lundi 23 septembre 2019

Tsundoku

Salut!

C'est au hasard de deux articles (ici et ici) qui sont arrivés presque en même temps que j'ai appris l'existence de ce terme japonais: Tsundoku.  Je vous mets la définition de Wikipédia:

«Le terme tsundoku (積ん読?) désigne l'accumulation sous forme de piles de livres qui ne sont jamais lus1,2,3.
Le terme vient de l'argot japonais de l'ère Meiji (1868-1912)4. Il est issu de 積んでおく (tsunde-oku?pour désigner les tas de choses laissés pour une utilisation ultérieure) et 読書 (dokusho?lecture). Il est également utilisé pour désigner les livres prêts à être lus alors qu'ils sont sur une étagère. Tel qu'il est actuellement rédigé, le mot combine les kanjis pour désigner le fait d'accumuler () et de lire ().»
De un, vraiment, on trouve de tout dans les articles de Wikipédia.  De deux, les Japonais ont vraiment le sens de la formule!

Tsonduku donc...  Je connais des tas de lecteurs qui sont atteints de ce mal qui cause d'innombrables maux de dos lors des déménagements.  C'est le syndrome où les livres sont partout, dans tous les racoins de leur logis, envahissant le moindre espace où l'on peut caser un livre...

Mais c'est aussi l'orgie de dépenses quand on met le pied dans une librairie.  Combien de personnes ne sont pas capables de se retenir d'acheter un, deux trois, voir plus en mettant le pied dans leur antre favori ou dans un salon du livre?  Et on s'en vante sur les réseaux sociaux, photos à l'appui: Regardez ma récolte!  Ah, c'est trop cher, mais je ne pouvais pas résister!  Je vais avoir encore dix livres de plus dans ma PAL qui déborde déjà!

Je me rappelle une maison d'édition qui avait fait de ce genre de mentalité une campagne de pub, littéralement.  Évidemment, ce n'était que leurs auteur(e)s qui étaient mis en vedette, mais tout était là.  «Oh, ma PAL déborde, mais j'ai encore acheté cinq livres!»  «Je dois acheter une nouvelle bibliothèque pour tous mes livres!» «Mes loisirs, lire des livres, magasiner des livres, acheter des livres», etc.

La culture du tsonduku est envahissante et je suis la première à plaider coupable quand il s'agit de nommer le syndrome dont je suis atteinte.  J'ai 6 bibliothèques dans ma modeste demeure et toutes sont presque pleines.  Pourquoi presque?  Parce que je me soigne...  Maintenant, quand un livre est lu, je me demande sincèrement la question à savoir si ça vaut la peine de le garder.  Je fais une Marie Kondo de moi-même quoi!  Souvent, la réponse est non.  Il y a donc une pile de livres que j'accumule dans un coin qui disparaît quand je juge qu'elle commence à avoir trop de points en commun avec la tour de Pise.

Je suis rendue beaucoup plus prudentes avec mes achats.  Je privilégie des auteurs et des livres que je sais que je vais lire et garder sur le long terme.  J'ai même limité mon fouinage dans les livres usagés.  Et surtout, je m'efforce de lire les livres que j'ai accumulé, parfois depuis vraiment très très longtemps.  Ma PAL a donc légèrement diminué depuis quelques années et je crois même que d'ici une décennie ou deux, je devrais pouvoir retirer une bibliothèque de chez moi.  Mais pas avant.

En attendant, je siphonne les rayons de ma bibliothèque municipale de façon compulsive...  Non, ce n'est pas du tsundoku!  Je n'accumule rien!  Mais en terme de quantités de livres, ils sont toujours aussi envahissant! :P

@+ Mariane

jeudi 19 septembre 2019

Le vivre ensemble n'est pas un rince-bouche de Rachida Azdouz

Le vivre ensemble n'est pas un rince-bouche  Rachida Azdouz  Édito 205 pages


Résumé:
Vivre ensemble, un terme usé et sur-utilisé en nos années de débats identitaires.  Pourtant quel est le sens de ce mot?  L'auteure, elle-même issue de l'immigration, mais québécoise et fière de l'être, essaie de décortiquer les tenants et les aboutissants de ce terme galvaudé, sans prendre parti et sans condamner quiconque.

Mon avis:
Avouez que le titre donne envie de lire n'est-ce pas?  Les débats identitaires, pour passionnés qu'il soit, renvoie souvent les positions contraires dos à dos.  On se chicane, on se chamaille sur le sujet, mais au fond, on se parle et on se comprend bien peu.  L'auteure prend donc le temps de poser le sujet et de le définir. 

L'ensemble du livre est d'ailleurs un hommage au débat, dans le sens noble du terme: pas une foire d'empoigne où celui qui parle le plus fort l'emporte, mais une discussion de fond où les arguments prennent le dessus.  Un art qui, l'auteure le déplore, passe le plus souvent à la trappe.  Parce que, selon son analyse, c'est dans le débat que se trouve la source de l'avancement des idées, mais le débat n'est plus quelque chose qui fait sainement parti des discours publics actuels.

Dans ce livre, l'auteure passe au crible les différentes manières de penser le vivre ensemble.  Les modèles français, américains et britanniques sont ainsi décortiqués, démontrant leurs forces et leurs faiblesses.  Les tentatives de modèles québécois passe à la même moulinette.  Sa conclusions est à la fois révélatrice et frustrante: on a pas encore trouvé le bon modèle.  Tout au long du livre, elle renvoie dos à dos les tenants de toutes les positions, montrant que les arguments des uns et des autres peuvent se valoir ou ne sont que du vent.  C'est une des grandes frustrations de ce livre au final: si l'auteure dresse un excellent portrait de la situation, elle ne prend pas position, ni n'offre un appareil critique qui permettrait d'avancer.  Elle reste au niveau des anecdotes et des conclusions, sans aller plus loin.  On sort du livre avec plus de questions que de réponses.

Par contre, l'une de ses forces du livre est de nous mettre dans les souliers des immigrants.  Le discours étatique et ses contradictions, le discours sur l'importance du réseautage et ses limites, le discours sur l'intégration des politiciens et son clientélisme, tous passent au mixeur et nous donnent un peu mieux à voir le monde depuis les yeux de ceux qui ont choisis de s'installer ici.  Là réside d'ailleurs la grande force du livre.

Au final, on tourne la dernière page avec une certaine confusion.  Si le tour d'horizon est complet, la volonté de l'auteure de ne pas être réduite à une position l'empêche aussi d'aller plus loin dans sa réflexion.  On se retrouve donc avec beaucoup d'idées, mais ni solution, ni appareil critique pour aller plus loin.  Ce n'est pas un gâchis, mais c'est une occasion ratée.

Ma note: 4/5

lundi 16 septembre 2019

Envoye, embarque!

Salut!

J'ai une voiture.  Oui, je suis une atroce pollueuse.  Je me le redit souvent quand je fais le plein à la pompe.  J'y peux rien par contre, pour l'instant du moins, mon travail exige que je puisse faire beaucoup de route (c'est très pratique pour les livres audios!), alors je rêve d'une hybride en attendant de pouvoir faire mieux.

Cependant, avoir une voiture a un effet secondaire: c'est souvent moi qui conduit.  Alors, je propose régulièrement le covoiturage à tous vents, à tout plein de monde.  J'ai donc eu sur le siège du passager ou sur la banquette arrière, au fil des années, une psychologue, une historienne, une comptable, un physicien, une notaire, une étudiante en lettres, une autre en études asiatiques, un amateur de jeux de table, un microbiologiste, plusieurs ingénieurs, un éducateur spécialisé, une écrivaine gagnante de plein de prix littéraires, une personne transgenre, un amateur d'histoires judiciaires, une vétérinaire, une étudiante en gestion, plusieurs adorables gamins, au moins une enseignante et une Prix Nobel.  Bon, ok, c'est une blague pour le Prix Nobel, je voulais juste voir si vous alliez lire jusqu'au bout.

Bref, j'ai lifté bien du monde, que ce soit prévu longtemps à l'avance ou que ce soit impromptu, j'ai transporté bien des gens sur des kilomètres, aux quatre coins du Québec et sous bien des conditions climatiques.  À date, tout le monde a survécu!  (Y'a juste ma meilleure amie qui a peur de ma conduite).  Cela m'a par contre amené à constaté une chose bien simple: une fois les portes fermées, une voiture est comme un aquarium.  On en est prisonnier, pour quelques minutes ou quelques heures.  On peut allumer la radio et écouter la musique, mais c'est bien plus le fun de profiter de ce temps pour jaser.

J'ai appris beaucoup de choses en jasant avec les gens assis dans ma voiture, sur eux, sur leurs métiers, sur leurs vies.  J'ai eu des confidences, de bonnes séances de fous rires, des conversations profondes, des séances de niaiseries.  Avoir des gens avec soit, sans possibilité d'aller ailleurs ou de se sauver pendant plusieurs heures, pousse souvent les gens à aborder des sujets plus profonds, moins superficiels.  On a le temps après tout!  On peut parler de livres, de séries télés, de politique, de gens qu'on connaît, de choses plus personnelles.

Moi, j'ai les yeux fixés sur la route.  Je ne peux pas prendre de notes, je ne peux souvent pas tourner la tête pour regarder la personne qui parle, j'ai les deux mains sur le volant, mais j'écoute.  Avec le temps, j'ai constaté que j'aime bien ça.  Parce que ça en apprend beaucoup sur la vie, sur les gens.  Parce que j'observe même si je ne regarde pas et que parfois les intonations de voix, les sujets choisis, les silences et les commentaires anodins sont aussi instructifs que les longs discours.  On est confrontée à d'autres manières de voir le monde, de voir la vie, d'autres points de vues sur certaines événements, mais surtout, on a le temps.  Le temps de connaître les arguments en faveur ou en défaveur du sujet, le temps de comprendre les nuances.  Le temps de comprendre les gens, plus en profondeurs.

Je fais ça depuis des années et je me rends compte à quel point cela m'a appris des choses sur la nature humaine, sur comment pensent les gens.  En bien et en mal, mais surtout en nuances.  Depuis que j'écris, je me rends compte à quel point ça m'a nourri depuis le temps.  Parce que quand je pense aux comportements de mes personnages, ils se nourrissent beaucoup de ces petits riens que j'ai glané dans mes conversations avec mes passagers.  Ces petits riens, que sans ces trajets, je n'aurais jamais remarqués.

Alors, ne soyez pas surpris si un jour vous avez besoin d'un lift et que je vous lance un joyeux: «Envoye, embarque!».  Je cherche autant à profiter de votre présence pour jaser et nourrir mon imaginaire qu'à vous rendre service.  Et à diminuer l'empreinte carbone de ma voiture....

