêtus de peau.  Au contraire, ils utilisaient une grande variété de matières et tout autant de techniques, montrant un véritable savoir-faire.  Quand on voit tout ça, on ne peut faire autrement que d'être impressionné!  Le tout est entrecoupé de légendes et d'histoires et d'explication sur certaines croyances comme celles sur l'ours et la tortue.   Elles donnent de la vie au récit qui reste pour le reste essentiellement documentaire.

À mettre entre toutes les mains!

Ma note: 4.5/5

lundi 20 mai 2019

Le décor et la lampe sexy

Salut!

L'autre jour, en lisant un roman, je me suis rendue compte que malgré d'innombrables lieux physiques pourtant pointables sur une carte, je n'arrivais jamais à me figurer où j'étais au juste.  La raison en était simple: un(e) auteur(e) a beau dire que tel lieu a tel nom, si on a rien d'autres à dire, est au nor de si ou au sud de ça...  Ben, on a rien pour s'en rappeler.  Ce n'est pas relié à rien, c'est juste un nom.

Si je vous dit Poudlard, tout de suite, des images vous viennent en tête.  Si je vous dit La Comté, de même.  Si je vous parle du Plateau-Mont-Royal, sans doute que oui aussi.  Pourquoi?  Parce que ces auteurs ont pris la peine de placer les lieux, de leur donner une consistance, une épaisseur.  Pas besoin de décrire les lieux durant des pages et des pages pour ça (à moins de vouloir copier Marcel Proust!), mais il faut savoir créer une ambiance, une texture aux lieux.  Parce qu'au fond, c'est moins important pour une histoire de savoir que le poêle est en rentrant à droite que de savoir qu'il est tout cabossé et qu'un rond ne fonctionne pas.  L'endroit où il se trouve dans la pièce, n'est pas important, mais les indices qu'il donne sur l'ambiance le sont beaucoup plus.

Parce qu'un décor qui ne trahit aucune personnalité, ça n'existe pas.  Les lieux pourront être froids et impersonnels et cela dira quelque chose sur eux.  Et sur les gens qui y vivent ou y travaillent.  Mine de rien, les lieux où l'on vit finisse toujours par nous ressembler.  Je veux dire, l'antre d'une sorcière n'a rien à voir avec l'appartement d'une avocate carriériste hyper-organisée.  Dans l'un on s'attendra à trouver tout un tas de vieux grimoires et des herbes à sécher, voir un chaudron (ou un chat!), dans l'autre, des meubles design, une cuisine où pas une assiette sale ne traîne et un attaché-case griffé aura une place bien précise dans le décor.  Remarquez que je n'ai pas parlé dans les deux cas de la couleur des murs, ni de la taille des pièces: ça, c'est l'imagination du lecteur qui va le combler.  Mais il faut planter des éléments qui sont parlant sur l'ambiance des lieux.

Des fois, plus de descriptions sont nécessaires.  Personne n'ayant jamais vu l'intérieur d'un vaisseau spatial, pas le choix, il faut le décrire davantage.  Idem pour une cité disparue appartenant à une civilisation ancienne.  Si on veut décrire une ville sous-marine, dire qu'elle est à 1000 mètres sous l'eau donne un indice, mais ce n'est pas suffisant.  Parce que même si on dit que les murs sont courbes et que tout est relié par des tubes, si on a pas d'indices sur l'ambiance, sur ce qui s'y passe...  Et bien, l'impression sera moins net.  Si je dis que les murs sont courbes et que ça donne une impression d'étouffement et que les tubes qui relient tout sont constamment bouchés par la circulation, déjà là, pouf, on sent mieux les lieux!

On parle souvent dans les débats sur la diversité du test de la lampe sexy qui consiste à se demander si un personnage féminin ne pourrait pas être facilement remplacé par une lampe sexy.  Je crois que ça peut s'appliquer aussi aux lieux, ambiances et aux décors.  Si ceux-ci sont interchangeables, s'ils n'ont qu'une seule caractéristique ou sont trop peu définis et bien... On peut penser qu'ils sont des décors de lampe sexy.  Ça ne donne rien d'intéressant, ça fait juste remplir l'espace sans personnalité.  Or dans une histoire, le décor nous donne souvent beaucoup d'indices et il raconte souvent lui-même une partie de l'histoire.

@+ Mariane

jeudi 16 mai 2019

Chroniques de Kitchike de Louis-Karl Picard-Sioui

Chroniques de Kitchike La grande débarque  Louis-Karl Picard-Sioui  Hannenorak  171 pages


Résumé:
Recueil de nouvelles prenant place sur la réserve autochtone fictive de Kitchike, où vivent de nombreux personnages haut en couleurs.

Mon avis:
Ok, ce recueil de nouvelles est... surprenant.  Pour le décrire, le seul mot qui me vient en tête est cow-boy.  Pas parce qu'on y monte à cheval, ni qu'il y a des histoires de poursuite avec des indiens, non, loin, très loin de là même!  C'est dans le ton, dans la manière de raconter qu'il y a un hommage au genre.  Pour le reste, les thématiques des histoires sont très différentes.

Toutes les nouvelles mettent en place la galerie des personnages habitant la réserve fictive de Kitchike.  La vie sur la réserve en tant qu'autochtones y occupe la majeure partie de l'histoire et permet d'ouvrir une fenêtre sur un univers que l'on connaît finalement assez peu.  La première surprise, c'est que la plupart des habitants se définissent comme étant le nous et l'autre, c'est le blanc, qu'il soit voleur, naïf ou simplement là.  Les bons blancs dans ce recueil de nouvelles, ils n'existent pas et ça fait un choc de voir que c'est ainsi que l'on peut être vu.

Parlons-en des personnages d'ailleurs!  Ils reviennent de nouvelles en nouvelles, permettant au tout d'être un choeur d'histoires montrant une grande diversité autant qu'une grande unité qui nous fait voir la communauté au complet, avec toutes ses tendances, traditionalistes comme progressistes, champ gauche comme conservateur.  On sent dans l'écriture l'atmosphère de la réserve, ses conflits de personnalité, ses mémérages, ses modus operandi communautaire.  Par la bande, l'auteur y lance des piques contre le racisme, montre des aspects de culturels moins connus, dépeint les conflits entre les différentes factions de la réserve.  Tout cela sans jamais tomber dans le récit pédagogique.  On s'attache à eux même si certains sont droits comme des points d'interrogation (bonjour Monsieur le Chef du Conseil de bande!), d'autres naïfs au dernier degré et certains, de vrais idiots!

L'auteur a fait le choix de lier toutes ses nouvelles entre elles, en faisant une histoire complète racontée par le point de vue de chacun des personnages.  Comme un kaléidoscope de toute une communauté avec un projecteur sur un membre à la fois, dans chaque nouvelle.  J'ai adoré  en particulier la nouvelle Chez Alphonse où le dépanneur du village un dimanche matin devient le centre de la réserve, mais aussi le révélateur des tensions, des caractères et de la vérité des personnages.  En fait, il n'y a aucune nouvelle de ce recueil que je n'ai pas aimé, celle-là, est juste ma préférée.

Un agréable moment de lecture, dépaysant, intéressant et franchement rafraîchissant!

Ma note: 4.5/5

lundi 13 mai 2019

Le fameux gars des vues

Salut!

