lundi 1 juin 2020

De la géographie: La carte mentale

Salut!

Encore une fois, comme avec la territoire, on va aller faire un petit détour du côté humain de la géographie humaine.  Parce que le concept est vraiment plus humain que géographique: je vais vous jasez de la carte mentale.

Qu'est-ce qu'une carte mentale?  Fermer les yeux.  Non, finalement, laissez-les ouvert, ça va être dur de lire ce billet les yeux fermés.  :P  Imaginez-vous dans votre maison, dans la pièce où vous êtes en ce moment.  Votre domicile est divisé en différentes parties, certaines consacrées à la cuisine, d'autres au repos, d'autres à la détente et d'autres à maintenir votre enveloppe corporelle propre.  Faites-en le plan dans votre tête.  Dessinez les divisions, les limites entre chacune d'entre elles.  Indiquez à quoi sert chaque endroit: travail, détente, repos, utilitaire, etc.  Et aussi, comment vous vous sentez à chaque endroit: est-ce une zone agréable, désagréable, ou vous n'aimez pas aller, où vous n'allez que parce que vous n'avez pas le choix, etc.  Si vous vivez dans le même logis que quelqu'un d'autre (et si cette personne accepte!), faites-lui faire le même exercice et dessinez tous les deux le résultat.  Ça pourrait vous surprendre.

Chacun se construit une image de son environnement immédiat.  Selon son histoire personnelle, ses valeurs, ses expériences passées, cette image ne sera pas pareille.  Inconsciemment, on divise notre environnement en territoires, auquel sont liés des fonctions et des émotions.  C'est sur ces territoires que se bâtissent les cartes mentales des individus.  Mon grand-père n'avait pas la même carte mentale que ma grand-mère de la cuisine: il devait lui demander où était rangé les chaudrons, mais pas les assiettes par exemple.  Deux enfants d'une même famille ne percevront pas de la même manière un arbre parce que le premier a vu le second tomber après avoir grimpé dedans.  Cet arbre deviendra une zone de danger pour l'un, tandis que l'autre peut en avoir une expérience positive parce qu'il ne lui est rien arrivé en tombant.  Dans la carte mentale du premier enfant, l'arbre est une zone de danger.  Ça peut être lié à un arbre en particulier ou à tous les arbres, ça dépend de l'individu.  Mais cela influencera la façon dont il percevra son environnement.

On apprend à tous les enfants de regarder des deux côtés de la route avant de traverser, on leur dit de marcher et non de courir quand ils la traversent, on leur dit de surveiller les voitures.  On inculque ainsi aux enfants la notions que la rue n'est pas leur territoire.  On crée en eux une carte mentale où il y a des zones de danger et des zones sûres.  Ils peuvent aller dans la rue, bien sûr, mais ils doivent y être prudents.  Par contre, au parc, c'est leur territoire, ils peuvent se lâcher lousse!  Un peu comme chez grand-papa et grand-maman!  Tout ceci influence la façon dont les enfants perçoivent leur environnement.  Ce n'est pas un hasard si la chambre d'un enfant est vue comme un endroit sûr pour lui et qu'il se cachera sous son lit s'il a peur!  Dans les faits, rien ne dit que cet endroit est plus sûr qu'un autre, mais le sentiment de sécurité qui y règne pour l'enfant est le plus important, parce que sa carte mentale est ainsi.  (et bon, on va se cacher sous le lit, mais on a peur des monstres qui peuvent s'y cacher la nuit...)

La carte mentale est influencée par tout un tas de détails.  Tenez, si je prends une carte et que je mets le doigt sur votre ville natale et que je vous demande si vous êtes chez vous, sans doute que vous allez me dire que oui, même si ce n'est pas votre quartier.  Si j'agrandis la perspective au pays en entier (on revient à l'emboîtement des échelles) et que je pointe votre province natale, en vous posant la même question, vous allez me répondre que oui, même si mon doigt atterrit à 600 km de votre domicile.  Si j'agrandis encore le portrait et vous pointe l'Amérique du Nord en comparant avec l'Europe, vous allez sans doute identifier l'Amérique du nord, comme étant chez vous, même si mon doigt est situé en plein midwest américain (pour les québécois hein, si vous venez d'ailleurs, ça risque d'être différent!).  Si je vous pointe une carte tout près d'une frontière, vous allez choisir plus spontanément votre côté habituel que l'autre côté qui représente plus facilement et souvent l'étranger, l'autre, qu'il soit ou non agressif.  Même si rien ne change vraiment d'un côté à l'autre de la frontière, même si le paysage est le même, il y a une ligne mentale qui est tracée dans les esprits.  C'est ainsi que la carte mentale des individus sur cette région est formée.

