lundi 24 septembre 2018

Les trésors qui dorment entre deux couvertures

Salut!

J'ai longtemps eu un livre sur mes tablettes de bibliothèque, il a traîné là pendant des années.  À la faveur d'un défi, je l'ai lu.  Je ne l'aurais sans doute pas fait avant un très long moment si son auteur n'avait pas un nom qui commence par la lettre K et c'était ce dont j'avais besoin pour mon défi.  C'était un livre qui n'avait rien de particulier, il m'avait été offert en service de presse à l'époque où j'étais libraire, mais je l'avais déposé sur une tablette et je l'avais malheureusement oublié à travers tous les autres que j'ai à lire.  Quand je l'ai ouvert, sans aucune idée de dans quoi j'allais mettre les pieds, j'ai eu un tel choc et je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir fini.  En le reposant, je me suis dit: mais pourquoi aie-je attendu tout ce temps avant de le lire???  La réponse était simple: je ne savais rien de ce livre, donc rien ne me portait à le lire.

Entre les deux ouvertures d'un livre se cache ce qui fait l'oeuvre en elle-même.  Parce que ce n'est pas sa couverture, son allure, son état général ou même son prix qui font la différence!  C'est le contenu qui fait un livre.  Et c'est quoi son contenu?  Une histoire, constituée de mots, de chapitres, de paragraphe, de pages.  Mais dire ça, c'est très résumé.  Parce que ce que je viens de décrire, c'est avant tout le côté matériel d'une oeuvre.  Au-delà de ça réside l'oeuvre elle-même.

On peut avoir des livres pendant des années sur nos tablettes, sans rien savoir d'elle et puis un jour, les ouvrir, après les avoir cent fois caressé des yeux, s'être cent fois dit, ah celui-là, faudrait bien que je le lise, avoir évité cent fois cette lecture parce qu'il y en avait d'autres de plus importantes et puis un jour, paf, on l'ouvre et c'est le choc.

Je suis une fervente partisane de la théorie du lien.  Pour ouvrir un livre, il faut avoir créé un lien entre celui-ci et le lecteur.  J'avais fait un billet sur le sujet il y a quelques temps.  Je pense toujours la même chose.  Sans ce petit fil qui va amener un lecteur vers un livre, la tâche est immédiatement plus ardue.  Est-ce pour autant impossible?  Non, absolument pas.  Ce n'est pas pour rien que des équipes de marketing existent: ils sont là pour créer cette émotion, pour créer ce lien, pour faire le travail entre le lecteur et le livre.  Sans quoi souvent, le meilleur des travail restera sur la tablette.

Ouvrir un livre dont on ne connaît rien est un exercice étrange.  Tout est à découvrir, c'est comme arriver en Amérique sur la Santa Maria de Christophe Colomb: tout est à découvrir et on a pas de repère pré-établis pour les tracer.  Il faut avoir l'esprit ouvert.  Pourtant, bien des trésors dorment entre deux couvertures de livres.  Peut-être pas toujours, mais si personne ne vous a dit qu'il y avait un trésor à cet endroit, auriez-vous franchi le pas?

Lire des livres dont on ne sait rien est à double tranchant: d'un côté, comme on a pas de pré-avis, on doit se forger notre opinion nous-même, ce qui fait de ce livre une chose merveilleuse.  C'est une totale découverte.  De l'autre, on a aucune garanti que l'on ne tombera pas sur un navet total.  C'est prendre un risque.

De nos jours, en tant que lecteur, qui prend réellement des risques?

@+ Mariane

jeudi 20 septembre 2018

Avance rapide de Michael Marshall Smith

Avance rapide  Michael Marshall Smith  Bragelonne 298 pages


Résumé:
Stark est une espèce de détective privé, caféinomane et fumeur compulsif qui vit avec son chat Spangle dans un futur où le moindre recoin de l'Angleterre est couvert de quartiers aux attributs fixe: l'un est le Coloré où la couleur prend toute la place, un quartier est dédié aux chats (:D ), un autre est fait pour les fonctionnaires hyperactifs...  Lorsqu'un fonctionnaire aux plus hauts niveaux de ce quartier est porté disparu, on l'engage pour le retrouver.  Vous avez compris?  Excellent!  Vous êtes largués.

Mon avis:
Résumé ce livre est à la fois facile et complexe, parce que si l'auteur nous met dans une direction au départ, il s'amuse ensuite, tout en gardant toujours une ligne narrative fixe, à brasser dans le lecteur dans toutes les directions: rien n'est jamais ce que l'on croit.  Cependant, il ne s'agit pas de détours, ni de rebondissements, c'est juste l'histoire, qui par une étrange volonté, semble se plier dans tous les sens.  Au centre, le détective, qui est aussi le narrateur, n'aide pas.  À plusieurs reprises, il va se jouer de nous, brisant le quatrième mur, en nous disant, par exemple, «j'ai pensé à un truc, je vous en reparlerai si c'est utile» et quand le truc en question devient utile, le lecteur comprend à quel point, en effet, ça aurait été utile de le savoir plus tôt!  Si, au départ, en lisant ce livre, on pense tomber dans un bon vieux SF classique, le livre s'en éloigne, joue avec le concept comme s'il était dans les pattes d'un chat fou et devient autre chose, comme un méta-livre de SF.  Il y a une mise en abîme dans une mise en abîme, mais le narrateur nie le tout et nous fait penser autre chose.  Bref, c'est un roman qui déconstruit le genre et qui à la fois, le reconstruit.  Un roman pourtant solide qui se lit d'une traite, avec beaucoup de moments d'actions, un humour absurde et une façon de jouer, avec les règles de la SF ET du roman, absolument uniques.  La préface est louageuse à un tel point qu'en la lisant, j'ai secoué la tête en me disant, mouais, on verra bien!  Pour une fois, c'était mérité!  Bref, c'est un petit bijou, mais avec un petit détail à la fin qui m'a laissé une drôle d'impression a un peu gâché l'ensemble, mais pour le reste, c'est un plaisir débridé à s'offrir!

Ma note: 4.5/5

lundi 17 septembre 2018

Ah, faut que je te raconte cette histoire-là!

Salut!

Adolescente, je me rappelle qu'une amie de la famille avait raconté un accident de voiture qui lui était arrivé quelques années auparavant.  Elle avait vraiment le don de raconter!  Elle nous a décrit les tonneaux effectués par la voiture, les yeux ronds, en tournant son index devant elle pour mimer les mouvements de l'auto et en disant: «Je voyais le ciel, la terre, le ciel, la terre».  Bon, c'est sûr que de la raconter comme ça n'a pas le même effet, mais à l'époque, avec son ton et les expressions de son visage, on était tous pliés en deux.  La preuve, vingt ans après, je revois encore son expression, son index qui fait des ronds en l'air et j'en ris encore toute seule!  Après la fin de son histoire, elle a pris une mine triste et a ajouté: «Ok, là je la raconte et tout le monde rit, mais dans le fond, quand c'est arrivé, c'était pas drôle.»

Seulement voilà, ça faisait des années qu'elle la racontait cette histoire.  À la force, elle avait fini par adopter des mots, des expressions de visage, des formulation, des intonations, qui avaient transformé une histoire pas drôle du tout en histoire désopilante.  Bien sûr, elle avait sûrement oublié des détails avec les années et d'autres avaient grossis.  Elle racontait le même événement, mais elle l'avait tellement raconté qu'en-dehors des événements réels qui ont eu lieu, une histoire personnelle était devenue une histoire en soi.

Le même genre de chose arrive à tout le monde.  On a tous une histoire qu'on a tellement raconté souvent qu'on finit par la raconter pratiquement de la même façon à chaque fois.  Personnellement, c'est l'histoire de la première cuite de mon frère que je raconte encore et encore (sans rancune Frérot!).  Je l'ai tellement raconté cette histoire qu'à la longue, je la raconte presque par coeur!  D'ailleurs, ça me fera un plaisir de vous la conter si on se croise un jour...

Collectivement, on finit par avoir tout pleins d'histoire de ce genre, avec une façon de raconter qui nous ressemble.  Au Québec, si on vous dit, c'est l'histoire d'un gars, vous savez qu'on va vous raconter quelque chose chose, peut-être que ce sera vrai, peut-être pas, mais la chute risque d'être drôle!  Non, non, attendez, il faut le dire correctement.  Sortez votre accent québécois du fin fond de la campagne et dites: «Eune foi, s'té gârs...»  On le sait instinctivement.  Tout comme on s'attend à ce que la personne qui raconte utilise un certain vocabulaire, un certain rythme dans sa façon de raconter, un certain nombre d'effets, en paroles ou en expressions du visage, pour souligner un rebondissement de l'histoire, ou sa chute.  Tout ça fait autant partie du récit que les mots qui servent à les raconter.  Raconter ça à un Français fraîchement débarqué et il n'en comprendra pas les codes...

Autrefois, ces histoires étaient encore plus fortes, surtout avant que l'écrit ne soit devenu courant.  Les histoires qui étaient racontées de générations en générations étaient importantes et formaient la toile de fond de l'imaginaire.  Que les histoires soient racontées autour du feu, à côté du poêle ou avant que les enfants ne s'endorment, qu'ils aient une valeur morale ou de pur divertissement, ces histoires avaient toutes un petit fond de vérité quelque part.  Elles partaient d'un événement, puis les gens racontaient l'histoire, en oubliait un détail, en ajoutait un autre pour ajouter au côté dramatique ou comique et ainsi naissait ce qu'aujourd'hui on appelle une tradition orale.  Et c'est ainsi que pendant longtemps, avant l'apparition de l'écrit, la mémoire des faits passés se transmettait.

J'ai été à une exposition l'été dernier qui parlait de l'expédition Franklin au Musée canadien de l'histoire.  Dans un coin, on pouvait écouter un Inuit raconter une histoire qui était transmise de génération en génération concernant la visite du premier Européen moderne dans le Grand  nord Canadien, soit celle de Martin Frobisher, en... 1578.  Certains détails étaient très précis et c'était surprenant de constater à quel point ces histoires, du genre de celles que l'on se raconte le soir avant d'aller dormir, pouvait être porteuse de sens et de mémoire.  Et dans ma tête est surgie cette histoire, racontée par une amie de la famille, quand je ne devais avoir que quinze ans.  Cela faisant des années, mais mon souvenir était encore vif.  Je me suis alors dit que ces histoires racontées de génération en génération, elles existent encore, elles se perpétuent encore, parce qu'on sait encore les raconter, parce que la structure qui permet de les raconter, est encore là.  Elles le sont avec moins de force, parce qu'elles sont concurrencées par tant d'autres façons de raconter des histoires.   Mais, la trame de fond, elle, elle reste.

@+! Mariane

jeudi 13 septembre 2018

Nunavik de Michel Hellman

Nunavik  Michel Hellman  Pow Pow


Résumé:
Michel Hellman, papa d'un adorable bébé et auteur de BD, se voit demander par son éditeur la date de sortie de la suite de sa première BD, Mile-End.  Sauf que la muse le fuit.  Après réflexion, il décide de réaliser un rêve de jeunesse en allant visiter un lieu qui le passionne depuis longtemps: le Nunavik!

