Salut!
S'il y a bien une constante, c'est que souvent, les chose que l'on a jamais faite peuvent nous paraître effrayante ou difficile. En jiu-jitsu, souvent, on regarde des combattants avec plus d'expérience et on se dit, mais comment ils font??? Pourtant, quand on leur demande, ça paraît si simple, si facile! Ce ne l'est peut-être pas au départ, mais ça l'est devenu. Le chemin à parcourir est souvent difficile, mais un bon grappler vous dira que ce n'est pas si compliqué, qu'il suffit d'essayer. C'est la même chose pour les livres.
Par exemple, me revenait en tête les livres de Arthur C. Clark. Ce sont des classiques de la SF et en entendant le mot classique, beaucoup de gens vont grimacer en se disant intérieurement: compliqué. J'ai ouvert ce bouquin à un âge où bon nombre de gens se serait dit que ce n'était pas de mon âge. Et pourtant, j'ai été surprise par la simplicité du livre. Le sujet était complexe, mais la prose de l'auteur la servait admirablement bien. J'ai lu ce livre avidement. Ce n'est que plus tard que l'on m'a dit que les livres de cet auteur était considéré comme «difficile». Je ne l'aurais jamais pensé. Si on m'avait dit que c'était compliqué avant, j'aurais sans doute hésité, mais comme ce n'était pas le cas, j'ai plongé. Combien de lectures aurais-je évité si j'avais écouté ces oiseaux de mauvais augure?
Tout peut paraître complexe avant d'essayer. Tout. Et d'autant plus quand ça nous fait peur. S'attaquer à un auteur qui possède un aura de virtuose dans son domaine peut effrayer, voir repousser quelqu'un. Ou l'attiser, c'est selon les caractères. Ça peut paraître un défi, ce ne l'est pas toujours. La complexité, c'est avant tout une question de perception.
Par contre, il y a des auteurs dont je sais qu'ils sont complexes. Non pas que je ne les aimes pas, bien au contraire souvent. Ces auteurs sont merveilleux, mais il m'arrive souvent de repousser leur lecture parce ce que je sais qu'elle sera plus exigeante. Plus demandante. Ce n'est pas un défaut, souvent la carotte de fierté personnelle que nous vaut la lecture d'un de ses auteurs vaut largement l'effort. Ce sont des auteurs qui demandent que l'on se concentre sur leur livre, qui nous demandent de les laisser tisser leur toile de façon encore plus complexe. Ce n'est pas nécessairement compliqué, c'est exigeant. Les plus beaux cadeaux nous viennent de ce qui nous a demandé un effort. La lecture n'est pas dans un domaine à part.
Certes, si vous vous lancez demain dans un livre de Platon, vous vous en mordrez les doigts. Parce qu'avant d'aborder certains livres, certains thèmes, il vous mieux s'entraîner. On ne demande pas à un enfant d'écrire en lettre attachée en octobre, pourquoi demanderait-on à un lecteur d'enchaîner les lectures plus demandantes? Graduer le niveau de lecture est comme à l'entraînement en jiu: on commence par apprendre les mouvements de base, ensuite, on apprend à les mélanger et ainsi, on habitue notre esprit à tracer ces fines lignes qui font en sorte que l'on comprenne mieux à la fois le mouvement et comment bien l'utiliser en action. C'est comme en lecture: on lit, on apprend, on lit autre chose, on fait des liens, on comprend, on approfondit. Et ainsi de suite. Tout comme en arts martiaux, l'esprit s'aiguise si on l'utilise. Mais il ne faut pas rester trop loin de l'entraînement longtemps! ;)
Je vous le dit, rien n'est vraiment compliqué. Il faut juste prendre le temps parfois, de passer par certaines étapes avant d'atteindre le summum. Et ne pas s'en vouloir si on est pas capable. Il y aura toujours une prochaine fois! ;) Au fait, lire des livres plus abordable entre temps n'est pas un crime: il faut toujours réviser sa base, meilleure elle est, plus facile est l'atteinte des sommets!
@+ Mariane
vendredi 29 août 2014
jeudi 28 août 2014
Mort-Terrain de Biz
Mort-Terrain Biz Leméac 239 pages
Résumé:
Julien Daigneault, jeune médecin montréalais, est engagé à Mort-Terrain, une petite ville d'une poignée d'habitants situé au nord de l'Abitibi. Sur place, il est à la fois le médecin des blancs et celui de la réserve amérindienne située à quelques kilomètres. Alors qu'il découvre à la fois les habitants de Mort-Terrain et leurs coutumes, il est fasciné par la culture des amérindiens et le gouffre qui les séparent de leurs voisins. Placé face à un choix alors que l'exploitation minière met les morterrons face à un choix, Julien, lui aussi, devra prendre parti.
Mon avis:
Ok, l'auteur avait une bonne longueur à affronter parce que j'avais adoré La chute de Sparte, un livre dont je me souviens encore avec beaucoup d'amour même deux ans après sa lecture. Il avait alors eu le talent de se glisser dans la peau d'un adolescent moyen, ni trop hot, ni trop looser, représentatif de cette majorité silencieuse que l'on a tendance à oublier. Le problème est que Mort-Terrain soutient mal la comparaison. Le charme de l'écriture y est en quelque sorte rompu. Au lieu de se glisser dans la peau d'un adolescent, il se glisse dans celui d'un médecin qui quitte Montréal et une culture très urbaine, limite bo-bo pour aller travailler dans le Nord-du-Québec. Biz a ainsi voulu faire un livre plus revendicatif, plus proche des sujets qui visiblement le touche de près. C'est son droit, mais il y a perdu en profondeur. Aborder à la fois les projets miniers, les relations amérindiens-blancs, la vie dans le Nord québécois et le choc culturel avec un habitant du Plateau découvrant ce monde, c'est un peu beaucoup pour un seul livre. J'ai eu l'impression d'une lente montée vers un affrontement possible, puis... rien. La fin tourne en queue de poisson. Certaines parties de son sujet sont magnifiquement bien tournées: le choc d'un habitant de la ville face aux moeurs du nord, beaucoup plus rudes. Son narrateur (Julien) fait très vite la remarque que les commentaires d'un personnage face à une barmaid sont carrément du harcèlement sexuel, mais que personne n'y réagit. Les nombreux commentaires face aux gens de Mourial qui parsèment le livre montrent aussi le fossé entre les gens de la ville et les gens des régions éloignées. Certes, le cliché est sans doute présent, mais il montre une réalité qui existe quand même. Autre cliché, mais celui-là, énorme, la représentation de John Smith, un homme d'affaires, forcément anglophone et qui cherche visiblement à ne faire que du profit, profit, rien que du profit, sans aucune autre forme de conscience. Forcer le trait jusqu'à le démontrer en Wendigo, personnage légendaire des contes algonquins, mangeur de chair, capable de semer le trouble chez tous, m'a semblé desservir le roman plutôt que de dénoncer les excès d'une certaine classe d'affaires. Le trait trop grossier, l'absence de nuances permettait de classer le tout dans les exagérations d'un écrivain engagé plutôt que dans la dénonciation d'une situation par ailleurs tellement nécessaire. Ce qui est dommage par ailleurs, parce que la découverte de l'univers spirituel des amérindiens est magnifique. J'ai trouvé que Julien manquait de nuances dans son appréciation de la culture de ces derniers, mais malgré tout, je dois avouer que cette entrée dans un univers qui nous est si proche géographiquement et pourtant si lointaine était magnifique. La partie horreur avec le Wendigo m'a paru comme plaquée sur le roman, elle n'était pas nécessaire. On n'explique pas vraiment sa présence, son importance. Il y aurait eu là un filon qui bien fouillé aurait pu donner une toute autre tournure au roman. Mais il aurait fallu une centaine de pages de plus ou couper dans une autre des réalités abordées. Le propos de l'auteur était clair sans ces petites touches de fantastique, sauf si l'on réfère au fait qu'elle nous liait avec la culture autochtone. Là aussi, on touchait un peu dans l'exagération. Au final, un bon roman, mais porté par les excès de son auteur. Vouloir dénoncer certaines situations, c'est bien, le faire en matraquant certains faits peut nuire autant qu'aider. Au fait, à signaler aussi les excès de zèle du réviseur linguistique. Un peu trop «craque pote» à mon goût (l'un des nombreux exemples d'aplanissement des anglicismes dans ce livre, mais non le moindre!)
