jeudi 17 juin 2021

Les constellées de Daniel Grenier

 Les constellées  Daniel Grenier  Collection Bonzaï  Marchand de feuilles 603 pages

Résumé:

Durant une année entière, Daniel Grenier a relevé le défi lancé par son éditrice de ne lire que des livres écrits par des femmes et de tenir un journal de lecture racontant ses découvertes et ses réflexions.  Pendant un an donc, et à coup de thématique (le corps, les autrices autochtones, le genre, etc), l'auteur explore, se remet en question, découvre et nous fait par la même occasion connaître toute une littérature foisonnante de plumes féminines, connues ou moins connues.

Mon avis:

Je suis entrée dans ce livre sans trop d'attentes, surtout curieuse et ma foi, quel choc!  Pas parce que c'est particulièrement bien écrit (même si c'est le cas), mais par l'ampleur de la démarche de lecteur dans lequel l'auteur s'est lancé.  Il ratisse large, mais en le faisant, ne se contente pas de lire, il tente de comprendre.  C'est pourquoi ses lectures sont attentives, analytiques: il ne les survole pas, ne tente pas de lire au hasard, son parcours est choisi et réfléchi. Ce qui le rend d'autant plus intéressant.

L'auteur a choisi d'orienter ses lectures par thème: le corps, l'essai, l'autofiction, les autrices autochtones, etc.  Chacun est l'occasion de creuser le sujet et de confronter le point de vue de différentes autrices.  Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est qu'il met en lumière des autrices proches du point de vue de leurs écrits, mais qui peuvent avoir des points de vue très opposés.  Et c'est leurs textes qu'il questionne avant tout et surtout, s'il aborde leur vie, il ne lit pas leurs oeuvres à la lumière de celle-ci, mais bien pour enrichir son point de vue de lecteur.

Et il y a l'ampleur du sujet.  Loin de se contenter de lire des autrices connues, l'auteur prend le temps de gratter, de lire et de se renseigner sur leurs contemporaines, de faire des liens entre les sororités de plumes.  Le portrait qu'il en dresse fait montre de l'immensité de l'oubli dans lequel de nombreuses écrivaines ont basculé et sa façon de raconter nous montre qu'il ne s'agit pas de cas isolés: des mouvements complets sont tombés dans les oubliettes de l'histoire littéraire.  Attendez-vous donc à pas mal de découvertes!  Quand on ajoute à ça la qualité de la réflexion faite sur les textes, ça ne donne que plus de valeur et d'intérêt à sa démarche.

Le texte est particulièrement dense.  Tout à la fois, il explique, réfléchi, questionne et cite les textes lus.  Il faut parfois s'accrocher à certains chapitres ou à certaines autrices qui attirent moins notre attention, mais son travail est fouillé et soigné d'un bout à l'autre.  Un mini-point négatif: l'auteur lit couramment l'anglais et les citations de textes provenant de la langue de Shakespeare ne sont pas traduites.  Et certains textes sont écrits dans un anglais plus proche de l'argot, ce qui ne les met pas à la portée de tout le monde.  Je comprends la démarche, mais traduire les extraits et les mettre en lien sur le site web de la maison d'édition aurait été une façon de rendre ces textes plus accessibles.  Néanmoins, je suis heureuse du choix fait par l'auteur, car il permet de largement donner la parole aux autrices elles-mêmes.  

Ma liste de livres à lire a sérieusement pris du volume avec ce livre! On découvre une multitude de voix, qu'il met en relation entre elles pour nous faire découvrir des zones d'ombre de la littérature mondiale, des voix riches et variées.

Tout un exercice et une brique à lire, mais une traversée formidable et un livre que j'ai vraiment aimé!

Ma note: 5/5

lundi 14 juin 2021

Pourquoi mes livres traînent partout ou le paradoxe des tablettes

 Salut!

Chez moi, les livres traînent un peu partout: sur la table de cuisine, sur mon bureau d'ordinateur, sur ma table basse dans le salon, en piles que j'essaie de maintenir stables, mais qui ne le sont pas toujours.  Et je n'ai le réflexe de les ranger sur les tablettes de ma bibliothèque que lorsque je ne peux plus faire des piles.  C'est un comportement un peu instinctif, j'ai toujours fait ça.  Quand un nouveau livre arrive chez nous, il peut passer des semaines à traîner partout avant que manquant d'espace pour les empiler, je ne lui déniche un petit coin dans ma bibliothèque.

