lundi 29 juin 2020

À tous ces auteurs canadiens que j'aime

Salut!

La semaine dernière, j'ai rendu hommage aux auteur(e)s québécois à travers leurs mots.  En fouinant dans ma bibliothèque, j'ai eu envie de faire de même avec les auteurs canadiens.  Il y en a moins, mais tout de même, je me suis amusée à faire le même exercice: j'ouvre le livre au hasard et je vous offre leurs mots.

«Elle commence son repassage à la cheville mais lorsqu'elle arrive à la cuisse, l'étoffe est froissée en dessous.  Elle regarde ses mains lisser le velours sombre, soulever le fer, faire des faux plis.  Elle retourne le pantalon encore et encore, ses mouvements deviennent de plus en plus désordonnés, ce qu'elle fait n'a plus rien à voir avec le repassage.» Nancy Huston, La virevolte, p. 101

«Feeling restless, she move back to the main path.  That's when she spied the blacksmith.  He had doffed his leather apron and was walking toward a log house at the end of the road.  On impulse, Amanda followed» Elyse Friedman, We have everything they have nothing in Toronto 2033, p.17

«Les enfants échangeaient donc à voix basse.  Ils ont appris à parler la bouche fermée, ventriloquisme auquel leur langue doit sa survie.  Pour parler ojibwé, ils rapprochaient leurs têtes penchées en passant la serpillière dans les couloirs ou en curant les stalles de l'écurie.» Richard Wagamese, Cheval Indien, p. 65

«Roz a une brève vision de Zenia debout sur le perron, le sien et celui de Mitch, après l'un de ces dîners au début des années quatre-vingt, au temps où elle était encore sensible au numéro de Zenia, où elle la soutenait l'invitait.» Margaret Atwood, La voleuse d'hommes, p.147

«Je suis en fait dans une situation pire qu'avant, car je n'ai plus ni Katie Maurice, ni Violetta, à présent.  Et même si je les avais, ce ne serait plus pareil.  D'une certaine manière, les petites filles de rêves ne peuvent pas remplacer une vraie amie.» Lucy Maud Montgomery, Anne la maison aux pignons verts. p. 163

«Pas un seul muscle ne bougea sur le visage du prêtre  tandis qu'Athanase lui décrochait cette flèche subtile.  Ce n'était pas le premier affront que l'autre lui infligeait.  Il savait qu'Athanase affectait d'admirer le haut clergé et de mépriser le bas.» Hugh Maclennan, Deux solitudes p. 252

«Plusieurs années avaient passées.  Je sortais de ma banque un après-midi, dans un centre commercial souterrain, quand je suis tombé nez à nez avec elle au pied 'un escalier roulant.  Le temps avait allongé son visage et elle avait un air un peu effaré.  Une triste histoire d'amour espérais-je.  Nous avons eu quelques rendez-vous ici et là puis, un soir, en rentrant de quelque part, j'ai jeté un regard vers sa silhouette et j'ai pensé: Je dois épouser cette femme.» David Gilmour, L'École des films, p. 37

«Ses mots résonnèrent dans le silence ayant suivi les derniers accords de la harpe, et la tension qui régnait dans la pièce s'en trouva relâchée comme celle de la corde d'un arc.  Blaise prit une longue inspiration et constata avec une certaine surprise que la plupart des gens qui l'entouraient faisaient de même.» Guy Gavriel Kay,, La chanson d'Arbonne, p. 152

Voilà, c'est tout.  Et à tous ceux qui déménagement cette semaine, bonne chance avec vos boîtes de livres!

Mariane

lundi 22 juin 2020

À tous ces auteurs québécois que j'aime

Salut!

Cette semaine, c'est la Saint-Jean-Baptiste, la Fête Nationale des Québécois.  Contrairement à l'an dernier, je ne pourrais pas aller assister à un spectacle et à des feux d'artifices, entourées de centaines de personnes, dans la chaleur, les moustiques et les relents de légalité qui flottaient dans l'air.  Alors, je vais me permettre de rendre hommage à quelques-uns des nombreux auteur(e)s d'ici que j'aime tant, que j'admire et qui me font tant de bien avec leurs mots.  J'ouvre au hasard les pages de quelques-uns des livres que j'ai tant aimé et je vous les livre.

