jeudi 23 juin 2022

Lud-en-brume de Hope Mirrless

 Lud-en-brume Hope Mirrless  Le livre de poche  419 pages


Résumé:

Trois siècles plus tôt, les bourgeois de Lud-en-Brume, riche cité commerciale, ont chassé les anciens Ducs et ont établi une république. Leurs descendants se sont depuis fort ramollis. Maître Nathaniel Chanteclerc, actuel maire, en est la preuve vivante: plus préoccupé de dégustation de fromage et d'alcools fins que de la chose publique, il ne se préoccupe pas assez de son fils Ranulph, jusqu'au jour où celui-ci montre des réactions étranges, semblables à celles de ceux qui ont mangé un fruit de la Faërie. Ce royaume à l'ouest, tabou depuis le départ des ducs, dont on nie même l'existence.  Sauf quand il s'agit des fruits maudits, bien sûr.

Mon avis:

Sans être un chef-d'oeuvre, ce livre mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs de fantasy. Publié dix ans avant Bilbo et la mise en place des canons du genre, il est iconoclaste, inclassable et diaboliquement bien mené. On est dans le fantasy, nul doute là-dessus. Mais sans respecter aucun des codes, aucun des tropes du genre. Donc, à la fois intelligente, inattendu et.. frustrant dans une certaine mesure, parce que l'auteure nous mène là où on ne s'y attend pas.

Maître Nathaniel, anxieux, bien ancré dans ses pantoufles et fort peu porté à l'aventure ne correspond pas du tout au héros traditionnel du genre, mais justement, cela ne le rend que plus intéressant. Alors que d'autres auraient pris l'intrigue qui anime le livre à bras le corps, il est au départ désemparé et multiplie les erreurs. Le courage ne lui viendra qu'après la disparition de son fils (pas de sa fille hein! grmpf!). Le récit est donc une enquête, plus qu'une quête. Mais au travers de cette enquête, l'auteure se permet un récit à la fois sociologique et historique.

Parce que le récit porte sur la réalité: celle que l'on croit qu'elle est, celle que l'on voudrait qu'elle soit et celle qui platement, existe, peu importe le nombre de mensonges et de faux-semblants auquel on lui ajoute. Il y a une certaine mise en abîme de ces trois niveaux de réalité. Et ce qui est intéressant, c'est que ce ne sont pas tous les personnages qui le comprennent au même rythme. Donc, il y a une mise en abîme entre ceux qui ont compris et ceux qui ont encore à comprendre. L'intelligence du texte consiste à faire de constants allers et retours entre les personnages et leurs différentes visions du monde. C'est déboussolant, décoiffant, mais, c'est diablement intéressant.

La fin a le malheur d'être abrupte, comme si à un moment, l'auteur n'avait plus eu envie d'écrire cette histoire. De larges pans sont laissés dans l'ombre. C'est regrettable, mais en même temps, c'est ainsi. Néanmoins, le livre nous laisse en tête avec un concert de riches descriptions de la nature, de la vie et l'envie de nous demander, comme dans la Matrice: est-ce que j'ai pris la pilule bleue, finalement?

Ma note: 4.5/5

lundi 20 juin 2022

Résolution de problème et description

 Salut!

Dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas une blogueuse à temps plein ni une écrivaine professionnelle. Loin de là! J'ai comme tout le monde un boulot qui sert à payer le loyer et à remplir les bols de croquettes. Dans la vraie vie, je travaille depuis des années en support logiciel. Je ne travaille pas pour le grand public, j'ai toujours été dans des domaines spécialisés, donc, avec des clients qui reviennent souvent. Et que je me casse régulièrement la tête à savoir comment expliquer à des gens pas pros de l'informatique du tout comment fonctionne un logiciel.

Ne vous y méprenez pas, c'est tout un art! Un logiciel c'est comme une réaction en chaîne... mais où on peut prendre à gauche ou à droite à tout moment. Un peu dans ce genre-là. On part dans une direction, il y a une croisée des chemins, on prend à gauche, une autre croisée, on prend à droite, etc. Et au final, on arrive au bon endroit. Mais répétez ça des milliers, des dizaines de milliers, parfois même des millions de fois. J'utilise une image, mais le processus se fait en quelques centièmes de seconde. Alors que pour un être humain normal, multiplier 56 par 87 et diviser par 7 peut prendre pas mal de temps (mes chances de remporter une médaille d'or à cette discipline sont infimes!), un ordinateur le fait en moins d'un claquement de doigts. Multipliez ça par des millions de milliards d'opérations chaque jour.

