dimanche 31 mars 2013

Joyeuse Pâques!

Et ne mangez pas tout à la fois hein! ;)

@+ Mariane

vendredi 29 mars 2013

Les clients... particuliers

Salut!

L'autre jour arrive à mon comptoir une dame.  Je la salue, elle ne me répond pas, mais agite la main dans les airs, mimant le mouvement d'écrire.  J'ai mis une brève seconde à comprendre: cette dame était sourde.  S'en  est suivi une conversation muette par papier interposé pour lui permettre de trouver le livre qu'elle recherchait et passer la commande.  Plus complexe qu'avec un autre client?  Différent certes, mais pas plus complexe.  Il fallait juste prendre la cliente telle qu'elle était et la traiter également avec les autres qui passent en magasin, mais en tenant compte de ses besoins particuliers.  Une dame charmante au demeurant!

Des clients comme ça, «différents», on finit toujours par en avoir.  Ils sont au fond comme tous les autres: certains sont supers, d'autres casse-pieds et il y a en a un petit nombre qu'on voudrait faire passer par la vitrine les pieds par-dessus la tête!  J'en aie connu plusieurs genres: un syndrôme de Gilles de la Tourette (c'est assez drôle de se faire offrir un cunnilingus en terme ordurier alors qu'on passe un client à la caisse...  Heureusement, je savais que ce n'était pas par mauvaise volonté de la part du pauvre homme qui en était affreusement gêné!), plusieurs personnes âgées avec des difficultés de déplacement, des clients en fauteuil roulant et plusieurs jambes cassées nécessitant de se promener en magasin avec des béquilles.  Toutes ces personnes sont avant tout des clients ordinaires: des gens qui viennent en magasin pour acheter des livres.  Quel que soit leur niveau d'éclopement, ça ne change rien à leur motivation.  Ils sont là pour des livres après tout!  Alors, ça change quoi pour moi?

Au fond, rien.  Ou bien peu de choses.  Le contact change un peu, la manière de les aborder (je vais plus volontiers courir à l'autre bout du magasin pour aller chercher un livre que de faire déplacer une pauvre dame aux cheveux blancs avec sa marchette!), mais pour le reste?  Rien.  Ce sont des clients comme les autres.

Ceux qui me causent vraiment des problèmes, ce sont les clients caractériels...  Et là, ça change vraiment TOUT!

@+ Mariane

jeudi 28 mars 2013

Le vrai monde? de Michel Tremblay

Le vrai monde?  Michel Tremblay Collection Théâtre Leméac 100 pages


Résumé:
Claude a vingt-trois ans et rêve d'être écrivain.  Pour sa première pièce de théâtre, il a mis en scène les membres de sa famille.  Seulement, il les a forcé à dévoiler leurs secrets dans cette pièce, révélant la part d'ombre que tous portent.  Et quand ceux-ci découvrent comment il les voit, la réalité et la fiction s'entremêlera, empêchant de voir où commence l'une et où finit l'autre.

Mon avis:
Je m'étais promis de lire du théâtre cette année.  À part quelques pièces durant mes études, c'est un genre que j'ai peu côtoyé dans les faits.  Et voilà que me tombe dans les mains l'occasion de découvrir une pièce, qui plus est de Michel Tremblay, dont j'avais adoré Un ange cornu avec des ailes de tôles cet automne.  Et bien, plus je lis cet auteur et plus je comprends pourquoi son univers a tant marqué la littérature de notre coin du monde.  La langue de cette pièce est absolument savoureuse.  C'est notre langue parlée, mais en même temps, écrite, magnifiée parce que portée par un petit quelque chose de supérieur, de magique, qui lui donne toute sa saveur.  Les dialogues de cette pièce ne sont pas que des mots ordinaires, sous la plume de Michel Tremblay, l'ordinaire touche au sublime.  On plonge dans l'histoire tordue de cette famille.  De leurs travers, de leurs non-dits, de leurs petites misères et grandes faiblesses, et de toutes les conséquences qui en découleront.  De la lâcheté du père, de la résignation de la mère.  Les personnages de cette pièce s'entrecroisent, sur une même scène se côtoie le monde inventé par Claude et la réalité à un point qu'à un certain moment, on pourrait se mêler entre les deux, mais non, même sur papier, sans des comédiens différents pour jouer les personnages réels et fictifs, le texte est tellement finement écrit que le mélange n'est pas possible.  Il y a trop de décalage entre les deux pour que l'on s'y laisse prendre.  Une pièce magnifique à l'écrit.  Si quelqu'un sait si elle est à l'affiche quelque part, me faire signe!