@+ Mariane

jeudi 12 septembre 2019

Écrire et publier au Québec: Les littérature de l'imaginaire de Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau

Écrire et publier au Québec: Les littératures de l'imaginaires  Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau  Collection Légion des Brumes  Les six brumes  279 pages


Résumé:
Vous êtes un auteur, ou du moins, vous souhaitez le devenir.  Vous trippez sur les littératures de l'imaginaire, dévorant séries de science-fiction, de fantasy et de fantastique à la chaîne.  Vous voulez publier.  Que faire?  Où allez?  Comment faire?  Voici donc un guide qui vous offre des réponses à ces questions et à quelques autres importantes à se poser!

Mon avis:
Critiquer ce livre est un peu particulier parce que... j'y aie collaboré.  Ça date d'il y a quelques années, mais j'avais reçu une série de courriel me demandant mon opinion sur différents sujets lié au milieu du livre.  D'ailleurs, il y a une citation de moi à la page 271!  Ceci dit, je n'avais eu qu'une vague idée de ce que donnerait le projet final, n'ayant pas participé à sa rédaction.  C'est donc avec plaisir que je l'ai lu.  Je n'ai par contre pas un oeil totalement neutre sur ce livre.

À titre de lectrice, j'ai beaucoup apprécié ma lecture.  Le style adopté par les auteurs est simple, accessible, tout en étant concret et non dépourvu d'une touche d'humour bienvenue.  Le livre fait un tour d'horizon complet du milieu des littératures de l'imaginaire au Québec et du processus de publication.  Je suis d'accord avec la vaste majorité de ce qui y est avancé, même si j'aurais volontiers étoffé et nuancé la partie sur les librairies (on sort la fille de la librairie, mais pas la librairie de la fille!).  J'ai confirmé plusieurs éléments que je connaissais déjà et j'ai appris certaines choses (le chapitre sur les contrats de publications et l'aspect plus juridique sont très pertinents).  Une bonne partie du livre a été pour moi une révision, mais une révision en profondeur et bien vulgarisée.

Bon, étant donné que je connais plusieurs des collaborateurs et déjà pas mal de monde du milieu, j'ai eu l'impression à quelques reprises de savoir de qui on parlait quand on citait anonymement des collaborateurs.  Intéressant exercice, mais bon, c'était plus pour mon plaisir personnel qu'autre chose...

Je le répète, je ne suis pas totalement objective envers ce livre, mais je le recommande à quiconque souhaiterait publier des littératures de l'imaginaire au Québec.  Il fait un excellent tour d'horizon pour les néophytes, les amateurs et les curieux.

Ma note: 4.5/5

P.S. Je confesse avoir éclaté de rire à la lecture de certains conseils: pour publier, faites-vous connaître, aller parler aux gens sans nécessairement vouloir leur vendre quelque chose, fréquentez les salons du livre et les événements littéraires!  Non, non, je n'ai rien fait de tout ça :p

lundi 9 septembre 2019

Du pain et des séries télés

Salut!

Depuis un certain temps, j'observe le web et je constate un phénomène intéressant, quoique inquiétant: les fans.  De séries télés, de films, de mangas et de bien d'autres choses.  Les gens se regroupent sur Internet, à l'affût du moindre spoilers sur le film ou la série télé qui va bientôt sortir.  Ils se perdent en conjonctures, en supputations, en folles théories sur ce qui va advenir de leurs héros et héroïnes favoris.  Et quand un nouveau film/épisode/livre sort qui ne correspond pas à leurs désirs sort, c'est la déferlante: Twitter et Facebook se gorgent de message de haine et les créateurs passent à la version réseaux sociaux du tabassage en règle.  Que d'énergie les fans mettent-ils dans ces fictions!

Pendant ce temps, nos écosystèmes meurent à cause de nos habitudes de vies, nos gouvernements prennent des décisions qui ne sont pas toujours dans l'intérêt commun, des entreprises font des affaires pas super catholique/anglicane/musulmane/hindouiste/ou/ce/que/vous/voulez/d'autre, des milliers d'êtres humains meurent dans l'indifférence à cause de guerres sans fin...  mais on voudra absolument comprendre comment les scénaristes ont pu rater à ce point la fin de Games of thrones.

Panem et circenses.  Dans la Rome antique, c'est ainsi que l'on dénonçait la politique de certains empereurs de nourrir le peuple et de le divertir pour le détourner des questions importantes, mais aussi plus exigeantes.  On fournissait au peuple du pain et des jeux du cirque et il se tenait tranquille.  Marvel et le cirque romain, même combat?  C'est très réducteur que de dire ça, mais...

Mais, c'est justement ça, il y a des liens.  Ce n'est plus le pouvoir qui organise le divertissement des masses, mais avouez qu'il doit y avoir quelques politiciens qui apprécient vraiment le fait que les gens soient plus préoccupés de la sortie du nouveau Star Wars que de leur projet de loi!  Ce n'est peut-être pas le fait d'une volonté de détourner les gens de la politique, mais l'effet reste quand même présent.

On dirait que c'est devenu plus important de se divertir que de s'informer.  Personne ne sourcille devant le prix d'un billet de cinéma, mais on renâcle devant le prix d'un journal.  Pourtant, le journal, c'est souvent le lien qui nous relie au monde, à l'information nécessaire pour le comprendre, en suivre les dossiers, les enjeux, tout ce qui a un impact sur notre vie réelle.  Beaucoup qu'un film auquel on consacrera deux heures et qu'ensuite, qu'on oubliera parfois en sortant.  Même si on l'a attendu impatiemment durant des mois.

Il faut le dire, les experts en marketing font des pieds et des mains pour entretenir cette passion des fans.  On nous distille de petits bouts de films parfois même chaque jour pendant des semaines, on multiplie les bandes-annonces, les conférences de presse où tout le monde fait semblant de se retenir de parler pour mieux laisser un petit morceau d'information tomber, presque par inadvertance...  Toute cette énergie, toute cette passion, est alors centrée vers le divertissement plutôt que vers le reste de la vie.

Et il faut le dire, le reste de la vie, si on le compare, c'est plutôt fade à comparer.  Il n'y a pas de grand méchant à vaincre à la fin, il n'est même pas sûr qu'on va vaincre.  Le combat sera rude dans certains dossiers et il demandera un très grand engagement.  Parlez-en aux militants, peu importe la cause!  Faire bouger les choses peu demander des années, des décennies parfois, avant de voir un changement.  La satisfaction du divertissement est à comparer immédiate, facile, hyper-accessible... et surtout, elle ne demande aucun engagement sur le long terme.  On aime pas ce film?  On ferme la télé, c'est tout.

Évidemment, tout n'est pas si noir, une grande quantité d'individus sont engagés dans une grande variété de causes et ce quelque soit le nombre de séries télés fascinantes qui puissent exister.  N'empêche, je ne peux m'empêcher de penser que Netflix et Disney sont peut-être les formes modernes des fameux jeux du cirque romain..

@+ Mariane

jeudi 5 septembre 2019

La mémoire du lac de Joël Champetier

La mémoire du lac  Joël Champetier  Sextant  Québec-Amérique 297 pages


Résumé:
Daniel Verret n'est pas un homme chanceux.  Il y a d'abord eu cet accident, alors qu'il était pompier volontaire: une tige de fer lui a traversé le crâne, provoquant d'étranges amnésies sur son passé.  Puis, dix ans plus tard, l'accident sur le lac Témiscamingue, qui a vu mourir noyé ses deux enfants.  Depuis, suivi par une psychiatre, il essaie de recoudre le fil de sa vie.  Sauf que le fou du village, un gars étrange, le suit partout en disant: «Daniel, le lac attend...»

Mon avis:
Je suis pas convaincue disons.  La forme adoptée par l'auteur est assez éclaté.  Il y a de larges ellipses, certains événements ne sont pas traités dans l'ordre chronologique et évidemment, il y a un certain fond de confusion dû à l'état psychologique et neurologique du narrateur (et dans certains cas éthylique).  Je crois que c'est avec ce manque de clarté que j'ai le plus de mal.  Non pas que ce soit une mauvaise idée en soi ou que c'est un mauvais processus narratif, mais j'ai eu beaucoup de mal avec cette façon de faire durant ma lecture.

Il y a aussi que le personnage principal est dur à s'attacher.  Et ce ne sont pas que ses problèmes psychiatriques ou neurologiques qui sont en causent.  Il a une façon d'aborder la vie qui le rend très froid, détaché.  Le fait que le narrateur soit aligné sur lui renforce cette impression de froideur.  On a beau être dans sa tête, on est pas tant que ça dans ses émotions et c'est impossible qu'il n'aie pas d'émotions suite aux drames qu'il vit.  La perte de deux enfants, ça doit être un choc brutal, mais après leur mort, les deux enfants disparaissent de ses pensées.  Il n'y pense juste plus.  Et j'ai trouvé ça perturbant.

J'ai vu plusieurs éléments après que l'auteur les aies expliqués dans le texte.  Je voyais qu'il avait mis des indices pour expliquer certains éléments, mais ça ne coulait pas comme tel.  Je ne pense pas ici qu'il s'agit d'erreurs comme tel, mais juste du métier qui rentre pour un auteur.  Le genre de l'horreur a ses propres codes qu'il faut apprivoiser pour les utiliser avec talent (et encore, je en suis pas une fan d'horreur!).

Ça reste un bon roman, mais je regrette que la partie fantastique/horreur soit très concentrée dans le troisième acte, ce qui fait un peu plaqué.  Les allusions aux mythes algonquins et à la sorcellerie sont glaçants, mais ils arrivent bien tard dans l'histoire.  La partie la plus intéressante du livre commence pourtant au moment où ces éléments entrent vraiment en ligne de compte, le reste constituant une longue introduction servant à mettre en place le décor.  Une très très longue introduction.

Reste que l'écriture est forte, puissante et qu'elle charme immédiatement.  Et il y a le lac Témiscamingue, personnage en soi dans l'histoire, inquiétant, mystérieux, puissant et grandiose.  Juste pour ça, le roman vaut largement la peine d'être lu.

Ma note: 3.5/5

lundi 2 septembre 2019

Grand défi de la littérature québécoise 2018-2019: Bilan, coups de coeur et nuances

Salut!

