lundi 18 janvier 2021

Prospéryne

 -Mais d'où est-ce qu'il sort ce nom-là?

La vétérinaire venait d'ouvrir la porte de la salle de consultation.  J'étais assise dans la salle d'attente, une cage contenant mon chaton gris tout neuf sur les genoux.  D'où il venait ce nom-là?  C'est simple, j'avais fait la rencontre de cet adorable chaton une semaine plus tôt.  En la voyant, j'avais tout de suite su: celle-là, elle est pour moi.  Je voulais avoir un chat gris.  Pour la simple raison que j'avais déjà gardé des enfants qui avaient des chatons et que les gris étaient les plus affectueux.  Dès que je l'ai vu, ça a été un coup de foudre, pour sa fourrure, mais pas uniquement.  Je l'avais prise sous les pattes avant et l'avais levée dans les airs.  N'importe quel autre chat aurait rentré ses griffes dans mon bras, incertain de mon geste.  Pas elle.  Elle n'a jamais eu une once de malice en elle et a dû donner moins de dix coups de patte dans toute sa vie.  Dans ma tête, en la tenant dans les airs, ça a fait: Prospéryne.  Et c'est ainsi que je l'ai appelé.  Quelques années plus tard, au moment d'ouvrir mon blogue, j'avais d'abord essayé de le nommer du nom de mon autre chatte, Patchoulie, mais le nom était déjà pris.  J'avais alors levé les yeux de mon ordi et croisé son beau regard vert.  Et voilà pourquoi mon blogue porte son nom.

Et il continuera, même si elle, elle est partie.

La vie de mon petit trésor gris à quatre pattes a pris fin jeudi soir, le 14 janvier 2021, après 13 années passées dans ma vie.  

Prospéryne, mai 2007-14 janvier 2021


Dire que j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps est une assez bonne image.  Elle allait bien durant le temps des Fêtes.  Et puis, après le jour de l'An, j'ai remarqué son manque d'appétit.  Ça lui arrivait de temps en temps, quand elle avait l'estomac plein de poils.  Et après, j'ai remarqué une bosse sur son ventre en la caressant.  J'ai pris rendez-vous pour la faire examiner, mais mon instinct me disait que ça sentait mauvais: j'ai eu des chats plus jeune et croyez-moi, je sais à quel point ça peut partir vite ces petites bêtes-là.  J'avais un espoir, très mince, mais mon mauvais pressentiment a augmenté au fil des jours.  

J'ai pleuré quand le vétérinaire m'a annoncé qu'elle avait l'abdomen plein de liquide et que même si on investiguait pour trouver ce qu'elle avait, le pronostic n'était pas bon.  C'était soit un cancer, soit des problèmes cardiaques et au moment même où on se parlait, il m'a dit qu'elle avait probablement du mal à respirer.  Je crois que je vais être hantée jusqu'à la fin de ma vie par les images des radiographies, montrant son petit ventre distendu jusqu'à la limite de ce qu'il pouvait supporter.

J'ai regardé ses beaux yeux verts.  Elle était calme.  Même les techniciens en santé animale qui l'ont examinée l'ont trouvé remarquablement facile.  Elle ne se plaignait pas, n'a pas craché, n'a pas fait signe de vouloir les mordre.  Elle se laissait faire.  Elle était probablement épuisée et à bout.  Le dernier soir, quand je suis rentrée du travail, juste avant de l'emmener chez le vétérinaire, elle ne s'était même pas levée pour me dire bonjour, ce qu'elle avait pourtant fait chaque soir depuis que je l'avais adoptée.  J'ai eu peur qu'elle soit partie sans moi.  Mais non.  Elle m'a attendu.  Je savais qu'elle souffrait, même si elle ne se plaignait pas.  J'ai préféré ne pas la laisser souffrir plus longtemps.

Main dans la patte, jusqu'à la fin


Je l'ai tenu dans mes bras, tout du long.  Le personnel de la clinique m'a laissé seule avec elle, le temps que je lui fasse mes adieux.  Je l'ai cajolé jusqu'à la toute fin.  Son dernier souffle a été un ronronnement, à l'image de cette petite bête douce et gentille.  Fort heureusement, le personnel de l'hôpital a été compréhensif, surtout face à la cliente larmoyante que j'étais.  Avec les mesures actuelles et ils ont gardé son corps durant la nuit pour que je puisse aller la chercher le lendemain et aller l'enterrer.  Je ne supportais pas l'idée qu'elle finisse dans les poubelles.  

Et là, il y a l'absence, le trou dans ma vie, comme une griffure en continu.  Un chat, c'est un petit être vivant qui emmène une incroyable vie dans un foyer.  Ma Prospéryne était pantouflarde et dormait une bonne partie de la journée, elle était goinfre et vidait ses bols de nourriture en un éclair et elle était peureuse comme quatre mais elle était aussi beaucoup plus que ça.  Elle avait tout un tas de petits rituels avec moi qui la rendait unique.  Elle venait dormir contre mon ventre la nuit et elle attendait que je sois couchée, les bras sous les couvertures pour venir s'installer, même si c'était complètement stupide parce que je ressortais mon bras dans les secondes suivantes pour la caresser.  Tant que mes bras étaient visibles, elle ne sautait pas.  Elle a toujours miaulé d'un miaulement de chaton, presque étouffé, même si elle avait le coffre d'une cantatrice d'opéra.  Attention par contre, si elle était dans une situation qu'elle détestait, comme un tour en voiture où un passage sous la douche, le volume pouvait atteindre des proportions épiques!  C'est elle qui venait s'installer contre moi quand je lisais ou regardais la télévision.  Elle pouvait rester là pendant très longtemps, à se faire gratter le bedon.  C'est aussi elle que je collais contre mon coeur au pire du confinement, quand le manque de contacts physiques frisait la douleur.

