Mémoria tome 2 L'Abîme Texte de Claude Paiement et Jean-Paul Eid Dessins de Jean-Paul Eid Les 400 coups 64 pages
Résumé:
Un an après avoir fermé son attraction la plus populaire, Mémoria, Brainstorm est sur le point de la rouvrir. Mais Karina Kuan, la chef-conceptrice mis à pied à la suite de l'affaire Abel Schultz/ Benjamin Blake veut résoudre l'énigme qu'elle n'a pas su dénouer un an plus tôt. Avec l'aide de celui qu'elle sait être Benjamin dans le corps d'Abel, elle va retourner à Mémoria. Entre le PDG Steve Bates qui veut que la machine reparte et les deux alliés circonstanciés, le drame est en place. D'autant que dans l'ombre de Mémoria, Zalupski n'est pas disparu.
Mon avis:
Encore une fois, chapeau! Une excellente SF mis en place avec un très beau dessin pour l'appuyer. On change de teinte pour les camaïeus en délavés qui peuplent le livre. Ici, le vert domine dans Mémoria au lieu du bleu, symbole que si tout est comme avant, tout a quand même changé. La quête de Kuan la scientifique, la rationnelle, confrontée à quelque chose qu'elle ne pouvait même pas imaginer est extrêmement intéressante. Et nous ramène à la philosophie de manière habile: la matière qui acquiert la capacité de penser, la conscience de sa propre existence, qu'est-elle au fond? Le plasmide, ce liquide intelligent présenté dans le premier tome permet ici de poser la question. Zalupski, premier, unique, est la créature-créateur qui se rend compte que d'autres que lui tirent les ficelles. Intéressante métaphore. Ce qui est surprenant avec cet opus, c'est la grande qualité de la SF présente dans le livre, magnifiquement bien servi par le dessin. Les idées sont présentées d'une manière que je n'avais jamais vu et le côté gouailleur du dessin issu des années 1930 donne une touche de légèreté au récit. Les personnages sont bien développés, particulièrement Benjamin Blake, perdu, mais déterminé, avec un petit côté exalté qui convient bien. Face à lui, Kuan est un peu un agent Scully face à Mulder. Elle mettra du temps avant de comprendre. Steve Bates (Bates? Jobs? une allusion?) est l'archétype du PDG qui regarde ses colonnes de chiffres plutôt que les vies en jeu. Bien amené, mais nécessairement superficiel. Par contre, Zalupski, oh, mais quel personnage! Sombre, mystérieux, il en sait plus qu'il n'en a l'air et tire d'habiles ficelles! Bref, une excellente BD que j'ai beaucoup aimé. Par contre, ben, malgré tous les commentaires positifs, non, pas un coup de coeur. Une réussite complète, mais ça ne trônera pas au sommet de mes meilleurs lecteurs parce que je n'ai pas été transportée comme dans d'autres BDs. Peut-être un peu trop cérébrale. Ce qui n'enlève rien à ses autres qualités!
Ma note: 4.5/5
vendredi 31 juillet 2015
lundi 27 juillet 2015
Apnée de Zviane
Apnée Zviane Pow Pow 88 pages
Résumé:
Sophie est en apnée. Il y a autour d'elle une odeur d'eau. C'est la dépression et tout ce qui vient avec: l’insupportable mal de vivre, l'incapacité à agir, mais aussi le regard des autres qui juge et ne comprend pas.
Mon avis:
Comme toujours, Zviane vise très juste avec cette BD sobre pour parler d'un sujet difficile: la dépression. Aucun pathos, l'auteure montre avec art la difficulté de remonter la pente, l'impression de vivre sous l'eau, d'être suspendue hors du temps. D'attendre que ça passe, même si c'est long et difficile de continuer à se battre jour après jour pour que ça aille mieux. Le regard des autres est aussi très bien montré. Le fait que l'on sache que les collègues, les amis, les confrères/consoeurs de classe s'attendent que tout aille mieux d'un seul coup alors que remonter d'une maladie mentale, peut importe laquelle, prend du temps. Et beaucoup de courage aussi. On ressent tout ça à la lecture de cette BD, toutes ces difficultés qu'une personne dépressive affronte, sans l'énergie nécessaire pour les affronter. Pour illustrer son propos, l'auteure énormément joué avec les plans et les perspectives. Cela permet d'entrer à fond dans son sujet parce que rien n'est comme dans une BD normale. Comme une personne dépressive n'est pas dans une vie normale. Les plans qui montre le personne principale par-dessus l'épaule, l'absence des yeux chez tout les personnages et les gros plans, soigneusement utilisés pour montrer différents moments. Les réflexions du personnage principal aussi. Bref, comme d'habitude, rien à redire. Sans conteste (je me répète!), Zviane est une auteure de BD géniale. Je vais arrêter de vous le dire pour un petit moment maintenant, j'ai pratiquement lu tout ce qu'elle a publié! Avertissement par contre: ne pas lire cet opus une journée où vous avez les bleus, ça vous aidera pas...