Ma note: 3.75/5
Résumé:
Julien Daigneault, jeune médecin montréalais, est engagé à Mort-Terrain, une petite ville d'une poignée d'habitants situé au nord de l'Abitibi. Sur place, il est à la fois le médecin des blancs et celui de la réserve amérindienne située à quelques kilomètres. Alors qu'il découvre à la fois les habitants de Mort-Terrain et leurs coutumes, il est fasciné par la culture des amérindiens et le gouffre qui les séparent de leurs voisins. Placé face à un choix alors que l'exploitation minière met les morterrons face à un choix, Julien, lui aussi, devra prendre parti.
Mon avis:
Ok, l'auteur avait une bonne longueur à affronter parce que j'avais adoré La chute de Sparte, un livre dont je me souviens encore avec beaucoup d'amour même deux ans après sa lecture. Il avait alors eu le talent de se glisser dans la peau d'un adolescent moyen, ni trop hot, ni trop looser, représentatif de cette majorité silencieuse que l'on a tendance à oublier. Le problème est que Mort-Terrain soutient mal la comparaison. Le charme de l'écriture y est en quelque sorte rompu. Au lieu de se glisser dans la peau d'un adolescent, il se glisse dans celui d'un médecin qui quitte Montréal et une culture très urbaine, limite bo-bo pour aller travailler dans le Nord-du-Québec. Biz a ainsi voulu faire un livre plus revendicatif, plus proche des sujets qui visiblement le touche de près. C'est son droit, mais il y a perdu en profondeur. Aborder à la fois les projets miniers, les relations amérindiens-blancs, la vie dans le Nord québécois et le choc culturel avec un habitant du Plateau découvrant ce monde, c'est un peu beaucoup pour un seul livre. J'ai eu l'impression d'une lente montée vers un affrontement possible, puis... rien. La fin tourne en queue de poisson. Certaines parties de son sujet sont magnifiquement bien tournées: le choc d'un habitant de la ville face aux moeurs du nord, beaucoup plus rudes. Son narrateur (Julien) fait très vite la remarque que les commentaires d'un personnage face à une barmaid sont carrément du harcèlement sexuel, mais que personne n'y réagit. Les nombreux commentaires face aux gens de Mourial qui parsèment le livre montrent aussi le fossé entre les gens de la ville et les gens des régions éloignées. Certes, le cliché est sans doute présent, mais il montre une réalité qui existe quand même. Autre cliché, mais celui-là, énorme, la représentation de John Smith, un homme d'affaires, forcément anglophone et qui cherche visiblement à ne faire que du profit, profit, rien que du profit, sans aucune autre forme de conscience. Forcer le trait jusqu'à le démontrer en Wendigo, personnage légendaire des contes algonquins, mangeur de chair, capable de semer le trouble chez tous, m'a semblé desservir le roman plutôt que de dénoncer les excès d'une certaine classe d'affaires. Le trait trop grossier, l'absence de nuances permettait de classer le tout dans les exagérations d'un écrivain engagé plutôt que dans la dénonciation d'une situation par ailleurs tellement nécessaire. Ce qui est dommage par ailleurs, parce que la découverte de l'univers spirituel des amérindiens est magnifique. J'ai trouvé que Julien manquait de nuances dans son appréciation de la culture de ces derniers, mais malgré tout, je dois avouer que cette entrée dans un univers qui nous est si proche géographiquement et pourtant si lointaine était magnifique. La partie horreur avec le Wendigo m'a paru comme plaquée sur le roman, elle n'était pas nécessaire. On n'explique pas vraiment sa présence, son importance. Il y aurait eu là un filon qui bien fouillé aurait pu donner une toute autre tournure au roman. Mais il aurait fallu une centaine de pages de plus ou couper dans une autre des réalités abordées. Le propos de l'auteur était clair sans ces petites touches de fantastique, sauf si l'on réfère au fait qu'elle nous liait avec la culture autochtone. Là aussi, on touchait un peu dans l'exagération. Au final, un bon roman, mais porté par les excès de son auteur. Vouloir dénoncer certaines situations, c'est bien, le faire en matraquant certains faits peut nuire autant qu'aider. Au fait, à signaler aussi les excès de zèle du réviseur linguistique. Un peu trop «craque pote» à mon goût (l'un des nombreux exemples d'aplanissement des anglicismes dans ce livre, mais non le moindre!)
Ma note: 3.75/5
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Auteurs A à C,
Commentaire de lecture,
Horreur,
littérature québécoise
mercredi 27 août 2014
L'héritage d'un auteur
Salut!
En regardant récemment des images tirées de la trilogie du Seigneur des Anneaux, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les acteurs auraient facilement pu prendre place dans un Grandeur Nature habillé comme ils l'étaient! Je me suis ensuite dit que c'était sans doute une filiation. Tolkien n'a sûrement jamais pensé que des gens auraient envie de se peinturer le visage en vert pour aller courir dans les bois vêtus d'une armure en cuir... Pourtant, il y a là une certaine descendance de l'oeuvre. Tolkien a inventé un univers médiéval-fantastique, que les gens ont fini par s'approprier. Et à le transformer ensuite. Même si ça n'a pas grand chose à voir avec l'oeuvre de base.
