lundi 18 mars 2019

Rentrer dans les petites cases

Salut!

L'autre jour, j'ai fait lire un de mes textes à une amie.  L'amie en question a un bac en littérature.  Commentant mon texte, elle me dit:

-C'est un bon fantasy ton texte, mais c'est pas assez pour être de la fantasy.

-Mais non, c'est un fantastique, ça se passe dans notre monde.

-Ça ne peut pas être un fantastique, il n'y a pas d'élément de doute.

On avait toutes les deux raisons, dépendant de l'angle que l'on choisissait.  La fantasy est souvent plus connu pour ses oeuvres montrant un monde complètement différent où les éléments de surnaturels (magie, créatures fantastiques, etc) sont couramment acceptées comme étant vraie et tout à fait plausible.  Le fantastique, quand à lui, se passerait dans notre monde, mais un ou des éléments perturbateurs, qui ne sont pas considérés comme réalistes, deviennent réels et faisant partie d'une réalité qui coexiste avec le monde tel qu'on le connaît en ce moment.  Ce ou ces éléments sont souvent cachés et mystérieux au départ.

Dans le cadre de ma nouvelle, mon amie avait raison parce que l'élément surnaturel dedans était admis sans le moindre doute par la narratrice.  Par contre, j'avais aussi raison, parce que l'histoire se passe dans notre réalité et que c'est simplement la narratrice qui l'accepte cet élément, sans que cela devienne courant ou normal.  On avait toutes les deux raisons, dépendant des critères que l'on utilisait.

Le problème n'était pas le texte, mais les critères.  Parce qu'on a tendance à vouloir faire entrer les choses dans des petites cases, les classer.  De voir que tout est ordonné, bien à sa place, a quelque chose de rassurant.  Je me rappelle bien à cet égard ma vie de libraire: tomber sur un livre qui n'entrait dans aucune de nos catégories de classement entraînait des discussions sur où on allait le placer au juste.  Parce que même si en apparence, c'était une question anodine, ça ne l'était pas: un livre mal classé avait très peu de chance d'être trouvé par un client.  Personne n'avait le temps de regarder livre par livre dans la librairie pour trouver ce qu'il cherchait.  D'où la nécessité d'un système de classement.

Sauf que s'il y a bien un truc qui ne marche pas avec l'art, c'est bien de fonctionner avec des critères.  Personne n'écrit en cochant de petites cases pour s'assurer que son texte répond bien à toutes les exigences de tel ou tel genre.  Ben non!  On écrit comme ça sort et au pire, on ajustera.  D'autant plus qu'historiquement, bien des textes qui ont fait date sont justement ceux qui ont fait éclaté les codes des différents genres.  C'est un cauchemar pour les personnes qui sont chargées du classement par la suite, mais c'est une nécessité pour les artistes.  La créativité a besoin de réinventer, réinterpréter, renouveler sans cesse pour demeurer pertinente et intéressante.  Pas d'une grille d'analyse pour savoir à l'avance où le livre va se classer selon le code Dewey!

Ce qui fait que les critères et les règles ont leur utilité, mais pas nécessaire au moment de la création.  Ce sont les textes qui font les codes du genre et non l'inverse.

(Et en passant, mon texte, c'était bel et bien du fantastique ;) )

@+ Mariane

jeudi 14 mars 2019

Le secret de Mhorag: Les profondeurs du lac oublié de Martin Barry

Le Secret de Mhorag  3- Les profondeurs du lac oublié  Martin Barry  Libre expression  411 pages



Résumé:
Mhorag est de retour avec Radnagor dans le lac aux Sombres collines.  Si leurs aventures semblent terminées, il n'en est rien: alors qu'elle était prisonnière du Centre de cryptozoologie, Vangor, ennemi juré des humains, en a profité pour se transformer lui-même en humain, comme son père l'avait fait presque sept cents ans plus tôt, répandant la peste noire parmi l'humanité.  Pendant ce temps, Jet, guidé par Cormac, parviendra à dénouer l'intrigue de ses origines.

Pendant ce temps, au Moyen-Âge, Murtagh de Burca cherche à fuir son destin de seigneur du château FitzWilliam, mais le destin et les créatures lacustres auront raison de ses volontés d'indépendance.

Mon avis:
J'ai lu le premier et le deuxième tome de cette série à quelques années d'intervalle, ce qui fait que certains points m'avaient agacés à la lecture du deuxième tome, mais sans vraiment me marquer.  Là, on aurait dit que tout me sautait à la figure.  Alors je peux le dire, cette série avait le don d'être frustrante.  Je vais centrer ma critique sur le troisième tome, mais c'est applicable à l'ensemble des trois.

Il faut le dire, l'idée à la base est excellente, car dérivée du légendaire monstre du loch Ness.  L'auteur bâtit donc tout son univers en fonction de l'idée que les monstres lacustres et les serpents de mer existent.  Il fait aussi se chevaucher le présent et le passé, en alternant époque présente, où se situent les aventures de Jet et un Moyen-Âge où se déroulent les aventures des ancêtres de sa mère adoptive.  Donc l'univers a un énorme potentiel et l'auteur a su en créer un riche et débordant de détails.  Sauf que ses assises sont en argile.  Il nous parle de tellement d'éléments différents sans nous les expliquer  et en multipliant les péripéties qui n'ont pour but que de faire avancer l'histoire, sans avoir un réel impact sur les protagonistes.

Une partie de l'intrigue se passe au Moyen-Âge, mais cette période est mal maîtrisée, plus fantasmée que réaliste et ça coince beaucoup.  On a les habits du Moyen-Âge, mais pas le coeur de celle-ci, ce qui fait que ces parties sonnent surfaites.  Visiblement, l'auteur a fait quelques recherches, mais le rendu donne l'impression qu'il s'est contenté de grands angles ce qui fait tâche par rapport au présent qui est beaucoup plus concret.  Les Irlandais et les Écossais sont quasiment interchangeable et les invasions normandes, qui étaient pourtant au coeur de la vie politique de l'époque, sont traitées comme des faits tout à fait tertiaires, voir anodins.  Ce qui est fort dommage parce que cela enlève beaucoup de réalisme à cette partie.  Quand à l'épidémie de peste noire, il la déplace de dix ans dans le temps et les ficelles pour l'expliquer donnent l'impression qu'il a juste piqué un événement réel pour que ça rentre bien dans son histoire.  Enfin, point majeur: sérieux, des monstres lacustres à cette échelle et personne n'en a entendu parler autrement que dans ces légendes?  Avec la tonne de documents qui nous restent de cette époque?  Ça aurait pu se faire et même très bien, mais soit l'auteur n'a aucune idée du contexte historique, soit il ne s'est pas donné la peine.  De même, à part des cheveux et des armes typiquement médiévale, bien peu est fait pour reconstruire la société de l'époque.  Comme la maçonnerie est molle, il fallait des personnages très solides pour compenser, hors, il n'en aie rien.

Tous les personnages sont minces comme des feuilles de papier.  Ils sont la plupart du temps des personnages qui sont là pour nourrir l'histoire plus que comme de réels protagonistes.  La majorité du temps, leurs motivations sont flous, voir absentes.  Je prends Jet, pourtant le personnage principal comme exemple.  Rarement les raisons de ses actions ne sont expliquées.  On ne comprend pas pourquoi il agit d'une façon ou d'une autre, ce n'est pas relié à rien de concret.  Pourquoi s'amuser à faire de longs trajets subaquatiques avec Radnagor?  On en sait rien, ça semble un jeu entre eux, mais c'est un jeu plutôt bizarre auquel il ne semble pas prendre tant plaisir que ça, mais qui, oh coïncidence, se révélera très pratique pour planter une partie de l'intrigue...  Je donne cet exemple, mais le roman est pratiquement constitué d'un empilage de ces événements pseudo-fortuit.  À la fin, on a les dents usées à force d'avoir grincé.  Le choix du narrateur est d'ailleurs peu au service de l'histoire à de nombreuses reprises: soit les personnages entretiennent un monologue intérieur beaucoup trop bavard, soit on les voit d'un peu de vue extérieur qui n'est pas instructif sur eux et nous laisse dans le brouillard sur certaines de leurs décisions.  L'auteur se permet aussi à plusieurs reprises de faire l'économie de la présentation de leurs décisions pour montrer les actions qui se retrouvent donc à être... euh bizarres!  En fait, il n'y a que deux personnages qui sont clairs et auquel, on s'attache, justement parce que leurs motivations et leurs actions sont clairement expliquées.  Et ce sont deux personnages secondaires qui sont des oiseaux...  C'est dire!

L'auteur multiplie tout au long les allusions aux nombreux loch écossais et irlandais, mais le problème, c'est qu'en nous lançant toutes ces informations, il oublie que chacun d'entre eux doit avoir une personnalité, une caractéristique pour être retenu facilement par le lecteur.  À part le loch Ness (pour des raisons évidentes) et le lac aux sombres collines (demeure de Mhorag et Radnagor), on a plus l'impression d'une enfilade de noms pris sur une carte que d'un réel investissement dans le territoire.  Idem pour la plupart des lieux non-lacustres mentionnés qui sont décrits de façon trop vague pour laisser une trace dans l'esprit.  Je peux multiplier les exemples, mais ça ne serait pas pertinent.  Le problème s'applique aussi à plusieurs personnages dont on a du mal à avoir une image claire.

Si rendu à ce point de ma critique, vous vous demandez pourquoi je l'ai lu jusqu'au bout, vous êtes tout à fait sain d'esprit.  La réponse est simple; parce qu'il y a quand même de bons moments de lecture.

L'auteur a une bonne maîtrise des scènes de batailles (il y en a plusieurs) et maîtrise quand même l'art de nous donner envie de tourner la page, même si c'est parfois en soupirant devant un détour d'intrigue improbable.  Des personnages très secondaires ayant un peu plus d'épaisseur (dont Korax, un crave message de la doyenne de Ness) sont attachants et nous poussent à savoir ce qui va leur arriver.  Pour le reste...  Je crois que je suis un brin maso...

Ma note: 2.75/5

lundi 11 mars 2019

Le choix entre lui (ou elle) et lui (ou elle)

Salut!

J'ai déjà fait il y a un certain temps un billet sur les triangles amoureux.  Dire que je ne les aime pas vraiment, dire que ça fait cliché, dire que je trouve que c'est un truc narratif que je commence à trouver éculé sont tous des trucs que j'ai déjà dit et sont des euphémismes.  Surtout dans les séries pour ados.  Sauf que récemment, j'ai lu et vu d'autres modèles qui me font disons, réfléchir.

L'idée du triangle amoureux, est que devant deux possibilités, une personne doit faire un choix.  Un vrai choix.  Renoncer à une personne et en choisir une autre.  Ça finit bien la plupart du temps, mais d'un autre côté, ce qui est ici mis en valeur, c'est le couple standard, le modèle unique du deux personnes ensemble, le plus souvent hétérosexuel.  C'est LE modèle qui prévaut par excellence, LA façon de voir l'amour.  Comme si tout autre façon n'existait pas.

