mardi 13 mai 2014

La Guerre de Troie n'aura pas lieue de Jean Giraudoux

La Guerre de Troie n'aura pas lieue  Jean Giraudoux  85 pages  Texte lu en numérique libre de droit*


Résumé:
Hector ne veut plus de la Guerre, Hélène ne sait plus trop si elle aime Pâris et des légistes semblent vouloir pousser à la guerre.  La Guerre de Troie aura-t-elle lieu ou non?

Commentaire:
Il faut avoir une certaine connaissance des personnages et du contexte dans lequel a lieu la pièce pour en comprendre toute la saveur.  Voir Hector demander résolument la paix, c'est faire faire une sacrée contorsion au personnage d'Homère!  Guerrier, Hector l'était, mais dans cette pièce, c'est la paix qu'il souhaite.  Tout comme Andromaque, sa femme et Hécube, sa mère.  Tandis que de l'autre côté, le roi Priam pousse pour la guerre, appuyé par un poète, Démékos, qui rêve de pouvoir à nouveau chanter les louanges de guerriers.  On voit même apparaître à un moment un juriste international interprétant le moindre des gestes des Grecs arrivant à Troie pour réclamer Hélène comme un geste de déshonneur.  Tout est bon pour déclencher la guerre!  Et Hélène...  Ouf!  Le modèle de la femme stupide, qui fait ce qu'on lui dit, aime griser les hommes autour d'elle et ne comprend pas les conséquences de ses actes.  Elle aimait bien Pâris, mais à un moment, s'en désintéresse.  Retourner en Grèce?  Peut-être, mais pourquoi au juste?  Et c'est pour cette femme que la guerre aura lieu...  Montrant qu'au fond, la guerre n'est jamais faite pour de bons motifs.  La pièce est truffée de réparties savoureuses, souvent en lien avec la personnalité historique des personnages.  Elles ont souvent un soupçon de double-sens qu'il faut connaître pour les apprécier, mais ils font quand même souvent mouche.  Ce qui est bien, c'est que le caractère des personnages de la légende troyenne est respecté, mais en même temps, modernisé.  La pièce a été écrite alors que menaçait le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale et on peut y voir un hommage à la paix, une volonté de montrer que la guerre ne se fera que pour des motifs stupides au fond.  Et que malgré tout, comme le dit si bien Cassandre, la Guerre de Troie aura lieue.  Mon seul regret est le peu de didascalies présents dans le texte que j'ai lu.  Ça empêche de «voir» la pièce.  Une belle lecture, je me demande vraiment ce que ça donnerait en live.

Ma note: 4/5

*Le texte en version numérique libre de droit que j'ai lu est disponible ici.

lundi 12 mai 2014

Science-fiction et sciences humaines

Salut!

À force de lire de la science-fiction, j'ai remarqué un détail: toutes ces histoires se passent dans des univers futuristes, voire lointains, des univers très loin de nous, de notre quotidien.  Néanmoins une constante reste: la science-fiction reste un laboratoire de comment l'humain pourrait réagir face à de nouvelles technologies, face à de nouvelles races, bref, à ce que nous réserve l'avenir.  Dans ce sens, la science-fiction fait bien moins de la science que des sciences humaines, particulièrement de la psychologie et de la sociologie.

Je l'ai particulièrement vu dans L'échelle de Darwin de Greg Bear.  Ce livre explorait les réactions publiques face à une mutation de la génétique humaine de grande ampleur.  Si l'aspect science était particulièrement bien développé (au point d'épater des copains en science de la santé), le livre s'attardait particulièrement à la réaction des gens face à cette mutation.  Comment réagissait-il?  Comment le gouvernement devait-il agir face à un tel bouleversement?  Comment éviter la panique?  Et pour chaque personne, chaque individu, quel était la bonne réaction à avoir?  Autant de question qui ont tout autant à avoir avec la politique, la psychologie et la sociologie qu'avec les sciences naturelles.

Je pourrais multiplier les exemples.  Derrière chaque roman de science-fiction se cache une question qui a une résonance pour l'être humain et non seulement pour la technologie.  La science-fiction consiste à inventer des réponses à des questions auquel on n'a pas encore fait face.  Cela peut se faire de manière spectaculaire, ou encore de manière très psychologique.  La littérature permettant d'entrer dans la psychée d'un personnage d'une façon unique, elle est sans doute l'art le plus à même de nous entraîner dans les questionnements d'une personne confrontée à une situation autrement inaccessible pour nous.

