vendredi 13 juin 2014

Simple, mais pas simpliste

Salut!

Une des grandes qualités d'un bon auteur est de savoir rendre les choses d'une simplicité limpide, même les plus complexes.  En d'autres mots, de rendre la complexité simple, de façon à ce que même quelqu'un qui ne connaît pas beaucoup ce dont il parle puisse comprendre.  Dans un film parlant de danse, le professeur disait à ses élèves (une bande d'ados en retenue) que les grands danseurs donnent l'impression que ce qu'ils font est facile, même si ce ne l'est pas.  C'est la même chose en écriture.  Quand on lit un bouquin décrivant une réalité complexe, mais que tout s'emboîte, tout coule avec facilité, presque sans s'en rendre compte, il y a le talent de l'auteur qui entre en jeu.

Cependant, simple ne veut pas dire simpliste!  Quand quelque chose de complexe est écrit de façon simple, ça va, mais quand un auteur prend ses lecteurs pour des idiots et leur sort des fadaises, il n'a pas compris le sens de simplicité.  La simplicité, c'est rendre accessible quelque chose de complexe, pas prendre le commun des mortels pour des idiots!  Je pense à de nombreux livres destiné à un public de jeunes lecteurs en disant cela: bon nombre sont destinés à des enfants de 7 ou 8 ans, mais semblent écrit pour des jeunes de 4 ans...  Phénomène malheureux, mais récurrent.  Écrire un bon roman jeunesse, suffisamment simple pour être accessible à de jeunes lecteurs, tout en gardant un bon niveau d'intrigue et de style est un art qui n'est pas donné à tous les auteurs.  On peut croire que les enfants sont jeunes, qu'ils ne font pas la différence...  Bien au contraire!  Les jeunes sont beaucoup moins dupes qu'on ne pourrait y penser quand on essaie de leur en passer des vites!  Si vous lisez un roman jeunesse et que c'est ennuyeux, votre jeune risque de penser la même chose.

Même chose pour un article scientifique.  Un bon vulgarisateur saura rendre le jargon scientifique facile à comprendre pour des non-initiés.  Pour ce faire, il multipliera les exemples, saura faire ressortir l'essentiel de ce qu'il veut faire connaître et comprendre, adaptera son vocabulaire, fera le ménage entre les détails qui titillent le scientifique qu'il est et ce qu'il doit transmettre pour permettre la compréhension de son domaine.  Mine de rien, c'est un exercice très complexe.  Pour rendre sa discipline simple à comprendre, il doit en avoir une connaissance précise et approfondie.  Il doit réfléchir à ce qu'il veut que les gens comprennent et par quel chemin il doit passer pour leur montrer la voie.  Je m'imagine facilement un scientifique, affalé sur son fauteuil, en train de se casser la tête pour expliquer simplement une nouvelle découverte qui excite ses neurones au plus haut point... à cause de leur magnifique complexité.  Et il doit rendre tout ça compréhensible pour des profanes.  Coït de chercheur interrompu!

Il en est de même pour les inextricables situations qui peuvent toucher l'âme humaine.  Certaines émotions sont tellement complexes, comment peut-on les exprimer à l'écrit sans se perdre dans le vocabulaire précieux ou savant?  Faire ressortir tous les tourments de l'âme humaine peut se faire avec le vocabulaire d'une personne qui n'a complété que son secondaire 5, l'essentiel n'est pas là: il est dans la façon de l'exprimer.  Ici, entre en ligne le talent et l'expérience de l'auteur.  Car si les émotions sont complexes, leurs innombrables nuances peuvent être exprimer de façon simple.

L'art de rendre les choses simple est complexe, non pas parce que le point de départ l'est, mais bien parce qu'il demande une compréhension supérieure de son sujet.  Faire en sorte que tout coule, que les idées s'enchaînent les unes aux autres, qu'une ligne claire se dessine, ça demande du talent, mais aussi de savoir où l'on s'en va.  Les idées de base qui sont floues ne donnent pas des résultats clairs.  La simplicité, c'est savoir saisir l'essence, le sens de base de ce que l'on veut expliquer.  La complexité peut se cacher sous des mots simples.