Il y a un an, je me relançais dans l'enthousiasme dans le Grand défi de la littérature québécoise, version 2018-2019.  J'avais déjà fait part dans mon billet d'il y a un an de certaines réserves que j'avais par rapport aux catégories et j'avais détaillé les principes qui allaient me guider dans ce nouveau défi.  Donc, par rapport à cet aspect:

De un: prévoir surtout des lectures qui me tentent, d'abord et avant tout.
C'est sûr qu'avec un tel défi, ce n'est pas toujours évident de privilégier le plaisir, mais j'avoue avoir volontairement mis de côté plusieurs livres que je trouvais trop plate.  Ça a fait baisser ma PAL.  Entre autre!

De deux: répartir les lectures plates sur l'ensemble du défi.
Ça, j'ai travaillé dur là-dessus, surtout en faisant en sorte de livre les trucs qui me tentaient moins (la poésie???) en début de défi.  Pari réussi de ce côté-là!

De trois: ne pas viser tous les bonus
(Sifflements...)

De quatre: moins de pression...
Je n'ai pas pu m'en empêcher.  Je carbure aux défis.  Alors, j'ai doublé l'objectif à la mi-année.  Ce qui fait que le dernier quart du défi a été plus difficile (et explique l'échec du point 3).

De cinq: j'ai quelques réserves sur certaines catégories qui devraient à mon avis être incluses dans le défi et qui n'y sont pas.  Défi personnel: trouver des livres qui y correspondent et les lire!
Réalisé en partie.  J'aurais voulu lire un livre écrit par un québécois dans une autre langue que le français, mais de un, le livre que j'avais réservé à la bibliothèque écrit à l'origine en innu (Je suis une maudite sauvagesse de An Antane Kapesh) n'est jamais arrivé et la réédition est sortie à la mi-août, donc, je n'ai pas eu le temps de le lire.  Et puis, lire en anglais, même si ça reste un défi que je me lance, risque de prendre un certain temps.  Donc, exit cet aspect.  Par contre, du côté des littératures autochtones, j'ai fait plusieurs magnifiques découvertes!

Bilan général:
Ce genre de défi sert à nous sortir de nos pantoufles littéraires, à explorer et à découvrir.  De ce côté-là, aucun problème.  Parce que justement, ça m'a poussé à la fois à lire de nouveaux livres, des auteurs que je ne connaissais pas, mais aussi fouiner dans ma PAL pour en sortir des trésors cachées et enfin lire des livres que j'avais noté il y a des années.  Dans tous les cas, beaucoup de positif.

Une constatation?  La littérature québécoise est beaucoup plus vaste, riche, variée et couvre tous les champs du possible que ne le laisse croire les palmarès.  On a absolument rien à envier aux autres scènes littéraires!  Par contre, les publications en grand volume sont centrées sur un certain genre qui plaît au grand public.  Il faut aller chercher ailleurs pour trouver son bonheur et oui, ça demande parfois quelques recherches.

Coups de coeur:
Beaucoup de livres l'ont frôlé le coup de coeur!  Mais six élus en sont des vrais!
S'enfuir de Guy Delisle
Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier
Arvida de Samuel Archibald
La femmes aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Chroniques sauvages: Teshkan de François Lapierre
Ashini d'Yves Thériault

Parmi les non-coups de coeur à retenir, il y a le superbe Manikanetish de Naomi Fontaine, La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen et Ça sent le swing d'Enzo.

J'ai aussi exploré des livres qui trônaient dans ma bibliothèque depuis longtemps, entre autre la trilogie de La suite du temps de Daniel Sernine (il était temps que je la lise!) et la quadralogie des Fleurs du roi de Julie Martel.  Les défis sont utiles pour explorer la PAL!

Il y a une poignée de livres que je n'ai pas critiqué, pour diverses raisons.  La grande majorité des livres ont eu droit à une critique (ou en auront une!)

 Nuances:
Si jamais le défi revenait, je risque de ne pas rempiler pour une troisième fois.  Pas qu'il ne soit pas intéressant en lui-même.  Deux choses me poussent à dire ça.

Le premier: c'est long un défi d'un an!  Et c'est très exigeant parce que j'ai mis de côté toutes les autres lectures que j'aurais pu faire (mais j'ai pris beaucoup de notes!).  La littérature québécoise est certes riche à souhait, mais j'ai plusieurs volumes de littérature étrangère qui me font de l'oeil depuis un moment maintenant.  On va continuer à combiner mon amour des deux sur le long terme.

Le deuxième: ça tiens plus à l'organisation du défi.  Certes, il y a une page FB pour que les différentes participants puissent partager leur expérience, mais elle manque cruellement d'animation.  J'ai eu l'impression de faire le défi un peu toute seule dans mon coin.  Et même si ça m'a apporté beaucoup, c'est lourd de faire ça seule.  J'aurais aussi aimé avoir plus de différences dans le tableau de pointage par rapport à la précédente édition, mais j'ai eu l'impression que certaines choses dans le défi étaient coulées dans le béton et n'allaient pas évoluer si une troisième édition devait avoir lieu un jour.  Tout ça me pousse à dire que ce sera sans doute ma dernière participation.  Je crois par contre beaucoup au potentiel de ce genre de défi.  J'ai proposé à l'organisateur de le reprendre, mais il a décliné ma proposition.

Voici les tableaux excel complet de mes lectures du défi: 



293 points au final, je suis contente!

@+ Mariane

jeudi 29 août 2019

Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve

Borealium Tremens  Mathieu Villeneuve  De la Peuplade 347 pages


Résumé:
À la mort de son grand-oncle dont on a jamais retrouvé le corps, David Gagnon, un saguenéen, hérite de la terre et de la maison ancestrale de sa famille, surnommée la Maison brûlée, dans les rangs de St-Christophe-de-la-traverse, au Lac-St-Jean.  Il s'y installe dans le but de cultiver la terre familiale, mais aussi d'écrire un roman de la terre.

Mon avis:
Je suis partagée entre deux sentiments concernant ce roman.  Je vais le comparer à une pomme.  Sois c'est une pomme verte, pas assez mûre, qui a été lancée dans l'univers trop tôt.  Sois c'est une pomme trop vieille, tellement manipulée et tâtonnée qu'elle est remplie de poques.  Dans les deux cas, le résultat est le même: l'idée derrière le roman n'est pas mauvaise en soi, mais dans sa forme actuelle, je crois qu'il aurait mieux valu ne pas le publier.

Une des premières choses qui m'a sauté dans la face, c'est le temps de verbe utilisé pour le roman.  Il est écrit au passé, mais absolument rien ne le justifie.  Ça met les événements à distance, rend les personnages moins proche et je sais pas, ça m'a dérangé, alors que d'habitude, ce n'est pas le genre de choses que je remarque.  Il y a quelques changements de narrateur au cours du roman et ils me faisaient à chaque fois l'impression d'un bruit d'ongles sur un tableau à craie.  Ils n'apportaient rien à l'histoire et semblaient être là pour faciliter le travail de l'auteur plus qu'autre chose.

L'auteur a décidé de jouer dans les cordes du roman très alcoolisé.  Je n'ai rien contre, mais ce genre a ses codes.  Et l'auteur les rate admirablement bien.  Si le roman parle beaucoup de consommation d'alcool, ses personnages n'ont jamais l'air saoul.  Ni d'avoir de raison particulière de boire, sinon pour boire seulement.  Et ça, ça enlève pas mal de couche de sens.  D'ailleurs, à part un désespoir acquis à la naissance, on ne peut comprendre pourquoi ils lèvent autant le coude.  Qui plus est, le nombre de fois où tout le monde prend le volant avec un taux d'alcoolémie à saouler les alcootest est absolument invraisemblable.  Une vingtaine de bière dans une nuit et on tient encore le volant? À 130 km/h?  Vraiment?  Ça fait pas sérieux.

L'auteur a aussi voulu reprendre les codes des romans de la terre en version déjantée, mais je n'y aie pas cru.  Le langage est là, les mots sont là, les images sont là, mais la colle qui les lie n'y est pas.  Il ne suffit pas de parler de la terre pour lui rendre hommage, il faut qu'elle soit incarnée, un personnage en elle-même.  Mais là, elle n'est rien.  À peine un décor.  Par contre, le portrait tracé du Lac-St-Jean et l'amour de cette région transparaît à chacune des pages.

Quand aux personnages...  Je ne pourrais pas dire qui est David Gagnon ni ce qui l'anime dans la vie.  Au début du livre, il veut reprendre la terre familiale et écrire un roman de la terre.  C'est pas mal tout ce qu'on saura de tout le roman de ses motivations et même, je dirais, de lui.  Les autres personnages qui l'entourent ne sont guère mieux.  Lianah, son ancienne amoureuse, n'a même pas de famille ni de passé en-dehors de sa relation avec les deux frères Gagnon.  La scène où elle enfile juste comme ça une vieille robe trouvée dans un placard d'une maison incendiée que l'auteur nous a amplement décrite comme crasseuse à l'extrême ne fait absolument pas sérieux!  Son frère Alexis n'est guère mieux.  Ses deux-là auraient pu disparaître de l'histoire sans que cela n'y change rien.  Les personnages du village sont caricaturaux à l'extrême, souvent réduit à un seul aspect.  Pourquoi sont-ils comme ils sont?  On peut accuser entre les lignes du roman le travail, l'alcool et l'isolement, mais sincèrement, c'est bien mince pour expliquer le comportement de toute une population.  Personne n'a de motivation à agir comme ils le font, pas plus le personnage principal que les autres.

Les deux seuls personnages intéressants du roman sont Marie Bouchard et John Scott, deux demi-frère et soeur, qui savent quelque chose de plus que les autres.  C'est dans leurs mystères et dans leurs personnalités que résident leur intérêt, parce qu'eux, contrairement aux autres, semblent avoir un but.  On ne les voit pas beaucoup, mais ils donnent du tonus à une histoire qui n'a autrement aucun sens.  J'aurais juste mieux aimé comprendre leur destin final.

L'auteur consacre plusieurs chapitres à la destruction physique et mentale de son personnage principal, qui sombre dans l'ivresse la plus crasse, la déchéance la plus profonde... pour aucune raison.  On enfile les mots en se demandant pourquoi donc, mais aucune réponse ne sera apportée.  Et ça ajoute tellement au sentiment de non-sens de l'ensemble de l'histoire.  La langue utilisée pour les descriptions est belle, mais elle ne mène à rien et elle n'est pas suffisante en elle-même pour soutenir l'intérêt.