Si on pousse certains contextes, certains thèmes aux extrêmes, qu'arrive-t-il?  Si les dernières découvertes scientifiques, si les possibilités qu'elles ouvrent s'avèrent, qu'arrivera-t-il, comment réagirons-nous?  Comme individu, comme société?  Devons-nous nous rebeller, nous adapter?  Qu'est-ce que cela changera dans la façon dont nous nous voyons nous-même, dans la façon dont nous voyons l'autre?  Toutes des questions qu'adore la science-fiction.

Au contraire de la fantasy ou du fantastique qui présente souvent un héros en quête, donc un parcours bien plus lié à un individu qu'à une société, la science-fiction se prête plus facilement aux questionnements profonds.  Pas que les scènes d'actions intenses ne s'y prêtent pas, mais honnêtement, combien de fois avez-vous entendu parler de destinée dans un roman de SF?  Combien de roman sont basé sur une quête, comparé à l'écrasante majorité des romans de fantasy ou de fantastique?  On peut bien sûr rigoler, faire une SF totalement loufoque, de nombreux space opera n'ont rien de sérieux!  Reste que l'avenir pose de nombreuses questions et que la SF est une façon d'y répondre, d'anticiper l'avenir.

Je suis une fille de sciences humaines, j'ai étudié l'histoire et souvent, je lis de la SF en pensant aux méthodes que l'on m'a apprise pour analyser les événements historiques.  Je suis surprise de voir les résonances.  L'humain reste l'humain, peut importe les croyances, les époques... et les technologies qu'il utilise.

@+ Mariane

vendredi 9 mai 2014

Starters de Lissa Price

Starters  Lissa Price  Pocket junior  448 pages


Résumé:
Dans un avenir pas si lointain, tous les adultes ont été tué par une guerre bactériologique.  Ne reste que les «vieux» qu'une médecine ultra-performante permet de garder en vie pendant des décennies et à l'autre extrémité, des enfants, des adolescents, les Starters.  Soit ceux qui ont été vacciné contre les spores, vaccins disponibles en quantités limitées.  Quelques années plus tard, la majorité des Starters vivent dans la rue.  Ceux qui n'avaient pas la chance d'avoir des grands-parents pour prendre soin d'eux.  C'est le cas de Callie.  Elle veille sur son petit frère Tyler, après la mort de leurs parents.  Face à la maladie de son frère, nécessitant des soins coûteux, Callie accepte l'offre de la Banque des corps, un organisme offrant aux Enders de «louer» le corps d'un adolescent afin de profiter de nouveau des joies de la jeunesse.  Elle se doute bien des risques, mais pas à quel point ceux-ci sont graves, bien plus grands que sa propre personne.

Mon avis:
Vous avez déjà lu les premières pages d'un livre en ayant la persistante impression que vous l'avez déjà lu?  Que tout correspond à un schéma que vous connaissez déjà?  Ben, ce livre, c'est ça.  J'ai été prise à quelques moments par l'histoire de Callie, mais la plupart du temps, je regardais les ficelles grosses comme des cordes de bateaux dépasser du livre.  Des bons, des méchants, un incident qui vient foutre un magnifique plan en l'air, une conspiration, des ados qui se battent pour sauver leurs vies des méchants adultes...  Hunger Games?  Divergence?  Un roman dans la même lignée en  tout cas.  Mais sans la finesse de l'intrigue (déjà qu'il n'y en avait pas tant que ça dans les précédents cités).  Un roman honnête, mais du déjà vu.  Des personnages qui changent de discours au moment opportun, un méchant tellement méchant qu'il n'a ni nom, ni visage, des faux-semblants qui se déploient, un bien évident triangle amoureux, tout ça se mêle avec une bonne couche de mélo pour former un tout.  Même les émois évidents de l'adolescence m'ont semblé plaqué, improvisé sur le fond de l'histoire.  L'idée n'est pas mauvaise: une population entièrement séparée entre les vieux, qui vieillissent, mais restent vivants et les jeunes, qui sont réduits à la pauvreté car ils n'ont accès ni à l'emploi (pour protéger ceux des aînés), ni à la protection des parents (ils sont tous morts).  Évidemment, tous ces jeunes n'ayant pas l'âge de voter, ils n'ont pas de poids sur les lois...  Une telle coupure entre les générations, en si peu d'années?  Parce que la guerre date quand même de moins de trois ans avant...  Des grands-parents ayant des enfants adolescents alors qu'eux-mêmes ont largement dépassé les quatre-vingts ans et même plus?  Ok, on retarde aussi les lois de la biologie?  Non, ça ne marche pas, dès le départ.  Il y a un énorme fossé qu'on ne peut comprendre, qui n'est pas logique au point de vue de l'intrigue.  Le reste, que des adolescents «louent» leurs corps à des vieillards parce qu'ils n'ont aucune autre source de revenus, les «instituts» plus morbides les uns que les autres pour interner les mineurs, la méfiance innée de tous les Enders envers les jeunes, et ce, même si les vieux sont désormais presque aussi en forme qu'eux!  Marche pas dans ma tête.  L'idée est bonne, mais le résultat ne tient pas la route.

