lundi 26 octobre 2020

J'ai pas eu le temps de lire le livre et v'la-tu pas l'adaptation?

 Salut!

L'autre jour, gracieuseté des algorithmes du grand catalogue de visage, je tombe sur la bande-annonce d'Enola Holmes.  Je connaissais, évidemment.  Les premiers tomes de ses aventures sont parues alors que j'étais en librairie.  Ouf, finalement, ça fait peut-être plus longtemps que je ne le pensais...  Bref, j'avais noté de lire le livre, mais bien d'autres lectures sont passées avant et j'ai finalement rayé le titre de ma très longue liste à lire.

Et voilà que l'adaptation débarque sur nos écrans!

Sans blague!  Tout ceci me rappelle que j'ai quitté la librairie il y a déjà sept ans... malheureusement.  Mais ça m'a aussi fait penser à autre chose.  

L'adaptation au cinéma est rendue une norme pour les romans, autant pour les petits que pour les grands.  Un livre a du succès?  On l'adapte, au petit ou au grand écran, ça dépend de qui fait la plus haute offre pour les droits d'adaptations, de l'histoire elle-même (j'aurais pas vu Le trône de fer raccourci en trois heures au cinéma), ou de l'équipe qui est en charge de l'adaptation, selon qu'ils travaillent davantage au cinéma ou la télévision.  Cependant, il faut le savoir, seule une poignée d'oeuvre sont adaptées.  La vaste majorité des histoires qui sont parues sous forme de roman finissent leur carrière sous forme de romans.  Point barre.  L'adaptation est une exception.

Sauf que de regarder ce qui est adapté, mais aussi le rythme où les romans font la traverser à l'écran donne une bonne idée de deux tendances: de un, le cinéma adaptent plus vite des histoires qui ont déjà une résonnance auprès du public.  De deux, les frontières entre les oeuvres sont de plus en plus poreuses.

Au 19e siècle, les oeuvres littéraires qui avaient du succès étaient adaptées au théâtre (Frankenstein entre autre), en plus des pièces écrites pour le théâtre elle-même.  Il y a eu la belle époque des radios romans également.  Le Hollywood naissant a largement pigé dans tout le répertoire classique pour ses films, avec plus ou moins de succès selon les cas (ce qui n'a guère changé!).  Tout ça pour dire que l'adaptation n'est ni nouvelle, ni beaucoup plus importante en nombre qu'à une autre époque.  Ce qui a changé, c'est le rythme: un livre a du succès?  On parle presque aussitôt de l'adaptation.  Ce n'est même plus une question de oui ou non, peut-on, peut-on le faire, doit-on le faire?  Niet, on saute cette case.  Même les oeuvres réputées inadaptables le sont aujourd'hui.  Ce qui était autrefois une possibilité devient presque une suite automatique.  Succès littéraire = adaptation, du moins, dans le monde anglo-saxon.  Les Français n'en sont pas encore là, mais...

Maintenant, l'autre question est: quel auteur.e écrit aujourd'hui sans avoir une arrière pensée pour une possible adaptation?  Soyons honnête quand même!  Oui, il y a encore des littéraires pour la littérature et oui, tout le monde écrit d'abord pour publier un bon livre, mais tout de même, cette petite pensée peut influencer la plume des auteur.e.s.  Ce que ça donne?  Et bien, certaines scènes disparaîtront, d'autres apparaîtront.  La façon de raconter sera aussi influencée.  Le format à l'écran impose un certain nombre de case à cocher et les romancier.ère.s habiles feront même des romans près pour le passage en prise de vue réelles (de mémoire, John Grisham est connu pour ça).  Écrire une histoire devient un exercice qui se préoccupe moins du support et de ses codes pour se concentrer sur ce que l'on veut raconter au public.  Le fond reste, mais la forme est déclinable.

Ça donne aussi que le temps entre l'arrivée du livre sur les tablettes des librairies et la sortie au cinéma (oups, ça c'était pré-2020) raccourci de plus en plus et que le livre fait vendre des billets de cinéma et le cinéma fait vendre des livres.  Bref, les livres d'aujourd'hui sont les films de demain.

