lundi 31 mai 2021

Je déballe ma bibliothèque

 Salut!

Je pique ici un titre à Walter Benjamin, mais je ne peux pas m'en empêcher: c'est très représentatif de ce qui s'est passé chez moi dans les derniers jours.  Parce qu'au cours des dernières semaines, j'ai méticuleusement, soigneusement et patiemment emballé tous les livres contenus dans mes bibliothèques, je les aie mis dans des boîtes et j'ai déménagé les-dites boîtes... dans mon nouveau chez moi.

Parce que nouveau chez moi il y a!  Patchoulie et moi sommes redevenues rive-sudiennes!

Patchoulie découvrant son nouveau royaume

Sauf que, en bonne lectrice avide, j'ai des bibliothèques et qui dit déménagement et bibliothèque, dit, boîtes et boîtes de livres!  Ça n'a pas été trop pire de les faire.  Ayant été libraire, j'ai de l'expérience dans les boîtes de livres (cinq ans à faire des retours...) et bon, ça a été la partie facile de la mise en boîtes!  La cuisine a été bien pire!

Je vais faire une affirmation en partant: je déteste déménager.  Pas pour rien que mon animal fétiche est le chat: comme lui, il me faut un territoire et rien ne me dérange plus dans mes habitudes que de devoir tout changer de place d'un coup.  Mais ça en a valu la peine!  

Mais les défaire...

Prendre des livres sur une tablette et les mettre dans des boîtes est une chose, les sortir de là pour les placer en est une autre.  Parce que déposer les livres sur les tablettes signifie aussi faire des choix, un certain classement, créer un décor que l'on va caresser des yeux pendant longtemps.  Les critères qui déterminent comment on va les placer sont de tous genres: esthétiques (les classer par hauteur, par couleur), pratique (par auteur.rice, par genre, par maisons d'éditions) ou par manie du/de la lecteur.rice (par exemple, je sépare les lus des non-lus et la fiction de la non-fiction).

Reproduire l'ordre exact d'une bibliothèque à une autre demande une minutie que je n'ai pas et c'était même impossible dans mon cas parce que déménageant dans plus petit, j'ai dû couper des bibliothèques...  Un reclassage s'imposait. Par contre, le fait de prendre physiquement dans mes mains les livres que j'ai, surtout ceux que j'ai depuis des années, pour les replacer, les déplacer, les reclasser, redonne conscience de leur existence.  

Il y en a que j'ai vu si souvent que j'oublie presque que je les aie, d'autres que je me regarde et me dit oh boy, celui-là, ça fait une éternité (pensez genre le cégep ou l'université) que je l'ai!  C'est d'autant plus triste que je n'ai pas encore lu certains d'autres eux.  Certains me rappellent des rencontres, des événements, des commentaires qu'ont faits des gens à un certain moment ou à un autre.  Beaucoup, beaucoup de souvenirs de lectures aussi et pas mal également de, ah, je serais bien dû pour lire celui-là!

Les livres sont aussi des objets physiques qui ont un poids, une texture, une odeur et qui assemblés, forment un ensemble visuel.  Vivre avec les livres signifie les exposer et les regarder aussi.  On est en contact avec eux, même s'ils sont sur des tablettes et mine de rien, quand on les déplace, c'est l'une des seules occasions où on entrera physiquement en contact avec chacun d'entre eux dans un court laps de temps.  Un rappel de ce qu'ils sont des objets à part entière, même si en tant que lectrice, le contenu m'intéresse infiniment plus que le contenant.

Sauf quand il s'agit de les déménager...

@+ Mariane

lundi 17 mai 2021

Ancrer dans le nommé ou non?

 Salut!

M'est remonté un vieux, très vieux souvenir l'autre jour.  J'étais adolescente et avec une amie, on était partie en camping avec sa famille.  On était à Old Orchard...  Il y avait un motorisé typique des années 90 et deux tentes, une pour mon amie et moi, l'autre pour son frère-par-sa-belle-mère (vive les familles reconstituées!) et l'ami qu'il avait amené.  Sous la tente, mon amie et moi écrivions des histoires. Je n'ai aucune idée si j'ai encore ça quelque part, mais petit doigt me dit que c'est disparu depuis un moment!  C'était des écrits d'adolescent, en partie inspiré d'une série télé de sf dont nous étions deux inconditionnelles.  Une sorte de fanfiction sans que nous sachions que ce mot existait.  Ayant revu quelques épisodes récemment, juste pour le plaisir, je peux vous affirmer que cette série a très mal vieilli et nos histoires, ça doit être pire!