Ma note: 5/5
Résumé:
Sophie est en apnée. Il y a autour d'elle une odeur d'eau. C'est la dépression et tout ce qui vient avec: l’insupportable mal de vivre, l'incapacité à agir, mais aussi le regard des autres qui juge et ne comprend pas.
Mon avis:
Comme toujours, Zviane vise très juste avec cette BD sobre pour parler d'un sujet difficile: la dépression. Aucun pathos, l'auteure montre avec art la difficulté de remonter la pente, l'impression de vivre sous l'eau, d'être suspendue hors du temps. D'attendre que ça passe, même si c'est long et difficile de continuer à se battre jour après jour pour que ça aille mieux. Le regard des autres est aussi très bien montré. Le fait que l'on sache que les collègues, les amis, les confrères/consoeurs de classe s'attendent que tout aille mieux d'un seul coup alors que remonter d'une maladie mentale, peut importe laquelle, prend du temps. Et beaucoup de courage aussi. On ressent tout ça à la lecture de cette BD, toutes ces difficultés qu'une personne dépressive affronte, sans l'énergie nécessaire pour les affronter. Pour illustrer son propos, l'auteure énormément joué avec les plans et les perspectives. Cela permet d'entrer à fond dans son sujet parce que rien n'est comme dans une BD normale. Comme une personne dépressive n'est pas dans une vie normale. Les plans qui montre le personne principale par-dessus l'épaule, l'absence des yeux chez tout les personnages et les gros plans, soigneusement utilisés pour montrer différents moments. Les réflexions du personnage principal aussi. Bref, comme d'habitude, rien à redire. Sans conteste (je me répète!), Zviane est une auteure de BD géniale. Je vais arrêter de vous le dire pour un petit moment maintenant, j'ai pratiquement lu tout ce qu'elle a publié! Avertissement par contre: ne pas lire cet opus une journée où vous avez les bleus, ça vous aidera pas...
Ma note: 5/5
vendredi 24 juillet 2015
1000 coups de fouet parce que j'ai osé parler librement de Raïf Badawi
1000 coups de fouet parce que j'ai osé parler librement Raïf Badawi Édito 60 pages
Résumé:
Arrêté en 2012 à cause de ses billets de blogue critiquant le régime, Raïf Badawi a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison en plus d'une forte amende. Ce livre est un recueil de certains de ses textes, démontrant sa pensée, son implication et ses luttes.
Mon avis:
Après avoir lu ce livre... je comprends pourquoi Raïf Badawi est en prison. Pas tant à cause de ce qu'il a écrit, de nombreuses personnes ont écrit pour réclamer plus de libertés. Non, c'est à cause de la pensée qu'il y a derrière. Raïf Badawi est un libéral dans le sens vrai du terme, quelqu'un qui réclame plus de libertés. Il est articulé, structuré et sa parole reflète ses idées. Loin de tomber du ciel ou de répéter les paroles des autres, il a su mener une réflexion approfondie, originale, nourrie de ses lectures et des philosophes occidentaux, mais ancrée en Arabie Saoudite, dans le monde musulman dont il est issu et où sa pensée s'est élaborée. Il parle des siens, de son peuple, c'est à eux qu'il s'adresse. En lui, les leaders politiques et religieux ont trouvé leur homme, parce que ses convictions sont profondes (on le sent à la lecture), mais aussi parce qu'il est parfaitement capable d'argumenter avec eux, même avec leurs propres armes. Le livre comme tel se divise en quatre parties abordant chacune un thème en particulier avec trois billets pour les illustrer: Terrorisme, guerre et paix, Libéralisme et société (incluant la laïcité), Mille et une nuits (Relations hommes-femmes) et Printemps arabe. Chacun est illustré par quelques billets développant chacun une idée précise. Plusieurs sont propres à la culture et à la vie politique de l'Arabie saoudite, mais on ne s'y perd pas trop en tant que lecteur occidental malgré le petit nombre de notes de bas de pages. Les versets du Coran ont été supprimés pour éviter les éventuels problèmes dont on devine la cause, mais ça ne gêne pas la lecture. Ce livre est un aperçu de ce qu'a dit Raïf Badawi, il serait bien sûr intéressant d'en savoir plus. Ce recueil est bien sûr une sélection choisie de ses billets, il y aurait sans doute eu beaucoup plus à dire et à connaître sur lui. Mais avoir un accès direct à la raison de son si médiatique emprisonnement aide à mieux comprendre sa situation, son pays et les raisons de son engagement.
