mardi 26 juillet 2011

La littérature québécoise est-elle ennuyante?

Salut!

Souvent j'entends des gens, surtout des jeunes, me dire qu'il n'aime pas la littérature québécoise.  Pour diverses raisons.  Cela dépend des gens.  Certains disent que c'est parce qu'elle est nombriliste, d'autres parce qu'elle ne les intéresse tout simplement pas, d'autres encore parce qu'ils trouvent qu'en général, elle est destiné à un public plus vieux qu'eux.  Je fais partie de ceux qui ont cherché longtemps avant de se trouver dans la littérature d'ici, parce que c'est vrai que si on ne fait qu'écouter la télé, la radio et les critiques littéraires populaires, on se rend vite compte que les livres dont on parle sont rarement destinés à un public de lecteur jeune quand on parle de littérature québécoise.  Les 20-30 sont souvent négligés dans l'ensemble.  Ou les romans qu'on leur propose sont écrits ailleurs qu'ici.  Pourquoi il n'y a pas de Guillaume Musso ou de Marc Levy au Québec pour faire lire des histoires d'ici?  Ou tout simplement pourquoi les gens d'ici ne se retrouvent pas dans la littérature produite ici?

Ça c'est une grande question.  Pour ma part, pendant des années, quand on me parlait de littérature québécoise, je pensais automatiquement à Michel David.  Ou à Louise Tremblay-D'Essiambre.  Ou à Arlette Cousture (quoiqu'elle publie nettement moins depuis quelques années)  Dans tous les cas, ces romans avaient en commun de parler de personnes ordinaires ayant vécues dans le passé et de raconter des histoires de famille qui bien souvent, mais pas toujours, se passait à la campagne ou dans des quartiers populaires des grandes villes.  Des remakes actualisés des romans de Gabrielle Roy ou du terroir donc.  Euh, pas trop ma tasse de thé donc!  Ça ne me ressemble pas.  Quoique je vois défiler mes clients en rang serré lors de la sortie d'un nouveau roman de Michel David ou Louise Tremblay-D'Essiambre, moi, j'ai l'impression que leurs livres ne sont que des variations sur le même thème.  Ça n'innove pas beaucoup.  Il y a des gens qui adorent et c'est tant mieux, ce public est conquis.  Mais moi, je ne m'y reconnais pas du tout.  Non, mais pensez-y, passer mon temps à lire des histoires parlant de la réalité quotidienne de mes grands-parents?  Vous n'y pensez pas!  Ces romans parlent du passé de la société québécoise, pas de son présent, ni de son avenir!  Et moi, je vis dans le présent, une fois de temps à autre, aller dans le passé, ça me va, mais pas d'y passer mon temps.

Mais dans la production actuelle, si vaste que même la libraire que je suis y perd souvent son latin, il y a tellement plus.  Vous aimez le roman noir?  Aller faire un tour du côté d'Andrée A. Michaud ou des publications de chez Àlire, voir même Coups de tête pour certains titres.  Vous aimez la Chick lit?  Il y a toute une collection chez De Mortagne (oui, oui, ceux-là même qui publie Les chevaliers d'Émeraude!), en plus de titres chez Québec Amérique, Stanké et ailleurs.  Vous aimez le policier?  Goélette en fait de plus en plus, en plus des classiques de chez Àlire.  Du fantastique ou de la science-fiction?  Alors là, frapper à la porte de chez Àlire à coups sûrs, mais quelques autres petites maisons comme Les 6 brumes commencent à se démarquer sérieusement.  De tout je vous dis!  Vous cherchez autre chose?  Quelque chose de plus littéraire, qui vous rappelle le talent de certains auteurs d'ailleurs?  Alors là, venez faire un tour pour me voir ou encore, prenez-vous de bonnes chaussures pour arpenter les Salons du livres: les vrais bijoux littéraires ne passent à la télévision que lorsqu'ils ont fait leurs preuves et encore, pas toujours.  Il faut savoir les chercher.  C'est là l'aventure.  Je dois avouer que j'ai l'immense chance en tant que libraire d'être à la réception de livres.  Je vois passer quasiment toutes les nouveautés entre mes mains et je dois bien me taper une centaine de quatrième de couverture par semaine.  J'ai appris à connaître la valeur d'un livre en lisant ce petit texte très instructif.  Et à reconnaître les bons titres d'un coup d’œil.