Depuis jeudi, je désapprends tous les petits gestes quotidiens qui liaient ma vie à la sienne.  J'ai pleuré en enlevant son bol de nourriture, quand j'ai mécaniquement remis la cuillère dans la canne de bouffe pour servir une deuxième portion, quand je me suis assise devant la télé et que j'ai fait son petit nid où elle venait s'installer dans la couverture...  Des dizaines de petits trucs comme ça, que l'on fait avec les êtres qui partagent notre vie au quotidien.  

En fin de semaine, j'ai passé l'aspirateur et vidé la litière, faisant disparaître les dernières traces de son passage chez moi.  Il me reste une touffe de poils et ses empreintes de pattes.  C'est tout.  Juste ça après treize années de vie commune.  

J'ai toujours ma Patchoulie et elle va bien.  Fort heureusement.  Sans ça, je ne suis pas sûre que j'aurais supporté le vide.  Elle a toujours été moins affectueuse que Prospéryne, mais elle est là, à sa façon à elle.  Ceci est un dernier hommage à une petite personne qui a vécu toute sa vie avec moi et qui me manque terriblement, même si elle restera toujours avec moi, mon identité numérique étant fortement liée à elle.  Et ça ne changera pas.  Je sais que ce n'est pas tout le monde qui a la même relation avec ses animaux de compagnie, mais moi, j'ai toujours considéré ces petits êtres comme des membres de ma famille.  Attention, je sais bien que ce ne sont pas des êtres humains, j'ai bien conscience que c'est d'un chat dont on parle, mais sa petite présence était quotidienne et me manque terriblement.  Je n'ose même pas penser au vide de ceux qui ont perdu un membre de leur famille en ces temps de pandémie...  J'ai un merveilleux réseau de soutien.  J'ai une famille et des amis qui m'ont entouré (virtuellement et par téléphone) depuis son départ.  Ça va aller, je vais passer au travers.  C'est juste qu'en ce moment, c'est dur.

Je tenais à faire ce billet, parce que c'est ma façon de lui dire: 

Bon voyage au paradis des chats, Prospéryne

@+ Mariane

lundi 11 janvier 2021

Lettre à moi-même de 1996

 Salut!

Je sais pas si vous aviez déjà entendu parler de ce truc: des gens qui s'écrivent une lettre, à leur futur eux-mêmes?  Et bien, moi, j'en avais entendu parler, il y a de ça longtemps.  Il y a plus de vingt-cinq ans même.  En fait, j'en aie sûrement entendu parler de la part d'un de mes profs au secondaire ou au primaire.  Assez pour que cela me décide à faire l'exercice... il y a vingt-cinq ans.  Oui, oui, je m'étais écrit une lettre à moi-même.  D'ailleurs, la voici:


Première des choses, constatation: J'aimais écrire mes 2 avec des boucles dans le temps.

Rappel: Ma prof de sixième année me l'interdisait.

Deuxièmement, euh, ah oui, 1996, la belle époque du papier à lettres parfumé que l'on achetait au marché aux puces...


Ça rappelle peut-être des souvenirs à quelqu'un?

J'ai donc gardé ce précieux document pendant les vingt-cinq dernières années.  Où donc.  Dans la copie du livre de recettes de Jehane Benoît que ma mère m'avait donné.  Elle est restée là pendant deux déménagements, des dizaines de consultations dudit ouvrage et non, je ne l'ai jamais regardé.  Je farfouillais dans mes livres de recettes récemment et j'ai eu un flash: Hé, ma lettre!  On est rendu en 2021 non hein?

Je l'ai donc ouvert en fin de semaine.  De mémoire, je n'avais rien raconté d'exceptionnel.  En la lisant, c'est le cas.  J'étais en secondaire I, j'avais un béguin pour un gars (raison pour laquelle je ne mets pas la lettre, je le nomme et comme nous nous sommes totalement brouillés depuis, je ne veux pas que son nom apparaissent ici, de quelque façon que ce soit).  Je parle de l'école secondaire que je fréquente, des cours de karaté que je suis, du fait que je garde des enfants et que ça ne rapporte pas (ça ne s'est pas amélioré avec les années), de SimCity (oh, retour dans les années 90) et de ma série télé préférée de l'époque, SeaQuest DVS (je me rappelle que je trouvais l'acteur qui jouait l'adolescent du bord très mignon...).

Je mentionne aussi que quand je serais grande, je veux faire des arrangements floraux?????  Non, mais qu'est-ce qui m'était passé par la tête au juste?  Le reste, je comprends, le reste, je me rappelle,  mais les arrangements floraux, je pige vraiment pas!  Sans doute une lubie du moment quand j'ai écrit cette lettre, mais vingt-cinq ans après, je me demande d'où est-ce que j'ai sorti ça!

N'empêche, c'est un bel exercice.  Ça me rappelle à la fois que la Mariane que je suis a beaucoup changé et que la Mariane d'autrefois n'est pas complètement disparue.  Je trippe toujours autant sur les séries de SF, je fais encore des arts martiaux, j'ai encore parfois des lubies, mais elles sont moins intenses.  Changement et permanence de moi à moi à vingt-cinq ans d'écart.  Intéressant comme exercice.

Vais-je écrire une autre lettre, à mon moi qui aura dans vingt-cinq ans 63 ans bien sonné?  Peut-être bien.  Je n'ai pas encore décidé.  Mais bon, j'ai jusqu'à la fin de 2021 pour le faire ;)

@+ Mariane

lundi 4 janvier 2021

Twistoire

 Salut!

