lundi 11 novembre 2019

Des histoires de science

Salut!

C'est une tradition personnelle, mais j'achète pas mal tout le temps des livres à mon père pour son anniversaire et pour Noël.  Parce que voyez-vous, il ne porte pas de cravates, ma mère le fournit très bien en chaussettes et euh, ben, les chocolats sont exclus étant donné qu'il doit faire attention à son taux de sucre.  Alors, les livres, c'est génial.  Mais ce que mon papa aime par-dessus tout, ce sont les bouquins sur la science.  Il n'est pas très roman à la base.  Alors, des fois je triche un peu et je lui achète des romans sur la science.

Sauf que... C'est pas si facile à trouver que ça.  Je veux dire, les bons romans de science, il n'y en a pas tant que ça.  Et c'est pas faute d'avoir cherché!  Quand j'étais libraire, j'ai beaucoup utilisé les ressources à ma disposition pour faire des recherches.  Des romans qui utilisent les codes ou pseudos-codes de la science pour nourrir des intrigues, il n'en manque pas.  C'est même à foison qu'on en retrouve!  Mais si on cherche quelque chose de plus, quelque chose qui nous ferait apprendre en même temps que ça nous divertit, quelque chose d'un peu plus fouillé, et bien, c'est pas nécessairement facile à trouver.

Ce n'est pas que la science est absente des tablettes, alors ça non.  Mais ce qui trône en tête, ce sont les livres de vulgarisation.  Ils sont nombreux, complets et facile à trouver.  La fiction scientifique par contre, elle, est soit éparpillée, soit carrément mal identifiée.  Ça n'existe pas en littérature, la catégorie roman scientifique, contrairement aux polars ou aux romans historiques.  Parce que la catégorie n'existe pas, le libraire qui doit classer un roman scientifique en magasin lèvera un sourcil en voyant atterrir le livre sur ses tablettes.  Alors, par défaut, on le placera avec les romans historiques si l'action a lieu dans le passé, avec la science-fiction si c'est de l'anticipation ou pire, avec la littérature générale si on manque d'imagination.  Ça rend la fiction scientifique beaucoup plus difficile à trouver.  Et puis, honnêtement, je ne pense pas que roman scientifique attirerait beaucoup de lecteurs...

Je vais vous parler d'une fascinante histoire concernant un virus qui progressivement entraînerait un nouveau stade d'évolution dans l'histoire de l'humanité.  Qu'avez-vous dans la tête?  Un thriller, un livre de science-fiction?  Ben, un peu des deux, même si le livre est paru dans une collection de SF.  Je parle de L'échelle de Darwin de Greg Bear, un des romans les plus scientifiques que j'ai lu.  Je l'ai fait lire à un ami microbiologiste qui m'a confirmé que le contenu était solide sur le plan scientifique même si certains détails étaient largement extrapolé (on parle bien de science-fiction ici!)

Bref, ça existe, mais c'est dur à trouver et là, mon petit hamster fait tourner sa roue pour comprendre pourquoi donc au juste?  Parce que si l'Histoire fascine, la science a tout autant de possibilité.  L'Histoire est peuplée d'histoires portées par des gens plus grands que nature, qui ont réussi l'impossible, fait des découvertes qui ont révolutionné le monde, apporté la gloire ou voué aux gémonies ceux qui les ont faites, provoquées quelques réputations refaites avec le destin injuste de leurs auteurs et chamboulé des sociétés entières.  Rien qui ne soit jamais arrivé à des scientifiques quoi!

Certes, la science peut être aride parfois et sembler un foutu truc bien trop complexe, mais c'est comme n'importe quel sujet: un bon vulgarisateur vous fera tripper sur la réaction en chaîne menant à une explosion nucléaire et vous tenir sur le bout de votre chaise en scrutant le fond d'une boîte de pétri.  Ce n'est pas le sujet, ce sont les préjugés qui l'entourent qui font mal.

Et justement, on aurait bien besoin d'auteur(e)s pour nous faire voir la science autrement, loin des génies fous et des mégalomanes au jargon complexe, surtout dans notre monde où les fausses nouvelles pullulent.  Le grand public comprend souvent mal la science car il ne saisit pas les bases de la méthode scientifique.  Quoi de mieux qu'une bonne histoire qui l'utilise pour les faire comprendre?  Parce que la science peut donner de foutus bons romans, des romans où les humains sont confrontés à plus grand qu'eux-mêmes et où les résultats peuvent changer le destin de l'humanité.  Ça demande à comprendre un autre langage, mais la fiction n'est après tout pas la mieux à même de nous le faire découvrir?  Car la fiction est aussi la manière la plus directe de relier des informations aux émotions, qui sont le langage le plus universel de l'humanité.