Mais bref, cet été-là, sagement installée sous la tente un jour de pluie, rouges comme des homards d'un coup de soleil attrapé le premier jour à la plage, nous avions écrit une histoire, chacune de notre côté.  C'est drôle, c'est en repassant devant un Wendy's que le souvenir m'est revenu, dans un de ces curieux ressorts de la mémoire dont Marcel Proust avait si bien trouvé su capter l'essence avec sa madeleine.  Bref, dans ses histoires, elle envoyait ses personnages au Wendy's, les faisait loger dans un RamadaInn et leur faisait faire le plein chez Shell.  Moi, j'évitais soigneusement ce genre de précision: mes personnages mangeaient un hamburger dans un resto, ils dormaient dans un hôtel anonyme et ne se préoccupait pas de l'enseigne où ils remplissaient leurs réservoirs.  Deux approches différentes qui nous avaient valu une discussion où nous étions toutes deux certaines d'avoir raison.

Pourtant les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Si on nomme les lieux et les enseignes visitées, voire les marques de commerce, on ancre résolument le texte dans une ambiance et une époque.  Parce que si on parle d'un produit d'Apple, il y a un monde entre le  McIntosh et le iPhone!  C'est faire référence à la même entreprise, mais on en aura des visions très différente.  Parce que les deux produits sont sortis dans des contextes séparés par presque trois décennies et que durant cette période, le monde a beaucoup changé.  Par exemple, dans un roman historique, utiliser les noms de marques populaires à l'époque permet en un claquement de doigts de faire entrer le.la lecteur.rice dans l'ambiance de cette période.  Dire, personnage X attrapa son IPhone et dire personnage X attrapa son cellulaire donne deux tonalités bien différentes à un texte.  L'une est ancrée dans le concret, l'autre est moins précise, mais donne quand même la même information.  Il lui manquera peut-être juste une nuance, un double sens, un ancrage.

Mais ce qu'on perd en précision en ne le mettant pas en étant clair, on le gagne en liberté.  Parce que de dire un cellulaire au lieu de nommer un modèle permet de situer l'histoire de façon moins précise.  Autant au niveau géographique que temporel.  Et ça peut rendre une histoire intemporelle.  J'ai récemment relu La chatte de Colette et c'est précisément le fait qu'elle utilise si peu d'éléments clairement définis qui fait que le.la lecteur.rice peut si facilement imaginer que cette histoire se passe autant dans les années 20, les années 40, les années 50 même que dans les années 30 où elle a été écrite.  On pourrait changer à peine quelques éléments et on aurait une histoire qui pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.  En ce sens, c'est un immense avantage que de ne pas être trop précis et de ne pas nommer les marques.

Bref, les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients.  Ce qui est important, c'est l'intention de l'auteur.rice et la constance tout au long du texte.

@+ Mariane

lundi 10 mai 2021

La classe moyenne n'est pas très fantasy

 Salut,

L'autre jour, en fouinant dans mes livres, je suis tombée sur mes romans de fantasy.  Dans ce type de roman, le personnage du chevalier/guerrier/mage/roi/prince etc domine, c'est souvent l'une des caractéristiques du genre.  Les versions plus actuelles mettent aussi en vedette leurs contreparties féminines et on y verra sûrement des personnes non-binaires un jour, si ce n'est pas déjà fait.  À l'autre bout, on se frottera aussi à la populace, ceux qui vivent dans la pauvreté et la crasse, voir la criminalité.  Ceux qui se battent pour manger chaque jour et où vont s'encanailler ceux de la haute société.

Entre les deux?  Pas grand chose.

Il y a les aubergistes, les marchands et les artisans, grosso modo.  Certes, la société médiévale était séparée entre des classes sociales ne laissant pas beaucoup de place entre le peuple et les nobles, mais entre les deux, prise en sandwich, la classe moyenne a pas mal toujours existé, plus ou moins grosse selon les époques.  Seulement, dans les romans de fantasy, elle est juste.. en arrière-plan.  Et pourtant!

Celui qui n'a jamais croisé un aubergiste dans un roman de fantasy n'a probablement pas lu grand chose: roman de fantasy = voyage et donc, de devoir se loger de temps en temps.  L'aubergiste, homme ou femme, est donc un personnage qui fait partie du décor.  Le hic, c'est qu'il n'est jamais le personnage principal.  C'est toujours un personnage en lisière de l'histoire, qui sert le plus souvent  à alimenter les péripéties, rarement un protagoniste et si c'est le cas, il sera le plus souvent secondaire.  Pourtant, des histoires qui se passent dans une auberge, ça pourrait alimenter pas mal d'univers, tout simplement parce que toute la société finit par avoir besoin de cet endroit un jour ou l'autre.  Mais... non.