En écoutant un balado l'autre jour (j'en écoute à tous les jours, ne me demandez quel jour je l'ai écouté), je suis tombée sur cette expression en anglais que je traduis avec son plus proche équivalent en français: twistory, l'art de tordre l'Histoire.  Le balado portait sur Hollywood en guerre et expliquait comment le cinéma, et plus tard la télévision, avait façonné l'image que nous nous faisons des deux guerres mondiales du XXe siècle, puis de celles qui ont suivi: Viêt Nam, Koweit, etc.  Ici, les faits peuvent être réels, mais l'histoire que l'on raconte peu être très éloignée de la réalité historique.  L'armée américaine, sauveuse du monde et porteuse de la flamme de la liberté face à l'Allemagne nazie?  C'est hautement simpliste, la réalité est plus nuancée: nos voisins du sud avaient des intérêts politiques, économiques et militaires à s'engager, ils ne l'ont pas fait par seule bonté d'âme.  D'ailleurs, ils ne se sont pas impliqués dès le début de la guerre, sauf qu'ils ont pris la majeure partie de la gloire de la victoire.  Mais bon, si vous avez vu n'importe quel film d'Hollywood sur cette période, ça fait de saprées bonnes histoires non?

L'Histoire, et cela, bien des historien.ne.s en sont conscient, n'est pas nécessairement quelque chose de vivant.  Des piles de documents poussiéreux ou des tablettes couvertes d'inscriptions incompréhensibles peuvent faire sauter de joie les chercheur.se.s, mais pour le commun des mortels, c'est, au mieux, ennuyant.  Mais si on raconte l'histoire derrière ce document poussiéreux ou cette tablette gravée, on va la rattacher à des gens et eux, ils ont une histoire.  Et d'un coup bang, ça peut devenir passionnant.  Le hic, c'est que la personne qui raconte a un but en racontant.  Aucune narration n'est neutre à la base.  Si on raconte le passé, on a un point de vue sur ce passé.  C'est souvent ainsi que le même événement historique est raconté de façon différente selon qui raconte.  Pensez aux Plaines d'Abraham...

Et quand la fiction s'en mêle, on brouille les cartes.  Quand on raconte la Deuxième Guerre mondiale, au cinéma ou à la télévision, si on ne montre que des mouvements de troupes à l'écran, les décisions des généraux ou l'entraînement des soldats, les gens n'accrocheront pas.  Mais si on leur donne un personnage auquel s'identifier, à suivre dans les dédales de cette histoire, qui entre en contact avec des faits déjà connus qui sont dans les bouquins d'histoires, les gens accrochent.  On se dit (et on se le dit tous, ne soyons pas naïfs), ah oui, c'était comme ça!  Et si on répète, film après film, série après série, la même version de qui est le gentil, qui est le méchant de l'histoire, qui avait raison, qui avait tort et qui était légitime à agir de la façon dont il l'a fait, on crée une version de l'histoire qui s'éloigne lentement des faits bruts.  Celle-ci finit par être plus importante dans la conscience des gens que la vérité historique.  Parce qu'elle est souvent plus intéressante, plus stimulante et bon soyons honnête, plus séduisante que les récits érudits...

Le dilemme est ici: la fiction est un excellent véhicule pour transmettre l'Histoire justement à cause de ces caractéristiques.  Le hic, c'est qu'il est facile de tordre l'Histoire grâce à la fiction.  Les connaissances historiques de la majorité des gens se fondent sur les récits de fiction et ici, je ne blâme pas les cinéastes qui se trompent dans les années de fabrication d'une voiture ou sur la longueur des robes dans une reconstitution historique.  Ça, ce sont des détails qui ne changent rien.  Pas comme prêter des intentions à un personnage historique.  Pas comme donner un autre sens à une bataille.  Pas comme ajouter des détails dont on n'est pas certain ou carrément en inventer quand on ne sait pas.  Ça c'est important, ça, ça change la perspective.  Mais ce sont aussi parmi les plus puissants moyens de transmettre une fiction et de faire en sortent que les gens prennent du plaisir à la lire ou à la regarder.  Alors...

C'est facile de tordre l'Histoire avec des histoires.  C'est pour cela que toute fiction historique doit être prise avec des pincettes.  L'essentiel peut être excellent.  Mais c'est si facile de le dénaturer avec la fiction qu'il faut prendre des précautions quand on est en contact avec elle.

@+ Mariane

jeudi 31 décembre 2020

Bilan culturel 2020

 Salut!

2020 arrive (enfin!) à son terme et ce n'est pas parce que cette année aura été hors-norme que je ne vais pas AU MOINS avoir fait une chose normale cette année, soit faire mon traditionnel bilan culturel 2020.

Livres:

J'ai lu 37 livres en 2020.  Moins que je ne m'y attendais avec la pandémie, mais bon, elle m'a enlevé de la capacité de concentration à certains moments.

Donc, j'ai lu durant l'année:

57% d'hommes et 43% de femmes (la seule auteur non-binaire que j'ai lu faisait partie d'un collectif)

83% d'auteur.e.s blancs et 17% d'auteur.e.s racisés (et ce malgré mes efforts pour lire plus d'auteur.e.s de la diversité!)

32% d'auteur.e.s québécois, 62% d'auteur.e.s étrangers et 6% d'auteur.e.s autochtones (encore une fois malgré mes efforts pour la diversité!)

Et sans surprise, une grande majorité d'auteur.e.s hétéro, soit 94%, le 6% représentant ceux qui s'identifiait autrement. 

Fait à noter, 18 des auteur.e.s que j'ai lu cette année était des découvertes pour moi, soit près de la moitié.  Les belles découvertes de l'année sont Edith Wharton, Lori SAint-Mrtin et Mary Shelley.

Les coups de coeur officiels de 2020 Toronto 2033 (Collectif) et le superbe Pour qui je me prends de Lori Saint-Martin (à lire, vraiment!)

Dans les autres marquants, je note le bouleversant Le consentement de Vanessa Springora, le tout aussi bouleversant Cheval Indien de Richard Wagamese, le bref, mais ciselé Les lettres d'Edith Wharton et le fascinant Sapiens de Yuval Noah Harrari.  

