mardi 23 octobre 2018

Quand on cherche... on peut être surpris de ce que l'on va trouver!

Bonjour!

J'ai lu récemment un livre qui m'a fait vibrer, trembler, retourner et fait intérieurement frémir de bonheur intellectuel (j'arrête ici les descriptions ok? :P ).  Il s'agit de 1491, de Christopher C. Mann.  Si vous n'avez pas lu ma critique, c'est par ici!  Ce livre m'a interpellée de bien des façons et j'ai voulu en savoir un peu plus.  J'ai donc lu attentivement sa bibliographie et commencé à zieuter les articles qui ont nourri sa réflexion.  Particulièrement un article qu'il cite dans son introduction comme étant une de ses sources d'inspiration.  Un article publié en 1992 dans une revue savante américaine...
Pour le commun des mortels sans doute, ça aurait dans le domaine du ouf, je me casserais pas la tête à essayer de trouver ça.  Je l'ai plutôt vu comme un défi.

Vous savez quoi?  Je l'ai trouvé!  Ça m'a pris à peu près 15 minutes.  Gros max.  Et le fichier était téléchargeable et accessible gratuitement!  Bon, il faut le dire, j'ai fait un bac en enseignement de l'histoire, donc j'ai une base intéressante pour l'utilisation de certains outils de recherche beaucoup plus précis et intéressants que le géantdelarecherche.com.  Je sais pas si j'aurais trouvé si j'étais passé par là!  Mais bon, je savais que le catalogue numérique de la BANQ donnait accès à certains périodiques sur une plate-forme web et j'ai fouillé.  Il m'a fallu utiliser quelques mots clics pertinents, comprendre que la revue avant changé de nom quelque part au début des années 2000 ( :O ) et ma carte d'accès à la BANQ, mais pour le reste, fiou!  Ce n'était pas si complexe quand on savait la base.  Fort heureusement, je l'avais!

J'ai poursuivi mes recherches sur un autre sujet dont on parlait aussi dans le livre (je vous l'aie dit que j'avais aimé ce bouquin?).  Mes recherches m'ont encore une fois amené sur l'excellent site de la BANQ et j'ai trouvé plusieurs références, dont deux qui n'était consultables que sur place.  Je m'y suis donc pointée et j'ai été guidée par deux commis très serviables qui m'ont orienté vers une bibliothécaire professionnelle.  Cette charmante dame m'a aidé dans mes recherches et m'a expliqué comment faire pour consulter les livres uniquement disponibles dans les voûtes.  Il fallait remplir un formulaire, on m'a expliqué que je serais contactée dans les 2 à 4 jours ouvrables et que j'aurais ensuite un délai de trois semaines pour aller consulter le livre sur place.  J'ai donc fait la demande.  2 jours ouvrables plus tard, j'ai reçu un courriel m'expliquant qu'une version numérisé du livre existait...  et on m'a fourni l'adresse électronique y menant tout droit.  J'ai fouiné un peu sur cette banque de données et... :O

En plus, la bibliothécaire m'avait appris à faire des recherches sur une banque de données que je ne connaissais pas, Érudit, un accès en ligne à toute une série de revue de recherche.  Une autre mine d'or!  Accessible super facilement, encore une fois depuis le site de la BANQ.  Et encore, je ne vous parle pas des merveilles que j'ai trouvé sur les rayons des bibliothèques de la ville de Montréal!

Vous savez le mieux?  Rien de tout cela ne m'a coûté un seul sous noir.  Morale de l'histoire?  Si on veut vraiment trouver, on peut trouver et même des pépites d'or.  L'information n'est pas si inaccessible que ça, même sur des sujets pointus.  Évidemment, il faut avoir une base de recherche, ne serait-ce que savoir que les outils existent et qu'ils sont accessibles.  Il n'y a jamais eu autant d'information de disponible et de qualité.  Et jamais leur accessibilité n'a été aussi grande.  Sans même avoir à avoir à ouvrir son porte-feuille.

De nos jours, on dirait parfois que notre paresse nous fait sauter sur la première référence plutôt que de penser à chercher un petit peu plus loin que le bout de notre souris.  Pourtant, jamais ça n'a été aussi facile de trouver les bonnes sources.  Même les universités mettent leurs bibliothèques en ligne!  C'est surprenant qu'en cette ère, les fameuses fausses nouvelles soient aussi abondantes.  Et pourtant, en même temps non.  Quand il y a tant d'informations à portée de main, de savoir faire la différence entre une bonne et une mauvaise information peut devenir de plus en plus difficile.  On appelle ça l'esprit critique et c'est autrement plus difficile à développer que de savoir où chercher...

