lundi 23 septembre 2019

Tsundoku

Salut!

C'est au hasard de deux articles (ici et ici) qui sont arrivés presque en même temps que j'ai appris l'existence de ce terme japonais: Tsundoku.  Je vous mets la définition de Wikipédia:

«Le terme tsundoku (積ん読?) désigne l'accumulation sous forme de piles de livres qui ne sont jamais lus1,2,3.
Le terme vient de l'argot japonais de l'ère Meiji (1868-1912)4. Il est issu de 積んでおく (tsunde-oku?pour désigner les tas de choses laissés pour une utilisation ultérieure) et 読書 (dokusho?lecture). Il est également utilisé pour désigner les livres prêts à être lus alors qu'ils sont sur une étagère. Tel qu'il est actuellement rédigé, le mot combine les kanjis pour désigner le fait d'accumuler () et de lire ().»
De un, vraiment, on trouve de tout dans les articles de Wikipédia.  De deux, les Japonais ont vraiment le sens de la formule!

Tsonduku donc...  Je connais des tas de lecteurs qui sont atteints de ce mal qui cause d'innombrables maux de dos lors des déménagements.  C'est le syndrome où les livres sont partout, dans tous les racoins de leur logis, envahissant le moindre espace où l'on peut caser un livre...

Mais c'est aussi l'orgie de dépenses quand on met le pied dans une librairie.  Combien de personnes ne sont pas capables de se retenir d'acheter un, deux trois, voir plus en mettant le pied dans leur antre favori ou dans un salon du livre?  Et on s'en vante sur les réseaux sociaux, photos à l'appui: Regardez ma récolte!  Ah, c'est trop cher, mais je ne pouvais pas résister!  Je vais avoir encore dix livres de plus dans ma PAL qui déborde déjà!

Je me rappelle une maison d'édition qui avait fait de ce genre de mentalité une campagne de pub, littéralement.  Évidemment, ce n'était que leurs auteur(e)s qui étaient mis en vedette, mais tout était là.  «Oh, ma PAL déborde, mais j'ai encore acheté cinq livres!»  «Je dois acheter une nouvelle bibliothèque pour tous mes livres!» «Mes loisirs, lire des livres, magasiner des livres, acheter des livres», etc.

La culture du tsonduku est envahissante et je suis la première à plaider coupable quand il s'agit de nommer le syndrome dont je suis atteinte.  J'ai 6 bibliothèques dans ma modeste demeure et toutes sont presque pleines.  Pourquoi presque?  Parce que je me soigne...  Maintenant, quand un livre est lu, je me demande sincèrement la question à savoir si ça vaut la peine de le garder.  Je fais une Marie Kondo de moi-même quoi!  Souvent, la réponse est non.  Il y a donc une pile de livres que j'accumule dans un coin qui disparaît quand je juge qu'elle commence à avoir trop de points en commun avec la tour de Pise.

Je suis rendue beaucoup plus prudentes avec mes achats.  Je privilégie des auteurs et des livres que je sais que je vais lire et garder sur le long terme.  J'ai même limité mon fouinage dans les livres usagés.  Et surtout, je m'efforce de lire les livres que j'ai accumulé, parfois depuis vraiment très très longtemps.  Ma PAL a donc légèrement diminué depuis quelques années et je crois même que d'ici une décennie ou deux, je devrais pouvoir retirer une bibliothèque de chez moi.  Mais pas avant.

En attendant, je siphonne les rayons de ma bibliothèque municipale de façon compulsive...  Non, ce n'est pas du tsundoku!  Je n'accumule rien!  Mais en terme de quantités de livres, ils sont toujours aussi envahissant! :P

@+ Mariane

jeudi 19 septembre 2019

Le vivre ensemble n'est pas un rince-bouche de Rachida Azdouz

Le vivre ensemble n'est pas un rince-bouche  Rachida Azdouz  Édito 205 pages


Résumé:
Vivre ensemble, un terme usé et sur-utilisé en nos années de débats identitaires.  Pourtant quel est le sens de ce mot?  L'auteure, elle-même issue de l'immigration, mais québécoise et fière de l'être, essaie de décortiquer les tenants et les aboutissants de ce terme galvaudé, sans prendre parti et sans condamner quiconque.

Mon avis:
Avouez que le titre donne envie de lire n'est-ce pas?  Les débats identitaires, pour passionnés qu'il soit, renvoie souvent les positions contraires dos à dos.  On se chicane, on se chamaille sur le sujet, mais au fond, on se parle et on se comprend bien peu.  L'auteure prend donc le temps de poser le sujet et de le définir. 