Et je sais pas si c'est une si bonne chose...

@+ Mariane

lundi 19 octobre 2020

La question pas si simple à répondre

Salut!

Michael Jackson, Arthur C. Clarke, Marion Zimmer Bradley, J.K. Rowling...  Toutes des personnes qui ont été pointées du doigt pour leurs comportements ou opinions récemment, ceux-ci n'étant pas disons, exemplaires.  Je ne mentionne ici que quelques exemples et que des exemples qui sont relativement connus.  Je pourrais ajouter tous les films d'Harvey Weinstein à la liste.  Possiblement ceux de Woody Allen.  Et combien d'autres oeuvres d'art, qui sont plus ou moins anciennes?  Je peux savoir que Léonard de Vinci a probablement eu un amant qui n'avait que dix ans lors de leur rencontre et continuer à regarder la Joconde.  Je peux savoir qu'Alexandre Dumas a eu un paquet d'enfant hors-mariage et qu'il courrait allègrement la galipote sans pour autant bouder mon plaisir à lire Les trois Mousquetaires.  Et pourtant...

La question de où commence l'oeuvre et où finit le créateur est une question qui reste d'actualité même si des générations de critiques et de penseurs avant nous se sont cassés les dents dessus.  Parce que ce n'est pas une question si simple.  «On ne parle que de soi, commentez», est une question qui est souvent posées aux auteurs dans une émission de radio que j'écoute régulièrement, Plus on est de fous, plus on lit.  La plupart des auteur.e.s auquel on pose la question répondent que oui.  Alors, dans ce cas, les oeuvres des artistes que l'on ne peut moralement endosser, on en fait quoi?

Le hic, c'est que l'on peut avoir envie de passer un.e auteur.e dans le tordeur... sans que rien ne transparaisse dans son/ses oeuvres.  Avant ses commentaires transphobes, on connaissait avant tout les Harry Potter pour leur ouverture à la différence.  Et même avec ses commentaires transphobes, l'oeuvre n'a pas changé, elle porte toujours le même discours.  On n'avait juste pas remarqué l'angle mort de J.K. Rolwing dans ses livres, parce que ça n'y était pas.  Si on relit à la lumière de ses récents commentaires, ça nous sautera peut-être aux yeux, mais justement... l'aurait-on vu sans ça?

Puis-je continuer à me trémousser sur Thriller?  Parce que Michael Jackson a régulièrement été accusé de pédophilie.  Or, quelle pédophilie y-a-t-il dans ses oeuvres?  Ok, rien de contentieux dans Thriller, mais dans Billie Jean ou dans P.Y.T?  Là, il y a un flirt qui justement, hors-contexte ne transparaît pas.  On est loin des oeuvres de Gabriel Matzneff...  Mais ça reste là et une fois qu'on a ouvert les yeux, l'ignorer devient plus difficile.

On peut savoir que l'artiste est loin d'être au-dessus de tous reproches, mais quand même apprécier ses oeuvres.  On peut refuser de côtoyer des oeuvres quand ceux et celles qui les ont produites choque notre conception du monde.  J'ai cessé d'écouter les pièces des Piano Guys après leur performance à l'inauguration de Donald Trump... même s'ils ne l'avaient pas endossé, ni rien.  Parce que je ne pouvais juste pas.  J'ai mis longtemps à regarder leurs vidéoclips après ça.  Ils n'ont pourtant pas changé.  Mais ma perception d'eux oui.  Je ne peux pas entièrement l'oublier.  Ça reste comme une petit note discordante à toutes les oeuvres d'eux que j'écoute.

C'est sans doute pour ça que la question n'est pas si simple à répondre.  Parce qu'elle dépasse de loin l'oeuvre, la création et l'artiste.  L'oeuvre peut exister sans l'artiste, mais ne peut avoir été créée sans lui.  Et à partir de quoi créé l'artiste?  Sa propre vie.  Et c'est là tout le problème.