Et oui, même derrière tout le jargon, toutes la technicalités et tous les sarraus blancs, il y a des humains, des humains avec toutes leurs imperfections et leurs défauts, qui peuvent nous rendre la science concrète, car ce sont eux qui la font.  Et toutes les histoires reposent sur les êtres humains qui les font et les vivent.  Ce n'est pas un matériel si différent des autres.

@+ Mariane

jeudi 7 novembre 2019

Le livre des chevaliers d'Yves Meynard

Le livre des chevaliers  Yves Meynard  Alire  308 pages


Résumé:
Adelrune est un enfant trouvé, adopté par un couple sévère, observateurs scrupuleux de la Règle.  Seulement, l'enfant trouve un jour un étrange livre dans le grenier, surnommé Le livre des chevaliers.  Fasciné par les images, il fera tous les efforts pour apprendre à lire afin d'en comprendre le message.  Et une fois qu'il l'aura lu, son but sera à son tour de devenir chevalier.  Mais être chevalier sera-t-il vraiment comme il l'a imaginé?

Mon avis:
Ce livre tire visiblement son inspiration des vies de chevalier du Moyen Âge et montre l'importante que pouvait acquérir ce genre de récit.  L'auteur en reprend donc les codes et en grande partie aussi la façon de raconter.  Ce qui en fait un récit intéressant, mais pas nécessairement passionnant.

La première partie, où Adelrune est enfant et où sa vie morne et austère, dépourvue d'affection parentale (il est un enfant trouvé et on le lui rappelle constamment) est éclairée par la présence de ce livre qu'il trouve au grenier.  J'ai beaucoup aimé cette partie, parce qu'elle démontre parfaitement comme le pouvoir de la lecture peut transformer une vie.  Quand notre héros, convaincu par ses lectures décide de quitter son patelin pour entamer une aventure qui lui conférera son titre de chevalier, le récit change énormément.  Il trouve son maître et entame sa formation, qui représente au fond une partie assez courte du livre, avant de le quitter pour des aventures qui lui permettront de devenir lui-même chevalier.  C'est un schéma assez classique donc, mais en même temps, il s'en éloigne.

De un, lors de sa formation, la personnalité de son mentor est très peu explorée et son entraînement reste vaguement décrit.  On s'en remet aux connaissances du lecteur sur la chevalerie pour le déduire.  Ensuite, lors de ses aventures, Adelrune ne poursuit pas une quête classique.  Il vit une série de péripéties, qui semble avoir peu d'impact sur sa personnalité et ses capacités.  Certes, il trouve son arme, mais il ne développe que peu de liens avec elle et ne s'en sert pas souvent pour se battre.  Certes, il est nommé chevalier, mais cela a moins à voir avec ses capacités qu'avec les circonstances dans lequel il se trouve et le monarque qui le sacre.  Certes, il accomplira la quête qu'il s'était donné au départ (découvrant au passage ses origines), mais on dirait qu'il fait tout ça pour pas grand chose.  En cela, la fin donne à l'ensemble une cohérence que le reste du livre portait très peu.

L'écriture comporte peu d'envolées, reste très terre-à-terre et ne donne pas des envies chevaleresque.  On est plutôt dans le concret de la vie de chevalier avec ses erreurs et ses doutes plutôt que dans l'hagiographie, ce qui est bien, mais quand même, on ressent un petit manque parce que cela ne correspond pas aux codes du genre.  Adelrune est un personnage assez froid et peu incarné.  Il semble être là pour permettre au récit d'exister plutôt que d'en être le moteur d'action.  Encore là, l'auteur joue avec les codes du genre.  L'auteur en a le droit, mais on garde l'impression à la lecture qu'il a raté sa cible plutôt que celle d'une réinvention du genre.  Ce qui fait que j'ai trouvé la lecture à distance et non prenante.

Je ne saurais mieux résumer ce livre que comme une réinterprétation des récits de chevalerie en essayant d'en modifier les codes.  C'est intéressant comme exercice, mais pas tant comme lecture.