Parlons-en de la langue et du style.  Parce que du vocabulaire, l'auteur en a et on sent qu'il a déjà vu et vécu dans les lieux dont il parle.  C'est dans le rendu qu'est le problème.  Il accumule sans fin les descriptions, riches en mots et en termes précis.  Souvent, il commence à décrire un lieu et il fait des phrases à rallonge avec sept, huit, neuf virgules.  À la lecture, on devient assommé, ça devient lourd et on en perd le sens de ce qui nous est montré.  Ça et les innombrables répétitions.  On le sait qu'on est sur le bord de la Péribonka, pas besoin de le dire aux dix pages!

L'auteur se permet aussi quelques touches de fantastiques ici et là, mais j'ai trouvé que la moitié d'entre elles étaient atroces parce que complètement tombées du ciel.  Les autres peuvent faire penser à du réalisme magique, mais là où la quantité d'alcool ingurgité aurait très bien tout pu permettre de tout expliquer, on se demande pourquoi ces choses arrivent et bon, apportent-elles vraiment quelque chose à l'histoire?

Bon et bien, en guise de conclusion à cette critique résolument peu positive, je vais me permettre quand même de dire ceci: il y a quelque chose quand même dans l'écriture de l'auteur.  Quelque chose qui est harnaché dans un corset, comme une rivière est prise dans un réservoir, mais qui est là.  C'est dommage, mais au moins, on peut se permettre d'espérer mieux pour l'avenir.  Parce que s'il y a une chose qu'on peut donner à ce livre sans la moindre hésitation, c'est un amour profond pour la région du Lac St-Jean et une volonté de s'inspirer de son terroir et de ses histoires pour nous les faire connaître.  Et il y a amplement là matière à d'autres romans.

Ma note: 2.25/5

lundi 26 août 2019

Le syndrome du TLM

Salut!

Jeune adulte, j'ai fait du bénévolat dans un organisme.  Évidemment, c'était demandant en terme de temps, mais savez-vous quoi?  C'était pas mal tout le temps les mêmes personnes qui sacrifiaient soirs et fins de semaine pour être là quand besoin était tandis que d'autres, tout aussi bénévoles que nous, ne se pointaient que lorsque le regard des autres et la reconnaissance qui vient avec étaient au rendez-vous...  Mouais.

TLM, Toujours, Les, Mêmes.  Dans mon cas, c'était toujours les mêmes qui étaient de service pour faire le boulot sans récolter la gloire...  Mais ça me fait penser, dans les littératures de l'imaginaire, il y a des dons aussi qui sont toujours les mêmes...  Par exemple, la télépathie!  C'est la caractéristique principale du Professeur Xavier des X-Mens.  Faire se déplacer des objets?  Penser au Wingardium Leviosa qu'Harry, Ron et Hermione apprennent en première année (et qui s'avère très pratique contre les trolls) ou à Jean Grey, des X-Mens.  On pense aux voyages dans le temps, que ce soit avec un retourneur de temps qu'avec le pendentif magique du Dr Strange.  L'incroyable force est une caractéristique qui revient souvent, de Hulk à Obélix (ça fait bizarre à dire, mais c'est vraiment une caractéristique commune des deux personnages!).  Certes, il y a aussi des dons ou des capacités différentes, mais surtout dans les univers étendus comme ceux de Marvel ou des X-Men.  (Parce que, ben, on donne pas deux fois le même don quand même...)

Pour le reste, il reste des archétypes de dons qui reviennent et qui sont à peu de choses près Toujours Les Mêmes.  C'est à ce demander ce qui fascine autant dans ceux-ci.  Outre le fait qu'ils ne sont pas possibles à des êtres humains normaux (même le meilleur des body builders ne peut pas rivaliser avec Hulk!), ils expriment, je crois, des frustrations profondes des êtres humains.  On ne peut pas faire voler des objets, c'est physiquement impossible.  Ni lire dans les pensées, mais on voudrait tellement!  Qui n'a jamais rêvé de revenir dans le temps pour corriger une erreur, un mot échappé?  Ou combattre avec l'entrain d'Obélix face à une patrouille romaine?

Reste que l'on a tellement entendu parler de télépathie, de télékinésie, de voyages dans le temps et de force surhumaine qu'à force, on  a finit par trouver ces pouvoirs normaux, acceptés et que chacun d'entre eux a fini par créer son petit sillon narratif dans nos esprit.  On a des attentes précises par rapport à des situations précises liées à la télépathie par exemple, parce qu'on sait que le fait de lire dans les pensées fait aussi en sorte de savoir ce que les gens pensent de nous qui n'est pas toujours glorieux, on s'attendra à voir ce côté dans une histoire.  Si le super pouvoir d'un personnage est de pouvoir provoquer des vibrations digne d'un tremblement de terre comme Skye dans Agents of Shield, on trace de nouveaux schémas narratifs, parce qu'elle aura tout à explorer de ses pouvoirs, autant en positif qu'en négatif.  C'est plus créatif pour l'auteur, mais pour le lecteur, ça le relie moins à du connu et demande donc un effort d'imagination un peu plus grand.  Certains vont apprécier, d'autres vont décrocher.

Dans tous les cas, ces pouvoirs qui sont Toujours Les Mêmes, finissent par lasser s'ils sont surutilisés.  Il faudrait y voir avant qu'ils ne deviennent des clichés.

@+ Mariane

jeudi 22 août 2019

Rewind de Philippe Girard

Rewind  Philippe Girard  Glénat Québec  135 pages


Résumé:
Un homme court dans la rue.  Il est blessé.  On lui a tiré dessus.  Cinq femmes sont devant lui.  L'une d'entre elle pourra le sauver, mais laquelle?

Mon avis:
Assez particulier comme BD.  Le personnage principal meurt et revient à chaque fois à la vie, faisant face à la même situation, essayant de mettre un terme à l'éternel recommencement de son histoire.  Un thème qui a déjà été exploré dans la fiction et que l'auteur a repris, sinon avec talent, du moins avec compétence.

C'est qu'au fil des retours en arrière, on remonte toujours un peu plus loin dans le fil du temps, ce qui éclaire le lecteur sur le pourquoi de cette situation.  Par contre, l'histoire est très répétitive (forcément, vu le thème), mais les différents retours en arrière n'amènent rien de vraiment concret.  Le personnage principal doit faire le bon choix entre cinq femmes, mais c'est chaque fois un hasard et la fin ne nous permet pas de conclure qu'un des choix serait le bon parmi toutes les options qu'il a.

Le dessin, qui m'a semblé fait au fusain, est très réussi dans la plus grand partie de l'album, mais bon, vu l'auteur, je ne suis pas le moins du monde surprise!  La plupart des dessins ont un trait volontiers épais, qui souligne beaucoup les traits des personnages.  Et c'est là que le bât blesse: l'auteur se laisse peu de marge au dessin pour distinguer ses personnages, en particulier les personnages féminins.  Deux des sauveuses étaient presque pareils: même bouche, même nez, mêmes yeux, presque la même coiffure.  Ce manque de variété, lié à la répétition, m'a beaucoup dérangé à la lecture.

Un bon opus?  Non, pas son meilleur, mais de reprendre cette thématique n'était pas une mauvaise idée en soi.  C'est juste que le rendu n'est pas à la hauteur.

Ma note: 3/5

mardi 20 août 2019

Danger public de Leif Tande et Phlppgrrd

Danger public  Leif Tande et Phlppgrrd  La Pastèque  Non-paginé


Résumé:
Il y a un barbier, dans sa boutique.  Il regarde dans le restaurant d'en face.  Il y a là le Danger public, l'homme qui, quand il aura fini son repas, va traverser la rue et venir le tuer.  Le barbier veut éviter ça.  Alors, derrière sa vitrine, il cherche une façon de traverser la rue pour aller tuer le Danger public.

Mon avis:
Cette BD est un peu un ovni littéraire.  Parce que durant tout le livre, le barbier essaie de trouver une façon de tuer le Danger public.  Il réfléchit: je devrais faire ci et ça, mais ah non, ça ne marchera pas à cause de ça et il recommence, inventant des histoires de plus en plus précise, des plans de plus en plus fous.  Tout au long de l'histoire, on se demandera si ce barbier a raison de craindre le Danger public ou si c'est simplement une menace qu'il invente.  Comme le récit fonctionne à la limite entre les deux, il en devient très intéressant, parce que toutes ses élucubrations nous emmèneront en à savoir beaucoup plus long sur lui qu'il n'en aurait probablement dit de lui-même. 

Le barbier commence par une histoire simple qu'il complexifie ensuite, ajoutant des péripéties, tentant de prévenir les obstacles et les difficultés.  Ce faisant, il reprend sans cesse la même histoire en modifiant une petite partie de celle-ci, principe vieux comme le monde, mais rendu de façon efficace.  On rigole à certaines de ses idées, mais on se demande toujours s'il est sérieux ou non.  

Le dessin est volontairement fait de traits très épais, comme si on avait dessiné l'album au complet au crayon marqueur.  Pourtant, ça ne nuit pas du tout à l'histoire, qui au contraire, y gagne une texture très intéressante.  Comme si on voyait cet univers comme le personnage le voit: à gros traits.  Le traitement des cases, complètement éclaté, convient bien au sujet.  Souvent d'ailleurs, pour marquer la fin d'une des possibilités pour tuer le Danger public, les auteurs nous offrent une planche pleine page du barbier, qui au fond, ne bougera pas de sa fenêtre de tout l'album.

Je crois que cet album peut se lire autant comme une histoire que comme une exploration des possibilités de la BD.  Une forme assez éclatée, intéressante, mais fascinante?  Je n'irais pas jusque là.

Ma note: 3.75/5

lundi 19 août 2019

Les livres qui nous hantent

Salut!

Quand j'étais en secondaire 5, j'ai lu un livre dont une scène m'a marquée.  C'était une autobiographie et même plus de vingt ans après, j'ai l'impression que ce livre a laissé une brûlure au fer rouge dans ma mémoire.  Le sujet n'a au fond pas d'importance, ce qui est important, c'est l'impact.  Ce livre, surtout cette scène, me traverse encore l'esprit régulièrement.  Comme une trace que les mots ont laissé dans ma tête.  Ça peut paraître bizarre, mais certains livres nous hantent, même longtemps après les avoir refermés.

Il y a des livres dont l'impact est immédiat, tangible.  On le ferme, et pourtant, on est encore prisonnier de ses images, de ses concepts, de son histoire.  Certains éléments de l'histoire nous fascinent ou nous répugnent, au point où on n'arrive pas à oublier.  On est hanté.  Hanté par une histoire.  Il y en a d'autres dont on minimise l'impact.  On a tiqué à la lecture, ah ça oui!  Mais le lendemain, on pense avoir oublié.  Sauf que ça revient, encore.  Dans les moments les plus inattendus.  Cette histoire laisse des traces.