Ah oui et nouveautés de 2020, je me suis mise à l'anglais.  Je m'étais donnée comme défi de lire un livre par mois dans la langue de Shakespeare, mais j'en aie lu 7 au final.  On continuera à lire en 2021, mon bon vieux Robert & Collins 1995 bilingue n'a pas finit de me livrer ses secrets!

Théâtre et spectacles:

Évidemment, cette année a été plus que maigre de ce côté...  Le théâtre me manque, j'avoue.

Zoé d'Andréane Roy au Denise-Pelletier: Pièce centrée sur le débat entre un professeur de philosophie et son unique étudiante qui force le cégep à lui donner ses cours malgré un mandat de grève des autres étudiants.  Un peu verbeux, mais qui pose d'excellentes questions.

Les trois autres pièces que je devais aller voir au printemps ont bien entendu été annulée :(

Au bout de ta langue de David Goudreault, théatre Outremont: Vu en virtuel, mais quand même été soufflée par ce spectacle.  Je le recommande à tout le monde!

Musées:

Paris au temps du post-impressionnisme: Signac et les indépendants au MBAM: Ma seule exposition de 2020, masquée et à deux mètres de tout le monde.  Mais elle en a valu la peine, entre autre pour la découverte de Maximilien Luce, un peintre dont j'ignorais l'existence, malgré mon amour pour les impressionnistes!

Cinéma:

Année quand même relativement faste, pour la pas si cinéphile que je suis.  J'ai mis entre parenthèse la plateforme de diffusion.

Kuessipan de Myriam Verreault (vu en salle): Ma seule sortie de 2020 au cinéma!  Et je suis heureuse d'avoir vu ce film au grand écran.  L'histoire d'amitié entre deux meilleures amies, issues du peuple innu, l'une voulant s'envoler et donc quitter la réserve, l'autre incapable de quitter sa propre situation présente.  Un véritable bijoux que je recommande chaudement à tout le monde!

Portrait de la jeune fille en feu de Célia Sciamma (Cineplex): Un film français, donc au rythme lent, mais qui questionne le regard porté sur le corps de la femme et qui force à regarder autrement, parce qu'ici... l'artiste qui regarde est une femme et elle aussi, est regardée.

Une colonie de Geneviève Dulude-De Celles (Viméo): Un film qui raconte l'amitié entre une jeune québécoise timide et celui qui deviendra son meilleur ami, un jeune abénaquis de la réserve toute proche, dont elle ignore tout.  Un film qui questionne avec intelligence les rapports entre les québécois et les Premières Nations.

Enola Holmes de Harry Bradbeer (Netflix): Sherlock Holmes a une petite soeur... et une mère suffragette.  Voilà de quoi troubler bien des fans du fameux détective, d'autant plus que le gène de la résolution d'intrigue semble commun à tous les Holmes!  Un film à regarder avec un pop corn ceci dit, ce n'est pas un grand film.

Mary Shelley d'Haïfaa al-Mansour (Crave): L'auteure de Frankenstein a elle-même une histoire passionnante.  Cela reste un biopic assez classique, mais l'histoire elle-même vaut le détour!

Spiderman: Far from home de Jon Watts (Crave): Je suis maintenant à jour dans l'univers de Marvel, mais je n'ai pas été impressionnée par cet opus.  Ceci dit, Tom Holland fait un très bon Spiderman.

The favorite de Yorgos Lanthimos (Crave): Triangle amoureux à la cours de la reine Anne.  Triangle entre trois femmes...  La monarchie britannique est ici représentée dans une époque qui a été peu transposée à l'écran et d'une façon presque totalement inédite.  Avec trois actrices au sommet de leur art!

Mulan de Nikki Carro (Disney+): Hum... Je vais rester une fidèle de la version de 1998.  Y'a pas grand chose qui sauve ce film, qui est presque un ratage complet.  Joli ratage, mais c'est tout.

Télévision:

Ok, 2020 marque l'année de l'arrivée du streaming dans ma vie...  Je sais, je suis en retard de dix ans sur pas mal de monde, mais tant pis, j'apprécie d'autant plus l'immensité de l'univers qui vient de s'ouvrir devant moi!

Doctor Who (Crave) saison 8 à 12

Passé au travers de Peter Capaldi (que j'ai moins aimé) et arrivée à Jodie Whittaker.  Un peu trop dans ta face sur les questions sociales dans sa première saison, ça s'améliore dans la deuxième, mais j'aime bien Whittaker qui fait un très bon Docteur.  Ceci dit, je m'ennuie de la qualité des scénarios de Tennant et de Smith.

The Witcher (Netflix) Saison 1:

On va résumé par: il y avait trop d'eau dans le bain à l'épisode 5...  Pour le reste, correct, sans être épique.  Les costumes et les décors ne font pas tout.  Et grmfff ne doit pas être considéré comme une ligne de dialogue digne de ce nom.

Star Trek: Picard: (Crave) Saison 1: Capitaine Picard est de retour!  Mais le monde a changé, lui et Picard devra affronter de jeunes ennemis...  Beaucoup de caméo de TNG, pour les nostalgiques, c'est bien.

The floor is lava: (Netflix):  Il y a des moments dans la vie où on a vraiment besoin de stimulation intellectuelle...

How I met your mother: (Netflix) Saison 1:  Ok, je suis 15 ans en retard, mais que c'est drôle cette série!

Altered Carbon: (Netflix) Saison 2: Beaucoup moins aimé que la saison 1, les enjeux de la décorporation sont beaucoup moins abordés et ça a nuit à l'intrigue.

The Crown: (Netflix) Saison 4:  Je me suis bien évidemment pitchée dessus.  Absence de fil rouge, comme pour la saison 3, mais une performances remarquable de la part de l'actrice qui interprète Diana.

His dark materials: (Crave) Saison 2: Suivre cette série a représenté autant de pics de sérotonine!