Ma note: 2.75/5

jeudi 8 mai 2014

Les maudites lectures obligatoires...

Salut tout le monde!

Bon ok, première des choses, je prierais tout le monde de rester calme.  Je sais que c'est un sujet qui fait bondir pas mal de monde! ;)

Alors, alors, alors...  Les livres obligatoires à lire.  On parle ici de livres scolaires.  De ceux que nos profs de français, de gré ou de force, nous ont obligé à lire lorsque nous étions au plus fort de l'époque de contestation de nos vies.  Un âge où la plupart d'entre nous usions encore nos pantalons et nos jupes sur les bancs d'école, certains d'entre nous pour la dernière fois de leur vie.  Ce n'est pas tout le monde qui va aller continuer d'occuper ses journées à étudier au cégep ou à l'université.  Nombre de québécois vont par la suite prendre le chemin du marché du travail et n'auront plus la chance (mettre un petit ton ironique ici) de pouvoir découvrir de nouvelles oeuvres.  D'où l'idée de leur faire lire quelques livres, pour que tout le monde ait un minimum de connaissances littéraires.  Reste la question essentielle: que faire lire?

Ouf...

Premier point, le livre idéal à faire lire n'existe pas.  Un livre aura plein de qualités pour une personne et pour les mêmes raisons sera bourré de défauts pour une autre.  Personne n'a les mêmes intérêts non plus.

Deuxième point, les profs ne peuvent pas nécessairement faire lire ce qu'ils veulent: acheter des livres pour 130 élèves chaque année, ça coûte cher!  Alors, ceux-ci doivent parfois composer avec des livres qu'ils n'aiment pas, voir qu'ils détestent.  Autre détail important: les élèves, selon la loi, ne peuvent pas acheter des livres dans les écoles publiques du Québec.  Des cahiers d'exercices, oui, mais des livres, non.  C'est l'école qui doit fournir les livres, selon le principe de la gratuité scolaire.  Et comme souvent, les budgets sont serrés...

Ceci étant dit: que doit-on faire lire à nos jeunes?

À cette question complexe, il ne peut y avoir de réponse simple comme celle de la fabrication de la Caramilk.  Plusieurs personnes se sont essayés à faire la liste de romans idéals à faire lire à notre jeunesse.  Évidemment, cette liste ne satisfait personne.  Des classiques?  Oui, mais plusieurs plaident que cela éloignent les jeunes de la littérature parce que ces romans sont plates.  Disons plutôt qu'ils ne correspondent pas à l'univers qu'ils connaissent!  Est-ce que cela en fait de moins bonnes oeuvres?  Est-ce que cela réduit leur puissance littéraire?  Artistique?  Leur apport à notre nous, collectif, celui issu de ce Québec que l'on enseigne aussi à l'école?  Question: quand en-dehors de leurs études les jeunes auront-ils l'occasion de se pencher sur Le Survenant ou Bonheur d'occasion?  Ce sont des classiques après tout...  Si on ne fait pas découvrir notre littérature à l'école, où les jeunes le feront-ils?

Mais oui, c'est vrai, il faut aussi donner le goût de lire aux jeunes.  Mission donnée aux profs depuis l'aube des temps.  Donner envie de lire, d'aller plus loin.  Pas facile, pas évident quand on prend quelque chose qui au départ est obligatoire, envie ou pas.  Justement, c'est le rôle du prof de donner envie de découvrir l'oeuvre! diront les puristes.  Mais il manque souvent à cela un truc essentiel: du temps...  Il faut du temps pour bien préparer ses cours, pour transmettre sa passion pour un livre.  Ce n'est pas tout le monde qui possède l'art de résumer, ni celui de donner envie de lire un livre.  On ne peut pas être bon en tout!  Et puis, peu importe quel livre on fera lire, peu importe le show que donnera le prof pour transmettre sa passion, reste que lire le livre est une obligation et que juste d'être obligé de faire quelque chose est un sacré éteignoir...

