mardi 20 septembre 2011

Juger l'oeuvre sur son auteur

Salut!

Peut-on séparer l'oeuvre de quelqu'un de sa vie?  Je veux dire, si l'auteur a écrit un chef-d'oeuvre, mais était un être humain absolument pourri, peut-on le condamner la première à cause des actes du second?  Parce que des écrivains qui ont eu une vie exemplaire, il y en a vraiment très peu!  Si la plupart ont mené une vie ordinaire, beaucoup ont tâté de la justice et même de la prison pour diverses raisons: Oscar Wilde fera un petit tour au bagne pour homosexualité, Jack London a été emprisonné pour vagabondage et agitation publique (des expériences qui ont pourtant été à la base de son oeuvre!), Alexandre Dumas et Honoré de Balzac ont eu des problèmes financiers toute leur vie et on ne parlera sûrement pas du Marquis de Sade...

Alors, est-ce que leurs œuvres en sont moins bonnes ou moins valables? Doit-on fuir certains auteurs parce que leurs vies comportent de vastes zones d'ombres?  Si on ne devait lire que les livres des auteurs qui ont été des parangons de vertus, la plupart des bibliothèque serait riquiquis et mièvres!  C'est souvent l'expérience qui transforme l'écrivain et lui fait voir le monde autrement, donnant par là même un souffle à leur histoire. Que cette expérience aient été acquise selon des modalités n'entrant pas dans le cadre de la loi ou même de la simple moralité, reste que c'est le vécu de l'écrivain qui façonne sa vision du monde.

Mais quelqu'un qui serait complètement repoussant ou aurait commis des actes horribles?  Doit-on continuer à lire le magnifique Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline sachant qu'il a été antisémite et collabo durant la Seconde Guerre mondiale?  Doit-on continuer à admirer les oeuvres de Picasso connaissant la façon complètement méprisante dont il a traité ses épouses et ses enfants?  Doit-on condamner Thomas More et l'apport à la philosophie occidentale qu'a représenté son Utopie parce qu'il a envoyé des gens au bûcher?  Concernant le Marquis de Sade, sa vie a été à la hauteur de son oeuvre, alors on ne peut quasiment discernée celle-ci de celle-là.  Mais il est un cas à part et encore, et il a mis une large part de ses fantasmes dans son oeuvres plutôt que sa vraie vie.

À mon humble avis, on ne peut pas juger l'oeuvre sur leur auteur, car quand une oeuvre a pris son envol, elle n'appartient plus en propre à son créateur.  En frappant les imaginaires, en influençant les gens qui la lisent, l'admirent, et même ceux qui la descendent en flamme, une oeuvre fait son chemin propre dans le monde.  Voyage au bout de la nuit reste une dénonciation de la guerre sans merci qui vaut la peine d'être lue, même si on sait parfaitement que Céline était un antisémite crasse.  On peut s'extasier devant les tableaux de Picasso tout en sachant qu'il a quasiment laissé crever de faim son propre fils et apprécier à sa juste valeur révolutionnaire l'Utopie de Thomas More car ce sont des oeuvres que s'ils ont créé, sont leurs enfants plus que leurs doubles.  Un artiste crée, mais son oeuvre appartient à ceux qui l'appréhende, ajoutant à chaque fois une petite pierre à l'édifice de l'art, car sans art, l'humanité serait bien triste.  Mais envoyez quand même en prison les artistes criminels, laissez-nous juste leurs oeuvres, les questions que celle-ci posent nous suffisent en dehors de la personnalité et des actes mêmes de leurs auteurs.

@+ Prospéryne

4 commentaires:

  1. "C'est le vécu de l'écrivain qui façonne sa vision du monde", tout à fait!

    La question du "jusqu'où doit-on continuer à lire des auteurs qui ont été des personnes horribles" est délicate. Mais selon moi, si on ne "sent" pas les actes horribles dans l'oeuvre ou si l'auteur a simplement été un produit de son époque (More n'était pas le seul à condamner des gens au bûcher en son temps), pourquoi s'empêcher de les lire? Quitte à exercer une certaine prudence et à garder à l'esprit les préjugés de l'auteur.

    "Envoyez quand même en prison les artistes criminels, laissez-nous juste leurs oeuvres" lol! C'est un bon principe, parce que sans être criminels, y'a beaucoup d'artistes dont les oeuvres sont plus fréquentables que leurs créateurs! ;)

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  2. «Mais selon moi, si on ne "sent" pas les actes horribles dans l'oeuvre ou si l'auteur a simplement été un produit de son époque» c'est pile ce que je veux dire en disant que les oeuvres sont les enfants et non les doubles de leurs auteurs! Et même si l'auteur est un modèle de vertu, je crois que l'esprit critique aura toujours sa place, partout, en tout temps. ;)

    Et tout à fait d'accord pour dire que certains oeuvres sont plus fréquentables que leurs auteurs. Heureusement, ce n'est pas ton cas! :P

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  3. Non, moi mes oeuvres sont MOINS fréquentables! :P (c'est plein de sangs pis de gens pas fins là-dedans! ;)

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  4. Je dois pas être la seule à aimer les oeuvres infréquentables dans ce cas :P

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