Sauf que...

C'est tellement gros que la plupart des gens ne comprennent pas au juste ce que fait leur logiciel. 

Alors, il faut utiliser un bon vieux truc de l'humanité: une métaphore. Un exemple, une histoire, un personnage, une anecdote, une allusion, une image, utilisez tous les synonymes possibles, mais ça prend quelque chose de concret pour faire comprendre ce que fait votre PC ou l'internet. J'ai déjà expliqué le principe des tâches planifiées avec un gars qui se faisait réveiller chaque jour à la même heure pour faire un seul boulot... avant de retourner dormir.  Bref.

Ça prend de l'imagination, de la suite dans les idées et aussi une bonne capacité de vulgarisation. Mais il me semble que c'est aussi une bonne école pour les descriptions. Pas nécessaire des descriptions de lieux, ni de décor, ni d'atmosphère, mais des descriptions de concepts. Une station spatiale, ça peut aussi être une série de canettes reliées par des pailles, l'idée étant de faire comprendre l'assemblage de modules dans l'espace. Une espèce extraterrestre, un essaim d'abeilles de la taille de VUS, ce qui donne pleine d'images d'insectes géants, mais aussi l'idée de la différence profonde entre nos gentilles abeilles et ces extraterrestres. Une nouvelle forme de vie, une espèce de mousse phosphorescente, parce que voyez-vous, la vie sur Terre est une chose, mais ailleurs, ça peut être tellement différent! L'idée n'est pas que la personne qui reçoit l'information, lecteurice ou utilisateurice, comprenne tout le processus, mais qu'il ou qu'elle ait une image mentale suffisante pour saisir l'essentiel. Non, une tâche planifiée, ce n'est pas un gars qui dort en attendant une alarme, mais l'image nous dit ce qu'il y a à savoir: tant que l'alarme ne sonne pas, rien ne se passe. Et si la personne a compris ça, c'est l'essentiel.

Bref, je fais des liens entre mon boulot et ma passion. Et c'est vraiment intéressant que je pratique l'un quand je fais l'autre.

@+ Mariane

lundi 13 juin 2022

De la nécessité d'être curieux ou les bulles numériques version livres

 Salut,

On parle souvent de bulles numériques. C'est l'effet tunnel des réseaux sociaux. À force de ne se faire offrir que ce qui nous plaît, on s'enfonce dans des bulles de gens qui nous ressemblent, pensent comme nous, aiment les mêmes choses, etc.  On oublie qu'il existe ailleurs des gens qui pensent différemment ou encore on en vient à les considérer comme des «ennemis». Ça s'appliquer à tout, de la politique, aux religions, aux goûts musicaux aux... goûts en matière de livres. Ben oui, même là, ça s'applique aussi!

Évidemment, les réseaux sociaux ne sont pas responsables de tout. Il y a aussi le marketing qui entre en jeu. Et là-dessus, toutes les maisons d'édition du monde vous le diront, créer un lectorat fidèle qui les suis de publication en publication vaut de l'or. Pour ça, plusieurs sont prêtes à mettre le paquet: réseaux sociaux, bien sûr, mais aussi rencontres avec leurs auteurices, événements spéciaux, primeurs, etc. À cela s'ajoute l'effet des sites internet de librairie, qui multiplient les Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela! qui tourne souvent autour d'un petit nombre de titres. Les bulles des forums de lecteurices ont un peu le même effet, surtout s'ils ne concernent qu'un genre: les lectures des membres les plus actifs ou les plus populaires seront davantage lues que les autres. Ce qui mène un certain nombre de lecteurice à s'enfermer dans une bulle de genre, d'éditeurs, voir de collection. 