L'artisan est aussi présent, mais encore là, il n'est pas le protagoniste de l'histoire.  Il ou elle est le soutien du héros ou de l'héroïne, c'est la personne qui forge les armes, répare les armures, invente parfois de nouveaux objets.  Mais rarement a-t-il ou a-t-elle le premier plan.  Comme si les aventures d'un.e artisan.e, de la création à la vente, n'était qu'un fond sonore, alors que souvent, se batailler avec une épée à forger dans un métal rare, une armure à réparer dans un temps record ou un vêtement à coudre avec la pression d'un.e client.e ingrat.e sur le dos peut être assez houleux comme aventure.  Quant au service à la clientèle, peu importe l'époque, il aura toujours une part d'épique...

Ce qui me tape un peu sur les nerfs par contre, c'est la quasi-absence du marchand comme figure.  Ok, sa place est moins réduite, il aura plus de chances d'être un personnage, voire même principal parfois et ça se comprend: après tout, les marchands voyagent autant que les chevaliers!  Ils peuvent en vivre des aventures!  On parle ici des voyageurs, mais ceux qui restent en ville et brassent des affaires peuvent très bien avoir un joli impact sur les affaires de la cour, surtout s'ils sont riches.  

L'absence de cette classe moyenne en fantasy est parlante par ce qu'elle ne dit pas.  Après tout, soyons honnêtes: la majorité des lecteur.rices du genre sont des membres de la classe moyenne.  Pas parce que les riches n'en font pas partie, mais ils sont moins nombreux.  Et pas parce que les pauvres ne lisent pas, mais ils en ont souvent moins le temps, voire moins les moyens s'ils n'ont pas une bonne bibliothèque à proximité.  Donc, une bonne partie de la classe sociale qui consomme de la fantasy... ne retrouve pas son équivalent dans la fantasy.  On cherche à rêver et à s'évader en lisant ce genre de livres, mais quand même.  On dirait que l'on a du mal à s'imaginer l'entre deux, quelque part entre le haut de l'échelle sociale et le bas.

C'est d'autant plus surprenant que le classique des classiques du genre met en vedette quatre membres de cette classe moyenne que tant d'autres oeuvres boudent: en effet, qui a-t-il de plus classe moyenne que quatre hobbits pantouflards lancés à l'assaut du Mordor?  Et pourtant, qui pourrait nier que ce livre ait une dimension épique?  Qu'il a passionné des millions de lecteur.rice.s?  

Oublier les hiérarchies, fouiller les zones inexplorées, renverser les clichés: la fantasy a encore bien des ressources et bien des choses à faire découvrir, il faut juste arrêter de retourner les mêmes pierres pour renouveler le genre.  Parce que bien des personnages, des situations et des intrigues moins clichés sont sous nos yeux depuis le début.

@+ Mariane

lundi 3 mai 2021

Crier de bonheur à en déranger le chat!

 Salut!

Patchoulie a fait un bond de deux pieds dans les airs quand j'ai lâché mon cri.  Bon, elle passe son temps à dormir (dur la vie de chat) alors je l'ai sûrement réveillé, mais ça valait la peine!

Parce que pour la 2e fois, j'ai remporté le Prix Boréal volet fanédition pour ce blogue!

JE SUIS SUPER CONTENTE!!!!!!!!!!!!

(Bon, imaginez-moi de sauter de joie, de danser sur place et de crier!)

C'est foutument agréable de savoir que je suis appréciée comme blogueuse, lue et reconnue.  Parce que bloguer est un métier solitaire et aussi parce que des fois, je me casse la tête pour trouver un sujet intelligent sur lequel écrire.

Ça me donne un super boost, ça me donne de l'énergie à revendre, ça me donne 10 millions d'idées!

Je suis super contente, mais...

Encore une fois, une deuxième fois, je remporte ce prix en direct de mon appart.

Encore une fois, une deuxième fois, il me manque les applaudissements, les tapes dans le dos autre que virtuelles, les visages réjouis, les Félicitations!!!! à l'annonce du résultat.  Le virtuel ne bat pas le réel, pas pour l'instant.

Mais quand même, je ne vais pas bouder mon plaisir!

On va continuer, comme avant, comme depuis dix ans maintenant.

MERCI À TOUS!!!!

Retour aux billets la semaine prochaine!