Ma note: 5/5  Coup de coeur!

mercredi 27 mars 2013

Le calme

Salut!

L'autre jour, je venais de rentrer d'une épuisante soirée d'entraînement de jiu-jitsu (cinq combats d'affilés, ça vous laisse lessivé ça!) et en rentrant, je me suis dit que j'avais bien besoin de me calmer avant d'aller dormir.  Je me suis donc assise en compagnie de mon livre.  Rien à faire.  J'étais incapable de lire.  Les mots dansaient sur la page, je n'en saisissais pas le sens, ayant encore beaucoup trop la tête à mes techniques, à mes mouvements, je gigotais sur place, j'étais incapable de trouver le calme en moi pour quitter la réalité et plonger dans mon livre.  J'ai reposé celui-ci, découragée.

Pour lire, j'ai besoin de calme.  De calme intérieur surtout.  Le chaos extérieur, je peux m'y faire.  J'ai déjà lu en pleine rue Ste-Catherine pendant un bon deux heures sans problème.  Je suis tout à fait capable de m'isoler dans ma bulle de lectrice et de ne pas entendre le bruit des voitures qui passent, les conversations, de devenir complètement inconsciente du monde autour de moi.  Raison pour laquelle je ne lis jamais au boulot d'ailleurs: je ne remarquerais jamais mes clients!

Mais le calme intérieur, l'espace mental nécessaire pour trouver en soi la place à accorder au livre, à la lecture?  Mine de rien, dans notre société du tout doit aller vite, on perd souvent cette notion de calme, de tranquillité, de prendre le temps.  De laisser les soucis de côté, mais aussi Facebook, Twitter, nos préoccupations diverses et se laisser aller ailleurs.  Que ce soit pour lire un roman, un essai ou tout autre chose, ça part du même principe: il faut avoir la disponibilité intérieure pour le faire.

Lire, ça demande ça, du calme, de la disponibilité.  C'est un loisir qui s'apprend pour pouvoir pleinement l'apprécier.  On ne tombe pas dans les livres comme Obélix dans la marmite.  On apprend à lire, à apprécier notre lecture, à se diversifier dans celles-ci et à l'apprécier dix fois plus.  Mais pour le faire, on a besoin de calme, d'être assis et de pouvoir se consacrer pleinement à un livre.

Le calme, il faut parfois que je bataille dur pour l'avoir, c'est comme le temps.  Mais on finit toujours par le trouver ce calme, quand on le veut vraiment.  Il faut savoir fermer la porte, se dire qu'on le prend et oublier toutes les autres obligations que l'on a.

Et enfin, se consacrer pleinement à un livre.

(Ah oui, j'aurais pu faire mon armbar comme ça...  Non, Mariane!  Ton livre! :P )

@+ Mariane

mardi 26 mars 2013

Une éducation bien secondaire de Diane Boudreau

Une éducation bien secondaire  Diane Boudreau  Collection Essai libre  Poètes de brousse 116 pages


Résumé:
Diane Boudreau a pris sa retraite de l'enseignement en 2012, cinq ans avant la date prévue, lasse de se battre contre le système pour faire ce qu'elle devrait avant tout faire: enseigner.  Elle raconte dans ce livre l'état actuel de notre système scolaire.

Mon avis:
On sent dès les premières pages le défoulement dans ce livre, celui d'une prof qui a consacré avec énergie pendant des années son temps et son talent à faire ce qu'elle souhaitait faire: enseigner.  Transmettre ses connaissances, sa passion pour la langue française.  Si on sent le défoulement, on sent aussi la très claire volonté de faire un état des lieux.  Non, les enfants ne sont pas responsables de tout, contrairement à ce qu'on entend souvent.  Leurs parents ont un rôle à jouer, mais bien plus les technocrates qui ne mettent jamais les pieds dans une classe et qui veulent dire aux enseignants comment enseigner.  Ainsi que les fonctionnaires du ministère, bien souvent plus près de leurs sous que du bien-être des élèves.  C'est une charge à fond de train contre le système d'éducation actuel, mais une charge logique, argumentée et rationnelle, pas uniquement bâtie sur la colère.  Et qui a une préoccupation principale: la jeunesse du Québec et son avenir.  L'avenir qui passe par une bonne éducation, de qualité, accessible à tous.  N'empêche, cet essai, comme plusieurs autres dans le domaine s'arrête là où le travail commence: ok, ça va mal, mais qu'est-ce qu'on fait?  Quelques pistes sont offertes à diverses occasions, mais sans plus, plus aléatoirement qu'autre chose.  Certes il y a péril en la demeure et il faut réformer, mais comment?  Vu le format très court, c'est compréhensible, mais en même temps, c'est frustrant.  Ce livre laisse un sentiment d'incomplet dans l'action, mais de complet dans la réflexion qu'il propose.