Et on oublie. Qu'il existe autre chose ailleurs. On peut même penser que l'on connaît tout étant donné que l'on connaît une petite parcelle de l'univers littéraire sur le bout des doigts. Je ne le sais que trop: en librairie, il y avait des lecteurices qui se présentaient en disant qu'ils connaissaient tout de tel ou tel genre. Et j'arrivais toujours, toujours à les étonner. À leur sortir une nouveauté inconnue, un auteureurice dont ils n'avaient jamais entendu parler, un roman à la frontière de leur genre favori qui était passé sous le radar. Aujourd'hui, j'en serais sans doute incapable, du moins, pas avec autant de facilité. Parce que je ne suis plus libraire depuis plus d'une décennie, mais aussi parce que je ne suis plus autant l'actualité des livres qu'avant.

On peut avoir l'impression de tout connaître, mais c'est rarement le cas. Les plus grands spécialistes d'un genre littéraire ou les éditeurs le savent bien: leur connaissance de la totalité de ce qui paraît, ne serait-ce que dans une seule année, est limitée. À une époque, c'était possible de tout suivre, mais plus aujourd'hui. Il se publie des milliers de romans chaque année, même en se concentrant sur un genre précis, on ne peut pas tout lire et même parfois, être au courant de tout ce qui se publie.

De là l'idée de créer des bulles de lecteurices pour les fidéliser. Ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi pour les éditeurs ou les sites internet, mais je ne suis pas sûre que cela soi une très bonne idée pour les lecteurices: on devient vite paresseux quand on nous sert tout le temps le même menu sur lequel on a presque pas à réfléchir. Et on oublie que pas plus loin que le bout de son nez, la découverte existe. Mais comment intéresser quelqu'un à quelque chose de différent, de nouveau, quand il est bien installé dans ses pantoufles littéraires?

Il y a une dizaine d'années, j'ai eu une vive discussion avec un lecteur qui dévalorisait le métier de libraire, disant que s'il avait besoin de suggestions de lecture, il n'avait qu'à demander à ses amis ou à son réseau. Je lui avais dit qu'il n'arriverait jamais à un aussi bon résultat qu'avec un libraire parce qu'un seul en connaissait plus que tous ses amis réunis. Fier comme un coq, il m'avait obstiné que non. Je pense parfois à lui quand je pense aux bulles numériques. On n'en parlait pas encore à l'époque, mais je ne peux m'empêcher de me demander aujourd'hui: et ce type aujourd'hui, dans quelle bulle il est? 

Mais surtout: est-il capable d'en sortir s'il pensait déjà à l'époque qu'une poignée de copains sur le web en savait plus qu'une personne passant ses journées en contact avec les livres?

@+ Mariane

lundi 6 juin 2022

Je comprenais Frodon et je n'en aimais que plus l'histoire

 Salut!

Je me rappelle d'être allée voir le film au cinéma. Le troisième Seigneur des Anneaux, la conclusion de la saga. Et là, au dernier moment, celui où Frodon n'a plus qu'à ouvrir la main pour laisser tomber l'Anneau dans la lave pour le détruire, l'instant ultime où il n'y a qu'un minuscule geste à faire pour que l'aventure que nous suivons depuis des heures se termine.. Frodon dit Non et passe l'Anneau à son doigt.

J'ai entendu le ahhh!!!! de toutes les autres personnes dans la salle, le glapissement de Non, ne fait pas ça Frodon! Et je l'ai fait aussi! Comme une grande inspiration qui m'a pourtant complètement coupé le souffle.

Mais en même temps, au plus profond de mon coeur, je le comprenais. Ce petit hobbit à la vie toute simple, chargé d'une mission trop grande pour lui, qui a résisté si longtemps au pouvoir de l'Anneau. Et au dernier moment, après toutes ces épreuves, après tous ces sacrifices, il cède. Je l'ai compris comme toutes les autres personnes dans la salle de cinéma ce jour-là.

Sauf que:

C'est parce que l'on a enduré aux côtés de Frodon toute la torture auquel l'Anneau le soumet qu'on le comprend.

C'est parce que l'on a vécu, tremblé, souffert à ses côtés qu'on le comprend.

C'est parce que l'on sait la puissance du pouvoir de l'Anneau, entre autres grâce à Gollum, qu'on le comprend.

Qu'on le comprend au dernier moment de céder.

On s'est attaché à Frodon, à son cheminement, à sa lutte, qui contrairement à celle de tout autre personnage dans la trilogie, en est une de combat intérieur. Tout du long, Frodon lutte  pour garde le contrôle qu'il a sur lui-même et pour empêcher l'Anneau de prendre le pouvoir sur lui. Ceci veut dire des couches et des couches d'histoire, qui est représentée par des anecdotes, des détails, des petits moments, des gestes, des réactions, d'infimes détails, mais qui nous disent: voilà où Frodon en est rendu face à l'Anneau.