Parmi mes souvenirs d'enfance marquants, il y a le grand rire de mon père en se tapant sur les cuisses devant un détour d'intrigue improbable dans un film.  Et il lâchait tout le temps en même temps: «Ah ça, c'est arrangé avec le gars des vues!»  Je comprenais le principe, mais dans ma tête d'enfance venait cette question: c'est qui ce gars?  Parce que si on disait le gars des vues, c'était forcément une personne non?  Ce souvenir m'est revenu en tête l'autre soir, alors que je soupais avec un ami dans un restaurant.  On jasait d'écriture et là, il me lâche: «Quand on écrit, il faut faire attention à ce que ça ne sonne pas comme si c'était arrangé avec le gars des vues.»  Le grand éclat de rire de mon père a sonné dans ma tête.  Ok, je venais d'attraper un billet de blogue au vol.

Dans la tête de la gamine que j'étais, je me posais vraiment la question à savoir qui était ce fameux gars des vues.  Et bien, ce n'est pas une personne, contrairement à ce que je pensais, et faire cette découverte a marqué un passage important dans ma vie.  Le proverbial gars des vues est en fait une expression pour désigner un effet scénaristique qui tombe juste un peu trop bien pour le film.  Vous savez, le gars qui arrive juste à temps pour sauver la fille.  Pas une minute trop tôt ou trop tard, pile à l'heure.  Les maniaques de la ponctualité adorent le gars des vues.

C'est aussi cette hache providentielle qui est juste là où où il le faut, ce trombone qui arrive au moment où il faut ouvrir une paire de menottes (et que la personne qui veut s'en libérer sait bien sûr utiliser!).  C'est tout ce qui tombe trop bien à ce moment-là pour que ça ait l'air naturel.  En fait, c'est une coïncidence tellement extraordinaire qu'un dirait qu'un gars caché quelque part en-dehors de l'écran eu la brillante idée de mettre ça là étant donné qu'il savait que le ou la protagoniste en aurait besoin juste à ce moment-là.  Et c'est juste trop visible que c'est le cas.

Je parle de films, mais ça peut aussi bien arriver dans un livre.  Vous savez, c'est ce personnage qui sait soudainement comment désactiver une bombe... alors qu'il n'est qu'un simple flic dans la vie de tous les jours.  Ou cette femme qui organisera l'enterrement de vie de fille du siècle... alors qu'elle est une tarte en organisation.  Quand c'est trop beau pour être vrai, c'est que le gars des vues est dans les parages.  Bien caché au coin de la rue, il guette pour installer au bon moment le tuyau d'arrosage pour éteindre l'incendie qu'il sait qui va bientôt éclater.  Parce que le gars des vues est omniscient, il sait quels seront les prochains actes du héros, pourra minuter le temps de parcours automobile nécessairement pour accomplir l'exploit, s'il y aura un obstacle, s'il y aura de l'aide, si la voiture aura une crevaison au mauvais moment ou si son cap de roue revolera providentiellement pour aller briser le pare-brise du méchant qui le poursuit.

Le gars des vues décide de tout, prévoit tout et s'arrange pour que tout tombe à point pour que l'histoire fonctionne...  Minute là.  Si le gars des vues fait tout ça, est-ce que dans le fond, c'est parce qu'il connaît l'histoire au complet?  Est-ce que c'est parce qu'il connaît très très bien les personnages, intimement même, qu'il sait que tel personnage sait défaire des menottes même si personne d'autre ne le sait?  Au fond, le gars des vues n'est-il pas... l'auteur?

Ok, je crois que je vais surveiller mes fesses en écrivant moi.

@+ Mariane

jeudi 9 mai 2019

La femme tombée du ciel Mythe wendat de la création par Huwennuwanenhs et Louis-Karl Picard-Sioui

La femme tombée du ciel  Huwennuwanenhs Louis-Karl Picard-Sioui  Illustrations de Christine Sioui Waeanoloath  59 pages


Résumé:
Ceci est une présentation d'une des versions du mythe wendatt de la création du monde.

Mon avis:
Je vais préciser d'entrée de jeu que je ne peux pas, d'aucune façon, donner un avis quelconque sur un récit mythologique en tant qu'oeuvre.  Je peux simplement vous donner mon appréciation sur la version de celle-ci qui a été publiée.

Et bien, c'est un mythe, une histoire que l'on raconte pour expliquer le pourquoi du monde.  Ses racines sont bien ancrées dans le bestiaire nord-américaine et dans une vision du monde très différente, mais pour le reste, j'ai trouvé que le ton, la manière de raconter et quelque chose dans l'art de tirer des conclusions de l'histoire ressemblait beaucoup aux récits bibliques.  Quand on sait qu'ils sont basés sur une tradition orale, c'est même logique.

Autre point, on ne peut pas parler d'un mythe, mais bien de des mythes.  Le recueil concerne plusieurs mythes distincts.  L'un explique la création du monde, la différence entre la terre et le ciel, l'autre la dispute fondamentale entre deux frères, l'autre le récit de la création des humains...  On comprend beaucoup de choses à la lecture de ces récits.  On se sort pas des questions fondamentales de l'être humain, mais le décor lui, change et le sens des symboles aussi.  La tortue et le cerf par exemple, ont des rôles et des symboliques profondes qu'ils n'ont pas dans d'autres cultures.

Le livre est rempli de magnifiques illustrations.  Celles-ci ne sont pas purement explicative, mais sont une forme d'art en soi.  Je ne sais pas s'ils sont d'inspiration d'autres formes d'arts wendatts ou une forme d'art contemporaine, mais elles sont magnifiques.

Bref, ce recueil est une belle forme d'introduction à une mythologie qui est moins familière, dans un écrin magnifique.  C'est simple à lire et cela peut être lu autant par des adultes que par des enfants, car enfin, qui sommes nous pour décider quand arrêter de nous faire conter des histoires...

Ma note: 4.5/5

mardi 7 mai 2019

Sortez les gants de boxe!

Salut!

J'ai mentionné lundi que j'étais en mode post-Boréal, ce qui fait donc que mon cerveau a eu quelques difficultés à sortir de la brume.  Fort heureusement, ma très efficace application de balado s'est chargé de me rappeler à l'ordre que cette semaine est l'une de mes semaines préférés de l'année.

Sortez les tambours et les trompettes!

C'EST LE COMBAT DES LIVRES 2019!!!!!!!!!

Pour ceux qui ne connaissent pas, les infos, c'est par ici, mais pour faire court, dans le cadre de l'émission Plus on est de fous, plus on lit, diffusé les après-midi sur la Première chaîne de Radio-Canada, on demande à cinq personnalités représentant les différents territoires du Canada (Ontario, Québec, Atlantique, Ouest canadien et territoire autochtones) de défendre un livre dans une compétition amicale où la littérature est à l'honneur et où tout le monde s'efforce de discuter pendant des heures, sans dire la fin.  

Les combattants rivalisent donc d'arguments, de stratégie, de ruse et de méthodes controversées (offrir du chocolat à ses adversaires, soutenir un livre et voter pour un autre, retenir ses arguments pour tous les sortir à la fin, faire preuve de mauvaise foi, etc) pour tenter de convaincre les autres panélistes (et les auditeurs) de voter pour leur livre!

Et vous savez, quoi?  J'adore ça!

