jeudi 11 octobre 2018

Whisky et paraboles de Roxanne Bouchard

Whisky et paraboles  Roxanne Bouchard




Résumé:
Élie a fuit, fuit Montréal par les innombrables routes du Québec, fuit jusqu'à trouver ce vieux chalet dans un coin isolé, au bord d'un lac.  Elle y fera la rencontre d'un pianiste jazz amérindien, d'un chanteur populaire collectionnant les lettre d'amours de ses admiratrices, d'un violoniste féru de patrimoine et de transmission et de sa femme flûtiste aux cheveux d'algues.  Mais surtout de la petite Agnès, qu'elle surnommera Amarosa, la fille de l'amour, au corps couvert de traces bleues...  Dans ce petit univers, Élie déferra lentement l'écheveau de ce qu'elle a vécu, à l'aide de poésie et de whisky.  On dit qu'il faut tout quitter pour recommencer, mais ne traîne-t-on pas à l'intérieur de nous l'essence de ce qu'il faut changer?

Mon avis:
Point indiscutable, la plume de l'auteure est absolument magnifique.  On dirait de la dentelle.  Il y a dans ce récit une poésie qui transpire de chacune des pages, même si le récit est écrit en prose.  La poésie de Miron fait d'ailleurs quelques apparitions ici et là au fil du texte et Élie mentionne ses lectures de poésie.  Mais cela va plus loin que ça: tous les dialogues des personnages ou presque sont magnifiques.  Quelque part entre les déclamatons des théâtres grecs antiques et les strophes d'un poème, on les dirait ciselé dans du cristal pour leur beauté.  Ça pourrait détonner que de les entendre parler ainsi dans la vraie vie, mais vu la nature du texte, ce n'est pas le cas.  Au contraire, tout coule de source.  Les personnages traînent tous leurs propres misères et c'est à force de contacts et de paroles entre eux qu'ils déferont l'écheveau de leurs émotions.  Ce classique d'une bande de personnes qui s'entraident dans leurs difficultés a une part de clichés, mais l'auteure réussit à en faire une histoire où ce n'est pas tant l'entraide et la solidarité que le cheminement personnel de chacun des personnages qui est intéressant.  Surtout la petite Agnès, qui avec ses cheveux fous, fera fondre le coeur d'Élie.  La difficulté de l'engagement est abordé, mais jamais de manière frontale, ça se développe tout en délicatesse.  Le tout dans le cadre magnifique d'un lac entouré de chalets.  On suivra tout au long de l'année à la fois les transformations de la nature et les transformations des personnages.  Avec une rare humanité.  Un livre magnifique, qui se lit comme un roman, mais qui s'aborde avec le coeur.

Ma note: 4.5/5

mardi 9 octobre 2018

Compter, calculer l'art

Salut!

Récemment, j'ai vu et entendu beaucoup de débats sur la parité, sur l'inclusion, sur les minorités.  Souvent, les tenants de l'inclusion sortent les statistiques et les calculatrices pour expliquer que le problème n'est pas toujours au fil d'arrivée, mais bien à la ligne de départ: s'il y a moins de candidates aux élections, c'est un peu normal qu'il y ait moins de députées au parlement.  S'il y a moins d'étudiantes en science, c'est normal qu'il y aie moins de professeures dans le domaine.  On pourrait multiplier les exemples.  Je pourrais aussi reprendre les mêmes en changeant le terme femme par membre des minorités visibles ou sexuelles.  Le problème est souvent à la base.

Dans le domaine des arts, c'est un peu la même chose.  On remarque que les femmes et les membres des minorités ont moins de rôles ou des rôles moins importants dans les séries télé et les films.  On remarque que les chances d'une réalisatrice de porter son projet à l'écran sont moindres.  On remarque que les scénaristes féminines sont moins nombreuses au générique.  Sauf que dans le domaine des arts, le problème n'est pas vraiment à la base: on se bouscule souvent au portillon pour entrer.

