jeudi 8 novembre 2012

Certains auteurs font tripper mes clients... mais pas moi!

Salut!

L'autre jour, un client que je connais bien entre dans la librairie à la recherche du dernier Anne Robillard.  Il le prend dans ses mains avec les yeux pétillants d'un lecteur se régalant à l'avance de sa future lecture.

-Tu l'as lu? me lance-t-il.

-Euh, non.

-Comment ça?

Il est sincère!  Sa physionomie a pris l'expression de stupeur caractéristique d'un fan absolu face à un non-fan.

-Euh, je n'aime pas Anne Robillard.

Ce client étant du genre très ouvert, il a compris que les écrits de la mère des Chevaliers d'Émeraude n'étaient tout simplement pas ma tasse de thé et on en est resté là.  Chouette type!  Oh, je les aies lu les Chevaliers d'Émeraude, jusqu'à la fin, mais j'en avais largement assez comme ça.  Depuis, Anne Robillard traîne sur ma liste des auteurs pas super bons que je vends parce que les gens l'aiment, mais que rarement je vais conseiller.  Enfin, c'est parfois compliqué, les gens n'ont pas toujours conscience que l'on ne peut pas tout aimer!

Autre exemple, plus récent celui-là, c'est Fifty (yeurk!) shades.  Le nombre de clientes qui sont revenues me voir les yeux plein d'étoiles pour me dire que c'était tellement bon, non, mais je l'ai dévoré ce livre-là!  En deux jours en plus, moi qui ne lit presque pas!  Et viens la question fatidique:

-L'as-tu lu?

-Oui.

Et la prière muette ensuite, SVP, SVP, SVP, faites qu'elle ne me demande pas si j'ai aimé ça!  Parce que je suis sûre que je ne pourrais pas me retenir de lui dire que je n'ai pas aimé.  Au minimum....  Déjà que lorsqu'un client est passé et m'a demandé si c'était bien traduit, je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher qu'au départ, ce n'était pas bien écrit, alors...  Mes collègues en ont rit un coup! 

Mais enfin, comment réagir quand quelqu'un entre dans le magasin et se met à nous vanter les mérites d'un truc que l'on trouve au mieux médiocre?  La plupart du temps, je me contente de répondre oui, oui et je laisse le client me faire son petit laïus.  S'il me pose la question si j'aime ou non, je vais sortir toute la diplomatie dont je suis capable pour lui dire que non, mais habituellement, j'aime mieux leur laisser leurs illusions à ce sujet.  Ils n'ont pas besoin de le savoir.  Et puis, si ce que cette personne lit la rend heureuse, tant mieux.  Tous les goûts sont dans la nature!

@+ Mariane

10 commentaires:

  1. A. Robillard n'est pas ma favorite non plus, loin de là... mais bon, dans la mentalité de la plupart des gens, c'est : "Tu vends beaucoup alors tu as beaucoup de talent"...

    Pensons seulement qu'au début, Picasso brûlait ses propres toiles pour se chauffer en hiver alors que le caricaturiste du coin se payait quatre repas par jour à l'auberge du bout de la rue... mais aujourd'hui, qui se souvient de ce caricaturiste ?

    Je ne dis pas qu'il faut passer par la misère pour avoir du talent (parce qu'il y a des auteurs poches ET invendus, tout comme des auteurs de talent hyper vendus)...

    Mais je comprends la situation: péter la balloune d'un fan qui a peu lu, qui pense que la saveur du mois est le nec-plus-ultra de la littérature, commettre l'odieux péché d'avouer qu'on n'aime pas ce qui est à la mode...

    je cite tes dernières phrases pour conclure: "Et puis, si ce que cette personne lit la rend heureuse, tant mieux. Tous les goûts sont dans la nature!"

    RépondreSupprimer
  2. C'est comme le monde qui tripe sur "Occupation double" et qui sont tout surpris de s'apercevoir que je ne connais pas les prénoms des participants. Plus facile quand même de dire qu'on ne connait pas que d'avouer qu'on n'aime pas!
    Voilà pourquoi je ne voulais pas avoir affaire avec le public: trop franche, trop directe et bien mauvaise vendeuse.
    Bravo pour ta sagesse et diplomatie de librairie.

    RépondreSupprimer
  3. @ ClaudeL : je n'ai jamais écouté, ne serait-ce que 3 minutes, de Copulation Double et autres Poche-Story du même acabit, ni même Star Cacophonie... mais quand vient le temps d'avouer ça au gens, ouf...