Il y a quelques mois, j'ai vu l'épisode final de l'excellent série Sense8.  Pour ceux qui ne connaîtrait pas, en résumant beaucoup, c'est l'histoire de huit personnes, sans aucun lien apparent, vivant dans des pays différents et ayant des histoires de vies différentes qui se retrouvent liées et peuvent intervenir physiquement dans la vie des autres, leur donnant ainsi la capacité de changer de place avec un membre de leur cercle (les huit de base, on apprend dans la série qu'ils sont loin d'être seuls dans leur cas).  Deux des membres du cercle, Kala et Wolfang finissent par tomber amoureux, mais Kala est mariée.  Si son mariage est loin d'être parfait, elle n'est pas prête à renoncer à cette vie qui est plus proche de ses valeurs et de son milieu social (elle est issue d'une famille unie de la classe moyenne indienne) pour vivre aux côtés de Wolfang, qui est un voleur lié au crime organisé berlinois.  La solution viendra d'un personnage qui lui dira que comme elle a la possibilité d'être physiquement à deux endroits à la fois, pourquoi choisirait-elle?  Bien sûr, les deux hommes de sa vie voit bien la situation et chacun à leur façon et pour leurs propres raisons, ils acceptent de faire tous les deux partie de sa vie.  Kala ne fait pas un choix entre deux personnes, elle assume le fait d'aimer les deux hommes, qui chacun à leur façon, composent une partie importante de ce qu'elle est.  Elle choisit de ne pas avoir à sacrifier une des deux personnes auquel elle tient.

L'autre exemple qui me vient en tête est celui du film que j'ai vu récemment, Professor Marston and the Wonder Woman.  L'histoire commence à la fin des années 20, alors que William Moulton Marston, professeur de psychologie à Radcliffe College, futur auteur de Wonder Woman, et sa femme Elizabeth Marston, elle aussi doctorante en psychologie, rencontrent une jeune étudiante qui deviendra leur assistante de recherche, Olive Byrne.  Sauf que voilà, dans leur cas, l'amour prend de drôles de hasards parce qu'ils tombent tous les trois amoureux les uns des autres.  Ils se choisissent mutuellement.  Après plusieurs hésitations, incompréhensions, ajustements et disputes, ils finissent, contre vents et marées, de vivre ensemble, à trois et de partager cet amour.  Dans leur cas, la relation est aussi forte entre William et Elizabeth, Elizabeth et Olive et William et Olive.  C'est vraiment un trio amoureux.  Ce n'est donc pas un choix entre deux personnes, mais un choix commun entre trois personnes.

Tout ça pour dire que ce ne sont que deux exemples parmi de nombreux autres que je n'aie sans doute pas autant remarqué, mais l'essentiel de ma réflexion tient là: et si ce n'est pas un choix entre deux potentiels partenaires, pas un triangle amoureux sur qui pèse le poids d'un choix pour une seule des personnes et qui fera forcément un perdant, ce sera autre chose.  D'autres décisions, d'autres modèles peuvent surgir.  Je trouve depuis longtemps que le triangle amoureux, aussi efficace soit-il au point de vue narratif, est un détour dramatique qui commence à sentir la poussière.  Ce ne serait donc plus seulement un choix entre lui (ou elle) et lui (ou elle), donc plus un choix binaire, mais plutôt une multitude de choix possibles.  Ça ouvre de nombreuses portes au niveau des situations possibles, mais ça oblige aussi à penser en dehors de la boîte du couple hétéro standard.  Et de l'imaginaire de contes de fées qui vient avec!  Je ne crois pas que celui-ci soit nécessairement mort, ni que les triangles amoureux vont disparaître, mais que ça remettre en cause les vieux schémas me semble une bonne chose.  Parce que je suis tannée de voir des séries s'éterniser juste pour maintenir le suspense de savoir qui va finir avec qui.

@+ Mariane

jeudi 7 mars 2019

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou  Michel Tremblay  Leméac  92 pages


Résumé:
Léopold et Marie-Louise, mari et femme, se disputent.  Dix ans plus tard, dans la même maison, Carmen et Manon, leurs filles, se disputent également.  Dans ce chassé-croisé entre deux époques, entre deux chicanes, reposent de grandes vérités et de sombres secrets.

Mon avis:
Lire du Michel Tremblay, c'est lire un texte qui est fait pour s'entendre plus que se lire, surtout ses pièces de théâtre.  Tout dans le texte est là pour rendre l'oralité.  L'orthographe des mots, le rythme des phrases, le rendu des dialogues, tout est là pour tendre à une représentation écrite d'une langue haute en couleur qui n'est pas fait pour l'être.  On peut en dire autant des personnages colorés qui portent le texte.  Ils sont archétypaux, mais on les montre dans leurs laideurs et non leurs beauté.  Ils en sont d'une justesse et d'une maîtrise incroyable.  On les voit littéralement.  Ce sont quatre membres d'une même famille, mais à part de vivre sous le même toit, on peut se demander ce qui les unit vraiment.  Ils sont liés, mais seuls chacun dans leurs coins, chacun dans leurs problèmes, sauf Carmen.  C'est justement ce personnage qui permet de montrer les autres tels qu'ils sont.

La situation de base a quelque chose de tellement universelle qu'elle pourrait être transposé à peu près n'importe où dans le monde, sauf que son enrobage est tellement local qu'il est impossible que cette histoire se passe ailleurs dans dans le Montréal ouvrier des années 1960.  Le texte sent les difficultés des femmes de cette époque, la lourdeur des tabous liés à la sexualité des femmes, mais aussi le poids du travail abrutissant pour les hommes.  Le père et la mère sont le fruit d'une époque, d'une mentalité et d'un milieu social qu'ils rendent bien.  En contre-point, les deux filles, celle qui poursuit dans cette voie et celle qui s'émancipe de son milieu.

À dix ans de distance, ont lieu deux disputes qu forment le coeur de la pièce.  Comme les deux sont entremêlées (une réplique, c'est Léopold qui parle à Marie-Louise, l'autre c'est Carmen qui parle à Manon, la troisième, c'est Marie-Louise qui répond à Léopold etc...)  C'est un peu mêlant au début à la lecture, mais ça finit par se placer.  L'effet par contre, est clairement visible et je ne que m'imaginer le rendu sur scène.  C'est du grand Michel Tremblay que cette pièce, avec sa touche toute particulière.

Ma note: 4.75/5

lundi 4 mars 2019

Simenon et les 10 000 livres

Salut!

Lors d'une entrevue avec Fellini vers la fin des années 1970, Simenon, un prolifique auteur français de romans policier (l'auteur des Magret entre autre) aurait confié sur le ton de la boutade qu'il aurait couché avec 10 000 femmes dans sa vie.  Passons sur la misogynie de cette réponse et intéressons-nous au chiffre.  Il avait alors 74 ans et disons qu'il s'adonnait aux plaisirs charnels depuis l'âge précoce de 13 ans et demie.  Cela faisons donc 64 ans.  Un petit calcul mathématique m'amène à penser à environ 164 partenaires sexuelles différentes par année.  Et le type a pondu plus de 500 romans et nouvelles dans sa vie, sous vingt-sept pseudonymes.  C'est à se demander où il trouvait le temps de s'envoyer en l'air. (Entre autre!  Je me demande aussi s'il n'était pas un peu menteur également!)

Pourquoi je me souviens de ce chiffre?  À cause d'Henri Tranquille.  Si vous ne connaissez pas le personnage, c'est dans sa librairie qu'en 1948 fût lancé le Manifeste du Refus global et que ses 400 exemplaires furent mis en ventes.  Je me souviens que lors d'une entrevue peu avant sa mort, ce grand lecteur devant l'éternel avait dit qu'il avait lu dans sa vie autant de livres que Simenon avait eu de femmes dans son lit.  On arrive à 10 000 livres donc.  Sincèrement, je suis plus admirative de l'exploit de Tranquille que de celui de Simenon.

10 000 livres donc.  Le chiffre m'est resté en tête pendant longtemps.  Je suis une grande lectrice depuis toujours.  J'ai lu des centaines de livres dans ma vie.  Ce serait bien de me mettre comme objectif d'en lire 10 000 dans ma vie non?  Comme un objectif à long terme que je remplirais petit à petit.  D'autant plus que hé, je pars avec une longueur d'avance avec ma longue carrière de lectrice!

J'ai un excellent outil pour ça: des petits cahiers, dans lequel je note tous les livres que je lis depuis la fin du secondaire.  Ils sont plein de titres de livres avec leurs auteurs, bien alignés dans mes cahiers.  C'est facile de les compter!  Donc, j'arrive à un total inscrit de 1269 livres en date du 4 mars 2018 où j'écris ces lignes.  C'est quand même raisonnable non?  Un bon fond quand même!

Toute enthousiaste, je me mets à faire quelques calculs: j'ai 36 ans (et oui, suis rendue là!), j'ai une espérance de vie d'environ de 82,7 ans environ, mettons 83 ans pour faire simple.  Ce qui me laisse donc un bon 47 ans environ pour lire 8731 livres.

C'est là que ça se complique un peu.  8731 livres/ 47 ans, ça donne une moyenne de 186 livres par année...  Ouf...  Ok.  L'année où j'ai lu le plus de livres dans une année depuis que je garde des notes sur mes lectures, j'ai lu 129 livres et entendons-nous que ça a été une année de record absolu.  J'ai régulièrement dépassé la centaine, mais guère plus.  Mettons que je suis loin du compte même si je me classe malgré tout largement au-dessus de la moyenne des lecteurs.  Je pense que je vais finalement renoncer à mon objectif de 10 000...

Je vais laisser ça à Simenon et à Henri Tranquille et je vais me concentrer sur mon plaisir de lecture avant tout!

@+ Mariane

jeudi 28 février 2019

Chroniques sauvages: Teshkan de François Lapierre

Chroniques sauvages: Teshkan  François Lapierre  Glénat Québec  56 pages


Résumé:
Teshkan est un anishinabé du clan du cerf, clan paria parmi les siens suite à une vieille malédiction.  Jamais encore ils n'ont eu de contacts avec les blancs, d'après la volonté du chef du clan, grand-père de Teshkan.  Après sa mort, son fils envoie Teshkan chercher une robe noire, cherchant ainsi à briser la malédiction qui règne sur leur clan en changeant de religion.  Teshkan quitte donc son clan en plein hiver en quête d'une robe noire.  Mais depuis sa naissance, jamais rien ne s'est passé comme ça aurait dû l'être pour Teshkan.  Et cette mission ne fera pas exception.

Mon avis:
Souvent, je trouve que lire une BD est trop rapide, je la relis parce que j'ai enfilé les pages trop vite et j'ai manqué des éléments.  Ce n'est pas le cas de celle-ci.  C'est une BD juste au bon rythme, ni trop rapide, ni trop lente.  Elle repose presque entièrement sur le personnage de Teshkan, jeune anishinabé du clan du cerf, envoyé par son père dans une mission qui le trouble.  A-t-il raison d'obéir?  De nombreux rêves où son grand-père, farouchement opposé de son vivant à la venue des robes noires, lui parle, maintient le doute en lui.

Sauf que comme souvent par le passé, pour Teshkan, rien ne se passera comme il se doit.  En ce sens, c'est là que son aventure deviendra le plus intéressante, parce que l'auteur mêle habilement légendes amérindiennes et européennes, formant un tout auquel on ne s'attendrait pas.  La source de la malédiction du clan du cerf n'est pas là où on aurait pu le penser.  Le jeune Teshkan sera confronté à des monstres pires que ceux qui peuplaient ses cauchemars.