La carte mentale de chacun est absolument unique et en plus, elle est en constant mouvement, parce que nous sommes toujours en train de nous adapter à notre environnement, immédiat comme plus éloigné.  C'est en ce sens qu'elle diffère profondément d'un territoire, car si un territoire peut être partagé par plusieurs individus, une communauté, voir une société, jamais une carte mentale ne sera exactement pareille d'une personne à une autre.  Si par exemple, vous avez besoin de nouveaux vêtements, vous pouvez parfaitement identifier le centre d'achat près de chez vous comme étant un territoire parfait pour en acheter, mais par contre, n'avoir une carte mentale précise que des boutiques que vous fréquentez, les autres espaces restant peu détaillé, voir vides dans votre esprit.  Par exemple, ne me demandez pas de vous décrire l'intérieur de la boutique des complets pour hommes du centre d'achats près de chez moi!  Une autre personne pourra de même reconnaître le même territoire, mais en avoir une carte mentale radicalement différente, par exemple, un homme comparé à moi, qui fréquente le même centre d'achat, mais qui a besoin de complets pour son travail.  C'est pour cela que cet aspect de la géographie humaine est tant relié à son côté humain et non géographique.

Et la fiction maintenant.  J'ai trouvé une scène qui l'illustre parfaitement: la scène où Sansa Stark revient à Winterfell, dans la saison 5.  Elle est de retour dans un lieu que sa carte mentale identifie comme étant chez elle, un lieu où elle a, selon cette carte, toujours été en sécurité et qui plus est, aimée.  Sauf qu'à son retour, elle se retrouve en danger, moral et physique, sans soutien.  Le regard qu'elle porte sur les choses le montre bien: sa carte mentale ne correspond plus à la réalité qu'elle affronte et on comprend qu'elle va devoir s'ajuster et vite.  Ça fend le coeur du spectateur qui la voit poser un regard à la fois perdu et apeuré sur les lieux sur lequel elle a grandit avant de se tourner vers Lord Bolton et de faire face à la nouvelle réalité.  Elle adapte sa carte mentale en une fraction de seconde et on la suit là-dedans.  

 Bref, surveillez vos cartes mentales tout le monde, elles ont beaucoup plus d'influence que vous ne le pensez.

@+ Mariane

jeudi 28 mai 2020

Cheval Indien de Richard Wagamese

Cheval Indien  Richard Wagamese  XYZ éditeur  265 pages


Résumé:
Saul Cheval Indien est dans un centre de désintoxication.  Incapable de parler lors des cercles de partage, son thérapeute l'encourage à écrire son histoire.  Il a grandi dans la forêt du nord de l'Ontario, dans ses dédales de lacs, de rivières et d'épinettes.  Depuis son plus jeune âge, il est habitué, dès que des blancs s'approchent, de fuir dans les bois avec sa grand-mère et son frère.  Sa mère craint les pensionnats, qui lui ont déjà volé sa fille.  Après la mort de sa grand-mère, il est lui aussi pris et emmené dans ce sinistre endroit, conçu pour «tuer l'indien dans le coeur de l'enfant», quand ce n'est pas l'enfant lui-même qui en meurt.  C'est à travers un sport de blanc, le hockey, mais auquel il se consacrera de tout son être, qu'il parviendra à survivre.  Mais à quel prix?

Mon avis:
Ce qui est intéressant dès le départ, c'est que l'histoire est raconté par un homme en désintoxication, donc, le style de l'histoire reste très simple.  Pas le moindre lyrisme et malgré le sujet grave, très peu de pathos.  C'est la parole d'un survivant des pensionnats, mais aussi de quelqu'un qui garde enfoui en lui tant de choses pénibles que c'est par petites couches, presque par coups de pinceaux sur une toile, que l'auteur dessine son histoire.  Il raconte, il montre, il explique, mais comme son personnage, il ne descend pas dans les tréfonds des émotions que toutes ces pénibles expériences recouvrent.  C'est trop douloureux, c'est trop fort.  Il énonce les faits, mais ne s'étend pas là-dessus.

