mercredi 28 novembre 2012

De l'utilité de l'inutile

Salut!

Petite question: à quoi ça sert de lire de la littérature?  Pour les besoins de mon exemple, je vous dirais de mentalement vous en tenir aux grands auteurs: Tolstoï, Dickens, Sand, Goethe et leurs copains.  À quoi ça sert de lire ces types de toutes façons mort depuis des décennies, voire des siècles parfois?

L'inutilité de la littérature est justement ce qui la rend indispensable: comme on est pas obligé, comme on choisit de lire, c'est là que l'on peut justement en tirer le plus et le mieux.   On considère ça (et à juste titre) COMME UN LOISIR.  Donc, le cerveau est à off côté jugement, critique, idées préconçues et autre trucs du genre.  Enfin, bon, pas complètement, on est jamais neutre, mais on ne pensera jamais en ouvrant un roman, ça y est, je vais prendre par la bande un cours sur la Russie rurale tsariste ou encore sur l'Angleterre du XIXe siècle ou sur je ne sais quoi d'autres.  On ouvre un livre l'esprit ouvert et c'est justement en prime que l'on fait de magnifique découverte.  Mais ce qui compte le plus, surtout, SURTOUT, c'est qu'on a pris du plaisir à la lecture, alors les effets secondaires d'enrichissement personnel et tout le reste, on ne les ressent pas à court terme.  C'est à force de lire qu'on le développe. 

Non, mais pensez-y, quel est la première raison que vous avez pour ouvrir un livre hum?  Vous faire raconter une bonne histoire.  Idem pour moi. On est pareil sur ce point.  Ce n'est pas utile comme tel de lire de la fiction si on y pense bien.  Dans une perspective utilitariste néo-libérale, c'est même absolument pas nécessaire.  Pourtant, qui n'a pas réagit fortement à la citation de Lord Durham disant que le peuple du Bas-Canada était un peuple sans histoire et sans littérature?  Sans histoire parce que personne ne s'était donné la peine de l'écrire avant cette date (François-Xavier Garneau se fera un plaisir de le faire quelques années après le fameux rapport du Lord britannique), mais surtout sans littérature.  Tiens, tiens, ça a une quelconque importance la littérature tout à coup?  Pourquoi d'ajouter sans littérature était une insulte ajoutée à l'injure?  Peut-être parce que malgré sa totale inutilité apparente, la littérature est au contraire extrêmement utile?  Elle ne rapporte peut-être pas vraiment de façon tangible, son apport étant largement immatériel, mais il existe.  Parce que la littérature, c'est l'imaginaire d'une personne d'abord, mais cette personnage transporte à travers elle celle du peuple où elle a grandit, avec ses espoirs, ses aspirations et son histoire.  Même si l'histoire se passe sur une planète à des milliers de kilomètres de la Terre ou encore au beau milieu d'un pays imaginaire comme la Terre du milieu, l'influence culturelle de la société dans laquelle a grandi l'auteur se fera sentir.  Et son oeuvre appartiendra au patrimoine littéraire des siens avant d'être celui de la mémoire mondiale.  L'auteur est un ambassadeur de la culture dans laquelle il a grandit autant qu'un de ses constructeurs.

Inutile la littérature alors?  On peut certes quantifier les ventes de livres et de fichier numérique, mais pas l'apport de la littérature à un peuple.  Et tous les peuples qui ont marqué l'histoire de l'humanité ont eu une histoire culturelle riche.  La littérature fait partie de la culture.  Tout comme la sculpture, la peinture, la musique et tous les autres arts.  Alors, inutile la littérature?  Non, absolument pas.

@+ Mariane

8 commentaires:

  1. Je suis bien d'accord avec toi, la littérature enrichi et cultive la pensée comme l'imaginaire. Par contre lorsqu'elle est imposée, elle perd de son attrait. Quoi, tu n'as pas lu Proust? C'est un must! Alors on se force un peu à passer au travers d'un premier tome, pour se cultiver justement, et ça reste en travers de la gorge. Il faut que ça reste un choix, sinon c'est de la torture!

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  2. Lire c'est divertir dans les deux sens du mot. a) Passer un bon moment, b) montrer autre chose ou montrer autrement.

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  3. «On peut certes quantifier les ventes de livres et de fichier numérique, mais pas l'apport de la littérature à un peuple.»
    Très belle idée. J'aime beaucoup ce billet, Mariane.