Un auteur créatif qui laisse sa marque aura forcément des héritiers. Il faut ici prendre l'idée dans un sens très vaste: il peut avoir des héritiers pour sa façon d'écrire, son style, son genre littéraire, l'univers qu'il a inventé ou les figures mythiques qu'il a créé. Cthulhu est une figure mythique de Lovecraft, mais c'est son univers d'horreur qui a surtout marqué les esprits et introduit une certaine façon de faire de l'horreur. Jules Verne et H.G. Wells ont inventé une forme de science-fiction et ont de ce fait de nombreux héritiers: par contre, Isaac Asimov, Robert Silverberg et combien d'autres ont amené ce genre dans des directions différentes, l'ouvrant encore plus largement. Ils ont pris un matériel de base et ont fait exploser ses possibilités. Encore aujourd'hui, d'autres font la même chose.
Le point en commun, c'est qu'à partir d'un élément, les auteurs, admirateurs ou autres d'une oeuvre s'approprient certains éléments. Personne ne prend tout en bloc, c'est impossible. Et ensuite, ils poussent cet aspect. Ça peut être un monde imaginaire qu'ils augmentent, amplifient, un style littéraire qu'ils poussent à d'autres limites, un sujet qu'ils fouillent différemment. Tout ça forme l'héritage d'un auteur. Ce qu'il a brassé, fouillé, remué, recréé, réinventé. Un auteur qui change la façon de faire en littérature a ses héritiers. À moins de rester un illustre inconnu bien sûr! Et même encore, certaines personnes peuvent tomber sur leurs livres par hasard et les faire sortir de l'ombre en parlant de ce qu'ils leurs ont apporté. Ils tracent une nouvelle voie que d'autres suivent ensuite. Leur héritage est leur volonté de faire ce qu'ils aimaient faire au mieux de leurs capacités et même encore plus.
En regardant récemment des images tirées de la trilogie du Seigneur des Anneaux, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les acteurs auraient facilement pu prendre place dans un Grandeur Nature habillé comme ils l'étaient! Je me suis ensuite dit que c'était sans doute une filiation. Tolkien n'a sûrement jamais pensé que des gens auraient envie de se peinturer le visage en vert pour aller courir dans les bois vêtus d'une armure en cuir... Pourtant, il y a là une certaine descendance de l'oeuvre. Tolkien a inventé un univers médiéval-fantastique, que les gens ont fini par s'approprier. Et à le transformer ensuite. Même si ça n'a pas grand chose à voir avec l'oeuvre de base.
Un auteur créatif qui laisse sa marque aura forcément des héritiers. Il faut ici prendre l'idée dans un sens très vaste: il peut avoir des héritiers pour sa façon d'écrire, son style, son genre littéraire, l'univers qu'il a inventé ou les figures mythiques qu'il a créé. Cthulhu est une figure mythique de Lovecraft, mais c'est son univers d'horreur qui a surtout marqué les esprits et introduit une certaine façon de faire de l'horreur. Jules Verne et H.G. Wells ont inventé une forme de science-fiction et ont de ce fait de nombreux héritiers: par contre, Isaac Asimov, Robert Silverberg et combien d'autres ont amené ce genre dans des directions différentes, l'ouvrant encore plus largement. Ils ont pris un matériel de base et ont fait exploser ses possibilités. Encore aujourd'hui, d'autres font la même chose.
Le point en commun, c'est qu'à partir d'un élément, les auteurs, admirateurs ou autres d'une oeuvre s'approprient certains éléments. Personne ne prend tout en bloc, c'est impossible. Et ensuite, ils poussent cet aspect. Ça peut être un monde imaginaire qu'ils augmentent, amplifient, un style littéraire qu'ils poussent à d'autres limites, un sujet qu'ils fouillent différemment. Tout ça forme l'héritage d'un auteur. Ce qu'il a brassé, fouillé, remué, recréé, réinventé. Un auteur qui change la façon de faire en littérature a ses héritiers. À moins de rester un illustre inconnu bien sûr! Et même encore, certaines personnes peuvent tomber sur leurs livres par hasard et les faire sortir de l'ombre en parlant de ce qu'ils leurs ont apporté. Ils tracent une nouvelle voie que d'autres suivent ensuite. Leur héritage est leur volonté de faire ce qu'ils aimaient faire au mieux de leurs capacités et même encore plus.
Chacun de nous est le dépositaire d'un héritage et le porteur d'une mission.
Lettre d’Hermann Hesse à un jeune artiste
Notre mission à tous? Ajouter l'épaule à la roue de ce qui a été fait avant nous, en le redécouvrant à travers ce que nous sommes nous-même.
@+ Mariane
lundi 25 août 2014
La fameuse loi 51
· Salut!
( (Note à tous: j'ai commencé à rédiger ce billet longtemps avant les annonces de la semaine dernière concernant les coupures des budgets d'achats de livres aux bibliothèques scolaires et les déclarations du Ministre de l'éducation concernant les livres et les écoles. N'y voyez aucun lien sauf ma décision de publier ce billet à ce moment-ci. Dans les faits, il cogite dans ma tête depuis plus d'un an, depuis la Commission sur le prix réglementé du livre de l'automne dernier.)
Bon, je m’attaque ici à un sujet qui touche aux fondements du monde du livre au Québec. Si je me permet un tantinet de pédagogie, c'est que j'ai constaté au cours des derniers mois que la majorité du public juge la situation des librairies au Québec en ayant en main bien peu d'éléments pour comprendre le milieu. Je me risque donc à expliquer un peu plus comment les choses fonctionnent. Évidemment, je ne détiens pas la vérité et certains informations peuvent m'échapper, mais tout de même, ça pourrait vous aider à comprendre certains points. Je crois que l'une des choses les plus méconnues du milieu du livre est la fameuse loi 51 et ses effets sur le milieu du livre. Permettez-moi donc ce long billet explicatif sur le sujet.