Les dessins sont incroyables.  La patte de l'auteur se sent depuis le début de l'album et traverse les frontières des cultures.  Elle reste présente autant chez les autochtones que chez les français qui croiseront la route de Teshkan.  Elle présente avec un égal talent l'univers riche de la tradition orale anishinabé et les côtés sombres de la colonisation.  Un dessin suffit souvent à nous faire comprendre beaucoup de choses.  Quand on dit qu'une image vaut milles mots?  Cette BD, dans certaines cases, en est la parfaite illustration.  Le découpage n'est pas très original, mais ce n'était pas nécessaire.  L'essentiel est dans les dessins.

À mettre entre toutes les mains des amateurs de BD, vraiment!

Ma note: 5/5

lundi 25 février 2019

Ne pas les lire séparé par des années...

Salut!

Je ne me suis jamais cachée du fait que j'aimais beaucoup les séries.  Surtout celle relevant du domaine de l'imaginaire.  Je me suis plongée dans je ne sais trop combien de séries dans ma vie.  Des trilogies, des quadrilogies, des quintologies (je confesse ici une recherche dans le dictionnaire pour être sûre que ce mot existe vraiment), d'autres interminables, bref, des tas de séries.  Une constante?  On ne doit pas trop espacer la lecture des différents tomes.

Je me rappelle avec encore beaucoup trop d'acuité la douleur en commençant le tome deux de la série Reine de mémoire d'Élisabeth Vonarburg.  Ses écrits sont particulièrement denses et j'ai appris ma leçon: il ne faut pas trop espacé la lecture de ses oeuvres.  D'ailleurs, je me suis enfilée les quatre derniers tomes à la file.  Pourquoi donc?

Ce n'est pas la trame principale qui pose problème.  Dix ans après, je peux encore raconter l'intrigue de bien des séries que j'ai lues.  Le problème, ce sont les personnages secondaires, mais qui ont une importance, les sous-intrigues, les petits détails qui finissent par s'effacer à la longue.  Si le temps entre deux tomes est trop long, on finit par les oublier.

Le problème, c'est que c'est souvent là le coeur de la façon de fonctionner des séries: mettre en place des univers riches, où sur une trame narrative principale vient s'ajouter tout un univers riche de plusieurs autres personnages ayant chacun leurs vies, leurs objectifs, leurs idées, qu'ils soient principaux ou secondaire.  Des lieux auquel on s'attache et auquel on revient.  Des situations, des relations entre les personnages, qui évoluent, qui changent qui se transforment au fil des événements.  Des changements qui interviennent dans la personnalité et la psychologies du héros/ de l'héroïne de la série.

Tout retenir ça est facile quand on lit les tomes à la suite les uns des autres.  C'est une continuité, on se souvient de ce qui s'est passé dans le dernier tome!  Un espacement de quelques mois peut faire une différence, mais elle ne sera pas si énorme.  Par contre, quelques années peuvent en faire une grande!  Oui, une grande, parce qu'au final, on aura oublié tel personnage secondaire, telle intrigue arrivée dans le premier ou le seconde tome et qui a soudain une grande importance pour la suite.  On se retrouve perdu dans ses repères, on aura plus de mal à reprendre le fil.  C'est quelque chose qui arrive.  Il y a aussi le fait que la personne qui lit le livre n'est plus la même que celle qui a lu le tome précédent.  On a plus le même regard qu'avant, plus le même bagage personnel.  On a eu d'autres expériences, lus d'autres livres.  Des fois, ce n'est pas le nouveau tome qui est moins bon, c'est juste le temps écoulé entre la lecture du précédent et celui-ci qui fait la différence.  On est plus rendu au même endroit.

Tout ça fait en sorte qu'une série reste un phénomène qui doit être lu dans un laps de temps raisonnable et non sur le long terme.  Cela impose des contraintes, à la fois aux auteurs et aux lecteurs: il faut se rendre disponible pour cette série, pour pas perdre ce qui lui donne sa saveur.  L'auteur risque moins de la perdre à long terme, mais les lecteurs si.  C'est l'une des choses qui fait que la série n'est pas quelque une forme de littérature comme les autres.  Qu'elle soit historique, de fantasy, de moderne ou de toute autre nature, elle demande d'être lue de façon plus rapprochée que d'autres formes littéraires.  C'est un code du genre qui lui est propre, au risque de perdre des lecteurs.

@+ Mariane

vendredi 22 février 2019

Lettres biologiques: Recherches sur la sexualité humaine du Frère Marie-Victorin

Lettres biologiques: Recherches sur la sexualité humaine  Frère Marie-Victorin  Boréal  275 pages


Résumé:
Entre 1933 et 1944, année de sa mort, le frère Marie-Victorin, connu pour ses recherches en botanique et sa passion pour l'avancement des sciences au Québec, a entretenu avec l'une de ses collaboratrices, Marcelle Gauvreau, une correspondances qu'il a lui-même désigné sous le nom de lettres biologiques.  Esprit curieux, Marie-Victorin s'intéressait de façon scientifique à la sexualité humaine.  Cette série de lettres retraces leurs échanges sur le sujet.

Mon avis:
Si vous chercher une lecture érotique quelconque, passer votre chemin!  Ce n'est pas du tout le cas de ces lettres biologiques, même si la sexualité y occupe la plus grande place.  Ces lettres n'avaient d'ailleurs pas pour but de devenir publiques.  C'était la correspondance privée et personnelle entre le Frère Marie-Victorin et sa collaboratrice au Jardin Botanique, Marcelle Gauvreau.  D'ailleurs si leurs relations semblent restent entièrement chastes (quelques bouts de lettres laissent à penser qu'ils se seraient vus nus, mais sans plus), les liens n'étaient pas moins très forts entre eux.  Une large part des lettres montrent une affection réelle et soutenue sur le long terme.  C'est un mariage spirituel entre deux âmes qu'ils ne consommeront pas au niveau physique.  Tout en en parlant en long et en large!

Le recueil ne rassemble que les lettres de Marie-Victorin.  Marcelle Gauvreau étant décédée en 1968, ses lettres ne sont pas encore dans le domaine public.  C'est un peu dommage puisque l'on a que la moitié de la conversation.  Et certains passages sont facile à mésinterpréter si on pense au gouffre entre les valeurs morales de l'époque et celles d'aujourd'hui.  Leur relation se déroule dans une société très patriarcale.  Par son triple statut de mentor, de professeur et de religieux, Marie-Victorin a beaucoup de pouvoir sur la jeune femme qu'était Marcelle Gauvreau.  Il se semble pas en abuser, mais ne se prive pas pour la conseiller presque au point de prendre certaines décisions pour elle.  De même, sa propension à parler d'elle comme sa fille et pourtant, à lui demander en détail comment réagit la vulve lors de la stimulation manuelle dans la même lettre est... malaisant pour un lecteur moderne.

Car Marie-Victorin, tout esprit curieux et scientifique qu'il était, reste un homme profondément religieux.  Il peut tout à la fois dans la même lettre lui décrire en détail les masturbations auquel il s'adonne sur des prostituées cubaines (oui, il a fait ça!) et lui dire de garder une vie pure et charitable!  De même, s'il a un esprit ouvert, certains commentaires sur l'homosexualité fleurent beaucoup son époque...  Il se permet certains jugements qui ne passeraient carrément plus de nos jours, surtout sur la sexualité féminine.  Dire d'une femme qui a un gros clitoris est une femme plus lascive ou décréter que la force et l'ampleur toison pubienne donne des indices sur le niveau de féminité d'une personne a été amplement démontré comme étant des foutaises, mais à son époque, dans les milieux qui s'intéressaient au sujet, c'était des opinions répandues.  Ah oui et le terme frencher à l'époque désignait la fellation, pas le baiser qu'il désigne aujourd'hui!  C'est un peu confondant la première fois que l'on croise le terme!

Une bonne partie des lettres de l'ouvrage est constituée des récits des «expériences» de Marie-Victorin et des questions/réponses que supposent leurs «travaux» car il est clair qu'il s'agit ici de recherche scientifiques.  La description des organes génitaux des deux sexes est faite en détails, mais sans la moindre place à l'érotisme.  On lit un traité lorsqu'il s'adonne à la masturbation sur des prostituées, dans le genre, j'ai stimulé la région clitoridienne, réaction: souffle accéléré, gémissement, mouvements du bassin et cri étouffé lors de l'orgasme.  Dit comme ça.

Bref, si ces lettres peuvent être très intéressantes pour qui veut en savoir plus sur l'histoire de l'étude de la sexualité, il ou elle trouvera son compte.  Pour les autres, ben...

Ma note: 3.75/5

mercredi 20 février 2019

Déni d'Anna Raymonde Gazaille

Déni  Anna Raymonde Gazaille  Leméac  289 pages


Résumé:
Une adolescente pakistanaise de 15 ans a été retrouvée pendue par son hijab au tremplin d'une piscine de Parc-Extension, le quartier le plus multi-ethnique de Montréal.  Suicide, meurtre, crime d'honneur?  Les pistes seront vite nombreuses, la pression des médias également.  Pour l'inspecteur Paul Morel et son équipe, c'est une incursion dans un monde qui possède ses propres codes, normes et façons de faire qu'ils vont découvrir.

Mon avis:
Divisons-ça en deux, la fleur d'abord et le pot ensuite.

La fleur: Un bon policier dont savoir nous tenir en haleine et nous mettre des fausses pistes dans les pattes et c'est le cas de ce roman.  Ajoutez à ça que l'on plonge dans des cultures qui ne nous sont pas familières, des manières de voir le monde complètement différentes.  Je ne connais pas les arcanes du SPVM, ni celles de la police en général, (je ne lis pas assez de policier pour ça), mais le portrait m'a semblé assez juste.

Maintenant, le pot.

C'est fou ce que la qualité de l'écriture d'un livre peut influencer notre plaisir de lecture.  Et ici, malheureusement, c'est très loin d'être à la hauteur.  Show don't tell qu'y disent.  Malheureusement, le tell l'emporte largement sur le show.  Et ça nuit beaucoup à la fluidité de la lecture.  Je tiquais sans cesse sur des passages.  Il y avait aussi la manie constante de l'auteure de rajouter une phrase ou deux à la fin d'un passage de dialogue décrivant l'action, mais sans rien pour explicitement nous indiquer que cette partie n'était pas dite, mais bien une description.  Ça aussi, ça me faisait tiquer à chaque fois et bon, il y en a partout dans le roman.

Du côté des personnages, tous les policiers sont intéressants, avec leurs propres personnalités et parcours de vie, mais...  on est tellement dans le tell que ça les rend impersonnels et froids.  De fait, les deux personnages les plus efficaces à ce sujet sont Losier et Ling les seuls dans l'équipe qui n'ont pas droit à leur moment «narrateur».  Comme on les regarde d'un point de vue extérieur, l'effet est d'autant plus efficace.

Il y a un petit côté pédagogique au livre, car il veut nous faire entrer dans la réalité des communautés immigrantes, principalement pakistanaises et kurdes, mais si par moment, c'est passionnant, à d'autres, c'est lourd (une note de bas de page pour expliquer ce qu'est un cours 101, sérieusement?).  Encore une fois la manie de l'auteure de trop vouloir nous raconter plutôt que de nous montrer.  La description de la vie des femmes sous le double joug du patriarcat et de l'islam est là pour dénoncer, mais pour qui se tient le moindrement au courant de ce genre de dossier, c'est de la redite à beaucoup d'articles de journaux parus dans les dix dernières années.  Ça sonne plaqué dans la bouche des personnages.