@+ Mariane

jeudi 18 octobre 2018

Shelton et Felter: 2 Le spectre de l'Adriatic de Jacques Lamontagne

Shelton et Felter  tome 2  Le spectre de l'Adriatic  Scénario et dessins  Jacques Lamontagne  Coloriste Scarlett Smulkowski 48 pages


Résumé:
À peine remis de leurs premières aventures, Felter s'embarque à son corps défendant sur le paquebot l'Adriatic à destination de l'Angleterre.  Il doit  assister aux funérailles de sa soeur qu'il n'a pas vue depuis vingt ans.  Voyez-vous, c'est qu'il a le mal de mer...  Shelton l'accompagne.  Il fait bien.  À bord, un maître chanteur sera bien vite assassiné, des portes-feuilles disparaissent des poches de ses messieurs et une vedette de cinéma a un comportement des plus étrange.  Bref, il y a à bord de quoi faire oublier le mal de mer de notre libraire préféré!

Mon avis:
Cette Bd est un pastiche des enquêtes à la Sherlock Holmes où il faut être attentif au moindre détail pour pouvoir saisir qui est, au final, le meurtrier.  Dans ce sens, c'est réussi, mais il faut apprécier d'être légèrement mené en bateau!  Les ficelles qui relient les indices sont légèrement trop grosses pour être véritablement crédibles, mais au final, c'est vraiment divertissant.  Les deux personnages ayant été présenté dans le tome précédent, on les connaît et on passe plus de temps sur le mystère du qui est le meurtrier.  Le talent de l'auteur, qui est aussi le dessinateur est indéniable au point de vue du cadrage et du déroulement de l'histoire.  Le dessin des personnages est bien fait (on sent le métier derrière) et l'effet du mouvement est réussi.  Tout roule ma poule!  Mais au point de vue de l'intrigue policière, c'est un peu moins réussi.  Et ça fait diminuer le goût de lire cette BD.  Je crois que je ne suis pas vraiment le public cible...  Ça doit prendre une petite touche de naïveté de plus que ce que je n'ai pour bien embarquer dedans.  Je devrais la faire lire à Neveu...

Ma note: 3.75/5

lundi 15 octobre 2018

Hommage à F

Me lever avant l'aube, me préparer, sauter dans la voiture alors que le soleil est à peine levé.  Partir sur la route, rouler, rouler des heures, remonter la 40 ou la 20 selon ce qui adonne le plus.  Arrêter en chemin ramasser un petit déjeuner parce que le prendre avant de partir voudrait dire avoir l'estomac dans les talons avant l'arrivée.  Ma famille élargie n'a jamais compris que quand on monte de Montréal, prévoir le salon funéraire à 9h le matin à Québec est beaucoup trop tôt.

Et oui, le fameux salon...  De toutes les funérailles auquel j'ai assisté, le lien commun est toujours ce fameux passage dans cette salle bondée aux bruits de conversations jamais brisées par un éclat de rire.  Le ton est solennel et ennuyeux.  Mes oreilles d'enfant se rappellent de cette rumeur, moi qui aie bien trop fréquenté ces endroits à cet âge.  Sans le comprendre.  Maintenant adulte, je retourne au salon funéraire à l'occasion des morts qui commencent à tisser la trame de l'histoire familiale.  C'est la seule occasion que j'ai de revoir mes cousins et cousines, tous mariés et bien occupés avec leurs familles.  De toutes façons, les partys de Noël ont pris fin avec la mort des grands-parents, je ne les connais que très peu.  J'ai même parfois un peu de mal à replacer certains noms sur des visages que je reconnais pour le reste.

Ma tante F est morte le 2 octobre 2018.  Une femme discrète que je n'avais pas vue depuis des années.  Depuis son ACV survenu en 2011, elle n'était plus guère sortie du centre de soins où elle vivait.  Je garde par contre un très bon souvenir d'elle.  Nous avions toutes les deux en commun deux amours: les livres et les chats.  C'est la seule de la famille à part la mienne à jamais avoir eu un félin et elle en parlait toujours avec une grande affection.  Et puis il y a les livres...

