jeudi 29 juin 2023

Collegium Chronicles : Changes de Mercedes Lackey

 Collegium Chronicles Tome 3 Changes Mercedes Lackey Daw 388 pages


Résumé:

Au Collegium, tout le monde est désormais épris d'une nouvelle passion: le kirball. À ce nouveau sport, Mags est un héros aux yeux de tous, adulé pour son agilité et pour celle de Dallen son compagnon. Mais en dehors de ce sport, il suit un autre entraînement. Le Héraut du Roi, Nikolas, commence discrètement sa formation pour en faire un espion. Ce qui inclut d'apprendre à se faire passer pour qui il n'est pas. Sauf que les mystérieux assassins qui s'en sont déjà pris à Valdemar ne les ont pas oubliés. Ils seraient de retour, cachés quelque part dans Haven. Et prépareraient une autre manoeuvre: enlever Amylie, la fille de Nikolas et amoureuse de Mags, pour faire chanter son père et ainsi, contrôler le royaume.

Mon avis:

Ça faisait un bout de temps que je ne m'étais pas plongée dans un bouquin de Mercedes Lackey et je suis retombée avec plaisir dans son univers qui m'est si familier. Les problèmes avec l'écriture aussi: une écriture qui tend au tell beaucoup trop, de grandes longueurs qui retardent le début de l'action et certains éléments de l'intrigue qui font se gratter la tête, mais tout de même, un vrai plaisir de lecture, car elle a le don de nous plonger dans les aventures de ses personnages.

Mags, dans sa double vie de héros de kirball (un match occupe tout le premier chapitre, quand je disais des longueurs qui retardent le début de l'action...) et d'apprenti espion, reste Mags: l'enfant obligé de travailler dans une mine dans des conditions d'esclavage qui sait qu'il ne sera jamais complètement comme les autres. Malgré tout, ce rôle d'espion qu'on lui offre lui plaît, à la fois parce qu'il lui donnera une place utile et que ses habiletés naturelles s'y prêtent. Lui qui a un Don particulièrement puissant de télépathie, une très grande facilité au maniement d'armes et une capacité quasiment féline de se promener sur les toits. Ses incessants questionnements, à savoir ce qu'il fait est-il juste, qu'est-ce qui est attendu de lui, sont autant celles d'un adolescent que d'un enfant qui veut se prouver aux adultes qui l'entourent. Et qui doit affronter les changements que le passage à l'âge adulte provoque.

À ses côtés, ses meilleurs amis Bear le guérisseur et Lena la barde ont aussi leurs propres combats à mener, contre leurs propres parents. Le père de Bear désapprouve le fait que son fils soigne avec des herbes parce que soigner devrait être réservé à ceux qui ont un Don, ce dont Bear est dépourvu. Alors que pour ce père, les herbes sont une perte de temps, le jeune guérisseur réussit de petites merveilles qui sont reconnues par ses pairs. Mais comment grandir lorsque l'on n'est pas reconnu par nos parents? Lena fait face au même problème: son propre père, le célèbre barde Marchand va jusqu'à dire qu'il n'est pas sûr qu'elle est sa propre fille pour éviter qu'elle ne lui fasse de l'ombre! Le combat contre les parents, contre l'autorité, est la trame de fond de ce tome, mais il m'a semblé qu'elle était surfaite pour les amis de Mags. Même leurs disputes ne semblaient exister que pour nourrir la trame de ce dernier. De quoi s'ennuyer de Ron et Hermione!

Amylie de son côté est décidée à subir une opération qui lui permettra peut-être de remarcher. Le risque est grand, surtout que Bear n'a pas de Don et supervisera l'opération. Incapable de supporter plus longtemps d'être un poids pour tous, elle veut acquérir son indépendance. Car le temps presse: son statut de cible des assassins redouble la vigilance autour d'elle et lui fait encore plus ressentir le poids de son handicap. Son arc dans ce tome est intéressant, car autant elle souhaite acquérir son indépendance, autant son statut de cible lui attire une attention qui n'est pas sans lui plaire!