Au final, on se retrouve avec un livre assez page turner, mais qui fera grimacer les amateurs de littérature à cause des nombreux tics d'écritures.  Ça donne un roman inégal, mais qui n'est pas dépourvu de qualité.

Ma note: 3.25/5

lundi 18 février 2019

L'auteur Petit Poucet

Salut!

Si vous ne connaissez pas le célèbre conte transcrit par Charles Perreault (il existait déjà depuis belle lurette dans la culture populaire), je vous le résume: incapable de nourrir leurs sept enfants, un couple de paysans se décide à les perdre dans la forêt, mais le plus petit, surprenant la conversation, rempli ses poches de cailloux blancs et les laisse tomber en chemin, ce qui permet aux enfants de retrouver le chemin de la maison familiale.  Je ne vous raconte pas le reste de l'histoire, elle n'est pas nécessaire pour mon propos.  Retenez juste l'idée des cailloux blancs qui indiquent le chemin...

Parce qu'au fond, un bon auteur est un bon Petit Poucet.  Il ou elle sème des cailloux blancs pour le (la) lecteur(trice) pour lui indiquer le chemin.  Que sont les cailloux blancs dans un roman?  Des indices, des informations, des petites choses que l'auteure sème tout au long du livre pour donner des indices ou des informations utiles.  C'est ce genre de petits détails qui permet à une histoire de se tenir.  Si le lecteur connait cette petit information, ce petit détail, quand son utilité pour le reste de l'histoire apparaîtra, il se dira, ah oui, je l'ai lu ça!  S'il n'y a pas de caillou blanc, l'effet sera celui d'un truc tombé du ciel et il n'y a rien de pire pour un lecteur que l'impression que l'auteur se la joue facile en faisant apparaître quelque chose dans son histoire comme par magie.

Cependant, ce n'est pas gros un caillou blanc...  Si on y accorde trop d'importance, ce sera comme l'éléphant dans la pièce pour le lecteur: «Ah, ah, je devine que ce foutu vase va avoir de l'importance juste de la manière dont l'auteur en parle».  Si on y accorde pas assez d'importance, ça aura l'effet inverse: «Quoi, c'est dans ce petit vase de rien du tout qu'est caché le trésor?»  Comment fixer le juste milieu?  Vaste question...  Ça dépend de la personne qui tape au clavier, du contexte de l'intrigue, du narrateur, du développement de l'histoire, bref d'un paquet de détails!  Une règle cependant: ne pas mentionner un élément qui n'est pas utile à l'histoire... à moins de vouloir que Tchekhov ne sorte de sa tombe pour vous mettre un fusil sous le nez.

Pour moi la reine des cailloux blanc reste encore et toujours J.K. Rowling, même si dans son cas, j'aime mieux parler de ficelles.  J'ai toujours vu ses livres comme étant des oeuvres où elle laissait pendre des ficelles à chaque tome, pour les nouer dans un des tomes suivants.  Comme par exemple, lors de la célèbre visite au zoo du premier tome, Harry entend le serpent le remercier.  C'est un petit détail, une petite information attrapée au hasard auquel on apporte pas vraiment de réponses sur le coup, mais qu'on retient parce qu'elle est parfaitement bien intégrée au reste de l'intrigue du premier tome.  Après tout, c'est quoi parler à un serpent quand on découvre que tout un nouveau monde magique existe...  Sauf que cette petite information se révélera très importante dans le tome 2 quand Harry entend une voix et qu'il est le seul à pouvoir entendre!  L'auteure venait de nouer une petite ficelle laissée pendante après le tome un en n'oubliant pas d'en laisser quelques autres disponibles...  Elle recommencera ainsi à chaque tome jusqu'au dernier.  C'est, à mon humble avis, une partie du génie de cette série.

Alors, amis auteurs, soyez de bon Petit Poucet: laissez-nous des cailloux blancs pour suivre vos intrigues, de beaux petits cailloux blancs, ni trop gros, ni trop petits.

(Note à moi-même: appliquer ce principe à mes propres textes aussi!)

@+ Mariane

vendredi 15 février 2019

1642: Ville-Marie de Tzara Maud, François Lapierre et Jean-Paul Eid

1642: Ville-Marie  Scénario de François Lapierre et Tzara Maud  Dessins et couleurs de Jean-Paul Eid 54 pages



Résumé:
C'est l'histoire de Tekola le Huron, Askou l'Algonquin et Gauthier le Français, Tous les trois ont grandi en harmonie, à Trois-Rivières.  Cependant, leurs destins et leurs vies vont prendre un tournant différent, mais ils seront tous les trois réunis autour d'une nouvelle ville fondée par les Français en plein territoire iroquois: Ville-Marie.

Mon avis:
Avertissement, ceci est le deuxième tome d'un diptyque que je critique.  Si vous n'avez pas vu la critique de l'autre partie, voir ici.

Ce tome se concentre sur les aventures de Gauthier, un des Montréalistes assez fou pour installer une petite colonie française en plein milieu du territoire iroquois.  On sent bien la folie de l'initiative, mais aussi la détermination de ceux qui se sont lancés dans l'aventure.  Personne n'approuvait leur initiative, ils l'ont fait quand même, à leurs risques et périls!  La place des femmes, comme Jeanne Mance et celles d'autres anonymes, comme le personnage de Brigitte, est abordée et leur importance dans la vie de la petite société également.  Il y a aussi la présence constante sur place des nations amérindiennes, amies comme ennemies et les liens qui s'établissent avec elles.  De la vision des Français sur ces gens si différents d'eux, mais dont au fond, ils dépendent cruellement.

Le dessin rend bien toute la fragilité de cette petite pointe de France plantée en plein milieu de l'Iroquoisie.  Le fort est minuscule, les bâtiments peu nombreux et une frêle palissade la protège.  La dureté du travail et la précarité de la vie y sont visible, bien que peu évoquée dans l'histoire comme telle.  On y suit plus les tribulations des Montréalistes, l'inondation qui a faillit détruire la colonie à l'hiver 1642-43, les tractations de Maisonneuve pour conclure des alliances avec les Algonquins ou les Hurons et l'importance de Jeanne Mance dans cette toute nouvelle colonie.  Les différents personnages ont droit à des dessins détaillés et précis, particulièrement en ce qui concerne les vêtements qui ont sûrement le fruit de recherches approfondies.  Mais il y a plus, dans l'attitude, dans la façon de se mouvoir des personnages, on peut les différencier en un regard des Premières nations présentes.

L'intrigue est centrée sur les relations entre les personnages et sur les conséquences que des décisions, à la base personnelles, auront sur la petite colonie.  Certes, il y a un triangle amoureux, mais ce n'est pas le seul ressort dramatique, cette histoire est imbriquée dans une mosaïque d'autres relations qui feront au final pencher la balance du sort de la petite colonie.  C'est bien fait, bien amené et bien tourné.

Ayant lu l'autre partie du diptyque en premier, je peux dire que les histoires sont étroitement liées.  On comprend les comportements de certains personnages car leurs motivations et leurs actions sont expliquées par ce que l'on apprend dans cet opus.  En ce sens, les deux oeuvres sont juste deux façons de voir une même situation et peuvent être lues de façon indépendante, tout en était profondément liées.  Et ça fait du bien de voir une telle oeuvre de nos jours.

Ma note: 4/5

mercredi 13 février 2019

Le secret de Mhorag: 2- La prison de verrre de Martin Barry

Le secret de Mhorag  tome 2  La prison de verre  Martin Barry  392 pages


Résumé:
Mhorag est prisonnière d'un immense aquarium à New York, condamnée à devenir un animal de cirque que les visiteurs paient des fortunes pour voir.  Jet, en Irlande, continue ses recherches pour trouver le livre vert et aussi pour comprendre les propriétés du cristal du lough Gill.  Pendant ce temps, à New York, Vivianne Bourke essaie de protéger Mhorag de son mieux, d'autant plus que William Ritchie, l'excentrique milliardaire à la tête du Centre mondial de cryptozoologie développe des ambitions encore plus grandes envers les créatures lacustres... et les chambres de cristal.

Mon avis:
Je n'ai jamais autant apprécié de voir un résumé au début d'un livre.  Parce que j'avais lu le tome 1 en... 2014.  Pour le Grand défi de la littérature québécoise première édition.  Et je lis ce tome-ci pour la deuxième.  Ouf!  On attendra pas la troisième pour lire la fin!  Parce que je me suis rendue compte en commençant le livre que j'avais oublié la plus grande partie de l'intrigue du premier livre.  Cinq ans, c'est long quand même!  Sauf que j'ai dû avouer que ce n'était pas dû qu'au temps au fil de ma lecture, mais plutôt à l'ancrage de l'histoire.

Il faut l'avouer, l'auteur a une bonne plume, il raconte bien et l'histoire se laisse lire avec beaucoup d'intérêt.  Là où le bât blesse, c'est qu'il manque de la viande à bien des endroits.  Jet par exemple, notre personnage principal.  Qui est-il?  Que veut-il?  En dehors de ses visions et de ses relations avec les monstres lacustres, il n'a pas d'ambitions, pas vraiment d'amis en dehors de Molly (qui dans ce tome, préfère fréquenter des garçons plutôt que de chercher des monstres lacustres avec Jet), ni de passion...  Bref, il n'est pas incarné.  Il est utilitaire à l'histoire, il ne vit que pour elle et n'a pas vraiment d'existence en dehors de celle-ci.  Le problème, c'est que c'est le cas pour pas mal tout les personnages.  En dehors de ce qui est strictement nécessaire à l'histoire, ils n'ont pas d'existence ou presque, autant du côté des humains que des créatures des eaux.  Ce qui n'aide pas à s'attacher à eux.  Et qu'on développe ainsi beaucoup d'affection pour un krave qui aura une certaine vie personnelle en dehors des événements principaux du roman.

D'autres part, l'histoire ne compte pas beaucoup de rebondissements.  Certes, les personnages vivent beaucoup de péripéties, mais celles-ci se résolvent souvent très facilement, presque en un claquement de doigt.  Les interventions de certains personnages qui règlent tous les problèmes d'un seul coup sont récurrentes.  Il y a plusieurs scènes de bataille au XIIIe siècle (l'histoire continue de se dérouler à deux époques différentes), mais en dehors de ces petits moments, il n'y a pas de véritable montée de tensions dans le livre.  On continue à lire parce que c'est bien écrit et que c'est agréable à suivre, mais pour connaître la fin?  Plus ou moins.

La fin nous laisse sur un punch pour nous donner envie de lire le troisième tome, mais bon...  De un, on l'avait vu venir et de l'autre, l'auteur laisse un élément qui m'a fait me demander sincèrement pour qui l'auteur prend ses lecteurs... C'était juste beaucoup trop évident!

Maintenant, est-ce que je vais lire le troisième tome?  Oui, sûrement, mais pas dans cinq ans!

Ma note: 3.5/5

lundi 11 février 2019

De l'adaptation à l'écran

Salut!