Devrait-on y renoncer?  Non, je ne crois pas.  Faire lire des trucs qui intéressent forcément les jeunes?  À mon humble avis, non plus, parce que au départ, c'est une mission impossible de trouver des ouvrages qui intéressent tous les jeunes.  Par contre, une idée proposée par Patrick Senécal me plaît: laisser les jeunes choisir.  Par exemple, entre Le Survenant, Bonheur d'occasion et Un homme et son péché.  Qu'ils aient la possibilité de mettre de côté ce que ne les tente vraiment pas.  Je sais que les ressources scolaires ne sont peut-être pas suffisantes, mais je crois que c'est la meilleure solution.  Se faire imposer un livre, c'est la meilleure façon de le détester.  Personne n'aime se faire imposer quelque chose.  Des livres encore moins.  Pour faire aimer la littérature, il faut ouvrir des portes, mais les défoncer n'est pas toujours obligatoire pour obtenir les mêmes résultats.

@+ Mariane

mercredi 7 mai 2014

Le guide du mauvais père de Guy Delisle

Le guide du mauvais père  Guy Delisle  Collection Shampoing  Delcourt  191 pages


Résumé:
Mauvais père Guy Delisle?  Sans doute pas, mais il est tellement facile de se laisser glisser sur la mauvaise pente et de faire tout ce qu'on nous dit de ne pas faire en tant que parents!

Mon avis:
Le sens de l'autodérision de Guy Delisle a toujours le don de faire mouche et ce livre ne fait pas exception.  Il se met lui-même en scène avec ses deux enfants, multipliant les choses à ne pas faire: oublier de mettre une pièce sous l'oreiller quand son fils perd sa première dent.  Critiquer les premiers dessins de sa fille comme si c'était le travail d'un professionnel.    Tout ça fait rire et sourire.  Le dessin est minimaliste, seul l'essentiel est dessiné.  Il y a peu de décors, seulement le nécessaire pour comprendre l'histoire.  Comme d'habitude, Guy Delisle se représente avec un visage à angles droits alors que ses enfants ont des tête plus arrondies, mais toujours dessinées en quelques traits, la marque de commerce de l'auteur.  Une petite BD très détente comparé aux autres titres de l'auteurs comme Chroniques de Jérusalem.  Une autre facette de son talent qui doit être apprécié en elle-même.  Après tout, Guy Delisle a plus d'une corde à son arc de bédéiste!

Ma note: 4/5

mardi 6 mai 2014

Avec quelques papillons dans l'estomac...

Salut!

Si quelqu'un n'était pas au courant, c'était le Congrès Boréal en fin de semaine.  C'est fou le nombre de gens qui ne connaissent pas ce super événement annuel!  Je ne ferais pas ici un autre billet racontant en détail ce superbe Congrès, toujours aussi fascinant (et épuisant!), mais je me contenterais de quelques anecdotes.

Première des choses, je me suis pointée à cet événement avec des papillons dans l'estomac.  C'était la première fois que je participais à des tables-rondes!  Nervosité au menu donc, mais pas trac.  Le résultat?  Vous risquez fort de m'y revoir!  Par contre, j'ai beaucoup mieux aimé ma première expérience que la seconde.  Nous étions beaucoup trop nombreux à la table sur la bande-dessinée et ça a nuit au rythme et aux échanges.  Bref, ça n'a pas été une table assez dynamique à mon goût d'hyper-active!  Par contre, je suis sortie gonflée à bloc de celle sur les librairies!

Deuxième des choses, j'étais quand même en nomination pour un prix!  Et oui, cet humble blog était nominé dans la catégorie fanéditions, aux côtés de ceux de Jean-Louis Trudel, Michèle Laframboise et Geneviève Blouin.  C'est celle-ci qui a remporté le prix.  J'en suis très heureuse pour elle... et un peu déçue pour moi-même!  Pas trop d'inquiétudes, j'ai demandé l'aide de Petite Puce pour augmenter mes chances à partir de l'an prochain...  Elle m'a assurée de son soutien.  Héhé!

Autre détail: j'ai eu une conscience à mes côtés toute la fin de semaine et je dois avouer que c'est drôlement pratique.  Une conscience, ça vous dit: «Mariane, faut y aller, tu as ton pannel dans 15 minutes!», «Mariane, enlève ton manteau avant de commencer à jaser avec tout le monde.», «Mariane, t'avais pas dit que tu t'en allais aux toilettes, ça fait 15 minutes que tu jases plantée là.», «Le prochain atelier a lieu dans la salle Lauzon, pas Jonquière Mariane!».  Bref, j'ai traîné une grande amie toute la fin de semaine qui m'a entourée de ses soins.  Pour ceux à qui je n'ai pas eu le plaisir de la présenter, elle s'appelle Hélène Dufresne et est étudiante en littérature.  Au fait, vous risquez de la revoir, elle a adoré sa fin de semaine!