Je ne pense pas que la question sera jamais tranchée complètement, ni dans un sens, ni dans l'autre.  Parce que justement, ce n'est pas une question simple; elle mêle plusieurs couches de sens et de création, de ce que fait l'artiste quand il crée et de ce que reçoit la personne qui entre en contact avec son art.  Tout ça est beaucoup trop protéiforme pour être réduit à une question de oui ou de non on doit envoyer une oeuvre, quelle qu'elle soit, dans les limbes de l'oubli.

@+ Mariane

lundi 12 octobre 2020

Ça fait dix ans...

Salut!

Il y a dix ans, une idée n'arrêtait pas de me trotter dans la tête.  En fait, il y a dix ans, elle me tournait dans la tête depuis un moment.  Depuis que j'avais lu un article dans La Presse.  C'était une chronique de Chantal Guy, la chroniqueuse littéraire.  Le titre? Salutations d'une moldue.  Vous dire si ce texte m'a marquée est un euphémisme, même si je ne l'ai lu qu'une seule fois.

Parce que la chroniqueuse y parlait de livres et de littérature... différemment.  Ce n'était pas une critique ou une chronique sur un livre, mais ça parlait de littérature.  Ce n'était pas un texte savant, mais ça parlait d'un bouquin.  C'était joyeux, aérien, mais en même temps littéraire et bien tourné.  Ça parlait de Harry Potter, dont le dernier tome venait de sortir, de la part d'une non-lectrice de cette saga.  J'ai adoré cette chronique.  J'en aie lu d'autres de la même auteure.  Ça parlait de livres, de littératures, d'auteur.e.s, mais c'était moderne, accessible, ça allait jouer dans les plates-bandes de la culture au sens large, qu'elle reliait aux livres avec doigté, ça abordait des choses profondes et ça faisait rire.

C'était inspirant en un mot.

J'avais envie de faire quelque chose de semblable, envie de parler de livres, mais d'en parler en l'intégrant à autre chose de plus grand.  À l'époque, je participais à un forum littéraire de manière assez active.  J'aimais ça, mais je ressentais le besoin de plus, besoin que je n'arrivais pas à combler par le biais de ce média.  J'ai beaucoup hésité, vraiment beaucoup.  C'était à une époque où les blogues connaissaient une espèce d'âge d'or.  Pas mal tout le monde avait le sien.  Et je me suis dit: pourquoi pas moi?

C'est donc armée de cette envie que le samedi 9 octobre 2010, je me suis assise à mon ordi et j'ai commencé à pitonner sur mon clavier.  La preuve? J'ai déposé trois messages sur mon blogue ce jour-là...  Je ne l'ai jamais refait depuis!  Le blogue est devenu en dix ans un espace de création, de liberté, mais aussi d'apprentissage.  Écrire un blogue m'a permis de me rendre compte de mes manies d'écriture (ouais, j'essaie encore de les corriger!), d'apprendre à apprendre à être constante, à trouver de la suite dans mes idées et aussi à voir toutes les possibilités en toutes circonstances.  Et il s'en aie passé des choses dans ma vie en dix ans!  Le blogue n'a pas toujours été constant (le trou noir de 2017 en a été un exemple), mais il a toujours été dans mes pensées.  Il m'a parfois aidé, parfois été un fardeau, souvent une source de joie.  Et source aussi de beaucoup, beaucoup de belles rencontres.

J'ai toujours essayé d'être fidèle à l'esprit que m'avait insufflé ce texte sur les moldus au départ: parler de livres, parler de littérature, mais se détacher des carcans, des méthodes connues, des chemins déjà parcourus.  Partir d'un livre et en arriver à la société ou partir de la société pour en arriver à un livre.  En parler par la bande, parfois faire des liens avec l'actualité ou avec des mouvements plus profond.  Même si mon inspiration première est là, je dois avouer que le reste a beaucoup varié avec le temps.  J'ai appris mon art de blogueuse en bloguant.  J'ai aussi mis des critiques parce que j'ai toujours aimé parlé des livres que j'aime, même de ceux que j'aime moins.