C'est parce que l'on s'est attaché à Frodon que l'on embarquait à fond dans son périple. On vivait son histoire, à ses côtés. Et c'est là l'important: on s'était attaché à lui. Comme à Aragorn, comme à Gimgli, comme à Legolas, comme à Gandalf. Comme à Gollum même d'une certaine façon. Pas qu'on les aimait nécessairement, mais leur histoire nous importait parce qu'on les connaissait.

On dit souvent en parlant d'une bonne histoire que l'on a adoré l'intrigue.  Mais c'est souvent en parlant des personnages, en décryptant leurs comportements, leurs attitudes et leurs actions que l'on entre dans le coeur de l'oeuvre. Qu'on les aime ou qu'on ne les aime pas, on trouvera toujours une histoire meilleure quand on s'est attaché à leurs protagonistes et même à leurs antagonistes. Un méchant que l'on comprend est toujours meilleur qu'un méchant à la sauce James Bond des années 60 qui veut juste détruire le monde, car il est un mégalomane fini. 

Pour s'attacher à quelqu'un par contre, il faut un personnage qui ait une personnalité. Un passé, mais aussi quelqu'un dont les actes sont cohérents tout au long de l'histoire, quelqu'un qui agit et qui réagit, pas quelqu'un dont on a l'impression qu'il est une marionnette dont l'auteurice tire les ficelles pour mener à bien l'histoire qu'il a imaginée. On voit Frodon évoluer tout au long des trois tomes de l'oeuvre de Tolkien. De simple hobbit menant une vie prévisible et surtout préoccupé par la bonne bière et l'herbe à pipe, on le voit quitter sa zone de confort, partir dans une aventure qu'il n'a pas choisie, affronter des épreuves, perdre des amis, ne plus savoir à qui faire confiance. On le voit souffrir, on le voit faiblir, douter, hésiter, foncer. Mais jamais on a un truc qui tombe de nulle part qui fait en sorte qu'il céderait à l'Anneau comme ça parce que ça lui chante un matin. Frodon est une personne de papier, mais une personne quand même.

Et c'est ça qui est le plus important. On aura beau avoir un univers riche à foison, une intrigue palpitant, de multiples rebondissements, si on n'arrive pas à connecter avec les personnages, la sauce ne prendra pas. C'est bien dommage, mais il est toujours plus intéressant de suivre des personnages qui vivent une histoire que de suivre une intrigue où vivent des personnages. 

@+ Mariane

lundi 30 mai 2022

Des nouvelles pattes de velours dans ma vie

 Salut!

Quand ma Prospéryne est morte, j'ai littéralement pleuré pendant trois jours.  Sans blague là!  Elle me manque encore d'ailleurs, même si le deuil a fait son temps. Je garde le meilleur d'elle. Même si elle n'est plus là.

Me restait ma Patchoulie, que j'adore.  Qui a maintenant 15 belles années, avec qui la communication est tellement bonne que c'est tout juste si elle ne parle pas. (Miaou!!!!  Ah, tu veux aller dehors? Miaou!!! Ah, tu veux de la bouffe? Miaou!!! Non, Patchoulie, tu as déjà mangé, n'essaies pas de me faire le coup!). C'est une chatte merveilleuse... sauf sur un point. On parle souvent des chats pots de colle. Moi, j'ai une chatte antiadhésive. Sérieusement, je pense que c'est le félin le moins colleux que j'ai jamais rencontré dans ma vie!  Le temps moyen d'un câlin avec elle se compte en secondes et c'est TOUJOURS trop long à son avis. Elle n'aime pas être caressée et se coller, pff, jamais de la vie! Bref, bref, c'est pas la minette la plus généreuse en affection.

C'est aussi une chatte qui est facile à stresser et qui a du mal à s'adapter aux nouvelles situations.

Alors, adopter un nouveau chat...