Comment on le sait?  Parce que les gens ont des calculatrices et des statistiques pour le prouver!  Sauf que là, on en vient à un total oxymore: l'art et les calculs, c'est deux trucs complètement séparés!  Ça ne marche pas ensemble!  On peut pas créer une oeuvre d'art avec des calculs, avec des règles, avec des exigences comme ça!  Si vous penser vraiment ceci, je vous invite à jeter un coup d'oeil à ceci ou encore à cela.  Ou encore à penser aux nombreux artistes peintres de la Renaissance comme Léonard de Vinci qui ont cherché la perfection à travers de savants calculs.  Son homme de Vitruve en est un exemple.  Oui, mais ça, c'est dans l'art visuel, c'est pas la même chose, dans la littérature!  Hum, hum...  Vous avez déjà lu des sonnets quelqu'un?  Si non, je persiste à croire que vous pensez que les gens qui en écrivaient ne savaient pas compter...  J'ose aussi croire que vous n'avez jamais entendu parler du mouvement Oulipo qui faisait des contraintes dans l'art une de leurs motivations et faisaient travailler côte à côte littéraire et mathématicien...  Je pourrais multiplier les exemples dans tous les domaines des arts, mais je crois que le coeur du problème, ce n'est pas nécessairement les maths et les arts.  C'est sur quoi porte des calculs qui semblent bien davantage causer problème.

Parce que si on expose un malaise, mais qu'il n'est pas chiffré, ça reste un malaise.  Ça reste une impression, ça reste quelque chose de subjectif.  Et c'est dur de se battre sur quelque chose de subjectif.  Parce que cela peut énormément varier selon les personnes, ce qui est le propre de toutes les choses qui sont subjectives.  Quand on sort les calculatrices et les statistiques, on sort de la subjection pour montrer que celle-ci n'est pas basé sur rien et que oui, c'est vrai.  Et ça, honnêtement, ça peut faire très très mal.  Mal aux personnes qui n'ont pas de problèmes avec la situation, mal avec ceux qui la trouvent normales et qui y trouve leur compte.  Mal parce que de mettre des chiffres sur un problème, au-delà des belles paroles, ça pousse les gens à faire quelque chose de très inconfortable, voir de confrontant: se remettre en question.

Depuis quelques années fleurissent sur Internet une pléthore de tests visant justement à mettre des chiffres et des mots sur ces exemples.  Le plus populaire reste sans conteste le test de Bechdel.  Si vous ne le connaissez pas, le voici en version simple: l'oeuvre doit contenir deux personnages féminins qui ont un nom, qui doivent se parler au moins une fois et d'autre chose que d'un homme.  Ce test, comme tous les tests qui existent pour parler de sous-représentation des femmes, des minorités ou d'autres formes de sous-représentations sont bien évidemment imparfaits.  Il suffirait de mettre deux infirmières qui se demandent dans quel sens va le bateau dans un film de guerre pour passer le test...  Mais il permet de pointer du doigt certains faits qui peuvent être malaisant à constater.  J'ai adoré le film The King's speech.  C'est un excellent film.  J'ai compté cinq autres personnages féminins nommés dedans (Élizabeth la Duchesse d'York, les petites Élizabeth et Margaret, Myrtler Logue et Wallis Simpson), mais j'ai dû chercher pour être capable de trouver une réplique qui lui permet de passer le test.  J'ai fini par trouver, mais c'est surprenant de voir à quel point le film accorde peu d'espace à ses personnages féminins, malgré la place importante réservée à Helena Bonham Carter.  À part quelques brèves scènes, tout au long du film, elle ne parle qu'à des hommes.  Maintenant, je vais essayer de trouver un seul film ou une seule oeuvre littéraire grand public qui ne met pas en scène deux personnages masculins qui ont un prénom et qui parle d'autres choses que des femmes ne serait-ce que brièvement...  Ok, attendez un peu, je vais chercher...

L'aurais-je remarqué sans le Test Bechdel?  Sans doute non.  Certes, quand on a un instrument pour mesurer, soudain, beaucoup de choses qui était invisible deviennent visibles.  Et soudain, on ne peut plus faire comme si ça n'existait pas, on ne peut plus les ignorer bêtement comme si c'était juste une perception.  On a des faits.  Les faits sont toujours plus difficile à balayer du revers de la main que les perceptions parce qu'ils ne sont pas subjectifs, mais bien objectifs.  Avec les faits suivent pas très loin les remises en question et là, on entre dans un domaine qui peut être source de beaucoup, beaucoup d'inconfort.  En premier lieu pour les personnes qui ne sont pas concernées directement par le problème ou qui bénéficient de la situation actuelle.  Dans ce cas, il est plus facile de dénoncer les torts du test ou le messager que la situation qui est à l'origine du test ou de la parole du messager...