L'ensemble du livre est d'ailleurs un hommage au débat, dans le sens noble du terme: pas une foire d'empoigne où celui qui parle le plus fort l'emporte, mais une discussion de fond où les arguments prennent le dessus.  Un art qui, l'auteure le déplore, passe le plus souvent à la trappe.  Parce que, selon son analyse, c'est dans le débat que se trouve la source de l'avancement des idées, mais le débat n'est plus quelque chose qui fait sainement parti des discours publics actuels.

Dans ce livre, l'auteure passe au crible les différentes manières de penser le vivre ensemble.  Les modèles français, américains et britanniques sont ainsi décortiqués, démontrant leurs forces et leurs faiblesses.  Les tentatives de modèles québécois passe à la même moulinette.  Sa conclusions est à la fois révélatrice et frustrante: on a pas encore trouvé le bon modèle.  Tout au long du livre, elle renvoie dos à dos les tenants de toutes les positions, montrant que les arguments des uns et des autres peuvent se valoir ou ne sont que du vent.  C'est une des grandes frustrations de ce livre au final: si l'auteure dresse un excellent portrait de la situation, elle ne prend pas position, ni n'offre un appareil critique qui permettrait d'avancer.  Elle reste au niveau des anecdotes et des conclusions, sans aller plus loin.  On sort du livre avec plus de questions que de réponses.

Par contre, l'une de ses forces du livre est de nous mettre dans les souliers des immigrants.  Le discours étatique et ses contradictions, le discours sur l'importance du réseautage et ses limites, le discours sur l'intégration des politiciens et son clientélisme, tous passent au mixeur et nous donnent un peu mieux à voir le monde depuis les yeux de ceux qui ont choisis de s'installer ici.  Là réside d'ailleurs la grande force du livre.

Au final, on tourne la dernière page avec une certaine confusion.  Si le tour d'horizon est complet, la volonté de l'auteure de ne pas être réduite à une position l'empêche aussi d'aller plus loin dans sa réflexion.  On se retrouve donc avec beaucoup d'idées, mais ni solution, ni appareil critique pour aller plus loin.  Ce n'est pas un gâchis, mais c'est une occasion ratée.

Ma note: 4/5

lundi 16 septembre 2019

Envoye, embarque!

Salut!

J'ai une voiture.  Oui, je suis une atroce pollueuse.  Je me le redit souvent quand je fais le plein à la pompe.  J'y peux rien par contre, pour l'instant du moins, mon travail exige que je puisse faire beaucoup de route (c'est très pratique pour les livres audios!), alors je rêve d'une hybride en attendant de pouvoir faire mieux.

Cependant, avoir une voiture a un effet secondaire: c'est souvent moi qui conduit.  Alors, je propose régulièrement le covoiturage à tous vents, à tout plein de monde.  J'ai donc eu sur le siège du passager ou sur la banquette arrière, au fil des années, une psychologue, une historienne, une comptable, un physicien, une notaire, une étudiante en lettres, une autre en études asiatiques, un amateur de jeux de table, un microbiologiste, plusieurs ingénieurs, un éducateur spécialisé, une écrivaine gagnante de plein de prix littéraires, une personne transgenre, un amateur d'histoires judiciaires, une vétérinaire, une étudiante en gestion, plusieurs adorables gamins, au moins une enseignante et une Prix Nobel.  Bon, ok, c'est une blague pour le Prix Nobel, je voulais juste voir si vous alliez lire jusqu'au bout.

Bref, j'ai lifté bien du monde, que ce soit prévu longtemps à l'avance ou que ce soit impromptu, j'ai transporté bien des gens sur des kilomètres, aux quatre coins du Québec et sous bien des conditions climatiques.  À date, tout le monde a survécu!  (Y'a juste ma meilleure amie qui a peur de ma conduite).  Cela m'a par contre amené à constaté une chose bien simple: une fois les portes fermées, une voiture est comme un aquarium.  On en est prisonnier, pour quelques minutes ou quelques heures.  On peut allumer la radio et écouter la musique, mais c'est bien plus le fun de profiter de ce temps pour jaser.