J'avais fait une croix dessus, jusqu'à sa mort. Pas tant que ma Patchoulie sera vivante me disais-je. Et à  moi et aux autres. Plein, plein de fois. Parce que j'avais peur pour elle, peur de sa réaction, peur qu'elle ne soit pas bien, tsé, à son âge, peur que ça vire en conflit, peur de... bref. Sauf que ça m'arrivait régulièrement d'aller zieuter les sites des refuges, à regarder tous les jolis minets à la recherche d'une famille. Je ne cherchais pas un chaton, mais un chat adulte. J'ai toujours préféré les chats adultes. Et dans ma tête, j'écrivais la lettre que j'enverrais au refuge quand Patchoulie ne serait plus de ce monde. Je leur disais que j'étais prête à prendre dans ma vie un chat plus âgé, que les chats noirs ne me dérangeaient pas, que les petits problèmes de santé, dans la limite où je pouvais les gérer, n'étaient pas un obstacle. Et comme je préfère les chats d'intérieurs, un chat FIV (Sida félin, ne se transmet pas aux humains et aux autres chats seulement en cas de morsures ou de galipettes) qu'il est préférable de ne pas faire sortir ne me dérangeait pas. Je me préparais mentalement à accueillir un chat griffu (Patchoulie n'a plus ses griffes, un de mes grands regrets aujourd'hui). Mais, pas tant que mon trésor de 15 ans sera de ce monde je me disais.

Jusqu'au jour où il y a quelques semaines, je suis tombée sur une annonce d'un chat et je me suis dit: je VEUX ce chat! Une magnifique minette toute blanche, du même âge que Patchoulie! Et toutes mes hésitations, toutes mes peurs sont passées à la trappe: je voulais un deuxième chat, tout simplement. Bon, la jolie minette blanche réjouit finalement les jours d'une autre famille et je lui souhaite de tout mon coeur une fin de vie pleine de bonheur. Mais à partir de ce moment-là, j'ai zieuté les sites des refuges plus sérieusement. Je voulais un deuxième chat! Quel minet saurait gagner mon coeur?

J'ai commencé mes recherches tout en compulsant les méandres de YouTube à la recherche de toutes les vidéos et ressources pour aider ma Patchoulie à accepter ce nouvel arrivant dans notre vie. Je recommande particulièrement celle-ci, mais bon, mes recherches ont fait virer les algorithmes de YouTube à l'envers, donc, c'est loin d'être la seule que j'ai regardé...

J'ai épluché les annonces de chats pendant plusieurs semaines. J'ai déposé plusieurs demandes, mes élu.e.s ont souvent trouvé d'autres familles. J'ai visité des refuges, j'ai vu des chats et j'ai dit non plusieurs fois. Souvent en me disant: ouf, ça, ça ne marchera pas avec Patchoulie! Et puis, je suis tombée sur cette annonce. Un magnifique gentleman au poil soyeux et au regard magnifique. Qui n'avait rien pour lui par contre: noir (les chats noirs sont moins adoptés), âgé de 10 ans (les chats âgés sont moins adoptés) ayant quelques petits problèmes de santé (urinaires, mais ça, ça va, je connais et ma Patchoulie mange de la bouffe urinaire depuis des années). J'ai été lui rendre visite. Et ça a été le coup de foudre. J'ai signé sur le champ les papiers d'adoption. Une des personnes travaillant au refuge pleurait de bonheur quand elle est partie, tellement elle est contente: j'ai alors appris que ce chat était au refuge depuis presque 6 mois. À croire qu'il m'attendait.

Je suis revenue à la maison, j'ai annoncé la bonne nouvelle à mes amies: j'allais avoir un nouveau chat! Restait le prénom à trouver. Au début, je penchais vers Anubis, mais tout le monde m'a fait remarquer que c'était un dieu à tête de chien (oups...). L'une de mes amies, qui aime autant que moi les vieux prénoms, s'est lancé avec moi sur la piste du prénom de chat le plus joli en me lançant à la tête des dizaines de vieux prénoms: Célestin (ça ne lui allait pas), Augustin(non plus), Napoléon (hors de question!), Léopold (ishh), Aurélien (hé, mon grand-père s'appelait comme ça!), Paul-Émile (PAUL-ÉMILE, DESCEND DE LA TABLE! ne sonnait pas bien à mes oreilles), Rogatien (coudonc, ya donc ben des vieux noms qui finissaient en in!), Edgar...