Bridgerton: (Netflix) Saison 1: Jane Austen version diversité.  Ok, on le sait à l'épisode un qu'ils vont finir ensemble, mais on est quand même scotchée!

Lovecraft Country: (Crave): Saison 1:  Bizarre, surprenant, dérangeant, déroutant.  Attention, les deux premiers épisodes nous mettent sur une piste qui n'est pas entièrement suivie ensuite et il faut l'accepter.  Rarement vue des dénonciations aussi directes du racisme, du sexisme et de la masculinité toxique sans l'effet dans ta face qui en efface souvent la puissance.

Balados:

Parce que je suis une consommatrice compulsive de ce médias et que mine de rien, la quantité de balados que j'écoute fini par représenter une partie importante de ma consommation culturelle, je fais ici une petite liste de tout ce que j'ai écouté en 2020.  Oui, j'ai écouté beaucoup, beaucoup, beaucoup de balados durant le confinement...

Dans la catégorie, y'a des saisons dans cette balado:

Slow Burn (A) (Slate) Saison 1, Watergate et Saison 2, l'Impeachment de Bill Clinton et Saison 4, David Duke:  Des saisons qui explorent à fond un sujet.  Super intéressant, qui fait réfléchir et qui donne la parole à des acteurs méconnus de ces histoires archi-connues.  Si bien que ça? Non, les détails font réfléchir...

Magic Lessons d'Elizabeth Gilbert Saison 1 et 2:  Grosso modo Elizabeth Gilbert (Mange, Prie, Aime), rencontre des personnes ayant des blocages créatifs, demande conseil à un «expert», souvent un artiste établi et fait un retour avec la personne.  C'est bien, y'a un côté un peu ésotéro-matante, mais c'est intéressant quand même.

The secret life of Canada (A) (CBC):  J'ai décroché à la saison 3, mais c'est intéressant.  L'histoire des Premières Nations, des innombrables communautés immigrantes au Canada, souvent des histoires méconnues et beaucoup trop souvent, de discrimination.  Raison du décrochage? Si vous êtes québécois, bien des moments vont vous faire grincer des dents.

Ma version des faits (F) (Radio-Canada) Saison 3, Agostino Ferreira, Saison 4, Le méga-procès des Hells  Cette balado à saveur judiciaire est juste trop addictive.  Isabelle Richer nous amène dans l'histoire de procès qui ont marqué le Québec, mais dans sa version des faits à elle, car elle les a couvert comme journaliste judiciaire.  Et c'est vraiment intéressant.

Francophiles dans la ville: (F) (Culture Montréal) Saison 1 et 2: Faire voir Montréal par les yeux de gens qui n'ont pas le français comme langue première et leur relation avec la ville par des lieux qui les ont marqués.  Super intéressant.

Procrastination: (F) (Elbakin.net): Saison 1 à 3: Trois auteurs français qui discutent d'écriture, d'édition, de la vie d'auteur et de publication.  À coup de 15 minutes.  C'est très intéressant, mais ça s'essouffle un brin sur le long terme.

Les pires moments de l'histoire: (F) (Urbania): Saison 3: Charles Beauchêne raconte les pires moments de l'humanité, mais nous fait tellement rigoler au travers qu'on en oublie que ce sont avant tout des histoires d'horreur.

L'histoire ne s'arrête pas là: (F) Saison 3: Des moments moins connus de l'histoire du Québec.  Raconté avec brio par André Martineau qui mêle petits et grandes histoires et nous rend le tout accessible.

David Tennant does a podcast: (A) Saison 1: Écouté en grande partie parce que l'acteur a déjà été le Docteur, mais j'avoue qu'il a le don de faire parler les gens et comme il est lui-même acteur, il arrive à faire parler ses invités (acteurs et actrices, politiciens, etc) et à créer un vrai lien avec eux le temps de l'entrevue.

Dans la catégorie, c'est une série unique:

Rabbit Hole (A) (The New York Times): Pourquoi et comment YouTube est devenu ce trou du lapin où sombrent tant de personnes et où les théories de la conspiration sont reines.  Terrifiant.

1619 (A) (The New York Times): 1619 est la date de l'arrivée des premiers esclaves noirs sur le territoire de ce qui deviendra les États-Unis.  Cette balado retrace l'histoire de la présence des Noirs sur leur territoire, des relations raciales et leur place (ou absence de place) dans le grand récit de la nation.

The catch and kill (A) (Pineapple production):   Une balado tirée du livre (sans être un audio-livre) qui raconte l'enquête de Ronan Farrow ayant mené à la chute d'Harvey Weinstein et croyez-moi, cette histoire a bien failli ne pas sortir.  Les réseaux de pouvoir de cet ex-producteur étaient déments.  Je ne sais pas si c'est un true crime, mais c'est aussi addictif. 

3.7 planètes (F) (Radio-Canada):  L'humoriste François Bellefeuille veut développer un numéro d'humour sur l'environnement et en profite au passage pour explorer un peu son empreinte écologique.  Drôle et fait réfléchir.

Trafic (F) (Pic-Bois productions):  Le trafic sexuel des adolescentes, ici, aujourd'hui, au Québec.  Combien les clients sont dans le déni et combien cette industrie est juste sous notre nez, fait des ravages et pourtant passent inaperçue.  Ça donne des frissons d'horreur.  

Briser le code (F) (Télé-Québec): Le témoignage de personnes immigrantes.  Ça parle de racisme, mais aussi d'intégration et de transmission.  De très beaux témoignages que l'on a pas assez la chance d'entendre, trop souvent. 

The Queen: (A) (Slate): Sur l'histoire personnelle de la femme à l'origine du mythe de la Welfare Queen.  Une femme noire, bien sûre.  C'était une criminelle, mais à entendre son histoire complète, on ne la juge pas si sévèrement.  Aurais-tu vraiment pris de meilleures décisions à sa place?  Et son histoire n'a-t-elle pas avant tout été instrumentalisée?