Mon avis:
Ce genre de livre s'inscrit dans la ligne des récits de voyage où un néophyte débarque en plein milieu d'un espace aux accents exotiques pour le lecteur occidental moyen et nous entraîne dans ses petites et grandes aventures.  Ici, c'est la proximité que l'auteur est capable d'établir avec le lecteur qui fait toute la différence.  Michel Hellman n'a certes pas le talent et l'expérience d'un Guy Delisle, mais il a su tirer son épingle du jeu en utilisant une petite chose bien simple: sa propre personnalité.  Le genre a ses codes, mais l'auteur a sa vision et son parcours qui nourrit sa BD, ainsi que sa propre patte de dessin.  Ce petit gars de la ville débarque dans le Grand Nord et y fera des constatations pas toujours rose par rapport à sa vision un peu naïve: l'un des premiers blancs qu'il croise est un dealer de drogue qui ne se cache même pas!  La plupart des Inuit qu'il croisera seront ouverts, sympathiques et tout à fait prêt à faire découvrir leur univers à ce petit gars perdu loin de chez lui.  Mais pas naïfs par contre.  Le commentaire de l'un d'entre eux, qui raconte une blague disant que chaque famille inuit compte un père, une mère, des enfants et un anthropologue fait réfléchir...  Le dessin est très crayonné, genre fait sur le coin de la table, mais je suis sûre que c'est avant tout une impression.  Il doit y avoir beaucoup de travail derrière les résultats.  J'ai eu comme une impression de redite au milieu de l'album, comme si l'auteur avait d'abord publié ou prévu publié l'ensemble en deux parties et avait fait un rappel.  Rien qui dérange, juste quelque chose que j'ai remarqué.  En tout cas, cette virée au Nunavut est dépaysante et remets beaucoup de nos notions habituelles de rapport au territoire en question: face à de si grands espaces, les notions de propriété, d'espace personnel ou de frontières perdent leur sens.  La découverte de ce bout de pays permet de mieux le comprendre également.  J'en aurais pris plus, mais je comprends que l'auteur n'avait pas le budget pour rester 6 mois au Nunavik...

Ma note:  4.25/5

lundi 10 septembre 2018

Tannée des années 60...

Salut!

Quand je regarde les films marquants des dernières années au Québec, il me semble qu'ils ont souvent un point en commun: ils se passent dans les années 60 ou encore dans les années 70.  Comme si ces deux décennies, certes marquantes de l'histoire du Québec contemporain, n'en finissaient plus de nourrir encore projection et idées.   C.R.A.Z.Y. se déroulaient à cette époque.  Sorti cette année, Les rois mongols aussi.  La Passion d'Augustine il y a trois ans également.  Bon an mal an, il y a chaque année un film qui parle des années 60 qui débarque sur les écrans.

Mais ce n'est pas que ça.  C'est l'avalanche de documentaires sur cette période qui reviennent années après année.  2017 a constitué un record par son nombre de cinquantièmes célébrés.  Le moindre événement s'y étant déroulé a droit au tapis rouge pour sa commémoration et les héros de cette époque ont droit aux honneurs quand ils passent l'arme à gauche.  Cela m'avait frappée au moment de la mort de Jean Béliveau.  On aurait dit que les bulletins d'information et le contenu des médias avaient été tapissés à ses couleurs pendant trois jours avec reportages à l'appui et commentaires des animateurs radios à l'avenant.  La couverture médiatique de ce décès avait été intense.  Quelques mois plus tard, un comédien qui a marqué ma jeunesse, Hugo St-Cyr, est mort d'un cancer.  Il y a eu une brève mention dans la chronique culturelle.  Peut-être au bulletin de nouvelles, mais je n'en suis même pas sûre.  La différence de traitement m'a révoltée.

Héros des années 1960, soyez assurés que vous ferez les grands titres.  Certes, votre génération a fait bouger les choses, vous avez été nombreux à en faire des grandes, mais le problème c'est que vous n'êtes pas les seuls.  Combien de films ont été faits sur le référendum de 1980, alors même que le tissu narratif est des plus riches?  Combien sur celui de 1995?  Combien de films sur le verglas?  Ou tout simplement, combien évoquent les décennies 1980 et 1990?  À l'exception notable des films de Riccardo Troggi, les nostalgiques de ces décennies n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent.  Et pourtant...

J'ai abordé le sujet avec mes parents.  Ils m'ont répondu quelque chose du genre: «Tu n'as pas connu cette époque-là, ce grand chamboulement.  IL y avait une énergie à l'époque qui était incomparable.  C'est dur à comprendre pour quelqu'un qui ne l'a pas vécu.»  C'est vrai.   Je ne l'ai pas vécu.  J'ai étudié ces années-là en cours d'histoire, mais je n'aie pas vécu la chape de plomb qui a précédé, ni le grand déblocage qu'ils ont constitué.  C'est un mythe pour moi, un mythe porteur, mais comme tous les mythes, cette décennie appartient au passé, à l'histoire, pas au présent.  Et moi je vis au présent.  Je suis une fille des années 80, qui a grandi dans les années 90 et qui a émergé au monde dans les années 2000.

Il s'en est passé des choses.  Autant, que dans les années 60.  D'une manière différente, avec d'autres événements, d'autres personnes, mais il s'en est passé.  Ce ne sont pas des décennies drabes.  Elles sont aussi flamboyantes que les années 60.  Si vous pensez aux vêtements de l'époque, et que vous vous dites, c'est pas comparable!, je vous invite à faire des recherches sur les coupes de cheveux et les épaulettes du début des années 80 ou la mode du fluo dans les années 90...  L'informatique grand public est né dans les années 80, les vidéoclips ont débarqué dans les années 80, l'internet est arrivé dans les années 90, pour ne nommer que ces exemples!  Simplement, on dirait que les cinéastes et les scénaristes sont encore peuplées de gens ayant vécu leur enfance deux décennies avant moi.  Il est un peu normal pour eux de retourner à leurs racines.  Ce ne sont pas les miennes.  Je ne m'y retrouve pas.

Quand j'ai vu le film Dédé à travers les brumes, j'ai eu comme une sorte de révélation.  Je me retrouvais dans ce film.  C'était mon adolescence, ma jeunesse, c'était la musique, la pub, les vêtements, les expression, l'allure, le ton d'une époque.  L'énergie aussi.  C'était, sans doute pour une rare fois, un film québécois dans lequel je me retrouvais.  J'ai mis du temps à mettre la main sur le DVD, mais depuis, je regarde le film au moins une fois par année.

Par la suite, j'ai commencé à remarquer le nombre de livres qui se publiaient sur des artistes ou de politiciens qui ont fait carrière durant les fameuses sixties.  Nommez-les tous, à tour de rôles, ils ont ont pondu leur ouvrage.  Je n'ai rien contre ce fait et j'avoue que bien des personnalités plus jeunes ne méritent pas nécessairement une biographie tout de suite, mais tout de même, le clivage est important.  On dirait que l'on retourne toujours à cette décennie, mais elle est terminée depuis 50 ans...

Il faudrait arrêter de nourrir notre imaginaire collectif majoritairement sur les années 1960.  C'était une période marquante, mais elle est terminée.  Beaucoup d'événements plus récents ont plus d'impacts sur notre vie quotidienne que les décisions prises dans les années 60, mais on dirait que collectivement, nous sommes incapables de s'affranchir de cette décennie.  Mais il faudrait bien le faire un jour, on ne peut pas toujours vivre dans le passé.  Aller plonger dans les décennies qui ont suivi pourraient aussi, collectivement, nous faire comprendre que notre société n'est plus du tout au même point qu'il y a 50 ans et que ce ne devrait plus nécessairement être le seul point de repère culturel.  Je crois sincèrement que sur ce point, les livres et les films peuvent vraiment aider à comprendre et à avancer.  Le discours que l'on fait sur notre passé éclaire souvent la vision que l'on a de notre présent.  Alors arrêtons bon sang de croire que tout été fait avant 1980!

@+! Mariane

lundi 3 septembre 2018

Le Grand défi de la littérature québécoise 2018-19

Salut!

Après une longue absence de quatre ans, le Grand défi de la littérature québécoise est de retour!  J'avais fait le défi en 2014-2015, un défi dont je garde de bons souvenirs, même si en relisant mon bilan, je pense que finalement, en le terminant, j'étais surtout écoeurée...

Ce qui ne m'empêche pas de recommencer!  Parce que j'aime les défis, parce que j'aime découvrir des choses, parce que ça peut être excellent pour faire baisser ma PAL (ou faire augmenter ma LAL...), bref, pour un paquet de raisons, je me relance.  Par contre, voilà, mes souvenirs de la dernière édition sont encore assez présents pour que j'essaie de ne pas refaire les mêmes erreurs.

Cette édition comporte quelques changements avec la première édition*.  Certains sont essentiellement cosmétique pour ne pas refaire la même chose deux fois.  D'autres n'ont pas été faits, mais auraient mérité de l'être.  Par exemple, passer de la première lettre du nom de famille à la première lettre du prénom, même si c'est pour faire de la variété est un peu facile (J'avoue qu'il ne restait plus grand auteur avec un nom de famille commençant par X au Québec...  Ce sera pas plus facile pour un prénom!).  Même chose pour l'année de naissance au lieu de l'année de publication (essayez de trouver un auteur ayant publié un livre né au XXIe siècle vous... ou même après 1995!).  Le changement de l'auteur originaire de toutes les régions administratives du Québec à là où se passe l'histoire par contre, excellente idée.  C'est certes moins évident pour les recherches, mais ça rend le défi intéressant!  Idem pour la scène de tourtière dans un roman!  (si vous avez des idées, faites-moi signe!)

J'ai par contre une certaine déception par rapport aux modestes changements apportés au volet genres littéraires.  Il y a encore cette année un recueil de poésie et un collectif de poésie.  Dans le cadre de ce défi, il me semble que c'est mettre beaucoup d'attention sur un genre littéraire qui est certes important, mais qui n'est pas particulièrement vivant sous le format de collectif sauf pour des anthologies.  Contrairement à la nouvelle dont plusieurs excellents recueils sont parus au cours des dernières années.  Et déception sur ce point, on aurait facilement pu remplacer le collectif de poésie par un périodique littéraire, ce qui aurait été beaucoup plus pertinent (il est autorisé pour les collectifs de nouvelles ou de poésie selon les règles officielles, mais ça aurait mérité une catégorie à part à mes yeux.)

J'aurais aussi aimé voir quelque part dans cette section un regard sur la littérature de la diversité, particulièrement en ce qui concerne la langue.  On l'oublie facilement, mais des auteurs comme Heather O'Neil et Mordecaï Richler ne sont souvent pas considéré comme des auteurs québécois, même si leurs histoires se passent ici, dans les mêmes rues et dans la même ville que Michel Tremblay, simplement parce qu'ils n'ont pas écrit dans la même langue.  On pourrait aussi inclure certains auteurs yiddish qui ont à une époque été une part importante de la population montréalaise.  Quand au reste du territoire québécois...  Quelqu'un a sans doute deviné que je faisais ici allusion aux littératures des différentes nations autochtones du Québec.  S'il y a bien un défi qui devrait permettre d'élargir les horizons de la littérature produite au Québec, c'est bien celui-ci!  Je n'en apprécie que davantage l'ajout de la littérature LGBTQ dans la section Extras.  Dernier point, lié au précédent, comme me l'a fait remarquer un ami, on pourrait quasiment faire ce défi en ne lisant que des hommes, mais passons sur ce détail...

Bref, il y a du mieux, il y a des trucs qui vont me donner des cheveux blancs et il y a de la nouveauté.  Mais surtout, il y a une nouvelle façon d'approcher le défi.

De un: prévoir surtout des lectures qui me tentent d'abord et avant tout.  Grande leçon de la première édition, ça dure un an...  Donc, si je veux avant tout remplir toutes les petites cases, autant prendre en premier des livres qui m'intéressent vraiment, même si ça veut dire choisir un livre hors de ma PAL ou de ma LAL.  Je sens que la bibliothèque va m'être utile!  D'autant plus qu'ils finissent l'agrandissement de celle pas trop loin de chez moi dans quelques mois!

