lundi 14 janvier 2013

Pas le meilleur au menu

Salut!

En relisant mes billets de 2012, j'ai fait une constatation: je suis revenue à plusieurs reprises sur un même sujet: je déteste les gens qui disent lisez de la littérature québécoise... parce que c'est de la littérature québécoise.  Je fais pratiquement une crise d'urticaire quand on me parle de cela, même si la personne en face de moi est pleine de bonne volonté.  D'autant plus que ça peut paraître bizarre vu le plus grand respect que j'ai pour les auteurs d'ici et tout le boulot que je fais dans ma vie quotidienne pour faire découvrir des auteurs d'ici.  Tout ça m'a fait réfléchir, beaucoup.  Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé toutes les raisons pour lesquelles ça m'horripile à ce point, mais en attendant, je crois en avoir trouvé quelques-unes.

La première et non la moindre sans doute, est que je trouve que le meilleur de ce qu'il se publie ici passe souvent inaperçu au chapitre des ventes.  Pour un L'homme blanc de Perrine Leblanc qui réussit à se frayer un chemin, combien d'histoires de chick-lit, de romans dit historiques se passant dans le fond d'un village et de romans écrits par une comédienne ou un journaliste?  Voyons voir, je n'ai absolument rien, mais rien du tout contre la chick-lit.  Je sais que bien des gens adorent ce genre et tant qu'à voir ces ventes s'envoler vers les comptes bancaires d'auteurs étrangers, j'aime mieux qu'on lise les plumes d'ici.  Mais combien de ces livres sont écrit en format pré-formatés pour plaire à un public-niche hyper-ciblé avec des couvertures tapageuses conçues pour attirer l'oeil sur des corps de mannequins?  Combien de fois répétera-t-on la même histoire d'un homme et d'une femme qui se rencontrent, se disputent, se réconcilient, répéter vingt fois les deux dernières opérations en changeant légèrement le décor à chaque fois pour obtenir un roman?  Je suis sévère, je sais, j'en suis même parfaitement consciente.  Parce qu'il y a des perles qui émergent dans la chick-lit, j'ai deux ou trois titres en tête qui offrent d'excellents histoires et qui font honneur à la fois au genre et à la littérature!  Mais que mes clients se pâment devant les trucs publiés à répétition me désole, surtout quand elles ajoutent: «Et en plus, c'est un/une auteure québécois(e)!».  Ça m'horripile...

Et les séries dites historiques...  Qui a-t-il de plus répétitif encore une fois que des séries racontant des histoires de villages?  Que l'on soit au Québec, en Afrique du Nord, en Inde ou en Papouasie, la jalousie, la haine et les petits règlements de comptes mesquins entre voisins orgueilleux sont la norme de ce genre de roman.  Y-a-t-il une gloire quelconque à les retrouver au sommet des ventes?  Surtout quand on se rend compte que la majorité (sans être la norme) sont des séries de 4 tomes publiés à coup de 3 tomes par année.  De quoi maintenir en haleine les lecteurs, c'est sûr, mais comment réussir à produire autant autrement qu'en suivant une recette?  J'ai du mal à y croire en tout cas, et l'expérience semble me le confirmer.  Ce ne sont pas tous les auteurs qui réussissent à vivre de façon monacale comme Amélie Nothomb pour produire un livre par année et là encore, elle ne réussit pas son coup à tous les ans.  Alors trois bouquins par année?  Je ne peux me résoudre à y voir des romans historiques de toutes façons.  Pour en avoir lu des tonnes, ça, non, je suis incapable d'y voir quoi que ce soit d'historique, juste des sagas familiales.  De qualité?  Je n'oserai me prononcer, je n'en aie pas lu beaucoup, du moins de récentes.  Mais bon, c'est écrit par un(e) québécois(e)...

Et les auteurs célèbres...  Ah ça!  Souvent, dans les publicités, le visage de la personne est plus gros que la couverture du livre, tout l'inverse de quand c'est un auteur qui n'a pas de réputation d'établie qui fait paraître un livre.  On utilise une personnalité pour vendre un livre.  Le livre est-il bon?  Peu important dans le fond, ils servent à faire rentrer les profits avant tout.  Soyons honnête, ces livres sont rarement des chefs-d'oeuvres.  Oui, il y en a qui émergent du lot, mais aie-ce la norme?  Pas vraiment.  On achète un livre d'une personne qu'on connaît, l'intrigue a bien souvent peu à voir avec le choix du livre qu'on va lire, comme une garantie morale que ce qu'on va lire est bon parce que la personne est connue.  Et en plus, c'est un(e) québécois(e)!

