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lundi 26 novembre 2018

La réalité parfois plus folle que la fiction

Salut!

Une fois, en écoutant Patrick Senécal en entrevue à Tout le monde en parle, je l'ai entendu faire un commentaire sur le fait que les lecteurs ont des limites à accepter que certaines choses puissent bel et bien faire partie de la réalité.  Même si l'invraisemblable est parfois arrivé, il expliquait qu'avec les Malphas, il avait créer un univers tellement gros qu'il avait pu faire passer des choses qu'autrement, il n'aurait pas pu.  Bon, ok, la dose de gros dans cette série est particulièrement élevée, mais ça fait qu'on est capable d'accepter certaines choses qu'autrement, on aurait certainement pas pu.

Pourtant, il n'y a qu'à consulter les rubriques faits divers et les livres des records Guiness pour constater que le monde est encore plus bizarre qu'on ne le pense.  Et que bien des choses qui seraient pour nous totalement invraisemblables font partie de la vie quotidienne et banale de certaines personnes.  Comme cette femme qui adore bouffer de la mousse de rembourrage de divan...  Ça me semble trop gros pour être vrai et je ne suis pas sûre de la crédibilité de la source, mais avouez que ça fait de la bonne télé-réalité!

Mais si on mettait un personnage qui fait exactement la même chose dans un roman... les gens vont décrocher!  À moins que le cadre ne s'y prête, à moins que ça ne soit logique dans l'histoire, mais si on est dans le mode à moindrement réaliste...  Va vraiment falloir que l'auteur(e) se lève de bonne heure pour que ça passe!  Sinon, on se dira que cette partie de l'histoire est arrangée avec le gars des vues, qu'une telle chose est impossible.  On refermera le livre en se disant, mais ils exagèrent ces auteurs!

Et pourtant...  Si c'est bien fait, ça passe.  Même l'invraisemblable, même l'impossible, ça peut passer si ça fait partie d'une bonne histoire.  Si on l'enveloppe bien, si on le présente bien, si ça ne sort pas trop d'un chapeau, si ça correspond à la logique de l'histoire... Ben, oui, ça peut passer.  Pas toujours, mais ça peut passer.  Ça reste difficile, parce que ça dépend de ce qu'on présente et de la manière dont on le présente. Sauf que...

Avouez que vous avez déjà entendu parler d'une histoire tellement folle qu'elle a l'air invraisemblable, même si elle est vraie.  (Tsé, comme la fois où les Écossais ont perdu les joyaux de la couronne...)  Ce genre d'histoire aura toujours le dessus sur la réalité parce que dans ce cas, il n'y a pas de trucages, pas d'astuces, pas d'emballage, il y a juste une histoire, trop incroyable pour être vraie, mais quand même réelle.  Et ça, il n'y a aucune fiction pour la battre.  Par contre, la fiction est excellente pour l'utiliser, cette histoire!

Combien de roman sont basés sur une anecdote, combien de films se sont inspirés d'événements réels, relatant un événement invraisemblable, mais qui est bel et bien arrivé dans la vraie vie.  Même si après ça les scénaristes ou les romanciers en rajoute une couche épaisse comme ça se peut pas, on les croira, tout simplement parce que ça contient une part de vérité.  Parce que ça part de la vraie vie, tout devient possible.  Y'a pas meilleur moyen pour en passer des vertes et des pas mûres!

@+ Mariane

mardi 9 octobre 2018

Compter, calculer l'art

Salut!

Récemment, j'ai vu et entendu beaucoup de débats sur la parité, sur l'inclusion, sur les minorités.  Souvent, les tenants de l'inclusion sortent les statistiques et les calculatrices pour expliquer que le problème n'est pas toujours au fil d'arrivée, mais bien à la ligne de départ: s'il y a moins de candidates aux élections, c'est un peu normal qu'il y ait moins de députées au parlement.  S'il y a moins d'étudiantes en science, c'est normal qu'il y aie moins de professeures dans le domaine.  On pourrait multiplier les exemples.  Je pourrais aussi reprendre les mêmes en changeant le terme femme par membre des minorités visibles ou sexuelles.  Le problème est souvent à la base.

Dans le domaine des arts, c'est un peu la même chose.  On remarque que les femmes et les membres des minorités ont moins de rôles ou des rôles moins importants dans les séries télé et les films.  On remarque que les chances d'une réalisatrice de porter son projet à l'écran sont moindres.  On remarque que les scénaristes féminines sont moins nombreuses au générique.  Sauf que dans le domaine des arts, le problème n'est pas vraiment à la base: on se bouscule souvent au portillon pour entrer.

Comment on le sait?  Parce que les gens ont des calculatrices et des statistiques pour le prouver!  Sauf que là, on en vient à un total oxymore: l'art et les calculs, c'est deux trucs complètement séparés!  Ça ne marche pas ensemble!  On peut pas créer une oeuvre d'art avec des calculs, avec des règles, avec des exigences comme ça!  Si vous penser vraiment ceci, je vous invite à jeter un coup d'oeil à ceci ou encore à cela.  Ou encore à penser aux nombreux artistes peintres de la Renaissance comme Léonard de Vinci qui ont cherché la perfection à travers de savants calculs.  Son homme de Vitruve en est un exemple.  Oui, mais ça, c'est dans l'art visuel, c'est pas la même chose, dans la littérature!  Hum, hum...  Vous avez déjà lu des sonnets quelqu'un?  Si non, je persiste à croire que vous pensez que les gens qui en écrivaient ne savaient pas compter...  J'ose aussi croire que vous n'avez jamais entendu parler du mouvement Oulipo qui faisait des contraintes dans l'art une de leurs motivations et faisaient travailler côte à côte littéraire et mathématicien...  Je pourrais multiplier les exemples dans tous les domaines des arts, mais je crois que le coeur du problème, ce n'est pas nécessairement les maths et les arts.  C'est sur quoi porte des calculs qui semblent bien davantage causer problème.