Je ne note pas ce livre.
Résumé:
Arrêté en 2012 à cause de ses billets de blogue critiquant le régime, Raïf Badawi a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison en plus d'une forte amende. Ce livre est un recueil de certains de ses textes, démontrant sa pensée, son implication et ses luttes.
Mon avis:
Après avoir lu ce livre... je comprends pourquoi Raïf Badawi est en prison. Pas tant à cause de ce qu'il a écrit, de nombreuses personnes ont écrit pour réclamer plus de libertés. Non, c'est à cause de la pensée qu'il y a derrière. Raïf Badawi est un libéral dans le sens vrai du terme, quelqu'un qui réclame plus de libertés. Il est articulé, structuré et sa parole reflète ses idées. Loin de tomber du ciel ou de répéter les paroles des autres, il a su mener une réflexion approfondie, originale, nourrie de ses lectures et des philosophes occidentaux, mais ancrée en Arabie Saoudite, dans le monde musulman dont il est issu et où sa pensée s'est élaborée. Il parle des siens, de son peuple, c'est à eux qu'il s'adresse. En lui, les leaders politiques et religieux ont trouvé leur homme, parce que ses convictions sont profondes (on le sent à la lecture), mais aussi parce qu'il est parfaitement capable d'argumenter avec eux, même avec leurs propres armes. Le livre comme tel se divise en quatre parties abordant chacune un thème en particulier avec trois billets pour les illustrer: Terrorisme, guerre et paix, Libéralisme et société (incluant la laïcité), Mille et une nuits (Relations hommes-femmes) et Printemps arabe. Chacun est illustré par quelques billets développant chacun une idée précise. Plusieurs sont propres à la culture et à la vie politique de l'Arabie saoudite, mais on ne s'y perd pas trop en tant que lecteur occidental malgré le petit nombre de notes de bas de pages. Les versets du Coran ont été supprimés pour éviter les éventuels problèmes dont on devine la cause, mais ça ne gêne pas la lecture. Ce livre est un aperçu de ce qu'a dit Raïf Badawi, il serait bien sûr intéressant d'en savoir plus. Ce recueil est bien sûr une sélection choisie de ses billets, il y aurait sans doute eu beaucoup plus à dire et à connaître sur lui. Mais avoir un accès direct à la raison de son si médiatique emprisonnement aide à mieux comprendre sa situation, son pays et les raisons de son engagement.
Je ne note pas ce livre.
Libellés :
Commentaire de lecture,
Essai,
Littérature arabe
mercredi 22 juillet 2015
Le Naufragés de Mémoria: 1- Scaphandre 8 de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Le Naufragé de Mémoria tome 1 Scaphandre 8 Texte de Jean-Paul Eid et Claude Paiement Dessins de Jean-Paul Eid 60 pages
Résumé:
Benjamin Blake est chauffeur de taxi à Mémoria, une ville qui vit au rythme des années 30. Un jour, une mystérieuse inconnue oublie son sac dans sa voiture. Désireux de la lui rendre, il découvrira une réalité plus que troublante: son monde, loin d'être ce qu'il croit est une illusion, contrôlée par d'autres. Ailleurs, les propriétaires de Brainstorm, une entreprise spécialisée dans les visites virtuelles éprouve des problèmes avec ses clients qui se rendent dans un de ses univers les plus populaires: la ville de Mémoria.
