lundi 2 janvier 2012

Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas

Le Comte de Monte-Cristo  Alexandre Dumas  Folio (édition en deux volumes) Gallimard  1398 pages


Résumé:
Edmond Dantès a 19 ans et est marin.  Il revient à Marseille après une mission où il s'est brillamment illustré, prêt à se marier à la femme qu'il aime, une promotion à portée de main.  Rien ne tourne comme prévu.  Une conspiration ourdi par trois jaloux et supporté par un homme sur-attaché à sa réputation l'envoie en prison pendant 14 ans.  Alors que sa situation est désespéré, son voisin de cellule ouvre un passage entre eux et cet homme, un érudit, commence l'instruction du jeune Dantès.  Quatorze ans plus tard, il réussit à s'évader.  Devenu par le fruit de sa détermination et de son intelligence le Comte de Monte-Cristo, il revient, prêt de vingt ans après sa disparition, à Paris, prêt à accomplir sa vengeance.

Critique:
L'intrigue de ce livre est tortueuse.  Le fait de l'avoir lu en deux parties séparées par deux ans n'aident en rien.  Donc, mes commentaires porteront davantage sur la deuxième partie que sur la première.  Quoique celle-ci est facile à résumer.  L'emprisonnement d'Edmond est dure, mais on reste dans le familier.  C'est l'évolution psychologique qui a lieu qui fait en sorte qu'Edmond Dantès devient le Comte de Monte-Cristo.  Et les deux personnes sont aussi différentes que leurs noms.  Dantès est un homme jeune, honnête, avenant, ouvert.  Monte-Cristo est un homme rusé, fourbe, non-dénué de sens moral, mais qui sait par la manipulation et par un extraordinaire pouvoir sur les choses et les gens, arriver à ses fins.  Sa fortune l'aide, mais pas seulement, car s'il sait se faire obéir, il ne s'arrête pas à ça.  Les gens de sa suite, ses serviteurs lui sont tout dévoué pour de multiples raisons qui n'ont pas grand chose à voir avec l'argent.  En ce sens, Monte-Cristo est un peu un sur-homme à la Nietzsche.  Il est humain, mais en même temps, sur-humain, état atteint par les épreuves, mais aussi par un impitoyable travail sur lui-même et par l'utilisation redoutable de son intelligence et de son instinct.  Il n'est pas parfait, quand le narrateur se glisse dans ses pensées, on perçoit ses doutes et ses errements, mais pour les autres, rien de cela n'est visible tellement il contrôle sa physionomie.  Il atteindra ses fins, mais l'auteur nous laisse le plaisir de le voir par les yeux de celui qui subit sa vengeance et non dans les yeux du Comte.  On ne savoure pas sa vengeance avec lui, on voit juste l'impact de celle-ci sur ceux qui l'ont envoyé là où il a été.  D'ailleurs, et j'ai trouvé ça un peu surprenant de la part de Dumas, Monte-Cristo se voit comme l'instrument de la Providence, plutôt que comme un homme en quête de vengeance personnelle.  Nuance importante.  Monte-Cristo se prend pour Dieu alors qu'il n'est qu'un homme, autre aspect un tantienet nietzschéen de sa personnalité.  Les autres personnages sont à la fois mal et bien décrit.  Les trois conspirateurs sont bien, mais incomplet.  Alors que Valentine, Mercédes ont droit à de longues explications de leurs sentiments, Caderousse, Danglars et Morcef ne sont pas dans la culpabilité.  Ils ont envoyé un homme innocent en prison et ce n'est que son retour qui provoquera en eux les remords, sans ça, ils vivent sans même y penser.  Villefort est nettement plus intéressant et sa folie finale montre plus l'accomplissement de la vengeance de Monte-Cristo à mes yeux que le suicide de Morcef ou le meurtre de Caderousse.  Son incroyable activité suite à la mort de Valentine montre à quel point il est capable de sentiments et à quel point il s'enferme hors de ceux-ci pour garder son empire sur lui-même.  Ce qui le conduire à la folie, malheureusement.  Quand on le regarde de l'extérieur, on se dit qu'il aurait mieux fait de lâcher un peu de lest sur son honneur et de garder sa vie, mais bon, l'époque n'était pas faire pour ça.  Les personnages féminins sont soient fourbes, soit complètement éthéré au point de ne pas avoir de personnalité ou presque.  Et d'être complètement dévouée à leur amour.  Seule Haydée aura assez de tempérament (et d'espace de la part de l'auteur) pour dénoncer celui qui a trahit son père et de le faire par elle-même, montrant là son existence en tant que personne, en tant qu'être humain.  Ce faisant, elle acquiert sa propre potentialité comme personnage et comme personne.  Pour le reste, que ce soit par respect des convenances ou encore par manque de personnalité, les personnages féminins sont plus typés que réels.  Bonnes à l'excès ou têtes brûlées, les femmes du Comte de Monte-Cristo ne se démarquent pas par leurs qualités propres.  On est loin de Madame Bonnacieux, d'Anne d'Autriche ou encore de Milady de Winter des Trois Mousquetaires qui avaient le mérite d'avoir de la personnalité!  Par rapport au livre, les notions de l'honneur ont bien changé depuis et c'est heureux parce que de voir ces gens-là s'exciter comme des pucelles au moindre soupçon d'attaque à celui-ci devient lassant.  Je sais que ça fait époque, mais pour le XXIe siècle, on les regarde en se disant que c'est une bande de beaux imbéciles à la tête brulée, prêt à mourir pour pas grand-chose au final!  Autre truc, c'est les émotions grandiloquentes dans lesquelles tombent les personnages à tout bout de champ.  Y'en avait un peu marre à la fin.  Il faut tenir compte à la lecture qu'à l'origine le roman était publié en feuilleton, alors les gens avaient une semaine entre chaque toast beurré bien épais de surcharge émotionnelle, mais ça n'a pas été mon cas.  Autre chose liée à la publication par feuilleton, l'accumulation d'exclamation et de dialogues qui ne font que rajouter du texte, des détails qu'on aurait pu couper facilement, ce genre de choses.  Ça donne un roman de 1400 pages au final!  Aucun regret que cette lecture, c'est une oeuvre qu'il est bon de lire, ne serait-ce que pour la connaître, mais j'aimerais bien voir l'adaptation en film avec Gérard Depardieu maintenant, pour comparer. 