«Je suis assis sur la galerie, presque sur le bout, dans l'angle droit.  J'ai vu le manège d'Oginé.  Il a déplacé le cheval de Naréus et l'a mis tout près de la jument de Chaël Charles.  Deux bêtes tranquilles.  Brusquement, le cheval se met à hennir et à tirer sur sa corde.  Il a le sexe droit comme un balai.  Le camion de Gros Simon passe, au même moment, en soulevant un peu de poussière.  Marquis, couché près de la balance, se réveille, brusquement, et se met à aboyer.  Le camion était déjà près de la croix du Jubilée quand le cheval a cassé sa corde pour sauter sur la jument.  Da m'envoie chercher sa cafetière juste à ce moment.»  Dany Laferrière, L'odeur du café, p.88-89

«L'enfant s'agita dans le ber.  Didace ne l'avait pas bien regardée encore; il avait attendu d'être seul.  Il se pencha au-dessus du ber, une première fois d'abord.  Puis, une deuxième, pour plus de certitude.  Il se frotta les yeux.  un gros noeud se formait dans sa gorge.  Mais oui, l'enfant avait le front bas, volontaire, des Beauchemin, avec les cheveux noirs et drus et le nez large, incomparable pour prendre l'erre du vent.  Comme lui!  À son image, elle était de sa race!» Germaine Guèvremont, Marie-Didace, p.155

«Mon père et moi aurions logiquement dû nous placer au centre du troupeau, dans la section de ceux qui font la course en quatre heures.  Seulement voilà, pour un gnou comme lui, un gnou habitué à donner des coups de cornes, un gnou qui n'en fait qu'à sa tête, il est inadmissible de se placer au milieu du peloton.  Je me retrouve donc, à douze ans, aux côtés des meilleurs coureurs, à quelques mètres de la ligne de départ.» Bryan Perro, Pourquoi j'ai tué mon père, p.31

«Les bûcherons enlevaient le mackinaw, prenaient la hache et han! han!  Le bois voisin répondait han! han!  Oooh! criaient les hommes, oooh! répliquait l'écho, et crac, griche, frouche, crac! un arbre plongeaient en hurlant, secouait la neige...» Félix Leclerc, Pieds nus dans l'aube, p. 129

«L'hiver, j'apprécie toujours de ne pas avoir assez de fric pour me payer une voiture.  J'ai le temps de me rendre tranquillement au travail les mains dans les poches en sifflotant, d'acheter mon café et de manger deux croissants, que mes voisins en sont encore à dégivrer leurs serrures et à donner des coups de pied sur les pneus en hurlant contre l'inutile nouvelle patente de Canadian Tire, qui vient tout juste de leur casser dans les mitaines.» Stéphane Dompierre, Un petit pas pour l'homme, p. 128

«Aussitôt, avec un ronronnement accéléré, le robot se tourne d'un bloc et glisse vers la cuisine.  Adam remarque trois petites roues surgies sous l'appareil.  Zabulon, jusqu'ici indifférent, n'apprécie pas le monstre bourdonnant qui s'approche vers lui.  En bon chien de garde, il gronde de son ton le plus menaçant, poil hérissé, crocs découverts.» Suzanne Martel, Nos amis robots, p.24

«Ça le fait sourire.  Sa mère pouvait être drôle.  Oui, elle pouvait être drôle, mais aussi casse-pieds.  Elle n'a jamais aimé les filles qu'il amenait à la maison, mais ça il le sait, c'est un classique, c'était comme si elle lui disait, chaque fois, pourquoi tu ne me choisis pas?»  Marie-Sissi Labrèche, La vie sur Mars p. 62

«Il y a ces gestes que je n'ai pas appris à faire quand j'étais petite.  Je n'ai pas appris à cogner à une porte avant d'entrer dans une maison.  Je n'ai pas appris l'importance d'arriver à l'heure à un rendez-vous.  Ma mère ne m'a pas appris à gérer convenablement mes finances.
Et toi Julie, sais-tu reconnaître les pistes du lièvre?  Sais-tu lire le temps qu'il fera sur les feuilles des arbres?  Sais-tu entendre, au-delà de la souffrance qui est visible, le pouls d'un coeur qui s'accélère pour continuer à battre?»  Naomi Fontaine, Shuni, p. 31