Parce qu'on parle de livres, parce qu'on prend la peine de décortiquer les histoires, les personnages, les styles d'écriture, les intrigues et tout et tout, mais de manière vivante, vibrante.  C'est un vrai combat, avec tout ce que ça veut dire de moment maladroit, de réussite, de superbe et d'emportements (littéraires bien sûr!).  Tous les panélistes vous donnent envie de vous précipiter à la librairie ou à la bibliothèque pour aller chercher les livres et les lire.  Les occasions de parler ainsi de livres, de tenter de convaincre que le livre est bon, mais pas de le vendre, sont tellement rare que ça vaut la peine d'en profiter.  D'autant plus que ça fait un vrai party à écouter!

Cette année, mon coeur balance très très fort entre De synthèse de Karoline George (que je n'ai pas encore lu, mais dont on m'a dit tellement, mais tellement de bien!) et Manikanetish de Naomi Fontaine que j'ai lu récemment (mais non, je ne l'ai pas du tout lu parce qu'il avait été annoncé au Combat des livres voyons! :P )

Alors tout le monde, bon combat! :) #combat2019

@+ Mariane

lundi 6 mai 2019

En mode post-Boréal...

Pour ceux qui savait pas, j'étais en fin de semaine au Congrès Boréal, à Sherbrooke.

Pour ceux qui ne connaissent pas (et je les plains!) c'est le congrès annuel des amateurs de science-fiction, fantastique, fantasy et horreur du Québec.  C'est un rendez-vous annuel à ne pas manquer!

Pour ceux qui ont jamais été, c'est une fin de semaine absolument merveilleuse à chaque fois, pleine de rires, de discussions animées, de découvertes, d'émotions (vais-je gagner le concours d'écriture sur place pour la deuxième fois d'affilée?  Non, mais la personne qui a gagné le méritait amplement, j'en suis sûre et je suis super contente pour elle!) et aussi, hum, euh, de moment où t'es tellement fatigué que tu fais des bye-bye de l'autre côté de la rue à des gens que tu connais pas, où tu bois de la bière à tous les repas (ça a peut-être une influence sur le point précédent!), où tu prends 45 titres de livres, de séries télés et de films en te promettant de les regarder/lire avant l'année prochaine (mais ça arrive jamais), où tu te promets de jaser avec telle, telle ou telle personne et que tu jases finalement avec plein d'autre monde, mais pas les personnes sus-mentionnées, où tu découvres qu'un livre pour lequel tu as eu un coup de coeur est honni par un auteur que tu adores (non, je ne pense pas ici à un certain auteur ultra-populaire de livres d'horreurs! :P ), où tu es présenté à 27 nouvelles personnes différents et où, avec un peu de chance, tu vas retenir deux noms. 

Bref, c'était le Boréal en fin de semaine...

Je retourne me coucher...

De retour quand j'aurais dormi un peu...

@+ Mariane

jeudi 2 mai 2019

Manikanetish de Naomi Fontaine

Manikanetish  Naomi Fontaine  Mémoire d'encrier  136 pages


Résumé:
Yammie accepte un poste de professeure de français dans une école secondaire située sur une réserve innue.  Elle-même issue de cette nation, elle a depuis longtemps perdu le contact avec ses origines.  Devant cette classe confrontée à des défis humains immenses, elle sera établira un contact avec ses élèves qui lui en apprendra plus sur elle-même qu'elle ne l'aurait cru.

Mon avis:
L'écriture de ce livre est toute douce, comme une grande couverture dans lequel on voudrait s'envelopper, mais elle sait aussi affronter les situations difficiles et ne pas faire de son récit un ramassis de bons sentiments.  D'avoir su trouver la limite entre les deux, le juste ton, est un petit exploit.  Car, il y a une grande pudeur dans ce récit.  L'auteur ne nous bombarde pas d'exemples et ne nous raconte pas tout.  Elle nous plonge dans une atmosphère et l'on comprend sans qu'il y ait beaucoup de choses à ajouter.   

On y parle d'enseignement et il est facile de tomber dans ces cas-là dans le client du prof-sauveur.  Ce n'est pas le cas ici.  Yammie fait ce qu'elle peut, avec l'enthousiasme de la jeunesse.  Elle ne réussira pas sur tout, sauf sur un point: elle réussira à créer des liens avec ses élèves.  Elle hésite, se demande souvent quoi et comment faire, elle fait des erreurs, bref, elle est d'une grande humanité. 

Le portrait de la situation dans la réserve où elle enseigne montre une réalité au fond très proche de la nôtre.  La vie, la mort s'y côtoient et les épreuves de l'adolescence y sont les mêmes.  C'est quand on gratte que l'on se rend compte des différences.  L'importance accordée à la nature, à la chasse et à la pêche entre autre.  On sent une relation complètement différente avec le territoire.  Les liens familiaux, l'esprit communautaire sont différents de ce que l'on retrouverait dans une polyvalente de banlieue.  L'auteure ne nous raconte pas ces différences.  Elle nous les montre, avec un grand doigté.  Une des réalités qui m'a surprise est le nombre d'adolescentes qui sont mères très jeune, 17-18 ans.  Elles n'ont pas fini leurs études et vivent déjà la conciliation travail-famille.  C'est surtout la normalité de ce fait qui surprend.  

Ce livre est une petite percée dans un univers que l'on connaît peu ou mal, loin des préjugés et des clichés.  C'est rafraîchissant, mais c'est avant tout un très bon livre qui se laisse lire avec une grande facilité.

Ma note: 4.75/5

lundi 29 avril 2019

Le casse-tête de l'intrigue

Salut!

En lisant un livre, je me suis dit qu'une intrigue, c'est comme un casse-tête.  Chaque auteur(e) a sa façon de poser les pièces, de nous guider dedans, de cacher des bouts et d'en révéler d'autres.  C'est comme ce casse-tête que ma mère m'a offert à Noël, celui illustrant trois chatons dans autant de sac-cadeaux aux teintes pastels.  Je l'ai fait avec Neveu dans le temps des fêtes.  Malheureusement pour moi, l'expérience de Neveu avec les casse-tête est plus récente que la mienne.  Malheureusement pour lui, je suis meilleure en chat.  Bref...

Il y a les casse-têtes où vous trouvez en un tournemain la jolie bouille d'un chaton et ensuite, vous ajouter les pièces autour, petit à petit, pour finir par découvrir la scène au fur et à mesure que les actions s'ajoutent.

Il y a les casse-têtes où vous avez l'impression d'avoir fini, mais en regardant l'image du dessus de la boîte, vous constatez que l'auteur(e) vous a lancé dans une mauvaise direction depuis le début.  Il faut tout défaire et recommencer pour avoir la même image que sur le dessus de la boîte.

Il y a les casse-tête où l'auteur vous oblige à d'abord faire le tour du casse-tête, sans vraiment que vous compreniez le sens de ce que vous êtes en train de faire et qu'en mettant les pièces du centre, tout à coup, tout s'éclaire!  Ah, c'était ça!

Il y a les casse-têtes que vous avez beau avoir fini, il vous semble que même si vous en êtes venu à bout, vous avez l'impression qu'il vous manque quelques pièces pour l'avoir vraiment terminé.

Il y a les séries de casse-têtes aussi.  Quand vous finissez le premier, il vous reste quelques emplacements vides qui ne correspondent pas aux pièces qui vous restent en main.  Vous commencez donc le deuxième et surprise, une pièce ou deux viennent s'emboîter dans le premier!  Mais il vous en reste encore, autant commencer le troisième...