L'intrigue générale du tome suit la ligne classique déjà mise en place par les deux premiers tomes de la série: un début peu relié au reste des événements, un événement déclencheur qui survient autour de la page 100 (oui, je suis rendue à ce degré de précision!), une première montée en tension, puis une deuxième qui nous garde rivée sur notre bouquin pour savoir la fin. Avec au passage, beaucoup trop d'événements qui tombent un peu trop bien, comme, ah, tiens, le premier soir où Mags commence son apprentissage d'espion survient l'événement nécessaire pour faire avancer l'intrigue! Et la suite survient le lendemain soir! Quand je disais se gratter la tête. Mais bon, je pardonne ces faiblesses. Parce que l'univers qui entoure l'intrigue est très bien construit et que les personnages sont attachants. Même si ça me tape parfois un brin sur les nerfs, je vais lire la suite!

mardi 27 juin 2023

Quand les mots dansent devant nos yeux

 Salut!

L'autre jour, je lisais tranquillement un livre, quand tout à coup, j'ai eu l'impression que je venais de lire trois fois la même ligne. C'était le cas. J'avais beau prêter attention à ce que je lisais, mon cerveau n'interprétait pas correctement les lettres placées dans l'ordre sur l'écran de ma liseuse. Et ce n'est pas la faute de celle-ci! Le même phénomène m'est déjà arrivé avec un bon vieux bouquin.

Quand on y pense, la lecture est un petit miracle. Par le biais d'une série de caractères, placés dans un ordre précis, avec des espaces entre ceux-ci et une présentation prédéterminée, un être humain peut offrir à un autre une foule d'informations. Que celles-ci soit personnelles, informationnelles ou fictionnelles n'a au fond que peu d'importance. La magie est que deux personnes qui ne se connaissent pas, qui ne se sont jamais rencontrées, peuvent par ce biais échanger des informations. Ceci vaut même pour le billet que vous êtes en train de lire! Je ne vous connais pas nécessairement, mais parce que nous avons ce langage en commun, vous pouvez lire mes élucubrations sur la lecture, le monde du livre et parfois la vie d'auteure sans même que nous nous soyons mis d'accord au départ sur un mode de communication.

Ceci dit, tout cela est possible grâce au moteur secret caché au creux de nos boîtes crâniennes respectives: le cerveau. C'est celui-ci qui, en lien avec nos yeux qui captent les caractères, nos mains qui tournent les pages, nos corps qui s'ajustent pour trouver une position confortable, nous permet de déchiffrer l'information. Et bon, tout l'appareillage susmentionné peut être soumis à de petits problèmes ou à des moments de performance moindre: on peut être fatigué, stressé, ou avoir consommé une substance quelconque qui perturbe nos récepteurs chimiques internes. Ce qui fait que les magnifiques lettres finissent par danser sous nos yeux et le sens du texte peut nous apparaître difficile à saisir, voir obscur. 

Sans compter que le texte lui-même peut-être au-delà de notre compréhension. Par exemple, si vous me parlez d'histoire médiévale, j'en connais assez pour être capable de dégager le sens général du texte, même s'il est farci de mots anciens ou latins. Par contre, si vous me parlez de physique quantique... Un peu normal que je relise dix fois la même phrase : je vais avoir besoin de travailler beaucoup plus afin d'en tirer du sens. Il va me falloir comprendre les mots d'abord, puis les relations des mots entre eux et finalement lire une phrase complète pour voir si je comprends. Si ça ne fait pas sens avec celle qui suit, c'est raté!

Même chose si je lis un texte en anglais, surtout au début. Mais ça veut dire quoi ça et ça et ça? Je connais ce mot-là, mais si je lis la phrase au complet, il ne fait pas de sens dans le contexte! Ça le fait moins avec le temps, mais au début, je lisais le livre dans une main et le dictionnaire dans l'autre! Et ça faisait danser le texte sous mes yeux. Même si je déchiffrais parfaitement le moindre caractère sous mes yeux, la magie qui permet à mon cerveau de faire en sorte que des mots se forment et des phrases naissent et ainsi de suite ne fonctionnait pas. Encore une fois ici la pratique a été la clé: à force de lire, la magie a opéré et maintenant, je lis de plus en plus couramment dans la langue de Shakeaspeare. Ce qui est une grande victoire, qui m'a demandé du boulot, mais une grande victoire quand même. Je n'ose même pas penser à ce que cela pourrait être de lire dans une langue utilisant un alphabet autre que latin, comme le japonais ou l'arabe!