Durant le confinement, j'ai écrit à Chantal Guy.  Elle avait dit qu'elle répondrait à toutes les personnes qui lui écrirait.  Je lui aie parlé de mon blogue, dit qu'il avait presque dix ans et que son inspiration me venait de cette fameuse chronique.  Elle m'a répondu!  J'étais très heureuse.  Malgré tout, en dix ans, j'ai pas mal gagné en confiance et en indépendance.  C'est ici mon blogue et c'est chez moi et je m'amuse maintenant à y mettre bien plus de choses que je n'avais pensé y mettre au départ!

Bref, à ce cher blogue: bon dixième anniversaire!

@+ Mariane

lundi 5 octobre 2020

Plaisir à calories vides

 Salut!

Plaisir coupable.  J'ai toujours détesté cette expression.  Tout simplement parce que rien ne me semble plus éloigné du plaisir que la culpabilité.  Si on se fait plaisir, on se fait plaisir, voilà tout!  Mais bon, l'expression existe.  Voyons, voyons.

Un plaisir coupable, ça se dit d'un plaisir qu'on s'offre en sachant très bien qu'il ne répond pas à tous les critères d'un «bon» plaisir.  Une poutine est un plaisir coupable parce qu'on sait très bien qu'on bouffe à ce moment-là beaucoup trop de gras, de sel et de calories.  Par contre, on le fait tout simplement parce que c'est un plaisir.  Gustatif dans ce cas.  Il peut aussi être moral: qui n'a jamais, un soir de déprime, dévoré une bonne poutine?  La poutine est un plat réconfortant.  Enfin, pour moi.  Pour une autre personne, ça peut être une énorme portion de gâteau au chocolat ou un sac de chips.  L'idée principale du plaisir coupable est de manger quelque chose que vous ne mangeriez pas dans d'autres circonstances, faisant de la dévoration de ce plat une exception, mais aussi une occasion spéciale, parce qu'il s'agit d'un plaisir dont ils ne faut pas abuser.  Personne ne parlera de plaisir coupable si vous dévorez un plat de céleri en bâtonnets...

Appliqué à la lecture, plaisir coupable ou lecture coupable pourrait se dire de livres que l'on lit pour se faire du bien en se disant bien qu'il vaudrait mieux ne pas les lire.  Mais pourquoi donc?  On peut très bien savoir qu'un produit est de qualité moindre au niveau littéraire, mais simplement apprécié le voyage dans ses pages.  Pourquoi faudrait-il au juste que toutes nos lectures soient aussi nourrissantes et saines qu'une soupe de légumineuses?  C'est bon une soupe de légumineuses, mais ne manger que ça finit par... user, fatiguer.  C'est très bon (vous ne connaissez pas ma minestrone!), mais en même temps, tout le monde approuve que vous mangiez une bonne soupe de légumineuse, on vous pousse à ça partout, c'est un plat approuvé, on vous félicitera bien plus d'avoir fait ce choix au restaurant que de prendre ces rouleaux de printemps si appétissants, mais oh combien frits.  Sauf qu'il y a un petit côté rebelle aux rouleaux de printemps que n'a pas la minestrone qui fait du bien.  On a besoin de variété dans nos assiettes autant que dans nos lectures.  Et d'être un tantinet réfractaire aux suggestions ambiantes fait autant de bien que de les suivre.