«3 juillet
M'enfuir.  J'ai claqué toutes les portes pour aller m'échouer dans mon auto et j'ai grignoté les routes du Québec, kilomètre par kilomètre, conduisant mon désarroi fugitif sur les chiffres: la 31, la 40, la 55, la l38.»  Roxanne Bouchard, Whisky et paraboles, p. 9

«Veux-tu que je te dise comment elle est cette langue?  
    Vois la montagne, elle se nomme otso...  Mais dis-le dans un chuintement, les sons à peine portés, les lèvres demi-fermées.
    Et si la montagne (otso) s'ajoute à d'autres montagnes et devient une chaîne, c'est nattekam.  Un mot pour chaque chose et pour chaque chose un mot différent, un mot seul et non les phrases assemblées de tes langues pauvres.»  Yves Thériault, Ashini, p. 46

«Nous parcourûmes ainsi toute la maison, ou plutôt, j'eus l'impression que je volais à travers toute la maison.  J'étais à six pieds au-dessus du sol et je me glissais partout sans avoir à marcher!  Le corridor défilait à toute vitesse, les différentes pièces de l'appartement étaient parcourues comme si j'étais un oiseau pressé en visite, les portes s'ouvraient sans que j'ai à tendre la main.  Et tout ça à une telle vitesse!  J'étirais la main pour voir si je ne sentais pas l'air passer, comme en voiture.  Non.  Quand même, on allait pas si vite que ça!  Le téléphone mural, l'objet le plus défendu de toute la maison, passa à côté de moi, à hauteur d'épaule de mon père.  J'aurais aimé qu'il sonne, répondre, crier: «Chus dans les bras de mon père pis c'est la plus grande aventure de toute ma vie!» »  Michel Tremblay, Bonbons assortis, p. 56

«Le lavoir
«Pour une heure de travail, une éternité de bonheur.»
Cette bonne pensée est affichée au mur du lavoir, dans la buée des bouilloires fumantes et des cuves.  Savonnage, brossage, rinçage, essorage.  Tout le linge du mois y passe, petit linge et gros linge.  Penchées sur les cuves, les religieuses font la lessive, sans parler, dans un bouillonnement d'eau et un frottement de planches à laver.» Anne Hébert, Les enfants du sabbat, p. 57

Bonne fête nationale du Québec à tous!

@+ Mariane

jeudi 18 juin 2020

Les déserteurs temporels de Robert Silverberg

Les déserteurs temporels  Robert Silverberg  Presse-Pocket  Collection SF 192 pages


Résumé:
2490.  Joseph Quellen est un agent de septième classe qui a enfin réussi à obtenir le droit d'avoir son propre logis... où il a installé un téléporteur le menant à un petit coin paradisiaque en Afrique, un rêve totalement inaccessible pour quelqu'un de sa classe vu la surpopulation de la planète.  S'il est autrement un agent efficace du gouvernement, il se retrouve face à une cause difficile: il est écrit dans les annales que depuis quatre ans et jusqu'à l'année suivante, des déserteurs temporels feront le saut dans le passé pour fuir leur avenir bloqué.  On le sait à cause des dates d'arrivées de ceux qui sont retournés dans le passé.  Mais voilà, comment découvrir la vérité sans compromettre le passé et par le fait même, modifier le présent?

Mon avis:
Robert Silverberg est un auteur prolifique de science-fiction.  Sa liste de parutions n'a aucune chance de tenir sur une seule page, ni même sur deux.  Ce qui en fait un auteur qui a un métier énorme et donc une grande facilité dans certains domaines, mais également un auteur qui a dû développer des techniques pour réussir à publier autant.  Les deux se ressentent dans ce livre.

De un, les personnages, à l'exception de Quellen sont assez grossièrement définis.  Ils n'ont souvent qu'une ou deux motivations, essentiellement liés à leur statut professionnel ou conjugal, n'ont aucune vie en dehors de ce qui est directement lié à l'intrigue, sont peu décrits physiquement et leurs rôles sont essentiellement utilitaires à l'histoire.  Mais comme l'auteur a du talent, ça passe presque comme du beurre dans la poêle.