Mon avis:
Quand on pense avoir atteint les limites de la science-fiction, quelqu'un vient vous botter le derrière pour vous faire comprendre que non, on avait pas tout dit. L'idée maîtresse de cette BD réside dans le plasmide, un liquide intelligent, capable de transmettre les informations pré-programmé aux personnes qui y sont immergés, leur permettant d'avoir l'illusion totale d'être dans un autre monde. Le problème étant que les personnages programmés pour habiter ce monde virtuel prennent conscience que leur univers n'est pas ce qu'ils pensent et tombent dans les «craques» de celui-ci.Bien vite, la révolte gronde contre ceux qui les manipulent, dont ils ignorent tout. La différence entre les deux mondes (réel et virtuel) est bien marquée par des changements dans les teintes de couleur, passant d'une dominante de bleu pour Mémoria à une dominante de vert et de gris pour le monde réel. De même, dans les «craques» du monde de Mémoria, tout est en noir et blanc, ce qui nous permet de suivre l'action dans les différents univers de façon très précise. Le personnage de Benjamin Blake est au départ convaincu de l'existence de son monde et sa découverte d'un autre monde le surprendra, mais il ne le remettra pas en question, ce qui est surprenant vu le genre. Quoique les preuves sont plutôt accablantes, on le comprend de ne pas douter longtemps.! Mené par un étrange personnage appelé Zalupski, les personnages de Mémoria se tentent de comprendre qui tire les ficelles de leur univers. L'autre personnage intéressant dans le récit est Madame Kuan, une scientifique de notre monde qui essaie de découvrir la source des perturbations dans Mémoria. Et qui constate que le plasmide, ce liquide intelligent pourrait bien être beaucoup plus qu'on ne le croit. Sa volonté de comprendre se heurtera à quelque chose qu'elle ne peut même pas imaginer. La fin nous laisse sur une réelle surprise, sur beaucoup de possibilités, sur une remise en question de l'univers des deux côtés. Une belle fin qui donne envie de lire la suite.
Ma note: 4.25/5
Résumé:
Benjamin Blake est chauffeur de taxi à Mémoria, une ville qui vit au rythme des années 30. Un jour, une mystérieuse inconnue oublie son sac dans sa voiture. Désireux de la lui rendre, il découvrira une réalité plus que troublante: son monde, loin d'être ce qu'il croit est une illusion, contrôlée par d'autres. Ailleurs, les propriétaires de Brainstorm, une entreprise spécialisée dans les visites virtuelles éprouve des problèmes avec ses clients qui se rendent dans un de ses univers les plus populaires: la ville de Mémoria.
Mon avis:
Quand on pense avoir atteint les limites de la science-fiction, quelqu'un vient vous botter le derrière pour vous faire comprendre que non, on avait pas tout dit. L'idée maîtresse de cette BD réside dans le plasmide, un liquide intelligent, capable de transmettre les informations pré-programmé aux personnes qui y sont immergés, leur permettant d'avoir l'illusion totale d'être dans un autre monde. Le problème étant que les personnages programmés pour habiter ce monde virtuel prennent conscience que leur univers n'est pas ce qu'ils pensent et tombent dans les «craques» de celui-ci.Bien vite, la révolte gronde contre ceux qui les manipulent, dont ils ignorent tout. La différence entre les deux mondes (réel et virtuel) est bien marquée par des changements dans les teintes de couleur, passant d'une dominante de bleu pour Mémoria à une dominante de vert et de gris pour le monde réel. De même, dans les «craques» du monde de Mémoria, tout est en noir et blanc, ce qui nous permet de suivre l'action dans les différents univers de façon très précise. Le personnage de Benjamin Blake est au départ convaincu de l'existence de son monde et sa découverte d'un autre monde le surprendra, mais il ne le remettra pas en question, ce qui est surprenant vu le genre. Quoique les preuves sont plutôt accablantes, on le comprend de ne pas douter longtemps.! Mené par un étrange personnage appelé Zalupski, les personnages de Mémoria se tentent de comprendre qui tire les ficelles de leur univers. L'autre personnage intéressant dans le récit est Madame Kuan, une scientifique de notre monde qui essaie de découvrir la source des perturbations dans Mémoria. Et qui constate que le plasmide, ce liquide intelligent pourrait bien être beaucoup plus qu'on ne le croit. Sa volonté de comprendre se heurtera à quelque chose qu'elle ne peut même pas imaginer. La fin nous laisse sur une réelle surprise, sur beaucoup de possibilités, sur une remise en question de l'univers des deux côtés. Une belle fin qui donne envie de lire la suite.
