mardi 14 octobre 2014

Le piège de la gratuité

Salut!

Avec la culture du numérique arrive souvent un petit ami que peu de gens qui vivent de la culture apprécient: la culture de la gratuité.  Cela est arrivé dans la musique, c'est arrivé au cinéma, à la télévision et maintenant, c'est le livre qui avec la dématérialisation commence à être touchée par le phénomène.  C'est tellement facile d'échanger des fichiers sur le web que l'on en oublie souvent que derrière les films, les livres, les pièces de musique que l'on aime se trouve des êtres humains qui ont travaillé très fort pour produire ce qui nous enchante.  On apprécie leurs oeuvres, on le leur dit, mais leur permettre de vivre de ce à quoi il se consacrent?  C'est bien souvent trop cher...

Je me suis rendue compte de la marche en quittant mon métier de libraire.  J'y avais accès à des services de presse, merveilleux, des livres gratuits!  De quoi me gaver de lectures pendant longtemps!  J'ai fait le saut en revenant dans le vrai monde et en devant payer mes livres de nouveau.  Je me fais d'ailleurs un point d'honneur de le faire.  C'est que ça coûte des sous des livres!  Et on ne peut pas tout acheter malheureusement.  Un grand format moyen coûte une trentaine de dollars, moins pour beaucoup de livres en format poche, autour de 20-25$ pour une BD.  Ce qui oblige à faire des choix.  Or, quand tout nous intéresse, les choix peuvent devenir difficile.

Comparé à ça, le Far Web est un véritable festin.  On y trouve de tout, tout de suite et sans que l'on ait à sortir un sous noir (eu ok, un cinq cent) de nos poches.  C'est facile, c'est rapide, c'est gratuit.  C'est mensonger.  Parce que ça laisse croire que tout se fait en claquant des doigts.  Une cliente m'avait racontée (à l'époque ou j'étais encore en librairie) qu'un ami lui avait téléchargée 600 livres d'un seul coup.  600 livres...  Réfléchissons un instant, est-il réaliste qu'une personne viennent à bout de lire autant de livres dans un délai raisonnable?  Les chances que la technologie change avant qu'elle en vienne à bout était encore plus importante.  Elle a privé plus d'une centaine d'auteurs de droits d'auteurs bien mérités en échange de la possibilité de peut-être, un jour, lire leurs livres.  Elle a échangé du vent contre de l'illusion.

La gratuité laisse l'impression que cela ne coûte rien, on peut en faire ce que l'on veut, ce qui est faut.  Le piratage est un fléau en ce domaine.  On laisse les gens penser que tout est gratuit, qu'il n'y a pas de prix à payer.  Le temps malheureusement, il n'est pas compressible dans un fichier MP3.  On doit toujours le prendre, à la fois pour savourer une oeuvre et pour la créer.  Aimerions-nous autant les livres s'ils n'avait pas la saveur personnelle que le travail de chaque auteur leur insuffle?  Irions-nous regarder un spectacle de danse si les gens qui bougent devant nous n'étaient pas exceptionnels, n'était capable de nous transporter par leurs exploits?  Irions-nous au cinéma si on ne pensait pas y passer un bon moment?  Tout cela demande du temps pour développer le talent nécessaire.  On peut aimer ou non le résultat, il peut y avoir des échecs, mais rarement une absence d'efforts.

La culture du tout-gratuit, ça nuit autant à la qualité des oeuvres qu'à leur éventail.  Combien de personnes, voyant que malgré les heures, les remises en questions, la ténacité, la persévérance voit leur travail récompensé par un: «Cool, je vais aller le télécharger!» n'ont-ils pas la tentation, voir carrément la volonté de tout abandonner?  À long terme, on verra s'effondrer de nombreux pans de notre culture et de notre économie par la même occasion.  Remplacer par d'autres diront les plus optimistes.  C'est vrai et faux à la fois.  On peut changer les plateformes, mais pas le besoin qu'ont les artistes de toucher un juste salaire.  Parce rien n'est véritablement gratuit.

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Techniquement, si TOUT était gratuit, les artistes s'en foutraient de ne pas être payés. Malheureusement, c'est pas le cas.

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    1. J'ai imaginé un instant le nombre d'oeuvres qui existeraient dans ce cas et... OUF!!!

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  2. Pour les bourses serrées, il y a toujours les bibliothèques.

    Mais j'avoue être fautive sur quelques cas. J'essaie de me limiter aux oeuvres de domaine public, ou aux livres que j'ai déjà papier.
    Pour la musique, je suis une atroce pirateuse, mais j'en écoute très peu. Là, je m'y remets, et pour ce que j'ai piraté qui m'intéresse, je me dis qu'il faudrait bien que je les achète...

    Oui, c'est dur de choisir, mais ne pas le faire au moment de l'achat, c'est repousser l'instant crucial. Un peu d'évitement. Qui ne dure pas, car il faut tout de même choisir ce qu'on va lire-écouter-regarder à notre prochain moment de libre.

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