mercredi 12 décembre 2018

Motal Galactic: 3- Comme dans le temps de Pierre Bouchard et Francis Desharnais

Motel Galactic  tome 3  Comme dans le temps  Scénario de Francis Desharnais Dessins de Pierre Bouchard  Pow Pow 107 pages


Résumé:
Pierre Bouchard 1.0 ne se sent pas bien dans l'avenir finalement.  Le passé lui manque.  Avec l'aide de son 1.3 et des chansons de la Bolduc, il va retourner à son époque.

Mon avis:
J'avais adoré le premier tome de cette trilogie qui s'amuse à voir le Québec étendu à la grandeur de la galaxie.  Sauf que je ne sais pas, quelque part en route, j'ai décroché.  À un moment donné, c'est rendu trop gros pour être réaliste et trop décousu pour avoir du sens.  Et ce troisième tome fait encore plus dans l'hyperbole que les deux premiers.  La description des matchs de hockey du futur, où l'enjeu ressemble plus à un match de boxe sur patin qu'autre chose, m'a déplu.  Par contre, la méthode pour remonter dans le temps (faire le tour du soleil comme dans Star Trek... mais en chantant des chansons de la Bolduc!) m'a fait franchement rire!  Surtout quand ils se trompent de chanteur quelques instants et les effets que ça aura!  Même chose pour les clins d’œil que les deux auteurs se permettent à eux-même.  Néanmoins, je ne dirais pas que j'ai ri tant que ça à lecture, sinon jaune le plus souvent.

Le dessin est tout autant déconstruit que dans les deux premiers tomes.  Il n'y a pas de cases dans cette BD, ce qui n'empêche pas le dessinateur de jouer avec les prises de vues et d'insuffler beaucoup de vie et de mouvements dans ses pages.  Il y a quelque chose de spontanée et de léger dans le dessin, impression renforcée par le fait que les corrections ne sont pas toujours complètement effacées.  Les visions de l'espace envahie par les stands à patates frites sont toujours aussi réussies, mais j'ai préférée les scènes dans le passé, soit dans notre présent.  La différence entre les deux permettaient de voir les deux époques sans avoir à en ajouter beaucoup.  Même avec la présence du petit engin spatial avec lequel ils voyagent!

Bref, il y a du bon, mais dans mon cas, la sauce n'a pas prise du tout.

Ma note: 3/5

lundi 10 décembre 2018

Les défis littéraires

Salut!

Il y a peu de temps, j'ai vu passer sur le net un billet d'une blogueuse qui remettait en cause les défis littéraires.  Malheureusement pour moi, je n'ai pas pris l'adresse du blog...  Sauf que ce billet m'a beaucoup trotté dans la tête.

Pour ceux qui ne connaissent pas, les défis littéraires sont un phénomène assez important dans certains cercles de blogueurs ou forums de discussion.  En gros, on propose un défi: lire 26 livres dans l'année, soit un par lettre de l'alphabet, se concentrer sur la littérature policière ou encore remplir une grille pré-établie qui donne des points, comme c'est le cas pour le Grand défi de la littérature québécoise auquel, je ne m'en cache pas, je participe.

Ce genre de défi va dans toutes les directions et sont nombreux.  C'est ce qui fait leur charme.  Si vous voulez ouvrir vos horizons littéraires, c'est souvent une excellente façon de procéder.  Personne ne gagne rien avec ce genre de défi, sinon la satisfaction de l'avoir fait.  Ces défis sont avant tout personnels et non-contraignants: on fait ce qu'on veut, personne ne viendra nous le rappeler si on le néglige.  Le fait qu'ils soient publics et que d'autres personnes participent avec nous est par contre un facteur de motivation: on voit les autres lire plus vite que nous ou rattraper nos scores et on se dépêche de lire plus.  C'est pour l'honneur!  Rien ne nous y oblige!  Mais pour en avoir fait de plusieurs dans ma vie, je peux dire que la plupart des participants prennent ce genre de défi très au sérieux.  Au point de s'imposer beaucoup d'auto-contraintes.