Parce que si on expose un malaise, mais qu'il n'est pas chiffré, ça reste un malaise.  Ça reste une impression, ça reste quelque chose de subjectif.  Et c'est dur de se battre sur quelque chose de subjectif.  Parce que cela peut énormément varier selon les personnes, ce qui est le propre de toutes les choses qui sont subjectives.  Quand on sort les calculatrices et les statistiques, on sort de la subjection pour montrer que celle-ci n'est pas basé sur rien et que oui, c'est vrai.  Et ça, honnêtement, ça peut faire très très mal.  Mal aux personnes qui n'ont pas de problèmes avec la situation, mal avec ceux qui la trouvent normales et qui y trouve leur compte.  Mal parce que de mettre des chiffres sur un problème, au-delà des belles paroles, ça pousse les gens à faire quelque chose de très inconfortable, voir de confrontant: se remettre en question.

Depuis quelques années fleurissent sur Internet une pléthore de tests visant justement à mettre des chiffres et des mots sur ces exemples.  Le plus populaire reste sans conteste le test de Bechdel.  Si vous ne le connaissez pas, le voici en version simple: l'oeuvre doit contenir deux personnages féminins qui ont un nom, qui doivent se parler au moins une fois et d'autre chose que d'un homme.  Ce test, comme tous les tests qui existent pour parler de sous-représentation des femmes, des minorités ou d'autres formes de sous-représentations sont bien évidemment imparfaits.  Il suffirait de mettre deux infirmières qui se demandent dans quel sens va le bateau dans un film de guerre pour passer le test...  Mais il permet de pointer du doigt certains faits qui peuvent être malaisant à constater.  J'ai adoré le film The King's speech.  C'est un excellent film.  J'ai compté cinq autres personnages féminins nommés dedans (Élizabeth la Duchesse d'York, les petites Élizabeth et Margaret, Myrtler Logue et Wallis Simpson), mais j'ai dû chercher pour être capable de trouver une réplique qui lui permet de passer le test.  J'ai fini par trouver, mais c'est surprenant de voir à quel point le film accorde peu d'espace à ses personnages féminins, malgré la place importante réservée à Helena Bonham Carter.  À part quelques brèves scènes, tout au long du film, elle ne parle qu'à des hommes.  Maintenant, je vais essayer de trouver un seul film ou une seule oeuvre littéraire grand public qui ne met pas en scène deux personnages masculins qui ont un prénom et qui parle d'autres choses que des femmes ne serait-ce que brièvement...  Ok, attendez un peu, je vais chercher...

L'aurais-je remarqué sans le Test Bechdel?  Sans doute non.  Certes, quand on a un instrument pour mesurer, soudain, beaucoup de choses qui était invisible deviennent visibles.  Et soudain, on ne peut plus faire comme si ça n'existait pas, on ne peut plus les ignorer bêtement comme si c'était juste une perception.  On a des faits.  Les faits sont toujours plus difficile à balayer du revers de la main que les perceptions parce qu'ils ne sont pas subjectifs, mais bien objectifs.  Avec les faits suivent pas très loin les remises en question et là, on entre dans un domaine qui peut être source de beaucoup, beaucoup d'inconfort.  En premier lieu pour les personnes qui ne sont pas concernées directement par le problème ou qui bénéficient de la situation actuelle.  Dans ce cas, il est plus facile de dénoncer les torts du test ou le messager que la situation qui est à l'origine du test ou de la parole du messager...

J'ai récemment vu passer beaucoup de commentaires sur le sujet.  On ne peut pas renvoyer l'art à des calculs!  On ne peut pas obliger les créateurs à faire des pièces en utilisant des grilles pour avoir le bon nombre de femmes, de minorités visibles et sexuelles, de ci ou de ça.  Les détracteurs refusent tout net!  On parle de détruire l'art comme si c'était quelque chose que l'on peut détruire si facilement ou encore de voir celle-ci réduite à de la peinture à numéro!  (J'avoue que celle-là je l'ai trouvé drôle!).  Quand j'entends ce genre de plaintes, je ne peux m'empêcher de penser aux innombrables contraintes qui pèsent sur l'art.  Est-ce que l'inclusion est pire que les demandes d'une maison d'édition face aux textes d'un auteur qui débute, d'une maison de production face à un scénario, des contraintes de temps et d'espace d'un film, sans parler du sempiternel budget?  Les gens râlent mais ne disant pas que c'est en train de réduire l'art à de la peinture à numéro...  Ce merveilleux billet de Fanny Britt résume d'ailleurs mieux que je ne le peux mon opinion sur le sujet.

De un, l'art, justement parce que c'est de l'art, ne sera jamais parfait, ni parfaitement représentatif, ni parfaitement inclusif, ni parfaitement misogyne ou raciste ou homo/transphobe.  C'est justement le propre de l'art d'être au-delà de tout ça.  Mais l'art part des artistes et c'est justement ça qui est visé: en parlant des problèmes de représentation, on veut faire réfléchir les artistes.  S'ils ne veulent rien savoir et bien... qu'ils n'en fassent rien!  Le hic, c'est que plus de gens réfléchissent, plus de gens sont sensibles et plus de gens risquent de voir ce manque d'inclusion.  Parce que les normes sociales sont en constantes évolutions et peu importe ce que certains en disent ou en pensent, l'art est quelque chose qui se bâtit dans un contexte socio-culturel précis.  Toujours.

De deux, aucun créateur, je dis bien aucun, n'a envie de créer avec un cahier de charge inclusif à côté de son clavier.  Mais de se remettre en question, de se demander pourquoi tel ou tel personnage est un homme, pourquoi?  Pourquoi est-ce que je n'ai aucun personnage gay ou trans, ou déficient intellectuel dans mon histoire?  Si ce n'est pas nécessaire, on peut sauter, mais sans ça, pourquoi j'ai le réflexe de mettre un homme blanc hétéro dans ce rôle de façon presque automatique?  Certains artistes refuseront tout net les compromissions.  D'autres y verront une nouvelle manière d'aborder leur art et un milliers de portes ouvertes devant eux.  Ça dépend de chaque personne, de sa vision de l'art et de son rapport avec la création.  Si la vague est si forte dans le sens de l'inclusion aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'elle a poussé dans un autre sens pendant longtemps: les ressacs font partie du principe des vagues...