Au début des années 1980, le gouvernement du Québec a voté la Loi québécoise sur le développement des entreprises du livre, aussi appelée loi 51, ou loi Vaugeois, du nom de l’éditeur qui l’a poussé, Denis Vaugeois. Cette loi obligeait les librairies à obtenir un agrément pour pouvoir faire des ventes aux institutions (bibliothèque, école, etc). Cet agrément leur mettait une série de contraintes, dont celle, la plus connue, est l’obligation de tenir un minimum de 6000 titres en magasin, dont 2000 titres québécois, dans six domaines précis Oeuvres d’imaginations, Beaux-Arts, Sciences humaines, Encyclopédies et dictionnaires, Livres scientifiques et techniques, Vulgarisation scientifique, Littérature de jeunesse). Ici, il se noue un genre de pacte entre les différents intervenants du milieu du livre et c’est sans doute le point le plus important à savoir pour comprendre le milieu du livre au Québec : en échange de ventes garanties aux institutions (plus couramment appelées collectivités) et d’une remise de 40% garantie sur les livres, les librairies se devaient d' «offrir dans son aire de vente, des nombres minima de titres selon sept catégories spécifiques précisées dans l’annexe du Règlement», d’«[…] exploiter un établissement commercial facilement accessible de la voie publique», qui est aussi «[…] suffisamment identifié, comportant une aire de vente et d’étalage réservée aux livres dont ceux requis pour se conformer à l’agrément», qui est «[…]ouverte toute l’année[…]», tout en «[…]donnant suite dans un délai raisonnable à toute commande de livres» et en «[…] en s’assurant de la qualification de son personnel et de la variété des stocks pour répondre aux besoins des clients.» Je me contente de citer la loi, tout est facilement vérifiable à cette adresse : http://www.mcc.gouv.qc.ca/index.php?id=4399. En faisant cette loi, le gouvernement confiait à l’entreprise privée la responsabilité de la disponibilité, tant physique que géographique du livre au Québec. C’est un cas assez unique sur notre belle planète. Je connais bien des cas de prix unique dans le monde, mais pas les conditions des librairies agréées. Ce système nous est propre. Et ça a marché! Les librairies, voyons leur avantage dans le système, ont massivement préféré l’agrément, malgré ses contraintes. La majorité des librairies généralistes sont agrées au Québec. Ce qui assure un espace de diffusion et un réseau de distribution à la majorité des livres publiés au Québec: ne peuvent vendre aux collectivités locales que les librairies présentes dans leur région administrative. Ainsi qu’une équité dans les prix : que vous soyez à Matane ou à deux pas de chez l’éditeur, vous payer le livre le même prix. Ces conditions de base assurées, les librairies, et bien, en ont profité! Autour de ce noyau, un réseau de mise en vente s’est mis en place. Plusieurs régions qui autrement n’auraient pas de librairie en ont une qui fournit les écoles et les bibliothèques locales. On voit ici un cas positif d’alliance entre l’entreprise privée et le gouvernement public. Une sorte de PPP avant l'heure quoi! Les deux ont des avantages dans cette façon de faire. En garantissant des ventes au prix régulier (c’est aussi mentionné dans la loi) dans les institutions, le gouvernement fournissait une subvention indirecte aux librairies, mais une subvention qui revenait directement dans la communauté en permettant l’accès au livre, à la fois pour l’achat (librairie) et la location (bibliothèque scolaire et municipale).
( (Note à tous: j'ai commencé à rédiger ce billet longtemps avant les annonces de la semaine dernière concernant les coupures des budgets d'achats de livres aux bibliothèques scolaires et les déclarations du Ministre de l'éducation concernant les livres et les écoles. N'y voyez aucun lien sauf ma décision de publier ce billet à ce moment-ci. Dans les faits, il cogite dans ma tête depuis plus d'un an, depuis la Commission sur le prix réglementé du livre de l'automne dernier.)
Bon, je m’attaque ici à un sujet qui touche aux fondements du monde du livre au Québec. Si je me permet un tantinet de pédagogie, c'est que j'ai constaté au cours des derniers mois que la majorité du public juge la situation des librairies au Québec en ayant en main bien peu d'éléments pour comprendre le milieu. Je me risque donc à expliquer un peu plus comment les choses fonctionnent. Évidemment, je ne détiens pas la vérité et certains informations peuvent m'échapper, mais tout de même, ça pourrait vous aider à comprendre certains points. Je crois que l'une des choses les plus méconnues du milieu du livre est la fameuse loi 51 et ses effets sur le milieu du livre. Permettez-moi donc ce long billet explicatif sur le sujet.
Au début des années 1980, le gouvernement du Québec a voté la Loi québécoise sur le développement des entreprises du livre, aussi appelée loi 51, ou loi Vaugeois, du nom de l’éditeur qui l’a poussé, Denis Vaugeois. Cette loi obligeait les librairies à obtenir un agrément pour pouvoir faire des ventes aux institutions (bibliothèque, école, etc). Cet agrément leur mettait une série de contraintes, dont celle, la plus connue, est l’obligation de tenir un minimum de 6000 titres en magasin, dont 2000 titres québécois, dans six domaines précis Oeuvres d’imaginations, Beaux-Arts, Sciences humaines, Encyclopédies et dictionnaires, Livres scientifiques et techniques, Vulgarisation scientifique, Littérature de jeunesse). Ici, il se noue un genre de pacte entre les différents intervenants du milieu du livre et c’est sans doute le point le plus important à savoir pour comprendre le milieu du livre au Québec : en échange de ventes garanties aux institutions (plus couramment appelées collectivités) et d’une remise de 40% garantie sur les livres, les librairies se devaient d' «offrir dans son aire de vente, des nombres minima de titres selon sept catégories spécifiques précisées dans l’annexe du Règlement», d’«[…] exploiter un établissement commercial facilement accessible de la voie publique», qui est aussi «[…] suffisamment identifié, comportant une aire de vente et d’étalage réservée aux livres dont ceux requis pour se conformer à l’agrément», qui est «[…]ouverte toute l’année[…]», tout en «[…]donnant suite dans un délai raisonnable à toute commande de livres» et en «[…] en s’assurant de la qualification de son personnel et de la variété des stocks pour répondre aux besoins des clients.» Je me contente de citer la loi, tout est facilement vérifiable à cette adresse : http://www.mcc.gouv.qc.ca/index.php?id=4399. En faisant cette loi, le gouvernement confiait à l’entreprise privée la responsabilité de la disponibilité, tant physique que géographique du livre au Québec. C’est un cas assez unique sur notre belle planète. Je connais bien des cas de prix unique dans le monde, mais pas les conditions des librairies agréées. Ce système nous est propre. Et ça a marché! Les librairies, voyons leur avantage dans le système, ont massivement préféré l’agrément, malgré ses contraintes. La majorité des librairies généralistes sont agrées au Québec. Ce qui assure un espace de diffusion et un réseau de distribution à la majorité des livres publiés au Québec: ne peuvent vendre aux collectivités locales que les librairies présentes dans leur région administrative. Ainsi qu’une équité dans les prix : que vous soyez à Matane ou à deux pas de chez l’éditeur, vous payer le livre le même prix. Ces conditions de base assurées, les librairies, et bien, en ont profité! Autour de ce noyau, un réseau de mise en vente s’est mis en place. Plusieurs régions qui autrement n’auraient pas de librairie en ont une qui fournit les écoles et les bibliothèques locales. On voit ici un cas positif d’alliance entre l’entreprise privée et le gouvernement public. Une sorte de PPP avant l'heure quoi! Les deux ont des avantages dans cette façon de faire. En garantissant des ventes au prix régulier (c’est aussi mentionné dans la loi) dans les institutions, le gouvernement fournissait une subvention indirecte aux librairies, mais une subvention qui revenait directement dans la communauté en permettant l’accès au livre, à la fois pour l’achat (librairie) et la location (bibliothèque scolaire et municipale).
Un système magnifique
non? Sauf que pour perdurer, il faut que
tout le monde le maintienne. Le premier
à céder dans ce domaine a été le gouvernement.