Ma note: 3.5/5

lundi 4 novembre 2019

Tu es des nôtres

Salut,

L'autre jour, j'ai lu une histoire sur Facebook, celle d'un enfant qui avait vu une coïncidence entre un élément d'un décor d'Halloween et un détail de l'intrigue de la saison 5 de Doctor Who (la faille, pour les initiés).  L'auteur(e) de l'anecdote, voyant que l'enfant avait fait le lien entre la faille et le motif de sa citrouille (qu'il/elle a décrit comme étant involontaire suite à une chute de la citrouille), l'a bourré de paquets de M&M.  Pourquoi?  Parce que l'enfant était dans la gang, dans le clan, dans la famille.  C'était un geek, un nerd, un fan, bref, il était des leurs.

Dans le domaine des fandoms, l'effet de clan est très puissants.

Si je vous dit, Quidditch, polynectar, Gringotts, épouvantard ou fourchelangue, vous êtes du clan de Harry Potter.

Si je vous dit, Anneau unique, Moria, Comté, cotte de maille en mithril, vous êtes du clan du Seigneur des Anneaux.

Si je vous dit, Longue vie et Prospérité, vulcain, là où aucun homme n'est jamais allé, téléportation, vous êtes du clan Star Trek.

... et je pourrais continuer encore longtemps.

Ceux qui ont été attentifs ont remarqué que je n'ai pas prononcé le nom d'aucun personnage.  Ce ne sont pas que ceux-ci qui forment l'univers et souvent, ils sont le support qui permet de l'explorer.  On s'attache aux personnages autant qu'aux lieux qu'ils fréquentent, aux objets qu'ils utilisent  et aux concepts qu'ils côtoient dans leurs vies quotidiennes.  Tous ces éléments permettent de développer le vocabulaire de leur monde et dans ce vocabulaire, les fans se retrouvent.  (c'est lors d'une partie de quidditch, ils ont été attaqués par les Uruks de Saroumane, téléportez moi M. Scotty!).

Quand un des mots de ce vocabulaire arrive dans la conversation, deux fans d'un même univers se retrouvent, alors que ceux qui ne le connaissent pas les regardent sans comprendre.  C'est cet esprit de famille, cette fraternité de ceux qui savent qui relient les fans.  Certains sont plus fanatiques que d'autres, bien sûr, mais tous sont capable de reconnaître les leurs par la connaissance de l'univers, qui se reflètent dans les mots, dans les images.  Tout le monde ne se promènent pas avec les oreilles de M. Spock, mais Longue vie et prospérité, ça, on reconnaît.

Alors, ce petit garçon, geek même à l'Halloween, aura été reconnu facilement par ses pairs.  Il était facile de lui dire cette petite phrase qui relient les fans entre eux: tu es des nôtres. 

@+ Mariane

lundi 28 octobre 2019

Il faut avoir les mots pour le dire

Salut!

Ma grand-mère paternelle a mis au monde neuf enfants.  Avec toute cette petite bande à nourrir, laver, envoyer à l'école et la montagne de reprisage et de couture que cela représentait, il évident qu'elle n'a pas eu le temps de tout faire.  Alors, aussi bizarre que cela puisse paraître, personne n'a appris à mon père les couleurs.  Ok, rouge, bleu, vert, jaune, il connaît et il comprend.  Mais si vous lui dite pêche, ocre, safran, framboise ou turquoise, oubliez-ça, il est perdu.  C'est en grand partie pour ça que ma mère a toujours eu le poste de décoratrice en chef de la maison.  Elle donnait les échantillons à mon père avec un x sur la bonne couleur,  il allait chercher la peinture et il se chargeait du reste.  S'il ne connaît pas ses couleurs, mon père est un artiste pour les étaler sur les murs.

J'ai repensé à ça quand j'ai écouté une récente entrevue de Francine Ruel.  Elle a écrit un roman qui parle de la chute de son fils dans l'itinérance.  Une situation d'une tristesse infinie, qu'elle a transformé en un livre.  Un lecteur lui a dit qu'il avait vécu la même chose, mais qu'elle avait les mots pour le dire.  Parce qu'elle les avait elle, ces mots-là, elle lui a permis, à lui, de savoir nommer, parler de ce qu'il vivait.  Et c'est vrai que ça compte.  Avoir les mots, pouvoir dire, exprimer, mettre le doigt sur quelque chose, une émotion, une réalité, une sensation, c'est à la fois exquis et libérateur.  Essentiel aussi, parfois.  Ne pas pouvoir le faire, c'est comme avoir une prison.