Parce que ces défis, ils n'ont pas que des côtés positifs...  Première des choses, on ne lit pas ce qui nous tente, on planifie nos lectures en fonction du défi.  Le dernier tome de cette série que vous attendiez avec impatience paraît?  Vous retarderez sa lecture pour lire ce livre pour compléter votre défi.  Vous finirez ce livre d'un ennui mortel parce que, hé bien, il vous faut un livre d'un auteur dont le nom commence par X et que rendu là, le choix n'est pas immense... (fait vécu!).  Mais surtout, comme la plupart des défis carburent à la quantité lue, vous délaisserez les livres plus longs ou plus exigeants pour vous concentrez sur les livres courts et les bandes dessinées.  Parce que ça va plus vite!  Tout simplement.  Aucun rapport avec le fait que ces livres vous tentent ou non.  Il faut compléter le défi, avancer, ramasser des points, etc.  Auto-pression vous dites?  Les défis littéraires flirtent souvent avec cette notion.  Il faut être conscient des pièges de ceux-ci et savoir les maîtriser si on ne veut pas s'embarquer dans toute une histoire de contraintes.

N'empêche, ces défis ont aussi des côtés positifs, le premier étant qu'ils nous poussent à lire des livres qu'autrement, on aurait jamais ouvert.  Ce n'est pas obligatoire de passer par un défi pour ça, je le sais, mais ça donne souvent un petit coup de pouce pour sortir de sa zone de confort.  De la même façon, comme on ne le fait pas seul, ça donne souvent une motivation à lire plus ou à lire différent.  Les lectures des autres peuvent aussi devenir une belle source de découvertes, sans compter celles que l'on fait soi-même.  J'ai eu plusieurs coups de coeur avec des auteurs que je n'aurais jamais lu autrement.  Et ça aide aussi beaucoup à vider une PAL qui a une tendance trop importante à l'embonpoint!

Je dois avouer que j'aime bien le principe des défis littéraires, mais il faut faire attention de ne pas tomber dans les excès, parce que souvent, leurs défauts finissent par surpasser leurs bienfaits.  D'autant plus que comme c'est nous qui choisissons, la tentation de voir trop grand est peu être très forte et pas du tout subtile, mais vécue en solitaire.  J'ai connu beaucoup de lecteurs et de lectrices qui sont tombés dans le piège!  Mais si on les prend dans le bon sens, les défis littéraires peuvent apporter beaucoup de positif.

C'est bien pour ça que je suis en train d'en faire un! ;)

@+ Mariane

vendredi 7 décembre 2018

Lui de Patrick Isabelle

Lui  Patrick Isabelle Collection Domaine Jeunesse  Leméac  145 pages


Résumé:
Lui est sorti du centre jeunesse, après avoir purgé sa peine.  Sa sortie aura un impact, un impact qu'il devine, mais sans le ressentir.  Chaque personne que la fusillade a touché en ressentira un morceau.  Chaque personne, sera de nouveau bouleversé par lui.

Mon avis:
Ceci est le troisième tome d'une trilogie, mais personnellement et même si j'ai adoré les deux premiers tomes, celui-ci est le plus faible des trois.  Alors que les deux premiers étaient centrés sur le personnage de lui, cette fois, on va explorer les émotions des autres personnes impliquées dans cette histoire, en particulier l'autre, son intimidateur, celui qu'il a tenu au bout du canon de son fusils, mais qu'il n'a pas tué dans le premier tome.  Sauf que ce faisant, l'auteur se perd dans une foule de personnages secondaires aux deux premiers romans.  On lit un chapitre, centré sur l'un d'eux et on se demande: c'est qui lui déjà?  C'était quoi son rôle dans l'histoire?  D'autant plus que souvent l'auteur nous montre sa réaction à l'annonce de la sortie de lui du centre jeunesse, sans pousser plus loin, ni mettre en contexte ses relations passées avec lui.  Cela donne une impression de seulement effleurer le sujet.  C'est correct pour un ou deux personnages, mais on en verra ainsi cinq ou six, toujours en surface.  Cet ado qui fait sauter les ordinateurs de ceux qui voudraient tuer lui, après le chapitre qui lui est consacré, on le perd de vue.  Son ancienne copine l'apprend en sortant fumer une cigarette, mais ensuite?  Rien.  L'effet choral du livre, qui voulait montrer l'impact de son geste, autant auprès de lui que des autres, manque sa cible.  Certains sont réussis plus que d'autres, comme celui qui vient s'excuser ou sa prof de français du centre jeunesse, mais dans l'ensemble, c'est lui et l'autre qui demeurent les plus intéressants, parce que les plus développés.  Quand à la toute fin, elle reste nébuleuse, sûrement volontairement.  Une façon comme une autre de finir, mais après avoir lu les deux premiers tomes, j'ai plutôt eu l'impression de faire face à une queue de poisson.  Cela demeure magnifiquement bien écrit, mais la substance est désormais diluée dans trop de direction pour faire  mouche.

