lundi 25 mars 2013

Analphabète fonctionnel

Salut!

Lors de mes études uqamiennes, une pancarte attirait régulièrement mon attention.  On y lisait, grosso modo: Un million de québécois ne savent pas lire.  Un million.  Vous avez bien lu.  Chanceux.  Chaque fois, en passant devant cette affiche, je en pouvais m'empêcher de me dire que ces gens n'avaient vraiment pas de chance.  Pourquoi ne savaient-ils pas lire?  Sans doute des gens plus âgés qui n'avaient pas eu la chance d'apprendre étant plus jeune.  Ou des gens ayant eu de grandes difficultés d'apprentissage.  Peut-être le manque de soutien dans un foyer où les parents eux-mêmes avaient des difficultés de lecture.  Pour moi, lire étant aussi naturel que respirer, j'ai toujours eu du mal à imaginer la vie sans l'écrit.

Et voilà qu'en lisant Une éducation bien secondaire, je tombe sur une statistique, au tout début du livre: 49% des québécois sont des analphabètes fonctionnels*.

49%

La moitié de la population.  Oulàlà!  On dépasse largement le stade où on peut accuser la pauvreté, l'âge, le milieu social d'être les grands responsables de tout.  Oui, c'est sûr et certain, ces éléments ont leur rôle à jouer.  Le manque d'intérêt également, pour certaines personnes, lire n'est pas important faute de modèle en montrant l'importance.  On peut faire ici une longue liste d'accusés, de la télévision à l'internet, mais reste que le chiffre important ici est de dire que la moitié de la population de notre belle Province est capable de lire un texte, mais pas d'en déchiffrer le sens.

Je me rappelle, lors de mon court passage en enseignement, que j'avais tendance à souvent demander des lectures dans le manuel pour passer de la matière à mes élèves.  Erreur classique de débutante: c'était facile pour moi, donc, ce devait être facile pour eux.  Grossière erreur!  J'entendais des gémissements de souffrance à chaque fois que je parlais de lire!  Et c'était des élèves de deuxième secondaire!  Il m'apparaissait normal de leur demander de lire quatre pages avant de compléter un exercice.  La plupart commençait à la place à me causer des problèmes sans fin de discipline.  Mais pourquoi étaient-ils dans une classe de secondaire deux s'ils étaient incapable de comprendre ce qu'ils lisaient?

Car l'analphabétisme fonctionnel, c'est pire que le simple analphabétisme.  Ces personnes savent lire!  Elles peuvent déchiffrer les mots sur une page!  Mais elles ne comprennent pas ce qu'elles lisent.  Le sens des mots écrits ne franchit pas la barrière de leur cerveau, et pas par paresse ou par stupidité.  Non, c'est simplement parce que cet apprentissage ne s'est pas fait.  Quelque part dans le développement cognitif de cette personne, quelques connexions synaptiques ne se sont pas faites et causent ainsi des problèmes durables.  Surtout dans notre société de l'information où la connaissance est si souvent nécessaire!

Pourquoi cet état de fait?  On peut facilement pointer du doigt le système d'éducation.  On peut accuser les profs, les écoles, les parents, la télévision, l'internet, YouTube, Facebook, la sodomie, l'alignement des planètes et Arikrishna, mais ça ne changera pas les faits: 49% de nos concitoyens ne sont pas capables de comprendre le texte qu'ils viennent de déchiffrer.  Et plutôt que de se lancer dans une chasse aux sorcières, je crois qu'il est plus facile de dire qu'il n'y a pas qu'une seule cause.  Mais qu'il n'y a qu'une seule solution: remettre l'enseignement de la langue au coeur des priorités.  Si des millions de personnes ont réussi à apprendre à lire et à écrire à travers les siècles en utilisant du papier des crayons et en utilisant quelques techniques de base comme des dictées et des lectures obligatoires, ne peut-on pas dire que c'est une méthode qui a fait ses preuves et la privilégier?  Parce qu'avant toute chose, on doit viser dans ce domaine à la réussite du plus grand nombre avant tout.

Mais par-delà tout ça, par-delà les chiffres, les statistiques, la colère que l'on peut éprouver envers le phénomène, je crois que ce qui me chagrine dans tout ça, c'est de voir que ces personnes voient leur univers amputé.  OK, tous ne deviendront pas de grands lecteurs, mais à travers l'écrit, on a une autre façon d'appréhender le monde.  À travers l'écrit, on s'ouvre au monde, on ne limite plus son univers à ce qu'on y trouve dans l'environnement immédiat.  On peut voyager, voir les choses d'un autre point de vue, apprendre, découvrir, se remettre en question et peut-être, je dis bien peut-ètre, avoir le goût de mettre son épaule à la roue à la hauteur de ses modestes moyens pour changer, ne serait-ce qu'un peu, le monde.

Mais ça, on ne peut pas le faire si on ne se nourrit que de téléréalité et de culture pop.

@+ Mariane

* Boudreau, Diane, Une éducation bien secondaire,  Poète de brousse, Collection Essai libre, p.15

4 commentaires:

  1. Hep, triste réalité. Et je dois ajouter que j'ai rencontré des professionnels qui étaient des analphabètes fonctionnels, simplement parce que, une fois leurs études finies, ils ne lisaient plus! Leur cerveau s'était déshabitués d'apprendre, ils effectuaient leurs tâches quotidiennes "sur le radar" et n'arrivaient pas à comprendre des instructions écrites, dès qu'elles dépassaient le simple "faire trois copies et signer en bas".

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  2. @Gen, ouch, encore pire, on dépend de ces gens-là pour un tas de trucs!

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  3. Wow! Ça secoue, des statistiques pareilles! Et ça soulève bien des questionnements dans ma tête... :S

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