 De deux, l'histoire réussit à très bien tirer son épingle du jeu envers les potentiels problèmes que peut avoir le fait d'empêcher des voyages vers le passé... sur le présent.  Les discussions qu'ont les personnages sur le sujet sont vraiment bien tournées et demeurent intéressantes tout au long du livre.  L'auteur explore ici un aspect pas si exploré de la SF: si on sait que des gens ont autrefois atterrit dans le passé depuis le présent, comment doit-on agir envers ces personnes dans le présent?  Grande question que l'auteur exploite avec un doigté évident.

On reste dans l'action tout du long et l'intrigue tient quand même bien la route, malgré une ou deux couleuvres ici et là que l'auteur nous balance.  (Vraiment, un chef suprême pareil?  Sérieux?)  On se laisse facilement emporter, mais on voit quand même les ficelles qui sous-tendent l'ensemble.  C'est un divertissement honnête, mais ce n'est pas un grand roman.  Silverberg a fait beaucoup mieux dans son oeuvre.

Ma note: 3.75/5

lundi 15 juin 2020

Les dizaines d'épaules à la roue

Salut!

Il y a quelques semaines, j'ai lu un article dans La Presse qui m'a fait énormément réfléchir.  Il parlait de ses auteurs qui voyait pratiquement leurs livres paraître... pour quasiment rien.  Je parle de ceux qui sont parus quelques jours ou semaine avant la pandémie.  Qui sont débarqués et sont sur les tablettes des libraires, disponibles à la vente, majoritairement en ligne depuis, mais qui n'ont pas eu droit à ce qu'un livre a normalement droit en terme de promotion: des lancements, des salons du livre, des rencontres dans les bibliothèques, des critiques, des entrevues dans les médias (pour les chanceux!), des piles de livres dans les librairies, la campagnes de publicité. les réseaux des éditeurs qui se mettent en branle, des affiches que l'on croise,  les représentants qui vont de librairie en librairie présenter les livres, les présentations des éditeurs et des distributeurs, des libraires passionnés qui font le lien entre le livre et les lecteurs, tous ces petits coups de pouce comme autant d'épaules à la roue qui permet à un livre de faire son chemin dans la vie, d'être découvert, connu et ultimement lu.

Ce sont les mains invisibles du milieu du livre.  On voit facilement l'auteur, c'est normal, c'est son livre, c'est lui qui le défend et c'est son oeuvre.  Sauf qu'il n'est pas le seul à mettre l'épaule à la roue.

Ce n'est pas pour rien que l'on parle de chaîne du livre.  C'est comme la chaîne alimentaire: on a besoin de toutes les étapes pour trouver du succès à la fin du processus, si on enlève une étape, ça craint.  Ce n'est pas garanti, bien sûr, mais si tout le monde pousse dans la même direction (et je ne connais pas grand monde dans le milieu du livre qui ne veulent pas le succès d'un livre, voir de tous les livres), les résultats sont souvent au rendez-vous.  Bien sûr, la conjoncture joue pour beaucoup.  Si le livre est un coup de coeur pour tout le monde, l'enthousiasme sera au rendez-vous. il aura plus de succès.  Si le livre ne plaît pas à une majorité, il peut tomber dans l'oubli.  Et vu la quantité de livres qui paraissent (des fois en librairie, on pouvait recevoir entre 150 et 300 titres par semaine!), c'est très dur de défendre tout le monde de manière égale.  Mais...

Si personne ne se lève pour défendre un livre, il n'aura que peu de chance de faire autre chose qu'un petit aller-retour entre une librairie et un entrepôt.  Ensuite, ce sera la liquidation ou pire, le pilon.  Et une seule personne ne peut pas tout faire.  Comme l'autopromotion l'a amplement démontrée, une personne qui fait tout, toute seule, peut avoir du mal à ratisser large et ne pas être capable de rencontrer tous les publics.  Parce que certains seront convaincus par une campagne de pub, d'autres par un article dans le journal, certains par un autre lecteur enthousiaste (le bouche à oreille est une arme redoutable qu'aucune campagne de marketing ne peut surpasser!).  Néanmoins, l'arme ultime est quand tous ces facteurs se cumulent: on entend parler d'un livre à la radio, on voit une affiche dans un salon du livre, on tombe sur une invitation à une rencontre avec l'auteur à la bibliothèque, un blogueur(se) fait une critique du livre qu'il partage sur Facebook...  C'est la multiplication des rencontres avec le livre qui favorise le geste d'aller le chercher à la librairie, à la bibliothèque ou de l'emprunter à un/une ami(e).  Plus de gens mettent l'épaule à la roue, plus elle aura de chance de rouler.