Il y a les casse-têtes où vous constatez que la dernière pièce qui reste s'apparente plus à une tête de bouledogue qu'à une tête de chat et vous maudissez l'auteur(e) de vous avoir entraîné dans une histoire qui se conclu sur une telle queue de poisson.

Il y a les casse-tête où, rendu à un certain point, vous comprenez que l'auteur(e) a caché quelques pièces cruciales dans un double-fond de la boîte et rendu-là, vous les placez à une vitesse folle, oubliant qu'il est largement l'heure d'aller dormir!

Il y a les casse-tête où vous ne pouvez pas tout faire en même temps: soit vous avancez le chaton de droite, soit vous avancez le chaton de gauche, mais c'est seulement quand les deux se rejoignent que vous pouvez découvrir le chaton du centre.

Bref, je vais arrêter là.  Mais si vous vous cassez un jour la tête avec l'intrigue d'un roman, ayez une bonne pensée pour ce billet! ;)

@+ Mariane

jeudi 25 avril 2019

La suite du temps: 2- Les archipels du temps de Daniel Sernine

La suite du temps tome 2  Les archipels du temps  Daniel Sernine  Alire  521 pages


Résumé:
Nicolas Dérec est désormais un membre de la société éryméenne et étudie pour développer ses pouvoirs psychiques.  Devenu métapse, il essaie toujours de retrouver le chronode prédisant une guerre entre Érymède et la Terre, celui-là même identifié par Karel Karrilian plus de trente ans auparavant.

Pendant ce temps, pour Barry Bruhn, Bril Ghyota et la présidente du conseil, le suicide inexpliqué de Karel Karrilian reste une énigme à résoudre.  Avec peu de moyens, mais une volonté ferme, tous les trois essaient de comprendre ce qui s'est passé pour que leur ami choisisse la mort... même si les indices sont minces.

Mon avis:
Comme pour le premier tome, c'est long avant que les choses se mettent en place et que l'on sente que l'on avance vraiment dans l'histoire.  Pourtant, c'est un second tome et l'arrière-plan est bien installé!  Il faut donc s'accrocher un peu durant les 200 premières pages en se demandant où diable l'auteur veut nous mener.  Ensuite, on tombe dans un véritable plaisir de lecture.

Nicolas reste le personnage principal que l'on suit, mais la dimension temporelle du livre est beaucoup plus vaste: on le suit de la fin de l'adolescence jusqu'à la cinquantaine.  Le seul problème, c'est que cela ne paraît pas.  Entre le Nicolas de vingt ans et le Nicolas de cinquante ans, il n'y a pas de différence de personnalité ou d'expérience de vie.  Le fait que ses relations personnelles soient presque toutes traitées en surface y ait sans doute pour quelque chose.  Ses amoureuses n'ont pas beaucoup de personnalité, peu d'ambition propre et il ne développe pas de véritables liens avec elles.  D'un point de vue extérieur, si, mais d'un point de vue intérieur?  Les moments où l'on sent qu'il a de la chaleur humaine envers un autre être humain sont rares et c'est surtout envers son ami Owen.  Car autant les questions existentielles de Nicolas autour de certains sujets sont bien développées, autant ses relations humaines restent en surface, ce qui coupe de beaucoup d'éléments importants de sa vie.

D'autant plus que l'intrigue reste en grande partie centrée sur sa carrière professionnelle.  Étudiant psy, métapse, pilote dans la flotte éryméenne, espion sur Terre, Nicolas effectuera une longue valse de métiers, une longue carrière fructueuse.  Mais pourquoi au juste?  Il devient agent sur Terre... sans que l'on sache trop pourquoi.  Il devient métapse... parce qu'on semble insister pour qu'il le devienne.  En fait, Nicolas ne semble jamais rien désirer comme boulot ou comme relation.  Il prend rarement des décisions et fini la plupart du temps par suivre les ordres qui lui sont donnés, sans trop les remettre en question.  Le seul désir qu'il éprouve est d'ordre sexuel.  Chacune de ses étapes le préparant pour ce qui deviendra la finale du roman, on a plus l'impression d'un parcours planifié un peu arrangé avec le gars des vues plutôt que de la véritable évolution d'un personnage au fil des années.

Mais justement, cette étape finale, elle est magnifique, à un détail près.  Durant toute cette scène, on ne peut pratiquement plus lâcher le livre, on est scotché, on veut savoir comme tout ça va se terminer.  C'est un page turner absolu que cette conclusion.  Sauf que l'on a pas droit à un détail pourtant extrêmement important: pourquoi l'antagoniste a-t-il agit ainsi?  Ce personnage n'a pas de motivation précise.  On a des indices, mais rien de concret.  J'ai guetté une phrase, un geste qui pourrait expliquer le pourquoi, surtout que le plan élaboré a demandé des décennies d'engagement de sa part.  On ne peut pas mettre en place un tel plan sans avoir des raisons précises d'agir.  Le problème, c'est que l'auteur n'explique pratiquement rien...

Les autres personnages, continuant leur enquête sur la mort de Karel Karrilian, même si elle piétine durant des décennies, restent intéressant à suivre.  Ils essaient de comprendre, mais quoi?  Ils nous donnent une autre facette d'Érymède à voir, une autre partie de cet univers.  J'ai l'impression que cela aura fortement à voir avec la fin de la trilogie.  Et ce retournement d'histoire, à la toute fin, où intervient une substance déjà connue des lecteurs d'autres livres de cet auteur.  Brillante idée, mais comme elle n'avait pas été introduite avant, ça tombe un peu des nues.

En tout cas, c'est sûr que je vais lire la fin, même avec les défauts que j'ai mentionné, c'est une série qui se laisse dévorer!

Ma note: 4.25/5

lundi 22 avril 2019

Et sur nos ruines, ils écriront des histoires

J'ai vu la vieille dame.  C'était il y a deux ans, en automne.  La matinée était superbe.  C'est au détour d'une rue que j'ai pu entrevoir ses célèbres beffrois, gardiens de ses clochers.  Elle m'a fait l'effet d'une vieille dame encore digne malgré l'âge, mais usée, et surtout, harcelée par les touristes qui comme autant de mouches, se pressaient devant et en elle.

Bien sûr, j'ai pris des photos...

La vieille dame et moi
Notre-Dame de Paris...

Bien sûr, pour moi, c'est avant tout les lieux où se déroulent la célèbre histoire de Victor Hugo.  C'est aussi là que les Parisiens et les Français se rassemblent, dans les moments de tristesse comme dans les moments de joie.  C'est sur son parvis que Marguerite de France épouse Henri de Navarre dans La Reine Margot.  Ce sont ses cloches qui ont sonnées à la libération de Paris.  Napoléon s'y est couronné.  On a décapité les statuts de la galerie des rois sur son fronton à la Révolution parce que le peuple ignorait qu'il s'agissait de rois bibliques et non français...

J'ai vu la vieille dame.  Comme 13 millions d'autres personnes par année.  Mais on ne la verra plus.  Plus comme je l'ai vu.  Cette cathédrale mythique, symbolique, n'existe plus.  Certes, on la reconstruira.  On ajoutera une touche de modernité à ses pierres vieilles de huit siècles, comme Violet-Leduc l'a fait il y a deux cents ans...  Non, ce qui est parti en fumée ne peut pas être retrouvé, parce que c'était, sous forme d'objets, ce que le peuple de France avait mis dedans qui est disparu.  Au travers des siècles, les humains laissent leurs traces partout sous forme de monument, d'art et de symboles.  Notre-Dame de Paris représentait tout ça.  Depuis près d'un millénaire.