Son histoire commence pourtant bien.  Son enfance n'est pas parfaite et comporte des zones d'ombre (l'alcool entre autre est dans l'air), mais il est aimé.  C'est l'existence nomade, entourée de ses proches, d'un jeune ojibwé, partagée entre sa grand-mère, porteuse des traditions et des coutumes, pleine d'histoires et de connaissances sur leur environnement et ses parents, qui rejettent déjà en grande partie le mode de vie traditionnel, sont christianisé et en un sens, déjà déchiré dans leur identité.  Cette plongée dans une existence simple, mais sur lequel on sent toutes les menaces et sa fragilité ne fait que plus contraste avec ce qui va suivre.  L'arrivée au pensionnat, après la mort de sa grand-mère dans des circonstances terribles, ne montre que mieux l'immense fossé entre les deux mondes, même si, étant donné que Saul parle déjà la langue des blancs (son père lui en a montré les bases), son intégration semble beaucoup plus facile.  Pendant des pages, il raconte le pensionnat, mais le détachement dont il fait preuve, même face aux pires horreurs, est quasiment aussi effrayante que ce qu'il vit lui-même.  Il raconte, mais avec un noeud dans le coeur.

Le seul moment où ses émotions se déploient, c'est lorsque le hockey entre dans sa vie.  Ce sport, qu'il observe d'abord de loin, promu par un des prêtres du pensionnat, le fascinera dès le début.  Il en deviendra fan, y consacrant toute ses énergies, trouvant là une soupape à l'atmosphère étouffante dans lequel il grandit.  Les descriptions du hockey sont absolument hallucinantes, on sent la glace, le contact des lames sur elle, les jeux avec les bâtons, le vent dans les casques, le son de la rondelle dans le filet.  Cette partie est extraordinairement charnelle, contrairement à toute la description de la vie dans les pensionnats, qui est désincarnée, quoique sous les mots, on devine l'innommable.  (En fait, j'ai presque trouvé qu'il y avait trop de descriptions de hockey dans ce livre...)

C'est à travers le hockey que Saul quittera le pensionnat, mais c'est la morsure de ses années passées là-bas qui le poursuivra.  On sent le venin qui le suit partout, un venin qui finira par contaminer jusqu'à son amour du hockey. 

Ce livre est un coup de poing, mais comme un coup de poing qui te rentre dedans au ralentit, la douleur se déploie tout au long, mais le choc le plus dur survient à la fin, quand une révélation oblige à remonter le livre et à voir l'empreinte profonde d'un fait que la douleur a empêché Saul lui-même de comprendre pendant des années.  C'est aussi l'histoire d'une certaine rédemption ainsi que l'illustration de la puissance de la résilience dont les communautés des Premières Nations ont dû puiser au fond d'eux-même.  En ce sens, la scène finale du livre serre le coeur autant qu'il le réchauffe. 

Un livre puissant, mais sobre et calme, comme l'eau d'un lac du nord de l'Ontario sur lequel plane l'amour profond d'un jeu: le hockey.

Ma note: 4.75/5

mardi 26 mai 2020

Tyranaël: 2- Le jeu de la perfection d'Élisabeth Vonarburg

Tyranaël  tome 2  Le jeu de la perfection  Élisabeth Vonarburg  Alire  320 pages


Résumé:
Simon Rossem est mort.  Il s'est senti mourir.  Et pourtant, il est revenu à la vie, avec l'énergie et la santé d'un jeune homme de vingt ans, malgré son apparence de vieillard.  Et il va vivre longtemps.  À travers cela, il va approfondir ses connaissances sur Tyranaël, sur les Anciens, mais aussi participer, de près ou de loin, à tous les bouleversements politiques de cette planète qui souhaite prendre son indépendance de la Terre.