Attention, ici, il y a une distinction importante à faire avec la littérature d'horreur en général.  Un lecteur qui s'y frotte cherche les sensations fortes.  Une lecture qui nous hante va chercher la peur à un niveau beaucoup plus personnel.  Ce n'est pas la même chose.

Je crois que les livres qui nous marquent le sont avant tout pour des raisons personnelles: notre passé, notre histoire, mais aussi, beaucoup plus profond, nos peurs.  Parce que ce qui finit par nous hanter, résonne souvent parmi nos craintes les plus intimes, nos anxiétés, nos traumatismes petits et grands.  La littérature a ce pouvoir: nous mettre dans la face ce qui nous dérange.  Les auteurs ne sont pas des bibittes différentes du reste du genre humain: eux aussi ont leurs propres craintes, leurs propres angoisses.  Parfois de l'écrire (et je commence de plus en plus à pencher sur cette hypothèse) permet de l'exorciser, d'en parler, d'y faire face d'une certaine façon.  Sauf que l'auteur contrôle ce qu'il écrit, il peut changer l'histoire, l'atténuer, en couper des bouts, la rendre plus ou moins acceptable pour lui (ou elle).  Ce que le lecteur reçoit, ça lui appartient.  Et personne n'a de contrôle sur ce qui le marquera.

Les histoires qui nous hantent le font parce qu'elles sont en résonance profonde avec ce qui nous terrifie, mais surtout parce que cela donne un exemple concret à notre esprit pour se fixer.  Tant que c'est une crainte indistincte, on peut garder ça à la périphérie de nos pensées.  Si on l'a eu en dessous du nez, si on peut s'identifier à l'histoire, aux personnages, on a un point d'ancrage à donner à nos peurs.  Et notre imagination se charge du reste.

La littérature est donc une porte d'entrée vers ce qui nous terrifie, mais aussi une façon de les combattre, parce que justement, elle pousse à les affronter, de façon indirecte, mais réelle.  Lire une description d'une noyade pour quelqu'un qui a peur de l'eau peut être aussi terrifiant que de le vivre, mais sans être réellement en danger.  Ça ne veut pas dire que le livre ne hantera pas la personne pendant des jours, des semaines, des années.  Juste à cause de cette scène.  Et ce même si des milliers d'autres lecteurs n'ont pas tiqué à la lecture.  Confronté à l'eau, cette personne aura la description en tête.  Ça peut stimuler sa peur ou au contraire, la pousser à la voir autrement, à mieux analyser le danger, réel ou imaginé.  Peut-être de la vaincre.  Peut-être pas.  Ça lui restera en tête, ça c'est certain.

Un livre hantera un nouveau lecteur, mais ce n'est pas la faute du livre.  Ce sont les peurs intimes du lecteur qui résonne un peu trop avec le récit qu'il a lu.

@+ Mariane

jeudi 15 août 2019

La tournée d'automne de Jacques Poulin

La tournée d'automne  Jacques Poulin  Collection Nomades  Leméac  191 pages


Résumé:
Le chauffeur du bibliobus s'embarque pour sa tournée d'été.  Personne ne le sait sauf lui, mais il s'agit de sa dernière.  Il va parcourir les petits villages de la Côte-Nord, emmener des livres aux lecteurs éloignés, faire circuler la littérature partout et ensuite, au bout du voyage, il branchera le tuyau d'échappement à la cabine du passager et quittera ce monde.  C'est sans compter sur une troupe de saltimbanque et sa directrice qui, petit à petit, vont lui permettre de voir un autre sens au mot vieillir.

Mon avis:
Ce n'est pas un récit enlevant que ce livre, mais c'est tout à fait dans la palette de l'auteur.  Un récit simple, plus axé sur une tranche de la vie des personnages qu'il est en train de raconter plus que par une histoire, mais qui en même temps, leur laisse une large place, dans toutes leurs nuances.  Le tout porté par une écriture, qui, il faut le dire, est magnifique.

Le Chauffeur, jamais nommé, exerce un curieux métier: chauffeur de bibliobus.  Avec cet aspect, il couvre à la fois les villages éloignés de la Côte-Nord, le fleuve et ses paysages magnifiques et la littérature.  Parce que ce livre est autant un roman que le récit d'un voyage.  Tout au long, il nous décrit les villages, les gens qui les habitent, les paysages, mais il se permet aussi beaucoup de commentaires sur la littérature, sur les auteurs, sur la poésie.  Charmant, avec un petit souffle de la magie du fleuve.

J'ai eu peur durant à peu près toute la lecture d'un «effet sauveuse», la version littéraire d'une manpixie dream des films américains.  Ça a, je l'avoue, teinté ma lecture, mais au final, non, l'auteur a trouvé le moyen de ne pas tomber dans ce travers.  Mais qu'est-ce que ça a flirté avec tout au long...

Rien d'exceptionnel, rien de percutant, juste une petite histoire tranquille, très humaine.  Pour qui aime Jacques Poulin, ce sera un régal, pour les autres, c'est une bonne oeuvre pour le découvrir, mais ce n'est pas sa meilleure.

Ma note: 3.75/5

lundi 12 août 2019

Si on a pas le temps, on va à l'essentiel, mais si on l'a?

Salut!

Je crois que la plupart des amoureux des livres se reconnaîtront dans cette image.


Ben oui, on le sait!  Le film ne représente que la partie émergée de l'iceberg du livre...  Il est pratiquement impossible de faire rentrer un livre de 500 pages dans un film de 2h-2h30 sans forcément avoir à couper ici ou là, laisser tomber un passage, en recoller deux autres ou faire tout un tas de compromis en terme de  décors, de déplacements, ou de toutes autres choses que l'auteur(e) a mis dans son bouquin.  D'autant plus que le langage narratif d'un livre et celui d'un film sont forcément très différents.  Oublier les narrateurs omniscients si populaires en littérature au cinéma, vous voudriez faire taire cette voix qui raconte tout au bout de trois minutes... Toute adaptation au cinéma est donc forcément le fruit de beaucoup de décisions pour que le produit cinématographique respecte l'esprit de l'objet littéraire tout en restant une oeuvre en elle-même.  Tout ça à cause de contraintes de temps et de production.

On est d'accord n'est-ce pas?

Ok, alerte au pavé dans la marre!

...et la série télé elle?

Boum, on change complètement la donne!  Soudainement, les contraintes de temps viennent de sérieusement s'alléger, étant donné qu'on vient de doubler, voir tripler le nombre d'heures qu'il est possible de consacrer à une oeuvre.  On peut dans une série télé s'étendre sur ce thème secondaire ou bien cerner les motivations de ce personnage d'arrière-plan, qui justement, rendaient le roman intéressant.  Ça change tout.

Quand on pense à tout ce qui peut tenir dans une série télé, on peut se demander si l'idée derrière l'image tient toujours la route.  Oui et non.  De un, parce que, comme je l'ai dit, le langage narratif reste très différent entre le livre et le film ou la série télé.  C'est l'image qui domine.  Dès le départ, on doit donc changer la façon de présenter l'histoire.  De deux, la forme épisode, qui raconte une partie d'une histoire dans un épisode tout en présentant un arc narratif couvrant une plus grande période (quelques épisodes, saison, série complète, etc) est différente de celle du roman, ce qui fait en sorte de... couper ici ou là, laisser tomber un passage, en recoller deux autres ou faire tout un tas de compromis en terme de décors, de déplacements, etc.  Comme pour un film quoi.

Mais on aura du temps pour raconter l'histoire.  Peut-être que si Harry Potter avait été adapté en série télé et non en film, on aurait eu droit à plus de scènes de Quidditch (et à la scène de dégnomage de jardin dans le deuxième.  J'ai toujours pas pardonné aux scénaristes de l'avoir coupé!).  Tom Bombadil aurait eu sa place dans le Seigneur des Anneaux.  Et bon, je ne ferais pas la liste: tous les lecteurs ont leurs moments fétiches qui ont été coupés pour l'adaptation au cinéma.

Bon et là je sèche...  J'ai beau me dire que ça doit faire une sacrée différence, j'ai beau réfléchir, je ne trouve aucune série adaptée d'un livre que j'ai déjà lu que j'aurais vu récemment...  Que j'ai vu oui (Altered Carbon :D ) que j'ai lu oui, mais la combinaison des deux?  Rien de récent ne me vient.  Sauf que...

Cet automne sort l'adaptation en série télé d'une oeuvre que j'ai adoré en livre et déjà vu adaptée en film, soit À la croisée des mondes de Philip Pullman.  Et la bande-annonce de la série me fait déjà saliver!  Ça me donnera l'occasion de savoir quel est la différence entre l'adaptation de la série télé et le film et de savoir si le petit écran peut battre le grand en terme de profondeur quand on le compare au livre.  Ou du moins, ça m'en donnera une idée.  Parce que mon petit doigt me murmure déjà que oui, ça va faire une bonne différence!

@+ Mariane

jeudi 8 août 2019

Ça sent le swing! Chroniques d'une tournée improvisée d'Enzo

Ça sent le swing!  Chroniques d'une tournée improvisée  Enzo  La Bagnole  56 pages


Résumé:
Six jeunes adultes partent dans une tournée improvisée dans l'est du Québec, espérant trouver du public et faire partager leur amour pour leur genre de prédilection: le jazz manouche.

Mon avis:
Cet album a tout du roadtrip de gang, avec la particularité que l'on suit une gang de jeunes musiciens.  Adeptes de la débrouille, du camping sauvage et de l'improvisation musicale, les jeunes se lancent un peu à l'aveuglette dans ce périple, espérant trouver des salles où jouer en route.  Si l'on se fie au récit, cette partie a réussit.

L'expérience est racontée du point de vue du groupe et non pas de l'un de ses protagonistes, ce que j'ai trouvé intéressant.  L'effet trip de gang est par conséquent très bien rendu.  Leurs aventures sont plus dans le registre des anecdotes de voyage que dans les grandes aventures qui transforment une vie, mais c'est justement ce qui rend le récit sympathique.  On parle ici de six montréalais/banlieusards qui partent en région et font part de toutes les découvertes qu'ils font, des plus petits aux plus grandes.  L'album reste silencieux sur les conflits petits et grands qui peuvent forcément survenir lors d'un tel voyage.  Et finalement, ce n'est pas plus mal.

Par contre, on en apprend beaucoup sur la musique.  Les divers instruments du jazz manouche sont présentés, ainsi que leurs particularités.  On parle aussi des petits incidents qui peuvent arriver en tournée, de comment on improvise dans un groupe de jazz, de comment, eux, voit leur musique.  Et c'est très intéressant.