De deux: répartir les lectures plates sur l'ensemble du défi.  Trop d'un coup donne juste envie de tout balancer par-dessus bord.  J'inclus ici les deux livres de poésie à lire en ce qui me concerne, mais aussi, sans doute, celle de plusieurs auteurs que je vais lire juste pour avoir des points bonus!

De trois: ne pas viser tous les bonus.  S'il faut se taper plein de livres ennuyants pour en avoir un, ça ne vaut pas la peine!

De quatre: moins de pression...  Je sens que je ne vais pas atteindre des sommets comme en 2014-2015...  Je me fixe un objectif beaucoup plus réduit, soit 150 points.  Pour le reste, on regardera en cours d'année ce que cela va donner.  Ça fait quand même pas mal de bouquin à lire!  Et même mon 150 points, je sens que je vais le subdiviser en plus petites unités pour ne pas trop m'alourdir la tâche!

De cinq: j'ai quelques réserves sur certaines catégories qui devraient à mon avis être incluses dans le défi et qui n'y sont pas.  Défi personnel: trouver des livres qui y correspondent et les lire!  Peu importe où je vais les caser, je vais essayer d'inclure moi-même ces notions dans ma propre participation au défi.

Bon, trêve de bavardage, il est temps de se lancer dans les lectures.  Donc, pas de surprise s'il y a un recueil de poésie dans les trucs en cours de lecture... (soupir)

Bonne chance à tous les participants!

@+ Mariane

*Je vous encourage à aller consulter le fichier excel pour comprendre mieux mes commentaires.

lundi 27 août 2018

Réflexion d'une lectrice-cycliste

Salut!

Depuis le début de l'été, quand viens le temps d'aller à la bibliothèque, j'enfourche mon vélo.  Oui, mon vélo, cette créature qui a longtemps hanté mon locker en pièces quasi-détachées a finalement retrouvé la forme (merci au réparateur de vélo!).  Ce qui m'a permis de vérifier une grande vérité: le vélo, même si tu n'en fais pas pendant des années, ça ne se perd pas!

J'enfourche donc mon vélo pour faire le trajet jusqu'à la bibliothèque.  Une petite quinzaine de minutes!  Ce qui est cool, c'est qu'une longue piste cyclable m'y mène presque tout droit.  Vous savez, le genre qui est séparé de la rue par une belle plaque d'herbe verte (ou jaune, ça dépend!)?  Ce genre-là oui!  Pour la moitié du trajet, je suis sur ce genre de piste, le reste étant un fait d'une bande blanche peinturée au sol avec les petits piquets noirs pour la séparer de la route.  C'est presque aussi bien à part que je dois partager cet espace avec les &%(*%?% d'autobus qui me coupent la route.  Bref, je me glisse sur la piste cyclable, mon sac à dos plein de livres sur les épaules et je pédale gaiement.

C'est agréable d'avoir une si belle piste cyclable.  Sauf que je trouve parfois qu'elle se transforme en parcours à obstacle.  Premièrement, même si c'est une piste cyclable, il y a un certains nombres de personnes qui ne semblent pas avoir pigé.  Je ne pense pas ici seulement aux automobilistes qui s'immobilisent dessus pour s'engager dans la circulation, non.  Je pense à tous ces piétons, pourtant doté d'un joli trottoir à moins de deux mètres, qui circulent en mini-troupeau sur la piste cyclable...  Il me faut leur signaler ma présence pour qu'ils s'écartent.  C'est sans compter aussi sur les gens qui attendent l'autobus...  planté en plein milieu.  Alors qu'il y a un large trottoir et un abri-bus de chaque côté de la piste.  Et je ne vous parle pas des chérubins qui roulent en tricycle à 3km/h en faisant une pause aux cinq mètres pour admirer les brins d'herbes, suivi de près par leur patient papa.

Bref, je roule en vélo, sur une piste cyclable.  Piste cyclable qui croise bien évidemment d'autres rues puisqu'elle en suit une.  Il me faut alors être très prudente!  Parce que si je circule en sens contraire du trafic, les conducteurs tournant à gauche oublient souvent qu'il y a une piste cyclable et je dois anticiper leur mouvement.  Surtout que certains ont tendance à tourner sur les chapeaux de roue!  Si je circule dans le même sens que le trafic, c'est moins pire, mais la prudence reste de mise.  Surtout qu'en cas d'impact et bien, je n'ai pas de cabine de protection, ni de ceinture de sécurité: c'est moi qui risque de manger l'impact mettons.  Les plus gentils mettent les freins.  Les caves me klaxonnent.  Comme si les campagnes de la SAAQ n'existaient pas.  Je suis aussi automobiliste, je sais que des caves sur deux roues à pédales, ça existe!  Mais je n'en fais pas parti.  D'ailleurs, un merci à toutes les automobilistes anonymes qui le savent et qui me respectent quand je suis sur deux roues.  Quand aux autres, aller vous faire f***

Il y a aussi les autres cyclistes.  La plupart sont charmants.  On se croise simplement sur la piste et on poursuit chacun notre chemin.  Certains par contre, semblent être de nationalité britannique.  Que voulez-vous, mêmes seuls sur la piste, ils roulent toujours dans la voie de gauche.  Il y a aussi ses cyclistes grisonnants qui me doublent les doigts dans le nez alors que je pédale comme une malade...  Bon, je ne ferais pas de commentaires sur celle-là...

Bref, je vais à la bibliothèque à vélo.  Et je compte bien le faire jusqu'à ce que la température soit moins clémente.  Ça fait faire de l'exercice à la lectrice que je suis.  Et ça l'alimente en très bonnes lectures! :)

@+ Mariane

lundi 20 août 2018

Homo Homini Lupus est

Salut!

Cette phrase est une citation latine que nous a souvent dit notre père, à Frérot et à moi.  Mon père a fait son cours classique à l'époque où faire des études supérieures signifiait se frotter au latin et au grec.  Il nous a souvent régalé d'histoires de la période de ses études, ainsi que de citations grecques et latines.  Ces citations sont un régal pour se faire l'oreille à la petite musique d'une autre langue, mais aussi pour accéder à une sagesse datant d'une autre époque.

Traduite en français, la phrase dit littéralement, L'homme est un loup pour l'homme, ce qui peut être interprété par L'homme est le pire ennemi de l'homme.  Par cette phrase, son auteur voulait dire que l'être humain, par son essence, était aussi son pire ennemi, de lui-même, mais aussi de ses semblables.  Quand on regarde tout au long de l'histoire de l'humanité, on ne peut s'empêcher de se dire qu'il n'avait pas tort.  Massacres, guerres, meurtres, viols, mutilations, esclavage, vols, la trame des événements parle de violence, parle de tout le mal que peuvent se faire des êtres humains entre eux.  Quand on regarde les livres d'histoires, le sang coule à chaque chapitre...

C'est comme quand on se fait raconter une histoire.  Souvent, ce qui nous accroche, les grands moments, sont ceux d'affrontements: c'est la confrontation finale au tribunal dans le film, c'est la scène de bataille dans la série télé, c'est la dispute violente entre les amoureux dans un Harlequin: ce sont ces moments qui marquent, ceux que l'on retient ceux dont on reparle en sortant du cinéma ou en fermant le bouquin.  L'Histoire étant avant tout la suite de multiples histoires que se rappelle les humains sur leur passé, il est normal que les événements dont on garde le plus la mémoire soient ceux-là: on garde la mémoire des événements qui marquent.  Et bien souvent, les événements qui marquent font suite à un conflit.

Le conflit...  Dans la fiction, c'est un outil précieux.  Le conflit fait avancer un récit.  C'est parce que nous voulons que nos personnages préférés gagnent que l'on suit leurs aventures.  C'est parce qu'ils ont des ennemis et vivent des épreuves que l'on s'accroche à leurs histoires.  C'est parce qu'il y a de la tension que l'on ne lâche pas le livre ou la télé et qu'on reste bien assis sur son siège au cinéma.  Le conflit crée tout ça.

Sauf que... le conflit n'est pas tout.  S'il y a un conflit, il y a aussi, pas très loin, de la collaboration.  S'il y a une guerre, il y aura des soldats qui feront front commun et iront se battre ensemble.  Ils collaborent.  S'il y a une révolte contre un gouvernement oppressif, personne dans son coin ne vaincra.  Les gens vont se rassembler pour lutter.  Ils collaborent.  Si on veut construire une cathédrale ou un château, il faut que les gens travaillent ensemble.  Ils collaborent.  Si une catastrophe naturelle survient, il y aura toujours quelqu'un pour chercher dans les décombres voir s'il reste des survivants, au lieu que tous prennent leurs jambes à leurs cous.  Les gens collaborent.

La vérité est que même si nos livres d'Histoire sont remplis de conflits, ils sont aussi remplis d'histoires d'alliance, de buts communs, de collaboration et d'entraide.  Il ne s'agit pas que de combattre, il s'agit aussi de travailler ensemble pour améliorer la vie de la majorité.

Sauf qu'il faut bien le dire, la collaboration n'est pas ce qui fait les meilleures histoires.  Elles en font de bonnes certes, mais leurs récits sont moins prenants, moins enlevant.  Il peut y avoir des conflits au sein des collaborations, mais moins que si un ennemi est clair et précis et qu'on mobilise nos énergies pour lutter contre celui-ci.  Cependant, mine de rien, l'histoire de l'humanité est bien plus fait de collaboration que de conflits.  Simplement, collaborer fait moins de bruit.

En ce sens, l'homme est bien un loup pour l'homme.  Parce que comme les loups, les humains ont compris depuis longtemps que de chasser en équipe est plus efficace que de chasser seul.

@+ Mariane

jeudi 16 août 2018

L'indien généreux de Louise Côté, Louis Tardivel et Denis Vaugeois

L'Indien généreux: Ce que le monde doit aux Amériques  Louise Côté  Louis Tardivel  Denis Vaugeois  290 pages


Résumé:
1492 a été la découverte d'un nouveau continent, mais aussi et avant tout, l'arrivée d'une foule de nouveaux produits et de nouveaux mots qui ont circulé depuis les Amériques, jusqu'à l'Europe, l'Afrique et l'Asie.  Ce livre souhaite montrer l'immense apport matériel des Amériques au reste du monde.

Mon avis:
Écrit sous la forme d'un dictionnaire, ce livre est un résumé certes bref, mais déjà oh combien parlant de ce que le contact avec les Amériques a apporté à l'ensemble des habitants de la planète, en spécifiant leurs origines et leurs impacts.  Du nord au sud, de nombreux objets, animaux et plantes sont ainsi nommées et expliquées.  Chaque description n'est pas très longue en soi, mais le tout permet de faire un tour d'horizon très complet.  L'origine des mots et leur petite histoire est racontée aussi bien que possible, incluant leur passage via une autre langue avant de rejoindre la langue française.  Le livre datant de 1992, certains mots semblent sortis de l'usage courant, mais dans l'ensemble, cela reste très pertinent.  Certains encarts dans le texte, qui permettent de détailler plus une situation ou un produit ayant eu un impact particulier (comme les épidémies, le maïs, le caoutchouc ou l'esclavage), sont très intéressant, parce qu'ils permettent d'aller au-delà de l'énumération.  Ce livre est facile d'accès, facile à lire et bourré d'informations, mais il a aussi le défaut de ses qualités: on en voudrait plus parce que l'on a qu'une impression d'introduction à un très vaste univers, sans aller plus loin.

Ma note: 4.5/5

lundi 13 août 2018

Hommage à mon partner de débat

Salut Frérot!