Le hic, c'est que de monopoliser autant de monde, ça coûte des sous et au bout du compte, même si tout le monde travaille pour lui, c'est l'auteur qui fait le moins d'argent...

@+ Mariane

P.S. On a beaucoup parlé de l'importance de l'achat en librairie indépendante au cours de cette pandémie.  J'encourage tout le monde à continuer à le faire, même après.  Je vous encourage aussi à acheter des livres parus en janvier, février et mars de cette année, surtout si ce sont des livres d'auteurs qui n'ont pas la chance de compter sur une machine commerciale derrière eux.  En achetant un livre, vous allez aider un auteur, la librairie qui le vend, l'éditeur et le distributeur, tout ce beau monde qui vous enchante à longueur d'année avec leurs parutions.  Merci de leur part d'ajouter votre épaule à la roue!  (et surveiller mes critiques dans les prochaines semaines, j'applique ce principe à moi-même!) 

jeudi 11 juin 2020

Les lettres d'Edith Wharton

Les lettres  Edith Wharton  Gallimard  Folio  91 pages


Résumé:
À Paris, Lizzie West tombe amoureuse de Vincent Deering, le père de la petite fille dont elle est l'institutrice.  Devenu veuf, Deering doit repartir aux États-Unis.  Ils promettent de s'écrire, mais rapidement, Lizzie ne reçoit plus aucune lettre.  Quelques années plus tard, alors qu'un héritage lui a échut par hasard, elle le recroise par hasard.

Mon avis:
Ça faisait un bout de temps que je voulais lire Edith Wharton, une auteure dont j'avais beaucoup entendu parler et en très bien.  Je n'ai pas été déçue.  Plus qu'une histoire, l'auteure nous invite à plonger dans les émotions d'une personne, une femme, mais avec une précision et des nuances formidablement détaillée, comme de la dentelle.  On suit ainsi Lizzie dans les allers-retours de son coeur auprès de Vincent Deering.

Même si on est au plus près d'elle, on remarque beaucoup de détails qu'elle ne parvient pas à comprendre et on voit beaucoup de petites choses qui éclairent sur une situation, qu'aveuglée par l'amour, elle ne voit tout simplement pas.  Et juste avec ça, l'auteure fait preuve d'un talent rare, car elle réussit à nous faire vivre deux histoires en parallèle, qui s'imbrique: celle de l'amour de Lizzie pour Deering et celle de Deering lui-même, que Lizzie ne voit pas, sans jamais quitter le seul point de vue de la jeune femme.

Le récit étant court, je ne vous dévoilerais pas la fin, mais dans les allées-retours, les hésitations, les décisions et les retournements, l'auteure nous dresse un superbe portrait de femme et d'une époque également.  Il n'y a pas un mot de trop, tout est ciselé, pensé, soupesé et dans ce magnifique montage, on oublie presque la beauté des mots pour s'attarder à ce qu'ils transportent.  Un petit régal presque trop bref.

Ma note: 4.75/5

mardi 9 juin 2020

Le poids du papillon d'Erri de Luca

Le poids du papillon d'Erri de Luca  Gallimard  Folio  81 pages



Résumé:
Un chasseur, alors qu'il était jeune, a tué une femelle chamois.  Depuis, son fils règne sans partage sur une harde.  Mais chasseur et chamois prennent de l'âge et voit venir leur fin.  L'occasion d'une nouvelle rencontre?

Mon avis:
Le livre commence par raconter l'histoire de la brève rencontre entre le chamois et le chasseur et explique que c'était il y a longtemps, que l'hiver vient et ce sera leur dernier.  Tous les deux le savent.  Et ensuite, l'auteur réexplique tout ça dans des mots différents, une première, puis une deuxième fois...  C'est verbeux à souhait, ça ne fait pas avancer l'histoire et plusieurs formulations de phrases me donnaient l'impression d'être boiteuses, comme s'il manquait un mot.  Effet de style sans doute volontaire, mais bon, ark.  Bref, c'était loin d'être excellent.