Ma note: 4.25/5
lundi 20 juillet 2015
L'amour du livre de Denis Vaugeois
L'amour du livre Denis Vaugeois Septentrion 218 pages
Résumé:
Denis Vaugeois aime le livre: auteur, éditeur, grand maître de la Loi sur le livre de 1980, ardent défenseur de la lecture et de l'accès aux livres, on peut dire qu'il aura été un acteur marquant du monde du livre des quarante dernières années. Dans ce livre, il nous parle de ses grandes réalisations, de son métier, de ses difficultés et de ses contraintes et de son avenir aussi. La parole d'un amoureux du livre sur le milieu.
Mon avis:
Qui ne connaît pas Denis Vaugeois ne connaît pas le milieu du livre au Québec. Acteur majeur depuis des décennie, il a réussit le tour de force de faire adopter une loi structurant le milieu du livre au Québec et qui a permis son essor fulgurant au cours des trente dernières années. Dans son livre, il raconte la genèse de la fameuse loi 51 et ses conséquences. Il détaille le métier d'éditeur, des facteurs influençant le coût d'impression, le choix des caractères, les difficultés et facilités que viennent apporter l'informatique, les questions de droit, etc. C'est une fascinant plongée dans l'arrière-plan du milieu du livre, là, où il se fait, se vend et se vit. Bon, pour le profane, cela doit être une totale découverte. Pour ma part, je ne le suis pas... et j'ai pourtant énormément appris. Des détails souvent, mais des détails importants. La saga de la loi 51, je ne la connaissais pas, ni sa genèse. Par contre, j'ai remarqué que dans cette partie, l'auteur nous noyait un peu trop dans les détails des personnes qui ont été au coeur de la loi: il nous présentait une personne une fois et revenait sur lui trois pages plus loin sans la resituer dans le contexte. À la longue, ça devenait un peu mêlant! Par contre, on peut pardonner ses petites erreurs à l'auteur puisque la mise en place d'une telle loi se s'est pas faite toute seule, bien entendu! Un tel processus implique beaucoup de monde et surtout, beaucoup de gens déterminés, il valait la peine de tous les nommer. Le livre date de 2005, mais on ne peut que saluer la clairvoyance de l'auteur sur plusieurs sujets: il comprenait déjà à l'époque et de façon approfondie les effets secondaires néfastes de la loi 51, voyait l'arrivée du numérique et de ses conséquences, s'inquiétait pour la concentration des éditeurs et des distributeurs entre quelques mains et les difficultés des librairies. À lire pour les amoureux du livre, en tant que lecteur certes, mais aussi et surtout pour les acteurs du milieu et ceux qui s'intéressent à la machine qui permet l'édition au Québec. C'est tout un univers que l'on ne peut connaître si on s'arrête à ne regarder que les kiosques au Salon du livre.
Ma note: 4.25/5
Résumé:
Denis Vaugeois aime le livre: auteur, éditeur, grand maître de la Loi sur le livre de 1980, ardent défenseur de la lecture et de l'accès aux livres, on peut dire qu'il aura été un acteur marquant du monde du livre des quarante dernières années. Dans ce livre, il nous parle de ses grandes réalisations, de son métier, de ses difficultés et de ses contraintes et de son avenir aussi. La parole d'un amoureux du livre sur le milieu.
Mon avis:
Qui ne connaît pas Denis Vaugeois ne connaît pas le milieu du livre au Québec. Acteur majeur depuis des décennie, il a réussit le tour de force de faire adopter une loi structurant le milieu du livre au Québec et qui a permis son essor fulgurant au cours des trente dernières années. Dans son livre, il raconte la genèse de la fameuse loi 51 et ses conséquences. Il détaille le métier d'éditeur, des facteurs influençant le coût d'impression, le choix des caractères, les difficultés et facilités que viennent apporter l'informatique, les questions de droit, etc. C'est une fascinant plongée dans l'arrière-plan du milieu du livre, là, où il se fait, se vend et se vit. Bon, pour le profane, cela doit être une totale découverte. Pour ma part, je ne le suis pas... et j'ai pourtant énormément appris. Des détails souvent, mais des détails importants. La saga de la loi 51, je ne la connaissais pas, ni sa genèse. Par contre, j'ai remarqué que dans cette partie, l'auteur nous noyait un peu trop dans les détails des personnes qui ont été au coeur de la loi: il nous présentait une personne une fois et revenait sur lui trois pages plus loin sans la resituer dans le contexte. À la longue, ça devenait un peu mêlant! Par contre, on peut pardonner ses petites erreurs à l'auteur puisque la mise en place d'une telle loi se s'est pas faite toute seule, bien entendu! Un tel processus implique beaucoup de monde et surtout, beaucoup de gens déterminés, il valait la peine de tous les nommer. Le livre date de 2005, mais on ne peut que saluer la clairvoyance de l'auteur sur plusieurs sujets: il comprenait déjà à l'époque et de façon approfondie les effets secondaires néfastes de la loi 51, voyait l'arrivée du numérique et de ses conséquences, s'inquiétait pour la concentration des éditeurs et des distributeurs entre quelques mains et les difficultés des librairies. À lire pour les amoureux du livre, en tant que lecteur certes, mais aussi et surtout pour les acteurs du milieu et ceux qui s'intéressent à la machine qui permet l'édition au Québec. C'est tout un univers que l'on ne peut connaître si on s'arrête à ne regarder que les kiosques au Salon du livre.