J'ai appris beaucoup de choses en jasant avec les gens assis dans ma voiture, sur eux, sur leurs métiers, sur leurs vies.  J'ai eu des confidences, de bonnes séances de fous rires, des conversations profondes, des séances de niaiseries.  Avoir des gens avec soit, sans possibilité d'aller ailleurs ou de se sauver pendant plusieurs heures, pousse souvent les gens à aborder des sujets plus profonds, moins superficiels.  On a le temps après tout!  On peut parler de livres, de séries télés, de politique, de gens qu'on connaît, de choses plus personnelles.

Moi, j'ai les yeux fixés sur la route.  Je ne peux pas prendre de notes, je ne peux souvent pas tourner la tête pour regarder la personne qui parle, j'ai les deux mains sur le volant, mais j'écoute.  Avec le temps, j'ai constaté que j'aime bien ça.  Parce que ça en apprend beaucoup sur la vie, sur les gens.  Parce que j'observe même si je ne regarde pas et que parfois les intonations de voix, les sujets choisis, les silences et les commentaires anodins sont aussi instructifs que les longs discours.  On est confrontée à d'autres manières de voir le monde, de voir la vie, d'autres points de vues sur certaines événements, mais surtout, on a le temps.  Le temps de connaître les arguments en faveur ou en défaveur du sujet, le temps de comprendre les nuances.  Le temps de comprendre les gens, plus en profondeurs.

Je fais ça depuis des années et je me rends compte à quel point cela m'a appris des choses sur la nature humaine, sur comment pensent les gens.  En bien et en mal, mais surtout en nuances.  Depuis que j'écris, je me rends compte à quel point ça m'a nourri depuis le temps.  Parce que quand je pense aux comportements de mes personnages, ils se nourrissent beaucoup de ces petits riens que j'ai glané dans mes conversations avec mes passagers.  Ces petits riens, que sans ces trajets, je n'aurais jamais remarqués.

Alors, ne soyez pas surpris si un jour vous avez besoin d'un lift et que je vous lance un joyeux: «Envoye, embarque!».  Je cherche autant à profiter de votre présence pour jaser et nourrir mon imaginaire qu'à vous rendre service.  Et à diminuer l'empreinte carbone de ma voiture....

@+ Mariane

jeudi 12 septembre 2019

Écrire et publier au Québec: Les littérature de l'imaginaire de Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau

Écrire et publier au Québec: Les littératures de l'imaginaires  Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau  Collection Légion des Brumes  Les six brumes  279 pages


Résumé:
Vous êtes un auteur, ou du moins, vous souhaitez le devenir.  Vous trippez sur les littératures de l'imaginaire, dévorant séries de science-fiction, de fantasy et de fantastique à la chaîne.  Vous voulez publier.  Que faire?  Où allez?  Comment faire?  Voici donc un guide qui vous offre des réponses à ces questions et à quelques autres importantes à se poser!

Mon avis:
Critiquer ce livre est un peu particulier parce que... j'y aie collaboré.  Ça date d'il y a quelques années, mais j'avais reçu une série de courriel me demandant mon opinion sur différents sujets lié au milieu du livre.  D'ailleurs, il y a une citation de moi à la page 271!  Ceci dit, je n'avais eu qu'une vague idée de ce que donnerait le projet final, n'ayant pas participé à sa rédaction.  C'est donc avec plaisir que je l'ai lu.  Je n'ai par contre pas un oeil totalement neutre sur ce livre.

À titre de lectrice, j'ai beaucoup apprécié ma lecture.  Le style adopté par les auteurs est simple, accessible, tout en étant concret et non dépourvu d'une touche d'humour bienvenue.  Le livre fait un tour d'horizon complet du milieu des littératures de l'imaginaire au Québec et du processus de publication.  Je suis d'accord avec la vaste majorité de ce qui y est avancé, même si j'aurais volontiers étoffé et nuancé la partie sur les librairies (on sort la fille de la librairie, mais pas la librairie de la fille!).  J'ai confirmé plusieurs éléments que je connaissais déjà et j'ai appris certaines choses (le chapitre sur les contrats de publications et l'aspect plus juridique sont très pertinents).  Une bonne partie du livre a été pour moi une révision, mais une révision en profondeur et bien vulgarisée.

Bon, étant donné que je connais plusieurs des collaborateurs et déjà pas mal de monde du milieu, j'ai eu l'impression à quelques reprises de savoir de qui on parlait quand on citait anonymement des collaborateurs.  Intéressant exercice, mais bon, c'était plus pour mon plaisir personnel qu'autre chose...

Je le répète, je ne suis pas totalement objective envers ce livre, mais je le recommande à quiconque souhaiterait publier des littératures de l'imaginaire au Québec.  Il fait un excellent tour d'horizon pour les néophytes, les amateurs et les curieux.