Quand on construit un monument destiné à défier le temps, c'est avant tout un message à l'avenir que l'on lance: Vous qui viendrez après nous, qui serez nos descendants, nos ennemis ou nos successeurs, voilà ce que nous étions, voilà ce en quoi nous croyons, voilà ce que nous jugions important de transmettre à l'avenir.  C'est ce message, destiné au temps, que l'on peut préserver, mais pas reconstruire, parce qu'une partie de sa valeur se fonde sur la durée de sa survie face aux tourbillons de l'Histoire.

Notre-Dame va se transformer, évoluer, devenir autre, mais sa charge émotive va rester la même.  Cela n'a rien de religieux.  Que cette cathédrale ait traversé les siècles, elle l'a réussi parce qu'elle représentait un lieu de foi et que durant sa longue vie, cela a suffit à la protéger.  Elle est devenue beaucoup plus que ça au fil du temps.  La fonction a changé, mais un fait demeure: elle reste un symbole pour son quartier, sa ville et son pays.

Victor Hugo a écrit sur une cathédrale qui tremblait sur ses fondations, avant les travaux de Violet-Leduc. D'autres écriront des histoires sur elle, en elle, à travers elle.  Comme on a écrit des histoires sur les ruines des cités aztèques, incas, grecques, sumériennes, babyloniennes, médiques, celtes, chinoises, hindous, égyptiennes, et de celles de temps d'autres cultures qui nous ont précédés et qui ne sont plus, mais ont laissé derrière elles des ruines pour nous rappeler leur passage sur Terre.  Si les ruines d'Angkor Vat, les pyramides d'Égypte et du Yucatan, les restes du Parthénon, l'antique cité de Palmyre, la cité interdite de Pékin et tant d'autres fascinent autant, c'est qu'elles sont le reflet pour une autre société d'un lieu aussi symbolique que l'est Notre-Dame de Paris pour notre époque.  Ces lieux, même si de larges pans de leur mémoire reste perdue, portent le reflet de ce que les peuples qui les ont habités ont vus en eux.  Et les ruines sont là pour le rappeler au présent.

J'ai vu la vieille dame avant une de ses métamorphoses.  Elle en a déjà vécu, elle en vivra encore.  Celle-ci ajoutera une couche de XXIe siècle sur des pierres posées presque mille ans avant.  Un jour peut-être, elle ne sera plus que ruines.  Mais dans ces ruines resteront marquées le passage sur terre d'une façon de voir le monde, des gens qui l'ont construite, d'une société, de ceux pour qui elle a eu un sens alors qu'ils ont vécu, aimé et souffert.  Cette charge-là est plus lourde à porter pour Notre-Dame que ses vieilles pierres.  Parce que ceux qui viendront après nous, chercherons en elle ce que nous voulons y voir.  D'autres personnes prendront alors la plume pour tenter de raconter, à travers les verres déformants du temps, ce qu'était cette vieille dame et ce qu'elle a signifié pour nous.

@+ Mariane

jeudi 18 avril 2019

La suite du temps: 1- Les méandres du temps de Daniel Sernine

La suite du temps  tome 1  Les méandres du temps  Daniel Sernine  Alire  434 pages


Résumé:
Nicolas se sait différent.  Il peut parfois lire dans les pensées des gens qui l'entourent.  Recruté comme cobaye par la Fondation Peers, lié au Ministère de la Défense Nationale, il se soumet à des expériences grâce au Trancer, permettant de développer ses capacités psy avec une poignée d'autres adolescents de son âge.  

Karilian est un Éryméen, un humain provenant d'une civilisation plus avancée sur le plan technologique, vivant sur des astéroïdes ou sur la face cachée de la Lune.  Lors d'une transe prémonitoire psy, il entre en contact avec une entité bizarre, mi-féminine, mi-masculine, dont le futur pourrait détruire à la fois Érymède et la Terre.  Avec l'accord des autorités de son côté, il décide d'éliminer cette menace.

Mon avis:
Si je n'avais pas lu Chronoreg, j'aurais probablement abandonné la lecture de ce livre assez vite.  Mais voilà, j'ai lu Chronoreg.  Je sais qu'il faut aborder les oeuvres de cet auteur en sachant que ça prendra un long moment avant de comprendre dans quel direction il nous amène.  L'intrigue ressemble à l'oeuvre d'un maître d'échec qui prend tout son temps pour positionner ses points avant de passer à l'offensive.  Quand c'est le cas, on ne peut presque plus lâcher le livre.

L'auteur sait dessiné par petits traits un univers de SF riche et nous le faire comprendre sans le dévoiler complètement.  On finit par découvrir ce qu'est Érymède et quels sont ses buts, mais d'un autre côté, il reste encore de larges zones d'ombres dans le portrait, assez pour qu'on est largement envie d'en savoir plus (le livre est le premier tome d'une trilogie).

Nicolas et Karilian sont deux personnages en apparence aux antipodes et c'est tranquillement que l'auteur tissera les fils de leur rencontre et de leur relation.  Les deux personnages principaux sont bien dessinés, l'un, dans la lassitude du grand âge, l'autre dans les questionnements de la jeunesse.  Il y a des traits communs dans leur personnalité, un besoin d'aller plus loin de repousser les limites, chacun à leur façon.  Autour d'eux, beaucoup de personnages sont réduits à quelques détails de base sur leur personnalité ou leur fonction (l'auteur ne met pas l'emphase sur le côté physique des personnages).  Ainsi en est-il de Charles Dérec, père adoptif de Nicolas, dont on a du mal à comprendre les motivations et à l'infâme Lessard, gardien de sécurité de la Fondation.  Par contre, d'autres ont des caractères et des motivations riches et nuancés, comme par exemple Diane, le premier amour de Nicolas.

L'écriture de l'auteur se passe de toutes fioritures et restent essentiellement descriptives, mais c'est tout à fait au service de son histoire: aux figures de style, il préfère la précision des descriptions.  Et c'est très bien comme ça puisque que l'on voit Érymède et ses cratères remplis de vie.  Cela n'empêche pas une certaine poésie de se dégager de l'ensemble.  Cependant, dans les premiers chapitres, ça rend la lecture un peu moins intéressante.  Sur le long terme, ça se corrige.

La thématique SF est mêlée de façon intéressante à une intrigue qui laisse la belle part à la géopolitique, sans doute une façon de mettre la table pour les prochains tomes.  On est dans une SF intéressante et intrigante, sans être trop champ gauche pour perdre le lecteur néophyte.

Bref, un bon livre, intéressant à lire et dont la fin gagne à être lue d'une traite... en attendant la suite.

Ma note: 4.5/5

lundi 15 avril 2019

Dans l'oeil d'un homme

Salut!

J'ai longtemps eu un problème avec les personnages féminins que je lisais ou regardais dans des films.  Je ne me reconnaissais pas en elles.  Elles n'étaient pas comme je me voyais, pas comme les filles et les femmes que je voyais autour de moi.  Souvent, soit elles étaient extraordinairement belles, soit elles étaient fabuleusement sotte.  Si elles étaient intelligentes, elles étaient presque toujours sans attraits physiques et célibataires.  Si elles étaient fortes, elles étaient castratrices.  Et dans tous les cas, leur principal but dans la vie était soit de se trouver un homme, soit de le garder si elles en avaient un.