Ma note: 4.25/5
vendredi 17 juillet 2015
La fille invisible de Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau
La fille invisible Scénario d'Émilie Villeneuve Conseils au scénario du Dr Jean Wilkins (CHU Ste-Justine) Dessins et couleurs de Julie Rocheleau Glénat Québec 48 pages
Résumé:
Flavie a 15 ans presque 16 et elle se considère comme une catastrophe ambulante. Sans aucune estime d'elle-même, elle se dit qu'être mince pourrait lui apporter la solution. Elle entre donc en conflit avec elle-même, particulièrement avec son poids. En éliminant les kilos, elle pense gagner la lutte contre elle-même, avoir enfin du contrôle sur sa vie. C'est le début de la chute dans l'enfer de l'anorexie.
Mon avis:
Mais quel travail sur les couleurs! Je crois que ce qui est marquant dans cet album, c'est vraiment ce travail fait avec la couleur et les façons de l'utiliser. Toute en nuance, tout en subtilité, elle permet de suivre les méandres des émotions de Flavie, de se sentir comme elle. D'ailleurs la dessinatrice a choisi de mettre uniquement des teintes délavées, pastels, particulièrement dans les pires moments de la maladie de la jeune fille, pour montrer à quel point la vie de Flavie est en demie-teinte. Le dessin transforme les visages en les remplissant d'angles et de lignes droites, ce qui les rends très bédéesques, mais tellement près de ce que vivent les personnages grâce au jeux des couleurs qui les complètent. Flavie et son désir d'avoir un peu de contrôle sur sa vie, ses parents, désemparés face à la maladie de leur fille, l'équipe médicale, compétente, mais avec une légère distance, tout en étant très présent avec les patients. Certaines cases laissaient la place à plus d'allégorie, mais en étant totalement en phase avec le récit. Le combat entre l'équipe médicale et les patientes à l'heure des repas transformé en match de volley-ball est une scène à part, elle montre tellement la vision des anorexiques des traitements: c'est un match où chaque bouchée avalée est une défaite, même si c'est pour les soigner. Ou le théâtre de marionnette où l'anorexie tire les ficelles, maîtrisant la vie des jeunes filles. Ou les nombreux extraits de journaux intimes ajouté de manière très graphique au récit. Il y a un véritable propos qui se transmet à travers le dessin. Tout ça est également très lié avec le scénario qui permet de voir de l'intérieur ce que Flavie ressent. Son parcours est entrecoupé avec l'entrevue que mène une journaliste (rencontrée au tout début de la BD) avec un spécialiste de l'anorexie. Le type nous fait voir l'envers du décor, la vérité derrière l'anorexie: c'est une maladie mentale, qui a des causes, des conséquences et qui peut se soigner. Son discours est absolument exempt de jugement, il montre la maladie et ses conséquences et aussi toutes les difficultés qu'il y a à s'en sortir. Les nombreux préjugés des gens face à celle-ci entre autre, n'aident absolument pas. La réplique de Flavie à un moment qui dit qu'elle a repris du poids certes, mais qu'elle n'est pas guérit m'a marquée. Le fait que la BD aie bénéficié des conseils d'un expert de Ste-Justine sur l'anorexie est flagrant. Pourtant, rien de didactique dans cette BD. On comprend tout à travers Flavie, on vit tout à travers elle. La finale est très belle, une manière de boucler la boucle et de montrer que c'est possible de s'en sortir. Une BD à lire pour comprendre l'anorexie, mais je l'ai bien plus vue comme une oeuvre à part entière, une oeuvre qui plonge dans un sujet et nous permet de le comprendre, tout en ayant la puissance d'un roman.