Lorsque j'avais une dizaine d'années, ma tante m'a offert lors d'une visite à Québec une boîte de livres.  Une boîte dont elle voulait juste se débarrasser.  Ce n'était sans doute pas les meilleurs choix littéraires, mais quand même.  C'est à elle que je dois d'avoir lu du Danielle Steel, du Barbara Taylor Bradford et du Kathleen E. Woodiwiss.  Ma mère qui m'interdisait les romans Harlequin n'y a vu que du feu.  J'ai tenu un bon bout de temps sur cette boîte de livre.  Je les aies presque tous lus et presque tous donné lors d'un grand ménage de bibliothèque, vers la fin de mon adolescence.  N'empêche...

Tante F m'avait donné des livres.  Des livres qu'elle aurait pu revendre à une bouquinerie, ce qu'elle n'a pas fait.  Ce sont sans doute les premiers livres que j'ai lu qui sortaient du domaine de la littérature jeunesse pour rentrer dans celle des adultes.  Cette boîte de livres a tenu occupée la jeune adolescente que j'étais, qui habitait loin d'une bibliothèque, pendant un sacré bon bout de temps.  Ce sont les premiers romans épais que j'ai lu.  Ça m'a fait découvrir une façon de raconter des histoires différentes des romans jeunesse, ça m'a appris que ces livres-là étaient dorénavant à ma portée.  Mon cerveau a pris bonne note de cette information.

La main sur son urne, j'ai pris un bref moment pour lui souhaiter bon voyage.  Elle venait d'être libérée de son corps qui la gardait prisonnière d'elle-même depuis des années.  Et j'ai ajouté en mon fort intérieur: «Merci pour les livres!»  Elle avait sans doute oublié cette boîte depuis des années, mais pas moi.  La pré-adolescente que j'étais a bien profité de ce don, fait sans doute sur un coup de tête.  C'est un lien d'une lectrice à une autre, un lien silencieux, mais précieux, que celui de donner ses livres.

Merci pour les livres Tante F.  Et bon voyage.

Mariane

jeudi 11 octobre 2018

Whisky et paraboles de Roxanne Bouchard

Whisky et paraboles  Roxanne Bouchard




Résumé:
Élie a fuit, fuit Montréal par les innombrables routes du Québec, fuit jusqu'à trouver ce vieux chalet dans un coin isolé, au bord d'un lac.  Elle y fera la rencontre d'un pianiste jazz amérindien, d'un chanteur populaire collectionnant les lettre d'amours de ses admiratrices, d'un violoniste féru de patrimoine et de transmission et de sa femme flûtiste aux cheveux d'algues.  Mais surtout de la petite Agnès, qu'elle surnommera Amarosa, la fille de l'amour, au corps couvert de traces bleues...  Dans ce petit univers, Élie déferra lentement l'écheveau de ce qu'elle a vécu, à l'aide de poésie et de whisky.  On dit qu'il faut tout quitter pour recommencer, mais ne traîne-t-on pas à l'intérieur de nous l'essence de ce qu'il faut changer?

Mon avis:
Point indiscutable, la plume de l'auteure est absolument magnifique.  On dirait de la dentelle.  Il y a dans ce récit une poésie qui transpire de chacune des pages, même si le récit est écrit en prose.  La poésie de Miron fait d'ailleurs quelques apparitions ici et là au fil du texte et Élie mentionne ses lectures de poésie.  Mais cela va plus loin que ça: tous les dialogues des personnages ou presque sont magnifiques.  Quelque part entre les déclamatons des théâtres grecs antiques et les strophes d'un poème, on les dirait ciselé dans du cristal pour leur beauté.  Ça pourrait détonner que de les entendre parler ainsi dans la vraie vie, mais vu la nature du texte, ce n'est pas le cas.  Au contraire, tout coule de source.  Les personnages traînent tous leurs propres misères et c'est à force de contacts et de paroles entre eux qu'ils déferont l'écheveau de leurs émotions.  Ce classique d'une bande de personnes qui s'entraident dans leurs difficultés a une part de clichés, mais l'auteure réussit à en faire une histoire où ce n'est pas tant l'entraide et la solidarité que le cheminement personnel de chacun des personnages qui est intéressant.  Surtout la petite Agnès, qui avec ses cheveux fous, fera fondre le coeur d'Élie.  La difficulté de l'engagement est abordé, mais jamais de manière frontale, ça se développe tout en délicatesse.  Le tout dans le cadre magnifique d'un lac entouré de chalets.  On suivra tout au long de l'année à la fois les transformations de la nature et les transformations des personnages.  Avec une rare humanité.  Un livre magnifique, qui se lit comme un roman, mais qui s'aborde avec le coeur.