Une deuxième nouvelle complète le livre, qui a toute les défauts d'écriture du premier texte.  Rien à signaler.

Fort heureusement que c'était court...

Ma note: 2.5/5

lundi 8 juin 2020

Le futur vers le passé

Salut!

En 1999, quand je me suis assise au cinéma en compagnie d'un de mes amis mordu-à-un-point-extrême pour regarder l'épisode 1 de Star Wars, qui était aussi le 4e film sorti chronologiquement dans une galaxie lointaine, très lointaine, la mode n'était pas encore très forte de reculer dans le temps pour aller explorer le passé des événements.  Certes Tolkien avait écrit plusieurs tomes des Contes et légendes inachevées, mais la mode de l'antépisode n'était pas si forte.  Seulement, voilà, depuis que la trilogie de Georges Lucas a été dévoilée, on dirait que les créateurs ont découvert une mine d'or inexplorée.

À vraie dire, il y a quelque chose de normal là-dedans, surtout pour les univers issus de l'imaginaire.  Ils ont dans leur ADN la création d'un arrière-monde qui prend racine dans le passé.  Parce que construire un arrière-monde signifie construire l'histoire de cet arrière-monde.  D'où vient la structure politique, d'où vient la culture, d'où vient la société, l'architecture, l'art, les conceptions du monde, comment toutes ces choses qui existent aujourd'hui ont été conçues, sont arrivées?  Pour que le monde qui se déploie devant nous soit cohérent, c'est d'une absolue nécessité.  Il faut le savoir ou, si on ne le sait pas, l'auteur(e) lui(elle) doit le savoir.  Donc, souvent l'histoire que l'on nous raconte s'appuie sur des événements qui sont déjà arrivés et qui ont un impact fort sur le présent.

Dans ma jeunesse, quand on allait voir un film, si on allait voir un autre film dans le même univers, on allait voir la suite.  Donc, en toute logique, on progressait dans le temps (à la notable exception de la série Retour vers le futur qui exploitait joyeusement l'idée de va et vient dans le temps).  Maintenant?  Ishh...  Star Wars a lancé la mode, mais les Animaux fantastiques sont situés bien avant Harry Potter, on a étiré Bilbo le hobbit sur trois films de trois heures (alors que ce n'est qu'un prélude au Seigneur des anneaux), on a fait un reboot de Star Trek pour lequel (tousse) on a réécrit l'histoire des personnages... bref, on avance pas.  On revient sur nos pas, on revit la même histoire, on recule dans le temps, on reraconte le passé...  Mais pourquoi?

Bon, ok, une des raisons est facile à comprendre: c'est beaucoup plus facile de retourner sur ses pas et de parler de quelque chose qui s'est déjà passé.  Risque minimum!  On a une bonne idée des événements, mais on ne sait pas le comment et même parfois le pourquoi.  Ou des fois, on pense le savoir, mais la réalité est toute autre chose...  Ça devient intéressant de connaître la vraie histoire, avec ses zones d'ombres.  De revivre les mêmes moments aussi.  De comprendre.  On rejoue la même histoire qu'on a adoré.  Encore.  Et encore.  Et encore.  On reste ainsi dans le connu, le familier, le rassurant.  En fait, on dirait que les adultes sont devenus comme les enfants: ils veulent revoir la même histoire, encore et encore, comme des gamins qui mettraient la Reine des neiges sur repeat en changeant légèrement le décor et les acteurs.

Mais c'est aussi saprément emmerdant à la longue.  Et en parallèle, ça en dit beaucoup vers nos sociétés actuelles.  De un, on ne prend plus de risques en créant de nouveaux contenus.  Pourquoi créer du nouveau quand on peut réutiliser des histoires qui ont déjà marché et carburer sur ce succès? De deux, on n'avance pas, on revient toujours en arrière.  Comme si on avait trop peur de l'avenir...

On dirait qu'on revient à la Renaissance où l'une des grandes idées étaient de retrouver la grandeur de l'Antiquité.  C'est fou.  On ne revient jamais en arrière pourtant.  Le passé peut être intéressant à explorer quand il éclaire le présent, mais le revivre n'est pas quelque chose de possible et j'ajouterais, de souhaitable.  Reculer a du sens quand c'est pour mieux avancer, pas quand ça devient une valeur en soi.

@+ Mariane