Lire est un petit miracle de nos cerveaux, qui nous sert à tant de choses. Néanmoins, il ne faut pas trop s'inquiéter si les lettres sous nos yeux commencent à faire la valse, le tango ou du hip-hop. Ça peut arriver. Allez vous coucher ou changez de livre!

@+! Mariane

jeudi 25 mai 2023

La route de Chlifa de Michèle Marineau

 La route de Chlifa  Michèle Marineau Collection Titan+ Québec Amérique 249 pages



Résumé:
Janvier 1990: Dans une école secondaire du Québec débarque un jour Karim. Renfermé sur lui-même, distant avec tous, il refuse pratiquement tous contacts humains. À travers le regard d'un élève de la classe, on voit l'impact de l'arrivée de cette personne sur l'équilibre précaire d'un groupe d'adolescents.

Beyrouth: Mai 1989: Karim est resté derrière pour terminer ses études, ses parents ont fui à temps à Montréal et maintenant, les bombes déferlent et tuent. Elles tuent Nada, son premier amour. Sa soeur Maha, au caractère revêche, est la seule survivante de sa famille avec Jad, son petit frère de six mois. Elle décide de quitter Beyrouth pour Chlifa, là où, selon elle, l'attend un ancien domestique de la famille. Sous le choc de la mort de Nada, Karim décide sur un coup de tête d'accompagner Maha sur la route qui mène à Chlifa.

Critique:
J'avais lu Michèle Marineau il y a plusieurs années et j'ai retrouvé dans ce livre le charme de son écriture. Elle sait dépeindre avec une rare finesse les tourments de l'adolescence, mais aussi écrire avec une grande économie de mots. Son écriture est tellement ciselée que c'est un régal à lire. Il n'y a pas un mot de trop dans ton texte.

Karim est un personnage qui dans un premier temps est hostile à tous les contacts humains. Il repousse les gens, ne veut se mêler de rien et couve en lui une profonde colère. On le sait par les extraits de son journal qui montre le regard qu'il porte sur les autres, plein de jugement et de hargne. Alors que le roman commence en janvier, un retour en arrière survient environ au tiers du livre et soudain, on se retrouve à Beyrouth sous les bombes et Karim n'est pas encore cet être en colère et fermé à tout qu'il sera en janvier à son arrivée à l'école au Québec. Cette technique, de nous montrer le résultat pour ensuite nous montrer la cause, est intéressante parce qu'à rebours, on comprend Karim, mais sans le juger et on laisse dès le départ découvrir le personnage pour lui-même.

Dans cette partie libanaise du texte, on fait la connaissance de Maha, encore une enfant, qui à 12 ans, prend la vie à bras le corps après la mort de sa famille dans un bombardement. Elle prend soin de son petit frère Jad, un bébé de six mois, avec une constance et une affection qui force l'admiration. Mais attention, Maha n'est pas un ange! Colérique, d'humeur changeante, têtue et volontaire, Maha ne laisse pas grand monde lui piler sur les pieds et décide elle-même de la direction qu'elle va prendre. Karim décide de la suivre à la fois parce qu'il veut la protéger, mais aussi en souvenir de Nada. La relation entre les deux est complexe, souvent difficile, surtout que contrairement à Karim, on ne saura jamais les pensées de Maha. 

La route de Chlifa du titre, c'est la route que vont emprunter les deux adolescents et le bébé entre Beyrouth et le village de Chlifa. Un voyage à pied dans les monts Liban, avec le danger constant de tomber sur quelqu'un dans ce pays déchiré par la guerre. Même si c'est secondaire à l'intrigue, le danger, le fait que tout le monde puisse devenir un ennemi un jour est en trame de fond. Mais leur voyage est surtout une confrontation entre les deux adolescents, qui se disputent, se réconcilient, se comprennent, se parlent et tissent un lien, un lien qu'ils ne prévoyaient pas. C'est tout le déchirement que ce qui finit par arriver à la fin du récit, quoique j'ai trouvé que cet événement tombait un peu trop à pic vu la lente montée du reste du récit. La source de la colère contenue de Karim se trouve là. Et le lecteurice ne peut que la comprendre.