Ce ne sont pas tous les auteurs qui atteignent ce niveau.  Certains seront simplistes, d'autres trop complexes, se perdant dans les détails.  La simplicité demande à la fois du talent et de l'art, celui de savoir expliquer sans en avoir l'air.  Du talent et du travail, mais le plus souvent les deux.

@+ Mariane

jeudi 12 juin 2014

MetaMaus d'Art Spiegelman

MetaMaus  Art Spiegelman  Flammarion  294 pages



Résumé:
Quand on est un auteur de BD et que l'on gagne un Prix Pulitzer, surtout sur un sujet sensible comme l'Holocauste, on s'attire forcément des questions.  Depuis 25 ans, Art Spiegelman, l'auteur du célébrissime Maus s'en aie souvent fait poser... et souvent les mêmes.  Il répond donc ici en long et en large aux plus fréquentes, question d'enfin passer à autre chose.

Mon avis:
Ce livre, c'est une plongée dans l'art de faire de la bande dessinée, de la raconter, d'utiliser son langage.  Art Spiegelman s'y livre avec une grande simplicité, dans une grande entrevue où l'on reprend les grandes lignes des questions qui lui sont inlassablement posées depuis la sortie de Maus et le Pulitzer (largement mérité) que ça a suivi.  (Pourquoi l'Holocauste?  Pourquoi des souris?  Pourquoi la BD?)  On sent que l'auteur, après avoir passé des années à rédiger son oeuvre, en a plus qu'assez de répondre à des questions sur celle-ci.  Et donc, il préfère y aller en profondeur une seule fois plutôt que de répéter ad nauseam.  Pour notre plus grand plaisir.  C'est extrêmement intéressant.  À la lecture de Maus, tout s'enfile sans problème, mais on comprend à la lecture de Metamaus à quel point chaque plan est pensé, combien de recherches ont demandé la rédaction de ce livre et quelles sont les astuces par lesquelles il a comblé les trous de ce qu'il ne savait pas ou de ce à quoi il ne pouvait apporter une réponse simple.  Le texte est livré sous forme de texte continent, mais entouré de dizaines d'extraits de Maus, de manuscrits, de notes et de croquis, éclairant ses propos.  Que de questionnements pour bien représenter la réalité!  On découvre un artiste humble, mais minutieux, travailleur et déterminé.  Pour être fidèle au récit de son père, mais aussi aux autres témoignages sur les camps de concentration.  Parce que son père n'a pas tout vu, nécessairement.  Toute l'horreur du système concentrationnaire nazi ne peut être réduit à l'expérience d'une seule personne.  Le récit est centré autant sur l'auteur et l'impact que la rédaction de Maus a eu sur lui que sur des questions purement techniques.  J'avoue que j'y étais par moment un peu perdue, mais cela reste quand même accessible à quiconque a un minimum de connaissance en BD.  Par contre, les dessinateurs et les scénaristes de BD risquent d'en profiter plus que moi!  J'ai beaucoup aimé aussi que l'on y fasse parler Françoise Mouly, son épouse, ainsi que ses enfants, sa fille Nadja et son fils Dash, qui n'ont pas connu leur grand-père Vladek, mais qui ont connu les échos de Maus bien sûr.  Un seul trou: on ne fait pas mention du Pulitzer, pourtant ce prix a dû avoir un impact certain sur la carrière internationale de Maus, puisque c'était la première fois qu'un prix était d'une telle importance était remis à une bande dessinée.  J'aurais bien aimé pouvoir poser la question à l'auteur.  D'autant plus qu'avec ce livre, il voulait mettre un point final à l'aventure!

Ma note: 4.25/5

mercredi 11 juin 2014

Les romans inspirés de rêves

Salut!