Ma note: 5/5
Résumé:
Flavie a 15 ans presque 16 et elle se considère comme une catastrophe ambulante. Sans aucune estime d'elle-même, elle se dit qu'être mince pourrait lui apporter la solution. Elle entre donc en conflit avec elle-même, particulièrement avec son poids. En éliminant les kilos, elle pense gagner la lutte contre elle-même, avoir enfin du contrôle sur sa vie. C'est le début de la chute dans l'enfer de l'anorexie.
Mon avis:
Mais quel travail sur les couleurs! Je crois que ce qui est marquant dans cet album, c'est vraiment ce travail fait avec la couleur et les façons de l'utiliser. Toute en nuance, tout en subtilité, elle permet de suivre les méandres des émotions de Flavie, de se sentir comme elle. D'ailleurs la dessinatrice a choisi de mettre uniquement des teintes délavées, pastels, particulièrement dans les pires moments de la maladie de la jeune fille, pour montrer à quel point la vie de Flavie est en demie-teinte. Le dessin transforme les visages en les remplissant d'angles et de lignes droites, ce qui les rends très bédéesques, mais tellement près de ce que vivent les personnages grâce au jeux des couleurs qui les complètent. Flavie et son désir d'avoir un peu de contrôle sur sa vie, ses parents, désemparés face à la maladie de leur fille, l'équipe médicale, compétente, mais avec une légère distance, tout en étant très présent avec les patients. Certaines cases laissaient la place à plus d'allégorie, mais en étant totalement en phase avec le récit. Le combat entre l'équipe médicale et les patientes à l'heure des repas transformé en match de volley-ball est une scène à part, elle montre tellement la vision des anorexiques des traitements: c'est un match où chaque bouchée avalée est une défaite, même si c'est pour les soigner. Ou le théâtre de marionnette où l'anorexie tire les ficelles, maîtrisant la vie des jeunes filles. Ou les nombreux extraits de journaux intimes ajouté de manière très graphique au récit. Il y a un véritable propos qui se transmet à travers le dessin. Tout ça est également très lié avec le scénario qui permet de voir de l'intérieur ce que Flavie ressent. Son parcours est entrecoupé avec l'entrevue que mène une journaliste (rencontrée au tout début de la BD) avec un spécialiste de l'anorexie. Le type nous fait voir l'envers du décor, la vérité derrière l'anorexie: c'est une maladie mentale, qui a des causes, des conséquences et qui peut se soigner. Son discours est absolument exempt de jugement, il montre la maladie et ses conséquences et aussi toutes les difficultés qu'il y a à s'en sortir. Les nombreux préjugés des gens face à celle-ci entre autre, n'aident absolument pas. La réplique de Flavie à un moment qui dit qu'elle a repris du poids certes, mais qu'elle n'est pas guérit m'a marquée. Le fait que la BD aie bénéficié des conseils d'un expert de Ste-Justine sur l'anorexie est flagrant. Pourtant, rien de didactique dans cette BD. On comprend tout à travers Flavie, on vit tout à travers elle. La finale est très belle, une manière de boucler la boucle et de montrer que c'est possible de s'en sortir. Une BD à lire pour comprendre l'anorexie, mais je l'ai bien plus vue comme une oeuvre à part entière, une oeuvre qui plonge dans un sujet et nous permet de le comprendre, tout en ayant la puissance d'un roman.
Ma note: 5/5
mercredi 15 juillet 2015
La voiture d'Intisar de Pedro Riera et Nacho Casanova
La voiture d'Intisar Scénario de Perdo Riera Dessins de Nacho Casanova Delcourt 206 pages
Résumé:
Intisar est une jeune femme yéménite, de nos jours. Farouchement indépendante, elle ne veut pas se marier et prend plutôt plaisir à conduire sa voiture dans les rues de Sanaa. De derrière son volant, elle nous parle, fait part de ses réflexions, des événements de sa vie, de la condition des femmes au Yémen et en profite pour faire la course avec d'autres chauffeurs, que des homme, seul endroit où elle peut véritablement les défier et les battre. Aucun misérabilisme, Intisar est une battante qui profite de tous les espaces de liberté qu'elle peut avoir. Elle nous livre une percée dans l'univers des femmes de son pays, un espace très difficile d'accès pour les étrangers.