C'est sans doute pour ça que je suis fortement opposée à l'idée de plaisir coupable.  Ceci dit, je suis consciente que certaines de mes lectures ou certains des plats que je dévore pourraient être mieux.  Plus nourrissants, contenant plus de fibres et moins de sucre, plus de vitamines et moins de sel, plus de protéines et moins de gras.  Peut-être.  Mais quand même, ça fait du bien, une fois de temps en temps de tricher, de dévorer un truc hors-norme, pour le simple plaisir de le faire.  Faut pas se sentir coupable, faut juste être conscient: oui, c'est un plat ou un livre qui ne m'apportera pas le summum de l'alimentation, mais en même temps, sa dégustation m'apportera un véritable plaisir et une détente.  Ce plaisir me donnera le courage de me plonger dans un ouvrage plus complexe par la suite ou de cuisiner un plat plus nourrissant.  Une motivation aussi: comme on s'est accordé un plaisir, on peut se sentir mieux et plus apte à quelque chose de plus ardu.

Mais plaisir coupable, non.  J'aime mieux parler de plaisir à calories vides.  Ça n'apporte peut-être rien de concret autre que du plaisir, mais c'est aussi nécessaire que des vitamines pour continuer à grandir.

@+ Mariane

lundi 28 septembre 2020

Le rite sacrificiel

 Salut!

Quand on fréquente des écrivain.e.s, on apprend vite un terme qui est entouré à la fois de glamour, de sueur, de mystère et de souffrance: la direction littéraire ou si vous préférez, la dirlitt.  Tout ceux qui sont passé par là vous le dirons: c'est un passage obligé, souvent difficile, parfois une épreuve, mais quand on est passé par là, on est un vrai, on a fait ses classes, on a passé le test, réussi l'épreuve, on entre dans la cours des grands!

Quand j'ai commencé à écrire, il y avait une petite partie de moi qui avait hâte à l'épreuve, hâte d'avoir mon certificat, de réussir l'examen de passage.  Je savais que ce ne serait pas si facile.  Je me rappelle des commentaires: Ah mon dirlit m'a fait réécrire tout un passage, il m'a fait changé mon narrateur, elle m'a fait coupé deux personnages secondaires!  Moi, j'écoutais, un brin envieuse, un brin inquiète.  Mais intérieurement, j'avais l'enthousiasme d'une condamnée au sacrifice maya qui courait en haut de la pyramide se faire arracher le coeur sous le regard ébahi du grand prêtre.  Bref, j'étais plein de bonne volonté et un brin naïve.

Et puis sont venus les ateliers d'écriture.  Je suis allée au premier un brin timide, encore mal assurée dans les premiers pas que je faisais.  Naïve, surtout et avant tout.  On va retravailler un texte.  Ah, très bien que je me suis dit.  Dans ma tête, mon texte était une jolie maison.  J'avais longuement réfléchi à tout, choisi la couleur de la salle de bain, installé les rideaux dans la chambre du deuxième et réaligné le sofa selon l'angle le plus propice pour regarder le soleil couchant.  Je m'attendais à ce qu'on me demande de faire des changements.  Je savais que ça ne resterait pas ainsi.  J'étais prête à faire des rénovations, à changer bien des choses.  Mais l'animatrice de mon premier atelier a regardé mon texte et a déclaré d'un ton léger: «Ouin, faudrait élargir les fondations, mettre la salle de bain à la place du salon et enlever le deuxième étage.»  Dans mon coin de la salle, je suis restée complètement hébétée pendant quelques secondes, mon esprit pensant avant tout aux rideaux que j'avais installé dans la chambre du deuxième...  Ma jolie maison s'effondrait sous mes yeux et je regardais, trop secouée pour réagir, les ruines fumantes desquels mes partenaires d'atelier m'assuraient que je pourrais sortir un texte fort intéressant.  

La future sacrifiée est partie en courant dans la direction inverse...

