lundi 2 juin 2014

Le vin et la littérature

Salut!

Un ancien petit ami (hé oui, j'en aie eu quelques-uns! :P ) avait un jour été victime d'une drôle d'expérience.  Une de nos connaissances communes, qui se vantait d'être connaisseur en bon vin, lui avait servi deux verres.  Il avait précisé le contenu des deux: l'un contenait un bon cru et l'autre... de la piquette.  Absolument pas connaisseur en vin, mon ex avait alors goûté les deux et avait identifié son préféré comme étant le vin de dépanneur!  Notre connaissance l'avait alors traité de tous les noms possibles, le premier étant celui de gars qui ne connaissait rien à la vie.  Le problème n'était pas là: mon ex ne connaissait tout simplement rien au vin, alors il était allé vers quelque chose de simple, qu'il pouvait comprendre.  Un vin sucré, pas trop complexe, fruité, semblable à du jus ou à du coke, bref, semblable à quelque chose qu'il connaissait.  Notre connaissance avait développé son goût pendant des années, pour lui le petit vin de dépanneur ne goûtait rien du tout, contrairement au grand cru dont il avait appris à apprécier les subtilités et la saveur plus riche.

Le même parallèle peut s'appliquer à la littérature.  Quand on commence à lire, on va vers des choses qui nous accroche, que nous connaissons.  L'acte de lire n'est pas naturel.  C'est une habileté acquise, construite.  Le goût de la lecture suit.  Au début, déchiffrer les petites bêtes noires qui ornent la page demande un effort.  Il faut persévérer.  Ensuite, le sens se révèle à nos yeux et l'on découvre alors tout un univers.  Nos premières lectures sont souvent très près de notre univers: des petites histoires qui peuvent arriver à n'importe quel enfant, qui tournent autour du quotidien.  Ensuite, les histoires se complexifient, deviennent parfois un peu plus loin de la réalité des enfants, viennent les premiers romans...  Je me demande parfois si je serais devenue une lectrice aussi avide si je n'avais pas eu, au secondaire, des profs aussi motivés pour m'ouvrir les voies de la lecture, du roman, m'apprendre à les regarder au-delà des mots pour comprendre leur sens profond.

La grimace que fait n'importe quelle personne qui goûte son premier verre de vin est caractéristique.  On se demande pourquoi les gens aiment un tel liquide!  C'est pas bon au premier abord!  Ensuite, on y regoûte et lentement on s'habitue.  On finit même par apprécier!  À force d'y goûter, on développe notre goût, un désir de découvrir des trucs plus complexes, plus raffinés.  En littérature, on suit à peu près le même chemin: on commence par des livres simples, peu élaborés, mais qui nous touche parce qu'il ramène à du connu.  Du trop littéraire, trop tôt, peu dégoûter.  Comme je le disais en parlant des goûts littéraire de Matante Germaine, c'est là que la littérature populaire entre en jeu.  Si on vous servait pour votre premier verre de vin un grand cru introuvable, vous ne pourriez pas l'apprécier.  Il faut découvrir des vins, affiner votre goût avant d'arriver à comprendre et à apprécier la beauté de livres plus complexes.  Certains resteront hors de votre portée.  C'est normal.  Ce ne sont pas de mauvaises oeuvres pour autant, elles sont juste trop pointues pour que vous soyez capable de les apprécier.  Le goût en littérature, ça se développe, c'est comme le goût pour le vin.

Certaines personnes sont capables d'aller explorer de nouvelles avenues sans aide.  Ce sont des exceptions.  La règle est plutôt que quelqu'un nous ouvre les portes.  Souvent, c'est un travail de déblayage fait pas les profs de français.  Ils sont tellement précieux.  Des profs exceptionnels, j'en aie eu.  Je leur dois beaucoup.  Tant au primaire qu'au secondaire.  Ils (enfin, surtout elles) m'ont aidé à développer mes goûts littéraires.  Elles m'ont ouvert la porte d'un autre monde.  La littérature, ce n'est pas que du texte, pas que des histoires, c'est la façon dont on les raconte, dont on les comprend.  Il faut un minimum de connaissance pour bien les apprécier.  Ces connaissances, il faut du temps pour les apprendre.  Le goût est la première et le plus importante des choses à développer.  Ne penser pas que parce que votre enfant ne lit que de la BD qu'il sera un piètre lecteur plus tard.  Laissez-le aller vers les livres qu'il aime.  Et dites-vous que de toutes façons, il est trop jeune pour boire de l'alcool à cet âge. ;)

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Je ferais un autre parallèle avec le vin par contre... Les parents de mon chum ont essayé de lui apprendre à apprécier le vin avec du "Baby Doc". (Si tu as jamais goûté, ça goûte le jus de raisin tourné et trop sucré) Ils se disaient que ce serait facile d'approche. Mon chum en a conclu qu'il n'aimait pas le vin.

    Puis je lui ai fait goûter le vin avec lequel on m'avait appris à apprécier le vin : un Chianti un peu cheap, bien léger et fruité, mais qui ne tombait pas sur le cœur.

    Bref, les goûts se développent et les trucs populaires ont leur place, oui, mais si on néglige la qualité des trucs populaires en se disant que "c'est juste pour les habituer au goût", ben on risque d'écoeurer les gens au lieu de les appâter. ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Gen, Idem pour les petites séries dont le premier tome était à 99¢ pour appâter les clients. Si la série n'était pas de qualité, les parents avaient achetés pour 5$ de livres qui décourageait plus qu'autre chose leur enfant de la lecture. Par contre, je pensais ici surtout à des classiques ou à des trucs plus soutenus que la littérature populaire. Peut-être me suis-je mal exprimée.

      Supprimer
    2. Non, c'est juste moi qui ramène encore mon dada ;)

      Supprimer
    3. En tout cas, j'en conclus que le Baby Doc c'est pas buvable... Merci de l'info! ;)

      Supprimer