Ma note: 3.75/5

mercredi 5 décembre 2018

Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier

Du bon usage des étoiles  Dominique Fortier  Alto  Lu en audio  Raconté par Bruno Marcil  et Catherine Trudeau  5h56 minutes  Disponible gratuitement sur le site de Radio-Canada


Résumé:
Mai 1945.  Sir John Franklin s'embarque à bord de l'Erebus, navire adapté à l'Arctique pour découvrir le fameux passage du Nord-Ouest.  Il est à la tête de deux navires dont le second est dirigé par Francis Crosier, commandant du Terror.  Durant l'attente de cette expédition, dont nul ne doute qu'elle sera couronnée de succès, sa femme Lady Franklin voyage et mène une vie mondaine.  S'écouleront trois longues années durant lesquels, l'équipage vivra isolé du monde.  Jusqu'à ce que la question de la réussite de leur expédition ou encore même de leur propre survie, se pose...

Mon avis:
Ce livre ne suit pas une forme continue comme tel.  Il est fait d'éclairs de lucidité, de manuels scientifiques, d'un journal intime, de dialogues entre deux matelots avant de dormir, autant de façon déconstruite et de raconter l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui ont été touchés, de près ou de loin, par l'expédition.  Parce que loin de se concentrer uniquement sur la vie à bord, le livre élargit ses horizons et nous fait par la même occasion le portrait d'une époque.  Que ce soit à travers Lady Jane Franklin, sa nièce Sophia Crawford, Francis Crosier, le second de l'expédition ou Sir John Franklin lui-même, le livre s'amuse à changer de narrateur et de point de vue, donnant même deux façons différentes à Crosier de s'exprimer, par le biais d'un monologue interne autant que par son journal de bord.  L'auteure a l'immense talent de nous donner l'impression d'y être, à bord du Terror et de l'Erebus pris dans les glaces.  Autant dans les réflexions scientifiques de Francis Crosier que dans les salons londoniens.  Autant dans le portrait d'une époque qui croyait que la science allait tout résoudre que dans la confrontation avec la nature qui allait prouver que l'arrogance des hommes serait toujours plus vaste que le monde qui l'entoure.  Elle a un talent pour nous plonger dans l'atmosphère de cette époque, de montrer ses doutes, ses excès et ses succès.

Cependant, le portrait est double, car on suit aussi Lady Jane Franklin qui de son côté, nous donne à voir une femme très loin de l'idée de l'imaginaire victorien que l'on a: aventurière, engagée, volontaire, exploratrice, aussi à l'aise dans un salon de thé que sur le dos d'un éléphant.  C'est à travers ces deux portraits que l'on voit se dessiner le monde, celui, refermé sur lui-même, des deux bateaux pris dans les glaces et celui de Lady Jane et de sa nièce Sophia, entre le thé de cinq heures, les bals et les invitations mondaines.  Sans jamais trop s'écarter du peu que l'on sait du sort réel de l'expédition Franklin (on ne sait par exemple pas les causes de la mort de Sir John), on plonge dans la vie de ces marins anglais prisonniers de la glace.  Ce qu'ils faisaient pendant les longs mois d'hiver, les conflits, les décisions à prendre, les manières anglaises, si peu adaptées à la vie dans de telles conditions.

La langue dans lequel est racontée l'histoire est musicale, délicate comme de la dentelle.  Même si on sait au départ que les hommes qui s'embarquent sont condamnés à mort, elle sait nous les rendre telle qu'ils étaient: vivants, confiants, certains de réussir au départ, puis, petit à petit, le doute s'installe et les ronge.  Les émotions sont finement rendues, dans toutes les nuances que les différences de caractère, d'éducation et de mentalité donnent aux personnages.