Ma note: 4.5/5

P.S. Je confesse avoir éclaté de rire à la lecture de certains conseils: pour publier, faites-vous connaître, aller parler aux gens sans nécessairement vouloir leur vendre quelque chose, fréquentez les salons du livre et les événements littéraires!  Non, non, je n'ai rien fait de tout ça :p

lundi 9 septembre 2019

Du pain et des séries télés

Salut!

Depuis un certain temps, j'observe le web et je constate un phénomène intéressant, quoique inquiétant: les fans.  De séries télés, de films, de mangas et de bien d'autres choses.  Les gens se regroupent sur Internet, à l'affût du moindre spoilers sur le film ou la série télé qui va bientôt sortir.  Ils se perdent en conjonctures, en supputations, en folles théories sur ce qui va advenir de leurs héros et héroïnes favoris.  Et quand un nouveau film/épisode/livre sort qui ne correspond pas à leurs désirs sort, c'est la déferlante: Twitter et Facebook se gorgent de message de haine et les créateurs passent à la version réseaux sociaux du tabassage en règle.  Que d'énergie les fans mettent-ils dans ces fictions!

Pendant ce temps, nos écosystèmes meurent à cause de nos habitudes de vies, nos gouvernements prennent des décisions qui ne sont pas toujours dans l'intérêt commun, des entreprises font des affaires pas super catholique/anglicane/musulmane/hindouiste/ou/ce/que/vous/voulez/d'autre, des milliers d'êtres humains meurent dans l'indifférence à cause de guerres sans fin...  mais on voudra absolument comprendre comment les scénaristes ont pu rater à ce point la fin de Games of thrones.

Panem et circenses.  Dans la Rome antique, c'est ainsi que l'on dénonçait la politique de certains empereurs de nourrir le peuple et de le divertir pour le détourner des questions importantes, mais aussi plus exigeantes.  On fournissait au peuple du pain et des jeux du cirque et il se tenait tranquille.  Marvel et le cirque romain, même combat?  C'est très réducteur que de dire ça, mais...

Mais, c'est justement ça, il y a des liens.  Ce n'est plus le pouvoir qui organise le divertissement des masses, mais avouez qu'il doit y avoir quelques politiciens qui apprécient vraiment le fait que les gens soient plus préoccupés de la sortie du nouveau Star Wars que de leur projet de loi!  Ce n'est peut-être pas le fait d'une volonté de détourner les gens de la politique, mais l'effet reste quand même présent.

On dirait que c'est devenu plus important de se divertir que de s'informer.  Personne ne sourcille devant le prix d'un billet de cinéma, mais on renâcle devant le prix d'un journal.  Pourtant, le journal, c'est souvent le lien qui nous relie au monde, à l'information nécessaire pour le comprendre, en suivre les dossiers, les enjeux, tout ce qui a un impact sur notre vie réelle.  Beaucoup qu'un film auquel on consacrera deux heures et qu'ensuite, qu'on oubliera parfois en sortant.  Même si on l'a attendu impatiemment durant des mois.

Il faut le dire, les experts en marketing font des pieds et des mains pour entretenir cette passion des fans.  On nous distille de petits bouts de films parfois même chaque jour pendant des semaines, on multiplie les bandes-annonces, les conférences de presse où tout le monde fait semblant de se retenir de parler pour mieux laisser un petit morceau d'information tomber, presque par inadvertance...  Toute cette énergie, toute cette passion, est alors centrée vers le divertissement plutôt que vers le reste de la vie.

Et il faut le dire, le reste de la vie, si on le compare, c'est plutôt fade à comparer.  Il n'y a pas de grand méchant à vaincre à la fin, il n'est même pas sûr qu'on va vaincre.  Le combat sera rude dans certains dossiers et il demandera un très grand engagement.  Parlez-en aux militants, peu importe la cause!  Faire bouger les choses peu demander des années, des décennies parfois, avant de voir un changement.  La satisfaction du divertissement est à comparer immédiate, facile, hyper-accessible... et surtout, elle ne demande aucun engagement sur le long terme.  On aime pas ce film?  On ferme la télé, c'est tout.

Évidemment, tout n'est pas si noir, une grande quantité d'individus sont engagés dans une grande variété de causes et ce quelque soit le nombre de séries télés fascinantes qui puissent exister.  N'empêche, je ne peux m'empêcher de penser que Netflix et Disney sont peut-être les formes modernes des fameux jeux du cirque romain..