Honnêtement, je ne me reconnaissais pas dans le portrait.  Tous ces personnages me semblaient tellement loin de ma réalité et de celle que je voyais.  Certes, j'avais des amies qui au secondaire, ne parlaient que de garçons, mais elles étaient une minorité (et j'ai été dans une école secondaire de filles!).  Autour de la table du dîner, à la cafétéria, on parlait bien plus de nos profs, des potins de vedettes, de l'actualité, des livres qu'on lisait (hihihi!  Je n'ai pas tant changé!).  Oui, ça arrivait que les gars tombent dans les sujets de discussion, mais c'était un parmi tant d'autres.  Personne ne vivaient sa vie uniquement en fonction de ses intérêts amoureux.  Pourtant, à regarder bien des séries télés et des films, c'est le centre de la vie des individus de sexe féminin...  Tout se joue dans leurs relations avec les hommes de leur entourage.  Quand ce n'est pas l'amoureux, c'est l'ami (et potentiel amoureux), le père ou le frère (tous deux comme protecteur).  Ou le maquillage.  Ou les vêtements.

Jusqu'au jour où je me suis rendue compte que la plupart de ces histoires étaient écrites dans la perspective d'un homme.  Ainsi donc, les femmes sont donc vues comme des éventuelles partenaires amoureuses, comme des personnes à protéger, etc, mais comme des personnes qui sont des égales et qui peuvent elles aussi avoir leurs propres ambitions et vie en dehors d'eux, ou même encore pire, des intérêts dans mêmes domaines que les hommes?  Moins, beaucoup moins.  Ce ne sont pas tous les hommes qui ont cette perspective évidemment.  Ni tous les personnages féminins basés sur ces principes qui étaient forcément mauvais.  Cependant, tout était vu en fonction d'un autre personnage, de sexe masculin, plutôt que d'être une personne au départ.

C'était quelque chose qui me gossait en bon québécois, mais pas quelque chose que je pouvais nommer.  Et puis sont venus les personnages que j'ai trouvé intéressant parce que justement, tout ne tournait pas autour de leurs vies amoureuses.  Hermione par exemple, ou même Molly Wesley.  Lyra Bellacqua et la maléfique Mme Coulter dans À la croisée des mondes.  D'autres se sont greffés, petit à petit.  Mais je crois que le choc le plus important est venu de Talia dans les Hérauts de Valdémar (et c'est sans doute aussi pour cette raison que je garde un attachement sentimental aussi profond pour cette série): il y avait là un personnage féminin, complet, dans un univers de fantasy médiévale, mais justement, pas qu'elle.  Ses amis, ses professeurs, ses collègues, sont autant des hommes que des femmes et ses relations avec eux varient de l'amitié profonde à l'amour dans toutes les gammes possibles... comme je l'avais vu des dizaine de fois avec des personnages masculins, mais rarement dans des personnages féminins.  L'univers au complet laisse une part égale aux deux sexes, mais c'est surprenant parce qu'on est tellement habitué à autre chose que cette série m'a particulièrement marquée.

Petit à petit, cette idée fait son chemin un peu partout et je la vois de plus en plus dans les livres, mais aussi dans les films.  L'autre jour, quand je me suis assise devant le grand écran pour regarde Captain Marvel, je me suis rendue compte que la transformation était complète.  Ce personnage n'existe pas au travers d'un autre personnage masculin, elle prend ses propres décisions, trace sa propre destinée et a des relations fortes autant avec des hommes que des femmes.  Pas de relation amoureuse dans ce film, mais cela aussi sortait des clichés que l'on a trop vu au cinéma où l'héroïne trouvait systématiquement l'amour durant le film.  Carole Danvers n'en a pas besoin dans ce premier opus.  Il fallait d'abord qu'elle se trouve elle-même et pour cela, l'amitié de Nick Fiury et de Maria Rambeau, sa meilleure amie, étaient les meilleures remèdes.  J'espère qu'on verra plus de personnages de ce genre autant au grand écran, au petit écran et dans les bouquins.  Parce qu'il est plus que temps que l'on considère que les personnages féminins sont comme leurs confrères: des êtres qui ne sont pas définis par l'amour, ni par les personnes de l'autre sexe, mais comme des êtres humains complets et autonomes.

@+ Mariane

jeudi 11 avril 2019

Les fleurs du roi: 4-La vengeance des fleurs de Julie Martel

Les fleurs du roi  tome 4 La vengeance des fleurs  Julie Martel  Collection jeunesse-plus  fantastique-épique  Médiapaul  235 pages


Résumé:
Vingt ans plus tard, Amaryllis rend visite à Capucine, qui vit cloîtrée dans un temple isolé dans les montagnes.  Même si sa soeur refuse de la voir, la reine du Techtamel est tenace.

Au présent, Dahlia part en compagnie des mercenaires pour trouver les raisons de la mort de Tadéo Blamqui.  Pendant ce temps, Capucine et Amaryllis aident au déménagement des conspirateurs dans les grottes des Plaines trouées.  Dans les dédales de la rivière souterraine reliant les grottes, elles découvrent une autre cité saecula...

Mon avis:
Mais pourquoi donc?  Pourquoi commencer le récit vingt ans plus tard alors que l'on sait très bien que la vengeance des fleurs aura eu lieu alors que durant les trois autres tomes, l'auteure centre toute la tension autour de l'idée de savoir si elles réussiront ou non?  Et là, au début du tome 4, on sait que oui, dès la première scène...  C'est étrange, parce que la résolution de l'intrigue s'en trouve fortement ébranlé.  Au lieu de se demander si la vengeance aura lieu, on se demande comment et les scènes dans le passé entre les soeurs n'ont plus de réel enjeu, justement parce que peu importe comment, on le sait que ça va arriver.  L'auteure n'arrive malheureusement pas à créer une tension qui nous donnerait envie de savoir comment et donc on lit... ben, juste pour savoir comment ça va finir, sans réellement avoir plus d'intérêt qu'il ne le faut.

On se permet aussi une large ellipse sur les Saeculas qui ne serviront au final.. à rien.  Pas d'évolution psychologique du personnage d'Amaryllis (elle reste campée sur ses positions), pas d'élément nouveau qui fera la différence dans la bataille finale, non, juste une petite balade pour leur rendre visite et ensuite, retour au sujet principal.

Les motivations de Capucine dans cette partie du récit sont assez peu claires, ce qui fait qu'on se demande quel rôle ce personnage a à jouer dans l'histoire.  Elle souhaite la vengeance, mais elle n'aime pas la violence, elle redoute Amaryllis, qui elle s'en remet uniquement aux étoiles...  Bref, ça devient brouillon.  La partie concernant Dahlia, plus dans l'action porte une ligne narrative plus claire et sont nettement plus intéressantes.

L'auteur garde aussi la mauvaise habitude de nous raconter depuis le futur des événements qui auraient gagné à être vécu dans le présent pour les personnages.  Je ne comprends pas ce choix, elle ne dessert pas l'histoire qui est ainsi, moins proche, moins accessible et ressemble plutôt à une légende qu'aux événements ayant réellement touché la vie des trois soeurs.  Dommage donc.

Ma note: 3.25/5

lundi 8 avril 2019

La petite musique d'un auteur

Salut!