Ma note: 4.5/5

mardi 9 octobre 2018

Compter, calculer l'art

Salut!

Récemment, j'ai vu et entendu beaucoup de débats sur la parité, sur l'inclusion, sur les minorités.  Souvent, les tenants de l'inclusion sortent les statistiques et les calculatrices pour expliquer que le problème n'est pas toujours au fil d'arrivée, mais bien à la ligne de départ: s'il y a moins de candidates aux élections, c'est un peu normal qu'il y ait moins de députées au parlement.  S'il y a moins d'étudiantes en science, c'est normal qu'il y aie moins de professeures dans le domaine.  On pourrait multiplier les exemples.  Je pourrais aussi reprendre les mêmes en changeant le terme femme par membre des minorités visibles ou sexuelles.  Le problème est souvent à la base.

Dans le domaine des arts, c'est un peu la même chose.  On remarque que les femmes et les membres des minorités ont moins de rôles ou des rôles moins importants dans les séries télé et les films.  On remarque que les chances d'une réalisatrice de porter son projet à l'écran sont moindres.  On remarque que les scénaristes féminines sont moins nombreuses au générique.  Sauf que dans le domaine des arts, le problème n'est pas vraiment à la base: on se bouscule souvent au portillon pour entrer.

Comment on le sait?  Parce que les gens ont des calculatrices et des statistiques pour le prouver!  Sauf que là, on en vient à un total oxymore: l'art et les calculs, c'est deux trucs complètement séparés!  Ça ne marche pas ensemble!  On peut pas créer une oeuvre d'art avec des calculs, avec des règles, avec des exigences comme ça!  Si vous penser vraiment ceci, je vous invite à jeter un coup d'oeil à ceci ou encore à cela.  Ou encore à penser aux nombreux artistes peintres de la Renaissance comme Léonard de Vinci qui ont cherché la perfection à travers de savants calculs.  Son homme de Vitruve en est un exemple.  Oui, mais ça, c'est dans l'art visuel, c'est pas la même chose, dans la littérature!  Hum, hum...  Vous avez déjà lu des sonnets quelqu'un?  Si non, je persiste à croire que vous pensez que les gens qui en écrivaient ne savaient pas compter...  J'ose aussi croire que vous n'avez jamais entendu parler du mouvement Oulipo qui faisait des contraintes dans l'art une de leurs motivations et faisaient travailler côte à côte littéraire et mathématicien...  Je pourrais multiplier les exemples dans tous les domaines des arts, mais je crois que le coeur du problème, ce n'est pas nécessairement les maths et les arts.  C'est sur quoi porte des calculs qui semblent bien davantage causer problème.

Parce que si on expose un malaise, mais qu'il n'est pas chiffré, ça reste un malaise.  Ça reste une impression, ça reste quelque chose de subjectif.  Et c'est dur de se battre sur quelque chose de subjectif.  Parce que cela peut énormément varier selon les personnes, ce qui est le propre de toutes les choses qui sont subjectives.  Quand on sort les calculatrices et les statistiques, on sort de la subjection pour montrer que celle-ci n'est pas basé sur rien et que oui, c'est vrai.  Et ça, honnêtement, ça peut faire très très mal.  Mal aux personnes qui n'ont pas de problèmes avec la situation, mal avec ceux qui la trouvent normales et qui y trouve leur compte.  Mal parce que de mettre des chiffres sur un problème, au-delà des belles paroles, ça pousse les gens à faire quelque chose de très inconfortable, voir de confrontant: se remettre en question.