Je pense que j'ai mis un sacré bout de temps à m'en remettre.  Cet atelier m'a vraiment sonné, très profondément.  J'ai complété le texte, tout le monde m'a fait des compliments, mais j'ai eu du mal pendant un bout de temps à le considérer comme mon texte.  Je repensais parfois à mon ancienne maison, si jolie.  Et puis, à force de rebâtir la nouvelle, en reprenant les mêmes matériaux, j'ai fini par réapprendre à l'aimer.  Oh, pas du jour au lendemain.  J'ai pesté contre le fait que je ne pouvais plus aligner le sofa pour voir le soleil couchant et je me suis parfois trompée de direction entre le salon et la salle de bain.  Mais petit à petit, à force de réécriture, j'ai réussi à retrouver ce qui était peut-être le plus important: l'ambiance du texte, l'atmosphère de ma maison, était encore là.  J'avais beau avoir tout réaménagé, il y avait toujours cette douleur que j'avais voulu inhérente à mon personnage principal qui restait là, tapie dans les ombres et les recoins de ma maison reconstruite.  Les jolis rideaux sont restés quelque part dans les décombres de l'ancienne par contre.

Ensuite est venu le processus de soumission, interminable attente où on lance une bouteille à la mer et où a le temps d'oublier qu'elle contenait une adresse de retour tellement ça fait longtemps qu'on l'a envoyé.  Est arrivé dans ma boîte courriel un petit message en août dernier qui m'a fait sauter au plafond.  Ma maison, retapée entièrement, avait effectivement plu à quelqu'un!  Dans mon petit coeur est cependant parti le compteur: tu vas devoir affronter la dirlitt cette fois...  Et déjà que l'atelier avait fait tellement mal!

Je me suis donc trémoussée sur ma chaise dans l'attente de la fameuse épreuve qu'il me manquait à mon tableau de chasse.  Ok, j'ai déjà publié un texte, il y a déjà mon nom sur une couverture de Solaris (sans faute dans mon nom, yé!), mais il me manquait le certificat.  J'attendais donc ma copie rougie de commentaires, de voir encore une fois ma maison réduite à un petit tas fumant et de devoir la reconstruire.  Sauf que... c'est pas arrivé.  

Mon directeur littéraire m'a rendu ma copie avec plein de commentaires sur la peinture et la décoration.  Il m'a aussi suggéré de changer l'orientation par rapport au soleil.  Tout s'est fait en douceur, sans douleur.  Bon, un petit peu de misère à ajuster les tableaux et les cadres de portes à certains endroits et je me suis un peu battue avec le papier peint dans certaines pièces, mais mon directeur littéraire est grimpé sur un escabeau pour m'aider à l'installer.  Les ombres n'ont pas changé, les recoins diffusent toujours ce que je voulais quand pour la première fois, j'ai sorti mon personnage de ma tête pour le mettre sur le papier.

C'est fini depuis la semaine dernière.

À lire dans Solaris en novembre 2020.

Et mon diplôme est enfin sur mon mur!

@+ Mariane

jeudi 24 septembre 2020

The Collegium Chronicles: Foundation de Mercedes Lackey

 The Collegium Chronicles  tome 1 Foundation  Mercedes Lackey  Daw Books  collection Fantasy  418 pages


Résumé:

Mags vit en esclavage, mais l'ignore.  Toute sa vie, il n'a connu que la mine, la faim et la brutalité de Maître Cole, le cruel propriétaire des lieux, qui malmène autant ses enfants que ses «ouvriers».  Le jour où un soldat vêtu de blanc l'arrache aux lieux pour le faire monter sur un cheval tout aussi blanc, Mags n'a aucune idée de combien son univers étroit va être bouleversé et combien lui-même aura bientôt un impact sur celui-ci.

Mon avis:

Pour moi, lire du Mercedes Lackey est comme lire un délicieux bonbon, mais je sais que là-dessus, mes goûts sont particuliers.  Ceci dit, ayant lu la majorité de son oeuvre, ses manies et ses retournements de situation me surprennent de moins en moins.  Ceci est l'une des dernières série situées dans son univers de Valdémar que je n'ai pas lu et ce n'est pas la meilleure.  Par contre, le plaisir reste là, ce qui va me pousser à continuer.