J'ai récemment vu passer beaucoup de commentaires sur le sujet.  On ne peut pas renvoyer l'art à des calculs!  On ne peut pas obliger les créateurs à faire des pièces en utilisant des grilles pour avoir le bon nombre de femmes, de minorités visibles et sexuelles, de ci ou de ça.  Les détracteurs refusent tout net!  On parle de détruire l'art comme si c'était quelque chose que l'on peut détruire si facilement ou encore de voir celle-ci réduite à de la peinture à numéro!  (J'avoue que celle-là je l'ai trouvé drôle!).  Quand j'entends ce genre de plaintes, je ne peux m'empêcher de penser aux innombrables contraintes qui pèsent sur l'art.  Est-ce que l'inclusion est pire que les demandes d'une maison d'édition face aux textes d'un auteur qui débute, d'une maison de production face à un scénario, des contraintes de temps et d'espace d'un film, sans parler du sempiternel budget?  Les gens râlent mais ne disant pas que c'est en train de réduire l'art à de la peinture à numéro...  Ce merveilleux billet de Fanny Britt résume d'ailleurs mieux que je ne le peux mon opinion sur le sujet.

De un, l'art, justement parce que c'est de l'art, ne sera jamais parfait, ni parfaitement représentatif, ni parfaitement inclusif, ni parfaitement misogyne ou raciste ou homo/transphobe.  C'est justement le propre de l'art d'être au-delà de tout ça.  Mais l'art part des artistes et c'est justement ça qui est visé: en parlant des problèmes de représentation, on veut faire réfléchir les artistes.  S'ils ne veulent rien savoir et bien... qu'ils n'en fassent rien!  Le hic, c'est que plus de gens réfléchissent, plus de gens sont sensibles et plus de gens risquent de voir ce manque d'inclusion.  Parce que les normes sociales sont en constantes évolutions et peu importe ce que certains en disent ou en pensent, l'art est quelque chose qui se bâtit dans un contexte socio-culturel précis.  Toujours.

De deux, aucun créateur, je dis bien aucun, n'a envie de créer avec un cahier de charge inclusif à côté de son clavier.  Mais de se remettre en question, de se demander pourquoi tel ou tel personnage est un homme, pourquoi?  Pourquoi est-ce que je n'ai aucun personnage gay ou trans, ou déficient intellectuel dans mon histoire?  Si ce n'est pas nécessaire, on peut sauter, mais sans ça, pourquoi j'ai le réflexe de mettre un homme blanc hétéro dans ce rôle de façon presque automatique?  Certains artistes refuseront tout net les compromissions.  D'autres y verront une nouvelle manière d'aborder leur art et un milliers de portes ouvertes devant eux.  Ça dépend de chaque personne, de sa vision de l'art et de son rapport avec la création.  Si la vague est si forte dans le sens de l'inclusion aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'elle a poussé dans un autre sens pendant longtemps: les ressacs font partie du principe des vagues...

Je n'ai pas trop de craintes face aux gens qui disent que l'on ne pourra plus créer parce qu'il va falloir tout calculer comme représentation.  Les chances qu'on arrive là sont très faibles.  La seule chose qui m'effraie dans cette vision, c'est qu'un jour, le fait de remplir toutes les petites cases deviennent LE critère qui permettra de juger de la qualité d'une oeuvre.  Je doute qu'on en arrive là un jour, mais alors et seulement, alors, on pourra dire que l'on a dépassé les bornes.  En attendant, laissons un peu de place à l'inclusion et à la diversité.  Après tout, c'est en repoussant les limites du connus que l'art a toujours grandi.

@+ Mariane

jeudi 4 octobre 2018

Hiver nucléaire 2 de Cab

Hiver nucléaire 2  Scénario et dessins de Cab  Front froid  88 pages


Résumé:
Flavie est toujours à Montréal et toujours livreuse sur sa motoneige.  Sauf que problème, son ami Marco est brutalement atteint par... une grippe d'homme, potentiellement mortelle dans cet univers post-apocalyptique.  Il a donc vraiment besoin de sirop Buckley's.  Elle-même est en pénurie d'iode de potassium pour soigner ses symptômes d'irradiations.  Les deux médicaments semblent avoir mystérieusement disparu des tablettes des pharmacies...  Ajoutez à ça une patronne qui ne lui laisse pas le moindre jour de congé à cause d'une pénurie de personnel et une petite soeur qui débarque à l'improviste et la catastrophe pointe à l'horizon enneigé de Montréal!