J'ai écouté le livre en audio et je ne peux que le recommander.  La voix de Bruno Marcil sait rendre les nuances de l'écriture de l'auteure, les inflexions de voix qui changent tout.  À certains moments, le montage sonore utilise certains effets pour mieux nous montrer l'écriture de l'auteure, faisant preuve d'une créativité bienvenue dans un livre audio.  Le portrait qui s'en dégage est magnifique, délicat et gracieux, malgré une histoire qui on le sait dès le départ, fini mal, très mal.  La fin n'est d'ailleurs pas joyeuse, ni heureuse, mais elle belle, belle et froide comme l'est une aurore boréale.

Ma note: 5/5

lundi 3 décembre 2018

À hauteur de livres et de villes

Salut!

L'an dernier, j'ai pour la première fois visité la ville de Paris.  Paris...  Ce seul nom fait rêver.  C'est la ville de l'amour, la ville des écrivains, la ville pleine d'Histoire et d'histoires au détour de chaque rue.  Une ville mythique.  En repartant de là, je dois avouer que j'étais plutôt déçue.  Pas que la ville ne soit pas belle, mais je n'avais pas trouvé ce que je m'attendais à y trouver.  Je n'avais pas trouvé le mythe.

J'ai lu des dizaines de romans parlant de Paris, à toutes les époques à peu près de son histoire.  Des romans contemporains, plus anciens, les romans d'Alexandre Dumas bien sûr, ceux d'Alphonse Daudet.  Du Da Vinci Code à Notre-Dame de Paris, innombrables sont les romans qui décrivent cette ville.  Sauf qu'en me promenant dans les rues, je ne reconnaissais pas ce que j'avais lu.  Je n'y retrouvais pas cette ville sur lequel j'avais tant lu et dont j'avais tant rêvé.

C'est en me promenant dans les douves de l'ancien Louvre (aménagées et sèches, je vous rassure) que j'ai compris ce qui me manquait tant.  J'ai avancé ma main et j'ai touché une pierre.  Quelqu'un, il y a plus de mille ans, avait posé cette pierre à cet endroit, elle et toutes celles qui l'entouraient.  J'ai pensé à l'effet que me font les pierres des bâtiments du vieux Québec, qui me chatouillent l'âme à chaque fois que je les vois.  Ces vieilles pierres, je les connais, elles font partie de moi.  Celles de Paris étaient muettes à mes sens.  Jusqu'à ce moment, devant cette muraille de pierre millénaires, où j'ai eu pour la première fois de mon voyage une impression d'authenticité.  Les douves du Louvre m'ont fait comprendre quelque chose de simple, mais de concret, quelque chose que je cherchais depuis plusieurs jours sans le comprendre: je ne trouvais pas l'âme de Paris.

Paris est une ville deux fois millénaires, vieille dame ayant connu plusieurs vies, ayant changé de visage au fil de son histoire, plusieurs fois ravagée par des incendies, bouleversée par des révolutions et des guerres, détruite, reconstruite, transformée au fil des besoins et des nécessités.  Ce n'est pas le Paris que j'ai lu dans les romans d'Alexandre Dumas.  Ce Paris, cette ville du Moyen Âge, elle n'existe plus ou du moins, pas de façon claire et visible.  Un oeil averti peut la voir derrière les transformations du XVe siècle, les bouleversements du XVIe, les avancées philosophiques du XVIIe, les révolutions du XVIIIe et les chambardements du XIXe.  Et j'ai même pas parlé du XXe siècle...

Paris est une ville moderne, mais ancrée dans son histoire.  Ce que je m'attendais à trouver en débarquant de l'avion pour ma première visite en Europe, je ne l'ai pas trouvé.  Ses rues, ses habitants, la musique de sa foule, sont authentiquement du XXIe siècle.  Le Paris des livres que j'ai lu, il n'existait plus, même si je le cherchais dans les quelques bâtiments qui restaient encore debout de cette époque.  Notre-Dame est trop touristique, j'ai visité Cluny, mais il est très centré sur l'art religieux médiéval, les multiples ponts de Paris ont été refais plusieurs fois...  Je me promenais dans les rues, mais ce sont des rues modernes.  Les Champs-Élysées ont beau être les Champs-Élysées, je ne voyais pas pourquoi Les petits filles modèles de la Comtesse de Ségur aimaient tant s'y promener!  Ce qui les animaient, ce qui les rendaient uniques à cette époque est disparu avec les gens qui y ont vécu.