Mon avis:
Il y a quelque chose de Guy Delisle dans cette bande dessinée qui flirte à la fois avec le reportage et la fiction. C'est dans la précision du dessin, dans l'aspect quasi-documentaire du récit que l'on voit les liens. Certes, c'est très différent, l'histoire ici en étant une de fiction (c'est clairement précisé dès le départ), mais on sent la véracité dans les histoires, qui sont inspirés des récits de plus d'une quarantaine de femmes yéménites dont tous les contextes ont été changés afin de les protéger. On s'attache à cette Intisar, femme résolument moderne, éprise de liberté et d'indépendance, mais pourtant profondément yéménite. L'extrait où elle parle de l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006 et de sa vision de la chose est très éclairante. Surtout, elle nous montre que loin d'être uniquement soumise, les femmes de là-bas vivent leur vie quand même. Avec ses joies, ses peines, ses questionnements, malgré le contrôle étroit des hommes. On en voit de toutes les couleurs. Pas tant dans le contrôle physique (le père d'Intisar ne vit pas avec eux, mais il les surveille de loin par crainte du commérage), mais dans le pouvoir que possède les hommes sur la vie des femmes, même par caprice. Le rôle de la rumeur également dans le contrôle de celles-ci. Le dessin est intéressant. Il ne montre que le nécessaire, mais rend magnifiquement bien l'ambiance que l'on peut éprouver dans un tel pays. Le récit d'Intisar, toujours à la première personne, se marie bien avec le choix des plans et des textures utilisées. Il y a des tons de couleurs, mais uniquement dans les tons de gris froid et chaud. Bref, une incursion très intéressante dans un pays mal connu, dans le domaine encore moins connu qu'est le quotidien des femmes de là-bas.
Ma note: 4.25/5
Résumé:
Intisar est une jeune femme yéménite, de nos jours. Farouchement indépendante, elle ne veut pas se marier et prend plutôt plaisir à conduire sa voiture dans les rues de Sanaa. De derrière son volant, elle nous parle, fait part de ses réflexions, des événements de sa vie, de la condition des femmes au Yémen et en profite pour faire la course avec d'autres chauffeurs, que des homme, seul endroit où elle peut véritablement les défier et les battre. Aucun misérabilisme, Intisar est une battante qui profite de tous les espaces de liberté qu'elle peut avoir. Elle nous livre une percée dans l'univers des femmes de son pays, un espace très difficile d'accès pour les étrangers.
Mon avis:
Il y a quelque chose de Guy Delisle dans cette bande dessinée qui flirte à la fois avec le reportage et la fiction. C'est dans la précision du dessin, dans l'aspect quasi-documentaire du récit que l'on voit les liens. Certes, c'est très différent, l'histoire ici en étant une de fiction (c'est clairement précisé dès le départ), mais on sent la véracité dans les histoires, qui sont inspirés des récits de plus d'une quarantaine de femmes yéménites dont tous les contextes ont été changés afin de les protéger. On s'attache à cette Intisar, femme résolument moderne, éprise de liberté et d'indépendance, mais pourtant profondément yéménite. L'extrait où elle parle de l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006 et de sa vision de la chose est très éclairante. Surtout, elle nous montre que loin d'être uniquement soumise, les femmes de là-bas vivent leur vie quand même. Avec ses joies, ses peines, ses questionnements, malgré le contrôle étroit des hommes. On en voit de toutes les couleurs. Pas tant dans le contrôle physique (le père d'Intisar ne vit pas avec eux, mais il les surveille de loin par crainte du commérage), mais dans le pouvoir que possède les hommes sur la vie des femmes, même par caprice. Le rôle de la rumeur également dans le contrôle de celles-ci. Le dessin est intéressant. Il ne montre que le nécessaire, mais rend magnifiquement bien l'ambiance que l'on peut éprouver dans un tel pays. Le récit d'Intisar, toujours à la première personne, se marie bien avec le choix des plans et des textures utilisées. Il y a des tons de couleurs, mais uniquement dans les tons de gris froid et chaud. Bref, une incursion très intéressante dans un pays mal connu, dans le domaine encore moins connu qu'est le quotidien des femmes de là-bas.
Ma note: 4.25/5
Libellés :
Auteurs A à C,
Auteurs P à R,
Bande dessinée,
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