Mon avis:
L'univers déjanté de Cab est de retour!  Montréal est toujours pris dans son hiver nucléaire (dixième année consécutive), Flavie est toujours courrier en motoneige et bon, dans les deux cas, rien ne semble s'améliorer.  Si dans le premier tome, j'avais émis quelques réserves concernant le scénario, ici, absolument rien à redire: l'auteure mène son histoire tambour battant.  Les relations avec les personnages sont bien développées, particulièrement les relations entre Flavie et sa soeur Elsie.  Tout est là en une poignée de case qui en raconte beaucoup en peu de mots et d'images.  Les deux frangines ont des explications à se donner et elles les auront, sans jamais tomber dans le pathos ou le mièvre.  Cela nous donnera également des clés pour comprendre le comportement bourru de Flavie.  Les plans de la BD sont totalement au service de l'histoire.  Ils expriment particulièrement bien le ras-de-bol de Flavie face à des horaires au boulot particulièrement épuisants.  Le passage au Mont-Royal transformé par l'hiver nucléaire est lui aussi brillamment maîtrisé.  Le langage des personnages est aisément reconnaissable: je reconnaissais le Québec d'aujourd'hui, avec son mélange de franglais en certaines occasions, mais tout en étant bien ancré dans la francophonie.  La réplique sur les gens qui font leur changement d'adresse pour la salle d'attente de l'hôpital est un clin d'oeil à la situation actuelle très bien envoyé.  L'intrigue est moins axée sur le côté surréaliste de la situation, que sur les interactions entre les personnages ce qui lui permet de gagner en profondeur.  Pour le côté surréaliste, les dessins, nombreux et très réussi des rues surenneigée de Montréal donne le ton et les dialogues des personnages permettent de saisir l'essence du reste.  Il n'y avait pas de chats polaires ce coup-ci, mais l'adorable raton polaire Marcel compense largement.  Un petit bijou à lire!

Ma note: 4.75/5

lundi 1 octobre 2018

Cette idée brillante qui change la base

Salut!

Récemment, j'ai regardé un film, Un raccourci dans le temps.  À un moment dans le film, quand il est venu le temps d'expliquer qui est l'antagoniste, appelé le Ça (très original!) on le présente comme étant une force négative, noire qui veut dévorer l'univers.  C'est sa nature, donc, forcément, c'est son but!  Les trois héros de l'histoire sont donc par défaut considérés comme des «bons» qui sont en lutte contre des «méchants».  En regardant le film, j'ai tiqué un peu.  Certes, je comprends que dans toute bonne histoire, il faut un antagoniste pour que l'histoire ait de l'intérêt, mais présenter systématiquement les héros comme étant des bons et l'autre côté des méchants de façon essentialiste commence à me taper un peu sur les nerfs.

Et ça me rappelle cet extrait du premier film de la série Harry Potter où Voldemort et Harry se rencontrent pour la première fois.  Voldemort dit alors: «Il n'y a ni bien ni mal, il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour le rechercher».  Ce n'est pas dans le livre, mais cela résume très bien le personnage de Voldemort: quelqu'un pour qui la fin justifie les moyens, peut importe les conséquences.  Ce n'est donc pas un personnage «mauvais» par essence.  Il l'est par ses actions et par les conséquences qui découlent de celles-ci.  Ce qu'il recherche, c'est le pouvoir et il est prêt à employer tous les moyens nécessaires pour y arriver.

Dans le cinquième film (et aussi dans le cinquième livre), Harry s'inquiète du fait qu'il ressemble énormément à Voldemort: leur histoire a beaucoup de points communs, leurs caractères sont semblables, etc.  Il en parle à Sirius qui lui dit grosso modo qu'il y a le bien en nous et le mal en nous et que c'est un choix de montrer la lumière ou l'ombre de ce que nous sommes.  Voldemort a choisit de montrer sa part d'ombre, Harry, on l'espère à ce moment, choisira la lumière.  Le point que je retiens est cette idée: on est pas bon ou mauvais à la base: ce qui nous fera passer dans un camp ou dans l'autre, ce sont nos choix.