Car de très bons titres, de très bons livres, il s'en fait ici.  Absolument aucun doute là-dessus.  La production littéraire québécoise est éclatée, variée, pleine de vie et de verve.  Je trouve seulement dommage celle-ci peine à faire son chemin.  Le peu de temps d'antenne accordé un peu partout à la littérature n'aide pas, mais il y a aussi une habitude bien ancrée chez certain de bouder ce qui se fait ici au profit d'auteurs de l'extérieur.  C'est dommage pour eux.  Ils y perdent de très belles découvertes.

@+ Prospéryne

16 commentaires:

  1. Bonjour Prospéryne,

    depuis trois ans que j'ai créé mon blogue, je ne parle que de littérature québécoise dont je fais partie. Et j'ai découvert de très beaux romans et recueils de nouvelles. Il y en a vraiment pour tous les goûts... Quand je suis arrivée au Québec, il y a trois décennies, j'ai découvert M.-C. Blais et Gabrielle Roy. Normal...

    Oublié de te remercier pour ta solidarité...

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  2. @Dominique, personnellement, je ne parle pas que de littérature québécoise, mais cela ne veut pas dire, oh que non! que je la boude. Je lis de tout, alors il est normal que je parle de tout ça sur mon blogue. Je découvre de plus en plus d'auteur(e)s d'ici au talent fou et je n'arrête pas de me dire, ils sont là, suffit de les chercher ces auteurs! Enfin surtout de les trouver ;)

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  3. La science-fiction et Fantasy, ce n'est pas tout à fait ce que j'appelle la réalité québécoise d'aujourd'hui, là aussi c'est un monde d'ailleurs, dans le futur au lieu du passé. Et encore un futur très imaginaire.

    Suggestion bien contemporaine et dans le monde d'aujourd'hui: Éric Dupont, Guillaume Vigneault, Robert Lalonde.

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  4. @ClaudeL, certes, la science-fiction et la fantasy ne parle pas de la réalité d'aujourd'hui, mais leurs auteurs d'aujourd'hui sont très actifs! Et j'aime beaucoup ce dynamisme. Je note Éric Dupont, il m'avait déjà tapé dans l'oeil, mais je n'aie aucune de ses livres à la maison. Snif Snif!

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  5. Je pense qu'un problème avec la littérature québécoise, c'est que ceux qui sont près des jeunes (les profs, les parents, etc) ne la connaissent pas.

    Et puis les auteurs qui percent vers 35 ans ont le réflexe d'écrire pour ceux de leur âge (donc pas pour les lecteurs dans la vingtaine) ou pour leurs enfants.

    Alors pour les lecteurs dans la vingtaine, c'est le no man's land... Ah tiens, j'vais me mettre une note... Âge de mes prochains personnages : 20 à 23 ans! :p

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  6. Pour ajouter à la liste des romanciers contemporains, il faut ajouter Stéphane Dompierre, Nadine Bismuth, Matthieu Simard et François Gravel qui est mon préféré.

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  7. Je ne connais pas énormément la littérature québécoise, mais j'ai lu deux ouvrages de Michel Tremblay que j'ai adoré. J'ai trouvé cela passionnant, bien écrit et d'une richesse incroyable. De vrais moments de bonheur!

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  8. @ClaudeL, je suis en désaccord avec ton commentaire sur les littératures de l'Imaginaire.

    Bien au contraire, le fantastique, la science-fiction, l'horreur et le policier - que Les Six Brumes incluent dans les littératures de l'Imaginaire - présentent souvent des situations en lien avec la réalité présente.

    Quelques exemples :

    1. Aliss, un roman fantastique de Patrick Senécal traite de la question du passage de l'adolescence à la vie adulte dans un quartier imaginaire de la ville de la dépravation suprême au Québec : Montréal. ;-)

    2. L'Aquilon, une novella de science-ficton de Carl Rocheleau présente un Québec dans lequel le verglas de 1998 ne s'est jamais arrêté, et ses conséquences sur la vie sociale des gens habitant un bloc-appartement nommé L'Aquilon.

    3. Nocturne, un roman d'horreur de Jonathan Reynolds, dépeint le récit d'un groupe de jeunes traqués par un tueur masqué sur fonds de guerre municipale entre les « anciens » (traditionalistes) et les « modernes »... ça fait penser pas mal à la situation actuelle du Québec et du Canada.