Quand j'ai lu ce nom, j'ai immédiatement entendu le son d'un riff de guitare. Et la chanson de Jean Leloup. Retour direct à mon adolescence. Mais c'est aussi une chanson hommage à Edgar Allan Poe, un auteur donnant dans le fantastique et l'horreur. Un bon nom pour un chat noir non?

J'avais trouvé son nom: ce serait Edgar.

Restait à finir de trouver le nécessaire pour l'accueillir. J'ai préparé la pièce où l'isoler lors de son arrivée (dixit, la salle de bain, pas le choix!) J'ai été le chercher pour le ramener à la maison le 12 mai dernier. Adopter un chat noir la veille d'un vendredi 13... Hihihi!  Edgar a été sage comme une image tout le long du voyage de retour (contrairement à Patchoulie qui s'égosille comme si j'essayais de l'épiler dès qu'elle met une patte dans son transporteur). Il a fait ça comme un professionnel tout du long. Les instructions d'introduction mentionnaient de mélanger les odeurs des deux félins pour qu'ils s'habituent l'un à l'autre avant de se voir pour la première fois. J'ai donc laissé un de mes vieux t-shirt de pyjama dans la cachette que j'avais emménagé pour Edgar et le lendemain, je l'ai laissé traîner à porté de museau patchoulien. La face qu'elle a faite après l'avoir senti (NON, MAIS QU'EST-CE QUE T'AS FAIT BORDEL!), m'a fait sentir coupable quelques instants, mais ensuite, ça s'est dissipé. 

Ça fait maintenant deux semaines qu'il est arrivé. Au final, après quelques grondements et crachats, Patchoulie le tolère très bien et zieute régulièrement son bol de bouffe. Edgar est pas mal plus colleux qu'elle et j'ai retrouvé un partner in crime de télé et de lecture. Bref, j'ai quatre nouvelles pattes de velours dans ma vie. Et j'en suis très heureuse!

Voici quelques photos:

Les pattes de velours d'Edgar!


Une de mes premières photos, au refuge.


Je pense qu'il est pas trop malheureux chez nous...


Chacun son coin de lit, mais ils y dorment sur leurs deux oreilles pointues.



Bref, si vous trouvez que j'ai un trip de chat noir... c'est normal!

@+! Mariane

lundi 16 mai 2022

La chanson, la littérature des mots en musique

 Salut!

Récemment, quelqu'un m'a dit: «Le Dôme est sorti avant que je ne m'intéresse à la musique de Jean Leloup.» Et moi Le Dôme, c'est... 

1998, l'année où j'avais 15 ans.

L'année où j'ai fait un camp de cadet de 6 semaines qui a foutu en l'air ma confiance en moi, mais qui m'a aussi introduite à la musique, à Jean Leloup et surtout, au Dôme...

Le Dôme...

La musique fait partie de la vie, de toutes les vies. Qui ne se souvient pas des musiques qui les ont retournés dans tous les sens à l'âge tendre de l'adolescence, quand nos goûts pas encore formés sont prêts à entendre tous les rythmes, tous les sons, toutes les paroles...

Les paroles...

Edgar était un vrai soûlon

Il écrivait toute la journée

Il n'écrivait pas de chansons,

Mais des contes où l'assassin¸

L'emportais toujours haut la main

La victime était homme de bien

YÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂ!!!!!!!!!!!!!!!


Juste entendre le nom d'Edgar y'a pas si longtemps et j'ai entendu le riff de guitare du début de la chanson. Et j'étais dans cet antre, aux côtés d'Edgar Allan Poe, écrivant des récits fantastiques frisant avec l'horreur...

La musique, les chansons, ce sont des mots aussi.  Des mots qui nous apprennent d'une autre manière la littérature, la poésie surtout.  Je n'aime pas la poésie est facile à dire, mais rare sont les gens qui n'aiment pas une chanson, surtout quand elle est particulièrement bien écrite.  Comme les textes de Jean Leloup, qui s'ils ne respectent pas toutes les règles de la poésie, racontent des histoires bien ficelées dans des images qui frappent souvent l'imaginaire.  

Combien d'autres auteur.e.s-compositeurices-interprètes au Québec ont utilisé la chanson pour déconstruire et reconstruire la langue et la poésie? De Gilles Vigneault à Daniel Bélanger, des Colocs à Bleu Jeans Bleu, de Louky Bersianik (qui a signé plusieurs des chansons marquantes de Richard Séguin) à Lynda Lemay, on a pris la plume pour chanter la langue, passant de l'écrit à l'oralité.