En lisant un livre de Jacques Poulin, Chat sauvage pour ne pas le nommer, le narrateur, lui-même auteur, disait qu'il lisait des livres pour la petite musique des auteurs.  Il disait que les bons auteurs ont une petite musique dans leurs mots.  Un rythme, une façon de raconter, qui donne une touche personnelle à une oeuvre.  Certaines personnes appellent ça une voix d'auteur(e).  Je dois avouer que j'hésite entre petite musique et voix.

Parce que ça tient de l'un et de l'autre.  Souvent, quand je lis un livre, je suis frappée par la musicalité de certaines auteurs. Les mots choisis et la façon de les agencer dans une phrase donnent un résultat différent selon la personne qui tapote le clavier.  Certaines fois, ce sont les sons qui forment une harmonie.  D'autres fois, les mots qui semblent danser.  C'est ça qui fait la différence entre les auteurs et qui donne à chacun une voix unique.

Il y en a qui ont des écritures comme des percussions.  Leurs mots sont comme des petits sons secs qui ont un rythme propre, mais qui sont toujours courts et rythmés.  Il y a les auteurs qui laissent les sons et les phrase s'étirer comme des notes de violoncelle.  Le rythme est lent, mais puissant.  Il y a les écritures légères comme les notes d'une flûte traversière, agiles, aériennes.  Il y a les voix d'auteurs qui sonnent comme un orchestre symphonique et d'autres comme de la guitare acoustique.  Chacune d'entres elles, avec les mots, le rythme, la ponctuation, le souffle, trace sa propre musique.

Parfois, je me demande si l'ambiance musicale dans lequel l'auteur baigne n'influence pas son écriture.  C'est une chose possible, comme toute autre source auquel l'enfant se nourrit lorsqu'il est jeune.  (Là, je suis juste un poil inquiète pour Neveu parce que tout petit, il adorait le rock métal industriel....).  Une chose est sûre, c'est que c'est dans ce rythme, dans ce choix de travail des mots et des sons que se trouve la patte de chaque écrivain.

Quand j'écris, cette façon de faire s'impose d'elle-même.  J'ai une petite obsession personnelle du texte qui coule.  Si ça coince à l'oreille, c'est qu'il y a un problème à régler.  Il m'arrive de fouiner dans le dictionnaire des synonymes pour trouver un mot qui sonne plus juste dans la phrase, à la fois en terme de sens et de rythme.  Certains mots, dans certaines phrases, ont le pouvoir de faire s'envoler un texte ou de le faire atterrir plus ou moins abruptement.

Ce que je vois dans mes propres textes, je l'ai vu dans les textes de bien d'autres personnes avant moi.  C'est quelque chose que l'on sent dès les premières lignes, avant même d'avoir compris où l'histoire va nous amener, ni quelles sont les personnages qui vont la porter.  Et plus je lis, plus c'est cette musique qui me donne envie de lire un livre ou de le refermer tout sec.  Pas l'intrigue, pas les personnages, plutôt cette musicalité inhérente au texte.  Sa présence ou son absence font une énorme différence en terme de plaisir de lecture.

@+ Mariane

jeudi 4 avril 2019

Les fleurs du roi: 3- La Reine rebelle de Julie Martel

Les fleurs du roi  tome 3  La Reine rebelle  Julie Martel 236 pages


Résumé:
Dahlia a grandi à la frontière avec la Sierra Gula, zone aride et désertique du royaume de Techtamel.  Elle a été élevée par un colonel de l'armée, rigide et austère, mais qui l'a formée à se défendre et à manier les armes.  Peu désireuse de finir mariée et d'avoir des enfants, elle cherche à s'enfuir quand le roi du Techtamel lui-même la demande en mariage!

Réunies et avec l'appui de l'héritier-machtli, les trois soeurs préparent leur vengeance envers le roi Déodato, d'autant plus que leur père, Tadéo Blamqui, est maintenant à leurs côtés.

Mon avis:
Des trois tomes, celui-ci est sans doute le plus cohérent dans son déroulement, puisque les scènes du passé et du présent alternent entre le personnage de Dahlia et les événements concernant l'ensemble du groupe, un an plus tard.  En ce concentrant sur un seul personnage dans le passé, il est plus facile de suivre l'intrigue.

Dahlia a d'ailleurs tout un caractère.  C'est la guerrière des trois soeurs, celle qui sait se battre, mais elle a de nombreuses faiblesses de ce côté (ses modestes talents de lanceuse de couteau n'en sont pas le moindre).  Ce n'est pas une combattante tellement dure qu'elle soit en manque de crédibilité.  Comme pour tous ses autres personnages, l'auteure marque là son talent pour montrer des personnages à la psychologie nuancée et riche et ce, en très peu de mots.  C'est la même chose du côté des histoires d'amours entre Lucio et Amaryllis ou entre Capucine et Tienko, qui ne tombe pas dans le romantisme à tous crins mais sont tout en nuances.  Malgré tout, on comprend mal les relations entre les soeurs parce que tout nous est raconté à rebours et que faisant, il en manque bien évidemment des bouts... 

Autant certains passages sont précis et cohérents, autant l'auteure néglige totalement de nous raconter certains passages qui sont simplement évoqués dans les périodes se produisant dans le futur.  Et c'est là que tout dérape.  On s'attend à les lire, à les voir, à comprendre un peu mieux les triplées grâce à leurs réactions à ce moment-là ou à celui-là, mais... non.  Ma grande déception: un passage que j'attendais depuis deux tomes, que je ne révèle pas pour éviter d'être une horrible divulgâcheuse, est absent du livre.  Étant donné que tout nous pointe vers cet événement depuis deux tomes, je ne m'explique pas son absence, d'autant plus que ça détruit une bonne partie de la portée de la relation entre les trois soeurs.  C'est évoqué dans les passages au présent, mais jamais raconté et ça fait un énorme trou dans l'intrigue.  Pourquoi cette absence?  Je ne me l'explique pas.

Ma note: 3.5/5

lundi 1 avril 2019

L'analyste: Faut pas que ça soit trop facile

Allongée sur mon confortable divan, je regarde attentivement le plafond.

-Donc, ce n'est pas la première fois que vous le remarquez?

-Non, soupirais-je, c'est loin d'être la première fois.

-C'était quand la première fois?

-J'ai lu ça dans un livre, il y a plusieurs années.  Ça me tapait sur les nerfs, mais je n'avais pas compris vraiment pourquoi.

-Et maintenant, vous le savez.

-J'ai une idée pas mal plus claire oui.

Le traditionnel grattement de son stylo sur le papier remplit l'air pendant quelques instants.  Un cliquetis me fit comprendre qu'il vient d'enlever ses lunettes.

-Alors, expliquez-moi, ce livre, que vous avez lu il y a longtemps, qu'est-ce qui vous avait tapé sur les nerfs?

-Et bien l'auteur s'amusait à mettre en place des giga-épreuves vous voyez?  Dans le genre, il nous faut affronter cette horrible créature qui se régénère en permanence et qui en plus émet un nuage toxique capable de tuer n'importe quel être humain en un clin d'oeil.  Et bien sûr, pour utiliser la seule arme capable de le tuer, il faut s'approcher tout prêt!

-Je vois le genre, un méchant, méchant dur à tuer.

-Exact!

-Et ils ont eu du mal à tuer cette créature, perdant au passage la moitié de leur équipe.

-Justement, le problème, c'est que non.

-Non?!?

Grincement de sa chaise: il s'est relevé.

-Mais comment ont-ils pu faire?