Souvent, dans les récits de fiction, le méchant est entièrement méchant: il/elle est laid(e), alcoolique ou drogué(e) ou trop beau/belle pour être vrai (tentant comme une magnifique pomme dans un pommier...  Adam et Ève, ça vous dit quelque chose?).  Il/Elle est le repoussoir, il/Elle est exactement ce que l'on ne veut pas devenir, il/elle est l'ennemi(e) à abattre et rien ne peut le sauver parce que dès le départ, c'est un méchant(e).  Il/Elle a certes des forces et des faiblesses, mais tout dans son parcours le prépare à être le méchant(e).  Il/Elle en est souvent conscient(e) et souvent, se sent bien dans cette situation d'être le/la méchant(e) de service.

On ne peut nier que Voldemort a choisi de briser tous les tabous et toutes les règles, ni que ses actions ont des conséquences négatives atroces.  Cependant, il ne le fait pas dans le but de devenir le méchant, mais plutôt d'atteindre son but personnel: le pouvoir.  S'il devient le méchant, l'antagoniste de l'histoire, c'est que ses buts sont contrariés par les héros qui cherchent autre chose.  Ils ne cherchent pas le pouvoir contrairement à lui, mais veulent l'empêcher de l'obtenir.  Si l'histoire était écrite du point de vue de Voldemort, Harry serait le méchant de l'histoire.

Et bien voilà, c'est cette idée que je trouve brillante: on est pas méchant par essence, on l'est par nos actions, nos choix et nos décisions.  Ce qui signifie que le mal n'est pas quelque chose à combattre à l'extérieur de nous, mais bien à l'intérieur de nous.  Au lieu de considérer le mal comme un ennemi à abattre et qu'une fois vaincu, tout ira bien, on doit le regarder comme faisant partie de nous et comme quelque chose qui existera toujours.  Il fait garder un équilibre entre les deux et l'équilibre n'est jamais acquis: il faut se battre pour le maintenir.

On peut résumer ça par une histoire :

«Un soir, un vieux sage indien parla à son petit-fils du combat qui a lieu à l'intérieur des hommes. Il lui dit : " Mon fils, le combat a lieu entre deux loups qui sont en nous.

L'un d'entre eux est le Mal, il est colère, méchanceté, envie, jalousie, avidité, arrogance, mensonges, orgueil, supériorité et ego.


L'autre est le Bien, il est joie, paix, amour, espoir, sérénité, humilité, bienveillance, empathie, générosité, vérité, compassion et confiance."


Le petit-fils songa durant un instant, puis demanda à son grand-père : "Lequel des deux loup gagne ? "


Le vieux sage répondit simplement : " Celui que tu nourris»


@+ Mariane

jeudi 27 septembre 2018

Shelton & Felter: 1- La mort noire de Jacques Lamontagne

Shelton et Felter  tome 1  La mort noire  Scénario et dessins Jacques Lamontagne Coloriste Scarlett Smulkowski    Kennes  46 pages


Résumé:
Boston, 1924.  Un cadavre est retrouvé, un rivet dans la main, noyé dans un liquide noirâtre... dans une ruelle.  Sa mort est-elle liée à celle de la grande inondation de mélasse qui a eut lieu cinq ans auparavant et qui a fait 21 morts?   D'autant plus qu'un autre meurtre survient, une autre personne liée au même événement et encore, un rivet dans la main.  Seulement, un ex-boxeur devenu journaliste, Isaac Shelton, convainc un libraire confiné dans ses petits habitudes et amoureux des chats, mais brillant observateur, Thomas Felter, de se joindre à lui pour trouver le vrai meurtrier... et au passage de lui offrir un scoop qui fera de lui un homme riche.

Mon avis:
Je me demandais depuis un moment quand Jacques Lamontagne commettrait le plaisir de faire une BD où il serait à la fois scénariste et dessinateur.  À l'exception des Contes d'outre-tombe (excellent recueil d'histoires fantastiques), je n'avais eu que très peu d'occasions de voir son travail dans les deux sièges simultanément.  Que dire de mon plaisir quand j'ai découvert que c'était le cas!