La chanson évolue plus vite que la littérature et elle est souvent plus rapide à s'approprier les nouvelles expressions, qu'elles aient la vite courte ou longue dans la langue parlée.  Elle forme des images mentales, mais elle est aussi la trame sonore de nos vies, qui peut nous rappeler en un instant à une époque ou à une émotion.  Si vous entendez une turlute de la Bolduc, vous serez dans une autre ambiance que si vous entendez un des accords de guitare de Beau Dommage.

La chanson est une forme de littérature, comme l'a bien fait remarquer le comité du prix Nobel en donnant ce prestigieux prix à Bob Dylan en 2016. C'est juste qu'elle est conçue pour l'oralité bien plus que pour l'écrit.

Je vous laisse, je vais réécouter Le Dôme encore une fois... À des milles à la roooonnnde!

@+ Mariane


lundi 2 mai 2022

Je refuse de le lire

Salut!

Je ne lirais pas la Servante écarlate.  Comme dans jamais.  Ok, non, il ne faut pas dire jamais, mais disons que les chances sont minces.  J'avais acheté un exemplaire et je l'ai laissé repartir vers un autre lecteurice sans l'avoir lu.  Ce livre me fait peur.  Je ne veux pas le lire.  Je refuse de le lire.

Personne ne m'interdit de le lire ou ne m'y encourage, c'est un choix purement personnel.  J'ai lu dans ma vie des livres qui me faisaient peur, qui m'ont confronté dans mes idées, des livres qui m'ont révolté, mais il y a aussi des livres que j'ai décidé tout bonnement de ne pas lire.  Pour me protéger, oui, mais aussi parce que parfois, je sais que les lire ne m'apportera rien. Et refuser de lire quelque chose est très différent de n'avoir aucune envie de lire quelque chose: l'un part d'un refus clair et net, même si parfois l'oeuvre nous attire. Dans l'autre cas, on en a pas envie, point.

Refuser de lire un livre pour des raisons personnelles est comme refuser de manger tel ou tel aliment pour des raisons tout aussi personnelles: c'est un choix qui dépend de chaque individu.  On peut le refuser pour des raisons de valeurs humaines (genre, je ne lirai pas les livres de cet auteur raciste ou antisémite), des raisons de valeurs liées à un groupe (ce livre parle de choses qui sont contre ma religion) ou des raisons de valeurs personnelles (ce livre contient des ragots et je n'aime pas ça).  Chacun a ses valeurs et chacun peut très bien refuser de lire des livres qui n'y correspondent pas.

On peut aussi refuser de lire un livre parce qu'il nous fait peur.  Peur de ce que le lire va provoquer en nous.  Je ne parle pas ici d'avoir peur à cause de l'histoire contenue dans le livre.  Je parle d'idées qui peuvent nous confronter. Lire une histoire d'amour homosexuelle peut-être être très confrontant pour des personnes religieuses. Lire les écrits d'un auteur de droite peut être très perturbant pour une personne qui carbure aux idées antiracistes et anticapitalistes.  Parce que malgré les grands écarts que l'on peut parfois faire en lisant des livres loin de nous, on découvre souvent que derrière chaque auteur, aussi éloigné de nous soit-il, il y aura quelque chose qui viendra nous toucher, nous chercher, nous bouleverser.  C'est pour ça que l'on fuit parfois certaines lectures, comme on peut se tenir loin de certains films ou de certaines séries télé.

Refuser de lire veut parfois dire refuser d'être en contact avec des idées différentes des nôtres, par peur parfois très intime de nous voir obliger de revoir notre vision du monde.  Mais il y a aussi des livres que l'on ne lit pas pour se protéger.  Chaque personne a ses zones de sensibilité, ses zones fragiles, et il est sain de savoir les respecter.  J'ai une bonne amie, qui comme moi, ne lit pas d'horreur parce que ce genre de lecture la terrifie.  Elle a s identifier sa limite et elle sait la respecter.  Ce qui est très sain.

Bref, refuser de lire un livre n'est pas nécessairement un signe d'étroitesse d'esprit. C'est parfois un signe que l'on se connait assez pour savoir que certains livres ne sont pas pour nous.

@+ Mariane