Durant les années 1990, il a largement coupé dans les budgets d’acquisition
des bibliothèques, tant scolaires que publiques en vue d'atteindre le déficit zéro. En faisant ça, il a littéralement coupé une
partie des vivres aux librairies, tout en maintenant ses conditions
d’agréments. Assez paradoxal! Le système aurait quand même pu continuer à
tenir, parce que quelque chose avait été construit avant : un réseau. Une clientèle fidélisée, grâce à une bonne
accessibilité et une variété assurée.
Une expertise développée. Grâce à
plein de petits détails qui font d’une bonne librairie une bonne librairie. Sauf que.
Voilà le hic. Au tournant des
années 2000, le réseau de Grande diffusion (qui a toujours existé, mais n’a jamais eu accès aux ventes institutionnelles) a décidé de changer de tactiques
commerciales. Au lieu de faire de la
compétition sur la qualité de service, le choix, l’accessibilité, ils se
concentreraient sur le prix et uniquement sur lui. Aucune ambition sur le plan strictement
littéraire, ils ne tiendraient que les livres trônant au sommet des palmarès et
ce, à prix coupés. Seulement, voilà, le
principe de base du fonctionnement d’une librairie, que la loi 51 est venue
renforcer est le même depuis fort longtemps.
Il a été énoncé par Denis Diderot en 1763 dans sa désormais célèbre
Lettre sur le commerce des librairies, tel que ceci «Un fonds
de librairie est donc la possession d’un nombre plus ou moins considérable de
livres propres à différents états de la société, et assorti de manière que la
vente sûre mais lente des uns, compensée avec avantage par la vente aussi sûre
mais plus rapide des autres, favorise l’accroissement de la première
possession. Lorsqu’un fonds ne remplit pas toutes ces conditions, il est
ruineux.» Deux points
importants, de un, en parlant de libraires, Diderot ne parlait pas des
libraires au sens moderne : à l’époque, éditeur et libraire étaient deux
fonctions fusionnées. De deux, s’ils
sont distincts aujourd’hui, le fonctionnement de base est la même : en
échange de ventes rapides sur un petit nombre de titres, la librairie (et
l’éditeur car c’est lui qui rend les livres disponibles sur le marché), rend un
plus grand nombre de titres aux ventes lentes, mais essentielles à une saine
diversité (classiques, ouvrages de philosophie, poésie, format poche, je peux
multiplier les exemples). C’est
justement ce principe que vient bousculer les grandes surfaces par leur choix
de couper les prix et de ne prendre que les ventes «faciles». Par cette méthode, ils viennent bouleverser
l’équilibre du réseau mis en place depuis trois décennies. Et ils touchent autant les éditeurs, les
distributeurs, les libraires et les auteurs, parce qu'en rendant les libraires responsables de la diffusion physique des livres, le gouvernement ne se préoccupe pas de cette partie de la vie littéraire, pourtant vitale. Et je ne parle pas ici de l'arrivée de l'empire au sourire en coin qui s'est ajoutée en plus.
Certains y ont trouvé leur compte. Dont certains éditeurs. C’est vrai!
Ils se sont glissés dans le maillon faible de la loi et le gouvernement
n’a rien fait pour réagir. Seulement, le réseau des librairies ne peut pas continuer en perdant
autant de ventes. D’autant plus que la
baisse des ventes aux collectivités ne peut plus compenser et permettre au
réseau actuel de se maintenir. La proposition sur le prix réglementé (et non unique comme beaucoup l'ont dit!) faite l'automne dernier visait avant tout à réajuster le tir. Il permettait de combler la faille dans la loi qui a permis au marché des grandes surfaces de fleurir. Je sais que de nombreuses personnes n'étaient pas d'accord avec ce principe et je respecte leurs arguments, là n'est pas mon propos. Je veux simplement dire que dans le cadre de la loi 51, l'ajout du prix réglementé n'était pas une grande révolution, mais simplement au ajustement au monde actuel et à ses réalités. La loi a 33 ans et n'a pratiquement pas été révisée depuis, même si le numérique et internet sont venues brouiller les cartes.
Pendant ce temps, les conditions de l’agrément des librairies n'ont pas changé! C'est sans doute ce qui est le plus étonnant dans tout cela. Juste l'obligation d'avoir: «un établissement commercial facilement accessible de la voie publique» signifie que les librairies doivent se situer dans des rues achalandées ou dans des centres commerciaux où les loyers ne sont souvent pas donnés. Le cas récent de la faillite de la librairie Clément-Morin le prouve amplement. D'un autre côté, les bibliothécaires comptent depuis des années sur les libraires et leur collaboration a permis de nombreux échanges fructueux. Par contre, cela a amené un transfert de compétences qui se perdrait si on ne soutient pas le réseau mis en place. Même si on peut comparer le réseau québécois sur certains points à ailleurs dans le monde, notre modèle est unique tout comme notre culture. Et la loi 51 a joué un rôle central dans cette différence. Maintenant, maintenir ce système qui bien qu'imparfait, rempli le rôle qu'on l'a chargé de jouer ou jeter le bébé avec l'eau du bain et risquer de laisser carrément de laisser en plan tous les autres acteurs du milieu (éditeur, auteur, bibliothécaire et le plus important, lecteurs!)? Poser la question c'est y répondre. Si on détruit le réseau actuel, il y a peut de chance d'en recréer un si bien répandu et employant des gens d'expériences. Surtout dans les circonstances actuelles. Savoir quoi faire et comment le faire pour l'améliorer et le rendre plus performant pour le XXIe siècle par contre, c'est une tout autre question.
@+ Mariane
Pendant ce temps, les conditions de l’agrément des librairies n'ont pas changé! C'est sans doute ce qui est le plus étonnant dans tout cela. Juste l'obligation d'avoir: «un établissement commercial facilement accessible de la voie publique» signifie que les librairies doivent se situer dans des rues achalandées ou dans des centres commerciaux où les loyers ne sont souvent pas donnés. Le cas récent de la faillite de la librairie Clément-Morin le prouve amplement. D'un autre côté, les bibliothécaires comptent depuis des années sur les libraires et leur collaboration a permis de nombreux échanges fructueux. Par contre, cela a amené un transfert de compétences qui se perdrait si on ne soutient pas le réseau mis en place. Même si on peut comparer le réseau québécois sur certains points à ailleurs dans le monde, notre modèle est unique tout comme notre culture. Et la loi 51 a joué un rôle central dans cette différence. Maintenant, maintenir ce système qui bien qu'imparfait, rempli le rôle qu'on l'a chargé de jouer ou jeter le bébé avec l'eau du bain et risquer de laisser carrément de laisser en plan tous les autres acteurs du milieu (éditeur, auteur, bibliothécaire et le plus important, lecteurs!)? Poser la question c'est y répondre. Si on détruit le réseau actuel, il y a peut de chance d'en recréer un si bien répandu et employant des gens d'expériences. Surtout dans les circonstances actuelles. Savoir quoi faire et comment le faire pour l'améliorer et le rendre plus performant pour le XXIe siècle par contre, c'est une tout autre question.