Pour quiconque n'est pas au courant, Fascination est inspiré d'un rêve fait par Stephenie Meyer.  Les fans étant ce qu'ils sont et le phénomène Twilight ayant été ce qu'il a été, on connaît même la date exacte de ce rêve: 2 juin 2003.  C'est là que la future auteure, mère de famille ayant étudié en littérature mais sans connaissance spécifique de l'écriture, a rêvé d'un vampire et d'une humaine s'aimant malgré tous les obstacles.  Son rêve lui a rapporté beaucoup, il faut le dire et il est sans doute à l'origine de nombres de rêves érotiques parmi les jeunes fans de la série.

Le rêve est une source d'inspiration pour de nombreux auteurs.   Nombreux sont ceux qui se sont levés avec une idée surgie parmi les brumes de leurs élucubrations nocturnes et l'ont mise sur le papier.  Un rêve, c'est une idée qui nous vient et dont on se souvient au réveil.  Tous les rêves ne peuvent servir d'idée de base à une bonne histoire.  Et, soyons honnête: du rêve au roman, il y a une large marche.  Aucun auteur ne s'est levé le matin en se disant: ah, ah!  J'ai eu un rêve génial!  J'ai juste à l'écrire et ce sera un roman!  En tout cas, si c'est le cas, je n'en aie jamais entendu parler.  Mais l'étincelle, l'idée, elle  oui, elle peut jaillir d'un rêve.  Quand on dort, les rênes de notre conscient sont déliées et les associations sont libres de se faire dans un ordre qu'éveillés, on ne ferait sans doute pas.  C'est une source d'inspiration, la capacité de notre esprit de voir des éléments réels d'une façon différente.

Reste encore à les noter.  Les rêves ont ceci de capricieux qu'ils nous fuient souvent au réveil!  Il faut prendre l'habitude de les noter.  Quand on le fait (oui, ça m'est déjà arrivé!), on se rend compte que l'on se souvient de bien plus de détails que l'on ne le pensait au départ.  Des images et des impressions fugaces prennent de la consistance.  Cependant, les rêves ne sont jamais aussi clair et précis que la réalité et la part de mystère et de brume de ceux-ci demande à être éclaircie.  Il faut alors que l'auteur parte des quelques lambeaux épars de sa vision nocturne pour mieux la retravailler comme on cisèle un cristal, pour mieux la renforcer dans ses zones troubles et la transporter dans un récit qui emmènera les lecteurs dans un texte clair, net et précis.

Un cas extrême, Arthur Schnitzler, a écrit un journal dans lequel il a noté ses rêves pendant pratiquement toute sa vie d'adulte!  L'une de ses nouvelles les plus célèbre est justement intitulée La nouvelle rêvée et fait référence à cette réalité perdue dans les brumes entre le sommeil et l'éveil, mais qui paraissent parfois si réalistes.  Oui, elle est inspirée d'un rêve, mais l'auteur a mis près de 17 ans à l'achever ensuite, ce qui prouve que du rêve à la réalité, il n'y a pas qu'un pas!  H.P. Lovecraft est aussi connu pour s'être inspiré de certains de ses rêves pour écrire ses nouvelles.  C'est d'autant plus inquiétant que les univers de celui-ci sont plutôt macabres et plongés dans l'horreur!  Il ne devait pas avoir des nuits très tranquille celui-là.  Surtout quand on pense à des créatures comme Cthulhu...

Bon nombres d'auteurs mentionnent souvent un rêve comme point de départ d'un projet.  Si leurs rêves créent l'étincelle, et on peut en être qu'heureux, le texte final est bien souvent très différent de sa version onirique.  La création se nourrit d'idées et celles-ci peuvent venir d'une multitude de sources, rêve inclus.  Néanmoins, c'est la volonté d'écrire et de faire jaillir une histoire qui permet à l'auteur de réussir à terminer sa nouvelle ou son livre.  Rien de plus, rien de moins.  C'est bien plus difficile dans la réalité que dans les rêves souvent...