Nous voici donc face à un duo d'enquêteur improbable, soit Isaac Shelton, qui endosse le cliché du grand brave face un petit intelligent incarné par Thomas Felter.  Celui-ci est un libraire tranquille, mais amateur de roman policier, qui a développé un sens aigu de l'observation.  Le voir perclus dans toutes ses petites habitudes de célibataire endurci est une scène plutôt rigolote.  Il fera les frais des méthodes disons, plus directes de son partenaire. Il fera équipe avec Shelton à son corps défendant, mais le duo se révélera efficace, ce que Shelton étant prêt à faire compensant les scrupules de Felter et le sens de l'observation de celui-ci limitant les effets négatifs des emportements de l'autre.  Notre journaliste, également ex-boxeur obligé à la retraite à cause d'une blessure, est un arriviste, certes, mais assumé.  D'ailleurs, comme il s'agit d'une reconversion de carrière, le côté journalistique est moins bien défendu.  Les deux personnages principaux sont des archétypes, ce qui oriente l'histoire dans une certaine direction, ainsi que leurs interactions.  On frôle souvent le cliché, mais sans tomber dedans, ce qui démontre un talent certain de la part de l'auteur.

L'intrigue, qui mêle un événement historique avec une série de meurtres, ne surprend pas outre-mesure à la conclusion et les indices sont un peu trop plaqués vers la fin.  Tout est logique, mais je ne peux pas dire: ah, mais quel retournement!  En fait, j'étais plutôt surprise que ce soit ce personnage-là le meurtrier.  Je crois que c'est en lien avec le fait que les deux héros soient des archétypes: l'histoire est tout autant ancrée dans un certain genre aux codes très précis.  L'auteur relève très bien le paris de fonctionner avec ces codes, mais cela en enlève au côté surprise de la résolution de leur enquête.

Côté dessin, rien à redire: ils sont vivants, expressifs et complètement au service de l'histoire.  On sent le mouvement dans chaque case.  Si le cadrage n'est pas original, on peut plutôt penser que c'est lié aux codes de l'histoire racontée que par un manque de moyen de l'auteur.  Je souligne le travail de la coloriste qui a su rendre les tonalités de la ville de Boston des années 20, un mélange intéressant de bruns, verts et évidemment le noir de la mélasse qui traverse l'histoire.

Sincèrement, je crois qu'un jeune lecteur pourrait tout à fait trouver son bonheur avec cette BD.  Je crois que personnellement, j'ai trop de BDs lues en arrière de la cravate pour l'apprécier autant.

Ma note: 3.75/5

lundi 24 septembre 2018

Les trésors qui dorment entre deux couvertures

Salut!

J'ai longtemps eu un livre sur mes tablettes de bibliothèque, il a traîné là pendant des années.  À la faveur d'un défi, je l'ai lu.  Je ne l'aurais sans doute pas fait avant un très long moment si son auteur n'avait pas un nom qui commence par la lettre K et c'était ce dont j'avais besoin pour mon défi.  C'était un livre qui n'avait rien de particulier, il m'avait été offert en service de presse à l'époque où j'étais libraire, mais je l'avais déposé sur une tablette et je l'avais malheureusement oublié à travers tous les autres que j'ai à lire.  Quand je l'ai ouvert, sans aucune idée de dans quoi j'allais mettre les pieds, j'ai eu un tel choc et je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir fini.  En le reposant, je me suis dit: mais pourquoi aie-je attendu tout ce temps avant de le lire???  La réponse était simple: je ne savais rien de ce livre, donc rien ne me portait à le lire.

Entre les deux ouvertures d'un livre se cache ce qui fait l'oeuvre en elle-même.  Parce que ce n'est pas sa couverture, son allure, son état général ou même son prix qui font la différence!  C'est le contenu qui fait un livre.  Et c'est quoi son contenu?  Une histoire, constituée de mots, de chapitres, de paragraphe, de pages.  Mais dire ça, c'est très résumé.  Parce que ce que je viens de décrire, c'est avant tout le côté matériel d'une oeuvre.  Au-delà de ça réside l'oeuvre elle-même.

On peut avoir des livres pendant des années sur nos tablettes, sans rien savoir d'elle et puis un jour, les ouvrir, après les avoir cent fois caressé des yeux, s'être cent fois dit, ah celui-là, faudrait bien que je le lise, avoir évité cent fois cette lecture parce qu'il y en avait d'autres de plus importantes et puis un jour, paf, on l'ouvre et c'est le choc.