Quand on s'exprime dans une langue seconde, surtout au début, on l'expérimente de façon assez brutale.  On a l'image en tête, on a la volonté, mais le mot, le bon mot?  Il fuit, nous oblige à prendre une pause en plein milieu d'une phrase, tandis que notre interlocuteur, patient ou non, nous regarde patiner mentalement dans toutes les directions pour trouver le Saint-Graal nous permettant de compléter notre phrase de façon juste.  Parce qu'apprendre une nouvelle langue, c'est apprendre aussi une quantité importante de nouveaux mots, même après plusieurs années, on peut encore tomber sur une situation ou un mot nous manque.

Quand j'écris, il m'arrive de m'arrêter en plein milieu d'une phrase pour chercher le mot juste.  Souvent, celui-ci me fuit, ou j'ai un mot en anglais dans la tête à la place.  Et je regarde mon écran d'ordi d'un air vague ou dans le dictionnaire des synonymes en rejetant les mots les uns après les autres qui sont à la fois si près, si près, mais en même temps, non, ce n'est pas exactement, je n'ai pas le mot.  C'est frustrant, c'est enrageant...

C'est toutes ces petits réflexions qui me font comprendre l'importance de maîtriser une langue, de savoir s'en servir et de pouvoir l'utiliser pour s'exprimer.  Ce n'est pas qu'un outil, c'est une base de vie.  Le comprendre me rend plus empathique avec les gens dont c'est la langue seconde, ou qui n'ont pas eu la chance d'apprendre assez de mots pour savoir s'exprimer.  Les parois de certaines prisons ne sont pas faites de métal, mais bien de l'absence de mots pour être capable de nous faire comprendre, mais ça reste quand même des prisons.

@+ Mariane

jeudi 24 octobre 2019

Les ananas de la colère de Cathon

Les ananas de la colère  Cathon  Pow Pow  132 pages


Résumé:
Marie-Pomme est barmaid à L'Ananas d'or dans le quartier hawaïen de Trois-Rivières.  C'est une fan inconditionnelle des aventures de Shirley McNuffles, brillante détective qui, telle une Agatha Christie a résolu d'innombrables enquêtes dans ses livres.  Sauf que lorsque la mort frappe sa voisine et que la police de Trois-Rivières est toute entière partie à l'épluchette annuelle des policiers du Québec, Marie-Pomme se décide à mener l'enquête elle-même!

Mon avis:
On est dans le kitsch assumé, voulu et appuyé, mais c'est tout simplement génial. L'histoire se passe à Trois-Rivières, un Trois-Rivières complètement métamorphosé en royaume de l'ananas, du tikki et du musée de la barbotte.  L'effet drôle et décalé est maintenu avec constance tout au long de l'album, ce qui donne une couleur et une personnalité désopilante au tout.

Marie-Pomme est un personnage délicieusement décalée entre son travail de barmaid qu'elle fait à moitié (ses daiquiris ne font pas l'unanimité) et sa passion dévorante pour Shirley McNuffles.  C'est d'ailleurs cette passion qui la poussera à reprendre l'enquête que la police de Trois-Rivières délaisse sérieusement pour cause de sous-effectif dû à une méga-épluchette de blé d'Inde.  Avec sa vivacité, sa perspicacité trempée dans l'ananas et sa connaissance approfondie de la faune trifluvienne (et une alliance avec des jumelles amateures de bowling), Marie-Pomme résoudra l'enquête, évidemment tirée par les cheveux, du meurtre de sa voisine de palier.  Mais justement parce que tout est exagéré dans cette histoire, on adore la conclusion!

Les dessins sont un hommage au kitsch, au tikki et à Trois-Rivières et par la bande, à la culture populaire québécoise, parce que l'auteure entremêle les deux avec un grand doigté.  Des éléments du décor proprement hawaïen sont entremêlée avec des éléments très québécois, comme les langues de porc dans le vinaigre au bar ou le musée de la barbotte!

Bref, on est dans la folie, dans le décalé, mais tout se tient dans cette histoire.  Pour l'apprécier à sa juste valeur, prévoir un bon daiquiris en lisant!

Ma note: 4.75/5

lundi 21 octobre 2019

Je lis des vieux trucs...

Salut!

