lundi 23 juin 2014

Il n'y a pas de solutions simples...

Salut!

Je sais que normalement, je n'aborde pas les sujets d'actualité dans ce blogue, mais là, je vais faire une exception, parce que je crois que c'est le moment de le faire.  Un joyau est tombé la semaine dernière: Clément-Morin, une des plus belles et des plus actives librairies du Québec fermera ses portes dans moins d'un mois.  J'ai vraiment accusé le coup quand j'ai su.  Si une librairie de cette qualité, bien implantée dans son milieu, vivante, active peut tomber, où va le monde du livre au Québec!

Non, ce n'est pas une faillite.  Ce n'est pas parce que les affaires ne roulaient pas que cette magnifique librairie fermera ses portes.  C'est une bête question de loyer qui en sera venue à bout.  Pour ceux qui ne sauraient pas, beaucoup de librairies ne sont pas propriétaires de leurs locaux et ne sont donc pas à l'abri des hausses de loyers trop importantes.

Depuis quelques mois, quatre librairies ont fermé sur mon territoire de représentante, contre une seule ouverture pour le moment.  Oui, il y a quelques ouvertures, mais la tendance n'est pas vers l'ouverture, malheureusement.  Le marché se rétrécit et ça me fait peur.  Pour moi oui, bien sûr, mais pas uniquement.  Je ne suis qu'un humble pion dans cette histoire.  C'est surtout pour la littérature, le livre d'ici que j'ai peur.  Sera-t-il capable de survivre?  Beaucoup de gens disent que le milieu doit innover, faire les choses différemment, se réinventer.  Vrai, mais ça, je ne le répéterais jamais assez, ça se fait déjà, et abondamment.  Peut-être le problème est-il structurel, peut-être que les cadres en place ne fonctionnent plus.  Je ne sais pas, je n'ai pas de réponse.  J'ai juste beaucoup de questions.

La réponse du gouvernement?  Et bien, pas grand chose.  La seule véritable initiative prise dans les derniers mois a pris le chemin des oubliettes.  Que feront-ils à la place?  Rien dans les faits.  Je n'ai pas grand espoir de voir le gouvernement actuel bouger sur cette question.  Encore moins de façon positive.  Un comité a été mis en place, qui rendra ses conclusions cet automne et on aura sûrement des mesures concrètes d'annoncées sans être appliquées quelque part aux alentours de la semaine des quatre jeudis...  Il y a beaucoup de beaux discours, de voeux pieux, mais un manque clair d'actions et surtout, de volonté.  C'est sans doute ce qui m'enrage le plus dans cette situation.  Tout le monde veut que les librairies survivent, mais quand vient le temps de faire quelque chose, on sonne aux abonnés absents.

Attendront-ils à la terre brûlée pour agir?  Faut-il toujours que le patient soit entre la vie et la mort pour lever le petit doigt afin de le sauver?  Je ne suis certainement pas contre le fait que la bonne vieille manière de vendre des livres n'est peut-être plus la recette idéale de nos jours, mais j'ai peur que l'on fasse la sempiternelle erreur de jeter le bébé avec l'eau du bain.  Réformes, oui, destruction et reconstruction?  Ouf!  Ce serait une erreur.  Le réseau est là, chancelant à certains endroits, mais il est là et il est prêt à relever le défi.  Le Québec s'est doté d'une solide loi pour assurer la diffusion et la distribution des livres partout dans la province et ce par l'entreprise privée, pratiquement sans investissement du gouvernement.  En ces temps où le PPP est à la mode et où on parle de l'importance de l'entrepreneurship, on voit ici un très bel exemple d'une structure alliant le public et le privé qui a du succès.  Maintenant, elle est mise à mal par des trous dans la loi créant cette même structure.   Le manque de volonté politique pour en corriger les erreurs est stupéfiant.

J'ai beaucoup de colère et de rage en voyant tout ça.  De tristesse aussi.  De chagrin même.  Je ne crois pas aux solutions simples et unilatérales qui corrigent tout d'un coup.  Mais ne rien faire est la pire des solutions.  Si vous voulez mettre sur pied un comité messieurs et mesdames du gouvernement, s'il-vous-plaît, n'aller pas chercher des économistes, des professeurs de littératures et des spécialistes de la vente au détail.  Ce ne sont pas ces gens-là qui connaissent la façon de vendre des livres et qui savent comment améliorer la situation.  Aller chercher des libraires, des éditeurs, des distributeurs, des auteurs mêmes, parfois: ils ont des idées, ils SONT le milieu du livre et c'est à eux que vous devez vous adresser pour régler leurs problèmes.  Cessez de vous mettre la tête dans le sable et de croire que les librairies ne sont que des quêteux de subventions et agissez, bordel!

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Clément-Morin, c'était ma libraire et cela depuis mon enfance.
    Quand j'étais petit, j'y lisais des livres et quand des clients arrivaient, je posais ma lecture et je les conseillais, probablement mieux que l'auraient fait le staff. Je crois que Louise m'aimait bien car elle m'avait installé une petite chaise d'enfant.
    C'était une libraire où on aimait la lecture. Il y avait des fauteuils de qualité, un coin pour enfant, tout pour qu'on s'y sente à l'aise.
    Le staff était compétent et de bons lecteurs, ce qui est rare en librairie, surtout chez René Brault ou Archambette.
    J'y aillais souvent. J'y ai acheté presque tous les livres que j'ai payé neuf. J'y ai découvert plein d'auteurs au fil de mes discussions avec les libraires ou en fouinant à travers les rayons. J'y ai lu des livres entiers, sans faire sourciller personne. Et j'y ai rencontré des amis.
    C'était une libraire dans le sens noble du terme, pas un simple bookstore, et cela pendant plus de cinquante ans.
    J'ai même cru comprendre que c'était la librairie indépendante la plus prospère au Québec, un modèle à suivre de plan d'affaire.

    Requiem pour le Manoir de la Lecture Mauricien et au revoir, librairie de mon enfance...

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  2. Mais euh... Si c'est vraiment juste un problème de loyer et que la librairie est rentable, pourquoi ne pas simplement la déménager? Je sais que ça implique des frais, mais me semble que si le commerce marche...

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  3. @Sébas, cette librairie va manquer à pas mal de monde à Trois-Rivières, elle avait sa personnalité propre. En y entrant, on savait que l'on était chez Clément-Morin. Il y avait ce petit quelque chose en effet, qui fait en sorte que l'on s'attache à une librairie ou à une autre.

    @Gen, il aurait d'abord fallu qu'ils trouvent un autre local et payer tous les frais de déménagement... Et comme c'était une reprise de librairie, assumer les garanties financières que cela suppose. C'est là l'un des noeud du problème dans le milieu du livre au Québec: la transmission des librairies à de nouveaux propriétaires est loin d'être facile. En raison de la fragilité du milieu, les candidats ayant les reins financiers assez solide pour le faire ne courent pas les rues. Et même quand ils le veulent, ils manquent souvent de temps. C'est le cas de Clément-Morin, les racheteurs voulaient et ont travaillé fort pour, mais ils n'ont pas réussi à trouver la recette gagnante. Ils ont manqué de temps. Dans tous les cas, c'est une bien triste fermeture...

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  4. Ah ok, je savais pas qu'il y avait un changement de propriétaire en même temps. Ouais, vraiment nul dans ce cas. :(

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