Un récit qui nous promène dans les montagnes russes émotionnelles de la guerre et de l'adolescence, mais aussi, à un certain point, dans celles de l'après. Autant de la résilience face aux traumatismes que de ce qui arrive quand on grandit tout simplement.

lundi 15 mai 2023

Retrouver les petits plaisirs des salons du livre

 Salut!

Depuis la pandémie, j'avais très peu fréquenté les salons du livre et autres événements littéraires. Parce que s'il y a bien un genre d'événement où la distanciation sociale est impossible voir inexistante, c'est bien un Salon du livre! Les gens se serrent les uns contre les autres entre les présentoirs débordant de livres de tous genres, se pressent en petits groupes serrés pour discuter ou font la file à la queue leu leu pour rencontrer leurs auteur.e.s favori.e.s. Bref, c'est le festival du collé les uns contre les autres. Et je peste souvent contre cette réalité quand elle m'empêche de me déplacer entre les kiosques. 

Mais ça m'avait manqué durant la pandémie. Parce que c'est aussi un formidable réservoir d'énergie, de rencontres et de possibilités. Rarement on rencontre autant de passionnés de littérature au mètre carré que dans un Salon du livre. Rarement aussi a-t-on le luxe de croiser autant d'artistes, de vedettes, de personnalités marquantes de la vie québécoise que de simples quidams qui vous font découvrir leur coup de coeur. Dans un Salon du livre, j'ai eu droit à un dix minutes en tête à tête avec Michel Tremblay qui était en manque de dédicaces à faire ce jour-là. J'ai pu remercier Lise Payette de tout ce qu'elle avait fait pour les femmes du Québec. J'ai jasé balado avec Alexandre Sirois un journaliste de la Presse. J'ai croisé Dany Laferrière, Corneille, Joséphine Bacon, Éric-Emmanuel Schmidt, Janette Bertrand, Farah Alibay et ouf, je ne sais combien d'autres. J'ai parfois eu la chance de parler avec des gens qu'autrement, je n'aurais jamais vus. Comme la fois où une amie m'a poussé à prendre une photo avec Nicholas Sparks parce qu'il était là en dédicace, même si je n'avais pas un de ses livres en main. À vrai dire, je ne suis pas fan, mais tsé, hein, pour la photo!

C'est aussi un endroit où peuvent briller tous ces petits éditeurs, petits auteurs et autres petits acteurs du monde littéraire. Ils ont leurs petits kiosques, souvent très peu fréquentés, mais c'est là que se cachent souvent les trésors des salons. J'ai découvert ou redécouvert de très nombreux auteur.e.s dans ces endroits. Ils ont moins occupés, moins accaparés que les grosses vedettes et ils ont le temps de jaser. C'est souvent là que l'on trouve des perles de littératures, des perles qui sont perdues dans le flot constant de nouveautés qui envahissent année après année les tablettes des librairies. Parce que là, chaque livre a au moins une véritable chance de se retrouver avec quelqu'un ou quelqu'une qui le connaît, juste à côté de lui, et qui est prêt à le défendre. J'ai croisé des éditeurs qui m'ont fait découvrir leurs livres publiés il y a plusieurs années et m'ont donné la chance de découvrir des plumes inconnues. J'ai jasé avec des auteur.e.s esseulé.e.s à leur kiosque et j'ai eu de brillants échanges avec eux. J'ai souvent dépassé mon budget livre du jour à cause de ses rencontres. Et même si je n'ai pas toujours acheté, j'ai pris en note une quantité incroyable de titres grâce à ce truc. D'ailleurs, c'est même un de mes petits plaisirs des Salons: Aller trouver des auteur.e.s qui ont l'air de s'ennuyer et aller leur piquer un brin de jasette. Un petit cinq minutes, rarement plus. De quoi faire passer leur journée plus vite et me faire faire des découvertes. Même si je ne connais rien de l'oeuvre de cette personne. Même si ce n'est pas publié dans une maison d'édition que je connais. Juste pour le plaisir.