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  4. Je pense qu'on a ou qu'on a pas une sensibilité à certains classiques (ce qui recoupe un peu mon billet d'aujourd'hui). Faites-moi lire des tonnes de Maupassant et je m'amuse. Deux gouttes de Camus et je m'endors. Zola, à petites doses. Flaubert, ça dépend des jours. Dickens, seulement si je suis pas déprimée, svp! Le théâtre classique français en vers? À la pelle je vous prie! Rostand, Corneille, amenez-en, j'en ai jamais assez. (Mais j'manque d'occasion pour le lire à haute voix sans me faire regarder de travers!)

    Si la littérature était inutile, on n'en produirait pas depuis que l'Homme est homme. L'un des signes d'intelligence, chez les espèces animales, c'est leur amour du jeu et leur capacité à inventer. Et la littérature, c'est le jeu de l'invention.

    Et puis, comme Rostand fait dire à Cyrano "C'est encore plus beau lorsque c'est inutile".

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  5. Là, Prospéryne, tu me rends heureux avec ce billet. Il y a tellement de fois où je voudrais sauter ma coche à ce sujet...

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    Inutile, la littérature ? Idem pour l'art et la philosophie, alors. Idem pour la musique.

    Idem pour les émotions, dans ce cas. Idem pour l'âme.

    Idem pour le propre de l'Humain.

    Idem pour l'humanité, finalement.

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    En général, je me pompe assez vite quand j'entends de pareilles conneries, autant dans la bouche de nos chers élus que chez l'anodin quidam (l'un n'exclus pas l'autre, en passant). Il m'arrive -- bah, pas trop souvent, du moins pas aussi souvent que je le dirais -- de dépeindre à un imbécile tout ce qu'il doit à une oeuvre d'art ou une oeuvre littéraire. Le Refus Global, par exemple. Ou les nus de la Renaissance. Les oeuvres de Simone de Beauvoir, mesdemoiselles, j'espère que vous en mesurez l'impact sur vos vies...

    La littérature -- et je me limite ici à la fiction, je ne parle même pas des essais -- est l'essence même de l'évolution des pensées. Prenons la littérature d'imaginaire. Serions-nous aussi méfiants face aux projets caméras de surveillance de l’État dans nos rues si Orwell n’avait pas rédigé sont terrifiant 1984 ? Aurions-nous le même questionnement, au point où la sociologie parle de « syndrome Big Brother » ? Dans le même ordre d’idée, ce peut-il que la SF post-apocalyptique de la Guerre Froide aie autant contribué (sinon davantage) à sensibiliser le grand public aux dangers d’une guerre nucléaire que ne l’ont fait les journaux ou la presse scientifique ? Ou que la SF, encore aujourd’hui, serve à sensibiliser les gens aux problèmes environnementaux ? Noble rôle pour un genre littéraire que plusieurs ont longtemps dénigré.

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    Et ici, je ne parle même pas des classiques. Peut-on imaginer une Renaissance sans Cervantès ? Un Paris du XIXe sans Hugo et Zola ? J'ai parlé de l'Homme qui plantait des arbres, l'autre jour... savez-vous combien de forêts ont été replantées directement en réaction à cette nouvelle ? Des milliers et des milliers d'hectares !

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    La littérature est la volonté incarnée dans un texte. C'est l'agir transmis par la narration. Qu'importent les intentions des auteurs... il suffit qu'ils touchent nos âmes, et leurs oeuvres ont un impact qui dépasse leurs anticipations...

    Inutile, la littérature ?

    Inutile d'améliorer le monde, dans ce cas.


    Tu as bien traité le sujet, chère Prospéryne.

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  6. @Hélène, on ne peut forcer personne à se cultiver, c'est quand on a cette culture qu'on découvre ses innombrables avantages. Et en effet, c'est de la torture quand ce n'est pas un choix!

    @Richard, j'aime bien ton montrer autrement. Parce qu'avec la littérature, on peut voir les deux côtés d'une médaille!

    @Pat, merci!

    @Gen, certains classiques nous accrochent plus que d'autres (genre moi avec Jules Verne!), mais c'est surtout la capacité à inventer que je retiens de ton commentaire. J'aime beaucoup cette idée.

    @Sébas, wow, quelle réponse enflammée! Je ne pensais pas susciter une telle réaction! :)

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  7. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  8. @ Prospéryne: ouais, t'a parfois le don de réveiller en moi mes anciens réflexes d'éditorialiste :P

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