@+ Mariane

mardi 10 juin 2014

La chanson d'Arbonne de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne  Guy Gavriel Kay  Flammarion/ XYZ 562 pages


Résumé:
Blaise de Gorhaut est un coran, un mercenaire qui vend ses services au plus offrant.  Anonyme, il a quitté sa partie et depuis parcours les six pays.  En Arbonne, il découvre des coutumes qui le dépasse: dans ce pays, l'amour est chanté et célébré, les femmes ne sont pas soumises aux hommes et c'est même l'une d'entre elle qui détient le pouvoir!  Habitué à voir ce pays comme peuplé d'hommes faibles, il devra remettre en question tous ses préjugés, car, sans qu'il le sache encore, l'Arbonne mettra sur son chemin un avenir qu'il n'aurait jamais pu soupçonner.

Mon avis:
L'écriture de Kay est... féminine.  Je dis ça parce qu'il accorde une grande importance aux nuances dans les émotions de ses personnages.  Aucun d'entre eux ne peut être perçu comme un héros parfait.  Ils ont tous leurs faiblesses, leurs failles, mais elles sont d'une certaine façon que j'aurais plus vu sous la plume d'une auteure féminine que d'un auteur masculin.  Si la virilité n'est pas absente, le pouvoir de la Cour d'amour et des troubadours donne un aspect différent à l'expression de celle-ci.  C'est moins abrupt, plus raffiné, plus subtil.  D'ailleurs, le livre au complet m'a laissé une impression de légère différence.  L'histoire suit les grandes lignes des récits épiques, mais en même temps, elle le fait d'une façon qui laisse beaucoup de place à la féminité.  Les personnages féminins, même s'ils ne combattent pas, sont d'ailleurs très puissants, nuancés, vrais: Cygne, Ariane, Rosala, Béatrice, Lisseult.  Face à elles, les hommes sont tout aussi riches, plein de subtilités.  La psychologie des personnages est très belle, bien décrite, jamais simpliste.  Même celle du père de Blaise, personnage manichéen à l'extrême est bien développée et on le comprend, sans pouvoir l'approuver bien sûr.  J'ai trouvé étrange que le contexte, où les femmes semblent jouir de tant de droits, reste très proche de celui-ci du Moyen Âge (période d'inspiration de l'auteur pour ce livre) sur la question des mariages arrangés.  Ariane s'en plaint à un moment, mais pour le reste, ça semble normal pour tout le monde!  Une petite faille dans la cohérence du récit.  Pour le reste, la façon dont il déploie son univers est vraiment très belle, empreinte de la poésie de ces troubadours qu'il met à l'honneur.  Il y a juste assez de chants pour mettre dans l'ambiance, mais pas trop.  Tant mieux pour ceux qui comme moi ne trippent pas sur la poésie!  Cela reste un récit médiéval, mais pas vraiment fantastique, le surnaturel n'y prenant au final que très peu de place.  Juste quelques petites touches.  Cela rend ce roman difficile à classer dans un genre en particulier.  Je reste avec une drôle d'impression avec ce roman.  C'est bon, mais en même temps, ça ne m'a pas transporté outre mesure, ce qui est étrange vu le sujet traité.  Avec les récits épiques, on s'attend normalement à plus de montée en puissance à certains moments!  Pas vraiment le cas ici.  Cependant, c'est un roman intéressant car il nous fait glisser à la limite des codes des genres et nous donne l'occasion de voir ainsi les coutures de celui-ci en les remettant en question.  À lire pour remettre en question nos certitudes littéraires!

Ma note: 3.75/5

lundi 9 juin 2014

Vous ne savez pas vraiment c'est quoi...

Salut!

L'autre jour, je rencontre une nouvelle acheteuse dans une librairie.  Elle est entrée en poste quelques semaines auparavant.  Avant, elle travaillait en papeterie et là, elle a été transférée au département du livre.  Petit changement s'était-elle dit, comme bien d'autres personnes que je connais.  Grossière erreur!  Quand je l'ai vue, elle avait la langue qui traînait à terre.  Méchante job!  D'un coup, elle comprenait que le job de libraire, c'est loin d'être une sinécure.  Et que non, ça ne se résume pas si facilement que ça.