Le dessin, à mes yeux, ressemble au jazz manouche.  Les coloris sont dans tes teintes chaudes, mais sans couleurs franches et les dessins sont tout en rondeurs, avec très peu d'angles dans les corps et les décors.  Les visages ont un petit côté caricatural qui fait que l'on confond parfois certains des protagonistes, mais ça ne m'a pas dérangée comme tel à cause de l'effet gang  du récit.

Un bel hommage à un genre musical, mais aussi à la Gaspésie et à ses paysages.

Ma note: 4.5/5

lundi 5 août 2019

Léonard était unique, ne le mettez pas dans tous vos livres!

Salut!

L'autre jour, j'ai visité la magnifique exposition consacrée à Léonard de Vinci au Musée des sciences et technologies, exposition qu'en passant, je recommande à tout le monde qui pourra aller la voir. Ce qui étonne en la parcourant, c'est à quel point cet être humain était ce qu'on peut appeler un génie universel: il a touché à peu près tous les domaines.  Anatomie humaine, physique, mécanique, ingénierie, sans compter bien sûr l'art auquel il a largement contribué en peignant la peinture la plus célèbre du monde.  Mais soyons honnête, Léonard de Vinci était un être exceptionnel.

Il existe un mythe concernant la science, disant que les scientifiques sont des êtres capables de résoudre tous les problèmes, de s'intéresser à plusieurs domaines et à trouver des solutions innovantes et géniales en très peu de temps.  C'est essentiellement un mythe.  Si certaines solutions peuvent être trouvées très rapidement, la science est aussi beaucoup le fruit d'essais, d'erreurs et d'engagement à long terme dans un domaine.  Et la belle époque où l'on pouvait se spécialiser dans plusieurs domaines est révolue: la somme de connaissance demandée est telle que l'on préfère maintenant des équipes de spécialistes à une seule personne qui sache tout.

Les génies dans plusieurs domaines, il n'y en a eu qu'une poignée dans l'histoire de l'humanité.  Et ce ne sont pas tous les scientifiques qui sont tellement brillants qu'ils peuvent tout résoudre en un tour de main.  Tout ça pour dire que le portrait de la science est souvent malmené dans la fiction.  Les scientifiques y sont soit des génies, soit des fous, parfois même les deux, géniaux dans plusieurs domaines, capables de résoudre toutes les difficultés en trois coups de tournevis et quelques calculs abscons.  C'est pas comme ça dans la vraie vie...

Je repense entre autre au film X-Men: First classle scientifique de la bande invente à la fois des combinaisons d'adaptant aux mutations de chacun de ses collègues, un avion supersonique et un sérum anti-mutant dans le même film...  Bon, on le voit pas beaucoup dormir, mais me semble que le génie textile, l'ingénierie aérospatiale et la biologie n'ont pas grand chose en commun.  Ça fait mettons beaucoup pour une seule personne!  Je prends évidemment un exemple extrême, mais réfléchissez: on l'a croisé souvent ce personnage génial qui utilise la science comme si c'était de la magie.

Le personnage du génie scientifique multi-domaine est une figure facile.  Un problème et pop, le génie trouvera la solution, parce qu'il connaît la science pardi, peu importe le domaine, mais avant tout parce que c'est un génie.  Dans la vraie vie, il est plutôt rare qu'une microbiologiste arrive à comprendre quoi que ce soit à un avion supersonique ou un physicien à guérir une maladie rare.  Les gens sont spécialisés, ils ne sautent pas d'un domaine à un autre et ils ne peuvent pas résoudre tous les problèmes dans l'urgence.  La science prend du temps, de la patience et de s'y dédier entièrement.

Et de toutes façons, si on admire le génie de Léonard de Vinci aujourd'hui, on oublie très facilement que toutes ses inventions sont le fruit d'années de travail et qu'il est loin d'avoir réussi à toutes les faire fonctionner.  Aussi créatif soit-il, le génie de Léonard de Vinci est avant tout resté sur le papier de ses carnets.

@+ Mariane

jeudi 1 août 2019

Hiver nucléaire 3 de Cab

Hiver nucléaire 3  Cab  Front froid  91 pages


Résumé:
Flavie et Marco forment désormais un couple, mais il y a tempête à l'horizon.  Désireux de développer sa carrière de critique littéraire, Marco court les lancements et les 5 à 7, laissant Flavie à la maison et plutôt dépitée.   C'est alors que son ancien prof de l'UQÀM la contacte à propos de la station météo sur son toit.  De fil en aiguille, elle se retrouve à collaborer avec les étudiants d'un projet visant à connecter les informations de toutes les stations météos de l'île de Montréal, en particulier celles qui ne donnent plus de nouvelles.  Et qui sont souvent situées dans les zones les plus reculées, et aussi les plus dangereuses de l'île, celles qu'elle connaît bien à cause de son travail de courrier.  Retrouver ces données pourrait permettre d'enfin comprendre l'hiver nucléaire qui stagne sur la ville.

Mon avis:
C'est dur de maintenir un haut standard de qualité quand on fait une série, l'un des tomes devenant automatiquement plus faible que les autres.  Celui-ci passe la rampe de test avec honneur même si je l'ai trouvé un poil moins bon que les deux précédents, mais vraiment d'un poil.  L'effet de nouveauté qui n'est plus là?  Peut-être...

On retrouve donc Flavie, toujours courrier, mais désormais en couple avec Marco.  Sauf que leurs amours ne sont pas toujours simples!  J'ai bien aimé cette idée de montrer un couple qui ne fonctionne pas, la mécanique des conflits et des désirs de l'un et de l'autre.  Rien pour révolutionner la roue, mais c'était franchement bien fait!  Les deux personnages, Flavie et Marco sont complets, entiers et leur relation est bien développée.  Les autres personnages qui se greffent autour ont également cette particularité: ils sont tous bien développés, avec leurs propres personnalités.  On retrouve avec bonheur la soeur de Flavie.  Le deuxième tome étant passé par là, la relation entre les deux frangines a beaucoup changé.  Pour le mieux.  Et il y a cet étudiant en charge de l'équipe de recherche, Alex, un gars super sympathique et terre-à-terre qui montre une autre réalité des milieux universitaires.  Il n'a pas les connaissances du terrain de Flavie, mais il n'a peut-être pas des muscles que dans la tête!

C'est d'ailleurs l'une des scènes les plus mémorables de l'album que celle du passage dans Hochelag, devenu un village autonome mené de main de maître par une dame aux bigoudis irradiés qui n'a pas la langue dans sa poche!  Leur détour par ce quartier est hilarant, tout en étant hautement réaliste: on reconnaît les bâtiments, l'allure d'Hochelaga, même si est bien évidemment tout est enfoui sous une bonne couche de neige.

Le dessin de l'auteure est toujours aussi redoutable, mais en comparant avec le premier tome, on voit une nette évolution.  Tout en conservant le côté cartoonesque qui fait le bonheur de cette série, on voit le dessin se raffiner, devenir plus précis, plus défini.  Le travail sur les couleurs a aussi beaucoup évolué et les scènes vers la fin, près de la centrale nucléaire, sont tout simplement magnifiques.  Le découpage, actif, multipliant les points de vue originaux donne une ampleur à cette BD que l'on ne soupçonnerait pas à première vue.

Bref, pour tous les amateurs de BD et de science-fiction, cette série en trois tomes est un petit régal à savourer!

Ma note: 4.75/5

lundi 29 juillet 2019

Corps musclés et regards scintillants

Salut!

En lisant un livre l'autre jour, je me suis surprise à pousser un immense soupir intérieur en lisant un passage.  Instantanément, je me suis arrêtée.  Pourquoi donc cette réaction?  Qu'est-ce qui me tapait sur les nerfs en moins de trois-quarts de seconde en lisant ce passage?

Je vous le résume.  Un homme rencontre une femme pour la première fois.  Elle s'arrange pour qu'il marche devant elle.  Pendant ce temps, elle en profite pour regarder ses fesses musclées, parle au passage du charme de ses cheveux en bataille et souligne son regard bleu.  De braise évidemment.  Quand lui parle d'elle, il souligne les courbes de ses formes, sa poitrine généreuse, son regard émeraude éploré et...  Ok j'arrête ça là.  Principe de base: les descriptions sont centrées sur le physique des personnages.  On fait l'éloge de la beauté plastique des personnages et de l'attirance qu'elle génère.  Mais dans l'extrait que je paraphrase, c'est surtout le côté physique qui ressort et l'attirance suit, car le sous-entendu est bien, comment peut-on ne pas être attiré par la beauté?  L'auteure dont je parle (et dont je n'ai pas critiqué le livre, tout simplement parce que je ne l'ai pas fini!) est une débutante et a mis dans cette scène ce qu'elle a retenu de ses sûrement nombreuses lectures: la beauté physique.

C'est le moteur de base de nombreuses romances.  Les personnages n'ont que très exceptionnellement des défauts et la plupart du temps du côté des hommes, du genre une cicatrice bien placée qui souligne son caractère viril.  Les femmes sont toujours minces, avec des poitrines tout droit sorti de chez le chirurgien plastique et leur chevelure est abondante.  Côté émotionnel, habituellement, deux choses peuvent se produire.  D'un côté, l'irritation, soit le fait que les deux personnages se tapent royalement sur les nerfs ou alors là, c'est les jambes qui ramollissent, le cerveau qui quitte son état normal, la bouche dont sort des trucs dingues, etc, etc, tant que ça soit beurré très épais.

C'est justement là que la différence entre une romance et un manque d'expérience entre en ligne de compte.  Un(e) auteur(e) de romance utilisera cette beauté pour nourrir l'attirance entre les personnages, parce que c'est l'attirance qui est le coeur de l'intrigue, pas la beauté.  Si le livre multipliera les rappels de la beauté physique, c'est avant tout un outil pour nourrir la relation entre les personnages, relation qui est basée sur l'attirance.  Après tout, si la personne est magnifique, mais qu'il n'y a pas de déclic, il n'y a pas d'histoire.  Un rappel à la couleurs des yeux ou des cheveux sera une façon de renouer avec ce qui a fait jaillir des étincelles au départ.  Sauf qu'autre chose va lier les protagonistes: des épreuves, des doutes, des disputes, des événements externes...  La manière dont la relation a commencé aura un impact sur la suite de l'histoire.  Le physique est l'étincelle, ce qui embrase le feu de foyer est ailleurs.  Il faut d'ailleurs un certain talent et un certain doigté pour qu'une telle scène ne sonne pas creux.  Je donne ça aux auteur(e)s de romances.