Je savais depuis longtemps que sa plume n'était pas exceptionnelle, mais n'ayant jamais lu l'oeuvre en version originale jusqu'ici, ça restait une question qui trottait dans mon esprit à savoir si c'était seulement la traduction qui empirait le tout ou non.  Réponse: non, ce n'est pas la traduction.  La plume de l'auteure est verbeuse et abuse des adverbes.  Par contre, son style simple et direct m'a plu pour sa facilité d'accès.  

Pour moi qui a lu plusieurs de ses oeuvres, je pouvais hocher la tête à certains moments du texte en me disant: ah oui, on est rendu là.  La trame de base est extrêmement semblable.  Ceci dit, Mags n'est ni Talia, ni Vanyel et encore moins Elspeth.  Propulsé dans un monde qu'il ne comprend pas, parlant avec un accent taillé au couteau dans un monde de raffinement (le texte original rend bien ses intonations rugueuse et son élocution traînante où il avale la moitié des syllabes), Mags comprendra qu'il peut enfin compter sur quelques personnes, malgré sa méfiance naturelle.  Sa relation avec Dallen, son Compagnon, est magnifique.  Tous les deux étant doué de Parler-par-l'Esprit (grosso modo, une forme de télépathie), leurs communications mentales sont à la base du récit, mais c'est surtout une forme d'union très particulière, une forme d'intimité qu'ils développent. Les autres personnages qui les entourent sont moins bien développés, mais restent crédibles.  Et le Héraut Jakyr pourrait bien revenir dans d'autres tomes.  Je l'ai bien aimé celui-là!

L'auteure ajoute une pierre à l'édifice de son oeuvre en posant cette opus dans une période charnière de l'histoire de Valdémar, à une époque où le Collégium des hérauts subit de profondes transformations, passant d'un système de mentorat à un système plus classique d'enseignement en classe.  Pour la fan de l'univers que je suis, ceci est un jalon manquant et je suis contente que l'auteure me raconte cette partie.  Mais reste qu'il faut être fan pour l'apprécier.

Ma note:3.75/5

mardi 22 septembre 2020

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 Voici un peu mon état mental de ce matin.  

Voyez-vous, il y a plusieurs années, lors de l'époque dorée où j'étais libraire, j'avais collaboré à une émission de télé communautaire (ne riez pas, ils faisaient de très belles choses!).  Quelque part, ça m'avait toujours manqué.  Oui, je blablate de livres ici, mais écrire sur des livres et parler de livres sont deux choses très différentes.  Ça m'a manqué de faire de la télévision.  C'était amateur, c'était fait assez rapidement, mais j'adorais ça.  Les archives de mes chroniques ont disparu de l'internet (si vous les retrouver, faites-moi signe!).  J'avais mis les liens sur ce blogue, mais bon, étant donné que ça avait disparu...

Mais voilà que début une émission littéraire radiophonique auquel plusieurs personnes que je connais bien participent...  J'ai écouté quelques épisodes et je me disais, ah oui, si moi je ferais des chroniques, je dirais ça ou ça ou ça. Ou ça.  Ou... Mariane, pourquoi tu ne t'essaierais pas?  J'ai demandé à un de mes amis comment contacter l'animatrice (merci à lui pour ses tuyaux!) et proposer mes services, offre qui a été, à ma plus grande joie, acceptée!

Alors voilà, j'aurais donc dorénavant une chronique à l'émission Bouquins & Confidences, diffusées sur les ondes de CKRL, les lundis de 18h30 à 20h.  J'ai moi-même choisi le sujet de ma chronique, soit les classiques.  Dans le cadre de cette chronique, je vais donc parler de livres publiés avant 1950, ce qui me donnent de vastes contrées à explorer, devant lesquelles je me sens comme un enfant devant un plat de bonbon se me demandant lequel choisir!  Ça permettra aussi de partager ma passion des vieux trucs, étant donné que mon penchant naturel à fouiller les racoins de la littérature.

Pour ma première chronique, c'est ici.  J'y parle des Contes des Frères Grimm.


Longue vie à cette émission!  Je suis toute excitée et je suis déjà en train de préparer la seconde chronique!

@+ Mariane