Mon avis:
Alors que le premier tome nous promenait entre différents personnages et différentes époques de Virginia, ce tome-ci reste centré, de près ou de loin autour de Simon Rossem.  Celui-ci, doté pour une raison obscure d'une longévité exceptionnelle et de pouvoirs psychiques dont il ne comprend pas lui-même l'ampleur, est un personnage à fois ambigu, manipulateur et attachant.  Il essaie de faire le bien, se trompe, voit les conséquences de ses actes, commence une nouvelle vie à plusieurs reprises, parfois est ouvert sur son don, parfois il le cache.  Mais de toutes les façons possibles, il tire les ficelles, poussant l'un à agir, manipulant l'autre, intervenant ici ou là pour changer le cours de l'histoire vers l'indépendance de Virginia.  C'est un très beau personnage et le fait que sa présence soit une constante du livre lui donne un fil conducteur et aide à y plonger plus intensément.

Autour de lui, des personnages, tous plus jeunes que lui.  Tess, la première, sans doute aussi, la plus fragile et la plus forte, une véritable écorchée vive, Alyne, sa quasi-soeur, Éric, renfermé et au passé mystérieux, Martin enfin surtout, dont Simon usera la jeunesse et l'innocence pour atteindre ses buts.  Tous ces personnages aux pouvoirs psychiques extraordinaire, eux aussi en train de s'adapter.  D'où viennent leurs pouvoirs, pourquoi se développent-il, quels seront leurs effets sur le futur, comment les faire accepter du reste de la population? Autant de question qui sont abordées sur le long terme, au travers de la vie de Simon Rossem, mais aussi de la vie de ceux qu'il accompagne.

De temps en temps, par le contact de plaques mnémonique des Anciens, Simon commence à découvrir le passé de ceux-ci, à découvrir leurs coutumes, des pans de leurs histoires.  Ces passage éclairent parfois certains aspects du présent, mais sont rédigés de manière énigmatiques.  Connaissant l'auteure, ils contiennent des indices sur ce qui se passera dans l'avenir, mais on reste comme toujours dans le vague.  On nous lance des informations importantes comme autant de perches, mais sans nous donner de quoi les relier à d'autres informations.

Le style, un amalgame de précision et de flou, typique de l'auteure, est constant avec le premier tome.  C'est le genre d'oeuvre que l'on comprend à la fin du dernier tome de la série, alors, autant profiter du voyage qui y mène en savourant l'écriture particulière de l'auteure et accepter qu'elle sait très bien où elle va, sans que nous, on le comprenne de prime abord.

Ma note: 4.25/5

lundi 25 mai 2020

Explorateurs dans l'âme

Salut!

Il y a quelques millions d'années, nos lointains ancêtres se sont demandé: qu'y a-t-il plus loin?  Qu'y a -t-il derrière cette montagne, ce lac, au bout de cette prairie?  Ils ont pris leurs clics et leurs clacs (peu importe ce que c'était) et ils ont commencé à voyager.  Ils sont partis tranquillement, d'abord vers le nord, puis l'est, puis l'ouest, au sud aussi.  Ils se sont donc mis à trotter un peu partout jusqu'à se répandre sur la planète toute entière.  Ensuite, ils ont posé leurs bagages quelque part et ont appris un nouveau hobbie: l'agriculture.  Ils se sont alors mis à essayer de cultiver toutes sortes de plantes, et à tenter des expérimentations: et si je frotte telle fleur d'une sorte de fruits sur la fleur de l'autre sorte, qu'est-ce que ça donne?  Ils ont ainsi créé de nouvelles plantes.  Ensuite, ils ont essayé de faire la même chose avec les animaux.  C'était un peu plus compliqué et un peu plus long, mais ils ont réussi à le faire.

Ensuite, l'être humain a inventé un nouveau truc: le bateau.  Et avec ses bateaux, ils sont allés de plus en plus loin.  C'est cool, ils ont rencontré de nouveaux humains, des humains qu'ils n'avaient pas vus depuis tellement longtemps qu'ils ne parlaient même plus la langue.  Ils ont ensuite regardé l'océan et se sont dit: y a-t-il quelque chose de l'autre côté?  Ils ont construit de plus gros bateaux et sont allés voir.  Ils y ont rencontré d'autres êtres humains, qui ont aussi s'étaient promenés partout sur leur bout de terre, avait testé de frotter une fleur contre une autre et avaient construits des bateaux, mais moins gros.  Ceux qui avaient les plus gros bateaux se sont demandé: y-a-t-il une limite?  Alors, ils sont allés de plus en plus loin et ils sont presque toujours revenus.  Après tout, ils habitaient une petite planète ronde et ils pouvaient en faire le tour.