@+ Mariane
vendredi 22 août 2014
De l'art et de l'argent
Salut!
Ok, J.K. Rowling est devenue millionnaire avec sa série Harry Potter. C'est une exception. Une très rare exception. En fait, parmi la foule d'auteurs qui publient chaque année, nombre d'entre eux ne toucheront que très peu d'argent sonnant pour leurs écrits. Plus rare encore sont ceux qui en vivent et de ce nombre, une poignée seulement réussissent à devenir riche. Ce phénomène est général, mais il se reflète aussi dans le domaine des arts: pour un acteur d'Hollywood qui reçoit des millions, combien d'autres vivent dans des taudis en attendant de percer? Ceux qui espèrent devenir riche en écrivant leurs livres sont légions, mais rares sont ceux qui auront cette chance.
Cependant, je déteste cette image: celle de l'écrivain pauvre, qui se dédit à son art, qui crève de faim et vit dans des logements miteux en écrivant jusqu'aux petites heures du matin. Qui ne se soucie ni de vivre et encore moins d'avoir droit à un minimum de confort. Comme si les auteurs devaient absolument payer leur amour à leur art pour avoir le droit de réussir... Qu'ils doivent tout donner, pour pouvoir espérer ensuite être récompensé. Encore pire, l'artiste qui consacre sa vie à son art, incompris, et qui finit désabusé, mais dont le génie est récompensé après sa mort et auquel on accorde toutes sortes de récompenses posthumes. Yeurk...
On dirait que le cinéma et la télévision en général ont créé un certain mythe de l'artiste incompris et fauché, voir alcoolique ou drogué. Ce qui ne correspond guère à la vie de nombres d'auteurs que je connais. De la discipline certes, mais vivre une vie de misère pour leur art? Pas tant que ça. Le mythe est tenace, mais la réalité est tout autre. Le chemin de croix de l'auteur passe souvent davantage par des boulots à-côté qui leur permettent de payer les factures. La plupart des auteurs célèbres ont connus cette facette du métier: celle du travailleur, parfois dans des milieux très humbles, qui grattent le papier (ou pianotent sur le clavier) pendant leurs pauses. De là à la chambre infestée de puces, il y a un monde.
On dirait qu'il y a une certaine tendance à juger ceux qui ont la chance d'avoir du succès et de pouvoir vivre de leur art. On les accuse d'avoir fait des compromis avec leurs écrits, de vouloir être populaire. De la jalousie là-dessous? Non, jamais! s'empresseront de répondre les pires détracteurs. Sans doute que si bien souvent. Échanger ses souliers contre celui d'un auteur en vu, reconnu et son salaire? Nombreux sont les ronchonneurs qui le feraient volontiers... sans l'avouer toutefois. La véritable motivation est souvent bien plus sociale que financière. Même les auteurs reconnus doivent souvent faire des compromis avec leur budget, surtout dans notre Belle Province. Mais l'appât de se sentir aimé, de se faire dire qu'on est bon, d'être reconnu, par ses pairs ou dans la rue est souvent irrésistible. Les autres ne sont que des jaloux après tout. Ne reconnaissez-vous pas dans ce discours une nuance du précédent? Quand on a réussit, il est facile d'être condescendant avec les autres. Ici, il n'est pas question de talent, mais de perception.
Je déteste particulièrement les hommages posthumes ou la gloire rendue à un être qui a souffert toute sa vie sans avoir les fruits de son art. Un auteur doit être reconnu par la qualité de ses textes, point. Je suis utopiste, je sais. Cependant, il est tellement facile de rendre hommage à un mort: il ne peut pas répondre. Ni aux critiques, ni aux louanges. Aimer quelqu'un de vivant, avec ses qualités et ses défauts comporte le risque de voir un artiste aimé prendre une direction différente et donc, de se mettre à ne plus l'aimer. C'est ça, la vie, elle n'est jamais définitive, elle peut toujours prendre une autre direction jusqu'à son point final. C'est plus facile d'aimer quelque chose de fixe que d'aimer quelque chose qui peut changer d'un jour à l'autre.
La richesse et la pauvreté ne font aucune distinction entre de bons ou de mauvais auteurs. Aucune. Pas plus que la reconnaissance publique. Les deux peuvent aider, mais si à la base ce sont les seules raisons qui poussent une personne à mettre ses idées par écrit, c'est une mauvaise raison. D'ailleurs, le public fait souvent le tri entre les auteurs qui le font par intérêt pécunier et les autres. Le tribunal du temps reste le meilleur des maîtres pour juger de la qualité des écrits, en-dehors des modes et des passions contemporaines. J'aimerais bien que tous les auteurs puissent vivre confortablement de leur art plutôt que la portion congrue. C'est un souhait. Par contre, quand je vois le nombre d'auteurs pantentés qui réussissent à publier et à faire de l'ombre à ceux qui travaillent dur sur leurs textes, je me dis en même temps que le système a une certaine justice: seuls ceux qui le veulent vraiment vont percer, parce que le monde littéraire est impitoyable face à ceux qui s'échauffent pas les doigts avant de se mettre à leur clavier.
@+ Mariane
Ok, J.K. Rowling est devenue millionnaire avec sa série Harry Potter. C'est une exception. Une très rare exception. En fait, parmi la foule d'auteurs qui publient chaque année, nombre d'entre eux ne toucheront que très peu d'argent sonnant pour leurs écrits. Plus rare encore sont ceux qui en vivent et de ce nombre, une poignée seulement réussissent à devenir riche. Ce phénomène est général, mais il se reflète aussi dans le domaine des arts: pour un acteur d'Hollywood qui reçoit des millions, combien d'autres vivent dans des taudis en attendant de percer? Ceux qui espèrent devenir riche en écrivant leurs livres sont légions, mais rares sont ceux qui auront cette chance.
Cependant, je déteste cette image: celle de l'écrivain pauvre, qui se dédit à son art, qui crève de faim et vit dans des logements miteux en écrivant jusqu'aux petites heures du matin. Qui ne se soucie ni de vivre et encore moins d'avoir droit à un minimum de confort. Comme si les auteurs devaient absolument payer leur amour à leur art pour avoir le droit de réussir... Qu'ils doivent tout donner, pour pouvoir espérer ensuite être récompensé. Encore pire, l'artiste qui consacre sa vie à son art, incompris, et qui finit désabusé, mais dont le génie est récompensé après sa mort et auquel on accorde toutes sortes de récompenses posthumes. Yeurk...