    Bref, je revendique le droit pour les littératures de l'Imaginaire de faire partie de la littérature contemporaine, et j'invite tous les lecteurs à faire de même. :-)

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  9. @Gen, hypothèse intéressante en effet, c'est vrai que les gens qui sont proches des jeunes ne connaissent pas nécessairement la littérature et que les gens dans la vingtaine sont moins nombreux parmi les auteurs. Mais il me semble aussi que l'adolescence semble être une source infinie d'inspiration pour les auteurs, alors que la vingtaine... Mouais!

    @Richard, et Sandra Gordon, Perrine Leblanc, Nicolas Dickner... Tu vois quand on cherche, on trouve! Et je suis tout à fait d'accord avec les auteurs que tu cites, surtout Nadine Bismuth.

    @Malorie, ohlà! tu nous sors un monument là! Michel Tremblay est l'un des auteurs québécois les plus importants, mais avantage et inconvénient, il est parfois comme l'arbre qui cache la forêt. Parce que c'est tellement plus que ça la littérature québécoise...

    @Robert-Rage, en lisant ton commentaire, j'ai remarqué que ClaudeL n'avait pas soulevé le fait que dans mon billet, je parle aussi du policier et qu'elle ne semblait pas voir de problème à ce que je l'inclus dans la littérature québécoise. Pourtant, le policier, c'est du roman de genre aussi! Étrange, comme si le simple fait que l'histoire ne se passe pas dans le territoire physique du Québec ou ne parle pas de gens d'ici fasse sortir ce genre de la littérature que l'on peut considérer comme québécoise. Mais à ce compte, L'homme blanc de Perrine Leblanc ne devrait pas être considéré comme de la littérature québécoise (ça se passe en Russie), ni d'autres qui mettent en scène des personnages d'ailleurs.

    Très intéressantes vos réactions tout le monde!

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  10. @Prospéryne : La SFFF (science-fiction-fantasy-fantastique) est souvent vue comme "pas de la littérature" ou alors le fait qu'elle se passe dans un monde imaginaire semble laisser croire qu'elle pourrait avoir été écrite par n'importe qui, n'importe où.

    Pourtant, difficile de faire plus "québécois" que la Peau Blanche de Champetier.

    Le policier, c'est le genre qui passe le mieux.

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  11. @Gen et la manière de raconter, les thèmes, la vision des choses des auteurs de SFFF est souvent très influencé par ce qu'ils vivent. Un auteur québécois n'écrira pas sur les mêmes thèmes et de la même façon qu'un auteur américain, français ou même canadien-anglais. Ça donne à cette littérature la saveur d'ici! ;)

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  12. Robertrage et Gen: vous avez bien fait de me reprendre. C'est ça aussi quand on commence à mettre des étiquettes: roman historique, science-fiction, polar, et même "lecture d'été". Quel mot reste-t-il pour les romans-romans? Et c'est comme ça qu'on a des préjugés défavorables pour un genre, ce dont je m'accuse ouvertement.
    En tout cas, ça nous a permis d'avoir de nouveaux titres et des (nouveaux) noms d'auteurs.

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  13. @ClaudeL, c'est l'avantage des discussions: en parlant de ses idées avec les autres, on découvre tout un tas de choses... dont de nouveaux auteurs! :D

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  14. Et on réalise qu'on a des idées préconçues également.

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  15. Hihihi, en effet! Les étiquettes sont utiles pour classer, mais il ne faut jamais se limiter à celle-ci, sinon, on perd de vue qu'aucune oeuvre n'est parfaitement classable!

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  16. J'aime lire la plume québécoise et ce depuis que je sais lire. Bien entendu, je lis aussi d'autres auteur(e)s et ce peu importe la nationalité car j'aime lire, j'aime le geste, j'aime ce que la lecture m'apporte et ainsi de suite.
    Heureusement, je ne suis pas la seule. Depuis l'avènement des blogues littéraires dans lesquels on parle de la littérature québécoise, comme les blogues de Venise, Allie, Julie, Pierre H, ici et humblement le mien entre autre (mes excuses pour ceux que je ne cite pas)la littérature québécoise attire de plus en plus et ça doit continuer. Alors, faut pas cesser d'en parler et ce peut importe le ou les genres littéraires sirop.

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