Je n'ai pas trop de craintes face aux gens qui disent que l'on ne pourra plus créer parce qu'il va falloir tout calculer comme représentation.  Les chances qu'on arrive là sont très faibles.  La seule chose qui m'effraie dans cette vision, c'est qu'un jour, le fait de remplir toutes les petites cases deviennent LE critère qui permettra de juger de la qualité d'une oeuvre.  Je doute qu'on en arrive là un jour, mais alors et seulement, alors, on pourra dire que l'on a dépassé les bornes.  En attendant, laissons un peu de place à l'inclusion et à la diversité.  Après tout, c'est en repoussant les limites du connus que l'art a toujours grandi.

@+ Mariane

lundi 1 octobre 2018

Cette idée brillante qui change la base

Salut!

Récemment, j'ai regardé un film, Un raccourci dans le temps.  À un moment dans le film, quand il est venu le temps d'expliquer qui est l'antagoniste, appelé le Ça (très original!) on le présente comme étant une force négative, noire qui veut dévorer l'univers.  C'est sa nature, donc, forcément, c'est son but!  Les trois héros de l'histoire sont donc par défaut considérés comme des «bons» qui sont en lutte contre des «méchants».  En regardant le film, j'ai tiqué un peu.  Certes, je comprends que dans toute bonne histoire, il faut un antagoniste pour que l'histoire ait de l'intérêt, mais présenter systématiquement les héros comme étant des bons et l'autre côté des méchants de façon essentialiste commence à me taper un peu sur les nerfs.

Et ça me rappelle cet extrait du premier film de la série Harry Potter où Voldemort et Harry se rencontrent pour la première fois.  Voldemort dit alors: «Il n'y a ni bien ni mal, il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour le rechercher».  Ce n'est pas dans le livre, mais cela résume très bien le personnage de Voldemort: quelqu'un pour qui la fin justifie les moyens, peut importe les conséquences.  Ce n'est donc pas un personnage «mauvais» par essence.  Il l'est par ses actions et par les conséquences qui découlent de celles-ci.  Ce qu'il recherche, c'est le pouvoir et il est prêt à employer tous les moyens nécessaires pour y arriver.

Dans le cinquième film (et aussi dans le cinquième livre), Harry s'inquiète du fait qu'il ressemble énormément à Voldemort: leur histoire a beaucoup de points communs, leurs caractères sont semblables, etc.  Il en parle à Sirius qui lui dit grosso modo qu'il y a le bien en nous et le mal en nous et que c'est un choix de montrer la lumière ou l'ombre de ce que nous sommes.  Voldemort a choisit de montrer sa part d'ombre, Harry, on l'espère à ce moment, choisira la lumière.  Le point que je retiens est cette idée: on est pas bon ou mauvais à la base: ce qui nous fera passer dans un camp ou dans l'autre, ce sont nos choix.

Souvent, dans les récits de fiction, le méchant est entièrement méchant: il/elle est laid(e), alcoolique ou drogué(e) ou trop beau/belle pour être vrai (tentant comme une magnifique pomme dans un pommier...  Adam et Ève, ça vous dit quelque chose?).  Il/Elle est le repoussoir, il/Elle est exactement ce que l'on ne veut pas devenir, il/elle est l'ennemi(e) à abattre et rien ne peut le sauver parce que dès le départ, c'est un méchant(e).  Il/Elle a certes des forces et des faiblesses, mais tout dans son parcours le prépare à être le méchant(e).  Il/Elle en est souvent conscient(e) et souvent, se sent bien dans cette situation d'être le/la méchant(e) de service.

On ne peut nier que Voldemort a choisi de briser tous les tabous et toutes les règles, ni que ses actions ont des conséquences négatives atroces.  Cependant, il ne le fait pas dans le but de devenir le méchant, mais plutôt d'atteindre son but personnel: le pouvoir.  S'il devient le méchant, l'antagoniste de l'histoire, c'est que ses buts sont contrariés par les héros qui cherchent autre chose.  Ils ne cherchent pas le pouvoir contrairement à lui, mais veulent l'empêcher de l'obtenir.  Si l'histoire était écrite du point de vue de Voldemort, Harry serait le méchant de l'histoire.

Et bien voilà, c'est cette idée que je trouve brillante: on est pas méchant par essence, on l'est par nos actions, nos choix et nos décisions.  Ce qui signifie que le mal n'est pas quelque chose à combattre à l'extérieur de nous, mais bien à l'intérieur de nous.  Au lieu de considérer le mal comme un ennemi à abattre et qu'une fois vaincu, tout ira bien, on doit le regarder comme faisant partie de nous et comme quelque chose qui existera toujours.  Il fait garder un équilibre entre les deux et l'équilibre n'est jamais acquis: il faut se battre pour le maintenir.

On peut résumer ça par une histoire :

«Un soir, un vieux sage indien parla à son petit-fils du combat qui a lieu à l'intérieur des hommes. Il lui dit : " Mon fils, le combat a lieu entre deux loups qui sont en nous.

L'un d'entre eux est le Mal, il est colère, méchanceté, envie, jalousie, avidité, arrogance, mensonges, orgueil, supériorité et ego.


L'autre est le Bien, il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et confiance."


Le petit-fils songa durant un instant, puis demanda à son grand-père : "Lequel des deux loup gagne ? "


Le vieux sage répondit simplement : " Celui que tu nourris»


@+ Mariane

lundi 17 septembre 2018

Ah, faut que je te raconte cette histoire-là!

Salut!

Adolescente, je me rappelle qu'une amie de la famille avait raconté un accident de voiture qui lui était arrivé quelques années auparavant.  Elle avait vraiment le don de raconter!  Elle nous a décrit les tonneaux effectués par la voiture, les yeux ronds, en tournant son index devant elle pour mimer les mouvements de l'auto et en disant: «Je voyais le ciel, la terre, le ciel, la terre».  Bon, c'est sûr que de la raconter comme ça n'a pas le même effet, mais à l'époque, avec son ton et les expressions de son visage, on était tous pliés en deux.  La preuve, vingt ans après, je revois encore son expression, son index qui fait des ronds en l'air et j'en ris encore toute seule!  Après la fin de son histoire, elle a pris une mine triste et a ajouté: «Ok, là je la raconte et tout le monde rit, mais dans le fond, quand c'est arrivé, c'était pas drôle.»