Ensuite, les humains ont commencé à regarder autour d'eux plus attentivement.  Tiens, il y a une sorte de plante ici et une autre sur l'île d'à côté.  Elles se ressemblent, mais elles ne sont pas toute à fait pareilles.  Même chose pour cet oiseau et cet oiseau.  Cet animal et cet animal.  Ce coquillage et ce coquillage.  Comme ils ne comprenaient pas pourquoi, l'être humain a commencé à faire des collections pour comprendre et comparer.  Et plus il a trouvé de choses, plus il a été curieux.  C'est alors qu'un homme barbu a alors eu une grand idée: les choses n'avaient pas toujours été comme elles l'étaient, elles avaient changé au fil des âges.  Tous les autres êtres humains n'ont pas été d'accord, mais c'était une bonne idée.

Certains ont alors eu l'idée de regarder de plus près les choses tout près d'eux et ils se sont rendus compte qu'il existe des choses si petites qu'on ne les voyait pas avec nos yeux.  Ils ont alors inventé des instruments pour permettre de voir les petits choses.  Quand ils ont vus ces choses si petites, ils ont été très surpris.  Ils ont alors cherché à voir s'il existait plus petit encore et ils ont encore trouvé.  Tellement qu'ils se sont mis à chercher de quoi la matière était faite.  Et devinez quoi?  Ils ont trouvé!

Ils ont aussi regardé le ciel qu'il voyait depuis toujours au-dessus d'eux et ont fini par se demander:
et si on pouvait avoir quelque chose qui nous permettent de voir mieux, qu'est-ce qu'on verrait?  Ils ont alors inventé des appareils pour le faire et une fois qu'ils ont vu, ils ont commencé à se demander comment tout fonctionnait.  Et ils cherchent encore, mais ils ont trouvé beaucoup de choses!  Ils se sont aussi demandé ce qu'il y avait sous la surface de l'eau.  Ils savaient nager, mais pas très loin et ils pouvaient naviguer sur l'eau, mais pas sous l'eau.  Alors, ils ont inventé des scaphandres et des sous-marins et sont allés voir.  Et ils trouvent encore des choses aujourd'hui.

Quelques années après, un autre homme barbu eu une idée: si, au lieu de continuer à regarder autour d'eux, les humains regardaient à l'intérieur d'eux?  Et il a commencé à s'intéresser à se passait dans la tête des gens.  Il a eu des idées et d'autres l'ont suivi et ils se sont mis à inventer des explications sur comment on pense, comment on agit.  Et ça a fait un autre endroit à explorer pour les êtres humains.

Que restait-il après ça?  Ah oui, l'espace!  Après tout, dès qu'ils levaient les yeux, les êtres humains voyaient bien qu'il se passait de drôles de choses au-dessus de leurs têtes, mais ils n'y avaient pas encore été.  Après avoir fait le tour de presque tout sur leur petite planète, les humains se sont dit qu'ils pourraient bien aller faire un petit tour en-dehors non?  Et ils y sont allés.  D'abord, juste sur le bord, puis un peu plus loin, sur la Lune qu'il voyaient dans le ciel juste à côté depuis toujours.  Aujourd'hui, les êtres humains se demandent quand et comment ils iront voir d'autres planètes dans notre système solaire et même, comment, un jour, ils en sortiront.  Et après?  Et après, on verra!

Dans toute cette longue histoire, il n'y a qu'une seule chose que les humains ont toujours fait: se poser des questions.  Ne pas s'arrêter à ce qu'il voit, chercher à aller plus loin, dépasser les limites.  Ce ne sont pas tous les humains qui l'ont fait, beaucoup ont préféré confortablement autour du feu, mais d'autres ont été curieux et se sont avancé.  À très petite, à petite, à moyenne ou à grande échelle.  Seul dans leur coin ou collectivement.  Poussé par la nécessité parfois, mais aussi souvent, par la simple curiosité.  C'est une constante au cours de toute l'histoire de l'humanité et mon billet d'aujourd'hui n'en donne qu'un bref aperçu.