Depuis quelques années fleurissent sur Internet une pléthore de tests visant justement à mettre des chiffres et des mots sur ces exemples.  Le plus populaire reste sans conteste le test de Bechdel.  Si vous ne le connaissez pas, le voici en version simple: l'oeuvre doit contenir deux personnages féminins qui ont un nom, qui doivent se parler au moins une fois et d'autre chose que d'un homme.  Ce test, comme tous les tests qui existent pour parler de sous-représentation des femmes, des minorités ou d'autres formes de sous-représentations sont bien évidemment imparfaits.  Il suffirait de mettre deux infirmières qui se demandent dans quel sens va le bateau dans un film de guerre pour passer le test...  Mais il permet de pointer du doigt certains faits qui peuvent être malaisant à constater.  J'ai adoré le film The King's speech.  C'est un excellent film.  J'ai compté cinq autres personnages féminins nommés dedans (Élizabeth la Duchesse d'York, les petites Élizabeth et Margaret, Myrtler Logue et Wallis Simpson), mais j'ai dû chercher pour être capable de trouver une réplique qui lui permet de passer le test.  J'ai fini par trouver, mais c'est surprenant de voir à quel point le film accorde peu d'espace à ses personnages féminins, malgré la place importante réservée à Helena Bonham Carter.  À part quelques brèves scènes, tout au long du film, elle ne parle qu'à des hommes.  Maintenant, je vais essayer de trouver un seul film ou une seule oeuvre littéraire grand public qui ne met pas en scène deux personnages masculins qui ont un prénom et qui parle d'autres choses que des femmes ne serait-ce que brièvement...  Ok, attendez un peu, je vais chercher...

L'aurais-je remarqué sans le Test Bechdel?  Sans doute non.  Certes, quand on a un instrument pour mesurer, soudain, beaucoup de choses qui était invisible deviennent visibles.  Et soudain, on ne peut plus faire comme si ça n'existait pas, on ne peut plus les ignorer bêtement comme si c'était juste une perception.  On a des faits.  Les faits sont toujours plus difficile à balayer du revers de la main que les perceptions parce qu'ils ne sont pas subjectifs, mais bien objectifs.  Avec les faits suivent pas très loin les remises en question et là, on entre dans un domaine qui peut être source de beaucoup, beaucoup d'inconfort.  En premier lieu pour les personnes qui ne sont pas concernées directement par le problème ou qui bénéficient de la situation actuelle.  Dans ce cas, il est plus facile de dénoncer les torts du test ou le messager que la situation qui est à l'origine du test ou de la parole du messager...

J'ai récemment vu passer beaucoup de commentaires sur le sujet.  On ne peut pas renvoyer l'art à des calculs!  On ne peut pas obliger les créateurs à faire des pièces en utilisant des grilles pour avoir le bon nombre de femmes, de minorités visibles et sexuelles, de ci ou de ça.  Les détracteurs refusent tout net!  On parle de détruire l'art comme si c'était quelque chose que l'on peut détruire si facilement ou encore de voir celle-ci réduite à de la peinture à numéro!  (J'avoue que celle-là je l'ai trouvé drôle!).  Quand j'entends ce genre de plaintes, je ne peux m'empêcher de penser aux innombrables contraintes qui pèsent sur l'art.  Est-ce que l'inclusion est pire que les demandes d'une maison d'édition face aux textes d'un auteur qui débute, d'une maison de production face à un scénario, des contraintes de temps et d'espace d'un film, sans parler du sempiternel budget?  Les gens râlent mais ne disant pas que c'est en train de réduire l'art à de la peinture à numéro...  Ce merveilleux billet de Fanny Britt résume d'ailleurs mieux que je ne le peux mon opinion sur le sujet.

De un, l'art, justement parce que c'est de l'art, ne sera jamais parfait, ni parfaitement représentatif, ni parfaitement inclusif, ni parfaitement misogyne ou raciste ou homo/transphobe.  C'est justement le propre de l'art d'être au-delà de tout ça.  Mais l'art part des artistes et c'est justement ça qui est visé: en parlant des problèmes de représentation, on veut faire réfléchir les artistes.  S'ils ne veulent rien savoir et bien... qu'ils n'en fassent rien!  Le hic, c'est que plus de gens réfléchissent, plus de gens sont sensibles et plus de gens risquent de voir ce manque d'inclusion.  Parce que les normes sociales sont en constantes évolutions et peu importe ce que certains en disent ou en pensent, l'art est quelque chose qui se bâtit dans un contexte socio-culturel précis.  Toujours.

