vendredi 26 octobre 2012

Qui se cache derrière le livre?

Salut!

Vous arrivez au Salon du livre.  L'auteur est là, devant vous, bien installé à sa table.  Des piles de son (ou ses) livre sont là devant lui, l'indispensable stylo pour signer des dédicaces, des signets (qu'il se fera voler sans vergogne tout au long du Salon), une bouteille d'eau, parfois sous la table, parfois discrètement dissimulée sous elle.  L'auteur vous attend, prêt à vous parler de son oeuvre, un large sourire étalée sur les lèvres.  Son oeuvre vraiment?

Oh, si, quand l'auteur vous présente son livre, c'est bien son oeuvre, ça il n'y a pas à en douter.  Mais derrière lui, caché dans l'ombre, de multiples acteurs s'agitent et aident considérablement à mettre au monde l'oeuvre en question.  Allons-y un peu voir qui se cache derrière le livre...

L'Éditeur:
Ah oui, mais ça c'est évident.  C'est quand même lui qui met son petit logo en bas du livre!  Il est là au lancement du livre, parle à tout le monde du livre de son auteur, paie la pub, bref, la totale.  Mais il est avant tout celui qui a sorti le livre de l'auteur de la masse des manuscrits reçus et a cru en lui au point de le publier.  Il est celui qui a soutenu l'auteur après accepté son manuscrit, dans tout le processus qui suit, lui qui va défendre le livre sur la place publique, fier comme un père le serait de son fils.  C'est lui qui se tape toute la partie financière du lancement de livres, les problèmes logistiques, tout ça avec le sourire la plupart du temps, parce que les vrais éditeurs sont aussi passionnés que leurs auteurs.

Le Directeur littéraire:
Petit génie caché du domaine du livre, on ne le découvre que lorsqu'on a affaire à lui ou encore lorsqu'on connaît des auteurs qui nous lance: «Ah, mon dir lit m'a fait c***!!!»  Perspicace relecteur, il aide l'auteur (parfois à son corps défendant!) à améliorer son texte, pointant les erreurs, soulignant les incertitudes, corrigeant les fautes.  Il oblige l'auteur à se dépasser, à donner le meilleur de lui-même, à aller encore plus loin dans son texte.  Il est un bon génie de l'ombre.  Vous trouverez son nom caché dans la page précédant la page de couverture, en petits caractères, mais sachez que sans lui, l'auteur ne présenterait pas une oeuvre aussi achevée.

Le Graphiste:
Ben oui!  Quoi vous pensiez que les livres étaient envoyés chez l'imprimeur en Word?  Que nenni!  C'est le graphiste qui patiemment, réorganise le texte, définit marge, paragraphe, chapitre, pagination et autres trucs en apparence sans importance et qu'on oublie facilement si c'est bien fait.  Si c'est mal fait par contre, oups, que ça saute au yeux!  Il est aussi le grand maître d'oeuvre de l'apparence générale du livre, celle que vous voyez bien souvent avant le sourire de l'auteur, en accord avec l'éditeur.  Il choisit la taille et la police du titre, la couleur de la couverture, la façon dont est présentée la quatrième de couverture.  C'est aussi lui qui trouve à un endroit où à un endroit le moyen de mettre la binette de l'auteur avec une courte biographie.  On trouve son nom par trop loin du directeur littéraire dans le livre, si bien que souvent, on oublie qu'il est là!  Il est également celui qui est responsable de l'image de la couverture, excepté si l'éditeur décide de faire appel à...

L'Illustrateur:
Artiste au même titre que l'auteur, il l'est par contre bien plus des couleurs et du traits que des mots.  Que voulez-vous, on peut pas être doué partout!  C'est lui qui s'amuse à dessiner une superbe couverture, à la soumettre, à se faire dire de changer si ou ça et à perdre patien... à arriver à un superbe résultat au final qui va être l'élément qui va accrocher la couverture et qui va vous attirer irrésistiblement vers le livre.  Malgré tout, on trouve son nom en petits caractères sur la quatrième de couverture ou encore pas trop loin de celui du directeur littéraire...