Il me semble que l'image que l'on se fait des libraires est un peu bucolique.  Un petit monsieur qui range tranquillement ses livres, fou de grands auteurs, citant Shakespeare et Molière à ses clients qui viennent bouquiner...  L'image, comme souvent, est très très loin de la réalité.  Il ne montre pas les boîtes de livres, les journées à déplacer et à replacer les piles de livres pour les mettre en valeur, les clients qui sont pressés, qui chialent, le ballet des reps (oui, de moi et des autres!), les éditeurs qui changent de distributeur, les distributeurs qui doivent importer des livres et ça prend du temps, les clients impatients, les clients collectivités, les offices, les dépôts, les mises en place, les retours, les thématiques saisonnières, le chien d'un client qui a pisser en plein milieu du jeunesse...  Oups!  Non, vraiment, ça n'a rien à voir...

Le fait de dire que l'on vend des livres ne couvre qu'une si mince part du métier de libraire.  Comme l'arbre qui cache la forêt.  Vendre des livres, c'est la base, mais c'est aussi l'arbre qui cache la forêt.  Parce qu'on fond, vendre des livres, c'est une toute petite partie du métier.  Le passage à la caisse, c'est rien comparé à tout le travail fait en amont et en aval de ce moment magique.  Une librairie, c'est énormément de manipulation de livres.  Et il faut penser à ce que l'on y fait rentrer avant toute chose.  Je travaille énormément avec les acheteurs de librairie et je vois tous les questionnements qu'ils se posent.  C'est bien de prendre des livres, mais encore faut-il savoir quoi prendre et en quelle quantité.  Connaître sa clientèle est un point, mais il y a aussi une espèce d'art pour anticiper ce qui aura du succès.  On peut tabler sur les ventes précédentes de certains auteurs, mais dans le cas d'un nouvel auteur?  Ou d'un essai?  Souvent, on tranche en espérant le mieux.  Faire les achats d'une librairie est un art, autant qu'un travail.  Le risque de se planter est toujours présent.  Les commandes et les retours sont là pour aider, mais il faut avant tout que le livre soit sur les tablettes au moment où les clients le veulent, sans ça, il y a des risques que les ventes se perdent.

Faire la présentation des livres en magasin n'est pas non plus donné à tout le monde.  Plusieurs se plaignent des piles de livres, mais honnêtement, ces piles sont là pour permettre de mettre en valeur le plus de titres possibles.  Et faire de belles présentations est un art.  Il faut rendre les livres attrayants, mettre en valeur leurs couvertures, donner le goût aux gens de tendre la main vers le livre pour partir avec lui, mais en même temps ne pas rendre le tout trop parfait, parce qu'alors, bien des gens ont peur de déranger les piles.  Je sais, c'est bizarre, mais c'est vrai.  Ça demande un mélange de beaucoup de mise en présentation et d'un certain relâchement.  Pas nécessairement la partie que l'on penserait en parlant du métier de libraire non?  À vraie dire, je dois beaucoup à une collègue qui a fait son cours en décoration dans ce domaine.  Le passage des connaissances est essentiel entre collègue et on ne sait jamais où l'on va utiliser ce qu'on apprend un jour.

Et les collectivités?  Ce sont des clients précieux.  On en parle peu dans le grand public, mais ils sont une part importante de la clientèle de nombreuses librairies.  Ces clients desservent eux-mêmes une collectivité, donc, leurs besoins sont plus précis.  Il faut les connaître, mais aussi les anticiper.  Peu de gens sont conscients de l'importance de cette clientèle, en terme de chiffre de vente certes, mais surtout en terme de travail que cela demande, de connaissances et de temps.  Avec l'avènement du numérique, les demandes deviennent de plus en plus variées.  Il ne suffit plus de connaître les livres, il faut désormais en savoir un bout sur la technologie en plus.

Et tout ça, c'est sans compter sur le conseil, pierre angulaire de toute librairie et tout ce qui va avec...

