mercredi 5 septembre 2012

Histoires de libraires

Salut!

Je me suis fait plaisir ce matin, j'ai été voir la définition de libraire sur Wikipédia:

«Un(e) libraire est un commerçant qui vend des livres. Il travaille le plus souvent dans une librairie. Il conseille et renseigne le client pour qu’il trouve le livre qu’il cherche mais peut aussi lui faire découvrir de nouveaux auteurs

Ouais.  Ça correspond pas mal à mon travail.   Mais c'est à la fois ça et beaucoup plus que ça.  La subtilité de bien des aspects du métier n'est pas visible aux yeux des profanes et même de ceux qui n'ont pas passé quelques années à l'exercer.  On doit gérer un stock, faire des présentations attrayantes, connaître les nouveautés récentes et les classiques sur le bout des doigts et bien plus.  Savoir faire des boîtes (je vous jure, en France, c'est une compétence exigée pour être libraire!!!), maîtriser un système de classement qui peut varier énormément d'une succursale à l'autre, savoir trouver le livre dont-le-client-ne-connaît-ni-le-titre-ni-l'auteur.  C'est tout ça être libraire.  Mais c'est aussi plus que ça.

Je ne suis pas la seule libraire du Québec (loin de là!), mais il y a eu quelques libraires célèbres dans notre Belle Province.  Assez pour avoir leur petite place dans les livres d'histoire.  Tenez, le libraire Fabre.  Vous connaissez?  Non?  Pas surprenant.  Mais il fait quand même parti de ces gens qui faisant partie de la petite Histoire marquent la grande.  Ardent patriote, il a soutenu les rebellions de 1837-38 et a même été maire de Montréal.  Mais sa principale profession, Édouard-Raymond Fabre l'a conduite pendant 31 ans: il était avant tout libraire.  Formé à Paris, il revient à Montréal pour racheter un fond de librairie existant et n'aura de cesse de développer son commerce.  Ce qui ne l'empêchera pas de participer à toutes les luttes politiques de son époque!  Tout un homme que ce libraire.  Malgré tout, il est loin d'être le libraire le plus connu du Québec.  Ce titre revient plutôt à Henri Tranquille.

Ce nom ne vous dit rien?  Ok, pensez, pour ceux qui ont ne serait-ce que des débuts de connaissance en histoire au Manifeste du Refus Global.  Ça a été lancé à sa librairie, en 1948.  Celle qu'il a fondé en 1937 et conduite contre vents et marées.  Celle qui a accueilli d'innombrables rencontres d'auteurs, lectures de poésie et tout autant de débats portés par un homme qui aimait la littérature plus que tout.  Un homme qui n'était pas très «tranquille» quand ce sujet arrivait sur le tapis.  Une de mes clientes m'a dit une fois qu'elle avait autant de plaisir à discuter avec moi qu'avec Henri Tranquille dans le temps.  Ouf, tout un compliment!  Je ne me sens pas vraiment prête à chausser de telles chaussures par contre.  Vraiment pas!  Il fallait toute une personnalité pour lutter contre les puissants courants de la société québécoise des années 30, 40 et 50.  Je suis beaucoup plus tranquille que ça, même si de tout mon coeur, je défends la même cause: la littérature.

Alors ces libraires qui m'ont précédé?  Ces collègues à quelques décennies de distance?  Ce sont des sources d'admiration, pas des modèles.  Parce que nous ne vivons pas au même siècle et que je me considère comme une vraie libraire du XXIe siècle, avec tout ce que ça a de positif et de négatif.  Je regarde le passé et je n'ose m'imaginer ce que ce devait être, en plein coeur du XIXe siècle que de gérer un catalogue de livres sans le moindre ordinateur.  Ou encore, de connaître tout le foisonnement littéraire des flamboyantes années 60 et 70 en côtoyant ses artisans de près.  Je mène ma petite barque de libraire de manière fort différente.  Je suis une libraire d'aujourd'hui et fière de l'être.   Et je mets en pratique la compétence de faire des boîtes de livres régulièrement...

@+ Mariane

7 commentaires:

  1. Très juste analyse du métier de libraire... je ferai lire à une amie qui exerce également ce beau métier.

    Et un autre libraire québécois de jadis fort important: Octave Crémazie.

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  2. De très belles sources d'inspiration mais...
    Combien d'entre eux se sont vus décerné le titre de Libraire de l'Année à vie? Hein? Combien? ;)
    Moi, je n'en connais qu'une!

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  3. Je me rappelle avoir lu les mémoires d'Henri Tranquille... qui étaient totalement inintéressants ! Pourtant, ses _Entretiens sur la passion de lire_, où il est interviewé par Yves Beauchemin, étaient fascinants et révélaient un homme travailleur et travaillé par la littérature. Beauchemin savait quelles questions lui poser pour faire ressortir sa verbe proverbiale.

    Par ailleurs, je me souviens d'avoir fréquenté la Librairie Tranquille dans les années 1970. Il était souvent au comptoir. C'était un homme éminemment sympathique. (J'ai même appris à jouer aux échecs en lisant ses livres sur le sujet.)

    Mario Tessier

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  4. @Sébastien, je ne connais pas Octave Crémazie, je vais me renseigner.

    @Pat, Ah, ça oui, je suis la seule libraire à vie de tout le Québec grâce à toi! :D

    @Mario, comme quoi une personne peut être plus intéressante que son histoire. Et je t'envie un peu d'avoir fréquenté sa librairie, moi j'ai su qu'il existait le jour de sa mort :( Au fait, bienvenue ici!

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  5. @ Prospéryne (et à tout le monde, dans le fond):
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    Octave Crémazie (1827-1879).

    Libraire et poète, il participe activement à faire connaître les lettres par sa fonction de libraire et c'est grâce à lui que le Québec s'ouvre sur la littérature.
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    Crémazie est aux libraires québécois ce que Hippocrate est aux médecins ;-)

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  6. Oups... et à Mario Tessier:

    Pour ma part, je me souviens d'avoir lu "Voir clair aux échecs" de H. Tranquille quand j'avais 7 ou 8 ans.

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  7. @ Prospéryne : Je me rappelle également de l'avoir vu à la Librairie Caron sur Ste-Catherine, qui était probablement la plus belle librairie de Montréal à l'époque, en terme de richesse de sa collection. On y trouvait de tout et j'ai encore de magnifiques volumes que j'y ai trouvé à bas prix.

    @ Sébastien : _Voir clair aux échecs_ fut mon premier volume d'échecs mais je l'ai lu étant plus vieux... C'était un livre bien fait avec de gros caractères, ce qui changeait les livres plus classiques à la typographie minuscule !

    Mario Tessier

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