Ma note: 3.5/5

lundi 25 mars 2013

Analphabète fonctionnel

Salut!

Lors de mes études uqamiennes, une pancarte attirait régulièrement mon attention.  On y lisait, grosso modo: Un million de québécois ne savent pas lire.  Un million.  Vous avez bien lu.  Chanceux.  Chaque fois, en passant devant cette affiche, je en pouvais m'empêcher de me dire que ces gens n'avaient vraiment pas de chance.  Pourquoi ne savaient-ils pas lire?  Sans doute des gens plus âgés qui n'avaient pas eu la chance d'apprendre étant plus jeune.  Ou des gens ayant eu de grandes difficultés d'apprentissage.  Peut-être le manque de soutien dans un foyer où les parents eux-mêmes avaient des difficultés de lecture.  Pour moi, lire étant aussi naturel que respirer, j'ai toujours eu du mal à imaginer la vie sans l'écrit.

Et voilà qu'en lisant Une éducation bien secondaire, je tombe sur une statistique, au tout début du livre: 49% des québécois sont des analphabètes fonctionnels*.

49%

La moitié de la population.  Oulàlà!  On dépasse largement le stade où on peut accuser la pauvreté, l'âge, le milieu social d'être les grands responsables de tout.  Oui, c'est sûr et certain, ces éléments ont leur rôle à jouer.  Le manque d'intérêt également, pour certaines personnes, lire n'est pas important faute de modèle en montrant l'importance.  On peut faire ici une longue liste d'accusés, de la télévision à l'internet, mais reste que le chiffre important ici est de dire que la moitié de la population de notre belle Province est capable de lire un texte, mais pas d'en déchiffrer le sens.

Je me rappelle, lors de mon court passage en enseignement, que j'avais tendance à souvent demander des lectures dans le manuel pour passer de la matière à mes élèves.  Erreur classique de débutante: c'était facile pour moi, donc, ce devait être facile pour eux.  Grossière erreur!  J'entendais des gémissements de souffrance à chaque fois que je parlais de lire!  Et c'était des élèves de deuxième secondaire!  Il m'apparaissait normal de leur demander de lire quatre pages avant de compléter un exercice.  La plupart commençait à la place à me causer des problèmes sans fin de discipline.  Mais pourquoi étaient-ils dans une classe de secondaire deux s'ils étaient incapable de comprendre ce qu'ils lisaient?

Car l'analphabétisme fonctionnel, c'est pire que le simple analphabétisme.  Ces personnes savent lire!  Elles peuvent déchiffrer les mots sur une page!  Mais elles ne comprennent pas ce qu'elles lisent.  Le sens des mots écrits ne franchit pas la barrière de leur cerveau, et pas par paresse ou par stupidité.  Non, c'est simplement parce que cet apprentissage ne s'est pas fait.  Quelque part dans le développement cognitif de cette personne, quelques connexions synaptiques ne se sont pas faites et causent ainsi des problèmes durables.  Surtout dans notre société de l'information où la connaissance est si souvent nécessaire!

Pourquoi cet état de fait?  On peut facilement pointer du doigt le système d'éducation.  On peut accuser les profs, les écoles, les parents, la télévision, l'internet, YouTube, Facebook, la sodomie, l'alignement des planètes et Arikrishna, mais ça ne changera pas les faits: 49% de nos concitoyens ne sont pas capables de comprendre le texte qu'ils viennent de déchiffrer.  Et plutôt que de se lancer dans une chasse aux sorcières, je crois qu'il est plus facile de dire qu'il n'y a pas qu'une seule cause.  Mais qu'il n'y a qu'une seule solution: remettre l'enseignement de la langue au coeur des priorités.  Si des millions de personnes ont réussi à apprendre à lire et à écrire à travers les siècles en utilisant du papier des crayons et en utilisant quelques techniques de base comme des dictées et des lectures obligatoires, ne peut-on pas dire que c'est une méthode qui a fait ses preuves et la privilégier?  Parce qu'avant toute chose, on doit viser dans ce domaine à la réussite du plus grand nombre avant tout.