Le métier de libraire est un métier complexe, vivant, en constante évolution.  Rien à voir avec les images d'Épinal.  Oui, la vente de livres forme la base du métier, mais autour s'est développé toute une expertise qui forme la profession de libraire.  Sans cette expertise, le milieu littéraire du Québec ne serait pas aussi bouillonnant et aussi vivant.  Les libraires s'occupent de multiples tâches, qu'ils aient ou non choisit de s'en occuper et qui sont collatérale à la vente des livres.  Si les librairies disparaissaient, qui s'en occuperaient?  Poser la question, c'est y répondre: peu de gens sont aussi bien organisés que les librairies pour répondre à toute une gamme de besoins dans le milieu du livre.  Sauf que malheureusement, beaucoup de gens méconnaissent la réalité du milieu de la vente de livres et se forgent une vision terriblement simplifiée du métier qui ne tient pas compte de la réalité.

@+ Mariane

mercredi 4 juin 2014

Trace indélébile

Salut!

Je ne sais pas pourquoi, mais certains livres laissent une trace, plus puissante que les autres.  On a beau lire des dizaines de livres différents chaque année, ceux-là, même dix ans après, on s'en souviendra encore.  On garde une image intacte de notre lecture.  Ce ne sont pas nécessairement les coups de coeur qui entrent dans cette catégorie, même s'ils en font souvent parti.  Ce sont des livres qui laissent sur nous une trace indélébile, qui ne s'efface pas, qui reste, peu importe l'usure du temps.

La stratégie Ender m'a marquée, profondément.  C'est le dernier en date.  Dire que j'attendais avec impatience la sortie de l'adaptation cinématographique est un euphémisme!  D'ailleurs, il est bon, le film.  Pas à la hauteur du livre, mais ça c'était impossible.  Tout de même, il est bon.  Depuis que je l'ai lu, j'y aie pensé et repensé des dizaines de fois.  Je revois des moments, je comprends mieux certains passages et surtout, je me rappelle quel régal de lecture ce fut que ce livre.  L'effet reste entier par contre: j'ai été foudroyée par cette histoire.  Pourquoi?  Je ne sais pas, je ne le saurais sans doute jamais.  Peut-être était-ce le fait que j'étais à cette époque immobilisée sur mon divan à cause d'une douloureuse entorse dorsale (je ne souhaite à personne d'éprouver cette douleur!).  Peut-être qu'à ce moment-là de ma vie, l'histoire de cet enfant, Ender, entraîné à ne voir rien d'autre que la stratégie dans toutes les parties de sa vie, avait des résonances dans ma propre vie?  Je ne sais pas.  De toutes façons, au fond, ce n'est pas important.

Je pourrais aussi citer Rouge Brésil comme livre qui m'a marquée.  Et le deuxième tome d'Eragon.  Les livres qui m'ont marquée de cette façon sont une poignée.  Ils se démarquent de tous les autres. Comme si au travers des innombrables livres qu'on lit, ils restaient éternellement sur une planète à part.  Ce sont des étoiles qui continuent à briller alors que les autres étoiles filantes ont depuis longtemps disparu.  Je lis une bonne centaine de livres par année, mais ceux-là, ils se démarquent, ils restent dans ma tête.  Et aussi comme référence pour les autres, parce que ceux-là, ils montrent ce que peux être l'excellence sur un point ou un autre.  On les garde en tête quand on en lit d'autres.

Je ne dis pas que ces livres sont mes préférés, qu'ils sont les mieux écrits du monde ou encore qu'ils sont de ce genre de livres qu'on relirait encore et encore.  Pas du tout.  Loin de là même.  Mais ces livres appartiennent à une catégorie à part.  À jamais.

@+ Mariane



lundi 2 juin 2014

Le vin et la littérature

Salut!