Vous commencez sans doute à comprendre d'où me vient mon irritation!  Parce que, et je trouve ça déguelasse, les meilleurs livres d'ici ne sont souvent connus que d'un cercle restreint de lecteurs, ceux qui suivent un peu la presse spécialisée, ceux qui prennent la peine de se renseigner, même pas de chercher, juste d'être prêt à prendre un tout petit peu de risques.  De s'éloigner du connu, du pré-formaté et de se lancer à l'assaut de la découverte.  Des plumes québécoises extraordinaire, il y en a des tonnes, mais elles peinent souvent à se faire connaître et à vendre.  Notre littérature est riche, merveilleusement riche et je ne parle que de ce qui réussit à se frayer un chemin vers la publication!  Combien d'autres textes, sans doute excellents, ne sont pas publiés parce que «pas vendeurs»?

Vous comprenez sans doute maintenant d'où vient mon irritation, du pourquoi je me braque quand on parle de littérature québécoise et les gens qui disent beaucoup en lire.  Bien souvent, on me cite les trois ou quatre mêmes auteurs, sans tenir compte de la richesse de ce qui se produit ici, sans se rendre compte que ce n'est que la pointe d'un iceberg, la montagne qui cache des diamants en son centre.  Non, ce n'est pas parce que c'est québécois que c'est bon ou non, mais de s'intéresser à ce qui se produit permet de faire de merveilleuses découvertes.  Dès que l'on prend la peine de creuser ne serait-ce qu'un peu.

@+ Mariane

7 commentaires:

  1. Contrairement à cela, j'ai déjà parlé à une personne qui, en discutant de polars, m'a dit : « Du québécois? Je lis pas de québécois. Non. » Vraiment, là, avec le petit air snob. Ça m'a choqué de la même manière. Et elle n'avait aucun argument pour défendre sa position, autre que : « Ben... du québécois, quand même! »

    (la personne, autrement sympathique, savait pourtant que j'étais auteur...)

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  2. @Prospéryne : J'vais dire comme Dominic : n'encouragez ni ne découragez un auteur selon son origine, svp! Encouragez les bons livres tout court. Et cherchez-les un peu. Prenez le risque de lire un livre dont vous n'avez pas entendu parler!

    Et s'il est bon ET québécois, là vous pourrez en parler en chatouillant la fibre nationaliste de votre auditeur! ;)

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  3. @Gen : Je ne sais pas si je prendrais le risque de lire un livre dont je n'ai jamais entendu parler, mais je peux quand même choisir mes « sources ». Il y a un monde entre la pollution médiatique par rapport à un livre, et quelques recommandations faites par des gens qu'on estime :)

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  4. Totalement d'accord! Peu importe l'origine de l'auteur. La nationalité ne peut ne peut pas être un argument pour juger de la qualité d'un livre.
    Il faut parfois aussi oser "se perdre" dans les rayons d'une libraire ou d'une bibliothèque et choisir un livre inconnu, ne pas se limiter à un nom de "veudettes", à ce qui se dit dans les médias. Ou alors, si on n'ose pas "se perdre", il suffit de demander à un libraire!


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  5. @Dominic, les deux positions me semblent aussi imbéciles l'une que l'autre!

    @Gen, ah oui, si un livre est bon ET québécois, on ne peut pas faire autrement que de lui trouver des qualités en double! ;)

    @Liceal, j'adore ton commentaire! :D

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  6. C'est là que je vois que ton expérience diverge de la mienne. J'entends rarement ça moi "et en plus c'est québécois !". J'aimerais pourtant. Je suis entourée de personnes qui ne lisent pas de romans québécois. Les quelques personnes qui en lisent c'est que je leur prête mes exemplaires !

    Pour le reste, bien entendu, que je suis d'accord, de ne pas s'en tenir aux gros vendeurs et toujours les mêmes noms. Ce sont un peu des voeux pieux. Je pense à la bande dessinée d'ici, je préfère encore une personne qui a lu quelques "Paul" de Michel Rabagliati que de penser que la bande dessinée, c'est une lecture mineure pour les jeunes seulement.

    En tout cas, face à cette situation, je n'ai qu'une solution : continuer de parler des titres et "d'obscurs" mais combien géniaux auteurs d'ici : Denis Thériault (un génie !), Marie-Christine Bernard, Michèle Plomer, Hélène Dorion,....ah, je les nommerais pas tous hein ?

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  7. @Venise, non, ne les nomme pas tous, ça serait beaucoup trop long... Par contre, comme toi, je remarque que ce sont des plumes peu connues du grand public. Quel dommage!

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