Le Salon du livre de Montréal à l'automne dernier avait été comme un retour aux sources, mais un retour un peu gâché par ma nervosité: j'avais perdu l'habitude des foules compactes et il traînait encore des relents de risque covidien dans l'air. C'est à Québec qu'il me semble que j'ai pleinement renoué avec mes petits plaisirs de salon. Au point d'en ressortir épuisée, mais oh combien heureuse d'avoir été remplie de cette énergie et de cette passion qui sature l'air que l'on respire. J'avais retrouvé mes marques. Certes, la saison des salons achève pour une pause estivale bien méritée, le temps que l'on fasse un peu baisser nos gargantuesques PAL, même si quelques événements se tiendront quand même cet été. J'ai hâte à l'automne, hâte de reprendre mes habitudes de salon, hâte de retrouver tous ces petits plaisirs.

Parce que c'est bien vrai: c'est quand on est privé de quelque chose que l'on découvre à quel point c'est précieux.

@+ Mariane

jeudi 27 avril 2023

Pol Polaire: 1- Coup de chaleur de Caroline Soucy

 Pol Polaire tome 1 Coup de chaleur! Scénario et dessins Caroline Soucy Glénat 46 pages


Résumé:

Pol Polaire est un ours polaire qui vit au Pôle Nord. Depuis la disparition de sa douce Lili, il s'occupe seul de leurs jumeaux, Léo et Léa. Toutefois, Pol est sans doute le pire chasseur du monde et il aimerait bien mieux rêvasser à amour disparu que s'occuper de ses deux oursons débordants d'imagination. Aidé de son frère Bob, le patenteux du coin qui récupère tout ce qu'il peut provenant des humains et de la phoquesse Brigitte qui s'amuse à lui lancer des poissons à la figure, il réussit à nourrir et à prendre soin de ses jumeaux. Enfin, pas sans quelques catastrophes!


Mon avis:

Cette bande dessinée se veut un divertissement amusant, mais qui offre dans un second degré une réflexion intéressante, entre autres sur l'effet des changements climatiques sur la faune de l'arctique. Certes, les personnages sont anthropomorphisés dans leurs comportements, mais les situations qu'ils vivent sentent le réel. Excepté l'oncle Bob et son bidouillage, bien sûr.


Pol Polaire est un père célibataire, situation impossible parce que les ours mâles ne s'occupent pas de leurs rejetons dans la nature, mais en lui se reconnaîtrons sans doute beaucoup de chefs de famille monoparentale un peu dépassés par leurs responsabilités. Les jumeaux Léo et Léa sont après tout grouillants de vie, veulent tout explorer, sont impatients, ont faim tout le temps, bref ils sont des enfants! Comme on sent très vite que le pilier de la famille était la mère, les efforts honnêtes, mais la plupart du temps peu concluants de Pol sont d'autant plus touchants. Surtout qu'il finit souvent par se mettre les pattes dans les plats. Mais il aime ses enfants et veut le mieux pour eux, c'est indéniable.


L'oncle Bob, le bricoleur patenteux du coin, qui ramasse tout ce qui vient des humains, est un personnage à la fois loufoque et juste assez réaliste pour qu'il soit adorable au lieu de ridicule. Pas très ours polaire avec sa casquette et ses lunettes, mais un soutien pour Pol et un oncle attentionné, quoique pas très orthodoxe pour ses neveux. Le voir jouer avec un drone pour détourner l’attention de scientifique un peu trop curieux est l’une des scènes qui montrent à quel point son amour des bipèdes va loin! De son côté, la phoquesse Brigitte, jamais à court d'idées pour se moquer de Pol, apporte une autre touche d'humour dans un album qui n'en manque pas.


Toutefois, la réalité des animaux dans l'Arctique, touché par les changements climatiques, est abordée. On reste dans l'humour, mais en filigrane, les éléments se multiplient: glace trop mince qui nuit à la chasse, glaciers qui se désagrègent, etc. Même certains commentaires des personnages donnent le ton, surtout ceux de Pol et de Bob qui ont connu «le monde d'avant». La dénonciation des effets du réchauffement planétaire est toute en douceur, mais est réelle.


