lundi 21 janvier 2013

Quand c'est juste trop bon

Salut!

L'autre jour, en parlant avec un rep d'un livre publié à l'automne, je lui disais à quel point j'avais aimé ce livre.

-C'est vrai qu'il était vraiment super bon!  Mais tu sais c'est quoi le problème?

Petit silence, je réfléchis.

-Comme il est trop bon, vous ne le vendrez pas?

-Exactement.

Hochement de tête commun.  Plate...  Mais vrai.

Voyez-vous, le problème avec certains livres est justement qu'ils sont bon.  Bon dans le sens, une bonne histoire, bien écrite avec de la chair autour de l'os, un style intéressant, une histoire sortant assez des normes pour être originale.  Dans le sens, voici une oeuvre qui apporte quelque chose de différent, d'intéressant, de nouveau!  Ben, cette oeuvre, oh pas tout le temps mais souvent, risque de passer à la trappe.  Chiant.

On dirait que dès qu'un livre a un tantinet plus de cachet, pour le commun des mortels, c'est trop compliqué.  Même s'il s'agit uniquement d'une écriture plus recherchée.  Même s'il s'agit d'une histoire qui s'éloigne tout juste des codes des différents genres.  Quand ça fait trop différent, les gens s'éloignent de l'oeuvre comme si elle allait être incompréhensible à cause de ça.  Oh là, je ne vous sort pas des sonnets de Shakespeare tout le monde!  Ou d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust!  Je vous parle d'un livre jeunesse de 160 pages super bien écrit.  Et oui l'histoire est intéressante.  Ce n'est pas parce qu'un livre est bien écrit qu'il est plate, bien au contraire.  Ça lui ajoute de la valeur.  Mais dite qu'un livre est plus littéraire et la moitié des gens changent leur fusil d'épaule.  Je déteste dire ça, mais certaines personnes sont allergiques au mot littéraire.  Comme si tomber dans un texte plus littéraire était de passer du français courant au grec antique alors que bien souvent, il n'y a qu'un pas à franchir, pas si difficile que ça dans la grande majorité des cas.  Et ce pas, c'est accepter de lire quelque chose de différent.

Quand j'adore un livre, j'essaie toujours de le défendre, de le faire lire à plein de gens, d'en parler partout et le plus possible.  Ce n'est pas toujours simple.  Quand un livre se démarque par ses qualités littéraires, ce n'est pas toujours l'argument à utiliser pour faire vendre le livre.  Au contraire.  Il faut savoir connaître ses clients, déterminer ce qui va l'accrocher.  Le métier de libraire est un métier de haute voltige parce que ce qui plaît à quelqu'un fait fuir une autre personne et que jamais, jamais, on ne doit juger les gens pour leurs goûts dans ce métier.  Je ne suis pas toujours d'accord, loin s'en faut, mais le jugement qui sanctionne n'a pas sa place dans ce métier. Mon travail consiste à ouvrir des horizons, à faire découvrir de petites perles littéraires.  C'est souvent frustrant, parfois difficile, mais quand on réussit, tellement gratifiant.

À vous tous, livres que j'ai lu et adoré et qu'à force de travail, j'ai réussi à faire découvrir à plein de gens, j'espère que vous avez su procurer autant de bonheur à autrui que j'en aie eu à vous lire.  Et que où que vous soyez, les gens gardent de vous d'aussi bons souvenirs de lectures que moi.

@+ Mariane

14 commentaires:

  1. Ah là, tu m'intrigues! J'aimerais bien savoir de quel livre tu parles. Je supposes que tu garderas le secret pour ne pas lui nuire? On s'en reparlera!

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  2. Essaie "le vocabulaire et l'écriture sont magnifiques" à la place de "littéraire". Ça fera ptêt moins peur.