Un ancien petit ami (hé oui, j'en aie eu quelques-uns! :P ) avait un jour été victime d'une drôle d'expérience.  Une de nos connaissances communes, qui se vantait d'être connaisseur en bon vin, lui avait servi deux verres.  Il avait précisé le contenu des deux: l'un contenait un bon cru et l'autre... de la piquette.  Absolument pas connaisseur en vin, mon ex avait alors goûté les deux et avait identifié son préféré comme étant le vin de dépanneur!  Notre connaissance l'avait alors traité de tous les noms possibles, le premier étant celui de gars qui ne connaissait rien à la vie.  Le problème n'était pas là: mon ex ne connaissait tout simplement rien au vin, alors il était allé vers quelque chose de simple, qu'il pouvait comprendre.  Un vin sucré, pas trop complexe, fruité, semblable à du jus ou à du coke, bref, semblable à quelque chose qu'il connaissait.  Notre connaissance avait développé son goût pendant des années, pour lui le petit vin de dépanneur ne goûtait rien du tout, contrairement au grand cru dont il avait appris à apprécier les subtilités et la saveur plus riche.

Le même parallèle peut s'appliquer à la littérature.  Quand on commence à lire, on va vers des choses qui nous accroche, que nous connaissons.  L'acte de lire n'est pas naturel.  C'est une habileté acquise, construite.  Le goût de la lecture suit.  Au début, déchiffrer les petites bêtes noires qui ornent la page demande un effort.  Il faut persévérer.  Ensuite, le sens se révèle à nos yeux et l'on découvre alors tout un univers.  Nos premières lectures sont souvent très près de notre univers: des petites histoires qui peuvent arriver à n'importe quel enfant, qui tournent autour du quotidien.  Ensuite, les histoires se complexifient, deviennent parfois un peu plus loin de la réalité des enfants, viennent les premiers romans...  Je me demande parfois si je serais devenue une lectrice aussi avide si je n'avais pas eu, au secondaire, des profs aussi motivés pour m'ouvrir les voies de la lecture, du roman, m'apprendre à les regarder au-delà des mots pour comprendre leur sens profond.

La grimace que fait n'importe quelle personne qui goûte son premier verre de vin est caractéristique.  On se demande pourquoi les gens aiment un tel liquide!  C'est pas bon au premier abord!  Ensuite, on y regoûte et lentement on s'habitue.  On finit même par apprécier!  À force d'y goûter, on développe notre goût, un désir de découvrir des trucs plus complexes, plus raffinés.  En littérature, on suit à peu près le même chemin: on commence par des livres simples, peu élaborés, mais qui nous touche parce qu'il ramène à du connu.  Du trop littéraire, trop tôt, peu dégoûter.  Comme je le disais en parlant des goûts littéraire de Matante Germaine, c'est là que la littérature populaire entre en jeu.  Si on vous servait pour votre premier verre de vin un grand cru introuvable, vous ne pourriez pas l'apprécier.  Il faut découvrir des vins, affiner votre goût avant d'arriver à comprendre et à apprécier la beauté de livres plus complexes.  Certains resteront hors de votre portée.  C'est normal.  Ce ne sont pas de mauvaises oeuvres pour autant, elles sont juste trop pointues pour que vous soyez capable de les apprécier.  Le goût en littérature, ça se développe, c'est comme le goût pour le vin.

Certaines personnes sont capables d'aller explorer de nouvelles avenues sans aide.  Ce sont des exceptions.  La règle est plutôt que quelqu'un nous ouvre les portes.  Souvent, c'est un travail de déblayage fait pas les profs de français.  Ils sont tellement précieux.  Des profs exceptionnels, j'en aie eu.  Je leur dois beaucoup.  Tant au primaire qu'au secondaire.  Ils (enfin, surtout elles) m'ont aidé à développer mes goûts littéraires.  Elles m'ont ouvert la porte d'un autre monde.  La littérature, ce n'est pas que du texte, pas que des histoires, c'est la façon dont on les raconte, dont on les comprend.  Il faut un minimum de connaissance pour bien les apprécier.  Ces connaissances, il faut du temps pour les apprendre.  Le goût est la première et le plus importante des choses à développer.  Ne penser pas que parce que votre enfant ne lit que de la BD qu'il sera un piètre lecteur plus tard.  Laissez-le aller vers les livres qu'il aime.  Et dites-vous que de toutes façons, il est trop jeune pour boire de l'alcool à cet âge. ;)

@+ Mariane