Ma note: 4/5

7 commentaires:

  1. Je me demande si j'ai déjà lu cette oeuvre dans son entier. M'en souviens pas, c'était plutôt le genre de mon frère. L'ai lu en petit livre pour adolescents par contre, accompagné d'un disque sur fonds de Mendelssohn.
    Et bien sûr, je regarde encore tous les films ou séries inspiré du roman.
    J'aime bien pour comprendre les moeurs de l'époque.

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  2. @ClaudeL, c'est facile d'en faire une version abrégée comme je l'ai dit, il y a tellement de choses que l'on peut couper sans nuire à l'intrigue! Et pour comprendre les moeurs de l'époque, c'est un bon livre sans doute, mais disons que ça reste du Alexandre Dumas et j'ai plus ou moins confiance sur ce point.

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  3. "films ou séries inspirés du roman". Faudrait bien que je finisse par prendre la résolution de me relire avant de poster un commentaire!

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  4. Pour ce qui est de l'adaptation en film, la plus récente, avec Jim Caviezel, bien qu'assez éloignée de l'histoire originale, est très intéressante. Dans ce film, on ressent tout le charisme de Monte-Cristo et on voit bien sa transformation. :)

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  5. @Gen, j'ai très envie de celle avec Gérard Depardieu parce que j'en avais vu un extrait à la télévision il y a longtemps. Et comme c'est une adaptation faite en France, ça me semble de meilleure référence qu'une adaptation aux États-Unis. ;)

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  6. Ouff! À mon avis les adaptations sont très mauvaises. Enfin je ne comprends jamais pourquoi on change l'histoire à ce point ou que l'on rajoute des personnages qui eux ne rajoutent rien à l'histoire. J'avais bien confiance pour la version française et pourtant elle m'a déçue énormément.
    Tant qu'à moi j'ai adoré ce livre. Je l'ai lu plusieurs fois. C'est un monde dans lequel j'aime me retrouver. Et même si je suis d'accord qu'il y a énormément de feuillets que l'on pourrait enlever sans que cela ne change quoi que ce soit à l'histoire. Ils demeurent tant qu'à moi responsable en grande partie du plaisir que j'éprouve à lire ce livre. Et ce que j'aime bien souligné à ce sujet c'est que malgré l'époque à laquelle il a été écrit le livre demeure accessible par son langage. Moi vraiment je suis une adepte de ce roman et de Dumas en général.

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  7. C'est vrai que le langage reste accessible, il est juste très recherché. On verra bien pour les adaptations, en attendant c'est vrai qu'ils ont la manie de foutre le bordel dans les bonnes histoires quand ils mettent ça au petit ou au grand écran!

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