Recall: How to start a revolution: (A) (CBC): L'histoire du FLQ, racontée par les journalistes de la CBC.  J'avais beaucoup de craintes en commençant cette série, mais non, le travail journalistique de la CBC a été très bien fait, pas de Québec bashing et beaucoup de pédagogie.  Sincèrement, j'ai appris des choses et j'ai adoré cette série.

Dans la catégorie, il en sort en continu: (et je ne les mets pas toutes!)

The Daily (A) (The New York Times):  Balado quotidienne sur l'actualité par le New York Times.  Intéressant de connaître le point de vue des USA de l'intérieur sur certains enjeux.

Myths & legends: (A): Les mythes et légendes racontées dans leur version d'origine.  Le hic, c'est que le poditeur, en plus de très bien raconter, se permet des commentaires sur les incohérences des histoires et sur le sexisme de certaines.  Ça s'écoute super bien!

Cabinet of curiosities: (A): De courtes balados sur des histoires insolites.  Des fois, j'ai des doutes sur la véracité, mais autrement, le poditeur a le don de trouver des anecdotes sur une grand variété de sujets, dévoilant parfois des facettes moins connues de certaines personnalités.

Thrilling Tales of modern capitalism: (A) (Slate): L'histoire de grandes entreprises avec leurs hauts et souvent aussi, leurs bas.  De quoi défaire quelques mythes!

Washington DC: (F) (Radio-Canada et al): Balado qui couvre l'actualité des États-Unis par les journalistes des réseaux publics francophones.

L'histoire nous le dira: (F) (Laurent Turcot): Courtes capsules historiques issues de YouTube qui couvrent un grand nombre de sujets.  

On s'appelle et on déjeune: (F) (Radio-Canada): Deux nutritionnistes, Bertrand Lavallée et Catherine Lefebvre, qui jasent d'alimentation à bâtons rompus, sans chichi, sans flafla.  Rafraichissant et instructif!

Ideas: (A) (CBC): Émission par thématique qui réfléchit sur de grands enjeux.  Ça va de l'histoire de la chaise à l'impact d'Einstein sur la vision du monde des humains.  Et c'est toujours intéressant.

Et y'a plusieurs émissions de radio, mais je vais arrêter ça là.

Inclassables:

Je mets ici les trucs inclassables dans les autres catégories, mais ils ne sont pas si bizarres que ça, ils ne rentraient juste pas dans les moules du reste.

MasterClass:

Neil Gaiman: J'ai eu la chance de l'écouter avec une amie et on arrêtait la vidéo pour prendre des notes et faire wow.  Le gars est pertinent, articulé et vraiment intéressant à écouter.

Margaret Atwood: Tout aussi intéressant, mais dans un tout autre registre.  J'ai enfin compris pourquoi elle dit qu'elle n'écrit pas de la SF (même si elle écrit de la SF)

Joyce Carol Oates: Variation sur le même thème, mais elle est vraiment différente dans son approche.  Aussi intéressante, mais moins prenante.

Gordon Ramsay: Ne cherchez pas le lien avec les trois autres MasterClass, y'en a pas.  Classe très intéressante, Gordon Ramsay est très bon pédagogue, mais je comprends que son style puisse rebuter certaines personnes.

YouTube:

DirtyBiology:

Je suis assidûment ce youtubeur depuis des années et en 2020, il est resté aussi intéressant et pertinent, même s'il a dû faire des pieds et des mains avec le confinement.

Bon et bien, maintenant, Bye, Bye 2020 sans le moindre regret et bienvenue 2021!|

@+ Mariane

lundi 28 décembre 2020

De la géographie: La ville

 Salut,

Nous voici donc rendu au dernier billet de cette série qui aura animé la plus grande partie de l'année 2020.  Je me suis rendue plus loin que ce que j'avais pensé au départ et je remercie tous ceux qui m'en ont parlé, tant ici qu'ailleurs.  Pour conclure, je vais m'intéresser à un dernier sujet, qui est aussi le territoire humain ultime: la ville.

Une ville, peu importe l'endroit où elle est située, est un territoire lui-même constitué de territoires, mais la grande différence avec les territoires naturels est que tout est constitué de volontés directes et indirectes issues d'êtres humains.  La nature s'accommode fort bien des imperfections et des obstacles.  Elle en fait des opportunités et s'adapte.  L'eau ne coule pas ici?  La rivière creusera son lit, au travers de la roche s'il le faut.  Et si elle ne peut pas passer là, elle passera ailleurs.  Si quelque chose change dans son environnement immédiat, elle s'adapte.  La rivière ne coule plus ici?  Des arbres y poussent, tout simplement et l'ensemble tend à s'équilibrer de lui-même.  De plus, la nature n'a pas de but comme tel, elle fait avec ce qui est et s'adapte.  Certes, rivières et fleuves transforment le paysage, mais c'est plus les lois de la physique qu'autre chose qui les animent.  Certains animaux, comme les castors, vont transformer leur environnement, mais leur impact est limité à un espace restreint.

La ville est totalement l'inverse.  En ville, pratiquement chaque centimètre de surface a été pensé, voulu, et est soigneusement entretenu.  Les routes, les parcs, les belles années gazonnées, les réseaux de distribution d'électricité, d'eau, d'égouts, les pistes cyclables, les bâtiments, mais aussi, sur un plan plus subtil, les tracés dans la ville, les services publics, les résidences privées et les immeubles commerciaux encerclent des zones qui deviennent ainsi artificiellement exclues de l'ensemble et le principe de propriété privée crée une série de sous-territoires techniquement liés, mais mus par des volontés séparées.  Et surtout, le territoire, au niveau écologique est totalement chamboulé.