Oui, c'est à toi que je m'adresse.  À toi oui!  À toi qui lit mon blogue et m'en parle au téléphone, mais qui ne laisse pas de commentaires en bas de mes billets.  À toi qui est la troisième personne à m'avoir poussé à développer mes idées (faut pas trop enlever de mérite à Papa et Maman quand même!).  À toi avec qui je m'obstine depuis des années: Hommage à toi.

Non, mais, faut le dire, ça forge le caractère d'avoir un grand frère.  On est en mode débat depuis des années.  Les premiers portaient sur des sujets de la plus haute importance comme, qui s'assoit sur le siège du passager quand Papa ou Maman ne sont pas là ou encore qui prend le dernier pop-sicle dans la boîte?  Ou encore, qui prend un bâtonnet de poisson de plus quand on finit par un nombre impair?  Maman nous a appris à séparer le dernier bâtonnet en deux si on le voulait tous les deux.  C'était un peu plus compliqué avec les pop-sicle.

On a grandit, tu es entré au secondaire, dans la cours des grands et je te piquais sans vergogne tes manuels d'histoire et tes BDs.  J'avoue, je n'ai pas été une petite soeur facile tout le temps.  Surtout à l'époque où tu es eu ton propre ordi et pas moi.  Encore plus après que tu m'aies fait découvrir les jeux vidéos.  J'avoue, le partage du temps à Command & Conquer  et Red Alert n'a pas toujours été facile, pas plus le partage de la console de Nintendo.  Mais on a tous les deux survécus à notre enfance et à notre adolescence sous le même toit!

L'âge adulte est venu, avec ses joies et ses déceptions.  Tu es devenu Papa à ton tour, d'un petit garçon adorable à qui tu as transmis le virus des jeux vidéos et auquel je m'obstine à transmettre le virus de la lecture.  J'avoue que ta collaboration sur ce point est exemplaire.  Non, mais, quel Papa prends encore le temps de nos jours de lire l'intégrale de Tintin et d'Astérix avec un gamin de l'ère du numérique?  Tu me rends extrêmement fière d'être ta petite soeur dans ces cas-là!  Et aussi parce que mes efforts n'ont pas été vains...

Mais surtout, surtout, avec les années, nos deux intelligences se sont aiguisées.  Nos talents d'orateurs également.  La masse de données dans lequel nos cerveaux peuvent se plonger a cru de la même manière.  Et mes presque trois années de moins n'ont plus eu d'effets.  Ce qui fait que depuis plusieurs années, quand on s'assoit autour de la table du souper, les échanges volent désormais entre nous.  D'un côté à l'autre de la table, les arguments fusent! C'est comme ça depuis un moment et puis-je le dire?  J'aime ça!

Ça commence souvent avec toi.  Quand je te vois, deux doigts de chaque main sur la table, le nez en l'air et l'oeil vif, je sais que je suis mieux de me tenir pour acquis que tu as un sujet chaud en réserve et que tu es prêt à croiser le fer.  Je dois avoir moi aussi une expression à ce moment-là, mais je n'ai pas de miroir pour me regarder!  Tu lances habituellement tes premières attaques entre la soupe et le plat principal.  Ça tourne souvent autour d'un sujet d'actualité et dès que tu pars, même si je n'ai pas nécessairement le goût/l'envie/l'énergie de te suivre, tu as le don de me piquer assez pour que j'embarque et que je te réponde à la hauteur de tes piques.

Tu te souviens de notre première discussion autour d'Uber?  On était dans un restaurant à Trois-Rivières, de retour d'un quelconque événement ayant eu lieu dans la parenté.  Ti-Coco était assis entre nous.  Tu m'as lancé plusieurs perches avant que je ne morde, mais quand j'ai mordu, ça a donné un match épique!  J'étais tannée et fatiguée, mais ça n'a jamais eu de lien avec mes capacités à te sortir des contre-exemples et à répliquer aux tiens!  Avoue, tu adores ça quand je te fais face et que j'accumule les arguments contraire à tes vues!  En face de nous, les parents nous regardaient comme on regarde un match de final à Roland-Garros, en regardant à gauche et à droite en alternance. Ils avaient l'air de se demander si c'était vraiment eux qui avaient élevés ces deux phénomènes-là!  Les répliques fusaient de parts et d'autres de la tête de Ti-Coco qui n'en avaient que pour sa portion de crème glacée.  Cette scène-là, on l'a vécu à de multiples reprises.  Un point important: même si on est souvent d'avis totalement contraire, on a toujours eu en commun le fair-play de se dire en pleine face que l'autre a un bon argument et la capacité d'adapter nos visions du monde en conséquence.

Tu es un libertarien à tendance de droite et un gars d'affaire.  Je suis une néo-gauchiste féministe et branchée sur les enjeux sociaux de l'heure.  Bref, on crèche pas à la même école.  N'empêche, c'est à toi que je pense quand je veux parler d'une nouvelle idée.  J'avoue, nos chaînes de courriels enchaînant les commentaires de chroniqueurs et d'articles me font parfois lever les yeux au ciel par rapport aux conneries commentaires de certaines personnes.  Mais d'en parler avec toi, même si tes réponses m'énervent parfois, m'obligent à lever les yeux de ce que je connais et à regarder un point de vue différent.  Et ça, même si ça me tape sur les nerfs, c'est souvent enrichissant.

D'autant plus qu'on est pas du genre ni l'un, ni l'autre à se contenter d'arguments lancés en l'air.  Je sais que l'un comme l'autre, on est les seuls à avoir jamais arrêter le film de Captain America en plein milieu du DVD pour fouiller sur Wikipédia savoir si la ligne de front du film fittait avec les dates des lignes de front de la Deuxième Guerre mondiale.  Après avoir confirmé que non, on s'est rappelé ensuite que l'on écoutait un film de Marvel...  Ça c'est sans compter le nombre de fois ou en plein milieu d'un échange épique, l'un ou l'autre lance le mot-clé: «Vérifie!».  Vérifie les dates d'entrée en fonction de tous les présidents américains depuis la Première Guerre mondiale.  Vérifie c'était quand les dates des différentes républiques françaises (ouille!), vérifie si tel ou tel détail est vrai ou non.  Cellulaire en main, on se renseigne et on vérifie.  On est tous les deux du genre à argumenter sur des faits, pas sur des trucs en l'air.  Et j'adore ça!

Tu es mon partner de débat préféré.  Même si tu me fais suer souvent, c'est de la bonne sueur intellectuelle.  C'est pourquoi, même avec tes défauts, je t'aime Frérot!

Mariane

P.S. Il faudrait par contre que tu sois capable d'avouer plus souvent que c'est MOI qui a raison :P

jeudi 9 août 2018

Les Innovateurs de Walter Isaacson

Les Innovateurs  Comment un groupe de génies, hackers et geeks ont fait la révolution numérique  Le livre de poche  860 pages


Résumé:
Depuis la première personne à avoir pensé un algorithme au XIXe siècle, jusqu'à l'avènement de Wikipédia et de Google, l'histoire des multiples histoires qui ont permis l'avènement de la révolution numérique.

Mon avis:
Bon, première chose à souligner, j'ai mis près d'un an à lire ce livre.  Je l'ai commencé l'été dernier!  Cependant, je ne pense pas que cela ait nuit comme tel à ma lecture.  Ce genre de bouquin super dense gagne à être lu petit peu par petit peu.

Ce qu'il raconte?  La lente évolution, innovation par innovation et découverte par découverte de ce qui a mené à la révolution numérique.  Cependant, l'auteur ne fait pas que dresser une histoire comme on en a souvent vu: il s'intéresse plutôt à ce qui, au cours de l'histoire, a pu permettre l'émergence des idées et des technologies et le pourquoi on les a adoptées.  Sincèrement, c'est là que le livre prend tout son intérêt, car au lieu de nous raconter le quand, il s'attarde à essayer de comprendre le pourquoi et le comment et d'en tirer de grandes règles pour expliquer comment l'innovation s'installe et se développe.  L'auteur défend donc une thèse tout au long, c'est que les conditions de l'innovation ne sont pas le fruit du hasard, mais plutôt que l'on peut les provoquer en rassemblant les bonnes personnes et les bonnes personnalités au bon endroit et dans les bonnes conditions.  Presque toutes les histoires racontées dans le livre appuient cette idée ou montrent ce qui arrive quand les conditions ne sont pas réunies.

Pour le faire, il commence à la base: la personnalité et le cheminement des multiples individus qui ont fait la révolution numérique.  Cela peut paraître banal comme méthode, mais il s'attarde aux grands traits de personnalités, positifs comme négatifs de chacun des individus de l'histoire qu'il raconte.  Sa démonstration permet de voir que loin de favoriser les génies solitaires qui inventent tout dans le fond de leur chambre au sous-sol de leurs parents (quoique!), les innovateurs ont avant tout été ceux qui travaillaient en équipe, le plus souvent en tandem ou en trio et qui étaient capables d'échanger leurs idées avec d'autres personnes de façon collégiale.  Qu'aurait été Apple si Steve Jobs n'avait pas rencontré Steve Wosniak?  Qu'aurait fait Bill Gates s'il n'avait pas connu Paul Allen?  Ce ne sont que deux exemples, le livre regorge de ces histoires de collaboration!  Ce qui a deux conséquences: d'une part, chaque nouvel intervenant est introduit par une courte bibliographie résumant son parcours personnel et scolaire, ainsi que sa personnalité et quelques anecdotes permettant de l'illustrer.  D'autre part, si on lit le livre sur une courte période de temps, on finit par avoir l'impression de lire un catalogue de personnalités.  D'où l'avantage de prendre son temps en lisant ce livre!

Autre point, il montre que les meilleurs idées au monde ne suffisent pas.  Il leur faut quelqu'un pour leur donner leur place au soleil et les faire se développer.  L'auteur, un américain, fait évidemment la démonstration que l'esprit d'entreprise (le chapitre sur le capital risque et les start-up est très intéressant à ce sujet) compte pour beaucoup dans le développement des innovations et que ce ne sont pas nécessairement les meilleures qui triomphent, mais bien celles qui ont réussi à se tailler une place sur la marché.  Cette façon de faire est présentée comme étant positive.  Je ne juge pas, mais je souligne.  Pour ce faire, l'auteur n'hésite pas à mettre en valeur les paires qui joignent les idées et les découvertes avec les visionnaires, l'exemple le plus facile à citer étant évidemment le tandem Jobs/Wozniak.  Cependant, il ne s'arrête pas là et montre que le rôle des institutions, universitaires autant que gouvernementales, ont tout autant son rôle à jouer.  Il cite comme exemple de lieux d'innovations les laboratoires Bell dans les années 1930, le campus de l'université Stanford dans les années 50 et le fameux Xerox Parc dans les années 1970: des lieux ouverts, où se menaient de front plusieurs projets de recherches, mais conçus pour favoriser les échanges impromptus et les conversations croisées entre spécialistes.  Cela mènera au développement des ordinateurs, des transistors et de la fameuse interface graphique du MacIntosh.  

