vendredi 22 août 2014

De l'art et de l'argent

Salut!

Ok, J.K. Rowling est devenue millionnaire avec sa série Harry Potter.  C'est une exception.  Une très rare exception.  En fait, parmi la foule d'auteurs qui publient chaque année, nombre d'entre eux ne toucheront que très peu d'argent sonnant pour leurs écrits.  Plus rare encore sont ceux qui en vivent et de ce nombre, une poignée seulement réussissent à devenir riche.  Ce phénomène est général, mais il se reflète aussi dans le domaine des arts: pour un acteur d'Hollywood qui reçoit des millions, combien d'autres vivent dans des taudis en attendant de percer?  Ceux qui espèrent devenir riche en écrivant leurs livres sont légions, mais rares sont ceux qui auront cette chance.

Cependant, je déteste cette image: celle de l'écrivain pauvre, qui se dédit à son art, qui crève de faim et vit dans des logements miteux en écrivant jusqu'aux petites heures du matin.  Qui ne se soucie ni de vivre et encore moins d'avoir droit à un minimum de confort.  Comme si les auteurs devaient absolument payer leur amour à leur art pour avoir le droit de réussir...  Qu'ils doivent tout donner, pour pouvoir espérer ensuite être récompensé.  Encore pire, l'artiste qui consacre sa vie à son art, incompris, et qui finit désabusé, mais dont le génie est récompensé après sa mort et auquel on accorde toutes sortes de récompenses posthumes.  Yeurk...

On dirait que le cinéma et la télévision en général ont créé un certain mythe de l'artiste incompris et fauché, voir alcoolique ou drogué.  Ce qui ne correspond guère à la vie de nombres d'auteurs que je connais.  De la discipline certes, mais vivre une vie de misère pour leur art?  Pas tant que ça.  Le mythe est tenace, mais la réalité est tout autre.  Le chemin de croix de l'auteur passe souvent davantage par des boulots à-côté qui leur permettent de payer les factures.  La plupart des auteurs célèbres ont connus cette facette du métier: celle du travailleur, parfois dans des milieux très humbles, qui grattent le papier (ou pianotent sur le clavier) pendant leurs pauses.  De là à la chambre infestée de puces, il y a un monde.

On dirait qu'il y a une certaine tendance à juger ceux qui ont la chance d'avoir du succès et de pouvoir vivre de leur art.  On les accuse d'avoir fait des compromis avec leurs écrits, de vouloir être populaire.  De la jalousie là-dessous?  Non, jamais! s'empresseront de répondre les pires détracteurs.  Sans doute que si bien souvent.  Échanger ses souliers contre celui d'un auteur en vu, reconnu et son salaire?  Nombreux sont les ronchonneurs qui le feraient volontiers...  sans l'avouer toutefois.  La véritable motivation est souvent bien plus sociale que financière.  Même les auteurs reconnus doivent souvent faire des compromis avec leur budget, surtout dans notre Belle Province.  Mais l'appât de se sentir aimé, de se faire dire qu'on est bon, d'être reconnu, par ses pairs ou dans la rue est souvent irrésistible.  Les autres ne sont que des jaloux après tout.  Ne reconnaissez-vous pas dans ce discours une nuance du précédent?  Quand on a réussit, il est facile d'être condescendant avec les autres.  Ici, il n'est pas question de talent, mais de perception.

Je déteste particulièrement les hommages posthumes ou la gloire rendue à un être qui a souffert toute sa vie sans avoir les fruits de son art.  Un auteur doit être reconnu par la qualité de ses textes, point.  Je suis utopiste, je sais.  Cependant, il est tellement facile de rendre hommage à un mort: il ne peut pas répondre.  Ni aux critiques, ni aux louanges.  Aimer quelqu'un de vivant, avec ses qualités et ses défauts comporte le risque de voir un artiste aimé prendre une direction différente et donc, de se mettre à ne plus l'aimer.  C'est ça, la vie, elle n'est jamais définitive, elle peut toujours prendre une autre direction jusqu'à son point final.  C'est plus facile d'aimer quelque chose de fixe que d'aimer quelque chose qui peut changer d'un jour à l'autre.

La richesse et la pauvreté ne font aucune distinction entre de bons ou de mauvais auteurs.  Aucune.  Pas plus que la reconnaissance publique.  Les deux peuvent aider, mais si à la base ce sont les seules raisons qui poussent une personne à mettre ses idées par écrit, c'est une mauvaise raison.  D'ailleurs, le public fait souvent le tri entre les auteurs qui le font par intérêt pécunier et les autres.  Le tribunal du temps reste le meilleur des maîtres pour juger de la qualité des écrits, en-dehors des modes et des passions contemporaines.  J'aimerais bien que tous les auteurs puissent vivre confortablement de leur art plutôt que la portion congrue.  C'est un souhait.  Par contre, quand je vois le nombre d'auteurs pantentés qui réussissent à publier et à faire de l'ombre à ceux qui travaillent dur sur leurs textes, je me dis en même temps que le système a une certaine justice: seuls ceux qui le veulent vraiment vont percer, parce que le monde littéraire est impitoyable face à ceux qui s'échauffent pas les doigts avant de se mettre à leur clavier.

@+ Mariane

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