La ville est voulue, conçue et pensée par et pour les êtres humains.  La rage que l'on met à arracher les pissenlits sur les pelouses se retrouve ailleurs: on ne tolère pas certaines espèces d'arbres, certaines espèces de plantes, on en favorise d'autres à outrance, même si elles sont mésadaptées.  Pas étonnant que les villes soient si peu résilientes face aux catastrophes naturelles: là où des milliers d'années d'évolutions avaient prévu des milieux humides et des marais face aux inondations et aux ouragans, la ville a imposé des surfaces bétonnées et de magnifiques boulevards dépourvus d'arbres permettant aux vents de prendre de la vitesse.  Mais on adore les pelouses vertes...  Obsession humaine de tout contrôler.

Même dans les villes plus anarchiques, où l'urbanisme sauvage règne, l'humain continue de faire primer ses besoins sur ceux du territoire environnant, quitte à sacrifier espèces et terrains, s'exposant à des catastrophes si le climat varie un peu plus que la moyenne.  Les glissements de terrain ne sont qu'un modeste exemple: sol gorgé d'eau ou construit en hauteur + vibrations (que ce soit une route très passante ou un tremblement de terre) = catastrophe.  Mais les humains ne voient souvent que leurs besoins à court terme et rarement ceux à long terme.  La nature s'adapte sur le long terme, l'humanité peut faire surgir de terre des villes en quelques mois.  Dans certaines parties du monde, les contraintes du climat ont forcés les villes à s'adapter à des climats très différents, avec plus ou moins de succès: qui n'a jamais pesté comme le déneigement dans sa ville au Québec?  Surtout que l'on découvre souvent après coup des contraintes inattendues après que le béton soit sec.  Ainsi les villes sont chroniquement en retard dans l'organisation du développement de leur territoire par rapport au développement réel de celle-ci.

Je vais conclure par un exemple relevant de la fiction qui me semble des plus faciles, mais qui reste parlant: Coruscant, la capitale, ville-planète de l'univers de Star Wars.  Évidemment, les films ne nous rendent pas entièrement compte de cette ville, mais on peut déjà en détacher quelques grandes tendances: la ville-planète est entièrement contrôlée, domptée, planifiée.  Pas de traces d'espaces verts ou simplement de zones où une main (humaine ou non) n'aurait pas imposé sa volonté.  L'espace est entièrement contrôlé et les cycles naturels, absents.  L'omniprésence des embouteillages en arrière-plan (et dont Anakin semble se foutre comme de l'an quarante) montre toutefois que les problématiques urbaines restent les mêmes: on a beau être sur une ville-planète, la volonté de contrôle de l'environnement reste la même, mais les problématiques qui peuvent en émerger restent semblables étant donné que le problème à la base est que l'humain cherche à transformer son environnement pour correspondre à ses besoins et non de s'adapter à ce qui existe.  L'échelle est différente, mais l'effet est le même: les cycles naturels sont détournés au mieux et détraqués au pire afin de permettre le contrôle du territoire par les humains.  Avec toutes les conséquences que cela suppose.

Voilà donc ce qui permet de compléter ma série de billets sur la géographie.  Merci d'avoir été à l'écouter et au plaisir de bloguer sur autre chose en 2021!

@+ Mariane

lundi 21 décembre 2020

Éjecter l'auteur(e) de l'oeuvre

 Salut,

À la lumière de quelques controverses qui ont secoué les fandoms en 2020 (vous avez entendu parler des tweets d'une certaine J.K. Rowling?), quelques phrases sont revenus souvent: «L'oeuvre appartient au fandom», «On a plus besoin de l'auteur(e)» et autres phrases types du même acabit.  Ces petites phrases m'ont toujours fait sourciller.  Bon, pas besoin de me le dire, je le sais, l'oeuvre, n'est pas la personne qui l'a écrite et la personne qui l'a écrite n'est pas l'oeuvre.

C'est cette notion que l'on peut éjecter un créateur de son oeuvre qui me chicote bien plus.  La formulation en tout cas.  C'est une question qui a tourné un bout de temps dans la roue de mon hamster.  Comment expliquer mon malaise?  Comment mettre des mots dessus?  J'ai abordé le sujet avec quelques amis, mais sans réussir à vraiment comprendre ce qui me dérangeait tant.

Et puis, j'ai repensé à un livre, que j'ai lu il y a quelques années, Comme par magie d'Élisabeth Gilbert, l'auteure de Mange, Prie, Aime.  Elle racontait au début comment elle avait vécu le succès de son désormais célèbre livre.  Elle faisait une comparaison avec une baleine qu'elle avait vue dans un musée alors qu'elle était enfant.  La baleine était au-dessus d'elle, elle la regardait et...  c'était quelque chose qu'elle regardait sans pouvoir y prendre part.  C'était juste là, bien trop gros pour elle.  Elle comparait avec son oeuvre, en disant que le phénomène avait lentement augmenté qu'il était devenu une baleine au-dessus d'elle, sans grand rapport avec elle, que c'était juste là, et qu'il n'y pouvait plus grand-chose.  Bien sûr la partie promotion lui appartenait, la partie publique, le visage de tout cela était le sien, mais le lien intime entre les lecteurs et lectrices et le livre, l'énergie que cela leur donnait de se mettre à en parler avec leurs ami.e.s, de voyager partout,  de se bourrer la fraise de mets italiens et de prendre des cours de yoga... ne lui appartenait pas.

C'est un peu la même chose quand on pense à tous ces fandoms qui ont fleuris avec l'arrivée d'internet.  L'énergie que les fans mettent à lire avec frénésie, à se costumer comme les personnages, à guetter la moindre information issue de leur univers, à écrire des fanfictions est issue de l'oeuvre.   C'est là que je tique.  Oui, une partie des fans vont tripper sur ça et n'iront pas plus loin.  Je suis dans cette catégorie.  D'autres iront plus ou moins loin, du mordu expert fan des moindres détails de l'univers à celui qui animera des forums de discussions, en passant par celui qui se fera tatouer les personnages ou des citations...  Est-ce l'oeuvre comme tel?  Je crois que rendu à ce point, l'auteur.e est déjà rendu loin.  Il ou elle est la personne qui peut apporter de l'eau à un moulin qui tourne déjà à vive allure, mais les fans ont déjà créé leur propre univers à partir de celui déjà créé.  Ils se le sont approprié.