Le dessin est intéressant, avec beaucoup d'arrondi dans les personnages. Peu de lignes droites dans cet album, sauf en ce qui a trait aux humains. L'humour est bien desservi par le trait, surtout dans les expressions faciales des personnages. On peut d'ailleurs rendre hommage à l'autrice pour sa capacité à ne pas trop rendre ses ours polaires humains: ils restent des ours qui, s'ils se dressent parfois sur deux pattes, marchent à quatre pattes et gardent les proportions de vrais ours polaires. Les paysages du Grand Nord font rêver, même si on comprend vite que c'est une terre moins sauvage et inhabitée des humains que l'on pourrait penser, entre autres à cause de tous les déchets que la mer amène jusqu'à eux.


Je ne peux pas dire que l'album soit un coup de coeur, mais je ne suis pas le public cible non plus. C'est un album bien équilibré, qui réussit son objectif de faire rire et d’instruire avec talent et que je recommande pour les moins de 10 ans. Par contre, les lecteurs adultes ne seront sans doute pas passionnés autant que les enfants.

jeudi 13 avril 2023

Mon année martienne de Farah Alibay

 Mon année martienne Farah Alibay Éditions de l'Homme 221 pages


Résumé:

Au printemps 2021, le monde entier faisait la connaissance d'une sympathique ingénieure de la NASA aux cheveux teints en rouge en l'honneur de l'atterrissage de l'astromobile Perseverance. Le Québec, pour sa part, découvre stupéfait que ladite ingénieure parle français avec un accent d'ici et avait comme héroïne d'enfance Passe-Partout! Qui est donc cette fille qui de Joliette à Cambridge jusqu'au prestigieux Jet Propulsion Laboratory a su faire son chemin en tant que femme queer racisée dans un milieu d'hommes blancs?

Mon avis:

L'histoire de Farah Alibay a de quoi faire rêver: fille d'immigrants de Madagascar ayant choisi le Québec comme terre d'accueil en raison de la langue française, étudiante à Cambridge, puis au MIT, avant de rejoindre le Jet Propulsion Laboratory où elle se retrouve à gérer des équipes d'ingénieurs responsables des missions sur Mars, le parcours de la trentenaire tient du conte de fées, mais cache un travail acharné. Si l'on se doute qu'elle a été aidée à rédiger cette autobiographie (car enfin, on ne peut pas avoir tous les talents!) ça ne gâche rien au plaisir de la lecture: on entend sa voix dans son récit.

Ce qui est admirable, c'est la façon très simple et très terre à terre d'aborder les choses. Elle ne cache ni ses angoisses, ni ses doutes, ni les innombrables efforts qu'elle a dû déployer pour atteindre ses buts. Le portrait qu'elle trace d'elle-même est celui d'une fille qui n'avait pas tous les atouts dans sa manche et  qui n'était pas une surdouée au départ. Elle avait des aptitudes, il est vrai, mais quand elle raconte ses années à Cambridge, il est clair que ce ne sont pas celles-ci qui l'ont menée là où elle en est. De plus, même si ce n'est pas le coeur de son récit, elle aborde avec beaucoup de franchise et de simplicité l'impact qu'a eu dans sa vie la couleur de sa peau et son orientation sexuelle. Elle est un modèle, par ce qu'elle est et par son travail, mais elle n'a pas cherché à le devenir. Toutefois, elle semble très consciente de l'importance de cette partie de sa vie.

Le récit est simple et alterne entre les différentes étapes de la mission de Perseverance et sa propre vie, depuis celle de ses ancêtres, qui ont quitté l'Inde pour s'établir à Madagascar et d'où sont partis ses grands-parents pour venir s'établir au Québec jusqu'à sa propre vie. Les parallèles entre les deux sont nombreux, mais les deux récits finissent par se confondre dans les derniers chapitres. Néanmoins, si elle est très précise sur certains sujets, elle reste très vague sur d'autres. Ainsi, aucun nom n'apparaît dans le livre, que ce soit celui de ses amies au secondaire, des professeurs qui l'ont guidée et inspirée et ceux de ses collègues de travail à la NASA. C'est assez étrange comme manière de procéder. Si l'on comprend qu'elle voulait protéger certaines personnes, c'est une façon bizarre de procéder puisqu'elle montre des photos des mêmes personnes dans la section centrale du livre. 