Seulement voilà, ça faisait des années qu'elle la racontait cette histoire.  À la force, elle avait fini par adopter des mots, des expressions de visage, des formulation, des intonations, qui avaient transformé une histoire pas drôle du tout en histoire désopilante.  Bien sûr, elle avait sûrement oublié des détails avec les années et d'autres avaient grossis.  Elle racontait le même événement, mais elle l'avait tellement raconté qu'en-dehors des événements réels qui ont eu lieu, une histoire personnelle était devenue une histoire en soi.

Le même genre de chose arrive à tout le monde.  On a tous une histoire qu'on a tellement raconté souvent qu'on finit par la raconter pratiquement de la même façon à chaque fois.  Personnellement, c'est l'histoire de la première cuite de mon frère que je raconte encore et encore (sans rancune Frérot!).  Je l'ai tellement raconté cette histoire qu'à la longue, je la raconte presque par coeur!  D'ailleurs, ça me fera un plaisir de vous la conter si on se croise un jour...

Collectivement, on finit par avoir tout pleins d'histoire de ce genre, avec une façon de raconter qui nous ressemble.  Au Québec, si on vous dit, c'est l'histoire d'un gars, vous savez qu'on va vous raconter quelque chose chose, peut-être que ce sera vrai, peut-être pas, mais la chute risque d'être drôle!  Non, non, attendez, il faut le dire correctement.  Sortez votre accent québécois du fin fond de la campagne et dites: «Eune foi, s'té gârs...»  On le sait instinctivement.  Tout comme on s'attend à ce que la personne qui raconte utilise un certain vocabulaire, un certain rythme dans sa façon de raconter, un certain nombre d'effets, en paroles ou en expressions du visage, pour souligner un rebondissement de l'histoire, ou sa chute.  Tout ça fait autant partie du récit que les mots qui servent à les raconter.  Raconter ça à un Français fraîchement débarqué et il n'en comprendra pas les codes...

Autrefois, ces histoires étaient encore plus fortes, surtout avant que l'écrit ne soit devenu courant.  Les histoires qui étaient racontées de générations en générations étaient importantes et formaient la toile de fond de l'imaginaire.  Que les histoires soient racontées autour du feu, à côté du poêle ou avant que les enfants ne s'endorment, qu'ils aient une valeur morale ou de pur divertissement, ces histoires avaient toutes un petit fond de vérité quelque part.  Elles partaient d'un événement, puis les gens racontaient l'histoire, en oubliait un détail, en ajoutait un autre pour ajouter au côté dramatique ou comique et ainsi naissait ce qu'aujourd'hui on appelle une tradition orale.  Et c'est ainsi que pendant longtemps, avant l'apparition de l'écrit, la mémoire des faits passés se transmettait.

J'ai été à une exposition l'été dernier qui parlait de l'expédition Franklin au Musée canadien de l'histoire.  Dans un coin, on pouvait écouter un Inuit raconter une histoire qui était transmise de génération en génération concernant la visite du premier Européen moderne dans le Grand  nord Canadien, soit celle de Martin Frobisher, en... 1578.  Certains détails étaient très précis et c'était surprenant de constater à quel point ces histoires, du genre de celles que l'on se raconte le soir avant d'aller dormir, pouvait être porteuse de sens et de mémoire.  Et dans ma tête est surgie cette histoire, racontée par une amie de la famille, quand je ne devais avoir que quinze ans.  Cela faisant des années, mais mon souvenir était encore vif.  Je me suis alors dit que ces histoires racontées de génération en génération, elles existent encore, elles se perpétuent encore, parce qu'on sait encore les raconter, parce que la structure qui permet de les raconter, est encore là.  Elles le sont avec moins de force, parce qu'elles sont concurrencées par tant d'autres façons de raconter des histoires.   Mais, la trame de fond, elle, elle reste.

@+! Mariane

lundi 10 septembre 2018

Tannée des années 60...

Salut!

Quand je regarde les films marquants des dernières années au Québec, il me semble qu'ils ont souvent un point en commun: ils se passent dans les années 60 ou encore dans les années 70.  Comme si ces deux décennies, certes marquantes de l'histoire du Québec contemporain, n'en finissaient plus de nourrir encore projection et idées.   C.R.A.Z.Y. se déroulaient à cette époque.  Sorti cette année, Les rois mongols aussi.  La Passion d'Augustine il y a trois ans également.  Bon an mal an, il y a chaque année un film qui parle des années 60 qui débarque sur les écrans.

Mais ce n'est pas que ça.  C'est l'avalanche de documentaires sur cette période qui reviennent années après année.  2017 a constitué un record par son nombre de cinquantièmes célébrés.  Le moindre événement s'y étant déroulé a droit au tapis rouge pour sa commémoration et les héros de cette époque ont droit aux honneurs quand ils passent l'arme à gauche.  Cela m'avait frappée au moment de la mort de Jean Béliveau.  On aurait dit que les bulletins d'information et le contenu des médias avaient été tapissés à ses couleurs pendant trois jours avec reportages à l'appui et commentaires des animateurs radios à l'avenant.  La couverture médiatique de ce décès avait été intense.  Quelques mois plus tard, un comédien qui a marqué ma jeunesse, Hugo St-Cyr, est mort d'un cancer.  Il y a eu une brève mention dans la chronique culturelle.  Peut-être au bulletin de nouvelles, mais je n'en suis même pas sûre.  La différence de traitement m'a révoltée.

Héros des années 1960, soyez assurés que vous ferez les grands titres.  Certes, votre génération a fait bouger les choses, vous avez été nombreux à en faire des grandes, mais le problème c'est que vous n'êtes pas les seuls.  Combien de films ont été faits sur le référendum de 1980, alors même que le tissu narratif est des plus riches?  Combien sur celui de 1995?  Combien de films sur le verglas?  Ou tout simplement, combien évoquent les décennies 1980 et 1990?  À l'exception notable des films de Riccardo Troggi, les nostalgiques de ces décennies n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent.  Et pourtant...