Beaucoup de sujets tournent autour de la représentation de nos jours.  Des femmes, des LGBTQ, des Noirs, des Asiatiques, des Premières Nations, bien des groupes demandent à être représentés.  Je réfléchissais à tout ça en pensant à une série de romans de fantasy que j'ai beaucoup apprécié, la série des Hérauts de Valdémar.  Ok, ce n'est sans doute pas la série du siècle, mais dans la fantasy, j'ai trouvé rafraîchissante sa façon d'inclure les LGBTQ et de repenser la place des femmes dans la société typique du genre.  Il y a un couple de lesbienne affichées, le monarque est une reine, les protecteurs du royaume sont autant des hommes que des femmes... Certes, tout ce beau monde semble blanc, mais quand même, il y a un pas en avant.

Je me disais que ce serait une super adaptation à faire et je pense à toutes les séries de fantasy adaptée de romans de l'imaginaire durant les dernières années et tout à coup, ça a fait tilt: Games of thrones a été écrit par un homme (George R.R. Martin), Altered Carbon que j'ai vu l'an dernier par un homme (Richard K. Morgan), WestWorld est adapté d'un roman écrit par un homme (Michael Crichton).  Au cinéma, les oeuvres adaptées de Philip K. Dick ne se comptent plus, Frank Herbert a droit à un remake avec Denis Villeneuve aux commandes et bon, je ne sais plus à combien de reprises, de suite et de nouvelle mouture de La Planète des singes de Pierre Boulle on est rendu. Pour ne nommer que ceux-là...

Si quelqu'un a compris le lien qui m'a poussé dans la tête, il n'était pas difficile à trouver: toutes ces oeuvres ont été écrites par des hommes.  Certaines adaptations sont celles de romans ou nouvelles écrits depuis des décennies, mais bizarrement, on trouve quand même leur point de vue original et valide pour des téléspectateurs du XXIe siècle.

Parce qu'à toute règle, il y a une exception, il y a Margaret Atwood avec La Servante écarlate et fort heureusement, c'est une réussite à la fois publique et critique (perso, je ne l'ai pas vu, je préfère dormir la nuit...).  Je peux nommer quelques autres exemples, mais tous sont des parutions beaucoup plus récentes.  Pourtant les femmes écrivent et publient depuis aussi longtemps que les hommes.  Et ce n'est pas une xième adaptation de Frankenstein qui pourra changer le fait que la majorité de ses consoeurs auteures n'ont jamais été adaptées à l'écran.

Je dis ça et je ne peux m'empêcher de penser aux réflexions de l'atelier du dernier Congrès Boréal sur Ursula K. Le Guin.  Qu'une auteure de ce calibre n'est pas encore eu droit à une adaptation en série télé à grand déploiement en dit long.  Je pense aussi à d'autres séries majeures comme celle de Marion Zimmer Bradley qui ont marqué ma jeunesse (quoique à l'ère de #metoo, certains événements de sa vie causent sûrement obstacle dans son cas).  Combien d'auteures féminines ont su créer des univers complexes, vivants, souvent plus égalitaires, ouverts et qui peuvent répondre aux demandes du public d'aujourd'hui face à plus de diversité?  Je n'ai pas tout lu, je ne peux pas répondre à toutes ces questions, mais il me semble qu'un petit tour d'horizon rapide de mon propre cheminement de lectrice me pousse à croire que je n'ai lu que la pointe de l'iceberg...

Alors voilà, j'en suis là.  À commencer à rêver d'une adaptation d'une grande série de fantasy écrite par une femme.  Je crois qu'on en est rendus là.  Et merveille des merveilles, le corpus à explorer est disponible, vaste et oh combien riche de promesses.

@+ Mariane

vendredi 8 février 2019

Mes âmes soeurs de Kim Messier

Mes âmes soeurs  Kim Messier  De Mortagne  389 pages


Résumé:
La mi-trentaine, célibataire, Catherine est journaliste à la pige.  Ces amies n'arrêtent pas de souhaiter qu'elle rencontre enfin quelqu'un qui pourra la rendre heureuse.  Quand elle fait la rencontre d'Armando et d'Audrey, tout son univers s'effondre: pourrait-elle être le genre de personne qui en aime plusieurs à la fois?  Aime-t'elle autant les hommes que les femmes?

Mon avis:
Ce livre est étiqueté littérature érotique, mais moi je dirais plutôt que c'est une romance plutôt pimentée.  Quand la première scène de sexe arrive à la page 150, je n'appelle pas ça de la littérature érotique!  En fait, le roman se centre surtout sur le cheminement de Catherine, qui en viendra à accepter sa plurisexualité et à vivre avec ses deux amoureux.  Il y aura bien sûr la maladie de son père qui remettra tout en question (ça finit bien), ses amies qui l'accepteront après quelques hésitations (ça finit bien), des doutes de son côté (ça finit bien).  En fait, le roman est presque pédagogiques à bien des points, ce qui m'a un peu tapé sur les nerfs.  Le parcours de Catherine est presque sans heurts, tout va bien, ça coince parfois, mais on s'explique calmement et tout se règle.  Il y est fait mention de site internet sur la plurisexualité (avec lien en bas de pages), bref, c'était trop pour un livre qui se veut un simple divertissement.

Le style de l'auteure est plat, sans aspérité, sans tonus et presque sans saveur.  Il y avait des phrases dont la construction était intéressante, mais à cause d'un choix de vocabulaire trop faible, perdait toute chance de donner une quelconque saveur littéraire au texte.  De plus, elle passe son temps à raconter plutôt qu'à montrer son histoire.  Ça ne permet pas au roman de voler très haut.  Les scènes de sexualité étaient bonnes, mais sans plus.  J'ai déjà lu beaucoup mieux.

Une des forces du roman par contre, était de montrer des couples différents.  Catherine s'engagera dans une relation à trois, mais sa meilleure amie Sophie vivra pendant ce temps le naufrage de son mariage à cause de problèmes de relation de couples bien réels.  Ses deux autres amies sont respectivement en couple avec un ex-danseur nu et un adepte du libertinage à deux.  La norme du tout le monde est marié, heureux et en couple standard en prend un coup!  Tout ce beau monde finira par se comprendre, par s'apprécier et par s'accepter mutuellement.  Ce qui sera amplement souligné dans le texte.

Ma note: 3.5/5

mercredi 6 février 2019

Sault-au-Galant d'Isabelle Grégoire

Sault-au-Galant  Isabelle Grégoire  Collection Littérature d'Amérique  Québec Amérique  224 pages


Résumé:
Émilio Mondragon, fils de réfugiés colombiens installés dans un petit village de la campagne québécoise a disparu.  Cette disparition devient le révélateur des tensions qui couvent depuis l'arrivée du groupe de colombiens.  Si en apparence, leur intégration se passe bien, beaucoup de frustrations, de colères et de secrets couvent sous la surface.  Entre les nouveaux arrivants et les vieux habitants du village, il y aura des déchirements, des alliances et des révélations.

Mon avis:
Ce livre a frôlé le coup de coeur!  Et au final, non, mais pour des raisons bien précises.  La construction du texte m'a tout de suite plu au départ.  Cette histoire de réfugiés, débarquant dans un petit village tranquille comme il y en a tant dans les campagnes du Québec est racontée du point de vue de plusieurs personnages, tant du côté des colombiens que des québécois.  Sauf que.  Là où il aurait été fascinant de sauter de personnage en personnage pour raconter toute l'histoire, l'auteure s'est limitée à quatre seulement et c'est dommage.  J'aurais aimé voir un bout de l'histoire racontée par Gabriela, par Caroline, par Mme Tousignant, par Robert le garagiste, par Cristobal, par Maxime Thivierge...  Tous ces personnages ont un rôle à jouer dans l'histoire et on ne voit pas leur point de vue.  On se contente de revenir toujours aux même quatre personnages, mais passé leur premier passage comme narrateur, leur récit perd un peu de sa pertinence et le texte, au lieu de s'envoler, reste au même niveau.

Par contre, au point de vue des idées, le roman est riche à foison et explore bien le rapport complexe entre les résidents et les nouveaux arrivants.  Les préjugés des uns et les difficultés des autres mènent à un mélange explosif, d'autant plus que le drame se joue sur un fond d'intimidation et d'adultère.  L'auteure a choisi de mettre en scène des réfugiés colombiens et non musulmans ou asiatiques et c'est un choix très pertinent: ils ont la même religion, tout le monde fréquente l'église du village, mais même cette proximité ne suffit pas à réduire la différence vécue entre les deux groupes.

Les raisons de la venue des colombiens au village est purement économique et le livre explore bien les répercussions de ce fait très simple: le village a besoin de ces nouveaux arrivants, mais en même temps...  Le seul truc qui m'a causé un peu de problèmes à ce niveau est le personnage de Louis Therrien.  Comme si contrairement à d'autres personnages, celui-ci, un homme d'affaire, était le moins maîtrisé de tous dans sa composante professionnelle.  Beaucoup de passages le concernant semblait avoir été pris ailleurs et non pas dans du vécu comme pour les trois autres personnages.

Même si j'ai trouvé qu'il avait manqué une occasion en or de s'élever encore plus haut, ça reste un excellent roman avec une thématique brûlante très bien racontée et une plume souple et agile.

Ma note: 4.5/5

lundi 4 février 2019

L'analyste: Show don't tell

Les yeux fixé au plafond, bien allongé sur le divan, j'écoute le grattement du stylo de mon psychanalyste sur son cahier.

-Ça a commencé quand?

-Oh, écoutez, surtout, avec un livre que j'ai lu cet automne.

-Et qu'est-ce qu'il avait de particulier?

-Sincèrement, c'est le premier avec qui ça m'est sauté dans la face.

-Quoi donc?

-Le show, don't tell

Le grattement s'interrompt.  Je peux presque voir sa tronche ahurie dans son silence.

-Et euh, qu'est-ce que c'est?

Je pousse un interminable soupir.

-C'est l'une des premières choses qu'on nous dit quand on commence à écrire.  Il faut éviter de raconter les choses, il faut plutôt les montrer.  Tenez, je vais vous donner deux exemples, vous allez comprendre, disons, le premier, c'est A:

-Elle rêvait de faire de la compétition, a répondu Corrine Valois, la travailleuse sociale.  J'ai eu affaire à Noor l'année dernière.  Pas parce qu'elle était difficile, mais plutôt parce que sa meilleure amie Léa nous donnait beaucoup de soucis.  J'avais remarqué que Noor pouvait avoir une influence positive sur elle.  Je suis d'accord avec Fatima, elle était douée et plutôt raisonnable.  Ce qui n'est pas toujours le cas à l'adolescence, lorsque les hormones voilent le jugement.

-Et maintenant, B:

-Elle rêvait de faire de la compétition, ajouta la quatrième femme qui n'avait pas encore parlé.

-Excusez-moi, votre nom?

-Corrine Valois, je suis la travailleuse sociale de l'école.

-Vous avez eu affaire à Noor?

-Oui, l'an dernier, mais pas pour elle, pour son amie Léa.  Elle nous donnait beaucoup de soucis et j'avais remarqué que Noor pouvait avoir une une influence positive sur elle.  Je suis d'accord avec Fatima, elle était douée et plutôt raisonnable.  

-Ce qui n'est pas toujours le cas à l'adolescence, fit remarquer l'inspecteur.

-Non, les hormones voilent souvent le jugement.*

-Vous voyez la différence?

L'absence de grattement, le silence: il réfléchit.

-Hum, le deuxième exemple me semble plus fluide, plus naturel, l'autre est plus figé.

-C'est exactement ça!

-Et où est le problème?