@+ Mariane

jeudi 5 septembre 2019

La mémoire du lac de Joël Champetier

La mémoire du lac  Joël Champetier  Sextant  Québec-Amérique 297 pages


Résumé:
Daniel Verret n'est pas un homme chanceux.  Il y a d'abord eu cet accident, alors qu'il était pompier volontaire: une tige de fer lui a traversé le crâne, provoquant d'étranges amnésies sur son passé.  Puis, dix ans plus tard, l'accident sur le lac Témiscamingue, qui a vu mourir noyé ses deux enfants.  Depuis, suivi par une psychiatre, il essaie de recoudre le fil de sa vie.  Sauf que le fou du village, un gars étrange, le suit partout en disant: «Daniel, le lac attend...»

Mon avis:
Je suis pas convaincue disons.  La forme adoptée par l'auteur est assez éclaté.  Il y a de larges ellipses, certains événements ne sont pas traités dans l'ordre chronologique et évidemment, il y a un certain fond de confusion dû à l'état psychologique et neurologique du narrateur (et dans certains cas éthylique).  Je crois que c'est avec ce manque de clarté que j'ai le plus de mal.  Non pas que ce soit une mauvaise idée en soi ou que c'est un mauvais processus narratif, mais j'ai eu beaucoup de mal avec cette façon de faire durant ma lecture.

Il y a aussi que le personnage principal est dur à s'attacher.  Et ce ne sont pas que ses problèmes psychiatriques ou neurologiques qui sont en causent.  Il a une façon d'aborder la vie qui le rend très froid, détaché.  Le fait que le narrateur soit aligné sur lui renforce cette impression de froideur.  On a beau être dans sa tête, on est pas tant que ça dans ses émotions et c'est impossible qu'il n'aie pas d'émotions suite aux drames qu'il vit.  La perte de deux enfants, ça doit être un choc brutal, mais après leur mort, les deux enfants disparaissent de ses pensées.  Il n'y pense juste plus.  Et j'ai trouvé ça perturbant.

J'ai vu plusieurs éléments après que l'auteur les aies expliqués dans le texte.  Je voyais qu'il avait mis des indices pour expliquer certains éléments, mais ça ne coulait pas comme tel.  Je ne pense pas ici qu'il s'agit d'erreurs comme tel, mais juste du métier qui rentre pour un auteur.  Le genre de l'horreur a ses propres codes qu'il faut apprivoiser pour les utiliser avec talent (et encore, je en suis pas une fan d'horreur!).

Ça reste un bon roman, mais je regrette que la partie fantastique/horreur soit très concentrée dans le troisième acte, ce qui fait un peu plaqué.  Les allusions aux mythes algonquins et à la sorcellerie sont glaçants, mais ils arrivent bien tard dans l'histoire.  La partie la plus intéressante du livre commence pourtant au moment où ces éléments entrent vraiment en ligne de compte, le reste constituant une longue introduction servant à mettre en place le décor.  Une très très longue introduction.

Reste que l'écriture est forte, puissante et qu'elle charme immédiatement.  Et il y a le lac Témiscamingue, personnage en soi dans l'histoire, inquiétant, mystérieux, puissant et grandiose.  Juste pour ça, le roman vaut largement la peine d'être lu.

Ma note: 3.5/5

lundi 2 septembre 2019

Grand défi de la littérature québécoise 2018-2019: Bilan, coups de coeur et nuances

Salut!

Il y a un an, je me relançais dans l'enthousiasme dans le Grand défi de la littérature québécoise, version 2018-2019.  J'avais déjà fait part dans mon billet d'il y a un an de certaines réserves que j'avais par rapport aux catégories et j'avais détaillé les principes qui allaient me guider dans ce nouveau défi.  Donc, par rapport à cet aspect:

De un: prévoir surtout des lectures qui me tentent, d'abord et avant tout.
C'est sûr qu'avec un tel défi, ce n'est pas toujours évident de privilégier le plaisir, mais j'avoue avoir volontairement mis de côté plusieurs livres que je trouvais trop plate.  Ça a fait baisser ma PAL.  Entre autre!

De deux: répartir les lectures plates sur l'ensemble du défi.
Ça, j'ai travaillé dur là-dessus, surtout en faisant en sorte de livre les trucs qui me tentaient moins (la poésie???) en début de défi.  Pari réussi de ce côté-là!

De trois: ne pas viser tous les bonus
(Sifflements...)