Le Réviseur linguistique:
Celui-ci a le même rôle que votre prof de français au secondaire: il corrige vos fautes!  Fautes de grammaire et d'orthographe qui ont échappé à Antidote, mais surtout, faute de syntaxe et autres trucs de la langue française que la plupart des auteurs savent manier de manière créative, mais sans tenir compte de toutes ces jolies petites règles qui font les beautés de notre langue...  Mouais.  Heureusement que le Réviseur linguistique est là pour veiller au grain!  Malheureusement, bien souvent, la seule place qu'on lui trouve est en dessous de celle du directeur littéraire.

L'Imprimeur:
Entre lui et l'auteur, aucun lien, c'est l'éditeur qui se charge de tout, mais reste que ce sont de ses presses que sortent les livres de l'auteur.  C'est lui qui fait passer le livre de l'état de fichier numérique au bel objet que vous voyez devant vous.  On trouve son nom à la toute fin, dans les dernières pages et c'est vraiment le seul endroit où vous pourrez le voir. 

Le Photographe:
C'est lui qui immortalise la binette de l'auteur essayant de passer pour un auteur sérieux alors qu'au fond, il est avant tout content d'avoir réussit à publier un livre et est enthousiaste à l'idée d'enfin voir sa face sur un livre.  Le photographe rassure l'auteur et prend au moins une bonne centaine de photos avant de trouver la bonne!

Alors voilà, et je suis sûre que j'en oublie.  Alors la prochaine fois que vous aller dans un Salon du livre, pensez à tous ces gens cachés derrière l'auteur qui ont contribué à son succès et que le sourire Colgate de celui-ci vous cache.  Ça ne paraît pas, mais ça en prend du monde pour faire un livre!

@+ Mariane

10 commentaires:

  1. Et le traducteur? Dans le cas où c'est un auteur étranger, il a toute sa place à ses côtés ;)

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  2. @Prospéryne : Petit détail : chez bien des éditeurs, le nom du directeur littéraire n'apparaît NULLE PART! (Alors que l'illustrateur, le photographe, le graphiste et le réviseur linguistique sont systématiquement mentionnés). C'est vraiment l'éminence grise du monde du livre.

    Et tu as oublié les relecteurs pré-processus éditorial. Sans eux, on serait perdus!

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  3. @Mélopée, j'avais en tête des auteurs québécois en écrivant ce billet, mais oui, c'est vrai, le traducteur aurait sa place dans le lot!

    @Gen, après vérification dans plusieurs livres, ben oui, on mentionne pas le dir lit! Par contre, je suis sûre de l'avoir déjà vu dans au moins un livre, mais lequel?

    Quand aux bêtas-lecteurs, ben, je ne sais pas, je n'aurais pas pensé les mettre dans le lot!

    @Isabelle, merci!

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  4. @Prospéryne : Les Six Brumes mentionnent toujours le directeur littéraire. Mais je ne crois pas que beaucoup d'autres maisons le fassent.

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  5. @Gen, ça doit être là que j'ai vu ça! :)

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  6. Les betas-lecteurs, heureusement, on peut les nommer dans les remerciements, à la toute fin :)

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  7. Concernant les correcteurs, il est à noter que le milieu de l'édition professionnelle les maltraite particulièrement. Alors que la convention collective de l'édition oblige les éditeurs à employer les correcteurs comme salariés (ce qui leur ouvre les droits au chômage, à la retraite et leur offre la couverture du droit du travail), beaucoup leur demandent de se mettre en auto-entrepreneur (adieu le chômage, adieu la retraite, adieu le droit du travail), d'autres les rémunèrent en Agessa (ce qui est interdit). Le tout avec des salaires de misère et une précarité extrême. Derrière le livre, c'est aussi une exploitation capitaliste brutale qui se cache.
    Guillaume (correcteur)

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  8. @Pat, en effet! Car si les bêtas-lecteurs sont indispensables aux auteurs, ils ne font pas partis de la chaîne «officielle» du livre. Ça ne les rends pas moins précieux!

    @Guillaume, ça, je ne le savais pas. Ça doit dépendre des maisons d'édition sans doute parce que je n'avais jamais entendu parler de cette situation.

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  9. @Prospéryne : Je crois que Guillaume parle de la situation française (auto-entrepreneur et Agessa). Ici, les correcteurs (et tous les autres) sont travailleurs autonomes, à moins d'avoir un poste dans une grosse boîte (je crois qu'Alire emploie une réviseure à temps plein).

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