    RépondreSupprimer
  4. Le pire lorsqu'on nous demande notre opinion, c'est que souvent la personne n'a pas vraiment le temps d'écouter une réponse adéquate et honnête, alors mieux vaut un "pas vraiment mon genre" que de commencer à s'expliquer, parfois. Surtout en vente! Je ne crois pas que je serais capable de mentir ouvertement, mais on peut tenter de se montrer diplomates.

    RépondreSupprimer
  5. Lolol! C'est encore pas pire : toi les amateurs d'Anne Robillard et autres Fifty Shades, ils ne font que passer. Moi je travaille avec eux!

    Et là j'en suis au point où j'ai des collègues qui me disent à propos d'un auteur ou d'un autre qui n'est vraiment pas mon genre (ou dont je trouve le travail nul) : "Si tu le vois dans un salon, dis-lui à quel point ce qu'il écrit est extraordinaire". Euh... J'pense pas que je vais lui dire ça, non...

    RépondreSupprimer
  6. Ça doit être encore plus embêtant quand une cliente ne sait pas ce qu'elle aime !

    RépondreSupprimer
  7. Moi je ne me gêne tout simplement pas. Non mais où va le monde? Il faut bien les instruire un petit peu! Pour ma part, j'ai Anne Robillard en horreur, car ce qu'elle a écrit n'est que du copier collé de clichés de fantastiques. Voir des livres pareils être publié, ça me donne mal au coeur. Surtout que je l'ai vu au Archambault avec un chandail....des chevaliers d'émeraudes! Ouach!!

    RépondreSupprimer
  8. @Sébastien, parfois la saveur du moment a bon goût sans être succulente. Mais quand c'est du Kraft Diner et que les gens prennent ça pour du caviar. À date, une cliente m'a carrément demandé mon opinion sur Fifty Shades et je le lui aie donné. Elle a quand même acheté le livre, mais personnellement, même en le disant avec diplomatie, ça m'a fait du bien de caller ce livre!

    @ClaudeL, concernant la télé, j'ai réglé la question il y a longtemps: je n'ai pas le câble, je ne fais que regarder des émissions sur DVD et des films. Alors quand les gens me parle d'OD ou autre cochonnerie pseudo-téléréalistique, je n'ai qu'à répondre que je n'ai pas le câble pour qu'on me fiche la paix!

    @Hélène, j'ai l'habitude de faire court dans mes commentaires, de choisir les mots-clés, de définir très vite mon livre, que ce soir positif ou non, alors quand vient le temps de parler de n'importe quel livre, je peux dire ce que j'en pense en 2-3 phrases. Si les gens m'écoutent d'une oreille, c'est pas mon problème!

    @Gen, hum, je me pose la question: quel est le pire? Travailler avec des gens qui n'ont pas les mêmes goûts littéraires, mais dont on sait à quoi s'attendre ou se faire tomber dessus 5 fois par jour par des gens en apparence connaisseur de littérature qui se mettent à vous vanter des auteurs poches... Franchement, j'aimerais peut-être mieux travailler dans ton bureau. Je n'aurais pas trop d'espoir déçu à tout bout de champs! :P

    @Venise, ah ça, c'est l'horreur! Quand les gens ne savent pas ce qu'ils veulent, je veux tout plaquer dans la minute, c'est les pires clients! AAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHH!!!

    @Anne-Marie, je suis dans un commerce, faut que je me garde une petite gêne quand même! Mais si on me le demande, jamais je ne vais dire le contraire de ce que je pense. Jamais.

    RépondreSupprimer
  9. @Prospéryne : C'est sûr qu'après quelques mois, je ne suis plus surprise! :p Je vis sans doute moins de désillusions! ;) Par contre, elles veulent toujours m'entraîner dans leurs discussions ou me prêter leur dernier coup de coeur.

    Et y'a une nette limite à la quantité de guimauve littéraire que je peux absorber!

    RépondreSupprimer
  10. @Gen, quel est le pire, vivre des désillusions littéraires 10 fois par semaine ou voir une désillusion littéraire chaque jour au bureau? Je commence à vraiment me demander ce qui est le pire, mais bon vivant l'un je ne peux m'empêche de me dire que l'autre ne serait pas si pire que ça! -_-

    RépondreSupprimer