C'est avec le confinement puis mon déménagement que j'ai enfin compris pourquoi je faisais ça.  Tout simplement parce que quand un livre est sur une tablette... je l'oublie.  Les livres qui traînent un peu partout, je les aie sous les yeux en permanence, je les vois, les déplace parfois, ça oblige mon cerveau à prendre encore et encore conscience de leur présence.  Ça me rappelle qu'ils ne sont pas encore lus.  Et que je devrais bien me décider à les ouvrir.  Sauf qu'en bonne lectrice-écureuil, j'ai plus souvent des livres qui rentrent que des livres qui sortent et mon rythme de lecture est assez variable depuis quelques années.  D'où l'embouteillage un peu partout où ils sont visibles, autant de façon de faire, hé, tu l'as acheté il y a pas longtemps, mais tu l'as pas encore lu, c'lui-là, tu devrais t'y mettre!  Oui, oui, les livres sur mes tablettes, je les vois, je sais qu'ils sont là, mais ils sont justes moins tout le temps sous mon nez.  Et ça fait une différence.  

Une tablette de bibliothèque, c'est fait pour le long terme.  Les livres sont là pour y rester, on ne les en sort pas souvent ou plutôt, pas tous à la fois en même temps (sauf si on déménage!).  C'est totalement et entièrement psychologique, mais j'ai moins tendance à aller jouer dans mes livres tablettés (ouch l'expression) que dans mes livres qui traînent partout.  C'est aussi la raison pour laquelle je n'ai pas de portes en verre sur mes bibliothèques: obstacle de plus, minuscule, certes, mais réel.  Cette simple vitre est un obstacle de plus entre moi et l'objet.  Je préfère épousseter (même avec un chat qui perd ses poils).

Sauf que là, j'ai déménagé et donc, entièrement réarrangé mes bibliothèques.  J'ai toujours classé mes bibliothèques en deux zones: l'une est consacrée aux livres lus et l'autre aux livres non lus.  Dans mon ancien appartement, les livres non lus étaient situés de façon à ce que lorsque je m'asseyais sur mon divan (mon lieu de lecture favori), ils n'étaient pas visibles et les livres lus, devant moi.  Je ne m'en étais jamais rendu compte avant.  Donc, si je levais les yeux de mon livre ou détournait un instant le regard de l'écran de télé, je ne voyais que les livres que j'avais déjà lus.  De beaux souvenirs de lectures, certes, mais justement, des livres que j'avais déjà lus.  Pas besoin de me rappeler que je ne les avais pas encore lus, c'était déjà fait dans leur cas!

Et là, avec le bouleversement du déménagement et le reclassement de livres, je me suis retrouvée à avoir une bibliothèque, bien installée presque en face de mon divan, rempli des livres dont je n'ai pas encore tourné la première page.  Et donc, quand je lève les yeux de mon livre, détourne un instant les yeux de mon écran de télé ou regarde simplement dans le vague, je me retrouve à regarder les livres que je n'ai pas encore lus au lieu de ceux qui le sont déjà.

Et ça fait une différence!

Parce que j'ai un constant rappel des dizaines (ok, centaines) d'histoires que je n'ai pas encore lues directement sous mon nez et qu'ils reviennent souvent dans mon champ de vision, ça me donne encore plus envie de me lever, d'aller les chercher et de les lire.  Que ça fasse un bail que je les aie ou juste quelques mois.  C'est le pouvoir d'avoir quelque chose sous les yeux, de le voir en quelque sorte, qui fait la différence.

Cependant, cette découverte n'a pas changé mes vieilles habitudes: j'ai encore des livres qui traînent partout.  Et bon, je ne pense pas que ça va changer de sitôt.

@+ Mariane

lundi 7 juin 2021

Réinventer le passé

 Salut!

Récemment, j'ai écouté une série télé diffusée sur AppleTV, Dickinson sur la vie de la poétesse américaine Emily Dickinson.  C'est donc une série d'époque, mais avec une ''twist'' très moderne: les costumes sont d'époques, les normes sociales, les caractères, l'arrière-monde le sont aussi.  Mais dans le traitement des personnages, dans les réactions de ceux-ci, on apporte une touche très moderne.  Ainsi, Emily y est queer et féministe, revendique souvent, est amoureuse de sa belle-soeur (leur vie intime est clairement évoquée) et a souvent des réactions qui appartiennent clairement plus au registre du 21e siècle au 19e.  En écho, la trame sonore est bourrée de tubes d'aujourd'hui et les personnages, entre deux danses guindées, peuvent se permettre des mouvements de twerk en robes à crinolines.  