@+ Mariane

lundi 26 avril 2021

J'ai rien compris à ce livre

 Salut!

    Ça m'est arrivé quelques fois au fil des années de refermer un livre et de me dire: j'ai rien compris à ce bouquin.  Pas si souvent que ça bien sûr, mais c'est quand même arrivé quelque fois.  En fait, si c'est pas arrivé si souvent, c'est en grande partie parce que quand je ne pige rien à un livre, je préfère ne pas le terminer.  Mais bon, c'est déjà arrivé.

    Si le livre m'est incompréhensible, ça peut venir de trois facteurs, moi, l'auteur.e ou le manque de connexion entre les deux.

    Ça se peut très bien, que je ne pige rien à un livre en particulier.  Parce que le sujet m'ennuie, parce qu'il me manque des éléments de base, parce que je ne suis pas la présentation qui m'est faite.  Ça peut arriver.  Dans ce cas-là, ben, je ne m'en fais pas.  Je peux aussi tout bêtement ne pas être le public-cible du livre et par conséquent, ne pas comprendre toutes les allusions, les codes et les références destinées à être comprises par ceux qui savent à l'avance.  Par exemple, si je lis un policier, je risque d'en rater par mal plus que la moyenne des lecteurs de ce genre: je pige juste pas ces codes-là!

    La personne qui a écrit le livre a aussi sa responsabilité.  Parce que pour rendre sa pensée accessible et compréhensible, faut avoir ramé en amont (dixit la fille qui se casse la tête pour rendre les idées dans ses billets clairs depuis dix ans).  Ce n'est pas donné à tout le monde et même les meilleurs peuvent se planter!  On entre ici dans la relation de communication: L'auteur.e a un boulot à faire.  Et l'éditeur.rice aussi.  Après tout, il.elle est là pour botter le derrière à la personne qui tape sur le clavier et doit savoir alterner entre la carotte et le bâton (métaphorique) pour amener l'auteur.e à donner le maximum et amener l'oeuvre à son meilleur.  Mais bon, il y a des paresseux.ses, des moins compétent.e.s (ou des incompétent.e.s) ou des moins expérimenté.e.s.  Bref, ça prendre de tout pour faire un monde et si le résultat final n'est pas à la hauteur, ben, des fois, oui, ça peut être la faute du livre!

    Il y a aussi la troisième hypothèse: le lien ne se fait juste pas.  Le/la lecteur.rice a une bonne connaissance du sujet, L'auteur.e a fait son boulot, mais il manque un quelque chose qui facilite la compréhension qui ne passe pas.  Ce n'est pas la faute de personne, mais arrive.  Le livre sera alors incompréhensible pour le/la lecteur.rice.  C'est plate, mais c'est possible  Ça peut être dû au moment où on lira le livre, à de la fatigue, aux livres qu'on a lu juste avant, bref, à un paquet de petits détails.  Mais ça peut arriver.

    Et bon, il y a aussi une catégorie complètement à part: les livres conçus pour être incompréhensible.  Oui, ils existent!  Qu'ils soient écrit dans ce but par leurs auteur.rice.s afin d'être réservés à un public privilégié qui EUX pourront le comprendre, qu'ils soient rédigés avec des clés de lecture qui nécessitent d'être sus, qu'ils soient simplement un exercice de style synonyme de cassage de tête, bref, ça peut exister un livre auquel personne ne va rien piger.

    Mais sincèrement, sont chiants ceux qui font ça!  Fort heureusement qu'ils sont rares.

@+ Mariane

lundi 19 avril 2021

Des personnages comme un vieux chandail confortable

Salut!

J'ai un vieux kangourou en coton ouaté qui a... 23 ans.  Oui, oui, 23 ans!  Ce chandail, où la date 1998 est bien imprimée, me suit depuis mes 15 ans.  J'ai voyagé, j'ai été à la pêche, j'ai couru, je me suis emmitouflée dedans dans tout un paquet de circonstance, bref, ce chandail appartient à ma vie des vingt dernières années.  Il est complètement moulé à mon corps, mes coudes tombent pilent au bon endroit et mes épaules s'ajustent parfaitement dans le tissu.  Après toutes ces années, je le mets en éprouvant à chaque fois un sentiment de confort.  Ne manque que les cordons du capuchon.  Mes minettes les ont mangées il y a une dizaine d'années.