Je suis une fervente partisane de la théorie du lien.  Pour ouvrir un livre, il faut avoir créé un lien entre celui-ci et le lecteur.  J'avais fait un billet sur le sujet il y a quelques temps.  Je pense toujours la même chose.  Sans ce petit fil qui va amener un lecteur vers un livre, la tâche est immédiatement plus ardue.  Est-ce pour autant impossible?  Non, absolument pas.  Ce n'est pas pour rien que des équipes de marketing existent: ils sont là pour créer cette émotion, pour créer ce lien, pour faire le travail entre le lecteur et le livre.  Sans quoi souvent, le meilleur des travail restera sur la tablette.

Ouvrir un livre dont on ne connaît rien est un exercice étrange.  Tout est à découvrir, c'est comme arriver en Amérique sur la Santa Maria de Christophe Colomb: tout est à découvrir et on a pas de repère pré-établis pour les tracer.  Il faut avoir l'esprit ouvert.  Pourtant, bien des trésors dorment entre deux couvertures de livres.  Peut-être pas toujours, mais si personne ne vous a dit qu'il y avait un trésor à cet endroit, auriez-vous franchi le pas?

Lire des livres dont on ne sait rien est à double tranchant: d'un côté, comme on a pas de pré-avis, on doit se forger notre opinion nous-même, ce qui fait de ce livre une chose merveilleuse.  C'est une totale découverte.  De l'autre, on a aucune garanti que l'on ne tombera pas sur un navet total.  C'est prendre un risque.

De nos jours, en tant que lecteur, qui prend réellement des risques?

@+ Mariane

jeudi 20 septembre 2018

Avance rapide de Michael Marshall Smith

Avance rapide  Michael Marshall Smith  Bragelonne 298 pages


Résumé:
Stark est une espèce de détective privé, caféinomane et fumeur compulsif qui vit avec son chat Spangle dans un futur où le moindre recoin de l'Angleterre est couvert de quartiers aux attributs fixe: l'un est le Coloré où la couleur prend toute la place, un quartier est dédié aux chats (:D ), un autre est fait pour les fonctionnaires hyperactifs...  Lorsqu'un fonctionnaire aux plus hauts niveaux de ce quartier est porté disparu, on l'engage pour le retrouver.  Vous avez compris?  Excellent!  Vous êtes largués.

Mon avis:
Résumé ce livre est à la fois facile et complexe, parce que si l'auteur nous met dans une direction au départ, il s'amuse ensuite, tout en gardant toujours une ligne narrative fixe, à brasser dans le lecteur dans toutes les directions: rien n'est jamais ce que l'on croit.  Cependant, il ne s'agit pas de détours, ni de rebondissements, c'est juste l'histoire, qui par une étrange volonté, semble se plier dans tous les sens.  Au centre, le détective, qui est aussi le narrateur, n'aide pas.  À plusieurs reprises, il va se jouer de nous, brisant le quatrième mur, en nous disant, par exemple, «j'ai pensé à un truc, je vous en reparlerai si c'est utile» et quand le truc en question devient utile, le lecteur comprend à quel point, en effet, ça aurait été utile de le savoir plus tôt!  Si, au départ, en lisant ce livre, on pense tomber dans un bon vieux SF classique, le livre s'en éloigne, joue avec le concept comme s'il était dans les pattes d'un chat fou et devient autre chose, comme un méta-livre de SF.  Il y a une mise en abîme dans une mise en abîme, mais le narrateur nie le tout et nous fait penser autre chose.  Bref, c'est un roman qui déconstruit le genre et qui à la fois, le reconstruit.  Un roman pourtant solide qui se lit d'une traite, avec beaucoup de moments d'actions, un humour absurde et une façon de jouer, avec les règles de la SF ET du roman, absolument uniques.  La préface est louageuse à un tel point qu'en la lisant, j'ai secoué la tête en me disant, mouais, on verra bien!  Pour une fois, c'était mérité!  Bref, c'est un petit bijou, mais avec un petit détail à la fin qui m'a laissé une drôle d'impression a un peu gâché l'ensemble, mais pour le reste, c'est un plaisir débridé à s'offrir!

Ma note: 4.5/5