On dirait que le cinéma et la télévision en général ont créé un certain mythe de l'artiste incompris et fauché, voir alcoolique ou drogué. Ce qui ne correspond guère à la vie de nombres d'auteurs que je connais. De la discipline certes, mais vivre une vie de misère pour leur art? Pas tant que ça. Le mythe est tenace, mais la réalité est tout autre. Le chemin de croix de l'auteur passe souvent davantage par des boulots à-côté qui leur permettent de payer les factures. La plupart des auteurs célèbres ont connus cette facette du métier: celle du travailleur, parfois dans des milieux très humbles, qui grattent le papier (ou pianotent sur le clavier) pendant leurs pauses. De là à la chambre infestée de puces, il y a un monde.
On dirait qu'il y a une certaine tendance à juger ceux qui ont la chance d'avoir du succès et de pouvoir vivre de leur art. On les accuse d'avoir fait des compromis avec leurs écrits, de vouloir être populaire. De la jalousie là-dessous? Non, jamais! s'empresseront de répondre les pires détracteurs. Sans doute que si bien souvent. Échanger ses souliers contre celui d'un auteur en vu, reconnu et son salaire? Nombreux sont les ronchonneurs qui le feraient volontiers... sans l'avouer toutefois. La véritable motivation est souvent bien plus sociale que financière. Même les auteurs reconnus doivent souvent faire des compromis avec leur budget, surtout dans notre Belle Province. Mais l'appât de se sentir aimé, de se faire dire qu'on est bon, d'être reconnu, par ses pairs ou dans la rue est souvent irrésistible. Les autres ne sont que des jaloux après tout. Ne reconnaissez-vous pas dans ce discours une nuance du précédent? Quand on a réussit, il est facile d'être condescendant avec les autres. Ici, il n'est pas question de talent, mais de perception.
Je déteste particulièrement les hommages posthumes ou la gloire rendue à un être qui a souffert toute sa vie sans avoir les fruits de son art. Un auteur doit être reconnu par la qualité de ses textes, point. Je suis utopiste, je sais. Cependant, il est tellement facile de rendre hommage à un mort: il ne peut pas répondre. Ni aux critiques, ni aux louanges. Aimer quelqu'un de vivant, avec ses qualités et ses défauts comporte le risque de voir un artiste aimé prendre une direction différente et donc, de se mettre à ne plus l'aimer. C'est ça, la vie, elle n'est jamais définitive, elle peut toujours prendre une autre direction jusqu'à son point final. C'est plus facile d'aimer quelque chose de fixe que d'aimer quelque chose qui peut changer d'un jour à l'autre.
La richesse et la pauvreté ne font aucune distinction entre de bons ou de mauvais auteurs. Aucune. Pas plus que la reconnaissance publique. Les deux peuvent aider, mais si à la base ce sont les seules raisons qui poussent une personne à mettre ses idées par écrit, c'est une mauvaise raison. D'ailleurs, le public fait souvent le tri entre les auteurs qui le font par intérêt pécunier et les autres. Le tribunal du temps reste le meilleur des maîtres pour juger de la qualité des écrits, en-dehors des modes et des passions contemporaines. J'aimerais bien que tous les auteurs puissent vivre confortablement de leur art plutôt que la portion congrue. C'est un souhait. Par contre, quand je vois le nombre d'auteurs pantentés qui réussissent à publier et à faire de l'ombre à ceux qui travaillent dur sur leurs textes, je me dis en même temps que le système a une certaine justice: seuls ceux qui le veulent vraiment vont percer, parce que le monde littéraire est impitoyable face à ceux qui s'échauffent pas les doigts avant de se mettre à leur clavier.
@+ Mariane
jeudi 21 août 2014
Document 1 de François Blais
Document 1 François Blais L'instant même 180 pages
Résumé:
Tess travaille dans un Subway, Jude est sur l'aide sociale et passe ses journées à jouer à des jeux vidéos en buvant de la bière. Ces deux-là ont Google comme prof universel qui leur apprend tout, entre autre la géographie de l'Amérique profonde. L'idée leur vient de quitter leur Grand-Mère natal pour aller voir de près ce qu'ils ont vu sur Internet. Et d'écrire un livre pour financer leur voyage.
Mon avis:
Ce livre dégouline d'une délicieuse ironie. Tess et Jude sont de purs losers, mais d'un genre qu'on adore regarder vivre et faire toutes leurs conneries. Internet est leur maître, ils passent leur vie à faire des voyages virtuels via Google, plus précisément Google Maps qui leur tient littéralement lieu de référence en quasi-toute chose. C'est délirant le nombre d'informations qu'ils y trouvent. Passionnée de nom de lieux bizarres, Tess nous fait faire une tournée de l'Amérique en-dehors des grandes villes, vers des petits villages, quasiment même des bleds perdus, ayant des noms sortant de l'ordinaire. Je vous épargne la liste, mais on a peine à croire qu'une ville s'appelle Climax (vrai! un petit hameau perdu de la Saskatchewan). En le lisant, je ne pouvais pas m'empêcher au temps qu'a dû perdre l'auteur à tout fouiner ça sur Google! Mine de rien, on en apprend beaucoup, même si tout ça tient plus de l'anecdote qu'autre chose. Pour le reste, suivre les aventures de ces deux-là est vraiment un plaisir. J'ai rigolé à haute voix à plusieurs reprises devant les réparties des deux protagonistes, qui ne se croient pas intelligent pour deux sous, mais qui ont le don d'être quand même fort judicieux dans leurs remarques. Leur façon de crosser le Conseil des Arts est dégoulinante de mauvaise foi autant que de foi puérile. Le niveau de langage dans le livre est très élevé et on découvre pas mal de mots nouveaux. Une telle érudition chez une travailleuse de Subway et son conjoint assisté-social surprend, mais c'est justement ce qui fait le charme de ce livre: ils parlent tous les deux comme deux étudiants en lettres, mais pour discuter de choses ordinaires, de petites combines et de petits détails du quotidien sans grand intérêt. Un décalage entre le langage et la vie des personnages qui rajoute au plaisir. Un excellent roman, bien écrit, bien tourné et qui se dévore avec une grande facilité. Surtout quand on sait d'où vient le titre! ;)
Ma note: 4.75/5
Résumé:
Tess travaille dans un Subway, Jude est sur l'aide sociale et passe ses journées à jouer à des jeux vidéos en buvant de la bière. Ces deux-là ont Google comme prof universel qui leur apprend tout, entre autre la géographie de l'Amérique profonde. L'idée leur vient de quitter leur Grand-Mère natal pour aller voir de près ce qu'ils ont vu sur Internet. Et d'écrire un livre pour financer leur voyage.
