vendredi 24 octobre 2014

Le niveau de base et la suite des choses

Salut!

Une fois, dans une librairie, j'ai croisé un client très... enthousiaste.  Il m'a dit qu'il adorait les littératures de genre et m'a parlé avec enthousiasme du dernier livre qu'il avait lu et d'un des ressorts de l'intrigue.  Euh...  Je dois avouer que j'ai ri un peu jaune.  Ce ressort était tellement de l'ordre du cliché que je l'aurais vu venir à 200 km/h!  Mais bon, j'ai rien dit, autant que ce lecteur continue à tripper sur ses lectures et se tenir loin de mes jugements sûrement trop préconçus...

Bon, il faut le dire, j'ai roulé ma bosse en lecture.  J'ai dépassé depuis longtemps le niveau de base.  Au point d'aborder des textes plus complexes, qui proposent un défi, avec le sourire aux lèvres, que ce soit des classiques, des contemporains et même de la philosophie.  Mais je suis passée par la base avant de me rendre jusque-là.

C'est comme un escalier: on doit monter la première marche avant tout.  En jiu-jitsu, on nous répète souvent de ne pas juger quelqu'un qui fait un effort parce que l'on ne sait jamais quels sont les épreuves qu'il a traversé pour se rendre à ce point, aussi basique soit-il.  En lecture, une personne pourra être incroyablement fière de finir un simple roman, parce que c'est une épreuve pour elle.  Pour moi, c'est tellement facile que je ne les compte plus!  Il y a là une énorme différence.  Il lui a fallu beaucoup plus d'efforts pour monter cette marche qu'à moi.  Respect mon ami.

De la lecture, il en faut pour tous les niveaux, tous les intérêts.  Ce qui peut être d'un ennui mortel pour quelqu'un peut être passionnant pour une autre.  À cause de ce qui la branche, mais aussi de ce qu'elle souhaite lire.  Des biographies, des livres de science, des essais, de la philosophie, des romans, peu importe!  Et encore, dans chaque style, il peut y avoir de grandes divergences dans les niveaux de lecture.  Pour les enfants, c'est encore facile, on peut évaluer au nombre de mots, au niveau de vocabulaire.  Pour les adultes, ça devient plus difficile: comment évaluer la complexité d'une intrigue?  Même si celle-ci s'étale sur 450 pages, elle peut rester simple et le vocabulaire peut être extrêmement variable d'un niveau à l'autre.  On ne peut plus évaluer les choses de la même façon.

La littérature est comme un arc-en-ciel, toutes les couleurs sont nécessaires pour faire sa beauté.  Même aux extrêmes.  Oui, il en faut de la littérature de base, mais il faut tout autant des littératures plus pointues, parce que de rester au strict niveau de base fait en sorte que bien des lecteurs vont décrocher, faute de trouver un défi à leur mesure en lecture.  Ils iront voir ailleurs s'ils y sont!  Toutes les parties du spectre sont aussi essentielles les unes que les autres.  Il faut que l'on puisse aller plus loin.  La lecture n'est pas que du divertissement.  Ça peut l'être, mais ce n'est pas que ça.  Si on la limite à ça, on perd une bonne partie de ce qu'elle peut apporter.  Parce qu'à la base, l'écrit, c'est avant tout une façon de transmettre de l'information.

Apprendre à lire, aimer lire, ce sont les premières étapes.  Être surpris, ébahie par les niveaux de base est normal.  Mais il y aura toujours une marche de plus à monter, parce que les niveaux de lecture sont infinis.  Plus on explore un domaine, plus on comprend à quel point il y a des choses à y découvrir.

@+ Mariane

7 commentaires:

  1. Quelle belle réflexion. Je suis bien d'accord avec toi. Ça me décourage tellement de voir, dans les salons du livre, des lecteurs dans la trentaine qui avouent ne lire que du jeunesse, ne pas sortir de cette "zone-de-confort" par peur que ce soit "compliqué"....

    Je vois au passage que tu lis L'Euguélionne. ÇA. c'est un beau défi de lecture! J'avais adoré ce roman, même si la lecture en est pas évidente et que c'est une relativement bonne brique!

    De la même auteure, je te suggère Permafrost, un roman beaucoup plus court et plus facile d'approche, mais tellement beau! J'ai lu ça cet automne en un samedi après-midi, d'un bout à l'autre sans être capable de le fermer.

    À couper le souffle.

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    1. J'aime bien la description du livre mais... qu'elle est l'auteur(e)?

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  2. J'ai toujours du mal avec la vision "il faut de tout". Parce que c'est souvent l'excuse de certains auteurs (et éditeurs) pour publier des clichés mal écrits. Oui, il faut des histoires de base, mais normalement, c'est celles qu'on devrait servir aux enfants. Les adultes devraient être rendus à un autre niveau.

    Mais entre la télé et le cinéma et les mauvais bouquins, on dirait que les adultes évoluent trop rarement vers cet autre niveau.

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    1. Ou on leur donne juste le minimum sans leur faire rêver de mieux? C'est facile le premier niveau, pour des lecteurs aguerris, ça demande peu d'efforts. Demande-t-on le minimum aux foules ou est-ce qu'on s'habitue au premier degré? Le confort du connu peut être un refuge ou un piège.

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    2. Oh c'est sûr que l'industrie leur offre le minimum volontairement. Comme ça, les plus avancés se forcent pas trop (et ne courent pas le risque de devenir encore plus avancés, tsé des histoires pour qu'ils se mettent à réfléchir sur la société ou la politique...) et les moins avancés peuvent suivre.

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    3. Il y a aussi toute la question: le savent-ils qu'autre chose existe? Dans mon expérience, souvent, d'ouvrir une porte est la clé pour que les lecteurs exigent mieux, ce qui demande souvent de sortir des circuits mainstream. Développer la curiosité est une expérience à long terme.

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  3. Vraiment intéressant, ta chronique ! J'ai envie d'ajouter que le "niveau de base", on peut l'avoir à différent stade selon le genre de lecture. Par exemple, en fantasy, j'estime avoir un niveau de lecture plutôt élevé. Par contre, si on me parle de roman policier, alors là...

    Bon, ça demeure tout de même de la littérature et je suis conscient qu'il y a des vases communicants entre tous le genre. Mais reste qu'on n'a pas le même niveau pour tout.

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