J'ai abordé le sujet avec mes parents.  Ils m'ont répondu quelque chose du genre: «Tu n'as pas connu cette époque-là, ce grand chamboulement.  IL y avait une énergie à l'époque qui était incomparable.  C'est dur à comprendre pour quelqu'un qui ne l'a pas vécu.»  C'est vrai.   Je ne l'ai pas vécu.  J'ai étudié ces années-là en cours d'histoire, mais je n'aie pas vécu la chape de plomb qui a précédé, ni le grand déblocage qu'ils ont constitué.  C'est un mythe pour moi, un mythe porteur, mais comme tous les mythes, cette décennie appartient au passé, à l'histoire, pas au présent.  Et moi je vis au présent.  Je suis une fille des années 80, qui a grandi dans les années 90 et qui a émergé au monde dans les années 2000.

Il s'en est passé des choses.  Autant, que dans les années 60.  D'une manière différente, avec d'autres événements, d'autres personnes, mais il s'en est passé.  Ce ne sont pas des décennies drabes.  Elles sont aussi flamboyantes que les années 60.  Si vous pensez aux vêtements de l'époque, et que vous vous dites, c'est pas comparable!, je vous invite à faire des recherches sur les coupes de cheveux et les épaulettes du début des années 80 ou la mode du fluo dans les années 90...  L'informatique grand public est né dans les années 80, les vidéoclips ont débarqué dans les années 80, l'internet est arrivé dans les années 90, pour ne nommer que ces exemples!  Simplement, on dirait que les cinéastes et les scénaristes sont encore peuplées de gens ayant vécu leur enfance deux décennies avant moi.  Il est un peu normal pour eux de retourner à leurs racines.  Ce ne sont pas les miennes.  Je ne m'y retrouve pas.

Quand j'ai vu le film Dédé à travers les brumes, j'ai eu comme une sorte de révélation.  Je me retrouvais dans ce film.  C'était mon adolescence, ma jeunesse, c'était la musique, la pub, les vêtements, les expression, l'allure, le ton d'une époque.  L'énergie aussi.  C'était, sans doute pour une rare fois, un film québécois dans lequel je me retrouvais.  J'ai mis du temps à mettre la main sur le DVD, mais depuis, je regarde le film au moins une fois par année.

Par la suite, j'ai commencé à remarquer le nombre de livres qui se publiaient sur des artistes ou de politiciens qui ont fait carrière durant les fameuses sixties.  Nommez-les tous, à tour de rôles, ils ont ont pondu leur ouvrage.  Je n'ai rien contre ce fait et j'avoue que bien des personnalités plus jeunes ne méritent pas nécessairement une biographie tout de suite, mais tout de même, le clivage est important.  On dirait que l'on retourne toujours à cette décennie, mais elle est terminée depuis 50 ans...

Il faudrait arrêter de nourrir notre imaginaire collectif majoritairement sur les années 1960.  C'était une période marquante, mais elle est terminée.  Beaucoup d'événements plus récents ont plus d'impacts sur notre vie quotidienne que les décisions prises dans les années 60, mais on dirait que collectivement, nous sommes incapables de s'affranchir de cette décennie.  Mais il faudrait bien le faire un jour, on ne peut pas toujours vivre dans le passé.  Aller plonger dans les décennies qui ont suivi pourraient aussi, collectivement, nous faire comprendre que notre société n'est plus du tout au même point qu'il y a 50 ans et que ce ne devrait plus nécessairement être le seul point de repère culturel.  Je crois sincèrement que sur ce point, les livres et les films peuvent vraiment aider à comprendre et à avancer.  Le discours que l'on fait sur notre passé éclaire souvent la vision que l'on a de notre présent.  Alors arrêtons bon sang de croire que tout été fait avant 1980!

@+! Mariane

lundi 20 août 2018

Homo Homini Lupus est

Salut!

Cette phrase est une citation latine que nous a souvent dit notre père, à Frérot et à moi.  Mon père a fait son cours classique à l'époque où faire des études supérieures signifiait se frotter au latin et au grec.  Il nous a souvent régalé d'histoires de la période de ses études, ainsi que de citations grecques et latines.  Ces citations sont un régal pour se faire l'oreille à la petite musique d'une autre langue, mais aussi pour accéder à une sagesse datant d'une autre époque.

Traduite en français, la phrase dit littéralement, L'homme est un loup pour l'homme, ce qui peut être interprété par L'homme est le pire ennemi de l'homme.  Par cette phrase, son auteur voulait dire que l'être humain, par son essence, était aussi son pire ennemi, de lui-même, mais aussi de ses semblables.  Quand on regarde tout au long de l'histoire de l'humanité, on ne peut s'empêcher de se dire qu'il n'avait pas tort.  Massacres, guerres, meurtres, viols, mutilations, esclavage, vols, la trame des événements parle de violence, parle de tout le mal que peuvent se faire des êtres humains entre eux.  Quand on regarde les livres d'histoires, le sang coule à chaque chapitre...

C'est comme quand on se fait raconter une histoire.  Souvent, ce qui nous accroche, les grands moments, sont ceux d'affrontements: c'est la confrontation finale au tribunal dans le film, c'est la scène de bataille dans la série télé, c'est la dispute violente entre les amoureux dans un Harlequin: ce sont ces moments qui marquent, ceux que l'on retient ceux dont on reparle en sortant du cinéma ou en fermant le bouquin.  L'Histoire étant avant tout la suite de multiples histoires que se rappelle les humains sur leur passé, il est normal que les événements dont on garde le plus la mémoire soient ceux-là: on garde la mémoire des événements qui marquent.  Et bien souvent, les événements qui marquent font suite à un conflit.

Le conflit...  Dans la fiction, c'est un outil précieux.  Le conflit fait avancer un récit.  C'est parce que nous voulons que nos personnages préférés gagnent que l'on suit leurs aventures.  C'est parce qu'ils ont des ennemis et vivent des épreuves que l'on s'accroche à leurs histoires.  C'est parce qu'il y a de la tension que l'on ne lâche pas le livre ou la télé et qu'on reste bien assis sur son siège au cinéma.  Le conflit crée tout ça.