Et quelques photos qu'en bonne photographe hors-norme, j'ai prise totalement en-dehors des cadres standards du genre d'images que l'on prend lors d'un Boréal.

Premièrement, j'ai remarqué les tentatives de l'Hôtel Delta pour nourrir l'imagination des auteurs boréaliens:

Oui, les côtés des ascenseurs étaient bien fermés par des tables à tréteaux sciés pour boucher le trou.  

Et les coins de murs dans la salle de bain des dames tenaient avec du mactac.  (Je n'ai pas vérifié celle des hommes, ces messieurs me confirmeront si l'hôtel a privilégier notre sécurité à la leur.)

Le carton indiquant mon nom ne comportait pas de fautes!!!!  Un petit miracle!  Merci à l'équipe des organisateurs!

Héhé, oui, vous avez bien vu, ceci est une toile de Valérie Bédard comportant une étrange ressemblance avec l'homonyme de ce blogue...  Elle trônera dorénavant sur l'un de mes murs.  Quel n'a pas été la surprise de Prospéryne quand elle l'a vu!


Pour le reste, j'en suis encore à me remettre de cette merveilleuse fin de semaine, mais ne vous inquiétz pas, à moins d'un autre concert de corneille à 5h demain matin, je devrais me remettre sur pattes très vite! ;)  Et un énorme merci à l'équipe des organisateurs de cette année. :)

@+ Mariane

jeudi 1 mai 2014

Eva et Ruda de Eva et Rudolph Roden

Eva et Ruda  Eva et Rudolph Roden  Les éditions du Passage  279 pages


Résumé:
L'histoire, à deux voix, d'Eva et Ruda Roden, survivants d'Auschwitz.

Mon avis:
Les récits racontant l'Holocauste se ressemble tous un peu.  Du journal d'Anne Frank à Primo Levi, ils montrent comment le parti nazi a réussi le miracle de désensibiliser la population face à une minorité, fut-elle aussi bien intégrée que la majeure partie des Juifs d'Europe de l'Ouest l'était à l'époque.  On suit Eva et Ruda, de la fin de leur adolescence à l'irruption de la guerre dans leur vie.  Tchèques, ils étaient nationalistes, croyaient en la démocratie, à la force de leur pays face à l'Allemagne.  Malheureusement, ils étaient aussi juifs.  Quand l'Allemagne a envahi leur pays, tout a changé.  Pas d'un coup, par petites touches.  Une nouvelle loi cette semaine, une nouvelle restriction deux semaines après...  On les voit passer en quelques mois de l'état d'humain à celui de non-humain.  Ce glissement se fait par petites doses, si bien que pour le commun des mortels, cela tombe dans la normalité et que le voisin devient d'abord un étranger, puis un ennemi.  Cependant, c'est surtout dans le récit de leur vie à Therezin, puis à Auschwitz que le livre devient intéressant.  Parce que dans les deux cas, ils montrent quelque chose que l'on ne pouvait pas imaginer: que malgré l'horreur, malgré la mort omniprésente, la vie existait et qu'elle pouvait même devenir quotidienne.  Que l'être humain s'habitue à tout, même à la vie dans de telles extrémités.  C'est à la fois la force et le côté dérangeant de ce récit.  On y parle de survivant.  De ceux qui n'ont pas été menés directement à la chambre à gaz, qui ont vécu dans les camps de travail.  De gens qui sont passé par cet enfer et qui en sont ressortis vivants.  C'est presque dérangeant quand on pense aux six millions de victimes des camps.  D'ailleurs, ils ne le cachent pas, ils se sont «organisés», mot gentil pour décrire le vol et l'achat de faveurs.  Jamais envers d'autres détenus, telle était la règle implicite de la survie dans les camps.  Le miracle est sans doute qu'ils aient tous les deux survécus, même séparés.  Et surtout qu'ils se soient retrouvés, après la guerre.  Eva a survécu à Bergen-Belsen, le même camp où est morte Anne Frank.  Elle a attrapé le typhus à l'arrivée des troupes britanniques.  Une chance, car elle a été soignée.  Tous les deux ont ensuite immigré à Montréal et ont refait leurs vies, loin de l'enfer des camps.  Dire que j'aurais pu les croiser dans la rue, sans rien savoir de leur histoire...

Ma note: 4.25/5