Tout ça pour dire que c'est toujours agréable de retrouver quelque chose de connu.  C'est rassurant.  Quand on lit et qu'on aime un type de lecture en particulier, on a cette même sensation de confort, de retrouver quelque chose de connu et d'aimé, et donc, de réconfortant.  Les lecteurs de genre le savent, peu importe le genre d'ailleurs: quand on s'installe pour lire quelque chose que l'on connaît, tous les petits éléments qui se retrouvent d'oeuvre en oeuvre sont autant de manière de se retrouver en terrain familier et connu.  Une façon de générer du bien-être.

C'est encore plus fort quand on parle de personnages.  Parce que les personnages, à force de les côtoyer dans des livres, on finit par les connaître, à savoir leurs histoires.  Même s'il leur arrive des aventures différentes à chaque fois, il reste que l'on parle du même personnage.  De livre en livre, on les voit grandir, souffrir, aimer, perdre des proches, tomber amoureux.ses.  Quand un lecteur de policier s'installer devant une aventure avec son détective préféré, il sait que cette personne a une approche particulière et qu'il ou elle sera ainsi plus sensible à tel ou tel indice.  Et si des éléments de l'intrigue lui rappelle une autre enquête et bien le lecteur comprendra les réactions du personnage, que ce soit de peur, de dégoût ou l'impression de vide sidéral soudainement apparu sous ses pieds.

Retrouver un personnage connu, même si tout le reste change, est une posture de continuité, de constance, dans un univers où tout le reste ou presque peut changer.  Et ça rend cette relation au personnage extrêmement confortable et réconfortante.  C'est comme enfiler un vieux chandail qu'on connaît tellement bien que les plis du coude sont au bon endroit, la capuche parfaitement adaptée à la tête et dont on se souvient de l'avoir porté mille fois.

Bref, c'est le fun des fois, de retrouver quelque chose comme un personnage-réconfort-parce-qu'archi-connu.  Ça fait tout simplement du bien!

@+ Mariane

jeudi 15 avril 2021

Kagagi de Jay Odjick

 Kagagi  Jay Odjick Hannenorak 80 pages


Résumé:
Matthew est un adolescent ordinaire, qui est amoureux de la fille populaire de son école, a un meilleur ami et vit avec une ancienne employée de ses parents qui l'a adopté.  Une vie assez normale quoi.  Le jour où un mystérieux homme débarque pour lui annoncer qu'il est l'élu de son peuple, destiné à sauver l'humanité entière du Windigo.  Pour le faire, il se retrouve doué de pouvoirs super-héroïques et devient Kagagi.

Mon avis:
L'auteur, lui-même issu des Premières Nations, s'est amusé à écrire une histoire de super-héros en s'inspirant de leurs mythes et légendes et ma foi, c'est plutôt bien.  Parfait, non, excellent, non plus, il a encore quelques croûtes à manger, mais n'empêche, le résultat est plutôt honorable.  

Matthew, adolescent tout ce qu'il y a de plus ordinaire, est présenté comme étant un personnage autochtone dès le départ, sans qu'il soit vraiment mêlé de près à ses origines culturelles, ayant été adopté assez jeune.  La découverte de son héritage se fera plus tard dans le livre, au même moment où ses pouvoirs, qu'il a toujours possédé, lui seront révélés.  Le super vilain est d'ailleurs un personnage important de la mythologie autochtone: le Windigo.  Bref, la manière dont l'auteur crée et met en scène un personnage issu de son imaginaire culturel est très bien et on accroche à cette partie de l'histoire.

Le bât blesse ailleurs.  Si dans les scènes où les personnages sont représentés en super-héros, l'auteur réussi avec un talent manifeste au niveau du dessin, il en va autrement dans les scènes ordinaires: le dessin souffre d'une absence de mouvements, le découpage est tout juste correct et certains plans sont carrément ratés (la scène sur la piste de danse où tous les personnages semblent couchés plutôt que debout, entre autres). 

De plus, l'intrigue est brouillonne et les personnages sont faits d'un bloc, sans la moindre nuance.  Ce qui explique qu'on écarquille des yeux devant la réaction de Matthew à un moment pivot de l'histoire: il n'a jamais eu ce genre de réaction avant et rien dans tout ce qui nous a été présenté depuis le début de l'histoire nous pousse à croire que cette réaction est logique.  Les dialogues sonnent d'ailleurs faux à certains moments, mais je ne sais pas s'il s'agit ici d'un effet de traduction.

Ce n'est pas que tout est mauvais, mais ça sent la première oeuvre: beaucoup de dévouement, une passion véritable et sincère pour les histoires de super-héros, mais encore des failles dans le rendu final.  Bref, de bonnes idées, mais il va falloir encore quelques albums à l'auteur pour emmener son talent à son plein potentiel.

Ma note: 3/5