Sauf que... le conflit n'est pas tout.  S'il y a un conflit, il y a aussi, pas très loin, de la collaboration.  S'il y a une guerre, il y aura des soldats qui feront front commun et iront se battre ensemble.  Ils collaborent.  S'il y a une révolte contre un gouvernement oppressif, personne dans son coin ne vaincra.  Les gens vont se rassembler pour lutter.  Ils collaborent.  Si on veut construire une cathédrale ou un château, il faut que les gens travaillent ensemble.  Ils collaborent.  Si une catastrophe naturelle survient, il y aura toujours quelqu'un pour chercher dans les décombres voir s'il reste des survivants, au lieu que tous prennent leurs jambes à leurs cous.  Les gens collaborent.

La vérité est que même si nos livres d'Histoire sont remplis de conflits, ils sont aussi remplis d'histoires d'alliance, de buts communs, de collaboration et d'entraide.  Il ne s'agit pas que de combattre, il s'agit aussi de travailler ensemble pour améliorer la vie de la majorité.

Sauf qu'il faut bien le dire, la collaboration n'est pas ce qui fait les meilleures histoires.  Elles en font de bonnes certes, mais leurs récits sont moins prenants, moins enlevant.  Il peut y avoir des conflits au sein des collaborations, mais moins que si un ennemi est clair et précis et qu'on mobilise nos énergies pour lutter contre celui-ci.  Cependant, mine de rien, l'histoire de l'humanité est bien plus fait de collaboration que de conflits.  Simplement, collaborer fait moins de bruit.

En ce sens, l'homme est bien un loup pour l'homme.  Parce que comme les loups, les humains ont compris depuis longtemps que de chasser en équipe est plus efficace que de chasser seul.

@+ Mariane

lundi 6 août 2018

Pourquoi toujours une prostituée?

Salut!

À force d'écouter la télévision, de regarder des films et de lire des romans, peu importe le genre et peu importe l'époque où a lieu le récit, je me rends compte que presque tout le temps, partout, il y a un personnage qui revient tout le temps: celui de la prostituée.  La fameuse prostituée.  Qu'elle soit chic, le fasse à cause de la pauvreté, par choix, qu'elle soit belle ou non, qu'elle aie un rôle principal ou secondaire, voir même de pure figuration, rare sont les oeuvres de fiction qui ne fassent pas le détour par cette case.

Quand j'ai entendu parler du dernier film de Denys Arcand, j'ai soupiré en entendant le rôle qu'il réservait à l'animatrice et chroniqueuse Maripier Morin.  Encore une prostituée!  Dans l'histoire qu'il raconte, c'est éminemment justifiable: son personnage principal entre en possession d'une grosse somme d'argent qu'il ne peut dépenser ouvertement pour ne pas se faire repérer, mais il est très parlant que la seule dépense d'importance qu'il s'accorde est justement de payer pour des services sexuels.  Avec une très jolie femme, clairement identifiée comme l'escorte la plus chère en ville.  Certes l'éventail des possibilités dans sa situation est limité, mais pourtant, l'absence de réactions face à son choix me semble parlant: aucun des commentaires que j'ai lu ou entendu sur le sujet ne soulevait la moindre objection.  En somme, c'était normal, circuler!  Sans entrer dans un débat sur la moralité ou l'absence de moralité du personnage masculin et sur son choix, je trouve que le scénariste a suivi une ligne facile dans l'esprit de beaucoup de membres de notre société et a renforcé cette idée par le fait même: la sexualité d'une femme peut être à vendre et l'argent peut y donner accès.

La première fois que cela m'avait frappée, c'est dans une série télévisée, Défiance, une série post-apocalyptique où suite à une invasion, les humains ont appris à cohabiter en relative harmonie avec une alliance de races extra-terrestres.  L'un des personnages durant la saison 1 est la tenancière du bordel local.  Le personnage n'est pas du genre à se laisser parler sur les pieds, elle sait s'imposer si le besoin est et qui défend les femmes qui travaillent pour elle avec aplomb.  Pas une femme soumise donc.  Mais néanmoins une femme à la sexualité disponible moyennant finance.  Encore.  Une autre...  Encore là, ça peut se justifier avec le contexte et le personnage en lui-même n'a aucun problème avec la façon dont elle gagne sa vie.  Néanmoins, je dois avouer que ça reste dans le domaine du cliché et toutes les situations qui en découlent reste à l'avenant.  C'est comme si on avait mis ce personnage-là pour créer une cascades de situations bien connues, confortables pour l'auditeur, plutôt que de chercher à créer du nouveau.  On est pourtant dans un contexte de science-fiction...

D'autant plus que hé, bien, comment dire...  Ce sont presque toujours des femmes qui incarnent ces personnages?  Pensez à la prostitution que vous avez vu dans la fiction et demandez-vous, sincèrement, combien de personnage de prostitué vous avez vu.  Et si votre regard a oublié de remarqué que je n'ai volontairement pas mis de e suite à prostitué dans ma dernière phrase, c'est une preuve que notre regard est grandement habitué à voir ce métier au féminin... et sa clientèle masculine.  Poser la question, c'est y répondre: nommez-moi tous les personnages féminins que vous connaissez qui exercent ce métier dans la fiction.  Nommez-moi maintenant les personnages masculins pratiquant la même profession...  Vous constatez une différence?

C'est là que l'on entre dans le domaine du cliché si bien implanté qu'il en devient invisible.  On est habitué à ce cliché, on le connaît et il est utile en fiction parce qu'il permet de paramétrer certains détails de l'histoire sans avoir à faire beaucoup de mises en contexte.  Vous ajoutez un détail et on fait de cette femme un personnage prisonnier de sa condition à cause de sa pauvreté.  Pouf un autre et elle devient une femme de luxe.  Dans tous les cas ou presque, dans la fiction, sauf si elle est contrainte, la femme fait ce métier par choix et y prend du plaisir.  Ce qui n'est loin d'être systématique dans la réalité.

Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tous les tenants et les aboutissants du travail du sexe: c'est ce qu'il représente dans la fiction.  Parce que c'est omniprésent dans énormément d’œuvres, avec à côté, le cliché de la strip-teaseuse.  Est-ce que parce que la personnage qui écrit ce genre de personnages est plus souvent... un homme?  Peut-être!  Mais ce n'est pas exclusif.  Il y a plus à chercher du côté de ce que cela représente que de qui l'a écrit.