De deux, aucun créateur, je dis bien aucun, n'a envie de créer avec un cahier de charge inclusif à côté de son clavier.  Mais de se remettre en question, de se demander pourquoi tel ou tel personnage est un homme, pourquoi?  Pourquoi est-ce que je n'ai aucun personnage gay ou trans, ou déficient intellectuel dans mon histoire?  Si ce n'est pas nécessaire, on peut sauter, mais sans ça, pourquoi j'ai le réflexe de mettre un homme blanc hétéro dans ce rôle de façon presque automatique?  Certains artistes refuseront tout net les compromissions.  D'autres y verront une nouvelle manière d'aborder leur art et un milliers de portes ouvertes devant eux.  Ça dépend de chaque personne, de sa vision de l'art et de son rapport avec la création.  Si la vague est si forte dans le sens de l'inclusion aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'elle a poussé dans un autre sens pendant longtemps: les ressacs font partie du principe des vagues...

Je n'ai pas trop de craintes face aux gens qui disent que l'on ne pourra plus créer parce qu'il va falloir tout calculer comme représentation.  Les chances qu'on arrive là sont très faibles.  La seule chose qui m'effraie dans cette vision, c'est qu'un jour, le fait de remplir toutes les petites cases deviennent LE critère qui permettra de juger de la qualité d'une oeuvre.  Je doute qu'on en arrive là un jour, mais alors et seulement, alors, on pourra dire que l'on a dépassé les bornes.  En attendant, laissons un peu de place à l'inclusion et à la diversité.  Après tout, c'est en repoussant les limites du connus que l'art a toujours grandi.

@+ Mariane

jeudi 4 octobre 2018

Hiver nucléaire 2 de Cab

Hiver nucléaire 2  Scénario et dessins de Cab  Front froid  88 pages


Résumé:
Flavie est toujours à Montréal et toujours livreuse sur sa motoneige.  Sauf que problème, son ami Marco est brutalement atteint par... une grippe d'homme, potentiellement mortelle dans cet univers post-apocalyptique.  Il a donc vraiment besoin de sirop Buckley's.  Elle-même est en pénurie d'iode de potassium pour soigner ses symptômes d'irradiations.  Les deux médicaments semblent avoir mystérieusement disparu des tablettes des pharmacies...  Ajoutez à ça une patronne qui ne lui laisse pas le moindre jour de congé à cause d'une pénurie de personnel et une petite soeur qui débarque à l'improviste et la catastrophe pointe à l'horizon enneigé de Montréal!

Mon avis:
L'univers déjanté de Cab est de retour!  Montréal est toujours pris dans son hiver nucléaire (dixième année consécutive), Flavie est toujours courrier en motoneige et bon, dans les deux cas, rien ne semble s'améliorer.  Si dans le premier tome, j'avais émis quelques réserves concernant le scénario, ici, absolument rien à redire: l'auteure mène son histoire tambour battant.  Les relations avec les personnages sont bien développées, particulièrement les relations entre Flavie et sa soeur Elsie.  Tout est là en une poignée de case qui en raconte beaucoup en peu de mots et d'images.  Les deux frangines ont des explications à se donner et elles les auront, sans jamais tomber dans le pathos ou le mièvre.  Cela nous donnera également des clés pour comprendre le comportement bourru de Flavie.  Les plans de la BD sont totalement au service de l'histoire.  Ils expriment particulièrement bien le ras-de-bol de Flavie face à des horaires au boulot particulièrement épuisants.  Le passage au Mont-Royal transformé par l'hiver nucléaire est lui aussi brillamment maîtrisé.  Le langage des personnages est aisément reconnaissable: je reconnaissais le Québec d'aujourd'hui, avec son mélange de franglais en certaines occasions, mais tout en étant bien ancré dans la francophonie.  La réplique sur les gens qui font leur changement d'adresse pour la salle d'attente de l'hôpital est un clin d'oeil à la situation actuelle très bien envoyé.  L'intrigue est moins axée sur le côté surréaliste de la situation, que sur les interactions entre les personnages ce qui lui permet de gagner en profondeur.  Pour le côté surréaliste, les dessins, nombreux et très réussi des rues surenneigée de Montréal donne le ton et les dialogues des personnages permettent de saisir l'essence du reste.  Il n'y avait pas de chats polaires ce coup-ci, mais l'adorable raton polaire Marcel compense largement.  Un petit bijou à lire!

Ma note: 4.75/5

lundi 1 octobre 2018

Cette idée brillante qui change la base

Salut!