Mon avis:
Ce livre dégouline d'une délicieuse ironie. Tess et Jude sont de purs losers, mais d'un genre qu'on adore regarder vivre et faire toutes leurs conneries. Internet est leur maître, ils passent leur vie à faire des voyages virtuels via Google, plus précisément Google Maps qui leur tient littéralement lieu de référence en quasi-toute chose. C'est délirant le nombre d'informations qu'ils y trouvent. Passionnée de nom de lieux bizarres, Tess nous fait faire une tournée de l'Amérique en-dehors des grandes villes, vers des petits villages, quasiment même des bleds perdus, ayant des noms sortant de l'ordinaire. Je vous épargne la liste, mais on a peine à croire qu'une ville s'appelle Climax (vrai! un petit hameau perdu de la Saskatchewan). En le lisant, je ne pouvais pas m'empêcher au temps qu'a dû perdre l'auteur à tout fouiner ça sur Google! Mine de rien, on en apprend beaucoup, même si tout ça tient plus de l'anecdote qu'autre chose. Pour le reste, suivre les aventures de ces deux-là est vraiment un plaisir. J'ai rigolé à haute voix à plusieurs reprises devant les réparties des deux protagonistes, qui ne se croient pas intelligent pour deux sous, mais qui ont le don d'être quand même fort judicieux dans leurs remarques. Leur façon de crosser le Conseil des Arts est dégoulinante de mauvaise foi autant que de foi puérile. Le niveau de langage dans le livre est très élevé et on découvre pas mal de mots nouveaux. Une telle érudition chez une travailleuse de Subway et son conjoint assisté-social surprend, mais c'est justement ce qui fait le charme de ce livre: ils parlent tous les deux comme deux étudiants en lettres, mais pour discuter de choses ordinaires, de petites combines et de petits détails du quotidien sans grand intérêt. Un décalage entre le langage et la vie des personnages qui rajoute au plaisir. Un excellent roman, bien écrit, bien tourné et qui se dévore avec une grande facilité. Surtout quand on sait d'où vient le titre! ;)
Ma note: 4.75/5
Libellés :
Auteurs A à C,
Commentaire de lecture,
littérature québécoise
mercredi 20 août 2014
Je sens que je vais adorer cet auteur...
Salut!
Je ne sais pas pour vous, mais il m'est déjà arrivé de tomber sur un auteur que je ne connais de nulle part et me dire: celui-là, je vais l'adorer. Ça n'est aucun rapport avec le style, ça n'a aucun rapport avec le passé de l'auteur, c'est quelque chose de chimique, voir d'alchimique. Je lis un résumé, je vois des commentaires sur un auteur et là, paf! Je sais que je vais aimer cet auteur. Ça n'a rien de logique, c'est pourquoi je pense que c'est plus proche de l'alchimie qu'autre chose.
Vous savez, je n'ai jamais lu Edith Wharton. Et pourtant, je sens que je vais l'aimer. J'ai quelques-uns de ses livres à la maison. Je ne me suis pas encore lancée, mais mon petit doigt ou je ne sais quoi me dit que je vais adorer ses romans, son écriture, quelque chose dans ses livres qui fait que son oeuvre est ce qu'elle est.
Je ne lance dans cette idée au hasard vous savez! Je l'ai déjà testée! Avant d'ouvrir la première page du premier livre de Stefan Zweig que j'ai lu, je savais que j'allais l'aimer. Je savais que cet auteur avait quelque chose à m'apporter, quelque chose pour me faire tripper. Et ça a été le cas. J'ai littéralement adoré Vingt-quatre heures de la vie d'une femme. J'ai lu plusieurs autres de ses livres depuis. J'aime la façon dont ces auteur explore les tréfonds de l'âme humaine, féminine en particulier. Il y a dans ses livres un souffle, un style, une précision que j'ai tout de suite apprécié. Il reste dans les auteurs que j'aime lire et en garder quelques-uns pour la suite des choses parce qu'une fois tous leurs livres lus... Ben, il n'y en aura plus!
Ce n'est pas scientifique non plus, j'ai lu Arthur Schnitzler en m'attendant au même résultat et ça a été plutôt mitigé. Trop de brume dans ces écrits, trop rêveur. Et pourtant, il faisait parti de ceux dont je me disais à l'avance que j'allais tripper! Oui et non à la fois. J'ai bien aimé, mais ça n'a pas été un succès total en même temps.
Avoir un coup de foudre pour un auteur que je n'ai pas lu n'est pas la seule façon de découvrir de nouveaux auteurs. La majorité du temps, je suis comme tout le monde, je prends un livre et j'attends la découverte. C'est comme ça que j'ai fait la connaissance de la majorité des auteurs que je veux lire et relire. C'est l'exception plutôt que la règle, mais c'est une belle exception.
@+ Mariane
Je ne sais pas pour vous, mais il m'est déjà arrivé de tomber sur un auteur que je ne connais de nulle part et me dire: celui-là, je vais l'adorer. Ça n'est aucun rapport avec le style, ça n'a aucun rapport avec le passé de l'auteur, c'est quelque chose de chimique, voir d'alchimique. Je lis un résumé, je vois des commentaires sur un auteur et là, paf! Je sais que je vais aimer cet auteur. Ça n'a rien de logique, c'est pourquoi je pense que c'est plus proche de l'alchimie qu'autre chose.
Vous savez, je n'ai jamais lu Edith Wharton. Et pourtant, je sens que je vais l'aimer. J'ai quelques-uns de ses livres à la maison. Je ne me suis pas encore lancée, mais mon petit doigt ou je ne sais quoi me dit que je vais adorer ses romans, son écriture, quelque chose dans ses livres qui fait que son oeuvre est ce qu'elle est.
Je ne lance dans cette idée au hasard vous savez! Je l'ai déjà testée! Avant d'ouvrir la première page du premier livre de Stefan Zweig que j'ai lu, je savais que j'allais l'aimer. Je savais que cet auteur avait quelque chose à m'apporter, quelque chose pour me faire tripper. Et ça a été le cas. J'ai littéralement adoré Vingt-quatre heures de la vie d'une femme. J'ai lu plusieurs autres de ses livres depuis. J'aime la façon dont ces auteur explore les tréfonds de l'âme humaine, féminine en particulier. Il y a dans ses livres un souffle, un style, une précision que j'ai tout de suite apprécié. Il reste dans les auteurs que j'aime lire et en garder quelques-uns pour la suite des choses parce qu'une fois tous leurs livres lus... Ben, il n'y en aura plus!
Ce n'est pas scientifique non plus, j'ai lu Arthur Schnitzler en m'attendant au même résultat et ça a été plutôt mitigé. Trop de brume dans ces écrits, trop rêveur. Et pourtant, il faisait parti de ceux dont je me disais à l'avance que j'allais tripper! Oui et non à la fois. J'ai bien aimé, mais ça n'a pas été un succès total en même temps.
Avoir un coup de foudre pour un auteur que je n'ai pas lu n'est pas la seule façon de découvrir de nouveaux auteurs. La majorité du temps, je suis comme tout le monde, je prends un livre et j'attends la découverte. C'est comme ça que j'ai fait la connaissance de la majorité des auteurs que je veux lire et relire. C'est l'exception plutôt que la règle, mais c'est une belle exception.
@+ Mariane
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