Imaginez maintenant ce que ça donne quand on applique ce principe de curiosité et de volonté d'aller plus loin à la fiction...

Et combien c'est contre la nature humaine de rester enfermer...

@+ Mariane

lundi 18 mai 2020

Les introductions divulgâcheuses

Salut!

J'ai lu beaucoup de classiques dans ma vie.  Parce que j'aime ça avant tout.  Et comme j'ai gardé mes habitudes d'étudiante fauchée sur ce point, je privilégie toujours les éditions de poche.  La plupart d'entre elles contiennent une introduction, écrite bien souvent par un spécialiste de l'oeuvre en question.  Le but est noble: donner l'avis d'un spécialiste sur l'oeuvre que l'on s'apprête à lire.  J'ai appris à les fuir comme la peste.

Pourquoi?  Parce qu'elle divulgâche toute l'histoire.  Au complet.  Merde, si je veux lire le livre, c'est peut-être parce que je ne connais pas l'histoire non?  Bon, si c'est un classique, j'en connais des grands bouts, c'est sûr.  Mettons que de me faire une présentation en détail des personnages principaux et de leurs relations peut ne pas nuire...  Si je lis Le Comte de Monte-Cristo par exemple, une bonne introduction qui me présente le personnage d'Edmond Dantès et le situe au coeur de son époque est une bonne chose.  Parce que, bien oui, il y a des détails de l'histoire de l'Europe de cette époque dont je ne connais pas bien.  Excellent dans ce cas.

Mais de me dire précisément comment et dans quelles circonstances il va venir à se venger des trois hommes qui l'ont jeté en prison... non.  Là, c'est plus qu'une introduction, c'est une analyse de l'oeuvre et ça aurait bien sa place en fin de livre, mais pas au début!  Hé ho, si j'ai pris ce livre, c'est pour le lire, pas pour me faire raconter l'histoire par un universitaire avant même de commencer l'oeuvre elle-même!  D'autant plus que ce qui semble faire tripper les universitaires qui rédigent ces foutus introductions, c'est bien plus d'analyser le pourquoi du comment de chaque décision de chaque personnage.

Le hic, c'est qu'ils le font avant qu'on ne lise l'histoire, alors on en a des fragments à chaque fois, des bribes, des trucs hyper-pointus sur telle ou telle décision... mais pas le portrait d'ensemble, pas le chemin vers cette décision ou cet acte, pas la scène qui l'a précédé et qui fait que l'on a soudain le coeur qui bat plus vite en voyant Edmond Dantès revoir Mercedes pour la première savoir, savoir qu'elle est là.  Non, on se fait juste analyser le pourquoi du comment et du ce que ça donne en faisant presque la psychanalyse du personnage.  Et sans avoir la saveur de l'histoire, la saveur du récit.  Oui, Mercedes le reconnaît grâce à sa voix.  Elle tremble quand elle le reconnait.  Mais elle ne dira rien.  L'analyse nous décortique pourquoi.  La lecture nous fait frémir avec elle.

Bref, je les lis les introductions maintenant.  Mais après avoir lu le roman.  C'est mieux ainsi.  Vraiment les éditeurs devraient mettre les introductions qui en disent trop long à la fin.  Et introduire l'oeuvre en général plutôt que les détours de l'intrigue au début!

@+ Mariane

jeudi 14 mai 2020

L'ombre de ce que nous avons été de Luis Sepulvedà

L'ombre de ce que nous avons été  Luis Sepulvedà  Métaillé 149 pages


Résumé:
Chili, trente-cinq ans après le coup d'état.  Après bien des décennies de silence, le Spécialiste, un homme mystérieux, mais fortement impliqué dans les réseaux de gauche de la grande époque d'Allende, a rassemblé trois anciens camarades dans un entrepôt.  Il a un plan.  Ceux-ci rassemblés, l'attendent et en même temps que les heures et le vin s'écoulent, sont envahis par la nostalgie d'une époque qu'ils ont bien connu.