D'un autre côté, l'auteur n'hésite pas à aller voir loin au-delà des grands noms et à parler des petits mains qui ont appuyé la grande roue sans toujours en recevoir le mérite.  Le rôle des femmes et leur apport réel est souligné.  Certes, Ada Lovelace¸ la première personne à avoir formulé l'idée qu'une machine pouvait être autre chose qu'une grosse calculatrice et donc, en toute logique, la mère de la révolution numérique (même si sa contribution réelle fût limitée) prend beaucoup de place, mais les Grace Hooper, Jean Jenning et toutes ces autres programmeuses anonymes sont reconnues pour leur juste travail: pendant que les ingénieurs réfléchissaient, elles étaient celles qui faisaient fonctionner les machines!  L'ENIAC n'auraient pas pu exister sans leur apport.  Il cite aussi un grand nombre d'ingénieurs, d'inventeurs, d'hommes d'affaires et de patenteurs qui ont tous amené leur pierre à l'édifice, que leur contribution ait été reconnu ou non à leur époque.  On comprend alors que la révolution numérique a été une route longue parsemée de faux départ, d'idées brillantes non-réalisées, parfois de vols d'innovations et d'innombrables conflits de personnalités.  Une aventure humaine quoi!

Un aspect qui m'a un peu fait grincé des dents à la longue, c'est que l'ensemble du livre est très américano-centré.  Aucune mention des découvertes informatiques faites ailleurs qu'en Amérique à quelques exceptions près.  Il ne pouvait évidemment pas faire l'impasse sur Alan Turing ou encore Linus Torvalds!  Cependant, à leurs humbles exceptions, presque tous les autres intervenants sont citoyen américain ou naturalisés américains.  On ne peut reprocher à l'auteur d'avoir fait un travail minutieux de recherche, mais on peut lui faire remarquer que d'autres foyers d'innovations étaient certainement situés en dehors des frontières des États-Unis d'Amérique!  Il ne les mentionne tout simplement pas passé les années 1950.

Le résultat est une somme d'érudition, mais aussi de réflexion, qui se lit tout d'une même d'une manière extrêmement fluide.  Ce n'est pas un livre destiné aux initiés, mais à faire de nous des initiés.  Quand on sait d'où proviennent les sources des outils que l'on utilise aujourd'hui de façon quotidienne, on est plus aptes à les comprendre et à mieux appréhender leurs capacités, leurs défauts et leurs limites.  Quand on comprend le chemin qu'en moins d'un siècle on a parcouru collectivement, on ne peut qu'être admiratif et en même temps, réaliste.  La conclusion du livre est d'ailleurs aussi intéressante que le livre en lui-même.  Les derniers chapitres sont consacrés au développement des blogger, Wikipédia et Google de ce monde, (des outils qui sont, mines de rien, collaboratifs!) il était tout naturel qu'il se tourne vers l'avenir.  Et l'avenir selon l'auteur n'est pas celui d'un livre d'horreur de science-fiction où la machine prendrait la place de l'être humain, mais plutôt, dans ce qui a fait la force de la révolution numérique: la collaboration, chacun emmenant ses forces dans l'échange en s'appuyant sur celle des autres.  Vu ainsi, la collaboration humain-machine a de belles années devant elle, l'un emmenant son incroyable capacité à traiter des données et l'autre, ce qui a toujours fait sa force: sa créativité.

Ma note: 4.75/5

lundi 6 août 2018

Pourquoi toujours une prostituée?

Salut!

À force d'écouter la télévision, de regarder des films et de lire des romans, peu importe le genre et peu importe l'époque où a lieu le récit, je me rends compte que presque tout le temps, partout, il y a un personnage qui revient tout le temps: celui de la prostituée.  La fameuse prostituée.  Qu'elle soit chic, le fasse à cause de la pauvreté, par choix, qu'elle soit belle ou non, qu'elle aie un rôle principal ou secondaire, voir même de pure figuration, rare sont les oeuvres de fiction qui ne fassent pas le détour par cette case.

Quand j'ai entendu parler du dernier film de Denys Arcand, j'ai soupiré en entendant le rôle qu'il réservait à l'animatrice et chroniqueuse Maripier Morin.  Encore une prostituée!  Dans l'histoire qu'il raconte, c'est éminemment justifiable: son personnage principal entre en possession d'une grosse somme d'argent qu'il ne peut dépenser ouvertement pour ne pas se faire repérer, mais il est très parlant que la seule dépense d'importance qu'il s'accorde est justement de payer pour des services sexuels.  Avec une très jolie femme, clairement identifiée comme l'escorte la plus chère en ville.  Certes l'éventail des possibilités dans sa situation est limité, mais pourtant, l'absence de réactions face à son choix me semble parlant: aucun des commentaires que j'ai lu ou entendu sur le sujet ne soulevait la moindre objection.  En somme, c'était normal, circuler!  Sans entrer dans un débat sur la moralité ou l'absence de moralité du personnage masculin et sur son choix, je trouve que le scénariste a suivi une ligne facile dans l'esprit de beaucoup de membres de notre société et a renforcé cette idée par le fait même: la sexualité d'une femme peut être à vendre et l'argent peut y donner accès.

La première fois que cela m'avait frappée, c'est dans une série télévisée, Défiance, une série post-apocalyptique où suite à une invasion, les humains ont appris à cohabiter en relative harmonie avec une alliance de races extra-terrestres.  L'un des personnages durant la saison 1 est la tenancière du bordel local.  Le personnage n'est pas du genre à se laisser parler sur les pieds, elle sait s'imposer si le besoin est et qui défend les femmes qui travaillent pour elle avec aplomb.  Pas une femme soumise donc.  Mais néanmoins une femme à la sexualité disponible moyennant finance.  Encore.  Une autre...  Encore là, ça peut se justifier avec le contexte et le personnage en lui-même n'a aucun problème avec la façon dont elle gagne sa vie.  Néanmoins, je dois avouer que ça reste dans le domaine du cliché et toutes les situations qui en découlent reste à l'avenant.  C'est comme si on avait mis ce personnage-là pour créer une cascades de situations bien connues, confortables pour l'auditeur, plutôt que de chercher à créer du nouveau.  On est pourtant dans un contexte de science-fiction...

D'autant plus que hé, bien, comment dire...  Ce sont presque toujours des femmes qui incarnent ces personnages?  Pensez à la prostitution que vous avez vu dans la fiction et demandez-vous, sincèrement, combien de personnage de prostitué vous avez vu.  Et si votre regard a oublié de remarqué que je n'ai volontairement pas mis de e suite à prostitué dans ma dernière phrase, c'est une preuve que notre regard est grandement habitué à voir ce métier au féminin... et sa clientèle masculine.  Poser la question, c'est y répondre: nommez-moi tous les personnages féminins que vous connaissez qui exercent ce métier dans la fiction.  Nommez-moi maintenant les personnages masculins pratiquant la même profession...  Vous constatez une différence?

C'est là que l'on entre dans le domaine du cliché si bien implanté qu'il en devient invisible.  On est habitué à ce cliché, on le connaît et il est utile en fiction parce qu'il permet de paramétrer certains détails de l'histoire sans avoir à faire beaucoup de mises en contexte.  Vous ajoutez un détail et on fait de cette femme un personnage prisonnier de sa condition à cause de sa pauvreté.  Pouf un autre et elle devient une femme de luxe.  Dans tous les cas ou presque, dans la fiction, sauf si elle est contrainte, la femme fait ce métier par choix et y prend du plaisir.  Ce qui n'est loin d'être systématique dans la réalité.

Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tous les tenants et les aboutissants du travail du sexe: c'est ce qu'il représente dans la fiction.  Parce que c'est omniprésent dans énormément d’œuvres, avec à côté, le cliché de la strip-teaseuse.  Est-ce que parce que la personnage qui écrit ce genre de personnages est plus souvent... un homme?  Peut-être!  Mais ce n'est pas exclusif.  Il y a plus à chercher du côté de ce que cela représente que de qui l'a écrit.

Que représente la prostituée?  Il y a à la fois, la disponibilité, la facilité et la fascination.  Mais aussi un côté à la fois de mépris et de dégoût.  C'est pour ce mélange que la prostituée ne peut être interchangeable avec une femme à la sexualité libérée: il y a une différence entre un service reçu contre rémunération et une relation entamée sur la base de désirs réciproques. De plus, le catalogue des situations qui peuvent être utilisées avec ce genre de personnages est particulièrement bien garni.  Bourrés de clichés, mais bien garni.  C'est facile à utiliser, c'est facile à comprendre pour le lecteur ou la lectrice et ça résonne très loin dans notre psyché.

Peut-être trop loin, c'est ça le problème.  Dans cette facilité qui est à la fois un préjugé, un fantasme et un élément de rejet.  L'utiliser et le sur-utiliser réactualise sans cesse de vieilles idées sur la sexualité respective des hommes et des femmes.  C'est pourquoi son abondance dans les œuvres de fiction me dérange.  Pas que je plaide pour les en faire disparaître, ce serait de la censure et il faut l'avouer, ça reste un type de personnage que l'on peut légitimement utiliser.  Non, je pense qu'il faudrait juste remettre en question son usage tellement courant qu'il en est invisible et se demander si c'est bien nécessaire à chaque fois.

@+ Mariane

jeudi 2 août 2018

Structura Maxima d'Olivier Paquet

Structura Maxima  Olivier Paquet  Collection La dentelle du cygne  L'Atalante  360 pages


Résumé:
Dans la Structure, c'est l'heure des choix: à dix-sept ans, Jehan s'apprête à tourner le dos aux Vapeuriers, maîtres du Mélange et de l'énergie qu'elle procure pour les Poutrelliers, maîtres des poutrelles qui soutiennent la Structure.  Ce qui est un rejet de la voie tracée pour lui est aussi une révolte envers le système qui a laissé son père Victor gravement brûlé suite à un accident.  Celui-ci, Grand-Maître de la Vapeur, voit un jeu subtil se développer parmi les différentes communautés de la Structure.  Les uns et les autres s'arment, inspirés par des textes anciens, le Poesia pour les Vapeuriers et les Évangiles pour les Poutrelliers.  Dans ce monde parfaitement clos, la tension monte...

Mon avis:
J'ai eu l'impression en commençant la lecture de ce livre que je montais un escalier en manquant la première marche, impression qui ne s'est presque jamais dissipée tout au long du livre.  On aurait dit qu'il me manquait des clés pour le comprendre.  Malgré tout, j'ai continué la lecture, en grande partie parce que je me disais que le brouillard finirait par se dissiper.  Ce ne fût pas le cas, mais je suis quand même contente de l'avoir lu.

L'histoire parle d'un univers clos, la Structure, où vit une population qui n'a d'autres horizons que les murs de celle-ci.  Elle est séparée en communita, essentiellement par métier.  À dix-sept ans, on choisit sa communita, ce qui mène à l'introduction du personnage de Jehan, qui fait son choix ce jour-là.  Jehan est un personnage plein de fureur et de colère contre ceux parmi lequel il a grandit, à cause de l'accident qui est arrivé à son père.  Il choisira donc le clan opposé, presque ennemi, des siens.  C'est un personnage intéressant, mais quelque chose m'a profondément agacé tout au long chez lui: ses parties sont rédigées au je et il a un niveau de vocabulaire et de réflexion qui forment un clash bien trop marquant par rapport à son âge.  Tout au contraire, son père, Victor, a gardé un esprit ouvert et sera plus capable d'évoluer tout au long du livre.  Le même accident qui provoquera tant de colère chez son fils, lui aura ouvert l'esprit.  D'ailleurs, toutes les parties des autres personnages excepté Jehan sont écrites à la troisième personne.  Cela nous permettra de connaître toute une galerie de personnages secondaires qui sont presque tous bien développés et intéressants.  Je dis presque parce que certains m'ont paru trop plaqué (Julie, cantonnée au rôle de l'amoureuse?  Il y aurait tellement eu plus à dire sur ce personnage!).

