lundi 9 avril 2012

Ouais, j'aurais pas parlé de ce livre-là comme ça moi...

Salut!

Je me rappelle très clairement la scène.  En bonne groupie d'écrivain, je fais mon petit tour dans un salon du livre et croise une auteure de ma connaissance en dédicace.  Je m'arrête pour piquer un brin de jasette, question de profiter de l'occasion.  Se pointe un client.  J'entends l'auteure commencer à raconter son boniment de vente et dans ma tête de libraire, c'est comme un flash, ah non, pas comme ça!  Incapable de résister (et malgré le fait que j'étais en congé!), je ne peux m'empêcher de plonger dans la mêlée.  Et mon boniment mêlée à celui de l'auteure un peu surprise fait en sorte que le client passe à la caisse et revient faire dédicacer son livre, partie durant lequel je me suis bien évidemment tenue coite comme une carpe!

Sur le chemin du retour, j'ai eu largement le temps de repenser à la scène et surtout, de constater une chose très importante: un auteur et un libraire n'ont absolument pas la même façon de parler d'un livre.  Aucun rapport.  Un auteur va mettre l'accent sur l'histoire, les personnages, le contexte de l'intrigue, ce genre de choses.  Il ne peut pas dire que le livre est bon, c'est lui qui l'a écrit!  Pour vendre son livre, il doit utiliser des arguments très différents de ceux que moi je peux utiliser.  Moi, je suis avant tout une lectrice.  Une lectrice spécialisée dans les livres, mais une lectrice avant tout.  Alors si je dis à un acheteur potentiel que le livre est bon, il va me croire.  Si l'auteur lui disait la même chose, euh, ben il le prendrait pour un type qui se regarde beaucoup le nombril!  J'ai cette liberté.  Je peux dire qu'un livre est bon.  Et je ne me suis jamais gênée pour dire qu'un livre était pourri, alors les clients me font confiance. 

Autre différente: les adjectifs qualificatifs.  Je passe ma vie à les utiliser en prenant soin de les tourner à bon escient.  Je peux dire qu'un livre est stupéfiant, qu'une scène de combat est enlevante, qu'une écriture est superbe.  Un auteur ne peut pas faire ça.  Il doit se rabattre sur l'histoire, sur les personnages.  Personnellement, je ne sais pas si je serais capable de travailler avec ça.  Je suis habituée de travailler avec le texte que je n'ai pas produit et de pouvoir en parler librement.  Si c'était le mien...  Ben, je sais pas.  J'aurais sûrement du mal.  La marge de manoeuvre est beaucoup plus mince.  On ne dit pas pour rien que les auteurs ne sont pas les mieux placé pour parler de leur oeuvre.  C'est très vrai.  Ils sont limités par le fait que c'est leur oeuvre.  Ils ne peuvent pas la vanter aussi facilement que moi, je peux le faire.

Dans un tout autre Salon du livre, j'arrive à la table d'un auteur et quand je lui dit que je suis libraire, il me lance: «Tiens, ma nouvelle meilleure amie!».  Tant mieux si c'est le cas, du moins professionnellement.  Parce que mon boulot, c'est de vendre des livres, pas de les écrire.

@+ Prospéryne

8 commentaires:

  1. C'est évident que ce n'est pas le même travail. Tu es plus libre pour parler d'un livre c'est vrai. Je pense que vous n'accentuez pas sur les mêmes points l'auteure et toi. Finalement tu as peut-être la position la plus enviable ^^

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  2. @Perséphone, la position la plus enviable certes... et j'en profite! :P

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  3. J'ai bien ri en te lisant. Ce que tu dis est tellement vrai.
    Au fond, en ayant besoin d'un de l'autre, l'auteur et le libraire forment une belle équipe. ;)

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  4. En effet, vous avez la job facile! lolol! ;) Si nous on dit que notre livre et bon, on est pas objectif. Et si on parle de notre style d'écriture, c'est encore pire. Quand c'est vous, ça doit être vrai! Hihihihihi

    Cela dit, je me demande toujours à quel point le lecteur se fie à l'opinion du libraire qui était en grande conversation avec l'auteure 5 secondes auparavant! lololol! ;p

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  5. @Sylvie, j'espère que tu t'es bien dilatée la rate à ma santé! Ça va aider à faire passer le chocolat d'hier...

    @Gen, hé, mais penses-y, une lectrice tellement convaincue qu'elle est prête à faire le pied de grue à côté d'une auteure dans un Salon du livre pour avoir la chance de lui parler 5 secondes entre deux clients, ça doit être parce qu'elle est convaincue que le livre écrit par l'auteure, c'est du tonnerre non? ;) Mais en effet, vu de l'extérieur, ça doit faire diminuer mon objectivité! Hihihi!

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  6. Lolol, c'est drôle, c'est une réplique que je sors souvent aux lecteurs curieux qui viennent zyeuter Averia dans les Salons du Livre.

    Si l'ambiance est bonne, si je sens que le lecteur saisira l'humour, je leur sors cet argument «En tout cas, moi, j'trouve ça ben bon.» Jusqu'à maintenant, j'obtiens des rires à chaque fois :)

    Mais, sinon, j'avoue. Vous disposez d'outils plus variés que les nôtres. Surtout que les auteurs, paranos comme ils sont, ont très peur de vendre leurs «punchs»...

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  7. @Pat, quoi? Mais je vends jamais les punchs moi! En tout cas, pas aux clients... (mon ancienne belle-soeur m'a déjà dit que ça ne lui servait à rien de lire les livres, je racontais toute l'histoire jusqu'à la fin!)

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