-Le problème, c'est qu'avant, si je le remarquais et ça m'agaçait, mais qu'en même temps, je n'avais pas les mots pour le dire.  Là, maintenant que je comprends c'est quoi, c'est encore pire.

-Hum, vous le voyez plus facilement?

-Tellement plus facilement!

-Oh, je comprends...

-Quoi, vous comprenez quoi???

-Rien, rien continuez...

-En fait, j'ai l'impression de complètement changer la façon dont je lis un livre.  Je ne les aborde plus de la même façon depuis que je me suis moi-même sérieusement mise à l'écriture.  Je suis normale ou non?

Le grincement du stylo s'arrête.

-Hum, on en discutera lors de notre prochain rendez-vous?

@+ Mariane

*A est un extrait d'un livre, B est une réécriture que je me suis amusée à faire.

vendredi 1 février 2019

Les Algonquiens de Nicole O'Bomsawin et Sylvain Rivard

Les Algonquiens  Textes de Nicole O'Bomsawin  Illustrations de Sylvain Rivard  Cornac  90 pages


Résumé:
Les Algonquiens forment un groupe linguistique et culturel présent sur la quasi-totalité du territoire nord-américain, de la Baie James au nord du Mexique actuel.  Ce livre a pour but de présenter de façon simple, mais précise et détaillé les traits caractéristiques des peuples qui le composent.

Mon avis:
90 pages...  En ouvrant ce livre, je m'attendais à un documentaire jeunesse ou ado à cause du nombre de pages.  Erreur grossière!  Bien au contraire, ce livre est une petite mine d'or sur les Premières Nations du groupe linguistique algonquien.  Parce que même si c'est résumé, tous les aspects des sociétés sont abordés: les techniques, les matériaux, l'art, les modes de subsistances, la spiritualité.  Le livre reste en mode scolaire (il est mentionné en quatrième de couverture qu'il a été pensé pour les enseignants), donc la présentation visuelle est assez classique, mais enrichie d'illustrations qui appuient bien le texte.  Cela n'empêche pas qu'il est une mine d'informations pour qui s'intéresse aux Premières Nations, d'autant plus que les livres aussi bien vulgarisé et accessibles ne sont pas si communs (du moins, selon mes recherches actuelles).  Le livre laisse d'ailleurs la place à certains contes de la tradition orale pour expliquer un concept, un enrichissement très intéressant.  Le livre n'a d'ailleurs comme seul défaut que sa principale qualité: il est bref.  Sincèrement, j'aurais pris 300 pages d'un texte d'une telle qualité!

Ma note: 4.5/5

mercredi 30 janvier 2019

Incendies de Wajdi Mouawad

Le Sang des promesses 2- Incendies  Wajdi Mouawad Collection Babel  Leméac/Actes Sud  170 pages


Résumé:
À la mort de leur mère, Jeanne et Simon se voient remettre deux lettres.  Une pour leur père qu'ils croyaient mort et l'autre pour leur frère qu'ils ignoraient avoir.  Pour les deux jumeaux, le choc est brutal, mais va surtout les obliger à confronter le passé de cette mère qu'au font, ils connaissent si peu.

Mon avis:
L'adaptation cinématographique de Denis Villeneuve m'avait profondément marqué et c'est pourquoi j'avais le goût de me frotter à l'oeuvre originale.  Il y a certes des différences entre les deux oeuvres, mais dans l'ensemble, l'esprit de la pièce de théâtre a été préservée dans le film.  

La pièce est plus onirique, moins dans le concret.  Elle nous transporte très profondément dans les émotions de ses personnages, dans leurs déchirements, qui font échos aux déchirements vécus par ceux qui vivent les guerres.  Les jumeaux ont été épargnés, mais ils portent en eux cette part d'ombre, acquise à la naissance.  C'est sur cette part d'ombre que se joue toute la pièce.  Si comme dans le film, les noms de lieux sont en arabe, le fait que les paysages soient absents donne une impression encore plus universelle au récit.

Évidemment, il n'y a que le texte qui soit ici accessible et il comporte très très peu de didascalies, ce qui m'a légèrement frustrée.  Il y avait un niveau de la pièce qui m'était inaccessible et qui appartient aux mystères de la scène et du théâtre.  Particulièrement avec cette oeuvre, c'était criant.  Tout n'était pas dans le texte.

L'écriture est toute en retenue.  Elle montre beaucoup plus qu'elle ne dit.  On a pas besoin de beaucoup de mots pour sentir la colère, la hargne, les déchirements, ce que la guerre fait aux êtres humains.  Nawal, au centre de cette histoire, reste, malgré ses actes, un personnage en faveur de la paix.  Dans un monde où tous perdent leur humanité, elle reste profondément humaine.

L'édition que j'ai lu était complété par un texte de l'auteur sur son processus de création que j'ai lu avec grand intérêt.  C'est une incursion rare dans des étapes de création faites de questionnements qui mènent à l'oeuvre finale.  

Ma note: 4.75/5

lundi 28 janvier 2019

S'inspirer de tout et des autres

Salut!

L'autre jour, en discutant avec un ami, grand lecteur de ce blogue, il me faisait la réflexion que je n'y parlais pas de grand chose concernant ma vie personnelle.  Je sais que des blogueurs parlent de leur vie quotidienne et je respecte tout à fait leur choix (ça fait parfois de délicieuses tranches de vies à lire! ;)  Si quelqu'un se reconnaît, ça risque d'être parce que cette personne a raison! :P ).  Personnellement...  Je sais pas, cette idée ne m'a jamais branchée.  Mon quotidien est un quotidien banal.  Il s'y passe plein de petits trucs, des drôles, des tristes, des frustrants (je conduis aux heures de pointes à Montréal...).  Je ne ressens pas ce besoin de parler tant que ça de ma vie.

Par contre, j'avoue que je pige partout des idées de blogue, des réflexions, des questions en l'air que j'attrape au vol.  Et je m'en sers beaucoup quand j'écris des billets.  Mon cerveau de blogueuse fonctionne à fond dès qu'on parle de livres ou de littérature.  Seulement, si je ne parle pas de ma vie personnelle, je ne me sentirais pas à l'aise de faire de même avec celle des autres, surtout si ces personnes ne sont pas au courant de l'usage que je vais faire d'une ou deux phrases échappées ici ou là.  D'autant plus qu'entre le moment où j'entends la phrase, la retient, y réfléchit et finalement l'écrit, ça peut être rendu très très loin de l'idée originale.  Par contre, chaque fois que je cite une personne comme étant un ami, soyez certains que cela vient effectivement de quelqu'un ;)

Ce qui m'a amené, dès le départ de ce blogue, à identifier par des termes assez vague les personnes dont viennent mes idées.  Un ou une ami(e) dont je truffe souvent les introductions de mes billets peuvent désigner au bas mots une bonne trentaine de personnes...  Ne pensez pas que j'ai un(e) ami(e) unique qui a autant de brillantes idées.  Certaines de ces personnes sont de simples relations que je vois de loin en loin, d'autres sont des amis plus proches.  J'en croise dans les salons du livre, dans mes cours de jiu-jitsu, au boulot et en discutant avec des gens complètement en-dehors du milieu littéraire.  Quand ça vient de mon père ou de ma mère, je n'ai pas autant de vergogne à les identifier.  Si mon cher Papa furète ici de temps en temps, ma mère ne lis mes billets que si je les lui mets sous le nez.  Quand à Frérot, ah, Frérot!  Je l'affuble de ce surnom depuis notre adolescence, l'époque où boutonneux et en pleine explosion de caractère, on se coltayait joyeusement.  Il est au courant de ses nombreuses citations sur mon blogue et adore les lire.  Neveu est arrivé ensuite, bien sûr, mais je trouvait juste qu'il hérite de ce nom.  Comme ça, on peut savoir qui il est par rapport à moi sans trop exposer sa vie privée, chose que je trouve essentielle pour un enfant.  Je lui donne tout plein de petits surnoms doux, mais je préfère les garder pour la vraie vie.

Un ami (hihihi!) m'a dit une fois qu'il adorait essayer de deviner si l'ami en question dans tel ou tel billet était bien lui ou un autre.  La plupart des «ami(e)» se reconnaissent.  Ça me fait toujours rire quand l'un d'entre eux commente en disant, Ah oui, c'était moi!  Ils ont la plupart du temps raison, même si je reste très vague dans mes descriptions.

C'est la façon, très personnelle et qui n'engage que moi, que j'ai trouvé pour satisfaire mon besoin de rendre à César ce qui revient à César (je n'ai aucunement le monopole des bonnes idées!) tout en respectant le fait que certaines personnes ne serait peut-être pas à l'aise d'être nommées de façon frontale dans un billet de blogue.  Surtout pour une petite phrase qu'ils ont oublié qu'ils ont dit!  Étant moi-même très discrète sur plein de pans de ma vie, j'aime mieux respecter celle des autres.  Ne soyez donc pas surpris du nombre d'ami(e)s que j'ai: ça pourrait bien être vous! ;)

@+ Mariane

vendredi 25 janvier 2019

1642 : Osheaga de François Lapierre et Tzara Maude

1642: Osheaga  Scénario de François Lapierre et Tzara Maude  Dessins et couleurs de François Lapierre  Glénat Québec  54 pages


Résumé:
1642: C'est l'histoire de Tekola le Huron, d'Askou l'Algonquin et de Gauthier le Français.  Tous les trois ont grandi en harmonie, à Trois-Rivières.  Cependant, leurs destins et leurs vies vont prendre un tournant différent, mais ils seront tous les trois réunis autour d'une nouvelle ville fondée par les Français, en plein territoire iroquois: Ville-Marie, anciennement appelée Osheaga.

Mon avis:
Disons-le tout de suite, cet album a été conçu comme un diptyque.  Dans celui-ci, l'histoire est racontée du point de vue d'Askou l'Algonquin.  Tous les personnages secondaires sont communs aux deux albums et l'intrigue principale est la même, mais on se concentre ici sur la situation vécue à travers les yeux des Premières Nations.

Et ouf!  On en a des choses à apprendre.  L'album montre l'intensité et la sauvagerie des guerres amérindiennes ainsi que la diversité des cultures en présence.  D'ailleurs, à un moment donné, c'est un brin mêlant car il s'agit souvent de regroupement de clans: le terme Iroquois peut désigner cinq nations différentes et ces cinq nations ont un surnom en français et un nom qu'ils se donnaient eux-même...  Fort heureusement, des notes de bas de case nous donnent les informations importantes.  Même si c'est une bande dessinée qui n'a pas vocation de pédagogie, c'est une authentique leçon d'histoire qu'on nous sert.

Du côté du dessin, visiblement, les auteurs ont fait beaucoup de recherche pour rendre les costumes, les coiffures et les armes des autochtones.  Les blancs également, mais je vais garder mon jugement pour l'autre diptyque.  Et il y a les paysages.  De nombreux plans larges nous donnent une idée de ce qu'était la vallée du St-Laurent à cette époque alors que les berges étaient en grandes parties encore vierges.  Idem pour ces cases parsemées au fil de l'album qui nous montre la nature sauvage et offre autant de moment de calme et de réflexion au milieu du tumulte et de la violence.  Les scènes de combat donnent une idée de la sauvagerie de ceux-ci, mais sont contrebalancées par d'autres qui montrent l'importance de l'idéal du guerrier dans la culture de ces différentes nations.  Ce sont deux facettes d'une même réalité qui frappent.