De la façon dont c'est fait, on comprend très vite que l'on est dans une réinvention du passé, dans un passé que l'on imagine, plutôt que celui, se voulant plus réaliste que de nombreuses séries télés et films sur le 19e siècle qu'on nous présente depuis quelques décennies.  Et pourtant, ça marche!  Le spectateur.trice fait la différence entre ce qui appartient au fantasme moderne et à la réalité.  À la fois parce que c'est assez évident et parce que c'est voulu ainsi.

Ça me fait penser à une autre série en jupons et corsets que j'ai vu à la fin de 2020: Bridgerton.  Celle-ci était plus proche du traitement habituelle pour cette époque (accent mis sur la course au mariage, commérage, importance des convenances, etc), mais s'attaquait plus frontalement que Dickinson à la problématique de la diversité à l'écran.  La moitié de la noblesse, même la reine, avec la peau noire?  Pas de problème!  Et passé la surprise initiale, on s'y fait très rapidement.  D'un seul coup, les domestiques blancs pour un duc noir, des couples interraciaux, les relations de pouvoir inversées entre les différentes couleurs de peau... existent sont acceptées, normales, circulez, y'a rien à voir.  Une idée du 21e siècle qui vient se greffer sur un contexte historique, mais en tord les codes et les représentations pour réinventer ces histoires et leur donner une touche de modernité qui les rendent immédiatement plus contemporaines.

Je donne des exemples issus des séries télés, mais la littérature fait la même chose depuis des décennies.  Le steam punk est en soi un genre où on réinvente l'époque victorienne.  Si les femmes y sont souvent aussi corsetées que sous le véritable règne de la reine Victoria, mais elles peuvent y être bien d'autres choses que préoccupées à faire un bon mariage, mères au foyer ou préoccupées par les commérages en buvant une tasse de thé.  Toutes les uchronies touchent un peu à cette idée, mais certaines embrassent plus l'idée de réinvention.  Et chaque époque réinvente en tenant compte de ce qui l'agite: de nos jours, c'est la diversité, de couleur de peau autant que d'orientation sexuelle ou de genre, qui importe.  

Car la réinvention du passé dans la fiction est peut-être une façon de faire oublier les laideurs que l'on y voit trop souvent: le 19e siècle a été le siècle de l'esclavage, de la colonisation et du sexisme, toutes choses que notre époque combat, mais que les livres d'histoire nous ramènent en plein visage comme étant notre passé.  En le réinventant, en lui donnant un autre visage, mais inventé, même fictif, on essaie un peu de corriger nos erreurs et de le transformer pour qu'il soit plus semblable à ce que l'on aimerait qu'il soit aujourd'hui.  Réinventer le passé en fiction pour se construire un passé imaginaire plus près de ce que l'on aimerait qu'il soit.

La fiction le permet alors pourquoi pas?  Parce que créer des images du passé plus proche de ce qu'on aimerait qu'il soit, plutôt que comme il a été, nous permet aussi d'imaginer une société plus juste pour l'avenir.  Ce n'est pas parfait, ça ne règle rien, mais ça permet d'ancrer dans les esprits des images différentes et quelque part, c'est peut-être ainsi que l'on réussira à construire un avenir loin des images figées de notre réel passé.

@+ Mariane

lundi 31 mai 2021

Je déballe ma bibliothèque

 Salut!

Je pique ici un titre à Walter Benjamin, mais je ne peux pas m'en empêcher: c'est très représentatif de ce qui s'est passé chez moi dans les derniers jours.  Parce qu'au cours des dernières semaines, j'ai méticuleusement, soigneusement et patiemment emballé tous les livres contenus dans mes bibliothèques, je les aie mis dans des boîtes et j'ai déménagé les-dites boîtes... dans mon nouveau chez moi.

Parce que nouveau chez moi il y a!  Patchoulie et moi sommes redevenues rive-sudiennes!