Mais pour un auteur débutant...  Comment dire.  On dirait que ce qu'ils ont retenus de leurs lectures dans le domaine de la romance est uniquement ces descriptions et les sensations qu'ils ont ressentis en les lisant.  C'est vrai que ça peut être grisant, ces descriptions de corps magnifiques...  Et ils pensent que cela suffit.  Ce n'est pas le cas.  Ils ne voient pas le sous-texte, l'ambiance, l'importance accordée aux relations, aux sensations.  Parce qu'un personnage est beau ou belle, c'est normal que l'autre tombe sous le charme...  C'est loin d'être aussi facile que ça!  Ces superbes descriptions tombent dans le vide parce que liées à des morceaux de carton en terme de personnages.  C'est peut-être beau du carton-pâte, mais ça ne tient pas très longtemps l'illusion!

Voilà comment on en arrive à lire dans un livre une scène qui, centrée sur le physique des personnages en ignorant leur psychologie, manque sa cible et termine en queue de poisson qui tombe sur les nerfs plus qu'autre chose.  En frôlant même le ridicule.

Vraiment, si vous aimez les descriptions de corps musclés et de regards scintillants, vaut mieux qu'ils s'appliquent à une personnalité tout aussi brillante.

@+ Mariane

vendredi 26 juillet 2019

Ashini d'Yves Thériault

Ashini  Yves Thériault Bibliothèque québécoise 127 pages


Résumé:
La femme d'Ashini est morte.  Ses deux fils aussi, l'un tué par une crue subite, l'autre par la balle d'un blanc saoul.  Sa fille a quitté les terres ancestrales pour vivre avec ceux-là même qui ont pris son frère.  Il erre sur les terres de l'Ungava, faisant ce que tous ses ancêtres ont fait avant lui, chasser et piéger sur les terres de son peuple. C'est dans cette solitude que naît pour lui une idée: parler d'homme à homme avec le grand chef des Blancs, le Premier Ministre et mener à nouveau ses frères et soeurs sur leur territoire natal, loin des réserves où ils se meurent à petit feu.

Mon avis:
Primo, mais quelle langue!  J'ai été soufflé par le souffle qui se dégage de ce tout petit livre, mais qui utilise une langue riche, variée, puissante pour faire passer son propos.  J'ai ralenti ma lecture pour en profiter pleinement.  Il a l'art de trouver le mot juste, le mot précis pour décrire chaque chose, chaque émotion, tout en maintenant tout au long de l'oeuvre une musicalité qui donne l'impression d'entendre le vent dans les arbres, l'eau couler dans les rivières et le craquement des raquettes sur la neige.  Je ne sais pas s'il s'est inspiré du rythme et de la façon de travailler les phrases d'une langue autochtone, mais une chose est sûre, c'est que la respiration et la façon de travailler la syntaxe de ce livre étaient clairement différente de beaucoup de livres que j'ai lu.  Cela crée une impression de puissance, d'immensité, de force que j'ai rarement ressenti.

Deuxio, je ne sais pas si un auteur blanc pourrait faire paraître une telle oeuvre aujourd'hui.  Il se glisse dans la peau d'un Montagnais (aujourd'hui, ce peuple a repris son propre nom et on dirait Innu), dans son coeur, dans son âme même et nous fait voir le monde par ses yeux.  C'est leur vision du monde qu'il emprunte et l'on voit leur univers à travers les yeux de ce vieux trappeur, comment il voit les Blancs, comment il voit l'extinction de sa race.  L'attachement au territoire, qu'il connaît intimement, est aussi très clairement marqué.  Je dois avouer que les problématiques qu'il dénonce, les torts faits à son peuple, ce qu'il souhaite pour eux-mêmes résonnent même pour la lectrice qui le lit presque six décennies après sa publication.  C'est pratiquement mot pour mot la même chose que ce que les Premières Nations réclament aujourd'hui.  Et ça fait mal de voir que les choses ont si peu évolué.

Je vais résumé simplement ce que j'ai ressenti en lisant ce livre: soufflée, littéralement.  C'est un petit chef-d'oeuvre que ce livre.

Ma note: 5/5

lundi 22 juillet 2019

On racontait les histoires ainsi...

Salut!

L'autre jour, je suis allée à l'opéra, voir Carmen de Bizet, monté par l'Opéra de Montréal.  Je n'ai pas détesté, mais je n'ai pas aimé non plus.  Bon, pour être honnête, j'ai surtout trouvé ça long (mon postérieur aussi!).  C'est clairement quelque chose qui est lié à l'art lyrique, mais souvent, un des personnages prenaient un moment d'arrêt sur le reste du spectacle, seul sur scène, pour nous chanter ses émotions.  Ça donnait l'occasion à chaque personnage d'avoir son tour de chant, mais ça rallongeait considérablement l'histoire.  Une façon de faire qui est sans doute typique de l'opéra, mais auquel la consommatrice culturelle moderne que je suis n'était pas habituée.

En rentrant à la maison, je me disais que cette façon de raconter une histoire était typique de cette époque et de cet art.  Mais ça va un peu plus loin que ça.  Si la même histoire était racontée aujourd'hui, on couperait beaucoup de passages chantées et on les raccourcirait, on donnerait du tonus aux personnages secondaires, on nouerait des intrigues parallèles à la précédente, bref, on en ferait une oeuvre beaucoup plus complexe, avec moins de tableaux uniquement utiles pour mettre en valeur les chanteurs des choeurs.

Ça m'a fait aussi pensé à la célèbre anecdote sur les romans du XIXe siècle où les auteurs bourraient leurs écrits de descriptions à rallonge parce qu'ils étaient payés à la page.  Ou à ces longs poèmes du Moyen Âge qui finissait toujours par la même syllabe afin de permettre aux poètes qui les récitaient de les apprendre plus facilement.  La façon dont l'art était diffusée a toujours joué un rôle dans la façon dont les histoires étaient racontées.  On ne pensait pas à des effets spéciaux par ordinateur avant leur invention et les livres étaient beaucoup moins nombreux avant l'arrivée de l'imprimerie.  On ne parlera pas non plus des journaux qui sont carrément une conséquence de l'arrivée des presses modernes.  Le côté technique de la diffusion a influencé la manière de raconter les histoires, mais ça n'a pas été un frein à la créativité.  L'approche était différente, tout simplement.

Voilà sans doute pourquoi la consommatrice de contenus culturels que je suis a moyennement apprécié l'opéra qu'elle a vu.  Je ne maîtrisais pas les codes de compréhension de l'histoire qu'on me racontait.  L'oeuvre a été créée dans un contexte, avec des techniques de diffusion, un langage scénique que je ne maîtrisais pas.  Je pourrais certes l'apprendre, ce n'est pas hors de ma portée, mais en aie-je le goût?  Ça c'est une autre question.

Je crois que je vais continuer à fréquenter le théâtre au lieu de l'opéra.  Cet art, j'en maîtrise mieux les codes et je suis plus à même de bien en comprendre les histoires.  Même les pièces vieilles de plusieurs siècles, je sais les comprendre, parce qu'on m'a appris à les comprendre.  Pas l'opéra.  Un jour peut-être..

@+ Mariane

jeudi 18 juillet 2019

Alain Lacoursière Le Columbo de l'art de Sylvain Laroque

Alain Lacoursière Le Columbo de l'art  Sylvain Laroque  Flammarion Québec  276 pages


Résumé:
Alain Lacoursière est un policier hors-norme.  Souvent en grippe avec sa hiérarchie, porté aux coups d'éclats, branché avec les journalistes... et diplômé en histoire de l'art.  Il en fera d'ailleurs sa spécialisation.  Là où d'autres préfèrent faire joueur leurs muscles, ce policier iconoclaste fera sa marque dans un domaine moins connu, mais pourtant richement pourvu en crimes de tous genres: l'art.

Mon avis:
Résumons le livre en une phrase: Alain Lacoursière, il l'a l'affaire!  De son adolescence où il flirte avec les motards jusqu'à ses grands coups, ce policier semble survoler la scène criminelle, des arts en particulier, mais pas seulement, avec un flair inimitable. C'est ce qu'on se dit en finissant ce livre.  Sauf que...

Jetez ici le pavé dans la marre!  Cette biographie a tout de l'hagiographie.  Le portrait sans  nuance de Lacoursière qui y est brossé se dresse justement contre ce qu'il prêche.  Vraiment, un policier qui rue dans les brancards, qui montre autant d'audace contre sa hiérarchie et qui est presque systématiquement... récompensé?  Sérieux, on est pas au pays de Blanche-Neige!  Le manque de regard critique sur les exploits du policier nuit bien plus qu'il n'aide.  Parce que le récit presque sans pause de ses exploits contre les criminels en fait un être d'exception, un justicier... et un être totalement désincarné.

Le rôle de la biographie n'est pas d'être flatteuse, ni même d'être totalement véridique: elle vise à tracer un portrait.  Sauf qu'ici, le manque de nuance, doublé d'une tendance à la mythomanie du personnage (il avoue carrément avoir menti à plusieurs reprises à ses supérieurs!), nous pousse à tout remettre en question ce qu'il dit.  Est-ce vrai, est-ce faux?  Est-ce important de savoir?  Oui, justement.

Pour le reste, l'histoire est fascinante, car c'est dans le milieu de l'art québécois, un milieu mal connu et plutôt fermé que ce déroule toutes ces histoires.  On en apprend beaucoup sur l'histoire de l'art québécois (et même international!).  Sauf que la forme emprunté, avant tout un empilage des meilleures anecdotes de la carrière du policier, m'a semblé surfer sur le sujet plus que l'approfondir.

Sincèrement, avec un tel matériel, il aurait été facile de faire beaucoup mieux.

Ma note: 3.25/5

lundi 15 juillet 2019

Merci à Natasha Romanoff

Salut!

Je revenais de funérailles.  Celles d'une personne chère à mon coeur, qui était disparue.  Ça avait été une journée éprouvante, où j'avais fait des heures de route en plus de pleurer comme une Madeleine.  En revenant, je n'avais plus une seule goutte de mascara sur les yeux, j'étais fatiguée et sans doute, affamée. J'étais habillée chic, avec une petite robe noire toute cute, des sandales aux pieds.  Pas mon look habituel.  Je devais avoir l'air fragile...  J'étais arrêtée sur le chemin du retour à une station-service-très-connue-du-monde-qui-prennent-la-20-pour-aller-à-Québec-celle-où-l'essence-est-toujours-moins-cher.  (ceux qui savent pas ne prennent pas la 20! :P).