La structure est séparée en trois temps et le premier est terriblement long.  Tout aurait pu être dit en la moitié moins de pages.  Il y a beaucoup de répétitions: on le sait que Jehan est révolté!  La deuxième partie est consacrée à l'éclatement des difficultés de la structure et la troisième, qui file à une vitesse folle, est presque entièrement dédiée à la résolution.  Dans la deuxième, l'auteur montre une belle maîtrise des phénomènes politiques, de la façon d'aborder le pouvoir et de comment se jouent les jeux qui mènent aux affrontements.  Les réflexions de Victor y sont particulièrement intéressantes.  La dimension idéologique et religieuse des affrontements est tout aussi bien développée.  La partie du récit qui développe ces deux aspects est d'ailleurs ce que j'ai le mieux aimé.  L'utilisation des sens profonds des textes anciens sur le présent est aussi très bien emmené.  Petit détail qui a donné beaucoup de personnalité au texte: l'utilisation de l'italien.  Le texte est parsemé de petites phrases dans cette langue, ce qui lui donne une tonalité différente de beaucoup de texte de SF que j'ai lu et j'ai apprécié cette petite touche de vie et de couleur dans cet univers si étouffant qu'est la Structure.

Néanmoins, il y a un point négatif majeur à ce livre: je n'ai jamais été capable de voir l'univers de l'auteur.  La Structure n'était presque pas décrite et si l'univers des Vapeuriers et de leurs chaudières étaient très visuellement réussi, je n'ai presque pas réussi à comprendre l'univers des poutrelles.  D'ailleurs, celle-ci sont-elles verticales ou horizontales?  Ce n'est jamais clairement spécifié et c'est l'une des points qui m'ont un peu perdue.  D'autres part, même si l'on sait que c'est une structure fermée, j'ai constamment manquée de points de repaire pour avoir une idée de la taille de celle-ci.  Certains bâtiments semblaient demander un espace immense, mais comment en juger?

Malgré tout, l'auteur a une belle plume qui gagnerait à être plus claire, mais qui sont porteuses de belles idées.  Je n'ai probablement pas pris le meilleur livre pour le découvrir, du moins pas pour moi.  Parce que le sentiment qui domine en fermant le livre est que j'ai manqué un élément essentiel au début et que je n'ai pas pu l'apprécier pleinement à cause de ça.

Ma note: 3.25/5

lundi 30 juillet 2018

Aborder un rêve profond du bout de ses pattes de chat

Salut!

Il y a une partie de moi qui tremble un peu en écrivant ses mots.  Mes petits coussinets de chat effleurent un terrain où je ne suis pas encore à l'aise.  Même si ce dont je vais parler relève de l'évidence pour certains, j'approche d'une zone qui est à la fois très sensible et très profonde, alors permettez que j'y aille doucement.

J'ai récemment fait du ménage dans des paperasses vieilles de plusieurs années.  J'ai retrouvé un cartable plein de textes que j'avais écrit.  Certains datent de plus de vingt ans.  J'ai rougi un peu en les relisant: que de naïveté dans ces textes!  Mais surtout, ça m'a remis en lumière une chose que je fais depuis une éternité: écrire.  Et prendre des notes pour des projets qui sont souvent restés à l'état de projets.  Mine de rien, j'en aie quand même pas mal, à l'étroit dans de vieux cartables d'école qui date du secondaire (j'étais très précautionneuse avec mes cartables!), d'autres qui sont autant de fichiers informatiques qui traînent dans mon ordi et qui forment une longue chaîne depuis mon tout premier ordinateur qui lui, doit bien dater d'il y a vingt ans.  Je pense surtout à ce qui pourrait être une petite nouvelle, écrit sur du vieux papier à bretelle, ce qui vous dit à quel point il est vieux!  Un souvenir.  Je ne me souvenais même pas de l'avoir gardé.  Écrit oui, mais je pensais que cela c'était perdu au fil de mes déménagements.  Celui-là, je le relis et je me dis encore, hé, il y a quelque chose là!  Mais entre écrire un texte et penser au mot qui désigne la personne qui écrit et l'appliquer à moi-même, il y a là un gouffre immense.

Je regarde les auteurs que je connais autour de moi et il y a en moi une partie d'admiration et une pointe d'envie.  Pas que je sois jalouse, c'est un sentiment que je ressens rarement, mais plutôt, un comment font-ils?  Pas comment font-ils pour s'asseoir et pondre des histoires si magnifiques, mais plutôt, comment font-ils pour assumer leur rêve?  Devant tout le monde?  Sans gêne?  Ce rêve-là est tellement profond et puissant en moi que de le faire sortir, c'est quelque chose de si terriblement intime que je n'ai jamais osé en parler.  Je me contentais d'y penser, d'accumuler des idées sur des bouts de papier, de remplir des cahiers de notes et de garnir mon ordinateur de fichiers aux noms pour moi plein d'histoires, de personnages et d'aventures.  Je n'en aie pas fait lire à beaucoup de gens autour de moi, surtout à ma famille.  Mais voilà, la vérité, c'est que j'écris depuis des années et que moi aussi, je rêve de publier, de raconter mes histoires.  Pas de façon constante, il y a eu de longues périodes où je n'ai touché à rien, plutôt en y allant plutôt par à-coup et en prenant de longues pauses, mais c'est toujours resté là, dans un racoin.

Pourquoi ne pas le faire?  Pourquoi ne pas écrire, ne pas oser sortir mes histoires, ne pas prendre le risque?  La réponse est à la fois simple et complexe: c'est que ça part de tellement loin et c'est tellement profond que c'est difficile à laisser sortir.  La peur joue un rôle c'est sûr.  Et quand on a peur, on a parfois tendance à mettre un bouchon sur certaines choses.  Ça a été mon cas.  Pendant très très très longtemps.  Parce que ça me faisait peur, je n'osais pas et parce que je n'osais pas, ça entretenait ma peur.

Je dis ça et je suis sûre que plusieurs personnes ont un petit hochement de tête en se disant: ah, on le savait bien qu'elle écrivait!  On le savait bien que ça viendrait!  Et bien, moi, je ne le savais pas.  Ou plutôt, je n'en étais pas sûre.  C'est lors d'une conversation avec un auteur que je connais que je me suis rendue compte que ce que je croyais être mon petit secret était en fait un secret de Polichinelle.  Quand, après six détours langagiers, j'ai enfin dit que j'avais commencé à écrire et que cette fois, j'espérais que ce soit pour de vrai, il a juste secoué la tête et m'a lancé une phrase qui m'est rentrée dedans comme une tonne de brique: «On le savait Mariane, la question de savoir si tu allais écrire un jour n'était pas si, mais quand.»  Ouch!  Ah oui?  À ce point-là?  On m'a posé la question à de multiples reprises et je répondais à côté, pas encore capable de l'assumer.  «Et toi Mariane, tu écris?»  «Un jour peut-être!» je répondais.  Et je repoussais le moment de l'annonce.  Pas parce que je n'en avais pas envie, mais parce que j'avais peur de mon propre rêve et de sa puissance.  Aussi étrange que ça puisse paraître, c'est la plus pure vérité.  Me mettre au clavier, écrire oui, ça je m'en savais capable, mais me dire auteure un jour?  Ça c'était une étape que je n'étais pas prête à franchir.

De près ou de loin, j'ai toujours eu un pied dans le monde du livre, depuis aussi loin que je me souvienne.  Toute petite, j'arpentais la bibliothèque avec une joie inégalée.  À l'université, je hantais la librairie de la Coop.  Lors de mon bref passage dans l'enseignement, j'ai une fois accordé presque plus d'énergie à un projet de recherche de livres qu'à ma préparation de cours (je n'ai pas duré dans ce métier non plus!).  Ensuite, est venue la merveilleuse période de la librairie.  Pas au niveau financier, mais au niveau des expériences et des apprentissages, oui.  Au lieu d'écrire mes propres textes, j'ai défendu ceux des autres et souvent avec passion.  Peut-être une façon de vivre mon rêve par procuration.  Par contre, je suis très heureuse d'être passée par là.  Ça m'a appris les dessous du monde du livre, qui fait quoi, comment, où et pourquoi et ça m'a donné une vision assez juste de ce que ça pouvait vouloir dire, être auteure au Québec.  Je n'ai donc pas développé d'attentes irréalistes, même si presque au même moment, J.K. Rowling devenait la première milliardaire du monde du livre et que tout le monde se disait soudain que c'était possible.

Je ne regrette absolument pas mes cinq années en librairie.  Ce que j'y aie appris vaut à mes yeux de l'or.  C'est aussi à cette période que, de façon détournée, j'ai commencé à écrire de façon régulière.  Vous l'avez vu le résultat sur ce blogue pendant des années.  Ma période de blogueuse (j'ai parlé de cette période dans ce billet-ci) a été une période extrêmement intense de ma vie.  Celle de la librairie l'a été tout autant et elles sont arrivées en même temps.  Quand je dis intense, c'est autant en positif qu'en négatif: intense parce qu'au point de vue humain, c'est incroyablement nourrissant, énergisant et exaltant.  Par contre, il y a une partie de moi qui s'est vidée.  En quittant la librairie, j'ai aussi débranché une partie de l'alimentation qui nourrissait et le blogue et mon envie de lire.  Si je sortais de ce cadre, on aurait dit qu'il me manquait quelque chose.  Résultat, pendant plusieurs années après mon départ de la librairie, je me suis tenue éloignée des livres.  J'ai beaucoup moins lu et j'ai arrêté de bloguer.  Ça ne me ressemblais pas, j'avais toujours été une lectrice boulimique depuis ma plus tendre enfance.  J'avais sans m'en rendre compte épuisé une partie de moi-même que je pensais inépuisable.

À l'époque de la librairie est arrivé dans ma vie quelque chose qui a changé ma vie d'une façon incroyable, alors qu'au fond, je ne m'y attendais pas du tout: le jiu-jitsu brésilien.  C'est un sport de combat, mais ce qu'il m'a avant tout appris, c'est que j'avais une qualité cachée dont je ne soupçonnais pas la puissance: la ténacité.  Il m'en a fallut parce que je me suis entraînée pendant la majeure partie du temps avec des gars, souvent des gars qui font de la compétition et donc, plus fort, plus rapide et plus adroit que moi.  Mais j'ai appris à leur tenir tête, à trouver mes victoires là où elles étaient et à ne pas me décourager même si mes progrès étaient beaucoup plus lents que ce à quoi j'aurais aspiré.  J'ai pendant des mois continué alors que mon premier instinct aurait été de tout laisser tomber.  J'ai bien fait de m'accrocher: le jour où mon professeur a passé une ceinture mauve autour de ma taille, j'avais autant appris sur mon sport que sur moi-même.  Et je savais que si j'étais capable de faire preuve de constance, de ténacité et de me relever malgré les échecs et les difficultés.  Ce sont des qualités que j'avais toujours accordé aux autres, mais sans jamais m'en donner le crédit à moi-même.  Là, je ne pouvais pas le nier, c'était ma réussite à moi, le fruit de mes efforts et de ma détermination.  Ça n'est pas arrivé en un jour, mais ça m'a apporté quelque chose de profond que je garde encore précieusement en moi.  J'étais soudainement devenue consciente que j'étais moi aussi capable de faire ce que j'admirais chez les autres.