La structure des cases est assez classique.  Ça m'a un peu déçue parce qu'il y a un immense soin apporté au travail du mouvement.  On «sent» littéralement le mouvement, même dans les moments où les actions sont moins vives.  Cela aurait été encore plus intéressant si on aurait encore plus brisé les séquences des cases pour accentuer cet impact.

Les personnages autochtones ont des personnalités riches, variées et tous ont des buts, des idées, des doutes et une façon de voir le monde qui leur est propre.  Certains sont proches des blancs, d'autres les repoussent et c'est dans ce mélange de toutes ces opinions et ces personnalités que l'on voit se dessiner la réalité des ces nations confrontées à l'arrivée des Européens.  On est très loin des stéréotypes et ça fait du bien.  Le dessin de chacun d'entre eux est facilement reconnaissable et on ne risque pas de se mêler entre deux.

Et l'intrigue dans tout ça?  Elle ne révolutionne pas la roue, mais elle est efficace et surtout, elle nous fait beaucoup voyager!  Parce que les personnages se déplacent partout sur le territoire qu'ils connaissent, de Tadoussac aux abords des Grands Lacs.  Un petit rappel de la grandeur du territoire qu'ils occupaient avant l'arrivée des européens.

Ma note: 4/5

mercredi 23 janvier 2019

Kaspar d'Obom

Kaspar  Obom  L'oie de Cravan  84 pages


Résumé:
Kaspar Hauser est un enfant élevé seul dans une cave, avec un cheval de bois.  Un jour, un homme vêtu de noir l'en fait sortir et l'emmène sur une place publique avec une lettre expliquant son passé de façon nébuleuse.  Cependant, personne ne sait qui il est et d'où il vient.  Mystère complet.  Même pour lui-même.

Mon avis:
Kaspar Hauser est un personne historique, mais forcément énigmatique, puisque lui-même ignorait tout de ses origines.  Le dessin à la fois naïf et très simple de l'auteure convient parfaitement à cette histoire empreinte de mystère.  Parce que simple ne veut pas dire simpliste.  La personnalité de Kaspar Hauser, parachuté dans un monde beaucoup trop complexe pour lui-même, se trouve très bien servie par ce choix.  En restant centré très près de son personnage et de ses émotions, l'auteure réussit à nous le transmettre un peu.  Que pensait-il, qui était-il?  Le désarroi de cette personne si étrange est bien rendu.  D'autant plus que certains poèmes sont écrits par Kaspar Hauser lui-même.  Cette BD est un petit objet finement ciselé sur un sujet pointu, mais qui en vaut la peine.  Le seul point moins positif est cette impression bizarre qui reste en fin de lecture, mais il serait difficile qu'il en soit autrement, la vie de Kaspar Hauser a été à l'image de sa fin: non-élucidée.

Ma note: 4.5/5

lundi 21 janvier 2019

Faire gaffe à la carte

J'entre dans l'antre du vice et de la tentation.  Ce lieu est le lieu maudit pour une personne comme moi.  Rempli à craquer de livres, de DVDs, de revues, de disques, de... tout au fait.  Même d'autres choses, mais je les regarde moins.  Je sais en partant que le supplice sera terrible.  Bien caché au creux de mon sac à main, il y a une carte et c'est elle qui mène: c'est elle qui détient la limite à ce que je pourrais amener chez moi en repartant.  Elle seule.  Pas mes envies.  Non, surtout pas mes envies, sinon, je ramènerais les lieux au complet à la maison...

Je commence par zieuter le contenu des présentoirs.  Oh, ils ont le dernier Laferrière!  Je jette un coup d'oeil au livre, zieutant les images de chats et de Paris.  Les chats...  Dany Laferrière parlant de chats...  J'hésite, je le prends ou je le laisse?  Je le prends.  Ma carte, du fond de ma sacoche, m'envoie une petite secousse.  Message reçue, mais... OHHHHHHHHHHHHH!!!!!!!!!  Il y a un nouveau Nancy Huston!  Quoi, je n'en avais même pas entendu parlé!  Et tiens, le nouveau Nadine Bismuth juste là!  Oh, non, celui-là, c'est trop tentant!  Hop, je l'emmène!  Ma carte se rebiffe de nouveau.

Je passe au rayon de l'imaginaire.  Ouah, ils ont un mur entier qui lui est consacré!  Il y a de tout!  Des auteurs québécois (ils ont presque tous les Vonarburg, génial!)  En fait, il y a presque tous les Alire.  Les tressaillements de la courroie de mon sac à main me préviennent des avertissements lancées par ma carte.  D'accord, on se limite...  Mais comment choisir!  C'est une véritable torture, ça n'a aucun sens.  Bon, lequel j'ai pas lu...  Lequel j'ai pas déjà à la maison?  Je sais plus!  Bon, ok, on regarde les autres auteurs.  Ils ont du Philip K. Dick?  J'ai encore rien lu de lui!  Quoi, ils ont Blade Runner?  Le livre original.  Une petite secousse se fait sentir dans mon épaule.  Tant pis, je l'ajoute à la petite pile qui s'entasse dans mes bras.  Les Annales du Disque-Monde!  Sans blague, ils ont les ont tous.  C'est quoi le premier, c'est quoi le premier...  Celui-ci?  Et hop dans la pile même si ma sacoche comment à s'agiter toute seule.

Rayon littérature québécoise! Oh là là, le drame!  Ils ont un Dominique Fortier que je n'avais jamais vu...  Et pourtant, c'est sorti après Du bon usage des étoiles que j'ai lu cet automne.  Je réussis à caler le livre sur le dessus de ma pile malgré les soubresauts discrets mais réels qui agitent ma sacoche.  Je commence à en avoir une bonne petite pile...  Ma carte se rappelle à mon existence d'une secousse qui me scie l'épaule, mais, mais, ils ont tous les Michel Tremblay?  Ou à peu près tous!  Et plusieurs Yves Thériault aussi.  J'adore cet auteur, c'est un ami pas du tout littéraire qui me l'a fait découvrir.  On prend lequel?  J'avais jamais entendu parler des Contes pour un homme seul, je pense qu'on va prendre celui-là (ouille, mon épaule!).  Un Francis Malka?  Il en a pas publié beaucoup celui-là, mais j'adore sa plume, alors...  Ok, la pile commence à être un peu haute.  Et franchement, ma carte ne se gêne pas pour me faire comprendre son opinion sur la chose!

Sauf que...  Leur rayon de BD...  Ils ont Hiver nucléaire 3!  Ok, les Guy Delisle, je les aie pas mal tous lu, mais pas les Jean-Paul Eid!  Son Fond du trou entre autre, où il joue avec un livre percé, ça fait longtemps que je veux le lire!  Et il est là devant moi!  Ok, on va laisser Gaza 1956 de côté pour cette fois, ma pile commence à être vraiment lourde et ma sacoche à danser la samba...  En espérant qu'il soit là à ma prochaine visite...

Ne pas regarder le rayon DVD, ne pas regarder le rayon DVD, NE PAS REGAR...  Ils ont le film Genius?  Ok, ça compte pas, ça compte pas, c'est un film sur un éditeur!  Don Jon aussi.  Et Le monde de Charlie.  Ok, le premier, je l'ai jamais vu, ça va, mais les deux autres, je les aie déjà vu...  Mais je les avais adoré...  J'aimerais les revoir...  Euh, je fais quoi, je fais quoi...  Bon tant qu'à être dans le pétrin!

J'arrive au comptoir avec ma pile haute comme le Mont-Royal et la dépose sur le comptoir devant le commis impassible.

-Euh attendez, je suis pas sûre que je vais tout prendre, c'est pas certain que ça va rentrer sur ma carte dis-je en me débattant avec la fermeture éclair de ma sacoche qui s'agite dans tous les sens.

À peine aie-je réussi à l'ouvrir que ma carte en jailli, effectue un quadruple salto avant d'atterrir sur le comptoir en bombant le torse.

Le commis l'attrape et lui jette un oeil rapide.

-Pas de problème Madame, avec votre carte, vous pouvez emprunter jusqu'à 40 documents à la bibliothèque*.

-Ah oui?

-Oui, ajoute-t-il avant de s'attaquer au scannage de ma pile.

Du comptoir, ma carte me couvre d'un regard enamouré.  Je pense qu'elle aime autant les livres que moi...  On fait bien la paire toutes les deux!

@+ Mariane

*Du moins, à la ville de Montréal!

vendredi 18 janvier 2019

Slam poésie du Québec sous la direction de Pierre Cadieux

Slam poésie du Québec  Collectif sous la direction de Pierre Cadieux Collection Ado  Vents d'ouest 261 pages



Résumé:
Recueil de slam, dans tous les registres de cet art, par différents slameurs.

Mon avis:
J'ai lu ce recueil entièrement à voix haute et je reste persuadée que c'était une très bonne idée.  Parce qu'une partie de l'art du slam est ce que l'on entend.  Le travail sur les sonorités parlées est hallucinant dans ce recueil!  Comme c'est un collectif, on voit toutes les palettes du talent des auteur(e)s.  Des textes plus humoristiques aux textes plus profonds, des textes de colère aux textes de tendresse, tout y est.  Les auteurs ne tournent pas le dos aux anglicismes et aux québécismes, mais ils le font avec la langue parlée du Québec.  Un joli tour de force.  Pour qui veut découvrir le slam québécois, c'est une bonne porte d'entrée.  Par contre, le livre a dix ans.  Je suis sûr que cet art a depuis beaucoup évolué!

Je ne note pas, je ne me sens pas apte à mettre une note à de la poésie.

mercredi 16 janvier 2019

C'est pas facile d'être une fille: 2- Tout va bien aller de Bach

C'est pas facile d'être une fille  tome 2  Tout va bien aller  Bach  Mécanique générale  147 pages


Résumé:
Estelle et Charles décident de se marier!  Entre les décorations, les fleurs et la salle à prévoir (sans compter la recherche de LA robe!), Estelle se débat avec sa grande amie Stéphanie qui se cherche, apprend à conduire et se demande si elle ne fait pas une belle gaffe en s'engageant!

Mon avis:
Le coup de crayon et le ton de Bach n'ont pas pris une ride!  Si cet album est un peu plus sérieux que le premier, on rigole toujours autant!  Je dis sérieux parce qu'au lieu d'une suite de petites scènes comme dans le premier tome, là, il y a une véritable ligne directrice, ce qui fait qu'on aborde aussi, par la bande, la thématique de l'engagement.  Et les angoisses qui vont avec!  Entre ça et sa meilleure amie qui se cherche, essayant alternativement le véganisme, le sans gluten, les thérapies et les styles vestimentaires les plus loufoques, avant de finalement terminer avec la plus logique des choses (solution que je soutiens à 100%, mais je vous dit pas quoi!).

Il y a aussi la recherche de LA robe, chose qui frôlera la (vraiment très drôle) catastrophe dans le cas d'Estelle.  Sans compter tous les autres petits détails: la recherche de la salle, l'enterrement de vie de garçon et de fille, les décorations de table, etc.  Bach nous fait entrer dans les petits détails de la préparation d'un mariage, de tout le stress qui l'accompagne, mais n'oublie pas la vie quotidienne.  La scène où le chat vomi sur la moquette alors que tous les deux sont en mode on s'envoie en l'air sent le fait vécu, mais on éclate de rire en voyant leur tête.