Dans ce genre de fandom, l'auteur.e est comme une figure tutélaire, dont la parole est écoutée à des degrés divers, qui vont du respect poli à l'adulation pure et simple, ce dernier statut était encore plus facilement accessible si l'auteur.e est mort.e.  Sauf que comme toute construction humaine, le moteur qui fait rouler est fait de la foule en marche, pas d'un individu.  Et que si un individu peut mener la marche, quand la foule décide de ne plus suivre ses instructions et ben, il est rendu à son statut de quidam. C'est un peu ça quand on parle d'éjecter un.e auteur.e d'une oeuvre: la foule décide de suivre son chemin ailleurs, emportant avec elle un univers qu'il s'est complètement approprié et dont l'auteur.e était une des sources, la plus importante, la plus ancienne, mais qui n'était déjà plus nécessaire pour que le moulin continue à tourner.

C'est un peu comme bien de grandes institutions humaines, il arrive un point où la roue tourne d'elle-même.  C'est un phénomène qui s'est avéré autant avec de vieux principes, comme les religions ou les démocraties.  Dans ces cas-là aussi, la communauté a pris le pas sur l'impulsion d'individus qui l'on porté au départ.  La nouveauté, c'est que les oeuvres artistiques sont touchées par la même ferveur et se constituent, se renouvellent et s'alimentent par elles-mêmes.  

Dans un sens, quand on dit qu'un fandom n'a plus besoin d'un.e auteur.e, on ne fait que dire que le fandom refuse désormais d'écouter la source de son univers.  La séparation entre les deux avait de facto eu lieu longtemps avant.

@+ Mariane

lundi 14 décembre 2020

Trop, c'est comme pas assez

 Salut,

L'autre jour, je me suis assise dans l'idée de regarder la télé.  J'ai plongé dans l'univers de la télé en ligne, sautant d'une option à l'autre, ravie d'avoir accès à tant de choix... et incapable justement de faire un choix.  Cette série dont j'avais tant entendu parler?  Telle autre que je me promets de voir depuis longtemps?  Celle-ci que les algorithmes me suggèrent?  J'ai zappé un moment avant de choisir.  

C'est un peu comme ça quand vient le temps de choisir ma prochaine lecture.  J'ai plus de 300 livres que je n'ai pas encore lu à la maison.  C'est beaucoup.  Moins que de choix sur l'empire au N rouge, mais tout de même pas mal.  Et souvent, je zieute, soupesant les possibilités.  Lui? Ah non, je viens de finir un roman de SF, je ne veux pas en lire un deuxième d'affilée.  Lui?  Hum, sans doute trop sombre, j'ai pas envie de ça en ce moment.  Lui?  Pff, trop épais, ça va me prendre une éternité à le lire.  Lui? Ah oui, peut-être...  mais non, je devrais lire cet autre livre avant.  Je peux passer plusieurs minutes à sillonner des yeux mes tablettes, évaluant les bouquins les uns après les autres, les rejetant pour les raisons les plus diverses, avant de prendre l'heureux élu, qui parfois, est moins le fruit d'un goût immodéré pour le lire qu'un choix fait par l'élimination des autres possibilités.

Je me rappelle pourtant, qu'enfant, je lisais tout ce qui me tombait sous la main.  Oh, ce n'est pas tant que je n'avais pas de goût, mais les choix étaient plus limités.  Mes parents avaient tous les deux de petites bibliothèques et je pigeais dedans allègrement.  Aurais-je lu Pearl Buck si ma mère n'avait pas eu plusieurs de ses ouvrages dans la sienne?  Je me rappelle de ces romans à la couverture vieillotte, fleurant le papier dont on faisait les romans poches dans les années 50 et 60, craquant quand on l'ouvrait.  Je les lisais par intérêt certes, mais aussi parce que je n'avais pas tant d'autres choses à me mettre sous les yeux.  Le fait d'avoir peu de choix m'a poussé à lire des ouvrages que je n'aurais autrement pas lu, mais est-ce que je m'en portais plus mal?  Non et j'ai fait de très belles découvertes grâce à cette absence de choix.

Aujourd'hui, le problème est inverse et le rythme des publications étant ce qu'il est, on est inondé de livres, les parutions s'enchaînent et on est constamment bombardés de suggestions les plus alléchantes les unes que les autres.  On prend des notes, on achète, on entasse, mais on peine à garder vivante l'étincelle qui nous a allumé vers un titre en particulier.  Parce que justement, on est inondé.  Vais-je lire ce livre?  Bien sûr que je me le promets.  Mais la vie est ce qu'elle est et la seule chose qui n'est pas élastique, c'est le temps qu'on peut consacrer à la lecture.  En comparaison, les tablettes de nos bibliothèques sont bien plus souples.  

Trop, c'est comme pas assez dit le dicton.  On peut se perdre dans trop d'options, tout comme ne pas en avoir assez peut être une plaie.  Or, le problème du surplus, c'est qu'il peut paralyser, parce qu'il oblige à faire un choix et ainsi de renoncer à une option  Mais est-on vraiment sûr que l'on a fait le bon choix?  Va-t-on le regretter?  C'est ça le hic avec les surplus.  On en a tellement qu'un choix peut être regretté, parce que justement, pourquoi juste ce bouquin en particulier quand il y en a tant d'autres?

C'est une chose que je me dis souvent, en regardant les tablettes pleines de livres que j'ai achetés il y a des années et que je n'ai pas encore lus.

@+ Mariane