Les années ont passé, j'ai continué à fréquenter les événements littéraires, même si je lisais beaucoup moins, j'ai eu beaucoup d'autres expériences, je me suis laissée gagnée par le démon des jeux vidéos (mais quel bouffeur de temps!) et des séries télés (à peine mieux!).  Et puis un beau jour, je me suis retrouvé face à un chiffre: 35.  35 années que je suis sur Terre.  L'âge que ma mère avait le jour où elle m'a mise au monde.  Ça peut paraître bizarre, mais ce fait-là m'a fait très très mal.  Je voyais arriver la date de mon anniversaire et je paniquais.  Autant la trentaine n'avait fait que m'effleuré, autant la mi-trentaine m'est rentré dedans comme un tsunami.  J'ai vécu une difficile période de remise en question.  Je me suis rendue compte que plusieurs projets auquel une partie de moi tenais beaucoup, ne prenait pas autant de place qu'ils auraient dû.  D'autres par contre, en prenait beaucoup trop et je planifiais ma vie en fonction d'eux alors que leurs chances d'atterrissage heureux étaient plus qu'incertains.  J'ai regardé les choses en face et je me suis demandé ce que j'allais faire de ma vie.  Mon vieux rêve d'écrire est alors venu me tirer par la manche.  Je l'ai regardé et cela m'a rappelé qu'il avait toujours été là, depuis des années.  Des cartables complets sont là pour me le rappeler, des dossiers sur le bureau de mon ordinateur, des fichiers à la tonne.  Et des idées, des dizaines et des dizaines d'idées, d'histoires, de personnages et de péripéties.  Alors, je me suis assise et j'ai écrit.  Et c'est merveilleux de le faire.

Sauf que je n'ai pas vingt ans.  J'en aie 35.  J'ai énormément lu, j'ai travaillé dans le milieu du livre et quelque part, je sais où je m'en vais.  Mes années de blogue au compteur aident aussi beaucoup.  Sans m'en rendre compte, même si je cachais mon rêve en dessous d'une pile d'autres choses, ce que j'avais besoin pour pouvoir écrire s'est développé en moi: c'est l'habitude de la constance avec le jiu, c'est ce que j'ai appris sur la fiction en fréquentant des auteurs et ce que j'ai appris sur comment on fabrique un livre en travaillant dans une librairie.  Ajoutez à ça l'expérience de la vie qui fait que bien des choses sont plus compréhensibles, émotionnellement parlant, à 35 ans qu'à 20 ans et je découvre que ma vie a bien fait les choses et s'est chargée de garnir mon coffre à outil pendant que j'avais l'esprit ailleurs.

Cette année, en soufflant mes 35 chandelles, j'ai souhaité avoir un texte publié en 2018.  C'était un objectif que je me mettais.  Un souhait.  Ensuite, j'ai rouvert mon ordi et j'ai travaillé.  J'ai écrit des textes, certains qui vont sans doute aller rejoindre mon cartable d'écolière et d'autres qui ont peut-être un potentiel, mais je suis fière de me dire que là, je travaille vraiment.  Que je fais vraiment le boulot d'une écrivaine.  Après avoir reporté mon rêve aux calendes grecques pendant des années, là, je le réalisais.  Au moins la première partie, celle sur laquelle je peux avoir du contrôle, celle que je peux faire par moi-même.  J'ai travaillé et je continue à le faire et c'est quelque chose de vraiment jouissif que de le faire!  C'est libérateur et c'est exaltant, même si mes anciennes craintes reviennent me visiter souvent.  Ok, très souvent même.  Aie-je le droit de me dire auteure alors que je n'ai rien publié de façon officielle?  Quelle est la différence avec avant, l'époque où je disais «Un jour peut-être!» et aujourd'hui?  J'ai envoyé des textes à des revues?  Aucun n'a encore été accepté au moment où j'écris ces lignes en tout cas, ce qui me met en plein syndrome de l'impostrice: peut-on se dire auteure si on a rien publié?  Écrivaine, peut-être, écrire est gratuit et chacun est libre d'écrire!  Mais Auteure?

Au dernier Boréal, j'étais encore en plein maëlstrom de l'impostrice.  Doublé du fait que je me suis inscrite à un atelier d'écriture pour la toute première fois de ma vie.  J'ai mal dormi durant les trois journées qui ont précédé, je suis arrivée là tendue comme une corde de violon et j'ai à peine osé lever la main quand l'animatrice a posé la question à savoir si on écrivait ou non.  J'étais entourée de jeunes au début de la vingtaine, pleins de sève et pétillants de volonté et moi, je me présentais là avec mon rêve écrit sur une feuille jaunie et toute craquelée à force d'avoir passé du temps plié en quatre au fond de ma poche.  Ça ne s'est pas trop mal passé, mais j'ai eu en quelque sorte une révélation: je suis assise entre deux chaises.  Je ne suis pas complètement une débutante, mais il me manque des bases communes à pas mal tous les auteurs.  Mon ego a fait un boucan d'enfer pendant quelques minutes, mais une autre chose que le jiu m'a appris à faire, c'est de le foutre à la porte de mes pensées assez vite.  Je savais que j'avais du pain sur la planche, mais au moins, j'avais une idée un peu plus claire du boulot à accomplir.

Le samedi, j'ai osé participer au concours d'écriture sur place.  Je ne l'avais jamais fait.   Je n'avais jamais osé le faire plutôt.  Beaucoup trop peur de révéler mon secret pour ça!  En prévision du concours, j'ai attrapé une pile de feuilles volantes qui traînait chez moi.  C'est en m'asseyant pour écrire que je me suis rendue compte qu'elles étaient toutes jaunies, mais tant pis, c'est ce que j'avais emporté.  J'ai essayé d'écrire, mais ça ''bloquait''.  Rien ne sortait.  Alors, j'ai pris un truc développé au cours des derniers mois, j'ai fait du brainstorm sur la page en la couvrant de gribouillis que personne d'autre que moi ne pourrait relire et ensuite, j'ai pondu mon texte en un temps record.  J'ai scellé mon enveloppe et je l'ai remise.  Je n'y ai pas repensé sauf pour une chose: j'étais vraiment contente de l'avoir fait.  C'était ma première participation après tout et je n'avais absolument aucune attente.  Dire que j'ai osé parler de mon rêve d'être auteure durant cette fin de semaine est très exagéré.  J'en aie parlé à quelques personnes que je connais depuis assez longtemps pour être en confiance, mais en parler à tout le monde ou de manière ouverte était encore au-dessus de mes forces.  Même quand j'en parlais, c'était avec timidité et je devais prendre sur moi pour ouvrir la bouche.  Il est très dur de se défaire de certaines habitudes...

La fin de semaine a continué sur les chapeaux de roue, comme c'est tout à fait normal lors d'un Boréal.  Le dimanche après-midi est arrivé et mes réserves d'énergie étaient très basses après trois jours de congrès (et l'absence de sommeil dans les trois jours qui l'avaient précédé!).  Quand est arrivé l'heure de nommer les gagnants au concours d'écriture sur place, j'étais dans le fond de la salle, assise sur un des bancs de côté, avec mes cernes jusqu'au milieu des joues.  Sauf que quand Julie Martel s'est levée, j'ai cru apercevoir dans ses mains d'horribles feuilles jaunies...  Je crois que mes battements de coeur auraient pu à se moment-là être mesurés sur l'échelle de Richter.  Non, ça ne se pouvait pas, j'avais écrit ce texte super vite et c'était ma première participation en plus, c'était impossible!  Et puis, elle a eu un petit mot pour dire qu'il y avait deux gagnants ex-aequo et elle a nommé mon nom.  Je me souviens d'avoir porté ma main à ma bouche et d'avoir entendu deux longues secondes de silence, mais ça c'est sans doute mon imagination.  Durant ces deux secondes-là, une partie de moi s'est mis à courir de joie dans ma tête et restait persuadée que ça ne se pouvait pas.  Et puis, tout le monde m'a regardé et s'est mis à applaudir!  Je me suis levée dans un état complètement second.  J'avais les larmes aux yeux en arrivant en avant.  C'est peut-être rien gagner un concours d'écriture pour certaines personnes, mais à ce moment-là, pour moi, ça valait plus que des millions.  Je me souviens que pas mal tout le monde est venu me féliciter ensuite, mais à ce moment-là, mon cerveau était complètement en mode survoltage et donc, en y repensant, je regrette d'avoir dû écourter certaines discussions et j'espère sincèrement que j'ai pas dit trop de conneries!

Depuis, j'ai eu des nouvelles de Solaris pour la publication et s'est mise en branle une petite mécanique qui me semble à la fois merveilleuse, familière et complètement déroutante, parce que cette fois, elle s'applique à moi.  Mon nom paraîtra sur une couverture pour la première fois bientôt.  La voici d'ailleurs, la fameuse couverture:


Je n'avais jamais vraiment réalisé que gagner le Concours d'écriture sur place équivalait à avoir son nom sur la couverture de Solaris, ni que cela impliquait un contrat de publication en bon et due forme.  Là s'arrête les connaissances théoriques de la libraire et commence les connaissances pratiques de l'auteure!  J'ai encore du mal avec le mot, mais je m'y habitue, doucement, par étape.  Et je continue d'écrire.  J'espère avoir d'autres textes publiés, j'espère même écrire un jour un roman entier et j'y travaille!  J'aborde ce nouvel univers du haut de mes coussinets de chat et finalement, une fois la porte franchie, il est moins effrayant que ce que je pensais.

Ce qui fait que je me le permets, en finissant:

Mariane Cayer, auteure

jeudi 26 juillet 2018

1491 de Charles C. Mann

1491: Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb  Charles C. Mann  Albin Michel 468 pages


Résumé:
L'Histoire officielle des Amériques, plus souvent qu'autrement écrite par les Européens, raconte que l'Amérique d'avant Christophe Colomb était un territoire quasi-vierge, habité par quelques groupes de chasseurs-cueilleurs et en grande partie inhabitée.  Bousculant les clichés, détruisant les mythes et remettant les pendules à l'heure à de nombreux sujets, l'auteur nous présente une toute autre Amérique: vibrante de vie et de civilisations, ayant dompté son territoire, capables d'innombrables innovations et pétillante de créativité, l'Amérique de 1491 présente un tout autre portrait.  Nourris d'innombrables références de recherches universitaires et ne faisant pas l'impasse sur les débats entre les chercheurs, l'auteur nous présente une Amérique inconnue, fascinante et oh combien plus vaste et plus développée que l'Histoire officielle ne nous l'a appris.  

Mon avis:
Ce livre, je le mets dans la courte liste des livres que dans ma vie, j'ai dévoré, qui m'ont jeté par terre, m'ont ouvert les yeux et dont je ressors l'esprit frémissant d'idées nouvelles et de connaissances inconnues.  Charles C. Mann nous présente une Amérique foisonnante et fascinante et surtout très différente.  Sous sa plume, on découvre d'innombrables civilisations qui ont laissé de multiples traces dans le paysage.  Parfois, il faut avoir l'oeil pour les découvrir, mais ces traces sont partout!

Le point de génie de son ouvrage est qu'au lieu de nous présenter les unes après les autres les dizaines de civilisations et de cultures qui ont peuplé le continent, il fonctionne par thématique.  Vous voulez connaître la philosophie en Amérique avant l'arrivée de Colomb? Bienvenue chez les Aztèques où des écoles de philosophie que n'aurait pas renié Socrate fleurissaient.  Vous préférez entendre parler du développement des civilisations?  On vous emmène faire un tour dans les différents foyers de l'époque, autant en méso-amérique (Olmèques) qu'en Amérique du Sud (Norte Chico).  Vous voulez connaître le développement des systèmes d'écritures, des mathématiques, du calendrier?  Les Mayas vous saluent!  Domestication du maïs, aménagement du territoire, structure politique, implantation de l'être humain dans ce vaste territoire, nommez-les, on passe presque à travers tout!  