Le dessin est toujours aussi agile, un brin cartoonesque, mais avec une facture qui permet d'aborder des thématiques plus sérieuse sans détonner.  Les fonds alternent entre différentes couleurs pour distinguer les différents BD qui constituent le recueil.  C'est une bonne idée, d'autant plus que la couleur est souvent en lien avec la tonalité émotionnelle de la scène.  Les dessins du mariage, réalisé comme autant de photos, sans aucun phylactère, sont ma partie préférée de l'album.  Il n'y avait pas besoin d'en dire plus, tout était là.

Ma note: 4.5/5

lundi 14 janvier 2019

Neveu et les livres

Salut!

Neveu a neuf ans.  Il sait maintenant lire.  En fait, il aime bien lire.  Des fois.

Neveu adore lire avec Papa.  En fait, il aime beaucoup quand Papa lui lit des histoires.  Ses préférés?  Les BDs de Tintin.  Si si!  Papa et Fiston font religieusement la lecture de quelques pages le soir avant d'aller dormir.  Et les yeux de Fiston brillent dans ces occasions-là!  Il adore entendre la voix de Papa imiter celle du Capitaine Haddock avec ses jurons!  Ils ont déjà parcouru tous les albums, mais Neveu a réclamé une seconde lecture.  Ils sont donc repartis pour un tour!

Neveu aime aussi les Garfield.  Quand je l'emmène à la librairie, c'est sûr qu'il va aller faire un tour dans les rayons pour aller voir s'il y a un nouvel album.  Il connaît le rayon où ils sont rangés par coeur!  Ensuite, j'ai droit à un regard de Chat Potté pour que je le lui achète...  Je ne l'emmène pas trop souvent là pour cette raison.  Il regarde aussi les Agent Jean, une BD un brin déjanté d'une auteure québécoise.  Je l'ai vu plusieurs fois rire tout seul sur le divan du salon, bien plongé dans son univers de petites cases et de phylactères.

Il y a une part de moi qui est très heureuse de le voir aimer autant la bande dessinée.  C'est un bon médium pour attraper la piqûre de la lecture.  Je garde de fabuleux souvenirs de mes lectures de jeunesse et parmi les plus marquantes, il y a nombre de bandes dessinées.  Quand je le vois hésiter entre la tablette et une bande dessinée, les yeux lorgnant vers les petites cases, je ne peux qu'être heureuse de le voir lire.  La BD ne gagne pas toujours, mais...

Mais...  Il y a ces autres moments où je me rends compte qu'il ne lit rien d'autre.  Et ce n'est pas faute d'avoir des livres!  Une tante ex-libraire ne peut pas s'empêcher de garnir les rayons d'une bibliothèque vierge.  Mais malgré mes efforts, les livres dépourvus d'images ne trouvent pas grâce à ses yeux.  Il leur jette un coup d'oeil rapide et ils prennent ensuite la poussière.  J'ai essayé de l'emmener vers ces livres, mais je ne parviens pas à capter son attention.  Il faut dire que n'étant pas là sur une base quotidienne, ça ne me facilite pas la tâche.  Même s'il est entouré de livres jeunesse captivants, Neveu n'est pas tenté vers eux.

Il y a une part de moi qui est un peu découragée.  Je sais l'importance de la lecture pour plus tard.  Je sais aussi toutes les merveilles qu'elle a apporté dans ma vie.  Pour l'instant, Neveu et moi n'avons pas cette passion en commun.  Une autre partie de moi se dit que je suis mieux de le laisser aller à son rythme à lui et de suivre ses envies.  Je ne sais que ce n'est pas simplement en lui mettant des livres entre les mains qu'il développera son goût pour la lecture.  Qu'il faut commencer par l'intéresser à lire une histoire.  Et ensuite, le pousser à la lire par lui-même, avant de le laisser lire seul.  Je ne sais pas s'il n'est juste pas rendu là ou encore s'il ne développera pas ce goût.  Comme il est un peu à cheval entre les deux, je suis légèrement inquiète.

N'empêche, quand il est chez moi et qu'il zieute mes BDs, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il y a de l'espoir.  Parce que peu importe ce qu'il lit, l'important, c'est qu'il y prenne du plaisir.

@+ Mariane

vendredi 11 janvier 2019

Chat sauvage de Jacques Poulin

Chat sauvage  Jacques Poulin  Leméac/Actes Sud  188 pages


Résumé:
Écrivain public, Jack Waterman coule une vie tranquille avec son amie Kim dans une petite maison du Vieux-Québec.  Un vieil homme se présente un jour à sa porte pour écrire une lettre à sa femme dont il est visiblement séparé.  Intrigué par le personnage, Jack commence une longue traque à travers les ruelles de Québec de cet homme étrange.

Mon avis:
J'avais déjà lu du Jacques Poulin.  Au secondaire, comme pas mal de gens de mon âge, je m'étais tapé Volkswagen Blues en lecture obligatoire.  J'en gardais un très bon souvenir.  En ouvrant ce livre, il me semblait que le narrateur (et personnage principal) m'était familier.  En fait, j'étais dans le mille: c'est le même personnage, avec quelques décennies de plus.  E il possède encore un vieux Volkswagen!  Bref, je l'ai retrouvé avec joie, malgré les années.  Il est plus vieux, certes, mais il est encore là, un peu pataud, incertain de la vie qu'il souhaite vraiment, mais cherchant encore, par petites touches, à tracer son chemin.

L'histoire racontée est toute simple.  Il n'y a pas de grands effets ni de moment de tension étourdissante, mais c'est justement cette façon de raconter qui fait le charme de cet livre.  Le narrateur, lui-même auteur, parle de son processus d'écriture et on peut penser que c'est un peu l'auteur qui parle avec lui.  Il mentionne à un moment la petite musique des auteurs américains qu'il essaie de rendre dans ses livres.  J'aurais tendance à dire que c'est justement à cause de cette petite musique que l'on a envie de continuer la lecture.  Ce livre est un régal du côté du style et de l'écriture.  Le livre est d'ailleurs bourré de références littéraires.  Chapeau au chapitre où le narrateur critique la traduction d'un roman américain parlant de baseball faite par un auteur français!

Quatre personnages se partagent le roman.  Le narrateur, le vieux, la jeune fugueuse et Kim.  Leurs relations sont de l'ordre du quotidien, mais il s'en dégage une grande tendresse et une grande douceur.  L'auteur ne dit volontairement pas tout sur eux.  Il y a une grande pudeur dans leur traitement et pourtant, on se dit qu'on pourrait les croiser dans la rue tellement ils sonnent vrais.

Et il y a la ville de Québec, elle aussi personnage de cette histoire.  L'auteur nous promène dans ses rues, ses ruelles, ses places, nous décrit l'ambiance et l'atmosphère, les gens qui y vivent.  Je ne connais pas parfaitement la ville, mais ses descriptions me donnaient envie de prendre une carte et de suivre les déambulations du personnage.  Le tout est très incarné et cette histoire, si elle avait pu avoir lieu ailleurs, est tellement bien incarnée dans ce décor que je ne peux pas me l'imaginer dans une autre ville.

Une petite lecture toute douce, mais porté par une telle écriture qu'elle en devient un magnifique roman.

Ma note: 4.75/5

jeudi 10 janvier 2019

La femme aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

La femme aux cartes postales  Jean-Paul Eid et Claude Paiement  La Pastèque  227 pages


Résumé:
1957: Rose Grenier quitte son petit village gaspésien en laissant une lettre sur l'oreiller.  Elle veut connaître la ville, la scène et surtout le jazz.  En compagnie d'un vieil ami, pianiste, et d'un trompettiste, elle fera carrière à un moment où le Rock'n roll, la télévision et Jean Drapeau mettent fin à toute une époque.

2002: Un homme est interrogé par les autorités américaines à Paris.  Selon toute vraisemblance, il serait mort dans les attentats du 11 septembre.  Mais il est toujours vivant.  La seule possibilité?  Un frère jumeau inconnu.

Mon avis:
Je ne sais pas trop comment ni par où commencer pour parler de cette BD, parce que sur tous les points, c'est une absolue réussite.

Tiens, commençons par le dessin.  Tout, d'un bout à l'autre est dans un dégradé de gris et noir, mais malgré tout, on reconnaît la couleur qui devait émaner de toutes ces tenues de scène chatoyantes que portaient Rose.  On est dans le glamour d'une époque.  Cependant, ça ne s'arrête pas là.  Le moindre décor et arrières-plans regorgent de détails, autant à Montréal que dans le village natal de Rose.  On sent partout l'atmosphère de l'époque où ont lieu les événements.  Il y a une texture dans les dessins qui permet de savoir en une case à quelle époque on est situé.  Si j'ai eu un peu de mal par moment à reconnaître les deux principaux personnages masculines (Lefty et Tricky), ça n'a à aucun moment gâché ma lecture.

La BD s'amuse à se parsemer de cartes postales.  C'est Rose qui se les envoie à elle-même.  Un procédé narratif intéressant puisqu'elle se raconte les événements pour mieux se les rappeler plus tard, mais nous donne en même temps plein d'informations sur sa situation présente: où elle vit, ce qu'elle fait.  Les images des cartes postales sont souvent très révélatrices en elle-même.  D'ailleurs, à quelques reprises, les auteurs ont prévus des ellipses constituant essentiellement en pleines pages d'images d'époques, de la publicité, des programmes de concert, des articles de journaux mêlant réalité et fiction.  Même si cela peut paraître hors-contexte, ces images servent au contraire à nourrir l'histoire de bout en bout.  Elle ne l'enrichissent pas, elle raconte l'histoire d'une façon un peu inusité, mais elles font vraiment parti du récit.

Rose est le personnage principal de cette BD.  C'est elle, cette femme aux cartes postales du titre.  On la voit à travers le spectre des années, de jeune femme désireuse de gloire jusqu'à sa maison, après sa mort, où restent les dernières traces de sa vie.  On la voit passer sous nos yeux de jeune fille naïve à femme plus mature jusqu'au moment où le drame la frappe encore.  J'ai surtout trouvé intéressant que les dernières années de sa vie soient racontées à travers ce qu'elle laisse derrière elle.  Les objets parlent et racontent leur histoire.  Un flacon de médicament renseignera Victor plus qu'un long discours.

Victor est l'autre personnage principal.  Cet homme dans la mi-quarantaine voit sa vie bouleversée par la découverte de ce frère jumeau qu'il ne connaissait pas, lui qui a été adopté à la naissance.  Son enquête pour retrouver ses origines passera en grande partie par ce qu'il trouvera dans cette fameuse maison.  Alors que Victor cherche le passé, Rose continue sa vie vers l'avant.  Les deux histoires s'entrecroisent, se répondent, se nourrissent l'une l'autre. Elles trouveront leurs conclusions qui finira par n'en faire qu'une.

J'ai été bouleversée par cette histoire.  L'intrigue se noue lentement.  Alors que Victor essaie de comprendre à rebours les événements, Rose les vit.  La construction narrative de l'histoire est brillante puisque même si on devine certains éléments, la structure permet de nous garder en haleine tout au long et surtout, de comprendre la complexité de ce que vivrons les personnages.  Jusqu'à la toute fin ou en une réplique, un des personnages remet tout en question.  Et c'est très bien ainsi.

Je pourrais encore parler longtemps de cette BD, mais je vais résumer en une petite phrase:
C'est un coup de coeur!

Ma note: 5/5