Le livre reste une excellente page turner: on a envie de savoir la suite, que ce soit celle de la petite Farah ou celle de la mission Perseverance, perturbée lors d'une certaine pandémie. L'humain et le scientifique s'imbriquent, s'entremêlent pour raconter une excellente histoire. Surtout raconté de cette façon, c'est le genre d'histoire que l'on voudrait voir au cinéma ou en série télé. En attendant, le livre est excellent à lire!

vendredi 31 mars 2023

Lady Snowblood: 3- Le livre de la résurrection de Kazuo Kamimura et Kazuo Koike

 Lady Snowblood tome 3 Le livre de la résurrection Dessins de Kazuo Kamimura Scénario de Kazuo Koike Sensei 314 pages


Résumé:

Après avoir accompli sa vengeance, Yuki a pris sa ''retraite'' et enseigne désormais la gymnastique suédoise dans un collège pour jeunes filles. Ce qui malheureusement déplaît aux mouvements nationalistes qui dénoncent l'occidentalisation du Japon. Après avoir échappé à une tentative d'assassinat, Yuki est entraînée vers ceux qui se battent contre l'obscurantisme et pour l'avenir du Japon. Encore une fois, elle va devoir dégainer son sabre.

Mon avis:

Ce troisième tome est dès le départ surprenant parce que sa quête initiale, venger ceux qui ont détruit sa famille, est atteinte à la fin du deuxième tome. On a donc ici une impression surprenante de «on a une bonne série alors on va étirer la sauce». Fort heureusement, c'est bien fait et ça ne gâche pas le plaisir de la lecture, même si les aventures de Yuki l'emmènent très loin de ses activités habituelles. 

Au départ, elle s'est complètement retirée du métier. Plus de contrats, plus de vengeance. Elle est simplement une prof de gymnastique suédoise dans un collège pour jeunes filles et ne fait pas de vagues. À part le fait qu'elle traîne son ombrelle partout, rien ne peut laisser soupçonner son passé. Ombrelle qui, les lecteurs le savent, contient sa lame. Comment elle s'est retrouvée là sera racontée par des flashbacks, mais ce qu'elle fera ensuite n'appartient qu'à elle. Alors que dans les autres tomes, elle poursuivait la quête de vengeance de sa mère, dans celui-ci, elle trace sa propre voie et fait ses propres choix par rapport à son avenir. Et surtout, elle choisit un camp et une cause par elle-même. Ce choix est d'ailleurs l'arc narratif qui mène le tome et qui la fera de nouveau basculer dans la violence alors qu'elle s'en était éloignée. 

Comme dans les premiers tomes, l'intrigue mêle personnage fictif et personnages historiques et un vrai conflit social qui a eu lieu à cette époque entre les traditionalistes et les modernistes. Je ne suis pas une experte de l'époque, mais le conflit m'a semblé bien rendu, surtout au niveau des individus qui le vivent. Et bon, certains événements liés aux nationalistes laissent envisager les agissements de l'armée japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale. Comme si les racines étaient déjà plantées. Contre cela, Yuki utilisera toutes ses ressources, même si dans un premier temps, elle hésite. Sortir de sa retraite, du calme? Et pourquoi le ferait-elle? L'habilité de l'intrigue est justement ici de nous faire suivre son cheminement et sa décision finale. La grande différence est que l'intrigue est beaucoup plus linéaire que dans les autres tomes. Si auparavant on alternait entre son métier de tueuse à gages et sa quête personnelle, ici, à l'exception de quelques flashback, l'intrigue avance de chapitre en chapitre. 

Le dessin est toujours aussi réussi, mais comme l'intrigue plonge davantage dans l'histoire de l'époque, les détails que le dessinateur inclut dans ses plans sont plus faciles à remarquer. Et des détails, il y en a. Petits et grands. Yuki elle-même d'ailleurs a changé. C'est subtil, et d'autant plus à l'honneur du dessinateur, qu'il ait réussi à nous faire comprendre que le temps passe aussi pour Yuki et qu'elle n'est plus la jeune fille que nous avons rencontrée dans le premier tome. Même si elle reste Lady Snowblood.

Un troisième tome un peu moins fort que les deux précédents, mais qui demeure quand même intéressant, même s'il n'était pas nécessaire.