Le récit ayant été écrit par un journaliste et non par un historien, on suit avant tout un esprit curieux de tout qui a soif de découverte.  Il nous emmène avec lui sur les traces de ce qu'il reste des civilisations dont il parle, mais de façon tellement fluide que le gros des informations pointues et complexe de son livre sont traitées se lisent presque comme un roman.  Il nous emmène avec lui sur les lieux originaux et fait énormément de liens avec le présent.  Autre point important, si, comme tous les auteurs d'essais, il défend une thèse, mais il a l'honnêteté de nommer tous les scientifiques consultés, ainsi que leurs détracteurs, en citant les arguments pour et contre.  Il ne cache jamais à quel enseigne il loge, mais il prend soin d'expliquer le revers de la médaille et pourquoi certaines personnes font le choix de défendre des opinions contraires à la sienne.  D'ailleurs, tout est basé sur des recherches d'un bout à l'autre du livre.  Faire la liste des spécialistes impliqués seraient trop longue, mais l'archéologie en occupe une grande part et d'autres techniques plus récentes également.  Même les recherches ADN s'y retrouvent!  La part du travail de l'auteur a été de rassembler l'incroyable masse des données et de de lui donner une ligne directrice.  Tout le reste était déjà sous nos yeux.

Sincèrement, moi qui a étudié l'histoire jusqu'au niveau universitaire et qui a pas mal lu au cours des années, j'ai appris énormément de choses!  Ce qui marque, ce n'est d'ailleurs pas tant le fait que tout ces éléments nous soient présentés, mais bien la perspective dans lequel ils le sont.  Celle qui dit que loin d'être inactif ou idiot, les premiers habitants des Amériques étaient des gens intelligents, innovateurs et inventifs... mais avec leurs propres paramètres, qui n'était pas ceux des Eurasiens ou des Africains qui vivaient en contact plus ou moins étroit depuis des siècles.  Ils ont créé leurs propres modes de fonctionnement.  Ce qui fait que bien de leurs découvertes et de leurs innovations n'ont pas été comprises par les Européens et donc, perdues.  D'ailleurs, le sentiment général en refermant le livre est: quel gâchis...  Déjà que les premiers contacts avec l'Amérique ont littéralement changé le court de l'Histoire mondiale, on ne peut que se demander ce qui serait advenu si les épidémies qui ont suivi et le comportement de pilleurs des Européens n'avaient pas eu lieu.  Parce que des merveilles de l'Amérique en 1491, des pans entiers sont disparus de l'histoire de l'humanité.

Ma note: 5/5

lundi 23 juillet 2018

Démêler la fiction de la fiction

Salut!

Au tournant des années 2000, j'étais une grande fan de la série X-Files.  Je suivais avec attention les aventures de Mulder et Scully, me délectais des intrigues de la conspiration et de toute l'énergie qu'ils mettaient à la combattre.  Ce n'est que depuis quelques années qu'en y repensant, j'éprouve un malaise.  Je suivais cette émission avec attention en sachant très bien que c'était une fiction, mais quelque part, il me semble que l'insistance de la série à dire que le gouvernement est corrompu ou manipulé que la réalité n'est pas ce qu'elle semble être, a fini par ne plus être que de la fiction pour certaines personnes.  Le slogan de la série, La vérité est ailleurs, le résume bien.

Quand j'y repense, l'idée est partout dans la culture populaire américaine.  De façon pas toujours directe, mais elle est là.  C'est comme ce personnage dans le deuxième Transformers qui lance à Sam Witwicky «On nous ment!» à son arrivée à sa résidence étudiante.  Ce type de personnage revient souvent.  Il est souvent présenté comme un peu foufou, mais au final, c'est lui (oui, plus souvent lui que elle et je ne me rappelle pas d'exemple ou en plus, il n'était pas blanc) qui a raison au final.  J'avoue que ce genre de ressort dramatique est extrêmement intéressant à utiliser, mais il est aussi dangereux: si c'est toujours ce personnage qui a raison, pourquoi n'aurait-il pas aussi raison dans la vraie vie?

Seulement voilà, dans la vraie vie, l'hypothèse la plus farfelue est rarement la vraie.  Et si je ne nie pas que le contenu du bulletin d'information comporte une bonne part de relations publiques, de langue de bois de politicien/nes et même parfois, de mensonges, il y a loin de la coupe aux lèvres en disant que nous sommes manipulés par une organisation supranationale toute puissante devant lequel les gouvernements sont à genoux et qui collaborent avec des sociétés mystiques ou des extraterrestres.  Le seul hic, c'est qu'à force d'enfoncer le clou dans la fiction, on dirait que certaines personnes ne savent plus comment distinguer la fiction de la réalité...

Post-vérité a été le mot de l'année 2016 selon le dictionnaire Oxford.  Rien d'étonnant quand on connaît le discours qui a mené le candidat républicain dans le bureau ovale d'où il ne cesse depuis de contourner, manipuler et détourner les faits.  Mais surtout, il tient un discours semblable à celui de bien des films et des séries télés.  La vérité est ailleurs après tout.  Ses discours reprennent, parfois sans les nommer, des éléments qui ont fait le succès de nos soirées télés.  Et pour cause, ces fictions se sont largement inspirés des théories du complots qui fleurissaient allègrement avant l'internet, mais qui avec son développement, sont carrément devenus encore plus envahissantes que des pissenlits au printemps!  En passant par la fiction grand public, on leur a donné une légitimité et un écho qu'elle n'aurait jamais eu autrement.

Or, cela reste de la fiction non?  Et bien, pas toujours et c'est ça le problème.  Je me rappelle avoir lu un article sur les théories de la conspiration écrite par une journaliste.  Celle-ci racontait qu'elle pensait que ce n'était que du vent jusqu'à ce qu'elle parle à des citoyens d'autres pays.  Ceux-ci étaient des partisans fervents des théories du complots parce que...  et bien ce n'en était pas.  Ce gouvernement renversé par son propre peuple l'avait-il était pour cette raison?  Ou bien était-ce la CIA qui...  Prenez des dizaines d'exemple, dans des dizaines de pays et demandez-vous ensuite, pourquoi les États-Unis, le chef-lieu de toutes ces opérations, serait épargné?

Le problème dans tout ça, c'est que le terrain pour que les théories de la conspiration, fertile depuis des années, même avant le web, culmine à une époque où l'on a également jamais autant eu accès à l'information et à l'information de qualité.  Pensez-y, on a Wikipédia, toutes les banques de données universitaires et je ne sais pas trop combien de sites de données fiables, des archives et ça c'est sans compter tous les efforts de vulgarisation qui sont faits depuis des années.

Seulement voilà, la fiction a tissé une trame, une trame qui fonde la vie de bien des gens.  Si on ne m'avait pas appris avant de m'asseoir devant X-files que c'était de la télé et que c'était arrangé avec le gars des vues, si ma famille ne m'avait pas dotée d'esprit critique, aurais-je pu faire la différence?  Je me pose sérieusement la question.

La fiction sert à élargir le monde pas à le rétrécir.  La fiction sert à tester des possibles, à explorer des sentiments et à découvrir de nouveaux univers.  Entre les théories de conspiration et la fiction à la X-files, il y a tout un monde.  L'un détourne le réel, l'autre s'amuse avec lui.  Mais la fiction n'est pas la réalité.  Les théories de conspirations non plus et leur but est très éloigné de celui de la fiction.  Néanmoins, celle-ci reste la meilleure arme de l'humanité face à la réalité.  L'imagination et la créativité sont les enfants de la fiction.  Ce sont elles qui nous ont permis d'envoyer un petit robot se promener sur une autre planète, mais bien avant d'y aller, de s'imaginer, d'avoir penser que ce serait possible et de créer tout le nécessaire pour pouvoir le faire.  La fiction au service de la réalité est merveilleuse, mais la réalité au service de la fiction mène au contraire.  Car après tout, à la base de beaucoup de grandes erreurs de l'humanité, il y avait quelqu'un qui a laissé son imagination et les idées qu'elles entraînent prendre le pas sur la réalité.  Surtout quand ça concernait d'autres humains.

@+ Mariane

lundi 16 juillet 2018

Comment faire plaisir à un/e auteur/e que vous aimez?

Salut!

Je côtoie beaucoup d'auteurs/es, souvent à des événements littéraires, souvent par d'autres moyens.  J'ai vécu la vie de librairies pendant plusieurs années et j'ai même collaboré à une revue traitant de littérature.  Ça me donne souvent une bonne idée de ce qui peut faire la différence pour un/e auteur/e.  On sait que le marché de la littérature au Québec n'est pas nécessairement facile pour tous,  mais si vous aimez un/e auteur/e, voici quelques petits choses simples que vous pouvez faire pour l'aider.

1- Lisez ses livres

Ok, ça paraît peut-être niaiseux, mais c'est la base.  Les auteurs/es veulent être lus, alors, lâchez-vous lousse!  Acheter des livres, emprunter-les à la bibliothèque ou à un ami si vous êtes fauché, mais lisez-les.  Il n'y a rien de pire pour un/e auteur/e que de travailler sur un livre pendant des mois voir des années et d'ensuite, se retrouver le bec à l'eau parce que leur livre arrive au monde dans la plus parfaite indifférence.  Alors, qu'il y ait quelqu'un quelque part qui a lu le livre, c'est un sentiment rassurant et vraiment encourageant.  C'est avant tout pour ça que les auteurs écrivent, être lus!

2- Commentez les livres

Que ce soit sur votre blogue, sur le site de l'empire au sourire en coin, sur Goodreads, sur l'album de visage, dans une revue, lors d'une discussion entre amis parlez de vos lectures.  Le bouche-à-oreille est le meilleur moyen pour les auteurs de faire connaître leurs oeuvres.  Vu la portion congrue auquel en est réduite la couverture littéraire dans les médias en général, chaque mention ailleurs sur le web compte.  D'autant plus que le site de recherche en .com le plus consulté au monde se révèle très précieux quand vient le temps de faire une critique.  Alors d'en avoir une, deux ou trois, peut faire une grosse différence dans la carrière d'un livre!  Quand aux discussions entre amis, n'avez-vous jamais été tenté de lire un bouquin recommandé par un ami? ;)

3- Acheter les livres

Pourquoi je mets ce conseil en troisième?  Parce que si vous vous contentez d'acheter un livre sans le lire, ni en parler autour de vous ou sur le web, et bien...  Ça rapporte à l'auteur/e, mais sans rendre véritablement hommage à son travail!  Acheter des livres est très important, cela permet aux auteurs/es de vivre, mais un livre qui reste sur une tablette est un livre qui n'a pas réellement vécu sa vie.  Acheter est un acte important, mais la lecture l'est tout autant!

Bonus: Parler avec l'auteur/e de son livre

Je le mets en point bonus, parce que rien ne peut battre le contact avec un/e lecteur/trice avec  l'auteur que ce soit dans un sens ou dans un autre.  Aller voir les auteurs/es esseulés/es dans un Salon du livre (croyez-moi, ils vous seront reconnaissants!), prenez le temps de poser des questions, de prendre des notes, de s'intéresser au livre autant qu'à l'auteur/e.  Si vous l'avez lu, c'est encore mieux, sinon, et bien, ça peut vous permettre de faire de magnifiques découvertes!  Même si vous n'achetez rien, ça encourage énormément d'avoir de l'intérêt de la part des lecteurs.  Évidemment, les encourager en achetant est toujours énormément apprécié!  Si le livre ne vous plaît pas, il peut être un cadeau pour une autre personne dans votre entourage après tout (Perso, j'adore acheter des livres à des auteurs jeunesse inconnus au Salon du livre de Montréal et déposer le tout dans les boîtes de la lecture en cadeau!)

Voilà donc quelques petits conseils pour rendre heureux les auteurs/es que vous connaissez et aimez.  À utiliser sans modération!

@+ Mariane