Patchoulie découvrant son nouveau royaume

Sauf que, en bonne lectrice avide, j'ai des bibliothèques et qui dit déménagement et bibliothèque, dit, boîtes et boîtes de livres!  Ça n'a pas été trop pire de les faire.  Ayant été libraire, j'ai de l'expérience dans les boîtes de livres (cinq ans à faire des retours...) et bon, ça a été la partie facile de la mise en boîtes!  La cuisine a été bien pire!

Je vais faire une affirmation en partant: je déteste déménager.  Pas pour rien que mon animal fétiche est le chat: comme lui, il me faut un territoire et rien ne me dérange plus dans mes habitudes que de devoir tout changer de place d'un coup.  Mais ça en a valu la peine!  

Mais les défaire...

Prendre des livres sur une tablette et les mettre dans des boîtes est une chose, les sortir de là pour les placer en est une autre.  Parce que déposer les livres sur les tablettes signifie aussi faire des choix, un certain classement, créer un décor que l'on va caresser des yeux pendant longtemps.  Les critères qui déterminent comment on va les placer sont de tous genres: esthétiques (les classer par hauteur, par couleur), pratique (par auteur.rice, par genre, par maisons d'éditions) ou par manie du/de la lecteur.rice (par exemple, je sépare les lus des non-lus et la fiction de la non-fiction).

Reproduire l'ordre exact d'une bibliothèque à une autre demande une minutie que je n'ai pas et c'était même impossible dans mon cas parce que déménageant dans plus petit, j'ai dû couper des bibliothèques...  Un reclassage s'imposait. Par contre, le fait de prendre physiquement dans mes mains les livres que j'ai, surtout ceux que j'ai depuis des années, pour les replacer, les déplacer, les reclasser, redonne conscience de leur existence.  

Il y en a que j'ai vu si souvent que j'oublie presque que je les aie, d'autres que je me regarde et me dit oh boy, celui-là, ça fait une éternité (pensez genre le cégep ou l'université) que je l'ai!  C'est d'autant plus triste que je n'ai pas encore lu certains d'autres eux.  Certains me rappellent des rencontres, des événements, des commentaires qu'ont faits des gens à un certain moment ou à un autre.  Beaucoup, beaucoup de souvenirs de lectures aussi et pas mal également de, ah, je serais bien dû pour lire celui-là!

Les livres sont aussi des objets physiques qui ont un poids, une texture, une odeur et qui assemblés, forment un ensemble visuel.  Vivre avec les livres signifie les exposer et les regarder aussi.  On est en contact avec eux, même s'ils sont sur des tablettes et mine de rien, quand on les déplace, c'est l'une des seules occasions où on entrera physiquement en contact avec chacun d'entre eux dans un court laps de temps.  Un rappel de ce qu'ils sont des objets à part entière, même si en tant que lectrice, le contenu m'intéresse infiniment plus que le contenant.

Sauf quand il s'agit de les déménager...

@+ Mariane

lundi 17 mai 2021

Ancrer dans le nommé ou non?

 Salut!

M'est remonté un vieux, très vieux souvenir l'autre jour.  J'étais adolescente et avec une amie, on était partie en camping avec sa famille.  On était à Old Orchard...  Il y avait un motorisé typique des années 90 et deux tentes, une pour mon amie et moi, l'autre pour son frère-par-sa-belle-mère (vive les familles reconstituées!) et l'ami qu'il avait amené.  Sous la tente, mon amie et moi écrivions des histoires. Je n'ai aucune idée si j'ai encore ça quelque part, mais petit doigt me dit que c'est disparu depuis un moment!  C'était des écrits d'adolescent, en partie inspiré d'une série télé de sf dont nous étions deux inconditionnelles.  Une sorte de fanfiction sans que nous sachions que ce mot existait.  Ayant revu quelques épisodes récemment, juste pour le plaisir, je peux vous affirmer que cette série a très mal vieilli et nos histoires, ça doit être pire!