Il y avait une file de trois véhicules par pompe, alors j'ai préféré transformer ma pause plein d'essence en simple pause-pipi.  Je me suis stationné à côté d'un gros pick-up chromé.  En sortant de ma voiture, j'ai échappé mon cellulaire par terre alors ma porte de voiture a légèrement accoté sur le pick-up chromé.  J'ai entendu un hurlement.  Je me suis immédiatement excusée à haute et intelligible voix.  Après avoir vérifié que le-dit camion chromé n'avait pas été abîmé par l'ouverture impromptue de la porte d'une minable Yaris 2008, je me suis donc dirigée vers les toilettes.  La suite du dialogue ici a été échangée avec le conducteur du pick-up chromé.

-TOÉ TU AS ACCROCHÉ MON PICK-UP!

-Elle a rien votre camionnette Monsieur, j'ai vérifié, je suis désolée, mais elle n'a rien!  (pourquoi la loi 101 a-t-elle le contrôle de mon cerveau même dans ce genre de circonstances... Mystère)

-CÂLICE, T'AURAIS DÛ FAIRE ATTENTION, TU AS ACCROCHÉ MON PICK-UP!

-J'ai regardé et il n'a rien votre pick-up Monsieur et je me suis déjà excusée, c'était un accident! (Engueulade avec un pur étranger: 1,  Loi 101: 0)

-AILLE-TOÉ MA TABARNAC, TU ME PARLERAS PAS SUR CE TON-LÀ!

-VOUS ME PARLEREZ-PAS SUR CE TON-LÀ NON PLUS! (Réserve de patience face à l'agressivité: 0, Hausse de mon propre ton de voix: 1)

Je vous passe le reste de l'échange, mais c'était pas très beau, ni d'un côté, ni de l'autre (parfois, faut savoir se défendre!).  Après quelques répliques de cet acabit, j'ai planté là l'hurluberlu maniaque de sa carrosserie pour me diriger vers les toilettes.  Alors que je lui tournais le dos, il a lancé:

-M'AS T'L'POQUÉ TON CHAR CÂLICE!

Arrêt sur image.  Quand je me suis retourné pour lui faire faire, j'ai eu un éclair qui m'a traversé l'esprit: le regard de Black Widow face à un ennemi.  Le gars bluffait, je le savais.  Mais je le savais parce que j'avais vue Natasha Romanoff réagir face à ce genre d'attaque dans les films, comment elle pouvait lire les gens et savoir où était la vraie menace.  C'était un chien en train de japper pour m'impressionner.  Ce n'était pas une vraie menace.  Je lui aie fait un pfff méprisant et j'ai marché vers les toilettes en lui tournant résolument le dos.  Pour être honnête, j'avais la patate à 220 battements par minute et je tremblais comme une feuille.  Mais je savais que j'avais pris la bonne décision et que j'avais bien fait de ne pas me laisser impressionner.  Quand je suis revenue à ma voiture, le gars était parti et ma voiture intacte (j'ai fait deux fois le tour pour vérifier!)

Passé les battements de coeur et le stress dû à l'événement (j'ai été fébrile pendant un bon deux heures après!), c'est la pensée de Black Widow qui est restée de cet événement.  Parce que tout s'est joué en moins d'une seconde.  Et que je sais que c'est parce que je me suis raccrochée à un personnage féminin fort que je suis passée au travers de cette mini-tempête.  Que j'ai pu tenir tête à un homme qui voulait tout simplement m'impressionner avec sa grosse voix.  En mon fort intérieur, je remerciais Marvel de m'avoir permis de voir un personnage comme elle.  Je pouvais m'identifier à elle, me voir dans ses réactions, dans ses gestes, et au moment opportun, puiser en elle pour savoir comment réagir.

On parle souvent de diversité dans les grands médias de combien il est important pour tout le monde d'être capable de se voir dans les médias grand public, de pouvoir se reconnaître.  Je crois que c'est un bon exemple.  Si un enfant noir, dans une situation de stress, pense à la majesté de Black Panther pour garder son calme, ou un adolescent aux jumeaux Weasley pour sortir une pitrerie afin de désamorcer une situation tendue, il a un modèle, une image de réaction, qu'il pourra réutiliser le moment venu.  Ce n'est pas parfait, ce n'est pas absolu, mais ça compte pour la personne qui fait face.  Parce que quelqu'un lui a montré la voie...

Mine de rien, la fiction laisse des traces dans notre esprit, que ce soit en positif ou en négatif.  C'est pourquoi il est important que tous soient présents dans les médias et pas juste dans des rôles secondaires ou de méchants.  Il faut que tout le monde soit là, à l'écran, au petit et au grand, et dans les livres parce qu'ils servent encore souvent d'inspiration à l'écran.

Parce qu'on ne sait jamais comment une attitude, un geste, une réaction, peuvent servir à quelqu'un qui en aura vraiment besoin.  En bien ou en mal, certes, mais travaillons tous ensemble que ce soit pour le positif.

@+ Mariane

vendredi 12 juillet 2019

La suite du temps: 3- Les écueils du temps de Daniel Sernine

La suite du temps  tome 3  Les écueils du temps  Daniel Sernine  Alire  562 pages


Résumé:
Nicolas Dérec continue sa vie au sein d'Érymède au sein duquel une grande décisions est prise: agir pour réduire drastiquement la population humaine qui est sur le point de faire dérailler la planète Terre.  Les Aliis, race extraterrestre alliée des Mentors, offrent leur aide.

Mon avis:
J'ai eu l'impression en lisant ce tome de combler les trous que le deuxième avait laissé, comme s'ils avaient été pensés comme un livre unique qu'on aurait répartis équitablement en deux tomes, mais sans se préoccuper outre-mesure d'une logique dans la séparation entre chacun d'entre eux.  On fait de longs retours en arrière dans ce tome qui expliquent beaucoup de décisions prise par Nicolas dans le deuxième et aussi, lui donnent une touche plus humaine.  Il cesse d'être un robot agissant sans véritable motivation et commence à exister comme individu au-delà de ses changements de poste.  Autre point fort, on le sent véritablement changer et vieillir au fil du déroulement de l'histoire.

J'ai moins senti ce qui m'avait dérangé dans les deux autres tomes, soit le fait que l'intrigue prenne presque le tiers du livre avant de décoller, ou peut-être était-ce simplement le fait que je m'y étais habituée.  Il m'a semblé embarquer dans le vif du sujet beaucoup plus vite et comme pour les deux premiers tomes, le dernier tiers est absolument impossible à lâcher avant la fin.

Ce qui marque surtout, c'est la pensée écologique profonde qui traverse tout le livre.  On connaît toutes ces données, on en entend parler chaque jour, mais le sentiment d'urgence qui habite l'intrigue est remarquablement bien rendue.  Je ne suis pas d'accord avec la méthode choisie au final pour régler le problème, mais de lire ce livre fait énormément réfléchir.

La fin, parlons-en.  Je crois qu'elle va me rester dans la tête pendant très très longtemps.  Je me refuse ici d'en dire plus car ce serait absolument criminel de divulgâcher quoi que ce soit à son sujet.  Mais elle est marquante.  Si je croise l'auteur un de ses quatre, je sens que j'ai quelques questions pour lui!

Ma note: 4.5/5

mardi 9 juillet 2019

La petite Russie de Francis Desharnais

La petite Russie  Francis Desharnais  Pow Pow Non paginé


Résumé:
1947, Guyenne, Abitibi.  Marcel Desharnais vient s'installer dans une coopérative, un peu au nord de Val-d'or pour défricher la terre et devenir cultivateur.  Il souhaite coloniser un nouveau bout de pays.  Mais pour la colonisation, la grande époque est passée et si le modèle coopératif est là pour soutenir le développement agricole autant que l'industrie du bois, les tensions sont vives entre le bois qui rapporte et la terre qui est garante d'autonomie, mais est dure à cultiver.  Ce récit est l'histoire de vingt ans de colonisation dans un modèle que l'on connaît peu et que les autres colons avait surnommé la petite Russie.

Mon avis:
S'il manquait une preuve de l'incroyable versatilité de la bande dessinée, ce livre en est une preuve.  En dessins, il reprend les codes des grandes oeuvres sur la terre, dans la veine du Survenant de Germaine Guèvremont et de Maria Chapdelaine de Louis Hémon.  Le travail de la terre est admirablement bien rendu dans le dessin, dans cette minutie  de ceux qui l'aiment et la travaillent, dans ses duretés aussi.  Le contraste avec la forêt, que Marcel n'aime pas mais dans lequel il travaillera afin de pouvoir avoir sa terre, s'étale sur toutes les pages.  Forêt qui draine les forces vives de la coopérative, en constante compétition avec la terre.  La tension entre les deux est sensible tout au long du livre.

Il y a aussi les personnages.  Marcel est un bon gars typique du Québec, qui souhaite reproduire le modèle agricole que ses ancêtres ont connu, se construire une maison et vivre en autarcie.  Le bois, pour lui n'est qu'un moyen, pas une fin.  C'est avec d'autant plus de difficultés qu'il fera face aux autres membres de la coopérative qui ne lui accordent pas autant d'intérêt.  Sa femme, Antoinette est un personnage plus moderne.  Elle n'acceptera pas le fait que les femmes n'aient pas leur place aux assemblées de la coopérative et fera tout pour tisser un lien de solidarité entre les femmes de Guyenne.

Le décalage entre leur rêve, somme toute assez conservateur, et la réalité dans lequel ils vivent se fait de plus en plus criante au fil du livre.  Alors qu'ils rêvent d'un retour à la terre, télévision, tracteur et téléphone vient changer le monde rural où ils vivent.  Après la mort d'un enfant, Antoinette abordera même le sujet de la pilule, c'est dire le fossé!  Cela se fait par petite touche, mais on comprend que le monde qu'ils souhaitent appartient au passé, malgré tout le labeur qu'ils y mettront.

Le dessin est tout simplement remarquable.  L'auteur nous montre des séquences de dessins pour illustrer l'univers dans lequel les protagonistes évoluent, sans dialogues, parfois même sans personnages.  On sent la forêt, partout, toute proche, à la fois repoussoir et source financière, on sent aussi le travail de la terre, on sent les tensions grandissantes dans la coopérative.  L'auteur se permet même quelques magnifiques plans séquences pour montrer les aurores boréales qui remplissent le ciel abitibien, rendant dans la technique utilisée pour les faire, la texture de ces phénomènes atmosphériques.

Francis Desharnais est un bédéiste qui roule sa bosse depuis un moment déjà et qui a une feuille de route bien remplie.  On peut ajouter un morceau de maître à son tableau de chasse avec cet opus.

Ma note: 4.75/5