lundi 9 juin 2014

Vous ne savez pas vraiment c'est quoi...

Salut!

L'autre jour, je rencontre une nouvelle acheteuse dans une librairie.  Elle est entrée en poste quelques semaines auparavant.  Avant, elle travaillait en papeterie et là, elle a été transférée au département du livre.  Petit changement s'était-elle dit, comme bien d'autres personnes que je connais.  Grossière erreur!  Quand je l'ai vue, elle avait la langue qui traînait à terre.  Méchante job!  D'un coup, elle comprenait que le job de libraire, c'est loin d'être une sinécure.  Et que non, ça ne se résume pas si facilement que ça.

Il me semble que l'image que l'on se fait des libraires est un peu bucolique.  Un petit monsieur qui range tranquillement ses livres, fou de grands auteurs, citant Shakespeare et Molière à ses clients qui viennent bouquiner...  L'image, comme souvent, est très très loin de la réalité.  Il ne montre pas les boîtes de livres, les journées à déplacer et à replacer les piles de livres pour les mettre en valeur, les clients qui sont pressés, qui chialent, le ballet des reps (oui, de moi et des autres!), les éditeurs qui changent de distributeur, les distributeurs qui doivent importer des livres et ça prend du temps, les clients impatients, les clients collectivités, les offices, les dépôts, les mises en place, les retours, les thématiques saisonnières, le chien d'un client qui a pisser en plein milieu du jeunesse...  Oups!  Non, vraiment, ça n'a rien à voir...

Le fait de dire que l'on vend des livres ne couvre qu'une si mince part du métier de libraire.  Comme l'arbre qui cache la forêt.  Vendre des livres, c'est la base, mais c'est aussi l'arbre qui cache la forêt.  Parce qu'on fond, vendre des livres, c'est une toute petite partie du métier.  Le passage à la caisse, c'est rien comparé à tout le travail fait en amont et en aval de ce moment magique.  Une librairie, c'est énormément de manipulation de livres.  Et il faut penser à ce que l'on y fait rentrer avant toute chose.  Je travaille énormément avec les acheteurs de librairie et je vois tous les questionnements qu'ils se posent.  C'est bien de prendre des livres, mais encore faut-il savoir quoi prendre et en quelle quantité.  Connaître sa clientèle est un point, mais il y a aussi une espèce d'art pour anticiper ce qui aura du succès.  On peut tabler sur les ventes précédentes de certains auteurs, mais dans le cas d'un nouvel auteur?  Ou d'un essai?  Souvent, on tranche en espérant le mieux.  Faire les achats d'une librairie est un art, autant qu'un travail.  Le risque de se planter est toujours présent.  Les commandes et les retours sont là pour aider, mais il faut avant tout que le livre soit sur les tablettes au moment où les clients le veulent, sans ça, il y a des risques que les ventes se perdent.

Faire la présentation des livres en magasin n'est pas non plus donné à tout le monde.  Plusieurs se plaignent des piles de livres, mais honnêtement, ces piles sont là pour permettre de mettre en valeur le plus de titres possibles.  Et faire de belles présentations est un art.  Il faut rendre les livres attrayants, mettre en valeur leurs couvertures, donner le goût aux gens de tendre la main vers le livre pour partir avec lui, mais en même temps ne pas rendre le tout trop parfait, parce qu'alors, bien des gens ont peur de déranger les piles.  Je sais, c'est bizarre, mais c'est vrai.  Ça demande un mélange de beaucoup de mise en présentation et d'un certain relâchement.  Pas nécessairement la partie que l'on penserait en parlant du métier de libraire non?  À vraie dire, je dois beaucoup à une collègue qui a fait son cours en décoration dans ce domaine.  Le passage des connaissances est essentiel entre collègue et on ne sait jamais où l'on va utiliser ce qu'on apprend un jour.

Et les collectivités?  Ce sont des clients précieux.  On en parle peu dans le grand public, mais ils sont une part importante de la clientèle de nombreuses librairies.  Ces clients desservent eux-mêmes une collectivité, donc, leurs besoins sont plus précis.  Il faut les connaître, mais aussi les anticiper.  Peu de gens sont conscients de l'importance de cette clientèle, en terme de chiffre de vente certes, mais surtout en terme de travail que cela demande, de connaissances et de temps.  Avec l'avènement du numérique, les demandes deviennent de plus en plus variées.  Il ne suffit plus de connaître les livres, il faut désormais en savoir un bout sur la technologie en plus.

Et tout ça, c'est sans compter sur le conseil, pierre angulaire de toute librairie et tout ce qui va avec...

Le métier de libraire est un métier complexe, vivant, en constante évolution.  Rien à voir avec les images d'Épinal.  Oui, la vente de livres forme la base du métier, mais autour s'est développé toute une expertise qui forme la profession de libraire.  Sans cette expertise, le milieu littéraire du Québec ne serait pas aussi bouillonnant et aussi vivant.  Les libraires s'occupent de multiples tâches, qu'ils aient ou non choisit de s'en occuper et qui sont collatérale à la vente des livres.  Si les librairies disparaissaient, qui s'en occuperaient?  Poser la question, c'est y répondre: peu de gens sont aussi bien organisés que les librairies pour répondre à toute une gamme de besoins dans le milieu du livre.  Sauf que malheureusement, beaucoup de gens méconnaissent la réalité du milieu de la vente de livres et se forgent une vision terriblement simplifiée du métier qui ne tient pas compte de la réalité.

@+ Mariane

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