Le matin de mon départ, je suis allée prendre un café Place de la Bastille.  Le serveur, un Parisien très sympathique (je sais que ça peut paraître contradictoire, mais c'est la pure vérité!) m'a raconté des pans de Paris que je ne connaissais pas.  Entre autre pourquoi la ville étaient envahie par les travaux...

-On a les Jeux olympiques en 2022!

-Ah oui?

-Ouais, les travaux sont déjà commencés, ils refont le métro et tout!

En partant, je lui aie dit que je voulais faire un petit détour par la place des Vosges que je prononçais comme vogue.  Il m'a corrigé.  C'est vôjje qu'il faut dire.  C'était le seul endroit digne de mention que j'avais le temps de visiter dans le coin avant de repartir.  Arrivée là, j'ai fait le tour de cette place charmante, mais entourée de hauts immeubles qui donne une impression d'étouffement aux lieux.  Je m'apprêtais à repartir, quand un passage des Neuf vies d'Edward de Chrystine Brouillet, un livre que j'avais lu dans l'avion à l'allée, m'est revenu en tête.  C'est ici que Delphine prend des photos d'un mystérieux inconnu, déclencheur des événements du roman.  Je suis restée un instant sur place, à m'imaginer où l'auteure avait mis en place ses personnages.  Étais-ce près des grillages noirs, de la statue de Louis XIII, à côté de cette fontaine, sous ces arbres là-bas au fond?  Je me suis amusée à essayer de trouver le roman dans les lieux.  Paris est Paris, une ville faite de dizaines d'histoires empilées les unes sur les autres, transformées, métamorphosées, fragmentées, certaines oubliées, mais d'autres racontées.  J'en avais trouvé une.

J'ai quitté Paris en me disant que j'avais sans doute adopté la mauvaise attitude touristique.  Je cherchais à y trouver les histoires que je connaissais, au lieu de laisser cette ville me raconter les siennes.

Je n'ai pas fait la même erreur avec Édimbourg!  ;)

@+ Mariane

mercredi 28 novembre 2018

Le Pouvoir? Connais pas! de Lise Payette

Le Pouvoir?  Connais pas!  Lise Payette  Québec Loisirs 225 pages



Résumé:
Élue le 15 novembre 1976 avec le raz-de-marée péquiste, Lise Payette a été la première ministre féminine du gouvernement de Renée Lévesque.  Dans ce livre, écrit quelques mois après son départ de la vie politique, elle revient sur son passage dans ce milieu difficile où elle s'est engagée par conviction et pour la cause souverainiste.  

Mon avis:
La quatrième de couverture le dit clairement: c'est un récit encore à chaud de l'expérience politique d'une personne.  L'auteure y raconte son expérience telle qu'elle l'a vécue, à hauteur de femme.  Elle ne cache rien: les apprentissages accélérés, une nouvelle façon de devoir se comporter en public, l'obligation de tenir sa langue, les relations loin d'être toujours faciles avec des collègues qui la remettent en question parce que femme et femme ayant une expérience professionnelle.  Elle aborde le double standard, mais aussi le travail de ministre.  Pas de questions de guerre, de commérages ou de règlements de compte, elle relate ce qui lui est arrivé, de son point de vue.  Évidemment, le choc a été brutal pour elle et le travail encore plus difficile que ce qu'elle pensait, mais elle ne semble pas en garder d'amertume.  Elle montre ses réalisations, les difficultés à les avoir aussi.  Sans faille.  La bataille de l'assurance-automobile, celle de la loi sur la protection du consommateur.  Celle aussi de la réforme du Code civil.  Il y a quelque chose de clinique et de froid dans ce livre, même si c'est justement ce qui est passionnant.  Il n'y a aucun pathos, aucune grand envolée, juste une expérience humaine.  

Même concernant le sujet ultra-sensible des Yvettes.  Ces fameuses Yvettes qui ont plombé la campagne référendaire de 1981.  Une bonne partie du livre est consacrée à cette histoire.  Comment elle a été récupérée et instrumentalisée.  Comment son sens premier a été détourné et fait crève-coeur, l'a été par des femmes qui autrement, partagent les idées de Lise Payette.  Ce qui est surtout intéressant, ce sont tous les détails que donnent la proximité avec les faits.  J'avais lu sur les événements dans mes cours d'histoire, mais tout plein de détails et surtout, le contexte, leur donne un éclairage complètement différents.  Le débat entre femme au travail et femme au foyer, central aux Yvettes, a une tonalité complètement différente de nos jours.  