Une PAL est une merveille, mais aussi une assurance: celle qu'on ne manquera jamais de livres à lire.  Cela est formidable, mais aussi pernicieux.  À la belle époque où j'étais libraire, je lisais en grand majorité de la nouveauté.  Un livre arrivait sur les rayons et zou, il filait dans ma PAL pour être lu le plus vite possible!  Sauf que ça n'arrivait pas tout le temps.  Et que les livres s'accumulaient tranquillement sur mes tablettes, de plus en plus nombreux avec les années.  Avec mon départ de la librairie, l'afflux de nouveautés s'est tarie, certes, mais pas l'accumulation inévitable, ni la liste de titres que j'avais pris en note en cinq ans (*raclement de gorge* il s'en est accumulé autant dedans depuis que j'ai quitté la librairie.)

Bref, j'ai chez moi une tonne de livres qui ne sont pas lus, sans compter ceux que j'avais acheté dans des bouquineries, qui m'ont été donné en cadeau, que j'ai attrapé à gauche et à droite, dont j'ignore la provenance (inquiétant ça...) ou tout simplement ceux de ma LAL que j'ai pris en note il y a longtemps en me promettant de les lire.  Tout ces livres, je les aie parce que je voulais les lire.  Bon, avec les années, j'en aie mis quelques-uns de côté parce que l'envie était passée, mais d'autres, en les voyant sur les tablettes, je ne peux m'empêcher de penser: ah, toi, ton tour est pour bientôt, ça fait trop longtemps que tu es là!  Le problème étant que je dis souvent ça aux mêmes livres...

Bref, j'ai beaucoup de livres!  Et beaucoup de choses à lire alors que le flot des nouveautés n'arrête pas!  Cependant, je ne perds pas nécessairement le goût de lire les livres que j'ai noté, alors j'en viens à constater une réalité très simple: je lis surtout des vieux trucs...

Pas dans le sens de vieux livres poussiéreux fleurant la moisissure et ayant traversé les siècles, alors ça non!  (Quoique pour certains dans ma bibliothèque...)  Mais non, je dis je lis des vieux trucs dans le sens que je ne suis plus du tout à jour dans les nouveautés et que la majorité des livres que je lis sont parus depuis plusieurs années, voir une décennie.  Je crois que je n'ai critiqué qu'une poignée d'oeuvres de moins d'un an depuis mon retour à la vie de blogueuse.  Est-ce que je lis de mauvais livres?  Non, pas du tout!

Cependant, je constate un schisme entre moi et d'autres lecteurs plus à l'affût.  Je ne suis plus autant au courant des parutions et je rattrape souvent plus de livres que je n'en lis de nouveau.  Même si certains livres me tentent vraiment quand je les déposes sur mes tablettes de bibliothèque...

:/

Après mon retour à la vie de blogueuse, cette constatation m'a un temps fait remettre en question la pertinence de continuer à faire de la critique.  Si je ne critique que des vieilleries sorties il y a cinq ans ou dix ans, étais-ce une bonne idée de continuer à le faire?  J'ai jonglé un moment avec cette question.  Et puis, je me suis dit que la principale raison pour lequel je le faisais, c'était que j'aimais ça.  Alors j'ai continué, tout simplement, même si l'idée a continué à me trotter dans la tête.

J'en aie discuté une fois autour d'une bonne bière avec un ami.  Il m'a alors fait une remarque intéressante: même si je critique de vieux trucs, c'est souvent LA critique sur le web pour certains livres.  Pas pour tous, mais pour certains oui.  Pas une raison de me motiver à peaufiner davantage mes critiques cependant, je le fais dès le départ, mais ça m'a fait réfléchir.  J'ai ensuite pensé que certains livres parus il y a dix ans, s'ils sont excellents, vont sortir du néant de l'oubli existentiel dans lequel reposent ils après quelques mois ou quelques années grâce à ma critique.  Une façon comme une autre de garder des titres vivants qui autrement ne bénéficieraient plus d'aucune visibilité.  Et puis, je me suis dit qu'il y a sans doute quelques étudiants en littérature ou quelques curieux qui font de la recherche sur des livres qui vont être heureux de trouver une réponse à leurs questionnements en lisant mes avis sur des bouquins moins récents.  Surtout que je ne fais pas des avis de trois lignes sur un site de vente, mais bien des textes que j'essaie de rendre le plus clair possible.  Ça m'a un peu rassurée de penser à tout ça.  Et puis, en plus, j'aime ça faire de la critique de livres, pourquoi m'en priver!

Alors bref, voilà, je lis de vieux trucs.  Ne vous inquiétez pas, les livres à la mode, les livres qui sortent ces temps-ci et que je trouve vraiment intéressant, je les aies notés, je vais les lire!