Mais bref, cet été-là, sagement installée sous la tente un jour de pluie, rouges comme des homards d'un coup de soleil attrapé le premier jour à la plage, nous avions écrit une histoire, chacune de notre côté.  C'est drôle, c'est en repassant devant un Wendy's que le souvenir m'est revenu, dans un de ces curieux ressorts de la mémoire dont Marcel Proust avait si bien trouvé su capter l'essence avec sa madeleine.  Bref, dans ses histoires, elle envoyait ses personnages au Wendy's, les faisait loger dans un RamadaInn et leur faisait faire le plein chez Shell.  Moi, j'évitais soigneusement ce genre de précision: mes personnages mangeaient un hamburger dans un resto, ils dormaient dans un hôtel anonyme et ne se préoccupait pas de l'enseigne où ils remplissaient leurs réservoirs.  Deux approches différentes qui nous avaient valu une discussion où nous étions toutes deux certaines d'avoir raison.

Pourtant les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Si on nomme les lieux et les enseignes visitées, voire les marques de commerce, on ancre résolument le texte dans une ambiance et une époque.  Parce que si on parle d'un produit d'Apple, il y a un monde entre le  McIntosh et le iPhone!  C'est faire référence à la même entreprise, mais on en aura des visions très différente.  Parce que les deux produits sont sortis dans des contextes séparés par presque trois décennies et que durant cette période, le monde a beaucoup changé.  Par exemple, dans un roman historique, utiliser les noms de marques populaires à l'époque permet en un claquement de doigts de faire entrer le.la lecteur.rice dans l'ambiance de cette période.  Dire, personnage X attrapa son IPhone et dire personnage X attrapa son cellulaire donne deux tonalités bien différentes à un texte.  L'une est ancrée dans le concret, l'autre est moins précise, mais donne quand même la même information.  Il lui manquera peut-être juste une nuance, un double sens, un ancrage.

Mais ce qu'on perd en précision en ne le mettant pas en étant clair, on le gagne en liberté.  Parce que de dire un cellulaire au lieu de nommer un modèle permet de situer l'histoire de façon moins précise.  Autant au niveau géographique que temporel.  Et ça peut rendre une histoire intemporelle.  J'ai récemment relu La chatte de Colette et c'est précisément le fait qu'elle utilise si peu d'éléments clairement définis qui fait que le.la lecteur.rice peut si facilement imaginer que cette histoire se passe autant dans les années 20, les années 40, les années 50 même que dans les années 30 où elle a été écrite.  On pourrait changer à peine quelques éléments et on aurait une histoire qui pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.  En ce sens, c'est un immense avantage que de ne pas être trop précis et de ne pas nommer les marques.

Bref, les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Ce qui est important, c'est l'intention de l'auteur.rice et la constance tout au long du texte.

@+ Mariane

lundi 10 mai 2021

La classe moyenne n'est pas très fantasy

 Salut,

L'autre jour, en fouinant dans mes livres, je suis tombée sur mes romans de fantasy.  Dans ce type de roman, le personnage du chevalier/guerrier/mage/roi/prince etc domine, c'est souvent l'une des caractéristiques du genre.  Les versions plus actuelles mettent aussi en vedette leurs contreparties féminines et on y verra sûrement des personnes non-binaires un jour, si ce n'est pas déjà fait.  À l'autre bout, on se frottera aussi à la populace, ceux qui vivent dans la pauvreté et la crasse, voir la criminalité.  Ceux qui se battent pour manger chaque jour et où vont s'encanailler ceux de la haute société.

Entre les deux?  Pas grand chose.

Il y a les aubergistes, les marchands et les artisans, grosso modo.  Certes, la société médiévale était séparée entre des classes sociales ne laissant pas beaucoup de place entre le peuple et les nobles, mais entre les deux, prise en sandwich, la classe moyenne a pas mal toujours existé, plus ou moins grosse selon les époques.  Seulement, dans les romans de fantasy, elle est juste.. en arrière-plan.  Et pourtant!

Celui qui n'a jamais croisé un aubergiste dans un roman de fantasy n'a probablement pas lu grand chose: roman de fantasy = voyage et donc, de devoir se loger de temps en temps.  L'aubergiste, homme ou femme, est donc un personnage qui fait partie du décor.  Le hic, c'est qu'il n'est jamais le personnage principal.  C'est toujours un personnage en lisière de l'histoire, qui sert le plus souvent  à alimenter les péripéties, rarement un protagoniste et si c'est le cas, il sera le plus souvent secondaire.  Pourtant, des histoires qui se passent dans une auberge, ça pourrait alimenter pas mal d'univers, tout simplement parce que toute la société finit par avoir besoin de cet endroit un jour ou l'autre.  Mais... non.