De quatre: moins de pression...
Je n'ai pas pu m'en empêcher.  Je carbure aux défis.  Alors, j'ai doublé l'objectif à la mi-année.  Ce qui fait que le dernier quart du défi a été plus difficile (et explique l'échec du point 3).

De cinq: j'ai quelques réserves sur certaines catégories qui devraient à mon avis être incluses dans le défi et qui n'y sont pas.  Défi personnel: trouver des livres qui y correspondent et les lire!
Réalisé en partie.  J'aurais voulu lire un livre écrit par un québécois dans une autre langue que le français, mais de un, le livre que j'avais réservé à la bibliothèque écrit à l'origine en innu (Je suis une maudite sauvagesse de An Antane Kapesh) n'est jamais arrivé et la réédition est sortie à la mi-août, donc, je n'ai pas eu le temps de le lire.  Et puis, lire en anglais, même si ça reste un défi que je me lance, risque de prendre un certain temps.  Donc, exit cet aspect.  Par contre, du côté des littératures autochtones, j'ai fait plusieurs magnifiques découvertes!

Bilan général:
Ce genre de défi sert à nous sortir de nos pantoufles littéraires, à explorer et à découvrir.  De ce côté-là, aucun problème.  Parce que justement, ça m'a poussé à la fois à lire de nouveaux livres, des auteurs que je ne connaissais pas, mais aussi fouiner dans ma PAL pour en sortir des trésors cachées et enfin lire des livres que j'avais noté il y a des années.  Dans tous les cas, beaucoup de positif.

Une constatation?  La littérature québécoise est beaucoup plus vaste, riche, variée et couvre tous les champs du possible que ne le laisse croire les palmarès.  On a absolument rien à envier aux autres scènes littéraires!  Par contre, les publications en grand volume sont centrées sur un certain genre qui plaît au grand public.  Il faut aller chercher ailleurs pour trouver son bonheur et oui, ça demande parfois quelques recherches.

Coups de coeur:
Beaucoup de livres l'ont frôlé le coup de coeur!  Mais six élus en sont des vrais!
S'enfuir de Guy Delisle
Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier
Arvida de Samuel Archibald
La femmes aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Chroniques sauvages: Teshkan de François Lapierre
Ashini d'Yves Thériault

Parmi les non-coups de coeur à retenir, il y a le superbe Manikanetish de Naomi Fontaine, La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen et Ça sent le swing d'Enzo.

J'ai aussi exploré des livres qui trônaient dans ma bibliothèque depuis longtemps, entre autre la trilogie de La suite du temps de Daniel Sernine (il était temps que je la lise!) et la quadralogie des Fleurs du roi de Julie Martel.  Les défis sont utiles pour explorer la PAL!

Il y a une poignée de livres que je n'ai pas critiqué, pour diverses raisons.  La grande majorité des livres ont eu droit à une critique (ou en auront une!)

 Nuances:
Si jamais le défi revenait, je risque de ne pas rempiler pour une troisième fois.  Pas qu'il ne soit pas intéressant en lui-même.  Deux choses me poussent à dire ça.

Le premier: c'est long un défi d'un an!  Et c'est très exigeant parce que j'ai mis de côté toutes les autres lectures que j'aurais pu faire (mais j'ai pris beaucoup de notes!).  La littérature québécoise est certes riche à souhait, mais j'ai plusieurs volumes de littérature étrangère qui me font de l'oeil depuis un moment maintenant.  On va continuer à combiner mon amour des deux sur le long terme.

Le deuxième: ça tiens plus à l'organisation du défi.  Certes, il y a une page FB pour que les différentes participants puissent partager leur expérience, mais elle manque cruellement d'animation.  J'ai eu l'impression de faire le défi un peu toute seule dans mon coin.  Et même si ça m'a apporté beaucoup, c'est lourd de faire ça seule.  J'aurais aussi aimé avoir plus de différences dans le tableau de pointage par rapport à la précédente édition, mais j'ai eu l'impression que certaines choses dans le défi étaient coulées dans le béton et n'allaient pas évoluer si une troisième édition devait avoir lieu un jour.  Tout ça me pousse à dire que ce sera sans doute ma dernière participation.  Je crois par contre beaucoup au potentiel de ce genre de défi.  J'ai proposé à l'organisateur de le reprendre, mais il a décliné ma proposition.

Voici les tableaux excel complet de mes lectures du défi: 



293 points au final, je suis contente!

@+ Mariane