-Ils ont trouvé une solution en genre trente secondes après avoir décrit le monstre pendant trois pages.  Ils ont essayé et bien sûr, ça a marché du premier coup.

-Ben voyons, euh...

Il se racle la gorge, suivit d'un autre grincement: il s'est rassit.

-Ça ne me semble pas tout à fait logique.

-Ce ne l'est pas du tout vous voulez dire!

-Non, là, c'est vous qui le dite...

-Bordel, c'est juste n'importe quoi!  Ça ne se peut pas, affronter un tel monstre et réussir du premier coup!  C'est sensé être un défi, une épreuve, c'est sensé apporter quelque chose à l'histoire.  Si ça se résous en un tournemain, ben, ça marche juste pas!

-Ça ne marche pas, répète-t-il pendant qu'un bruissement de papier montre qu'il a tourné une page.

-Non, ça ne marche pas!  Vraiment, si on met une épreuve et que le personnage la surmonte sans problème, on perd du même coup tout ce qu'il pourrait apprendre de surmonter cette épreuve.  ça coupe l'évolution du personnage et aussi l'évolution de la situation dans bien des cas, parce que si tout se règle en un clin d'oeil, que reste-t-il à raconter?

-Vous vous enflammez!

-Ça m'énerve profondément!

Pendant que le grattement du stylo se fait entendre de nouveau, je pousse un interminable soupir.

-En fait, ça m'énerve parce que je comprends maintenant en quoi ça peut nuire à la fluidité d'un roman.  Les épreuves doivent être difficiles et être demandante aux personnages pour être surmontées, car c'est là que l'on trouve toute la saveur du récit.  C'est là que le personnage apprend le plus sur lui-même ou sur les autres qui l'entourent, c'est là que les intrigues se nouent ou se dénouent.  C'est un point central et focal.  Si c'est trop facile...  Ben, les épreuves n'ont plus de sens!  Et ça, je le comprends d'autant plus depuis que j'écris moi-même.  Ce qui fait qu'en tant que lectrice, je trouve ça encore plus dérangeant.

Je me tortille un peu sur mon divan avant de continuer.

-Je suis normale docteur?

-Laissez-moi prendre mon agenda, il est temps de fixer votre prochain rendez-vous!

@+ Mariane

jeudi 28 mars 2019

Quand les guêpes se taisent de Stéphanie Pelletier

Quand les guêpes se taisent  Stéphanie Pelletier Leméac  118 pages


Résumé:
Un recueil de nouvelles ayant pour thème le deuil et la perte.

Mon avis:
Les thèmes abordés l'ayant largement été dans d'autres contextes, ce recueil ne cherche pas à réinventer le bouton à quatre trous sur le sujet.  La beauté en est ailleurs, dans l'approche, dans le traitement et dans l'écriture soignée et souple comme l'eau de l'auteure.  Chacune des nouvelles du recueil frappe juste dans ce qu'elle exprime, tout en étant enfermé dans un écrin de mots finement ciselé.  Dans ce recueil, il y a quelques nouvelles se déroulant en région (nouvelle La Manic entre autre) et montre un portrait magnifique de ces lieux dont on parle relativement peu.  D'autres, en plein coeur de Montréal, donne le ton à une urbanité qui leur fait contraste.  Cependant, des recueils de nouvelles de ce calibre, il y en a d'autres et si l'écriture de l'auteure est magnifique, elle n'a pas une personnalité propre qui pourrait la distinguer.

Quand même, une mention spéciale à la nouvelle Les petits pois, un hommage à la résilience des personnages âgées et à Trois sous et une étincelle qui clôture le recueil, touchant texte sur les âmes soeurs littéraires.

Ma note: 4.5/5

lundi 25 mars 2019

Le grand problème de l'art

Salut!

Vous savez, dans la vie, certaines choses sont prévisibles.  Pour les 5 prochains milliards d'années, le Soleil devrait se lever demain matin, la loi de la gravité vous garder les deux pieds sur Terre (à défaut de la tête qui peut se retrouver dans la Lune) et il sera toujours plus difficile de se faire des oeufs à la coque en altitude qu'au niveau de la mer.  Ça fait parti des choses prévisibles.  D'autres aussi le sont.  Si un industriel vont présenter une nouvelle gamme de produit, il peut prévoir de quoi son produit aura l'air, souvent, il fera faire des échantillons, il évaluera ses options, prendra celle qu'il préfère et la mettra en marché.  Il saura avant de le mettre sur les tablettes de quoi aura l'air son produit.  Le grand problème de l'art, c'est que ce ne sera jamais le cas.

Pour un roman, vous pouvez avoir la meilleure idée au monde, cela ne fera pas un roman.  Pour un film, le scénario aura beau être peaufiné dans les détails, le film pourra être un flop total.  Même tout le talent d'un grand maître ne fait pas une bonne peinture.  En art, on ne peut jamais prévoir le résultat.  Tout au plus pouvons-nous l'anticiper.

Quelque soit le domaine, il y a ce qu'on peut contrôler et ce qu'on ne peut pas contrôler.  La partie que l'on contrôle est celle de la technique.  Un sculpteur doit savoir manier ses ciseaux ou sa glaise avant toute chose.  Un chanteur doit savoir utiliser sa voix et un acteur son corps.  Ça, c'est la partie qui peut être maîtrisée: tout le monde ne naît pas avec le même talent naturel, mais on peut tous travailler la partie technique.  Les prédispositions naturelles des uns et des autres feront la différence sur le temps à y consacrer et aux résultats liés à cette partie.  Mais ça n'explique pas tout.

Il y a aussi les matériaux.  De bonnes cordes vocales et un bon coffre sont indispensables à toute personne qui souhaite un jour chanter à l'opéra.  Il sera beaucoup plus ardu pour une personne ne maîtrisant pas l'écrit de devenir auteur et le meilleur cinéaste du monde qui n'a pas les moyens de ses ambitions ne pourra mener sa vision à terme.  Mais une bonne toile ne fait une grande oeuvre et la meilleure pellicule du monde ne fait pas la meilleure photographie.

Parce que l'art n'est pas que technique et matériaux.  Entre une toile d'un grand maître et une toile copiée par un amateur, il restera toujours une petite différence dans le ressenti.  Et c'est cette différence, pas toujours évidente à nommer ou à apprécier, qui fait la différence entre l'oeuvre et la copie.  C'est un petit quelque chose d'intangible qui fait ressentir quelque chose en voyant une toile, une photographie, une danseuse en plein mouvement.  Et c'est là que l'art est.

Sauf que même le plus grand des artistes ne peut pas prévoir le résultat, ni le garantir.  Un grand metteur en scène peut dire qu'il fera une pièce avec 30 acteurs sur scène, mais garantir la chimie du spectacle, non.  L'art est toujours créé et recréé à chaque fois que l'on entre en contact avec lui.  C'est ce qui en fait son infinie difficulté: il est ardu à saisir et volatile dans son expression.  C'est aussi ce qui en fait son infinie beauté.  Surtout que l'art, c'est quelque chose d'éternellement sur le fil, entre la réussite et l'échec.  Pas étonnant que les artistes aiment souvent le danger: l'art se vit en équilibre sur la brèche, pas dans le confort des habitudes.  Artistiquement parlant bien sûr.

C'est ça le grand problème de l'art.  On ne peut jamais prévoir là où il va atterrir.  Ce n'est pas prévisible comme un produit industriel.  C'est en faisant de l'art qu'on le crée et pas autrement.

@+ Mariane