Récemment, j'ai regardé un film, Un raccourci dans le temps.  À un moment dans le film, quand il est venu le temps d'expliquer qui est l'antagoniste, appelé le Ça (très original!) on le présente comme étant une force négative, noire qui veut dévorer l'univers.  C'est sa nature, donc, forcément, c'est son but!  Les trois héros de l'histoire sont donc par défaut considérés comme des «bons» qui sont en lutte contre des «méchants».  En regardant le film, j'ai tiqué un peu.  Certes, je comprends que dans toute bonne histoire, il faut un antagoniste pour que l'histoire ait de l'intérêt, mais présenter systématiquement les héros comme étant des bons et l'autre côté des méchants de façon essentialiste commence à me taper un peu sur les nerfs.

Et ça me rappelle cet extrait du premier film de la série Harry Potter où Voldemort et Harry se rencontrent pour la première fois.  Voldemort dit alors: «Il n'y a ni bien ni mal, il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour le rechercher».  Ce n'est pas dans le livre, mais cela résume très bien le personnage de Voldemort: quelqu'un pour qui la fin justifie les moyens, peut importe les conséquences.  Ce n'est donc pas un personnage «mauvais» par essence.  Il l'est par ses actions et par les conséquences qui découlent de celles-ci.  Ce qu'il recherche, c'est le pouvoir et il est prêt à employer tous les moyens nécessaires pour y arriver.

Dans le cinquième film (et aussi dans le cinquième livre), Harry s'inquiète du fait qu'il ressemble énormément à Voldemort: leur histoire a beaucoup de points communs, leurs caractères sont semblables, etc.  Il en parle à Sirius qui lui dit grosso modo qu'il y a le bien en nous et le mal en nous et que c'est un choix de montrer la lumière ou l'ombre de ce que nous sommes.  Voldemort a choisit de montrer sa part d'ombre, Harry, on l'espère à ce moment, choisira la lumière.  Le point que je retiens est cette idée: on est pas bon ou mauvais à la base: ce qui nous fera passer dans un camp ou dans l'autre, ce sont nos choix.

Souvent, dans les récits de fiction, le méchant est entièrement méchant: il/elle est laid(e), alcoolique ou drogué(e) ou trop beau/belle pour être vrai (tentant comme une magnifique pomme dans un pommier...  Adam et Ève, ça vous dit quelque chose?).  Il/Elle est le repoussoir, il/Elle est exactement ce que l'on ne veut pas devenir, il/elle est l'ennemi(e) à abattre et rien ne peut le sauver parce que dès le départ, c'est un méchant(e).  Il/Elle a certes des forces et des faiblesses, mais tout dans son parcours le prépare à être le méchant(e).  Il/Elle en est souvent conscient(e) et souvent, se sent bien dans cette situation d'être le/la méchant(e) de service.

On ne peut nier que Voldemort a choisi de briser tous les tabous et toutes les règles, ni que ses actions ont des conséquences négatives atroces.  Cependant, il ne le fait pas dans le but de devenir le méchant, mais plutôt d'atteindre son but personnel: le pouvoir.  S'il devient le méchant, l'antagoniste de l'histoire, c'est que ses buts sont contrariés par les héros qui cherchent autre chose.  Ils ne cherchent pas le pouvoir contrairement à lui, mais veulent l'empêcher de l'obtenir.  Si l'histoire était écrite du point de vue de Voldemort, Harry serait le méchant de l'histoire.

Et bien voilà, c'est cette idée que je trouve brillante: on est pas méchant par essence, on l'est par nos actions, nos choix et nos décisions.  Ce qui signifie que le mal n'est pas quelque chose à combattre à l'extérieur de nous, mais bien à l'intérieur de nous.  Au lieu de considérer le mal comme un ennemi à abattre et qu'une fois vaincu, tout ira bien, on doit le regarder comme faisant partie de nous et comme quelque chose qui existera toujours.  Il fait garder un équilibre entre les deux et l'équilibre n'est jamais acquis: il faut se battre pour le maintenir.

On peut résumer ça par une histoire :

«Un soir, un vieux sage indien parla à son petit-fils du combat qui a lieu à l'intérieur des hommes. Il lui dit : " Mon fils, le combat a lieu entre deux loups qui sont en nous.

L'un d'entre eux est le Mal, il est colère, méchanceté, envie, jalousie, avidité, arrogance, mensonges, orgueil, supériorité et ego.


L'autre est le Bien, il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et confiance."


Le petit-fils songa durant un instant, puis demanda à son grand-père : "Lequel des deux loup gagne ? "


Le vieux sage répondit simplement : " Celui que tu nourris»


@+ Mariane