Que représente la prostituée?  Il y a à la fois, la disponibilité, la facilité et la fascination.  Mais aussi un côté à la fois de mépris et de dégoût.  C'est pour ce mélange que la prostituée ne peut être interchangeable avec une femme à la sexualité libérée: il y a une différence entre un service reçu contre rémunération et une relation entamée sur la base de désirs réciproques. De plus, le catalogue des situations qui peuvent être utilisées avec ce genre de personnages est particulièrement bien garni.  Bourrés de clichés, mais bien garni.  C'est facile à utiliser, c'est facile à comprendre pour le lecteur ou la lectrice et ça résonne très loin dans notre psyché.

Peut-être trop loin, c'est ça le problème.  Dans cette facilité qui est à la fois un préjugé, un fantasme et un élément de rejet.  L'utiliser et le sur-utiliser réactualise sans cesse de vieilles idées sur la sexualité respective des hommes et des femmes.  C'est pourquoi son abondance dans les œuvres de fiction me dérange.  Pas que je plaide pour les en faire disparaître, ce serait de la censure et il faut l'avouer, ça reste un type de personnage que l'on peut légitimement utiliser.  Non, je pense qu'il faudrait juste remettre en question son usage tellement courant qu'il en est invisible et se demander si c'est bien nécessaire à chaque fois.

@+ Mariane

lundi 23 juillet 2018

Démêler la fiction de la fiction

Salut!

Au tournant des années 2000, j'étais une grande fan de la série X-Files.  Je suivais avec attention les aventures de Mulder et Scully, me délectais des intrigues de la conspiration et de toute l'énergie qu'ils mettaient à la combattre.  Ce n'est que depuis quelques années qu'en y repensant, j'éprouve un malaise.  Je suivais cette émission avec attention en sachant très bien que c'était une fiction, mais quelque part, il me semble que l'insistance de la série à dire que le gouvernement est corrompu ou manipulé que la réalité n'est pas ce qu'elle semble être, a fini par ne plus être que de la fiction pour certaines personnes.  Le slogan de la série, La vérité est ailleurs, le résume bien.

Quand j'y repense, l'idée est partout dans la culture populaire américaine.  De façon pas toujours directe, mais elle est là.  C'est comme ce personnage dans le deuxième Transformers qui lance à Sam Witwicky «On nous ment!» à son arrivée à sa résidence étudiante.  Ce type de personnage revient souvent.  Il est souvent présenté comme un peu foufou, mais au final, c'est lui (oui, plus souvent lui que elle et je ne me rappelle pas d'exemple ou en plus, il n'était pas blanc) qui a raison au final.  J'avoue que ce genre de ressort dramatique est extrêmement intéressant à utiliser, mais il est aussi dangereux: si c'est toujours ce personnage qui a raison, pourquoi n'aurait-il pas aussi raison dans la vraie vie?

Seulement voilà, dans la vraie vie, l'hypothèse la plus farfelue est rarement la vraie.  Et si je ne nie pas que le contenu du bulletin d'information comporte une bonne part de relations publiques, de langue de bois de politicien/nes et même parfois, de mensonges, il y a loin de la coupe aux lèvres en disant que nous sommes manipulés par une organisation supranationale toute puissante devant lequel les gouvernements sont à genoux et qui collaborent avec des sociétés mystiques ou des extraterrestres.  Le seul hic, c'est qu'à force d'enfoncer le clou dans la fiction, on dirait que certaines personnes ne savent plus comment distinguer la fiction de la réalité...

Post-vérité a été le mot de l'année 2016 selon le dictionnaire Oxford.  Rien d'étonnant quand on connaît le discours qui a mené le candidat républicain dans le bureau ovale d'où il ne cesse depuis de contourner, manipuler et détourner les faits.  Mais surtout, il tient un discours semblable à celui de bien des films et des séries télés.  La vérité est ailleurs après tout.  Ses discours reprennent, parfois sans les nommer, des éléments qui ont fait le succès de nos soirées télés.  Et pour cause, ces fictions se sont largement inspirés des théories du complots qui fleurissaient allègrement avant l'internet, mais qui avec son développement, sont carrément devenus encore plus envahissantes que des pissenlits au printemps!  En passant par la fiction grand public, on leur a donné une légitimité et un écho qu'elle n'aurait jamais eu autrement.

Or, cela reste de la fiction non?  Et bien, pas toujours et c'est ça le problème.  Je me rappelle avoir lu un article sur les théories de la conspiration écrite par une journaliste.  Celle-ci racontait qu'elle pensait que ce n'était que du vent jusqu'à ce qu'elle parle à des citoyens d'autres pays.  Ceux-ci étaient des partisans fervents des théories du complots parce que...  et bien ce n'en était pas.  Ce gouvernement renversé par son propre peuple l'avait-il était pour cette raison?  Ou bien était-ce la CIA qui...  Prenez des dizaines d'exemple, dans des dizaines de pays et demandez-vous ensuite, pourquoi les États-Unis, le chef-lieu de toutes ces opérations, serait épargné?

Le problème dans tout ça, c'est que le terrain pour que les théories de la conspiration, fertile depuis des années, même avant le web, culmine à une époque où l'on a également jamais autant eu accès à l'information et à l'information de qualité.  Pensez-y, on a Wikipédia, toutes les banques de données universitaires et je ne sais pas trop combien de sites de données fiables, des archives et ça c'est sans compter tous les efforts de vulgarisation qui sont faits depuis des années.

Seulement voilà, la fiction a tissé une trame, une trame qui fonde la vie de bien des gens.  Si on ne m'avait pas appris avant de m'asseoir devant X-files que c'était de la télé et que c'était arrangé avec le gars des vues, si ma famille ne m'avait pas dotée d'esprit critique, aurais-je pu faire la différence?  Je me pose sérieusement la question.