L'auteure possède une belle plume, mais elle est totalement dépourvue de fioriture.  Elle relate les faits avec un détachement qui peut toucher au journalistique.  Ce n'est pas un défaut en tant que tel, mais ça surprend un peu pour des mémoires.  En tout cas, le livre se lit presque d'une traite tellement elle sait bien rendre son sujet.  Excepté la partie qui traite de son testament politique, le mémoire sur le développement économique qu'elle a déposé avant son départ.  Cela devait être très intéressant en 1983, mais pas en 2018...  C'est en le lisant que je crois que j'ai le mieux saisi le chemin parcouru par le Québec depuis ce temps-là.  Et l'impact qu'avec ses années au pouvoir, Lise Payette a eu sur le Québec.

Ma note: 4.75/5

lundi 26 novembre 2018

La réalité parfois plus folle que la fiction

Salut!

Une fois, en écoutant Patrick Senécal en entrevue à Tout le monde en parle, je l'ai entendu faire un commentaire sur le fait que les lecteurs ont des limites à accepter que certaines choses puissent bel et bien faire partie de la réalité.  Même si l'invraisemblable est parfois arrivé, il expliquait qu'avec les Malphas, il avait créer un univers tellement gros qu'il avait pu faire passer des choses qu'autrement, il n'aurait pas pu.  Bon, ok, la dose de gros dans cette série est particulièrement élevée, mais ça fait qu'on est capable d'accepter certaines choses qu'autrement, on aurait certainement pas pu.

Pourtant, il n'y a qu'à consulter les rubriques faits divers et les livres des records Guiness pour constater que le monde est encore plus bizarre qu'on ne le pense.  Et que bien des choses qui seraient pour nous totalement invraisemblables font partie de la vie quotidienne et banale de certaines personnes.  Comme cette femme qui adore bouffer de la mousse de rembourrage de divan...  Ça me semble trop gros pour être vrai et je ne suis pas sûre de la crédibilité de la source, mais avouez que ça fait de la bonne télé-réalité!

Mais si on mettait un personnage qui fait exactement la même chose dans un roman... les gens vont décrocher!  À moins que le cadre ne s'y prête, à moins que ça ne soit logique dans l'histoire, mais si on est dans le mode à moindrement réaliste...  Va vraiment falloir que l'auteur(e) se lève de bonne heure pour que ça passe!  Sinon, on se dira que cette partie de l'histoire est arrangée avec le gars des vues, qu'une telle chose est impossible.  On refermera le livre en se disant, mais ils exagèrent ces auteurs!

Et pourtant...  Si c'est bien fait, ça passe.  Même l'invraisemblable, même l'impossible, ça peut passer si ça fait partie d'une bonne histoire.  Si on l'enveloppe bien, si on le présente bien, si ça ne sort pas trop d'un chapeau, si ça correspond à la logique de l'histoire... Ben, oui, ça peut passer.  Pas toujours, mais ça peut passer.  Ça reste difficile, parce que ça dépend de ce qu'on présente et de la manière dont on le présente. Sauf que...

Avouez que vous avez déjà entendu parler d'une histoire tellement folle qu'elle a l'air invraisemblable, même si elle est vraie.  (Tsé, comme la fois où les Écossais ont perdu les joyaux de la couronne...)  Ce genre d'histoire aura toujours le dessus sur la réalité parce que dans ce cas, il n'y a pas de trucages, pas d'astuces, pas d'emballage, il y a juste une histoire, trop incroyable pour être vraie, mais quand même réelle.  Et ça, il n'y a aucune fiction pour la battre.  Par contre, la fiction est excellente pour l'utiliser, cette histoire!

Combien de roman sont basés sur une anecdote, combien de films se sont inspirés d'événements réels, relatant un événement invraisemblable, mais qui est bel et bien arrivé dans la vraie vie.  Même si après ça les scénaristes ou les romanciers en rajoute une couche épaisse comme ça se peut pas, on les croira, tout simplement parce que ça contient une part de vérité.  Parce que ça part de la vraie vie, tout devient possible.  Y'a pas meilleur moyen pour en passer des vertes et des pas mûres!

@+ Mariane