    Mais bon, je comprends tellement le problème. Me suis déjà fait dire qu'une de mes nouvelles était "trop intello" du goût de ma lectrice. O_o

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  3. Ok, c'est quoi le livre ? Peux tu être MOINS précise ? :)

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  4. Ah, cette fichue épidémie de paresse intellectuelle généralisée… la source remonte à loin. Michael Morpurgo disait « cesser de prendre les enfants pour des imbéciles ou ils en deviendront ». Il y a un sacré problème qui démarre déjà là.

    Et bien entendu, une fois adultes…

    …servir du pré-mâché. Télé, musique, journaux sensationnalistes, info-tainment, cinéma et, bien sûr, littérature. Les masses qu’on abruti à coup de télé-réalité, de films gnagna, de musique sans profondeur et de livres élaborés dans un cadre d’intrigue bien limité.

    Faire l’effort de réfléchir : attention, on pourrait avoir des idées. Et les idées, ça dérange.

    [un instant, je respire par le nez… je ne vais pas péter ma coche sur le blog de notre Prospéryne alors que je suis de retour depuis si peu, non mais !]

    Effectivement, on voit énormément d’œuvres qui ne se vendent pas parce que le lecteur se sent intimidé face à la qualité littéraire. Tout comme ces chefs-d’œuvres cinématographiques qu’on ne présente pas au cinéma parce qu’on les juge incompréhensibles alors qu’il suffit de se faire confiance, de s’ouvrir…

    Et toutes ces merveilles, toutes ces perles, que manquent tant de lecteurs…

    La peur de ne pas comprendre fait fuir : manque de confiance généralisé du lecteur moyen face à sa propre intelligence.

    Bon, plutôt que de me lancer dans une interminable tirade, je citerai pour conclure le marquis de Condorcet : « l’ignorance asservit un être humain à un autre plus éclairé, et si elle est générale, elle soumet un peuple entier à quelques privilégiés ».

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  5. Si c'est un livre pour ado, il faudrait réussir à intéresser quelques professeurs ou bibliothécaires du secondaire. Un livre qui entre dans un école, ça peut devenir de belles ventes.

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  6. Juste en fournir le titre, ça aiderait déjà! ;) Je lis déjà des romans ados pour le travail, alors pourquoi pas en lire un bon et le suggérer à mes clients par après!

    @ClaudeL : C'est clair! Et en tant que libraire, je rencontre régulièrement des professeurs!

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  7. Je suis curieuse de savoir de quel titre il s'agit!
    trop souvent, dès qu'un écritures est un tant soit peu "littéraire" cela bloque les gens, cela les gêne, ils ne se sentent pas capables. Peut-être est-ce dû à l'image du "littéraire" dans notre société? Une image snob, compliquée, réservée è une certaine catégorie. Il faut aussi dire que certains "littéraires" agissent en ce sens, regardent de haut les autres avec ce regard de "moi, je sais" (j'ai vu cette attitude lors des mes études... littéraires, de la part de profs)
    Je suis d'accord avec Sébastien et la citation du grand Morpurgo: les enfants sont très étonnants et parfois même si les mots ne sont pas saisissables du premier coupe, c'est leur petite musique qui peut les charmer. Tout comme ils peuvent aussi trouver le sens avec le contexte.
    C'est fou, J,ai déjà entendu du des adultes dirent que tel livre est "trop littéraire pour des enfants". Comme si la littérature appartenait à un groupe d'âge!


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  8. @ Liceal: votre analyse est fort judicieuse: effectivement, la tendance est répandue à considérer comme du snobisme un attrait pour la littérature forçant l'esprit à travailler un peu.

    Idem pour les enfants. N'est-ce pas le meilleur moment, quand ils disposent encore d'un esprit en constante construction et pourvu d'une grande plasticité, de les exposer à des oeuvres riches qui les aideront, plus tard, à décoder les discussions, à réfléchir sur un propos politique ou à ne pas être intimidé devant un éditorial ? N'avons-nous pas la responsabilité, comme adulte, de tuer dans l'oeuf le réflexe du "trop compliqué pour moi"...