...dans quelques années! ;)

@+ Mariane

mardi 15 octobre 2019

L'effet d'entraînement

Salut!

Depuis un certain temps, je remarque que quand la violence éclate dans la réalité, automatiquement, on braque les projecteurs vers la violence fictive, celle qui règne dans les jeux vidéos et les films d'actions.  Cette violence-là, elle est banalisée, voire acceptée dans notre vie quotidienne, on la consomme, on va la voir au cinéma, on la joue sur notre écran, on la lit dans des romans.  Ce n'est que lors d'un événement tragique dans la vraie vie qu'on la dénonce.  Autrement, qui en parle vraiment?

D'ailleurs, on la dénonce lors d'une fusillade, par exemple, pour dire que le problème vient de là.  Que c'est à cause de toute cette violence que l'on voit à l'écran (surtout, c'est moins présent en littérature) que les gens deviennent fous.  Que cela créé un effet d'entraînement, qu'il faut bannir la violence à la télé, au cinéma, dans les jeux vidéos et dans les livres etc, etc.

Je ne dirais pas que la violence vue à l'écran est à banaliser.  Ni que cela n'a pas pu jouer un rôle à un niveau ou à un autre dans le passage à l'acte de certaines personnes.  Cependant, si on regarde la situation de façon objective, ben, c'est loin d'être si sûr que ça: des millions et des millions de personnes consomment ces oeuvres de fictions et seule une pincée d'entre eux passent à l'acte.  D'ailleurs, quand ils le font, qui sont leurs modèles?  John Wick, Rambo ou d'autres personnes, bien réelles, qui l'ont fait avant eux?  Et quels sont leurs motivations?  Reproduire des idées de mondes fictifs ou vouloir pousser leurs idées politiques... bien réelles?

D'ailleurs, si l'effet d'entraînement entre la fiction et la réalité était si fort, ça ferait que pas mal de jeunes voudraient vivre leur propre version de la quête de Frodon pour détruire l'anneau ou se monteraient des équipes de quidditch.  Hum, ok, tout ça existe?  D'accord!  Mais les gens qui le font, le font-ils en pensant que cela est la réalité ou juste pour pousser plus loin l'expérience de la fiction?  Je plaide coupable la première, j'ai revêtu armure et maquillage pour me réincarner en gobeline le temps de quelques fins de semaine.  Est-ce que j'ai aimé?  Oui!  (Sauf pour les normes d'hygiène en vigueur...)  Est-ce que j'ai pensé que tout ça était réel?  Pas le moins du monde!  Y'a que Don Quichotte pour prendre des moulins à vents pour des monstres...

Je ne pense pas que la violence dans la fiction soit tant que ça la source de la violence dans le réelle, mais elle remplit un grand rôle pour celle-ci: la catharsis.  Allons, qui n'est jamais sorti du cinéma après un film de Marvel ou de Michael Bay plein d'enthousiasme, le coeur léger et l'esprit bien alerte... sans que jamais personne ne soit tenté de grimper sur une moto pour se jeter du haut d'un immeuble?  On l'a vu, on s'est imprégné de cette force, de cette énergie... sans la vivre soi-même.  La plupart des gens ne peuvent pas soulever des marteaux qui génèrent des éclairs, ne tueront jamais personne, ni ne se promèneront dans un quartier en ruine en tirant sur tout le monde.  Mais à travers un personnage, on l'aura un peu vécu.  D'ailleurs, c'est le but de la fiction: nous faire entrer dans le monde des personnages que l'on suit, nous faire comprendre leurs émotions, leurs défis.  Leur excitation face au danger aussi.

Bien sûr, la fiction A un impact sur la réalité, sur la façon dont elle modèle notre imaginaire.  C'est bien pour cette raison que l'on se bat pour qu'elle soit plus représentative et plus inclusive!  Elle a le pouvoir de donner des modèles, d'inciter des actions, mais aussi de montrer ce que l'on ne voudrait pas voir et de permettre de vivre des émotions qui nous seraient autrement interdites, de faire des gestes que jamais on ne ferait dans notre vie quotidienne.  C'est une façon d'explorer nos zones d'ombres tout autant que nos zones de lumière.

En fait, je ne pense pas que la violence dans la fiction soit la cause de la violence dans la réalité, tant qu'il soit clair ce qui relève de l'un et de l'autre.  Ce quand la ligne entre les deux se brouillent que je suis inquiète.

@+ Mariane