Mais par-delà tout ça, par-delà les chiffres, les statistiques, la colère que l'on peut éprouver envers le phénomène, je crois que ce qui me chagrine dans tout ça, c'est de voir que ces personnes voient leur univers amputé.  OK, tous ne deviendront pas de grands lecteurs, mais à travers l'écrit, on a une autre façon d'appréhender le monde.  À travers l'écrit, on s'ouvre au monde, on ne limite plus son univers à ce qu'on y trouve dans l'environnement immédiat.  On peut voyager, voir les choses d'un autre point de vue, apprendre, découvrir, se remettre en question et peut-être, je dis bien peut-ètre, avoir le goût de mettre son épaule à la roue à la hauteur de ses modestes moyens pour changer, ne serait-ce qu'un peu, le monde.

Mais ça, on ne peut pas le faire si on ne se nourrit que de téléréalité et de culture pop.

@+ Mariane

* Boudreau, Diane, Une éducation bien secondaire,  Poète de brousse, Collection Essai libre, p.15

vendredi 22 mars 2013

L'initiation à la littérature par les profs de français

Salut!

Au hasard de mes discussions, je suis tombée sur une fille qui parlait d'une pièce de théâtre d'Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour.

-La pièce, au départ elle est poche et puis elle devient bonne au fur et à mesure qu'elle avance.  Ça, c'est parce qu'au départ, l'auteur il voulait pas écrire cette pièce et puis à un moment donné il s'est mis à s'y intéresser et c'est devenu bon.

-Qui t'a dit ça?

-Mon prof de français.

Mon prof de français...  Quatre petits mots qui recouvrent beaucoup de choses!  Au secondaire, les profs de français sont responsables de la transmission de la grammaire, de la syntaxe, de l'orthographe, de la lecture,  de l'écriture et de la ... littérature.  Le commentaire de cette copine m'a juste ramené à l'esprit ce que je sais depuis longtemps: les profs de français sont d'authentiques passeurs culturels littéraires.

Je me rappelle dans mes cours, à quel point j'adorais quand on abordait un nouvel ouvrage.  En secondaire un, une de mes profs avait longuement parlé la pièce Les fourberies de Scapin avant de nous la faire lire.  Je me rappelle encore l'affiche qu'elle avait préparée pour nous la présenter.  Elle nous donnait des indices, nous expliquait le contexte, clarifiait certaines détails (je lui dois de savoir ce qu'est qu'une didascalie!)  Elle nous donnait le goût de la découvrir cette pièce, mais en profondeur, en allant plus loin que notre compréhension de toutes jeunes adolescentes.  On avait ensuite vu cette pièce jouée par une troupe de théâtre et tous les petits indices de lecture qu'elle y avait glissé m'avait permis de rire doublement aux aventures de ce roublard de Scapin!

Il en a été ainsi pour tout un tas de livres que j'ai été obligée de lire durant mes études, du Vieil homme et la mer à Maria Chapdelaine.  Mes profs de français, à mon corps défendant parfois, m'ont fait découvrir de larges pans de la littérature mondiale, traçant des chemins pour moi que je n'aurais pas parcouru autrement, m'ouvrant des portes que j'ai ensuite allègrement utilisée par moi-même.

Faire découvrir la littérature, ça ne consiste pas qu'à mettre un livre dans les mains d'un élève.  C'est plus important comme boulot que simplement ça.  Il faut savoir déblayer le chemin vers l'oeuvre, aller nouer le fil entre le monde dans lequel vit le futur lecteur et le livre que l'on veut faire lire.  Raconter des anecdotes est un excellent moyen.  Il y a tant à dire sur les auteurs, qui ont eu une vie souvent hors-norme (je pense ici à un certain échange épistolier entre George Sand et Alphonse de Musset entre autre détail croustillant!), surtout ceux du XIXe siècle.  On peut parler du procès de Flaubert, des déboires financiers ou de l'ascendance de Dumas, des combats politiques de Victor Hugo.  Ça aide à mieux comprendre leurs oeuvres, en même temps que ça pique la curiosité de les lire.  Et croyez-moi, les profs de français sont des as pour faire ça.

@+ Mariane