L'artisan est aussi présent, mais encore là, il n'est pas le protagoniste de l'histoire.  Il ou elle est le soutien du héros ou de l'héroïne, c'est la personne qui forge les armes, répare les armures, invente parfois de nouveaux objets.  Mais rarement a-t-il ou a-t-elle le premier plan.  Comme si les aventures d'un.e artisan.e, de la création à la vente, n'était qu'un fond sonore, alors que souvent, se batailler avec une épée à forger dans un métal rare, une armure à réparer dans un temps record ou un vêtement à coudre avec la pression d'un.e client.e ingrat.e sur le dos peut être assez houleux comme aventure.  Quant au service à la clientèle, peu importe l'époque, il aura toujours une part d'épique...

Ce qui me tape un peu sur les nerfs par contre, c'est la quasi-absence du marchand comme figure.  Ok, sa place est moins réduite, il aura plus de chances d'être un personnage, voire même principal parfois et ça se comprend: après tout, les marchands voyagent autant que les chevaliers!  Ils peuvent en vivre des aventures!  On parle ici des voyageurs, mais ceux qui restent en ville et brassent des affaires peuvent très bien avoir un joli impact sur les affaires de la cour, surtout s'ils sont riches.  

L'absence de cette classe moyenne en fantasy est parlante par ce qu'elle ne dit pas.  Après tout, soyons honnêtes: la majorité des lecteur.rices du genre sont des membres de la classe moyenne.  Pas parce que les riches n'en font pas partie, mais ils sont moins nombreux.  Et pas parce que les pauvres ne lisent pas, mais ils en ont souvent moins le temps, voire moins les moyens s'ils n'ont pas une bonne bibliothèque à proximité.  Donc, une bonne partie de la classe sociale qui consomme de la fantasy... ne retrouve pas son équivalent dans la fantasy.  On cherche à rêver et à s'évader en lisant ce genre de livres, mais quand même.  On dirait que l'on a du mal à s'imaginer l'entre deux, quelque part entre le haut de l'échelle sociale et le bas.

C'est d'autant plus surprenant que le classique des classiques du genre met en vedette quatre membres de cette classe moyenne que tant d'autres oeuvres boudent: en effet, qui a-t-il de plus classe moyenne que quatre hobbits pantouflards lancés à l'assaut du Mordor?  Et pourtant, qui pourrait nier que ce livre ait une dimension épique?  Qu'il a passionné des millions de lecteur.rice.s?  

Oublier les hiérarchies, fouiller les zones inexplorées, renverser les clichés: la fantasy a encore bien des ressources et bien des choses à faire découvrir, il faut juste arrêter de retourner les mêmes pierres pour renouveler le genre.  Parce que bien des personnages, des situations et des intrigues moins clichés sont sous nos yeux depuis le début.

@+ Mariane

lundi 3 mai 2021

Crier de bonheur à en déranger le chat!

 Salut!

Patchoulie a fait un bond de deux pieds dans les airs quand j'ai lâché mon cri.  Bon, elle passe son temps à dormir (dur la vie de chat) alors je l'ai sûrement réveillé, mais ça valait la peine!

Parce que pour la 2e fois, j'ai remporté le Prix Boréal volet fanédition pour ce blogue!

JE SUIS SUPER CONTENTE!!!!!!!!!!!!

(Bon, imaginez-moi de sauter de joie, de danser sur place et de crier!)

C'est foutument agréable de savoir que je suis appréciée comme blogueuse, lue et reconnue.  Parce que bloguer est un métier solitaire et aussi parce que des fois, je me casse la tête pour trouver un sujet intelligent sur lequel écrire.

Ça me donne un super boost, ça me donne de l'énergie à revendre, ça me donne 10 millions d'idées!

Je suis super contente, mais...

Encore une fois, une deuxième fois, je remporte ce prix en direct de mon appart.

Encore une fois, une deuxième fois, il me manque les applaudissements, les tapes dans le dos autre que virtuelles, les visages réjouis, les Félicitations!!!! à l'annonce du résultat.  Le virtuel ne bat pas le réel, pas pour l'instant.

Mais quand même, je ne vais pas bouder mon plaisir!

On va continuer, comme avant, comme depuis dix ans maintenant.

MERCI À TOUS!!!!

Retour aux billets la semaine prochaine!

@+ Mariane