Mon avis:
Nostalgie.  C'est le maître-mot de ce roman.  La nostalgie d'une époque, mais aussi et avant tout, la nostalgie de l'énergie, de l'espoir qu'elle dégageait.  Les hommes présents dans l'entrepôt sont des hommes qui ont cru et se sont battus contre des forces plus puissantes qu'eux.  Ils étaient des militants, des engagés, des radicaux mêmes.  Des décennies plus tard, ils bercent leurs illusions perdues et regardent ce que sont devenus leurs idéaux.

La rencontre avec le spécialiste devient une occasion pour ces hommes de se parler.  Ils se remémorent certes, mais ils discutent aussi du présent.  C'est en même temps un retour en arrière et une exploration du présent.  Et c'est sur ce présent que se noue la finale du livre, magistrale dans son retournement par rapport au reste.

La plume de l'auteur est plus lourde que dans d'autres de ses livres.  C'est sans doute lié au thème, mais quand même.  Par contre, on y sent toujours le souffle de l'espagnol, la rudesse du pays et la manière si particulière qu'il a de manier les mots.  Un beau livre, mais pas un grand livre.

Ma note: 3.75/5

lundi 11 mai 2020

Question de momentum

Salut!

En jiu-jitsu, une notion qu'on apprend vite est le momentum.  Il s'agit d'un moment, très bref la plupart du temps, souvent le temps d'un clin d'oeil, qui permet de jouer avec les lois de la gravité et de la physique pour renverser un adversaire plus lourd que nous.  C'est vraiment difficile à percevoir au début, sauf qu'à force de refaire les mêmes mouvements, on finit par savoir le reconnaître, le provoquer... et s'en servir à notre avantage.

En littérature, il existe des momentums.  Je veux dire par là qu'il existe des moments où bang, quelque chose va commencer à rouler et tout emporter sur son passage.  Les livres qui ont fait des raz-de-marée sont certes beaucoup alimentés par les campagnes publicitaires et la force de frappe des éditeurs, mais il n'y a pas que ça.  Parce que justement, toutes les meilleures campagnes de pub ne peuvent donner à une oeuvre littéraire ce momentum qui transformera une vague en lame de fond.

Quand J.K. Rowling a sorti le premier Harry Potter, elle n'était pas dans une grande maison d'édition, ni ne bénéficiait de campagne de pub massive.  Pourtant, son livre a su faire son chemin jusqu'au succès mondial qu'il est devenu.  Avant Mange Prie Aime, Elizabeth Gilbert était une auteure bénéficiant d'une certaine renommée, sans être celle dont on attendait le prochain livre.  Même le déplorable Cinquante nuances de Grey est sortit en auto-édition avant de connaître un grand succès de librairie (j'en pleure encore!).

Pourquoi ces oeuvres-là ont décollé et pas les autres qui sont atterries à peu près au même moment sur les tablettes des librairies?  Question de momentum.  J.K. Rowling a proposé un univers et une façon de proposer des histoires qui comblaient un besoin.  Mange Prie Aime a su trouver son public avide de réponses à des questions existentielles.  Quand à Cinquante nuances, je ne me risquerai pas à faire des pronostics...

Si ces oeuvres étaient parues disons, quelques mois avant ou après, elles n'auraient sans doute pas eu le même retentissement.  Elles sont sorties au bon moment, dans les bonnes circonstances, une série d'effet dû au hasard les as aidé et propulsées...  Elles ont bénéficié d'un bon momentum.

Savoir créer un momentum en jiu est déjà un défi et encore, on ne réussit pas à chaque fois (et avec le temps, nos adversaires développent une foule de trucs pour apprendre à nous bloquer...).  En littérature, c'est un défi d'une ampleur encore plus grande!  Parce que le monde, la société au grand complet est en constante mutation.  Une nouvelle de l'actualité peut propulser un livre qui quelques jours avant ne pouvaient pas se démarquer, un livre peut soudain apporter une réponse que se posait beaucoup de gens, une histoire peut résonner parce qu'elle ramène au goût du jour ou change le point de vue sur un sujet ou un genre qui avait perdu de l'intérêt.  Qui peut savoir à l'avance?

Le bon moment est dur à prévoir, mais quand il arrive et ça, le jiu me l'a appris, il faut savoir en profiter.  Par contre, c'est le boulot des éditeurs, pas des auteurs!

@+ Mariane