    Et ce regard, dont Liceal nous parle, cette attitude condescendante du "moi, je sais..." cela rejoint directement, et d'une façon beaucoup plus éloquente, les propos de Condorcet que j'ai cité.

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  9. Imaginez pour un auteur de science-fiction, un genre déjà méprisé des critiques littéraires... qui n'en parleront pas. la pente est dure à monter dans le coeur des lecteurs.

    Jean-Louis Trudel est un auteur qui ne prend pas les jeunes pour des imbéciles ET qui a une belle plume. Eh bien, ses travaux sont très peu cités, en-dehors des passages obligés de Lurelu. Il a cessé de publier de la SF jeunesse chez mon éditeur.

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  10. ...Et moi aussi je songe à arrêter, bien que j'adore échanger avec les jeunes, écrire des histoires consistantes et "nourrissantes". Mais la majorité d'entre eux préfèrent le popcorn...

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  11. @ Mme. Laframboise: pour reprendre votre analogie, c'est le rôle des parents et des enseignants d'éduquer les enfants à bien se "nourrir" intellectuellement. Ne risquons-nous pas d'être tôt ou tard confronté à un sérieux problème de société en sous-alimentant les cerveaux des jeunes générations ?

    Mais si les auteurs qui offrent une saine alimentation intellectuelle baissent les bras, qu'aurons-nous à offrir à nos jeunes comme alternative au popcorn ?

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  12. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  13. Merci M. Chartrand! Je persévère dans ce que j'aime le plus au monde, mais je change d'éditeur.

    Il se peut que les jeunes (après une journée à performer à l'école et engranger plein de nouvelles notions) ont parfois un goût pour le popcorn côté lecture. Mais il faut une alimentation variée pour une culture équilibrée!

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  14. @Hélène et Jean-François, Le cri de Léa de Jean-François Sénéchal, publié chez Leméac déjà critiqué ici le 7 novembre dernier (Je ne peux malheureusement pas être moins précise Jean-François! :P )

    @Gen, le côté intello varie énormément selon la personne qui le lit. Ça peut l'être beaucoup pour l'un et pas du tout pour l'autre. Bon, vocabulaire et magnifique sont trop recherchés pour bien des gens. Quand à écriture, ça veut dire calligraphie pour bien des gens, des plans pour que certaines personnes essaient de voir la différence typographique à l'intérieur des livres! :P

    @Sébas, je crois que cette phrase résume très bien ma pensée: «La peur de ne pas comprendre fait fuir : manque de confiance généralisé du lecteur moyen face à sa propre intelligence.» Allez, faites-vous confiance tout le monde! ;)

    @ClaudeL, certes, mais ils sont très sollicités, voilà bien le problème! J'ai été au Salon du livre de Montréal l'automne dernier et j'ai suivi une bande de profs de français pendant une demie-journée. L'une d'entre elle était à donner des baffes: elle refusait tout ce qui était un peu plus de niveau parce que ses élèves, disait-elle, ne lirait pas ces livres! Grrrr!

    @Alice, ouais, les littéraires et leur petit nez relevé n'aide en rien à tout ça. Comme si ce qui est littéraire était élitiste, alors qu'à mon sens, on peut toucher à l'universel en utilisant la littérature.

    @Michèle, le fait que les jeunes aiment le pop corn a certes un effet, mais ça ne les nourrit pas longtemps! Quand à votre décision de continuer ou non, elle est profondément personnelle. Au niveau des éditeurs, il y a souvent des problèmes de diffusion qui joue un large rôle dans le fait d'être lu ou non, donc peut-être que de changer améliorera les choses. Contrairement à ce que l'on pense, les jeunes sont de grands lecteurs de littérature de genre. Et souvent des critiques très enthousiastes quand ils aiment quelque chose! ;)

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