La fiction sert à élargir le monde pas à le rétrécir.  La fiction sert à tester des possibles, à explorer des sentiments et à découvrir de nouveaux univers.  Entre les théories de conspiration et la fiction à la X-files, il y a tout un monde.  L'un détourne le réel, l'autre s'amuse avec lui.  Mais la fiction n'est pas la réalité.  Les théories de conspirations non plus et leur but est très éloigné de celui de la fiction.  Néanmoins, celle-ci reste la meilleure arme de l'humanité face à la réalité.  L'imagination et la créativité sont les enfants de la fiction.  Ce sont elles qui nous ont permis d'envoyer un petit robot se promener sur une autre planète, mais bien avant d'y aller, de s'imaginer, d'avoir penser que ce serait possible et de créer tout le nécessaire pour pouvoir le faire.  La fiction au service de la réalité est merveilleuse, mais la réalité au service de la fiction mène au contraire.  Car après tout, à la base de beaucoup de grandes erreurs de l'humanité, il y avait quelqu'un qui a laissé son imagination et les idées qu'elles entraînent prendre le pas sur la réalité.  Surtout quand ça concernait d'autres humains.

@+ Mariane

lundi 9 juillet 2018

Le mythe de l'homme d'affaire

Salut à tous!

Petite constatation: j'ai récemment vu la série Iron Fist sur Netflix (bof, bof!), mettant en vedette un xième héros de bande dessinée issu de l'univers Marvel.  Celui-ci, Danny Rand, est l'héritier d'un empire financier valant des milliards de dollars, rentrant au bercail après avoir été déclaré mort dans un accident d'avion avec ses parents alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années.  Les premiers épisodes racontent les difficultés de son retour et surtout à se faire reconnaître de son entourage.  Sauf que même pas dix minutes après le début de l'épisode, les ressemblances avec le Batman de Christopher Nolan me paraissaient juste trop énormes pour passer inaperçu: parents morts dans sa jeunesse, disparition des radars pendant de nombreuses années, héritage d'une entreprise valant des sommes folles, etc, la liste était longue.  Certes, les deux personnages sont différents, surtout par leur caractère (et pas à l'avantage de Danny Rand!), mais le truc qui m'a chicoté ensuite c'était leur point commun: chef d'entreprise.

Minute, minute, minute! On en est rendu là?  À une époque, la personne qui détenait du pouvoir, qui était reconnu, c'était le chef de l'état non?  Le roi, le prince, le général, ceux-là étaient les bons, les leaders, les chefs.  Ceux-là étaient les personnes dignes d'admiration, les modèles.  Ou les méchants totalement repoussoirs.  Pourtant, dans la fiction contemporaine, les exemples pullulent de personnages qui sont avant tout définis par leurs réussites dans le milieu des affaires, qu'ils aient créé leur propre entreprise ou qu'il en aient hérité.  Les leaders politiques?  On les représente souvent comme étant déconnectés ou corrompus, alors que les hommes d'affaires, même s'ils n'ont de comptes à rendre à personne ou peut-être parce qu'ils n'ont de comptes à rendre à personnes prennent le haut du pavé.  Des exemples?  Iron Man quelqu'un?  Ça ne vous rappelle rien?  C'est pourtant l'archétype du multimilliardaire, un brin narcissique et égocentrique qui n'hésite pas à étaler fortune et réussite autour de lui.  On insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'il soit riche et hommes d'affaires.  Idem pour Bruce Wayne, l'alter ego de Batman.  En dehors des supers-héros?  Le nom de Christian Grey vous dit quelque chose?  Et je ne parle même pas des multiples films, séries télés ou livres dans lequel un personnage secondaires est un riche homme d'affaire.  Rarement une femme, mais ça peut arriver.

Et les méchants?  Les James Bond depuis les années 1990 ont mis en vedette un certain nombre de gens d'affaires corrompus en vilain dans leur film, l'un des plus marquants étant certainement Elliott Carver dans Demain ne meurt jamais.  Un autre exemple est  Richmond Valentine du film Kingsmen: Services secrets.  Leur point commun? Mégalomanie, volonté de dominer le monde... et utilisation de toutes leurs ressources, financières et techniques, pour atteindre leurs buts.  C'est souvent exagéré et caricatural, mais reste que l'on est passé du méchant chef d'un état à un méchant qui n'est pas lié à une structure étatique, mais international, qui s'infiltre partout, se glisse partout et est au fond... très proche de nous.

Tous ces personnages nous emmènent dans un univers feutrés de bureaux en hauts de grands édifices, de luxes, de raffinement et où les guerres, même si elles ne font pas de morts ou de blessés, restent extrêmement violentes.  Par le biais de la fiction, on entre dans leurs univers et l'on comprend les codes de ces univers, les relations de pouvoirs qui s'y jouent.  Même si tout cela est ultra-fermé (les milliardaires-PDG ne sont qu'une poignée d'être humains sur terre), la fiction nous permet d'y prendre pied et comme c'est quelque chose de réel, d'y prendre un peu place.  Certes, la plupart des milliardaires ne se déguisent pas en chauve-souris pour combattre le crime la nuit (loin de là!), mais donne l'impression que ceux-ci ont naturellement des pouvoirs au-dessus du commun des mortels, même plus que les gouvernements en place dans certains cas.  Ah oui et autre point à noter, on les voit rarement faire véritablement des affaires, leur statut compte plus que leur travail.

Je pensais à cela lorsque j'ai vu le résultat des élections américaines de 2016.  L'homme qui a remplacé Barrack Obama à la tête des États-Unis correspond à cet archétype de l'homme d'affaires dont nous parle la fiction: riche, puissant, ne rendant de comptes qu'à lui-même, sauveur en quelque sorte.  Je m'interroge en voyant ça: et si la fiction nous avait préparé à voir ce genre d'individus au pouvoir?  Si les esprits avaient été préparés à cette idée, sans faire la distinction en ce qui concerne la réalité et l'imaginaire, comme si les qualités des super-héros homme d'affaires s'appliquaient à tous sans distinction?  Alors, facteur parmi beaucoup d'autres il faut l'avouer, mais le terrain a été préparé.  En ce sens, il y a un lien entre l'actuel président des États-Unis et Iron Man.  Je ne suis pas sûre que ce soit quelque chose de bien.

@+ Mariane